DE L’ACTION MÉDICINALE STOMACHIQUE LAXATIVE ET DE L’ALOÈS DU CAP
L’action médicinale de l’aloès du Cap est le type de cette action. On le considérait autrefois comme le premier et le plus puissant des stomachiques laxatifs.
Cl. Galien dit, en maint endroit de ses ouvrages, que l’aloès excite les fonctions de l’estomac, et relâche l’intestin1.
J. Mésué, surnommé Damascène ou l’Évangéliste, observe que l’aloèsse distingue de tous les autres évacuants des voies digestives par des qualités stomachiques puissantes2.
Un sectateur de l’école de Salerne, enthousiasmé, s’écria :
Qui vult vivere annosNoe, sumat pilulas de Aloe !
Giacomini a expérimenté sur lui-même les effets de l’aloès. Il s’exprime ainsi :
1. Cl. Galien. Quocl animi mores corporis temperamenta sequuntur, cap. II, t. iv, p. 769. — De simpliciummédicamenturum temperamenti et facultatibus, cap. I, n° 23. de Aloe, t. XI p. 821, in opéra omnia. édit. C. G. Kuhn. Lipsiæ, 1822-1826, in-8».
2. J. Mésué. De médicamenlorum purgantium simplicium delectu et castigatione, lib. II, guem de simplicibus vacant , cap. I. De aloe, Jacobi Sglvii versio, in opéra, Venetii, 1623, fol. 25, A, 1.
« Cinq centig rammes d’aloès, pris à jeun, déterminent ordinairement quelques éructations qui exhalent Codeur propre à cette substance. On éprouve aussi, plus que de coutume, le sentiment delà faim.
ï 10 ou 15 centigrammes, pris également à jeun, provoquent les mêmes effets, mais d’une manière bien plus marquée. Après huit ou dix heures, on a une selle facile, abondante, ordinairement flatueuse. Les matières expulsées sont plus molles que de coutume , d’une couleur jaune brun et d’une odeur particulière assez forte. Souvent l’évacuation alvine se répète à court intervalle.
» A la dose de 40 à 50 centigrammes, son action sur les organes digestifs ne paraît pas augmenter. Mais en explorant le pouls vers la troisième heure, on le trouve ralenti.
» En élevant encore la dose, on a rarement des effets purgatifs puissants; seulement le pouls bat quatre, six ou huit pulsations de moins par minute, et les urines deviennent abondantes et troubles.
y> Une fois, après en avoir pris un gramme, je n’eus d’évacuations alvines qu’à la vingt-huitième heure, et je n’éprouvai autre chose qu’une sorte d’angoisse.
* En ayant ingéré \ gr. 50 en deux prises, une le soir, et l’autre le lendemain malin, je passai toute la nuit dans le plus profond sommeil, et je n’eus le jour suivant que deux selles assez liquides. J’urinai copieusement, et j’éprouvai un abattement général, avec un besoin pressant de prendre des aliments...
» Dans plusieurs expériences que j’ai faites avec de petites doses d’aloès, il m’est arrivé de ressentir des pi-
cotements d’enlrailles, signes avants-coureurs d’une évacuation prochaine... 1 »
Comme stomachique laxatif, l’aloès du Cap est supérieur même à la rhubarbe de Chine, à cause de la constance et de la régularité de ses effets. 11 reproduit très exactement l’action des substances alimentaires saines, savoureuses et bien préparées sur des organes digestifs alertes et bien disposés.
Suivons son opération sur une personne dont les déjections soient tardives et accompagnées de quelque difficulté.
L’aloès du Cap, pris à dose suffisante avec les aliments, excite la muqueuse des voies digestives, fait couler les glandes, provoque les contractions de la tunique musculeuse, et cela avec ordre, avec modération, sans provoquer le moindre malaise.
Sept, huit, douze heures après l’ingestion de ce remède, un vague besoin s’éveille ; bientôt, il devient pressant, et l’on évacue sans efforts une masse de matières fécales bien liée, quoique molle, fortement teintée, d’une odeur désagréable, mais franche.
Ainsi, grâce à l’action de l’aloès du Cap, les matières alimentaires plus complètement élaborées, ont traversé l’étendue des voies digestives avec promptitude et facilité; et le résidu de la digestion a été rejeté, après un espace de temps régulier, sans aucun sentiment pénible : bien au contraire, avec une entière satisfaction!
C’est donc l’état de santé parfaite des organes digestifs, et de tout l’organisme même, que reproduit l’action médicinale véritablement laxative et stomachique.
1. G. -A. Giacomini, Tr. philos, el expérim. de mat. mèd. et de thérap., traduit de l’italien par Mojon et Hognetta. Paris, in-8°, 1839, p. 522.