‹ Traité des maladies de l'estomacChapitre 58 sur 115 · LA DYSPEPSIE FLATULENTE ET LE CAUCHEMAR · texte numérisé non relu

LA DYSPEPSIE FLATULENTE ET LE CAUCHEMAR

En nettoyant les voies digestives et en rétablissant les fonctions de l’estomac et des intestins on guérit la dyspepsie flatulente et le cauchemar qui l’acccompagne si fréquemment, lorsque l’indigestion est nocturne. Mais on ne peut avoir recours à cette méthode, dans les attaques fortuites de ces indispositions; et c’est justement à de tels cas que convient la potion suivante lorsqu’il ne paraît pas utile d’y provoquer le vomissement :

Eau commune 100 grammes.

Eau distillée de menthe poivrée 30 —

Sirop de sucre 20 —

Acide sulfurique dilué 12 gouttes.

Mêlez les eaux et le sirop; ajoutez ensuite les gouttes d’acide sulfurique dilué faites avec le compte-gouttes officinal. La dose d’acide sulfurique dilué peut varier de dix h quatorze gouttes. Au-dessous de dix gouttes, l’acidité est insuffisante, au delà de quatorze gouttes l’acide sulfurique affecte un peu trop les dents.

La potion acide à la menthe est incolore et limpide. L’essence de menthe qu’elle contient flatte agréablement, l’odorat et laisse dans la bouche, le pharynx, l’œsophage

et à l’épigastre une sensation de fraîcheur assez persistante; cette essence excite, en outre, les mouvements de l’estomac et provoque l’éructation. L’acide sulfurique relève le goût de la menthe et communique à la composition une saveur plus agréable ; mais, de plus, il active et complète les phénomènes chimiques de la digestion stomacale, comme l’ont démontré, vers latin duxvnr siècle, les observations des médecins de Londres et de Ant. de Haen.

La potion acide à la menthe dissipe assez aisément les attaques delà dyspepsie jlatulente simple, c’est-à-dire de la dyspepsie flatulente qui n’est point essentiellement douloureuse et dans laquelle le sentiment de défaillance né forme pas un fait dominant.

Le cauchemar est très souvent l’effet de la dyspepsie flatulente; et cette affection pénible attaque surtout les personnes nerveuses sédentaires qui vivent dans l’abondance, rien ne contribuant davantage à la faire naître que de manger beaucoup à une heure avancée de la nuit et de se coucher aussitôt après.

Pour prévenir le cauchemar, on peut conseiller les moyens suivants : faire un exercice convenable pendant la journée, fuir les méditations profondes, chasser le chagrin et tout ce qui peut affecter l’âme péniblement, repas du soir léger et pris de bonne heure, ne faire usage que d’aliments de facile digestion. Je n’approuve pas la prescription des médecins qui, pour activer la digestion, font prendre, au moment du coucher, un petit verre d’eau-de-vie. Cette pratique me parait dangereuse et peu efficace. Je ne donne l’eau-de-vie que lorsque les personnes dont les digestions sont laborieuses ont pris

des aliments indigestes : elle me paraît alors nécessaire, surtout si le sujet est sobre. Dans les circonstances ordinaires, je conseille l’eau distillée de menthe poivrée. Un petit verre de cette eau est souvent, en effet, aussi favorable à la digestion qu’une même quantité d’eau-de-vie et ce remède n’offre aucun danger. Il faut, d’ailleurs, éveiller les personnes affectées par le cauchemar et leur adresser la parole.

L’eau distillée de menthe poivrée est, comme l’ont dit plusieurs médecins, un moyen efficace contre la dyspepsie flatulente avec cauchemar et que l’on doit préférer ordinairement à l’eau-de-vie, parce qu’elle n’affecte pas la tête; mais ce moyen est certainement plus efficace encore lorsqu’on y joint quelques gouttes d’acide sulfurique dilué. La potion acide à la menthe est un bon remède de cette affection, à moins que les défaillances, l’abattement musculaire ou la douleur n’y forment une circonstance essentielle, car alors rien n’égale la puissance des liqueurs spirilueuses employées avec modération, soit seules, soit additionnées d’une dose appropriée de laudanum de Sydenham.

Faites prendre la potion acide à la menthe par cuillerées, soit d’heure en heure, soit à des intervalles plus rapprochés ou plus éloignés, suivant le besoin ou le désir du malade.

Page 1