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DES RAPPORTS DE LA STOMATITE CATARRHALE

avec l’état gastrique

L’état gastrique saisonnier est constitué par une irritation ou fluxion catarrhale de l’estomac et du duodénum.

Cette fluxion, dans presque tous les cas, s’associe à une stomatite développée particulièrement à la face supérieure de la langue, et aussi, fort souvent, avec une certaine nuance d’irritation catarrhale de l’intestin.

L’association à peu près constante de la stomatite catarrhale avec l’état gastrique a fait donner à l’affection de la langue la valeur d’un signe pathognomonique par rapport au catarrhe gastro-duodénal, et les médecins ont toujours considéré cette stomatite comme indiquant l’emploi des vomitifs. C’est peut-être l’indication la plus assurée, la plus simple, la plus facile à saisir; il semble qu’on ne puisse jamais s’y tromper.

Pourtant, Max. Stoll 1 a jugé nécessaire d’inscrire l’aphorisme suivant dans ses Monita et Prœceptci :

« Soyez réservé dans l’emploi des vomitifs et des pur-

1. Max. Stoll, Aphorismes sur la connaissance et la curation des fièvres, traduit du latin par J. -N. Coryisakt, Paris, an V de la Rèp. franç. in-8“, p. 557., aph. 841.

natifs ; surtout ne les réitérez pas sans raison manifeste, et gardez-vous bien de prendre pour vrais des signes trompeurs de catarrhe. »

On peut donc abuser des vomitifs; et, en effet, l’abus devient inévitable quand on identifie l’état gastrique avec le catarrhe buccal. Si la langue n’est pas tuméfiée, chargée, sale et jaune, on se refuse à admettre l’existence du catarrhe gastrique; on déclare, comme le faisaient Ph. Pinel et ses élèves, que la fièvre gastrique peut exister sans affection des voies digestives; on fausse la Nosologie, et, ce qui est plus grave, on s’abstient mal à propos. Et si, au contraire, la langue reste encore chargée après le vomissement, on s’imagine que l’état gastrique existe encore, et l’on réitère inconsidérément les vomitifs.

L’état gastrique, presque toujours associé d’ailleurs avec la stomatite catarrhale, peut néanmoins exisler sans cette stomatite; et, inversement, la présence d’une langue chargée, pituiteuse ou bilieuse, n’indique pas nécessairement l’existence actuelle d’un catarrhe gastroduodénal.

La stomatite catarrhale liée à l’état gastrique, quand elle est bien développée, n’est pas enlevée par le vomissement. Elle survit plus ou moins au catarrhe gastrique et s’éteint peu à peu. Déjà le malade a de l’appétit; la fièvre, le mal de tête n’existent plus; pourtant, la langue est encore saburrale, le goût est perverti... : voilà les signes trompeurs de catarrhe gastrique. Si vous ne tenez compte que de l’enduit lingual, vous réitérerez le vomitif. Ce sera bien mal à propos, car non seulement la langue ne se nettoiera pas, mais, comme le dit Max. Stoll, vous détruirez l’appétit renaissant. La stomatite catarrhale qui

survit à l’état gastrique se résout d’elle-même : elle ne mérite aucun traitement. Pourtant si, trop intense ou trop persistante, elle entravait le rétablissement des fonctions digestives par la lésion du goût qu’elle cause, les amers et les acidulés seraient indiqués.

L’état gastrique peut exister avec une stomatite catarrhale fort légère, à peine appréciable : c’est ce que nous observons chaque jour. Mais de plus, nous rencontrons quelquefois des cas décidés de catarrhe gastrique avec une langue qui ne présente pas vraiment d’enduit saburral.

Les malades ainsi affectés n’ont pas la bouche sensiblement mauvaise et amère; ils n’ont ni le dégoût, ni le sentiment de plénitude; la langue est à peu près naturelle, mais l’appétit est nul, le mal de tête marqué : il existe enfin tous les symptômes d’une fièvre rémittente à exacerbations vespérales. L’effet promptement heureux du vomissement provoqué confirme la nature de la maladie : il s’agit bien, dans ces cas, d’un état gastrique sans catarrhe buccal.

Tous les médecins qui se sont occupés des maladies de l’automne ont observé cette variété de l’état gastrique. Elle est parfois d’un diagnostic difficile. C’est ici qu’il faut rapporter les douleurs, les spasmes, les céphalalgies, les points de côté, les dyspepsies, les vomissements, les diarrhées, les vertiges, les fièvres rémittentes ou intermittentes, les faiblesses et en général tous les désordres guéris promptement par une médication vomitive. Ces symptômes divers appartiennent à l’état gastrique méconnu à cause de l’absence de l’enduit saburral. On donne alors l’émétique au hasard, on guérit sans

trop savoir pourquoi, et de là proviennent des étonnements sans nombre. Mais si, moins heureux ou moins bien inspiré, vous ne vous attaquez qu’au symptôme, alors vous purgez, vous rubéfiez la peau, vous appliquez les sangsues, les vésicatoires, vous passez à l’opium, vous donnez de l’hydrate de chloral, des amers, etc., et tout, cela en vain !

L’état gastrique associé à la stomatite catarrhale exige toujours le vomitif; mais quand il survient de légères coliques, quelques selles diarrhéiques, ou que la constipation s’accentue, alors on hésite : les uns purgent, les autres font vomir, en quelque sorte au hasard. Pourtant, il n’est pas indifférent d’administrer l’un pour l’autre le vomitif et le purgatif. Ainsi, nous savons tous que la purgation qui ne provoque pas le vomissement rie résout pas l’état gastrique aussi sûrement que le vomitif. J’ai pu même constater plusieurs fois, que le catarrhe gastro-duodénal, loin d’être soulagé ou guéri par la purgation, en était souvent aggravé. Et, lorsqu’il y a lieu d’appliquer la médication éméto-cathartique, le mieux est, suivant la juste remarque de M. Fr. Damaschino, de commencer par ove mit f et de provoquer ensuite la purgation L

1. Fr. Damaschino, Maladies des voies digestives, Paris, 1880, in-8°, p. 472.

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