DU SONDAGE DE L’ESTOMAC
Cette opération a pour but d’introduire une sonde dans la cavité gastrique en traversant la bouche, le pharynx et l’œsophage.
On y emploie la sonde œsophagienne et la sonde de caoutchouc, faite d’un fragment de tube de caoutchouc anglais suffisamment long.
Le calibre de la sonde de caoutchouc, le plus convenable, représente le n° 29 de la filière de Charrière, les parois du tube n’ayant pas plus de deux millimètres d’épaisseur. Une telle sonde, est extrêmement souple, légère et tout ensemble assez résistante pour maintenir béant son canal.
Rien de plus aisé que l’introduction de la sonde œsophagienne.
Le sujet étant assis commodément, la tête appuyée et le cou modérément tendu, placez-vous devant lui, entre sesjambes, et poussez la sonde, tenue de la main droite, comme une plume à écrire, dans le fond du gosier, sur le côté gauche, en guidant son bec (ce qui n’est pas toujours nécessaire), avec le doigt indicateur de l’autre main.
Le mouvement d’impulsion, communiqué à la sonde œsophagienne, doil être on ne peut plus modéré. Le moindre effort contre la paroi du pharynx courbe son bec, en effet, et le fait pénétrer jusque dans l’œsophage, en glissant à gauche, en arrière du larynx.
Le patient peut introduire lui-même la sonde œsophagienne. Il n’a qu’à lever la tête, tendre le cou et porter le bec de la sonde jusque dans le pharynx. Il lafait pénétrer alors, par un mouvement combiné de propulsion et de déglutition.
Le mouvement de déglutition exécuté à propos, permet au bec de la sonde de glisser derrière le larynx, sans accrocher les arythénoïdes.
L’introduction de la sonde de caoutchouc n’offre pas plus de difficulté; seulement, à cause de sa grande flexibilité, on doit cesser tout mouvement d’impulsion quand son bec est parvenu dans l’arrière-bouche et se contenter delà maintenir. C’est par la seule déglutition en effet, que cette sonde, saisie par la langue et par le pharynx, doit passer dans l’œsophage. Alors, une impulsion légère la fait cheminer droit à l’estomac.
Ne faites pas usage de la sonde de caoutchouc chez les sujets qui ne peuvent pas ou ne savent pas avaler.
Cette sonde, introduite de travers, accroche le larynx et se plie. Or, de deux choses l’une : ou bien il n’est pas possible de la faire avancer; ou bien le coude formé par le pli s’engage assez profondément pour laisser croire que le sondage est parfait.
J’ai commis, une fois, cette dernière erreur. La sonde introduite, j’y fis couler de l’eau et l’eau ne passa pas. Je crus à l’obstruction du canal par quelque corps étran-
ger chassé de l’estomac dans les efforts de vomissement; mais, en retirant la sonde, je constatai qu’elle était pliée en deux. Le sujet, qui l’avalait habituellement sans difficulté, l’avait poussée, ce jour-là, avec force et en avalant de travers.
Il est assez inutile d’enduire les sondes de matières onctueuses. En effet, l’excitation que provoque la présence d’un corps étranger dans la bouche et l’arrièrebouche fait aussitôt couler salive et mucus ; et les sondes se trouvent promptement revêtues d’un enduit qui les rend extrêmement glissantes.
Le premier sondage de l’estomac est d’ordinaire pénible : le pharynx se contracte avec violence, l’estomac se soulève, l’œsophage est entraîné dans le mouvement antipéristaltique et le patient vomit. On s’y habitue pourtant assez vite. Après quelques séances, par exemple après la troisième ou quatrième, l’introduction des sondes ne souffre plus de difficulté.
Certains sujets -ferment involontairement la bouche et sont pris de suffocation au moment même où la sonde franchit le pharynx. Vous ferez cesser aisément cet état pénible en ordonnant au patient de respirer par le nez.
Le passage journalier des sondes irrite parfois la muqueuse du pharynx et de J’œsophage ; et le sondage de l’estomac provoque de la douleur. Suspendez alors, pendant quelque temps, l’introduction des sondes.
Il ne faut jamais, dans le sondage de l’estomac, forcer les obstacles. Remettez an lendemain si les sondes ne passent pas ou si la surexcitation provoquée par l’opération est excessive.
Lorsque la sonde est bien placée, la respiration est libre et la parole simplement gênée.
Enveloppez le patient dans une grande alèze, en laissant toutefois les mains libres, afin qu’il puisse tenir la sonde et s’essuyer si la salive venait à couler.