CHAPITRE XVII
De l’atrophie et de la compression du nerf -acoustique.
Ici, comme dans toutes les maladies des autres organes, celles qui affectent l’appareil nerveux sont les plus difficiles à reconnaître sur le vivant, et à constater après la mort. Je ne parlerai point de la paralysie, qui, ne pouvant se séparer de ses effets immédiats, je veux dire la diminution ou la mort du sens auditif, sera examinée en traitant des lésions de l’audition. Je me bornerai à exposer ici quelques observations sur l’atrophie et la compression du nerf acoustique, lésions organiques qui peuvent tomber sous les sens.
L 'atrophie du nerf auditif a été reconnue par Sylvius (1) et par Hoffmann, qui l’observa sur un cliieii borgne et sourd du côté droit, dans le crâne duquel on trouva les nerfs optique et acoustique de ce même côté jaunes et atrophiés (2). Arends, à qui l’on doit une dissertation stir la céphalalgie, a également trouvé les nerfs de l’ouïe flétris et desséchés, à l’examen de la tète d’un sourd.
J’ai quelques raisons de droire que cette atrophie est plus souvent l’effet que la cause de la surdité ; ce qui d’ailleurs est conforme aux phénomènes qu’on observe à la suite de la paralysie qui frappe les membres d’une longue et complète immobilité. Il y a douze ans environ qu’en disséquant la tête d’un officier qui, plusieurs
(1) Prax. med., I, 2.
(2) De auditu difflcili, § 12.
années auparavant, avait perdu l’usage de l’œil droit, par suite d’un coup de sabre porté sur l’arcade surcilière, je trouvai le nerf optique de ce côté réduit au quart de son volume, depuis son entrée dans le globe de l’œil jusqu’à l’endroit de sa jonction avec celui du côté gauche.
Je n’ai vu qu’une seule fois l’atrophie du nerf acoustique : c’était à l’ouverture de la tête d’un sourd-muet, mort à l’âge de soixante-quinze ans, qui avait presque complètement perdu l’ouïe dans sa jeunesse, à la suite d’une attaque d’apoplexie causée par une indigestion. Cette atrophie ne se faisait remarquer que sur la portion molle, réduite au tiers de son volume ordinaire : c’était un petit filet aplati, d’apparence fibreuse, sans aucune trace de pulpe nerveuse. Le dessèchement était cependant moins considérable sur le nerf du côté gauche, quoique la surdité fût égale des deux côtés. Le nerf facial, ou la portion dure de la septième paire, avait conservé son volume naturel.
La compression, soit médiate, soit immédiate, du nerf auditif, n’est pas fort rare. L’extrême mollesse de ce nerf l’expose à être facilement comprimé par les moindres congestions, par les tumeurs les moins volumineuses qui se développent sur son trajet, dans son voisinage, ou près du lieu où il prend naissance. Les tubercules, les tumeurs enkystées, les hydatides , les dilatations variqueuses, les indurations inflammatoires auxquelles l’encéphale est exposé, sont autant de lésions qui, avant d’agir sur la masse cérébrale, ne manifestent leur action compressive que sur les nerfs les plus délicats des fonctions sensitives, tels que l’olfactif et l’auditif. Aussi je ne crains pas d’assurer qu’il y a compression de ce dernier,
ABSENCE DU LIQUIDE LABYRINTHIQUE. 349 quand l’ouïe Tenant à se perdre ou à s’affaiblir graduellement , la cophose se trouve accompagnée de la perte de l’odorat et d’une céphalée continue. Le diagnostic devient plus évident s’il y a des vertiges et affaiblissement de la mémoire. J’ai eu peu d’occasions de m’assurer par l’autopsie cadavérique du rapport qui existe entre ces symptômes et la lésion dont je les fais dépendre ; mais, dans le petit nombre de cas où j’ai pu faire cette vérification, elle n’a point démenti mon diagnostic. J’ai trouvé une fois le ventricule du cervelet rempli d’une sérosité demi-coagulée ; une autre fois la partie postérieure de la protubérance cérébrale était déprimée, et logeait trois hydatides, dont une avait le volume d’une noix ; dans un troisième cas j’ai vu une exostose considérable à la face interne du pariétal gaudhe, tout près de son union avec le temporal. Il est à remarquer que cette tumeur était unique, quoique l’ouïe eût été paralysée des deux côtés.