COUPS ÉTRANGERS DANS LE CONDUIT AUDITIF
laites à diverses reprises pour l'extraire sont infructueuses , et Ton abandonne à la nature le soin de calmer les vives douleurs excitées par la prc'sence de ce corps. Elles se dissipent en effet au bout de quelque temps , pour tisûre place à une hémicranie du côte' gauche , continuelle , mais sujette à de violents redoublements dans les variations atmosphériques , et surtout par les temps humides et pluvieux. A cet état se joint un engourdissement de toute la moitié gauche du corps , qui est comme paralysée , et qui éprouve ensuite des douleurs violentes semblables à celles de la tête y également sujettes à des exacerbations dépendantes de Fétat de Tatmosphère. Après cinq ans de pareilles souffrances^, il survient des convulsions épileptiques, le bras gau» che s'atrophie. Divers médecins consultés se méprennent sur la cause de ces accidents, parce que Foreille ayant cessé depuis long - temps d^éire le siège de la douleur, Fattention des gens de Fart se fixe principalement sur les derniers symptômes. Fabrice de Hilden lui-même tombe dans cette erreur, et n'en est tiré que par im propos fortuit de la malade. Aussitôt il s'occupe d'extraire le corps étranger ; il y parvient sans beaucoup de peine en plaçant , entre le globule et le conduit , une curette au moyen de laquelle ce coi'ps étranger fut amené au -dehors, ce qui fit aussitôt cesser tous les accidents (i).
(i) C&nt. I, olfserv, iv.
Il ne faut, pas perdre de vue que le conduit auditif peut , ainsi que le prouve cet exemple , étr^ le siège dW stimulus morbide sans étir^ celui de la douleur, de la même manière que des de^ts cariées , sans être douloureuses ou ayant cessé de l'être , deviennent le foyer caché dWe irritaticm qui sévit contre les parties voisines , et produit des céphalée» opiniâtres, ou même le tic douloureux. On trouve dans les Transactions médicales (i) un autre exemple très-remarquable de cette influence sympathique de la membrane qui revêt le coilduit auditif* . Une jewie fille était tombée dans un état voisin du marasme par suite d'une salivation qui durait depuis deux ans, et qui était tellement abondante qu'elle s'élevait quelquefois dans les vingt - quatie heures à deux pintes et demie. Tous les remèdes propres à arrêter cette évacuation avaient été épuisés quand M. Power en soupçonna la cause dans le conduit auditif. En e0et, ayant examiné les careilles il en retira une très^grande quantité de laine puante, sans qu'il lui fut possible de découvrir comment elk y avait été introduite. La maladie ne cessa pas ce^ pendant après cette extraction, ce qu'on attribua avec raison à l'habitude contractée pai^ les glandes salivaires. Pour troubler cette habitude , le chirurgien prescrivit a la malade de mâcher continuelle-
(i) Année 1772.
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ivènt une croûte de pain très-^c , et de Faval^ ensuite. Par ce moyen, ou mieux encore par la soustraction du stimulus, la sécrétion diminua de jour en jour, et fut réduite à sa quantité naturelle au bout de deux mois^
Lorsque le corps étranger est de nature à blesser plutôt qu'à remplir le conduit auditif, l'extraction il'en est pas difficile, mais son séjour pu sa simple introduction n'en entrelient pas moins des accidents moins graves. J'ai vu une jeune fiUe, qui pour s'étrè engagé dans roreille une aiguille à coudre très-fine, fat prise de fièvre, de convulsions et d'une otite des plus intenses. J'ai observé les mêmes accidents, accompagués de plus d'une dysphagie spasmbdique , ehe? un cocher , dans l'oreille duquel il était entré ^a grain d'avoine. Pans un cas pareil , observé par M- Belbeder ( i )| Tissu^ en fut fatale, le malade expira 9u bout de quelques jours dans des convulsions épi* leptiques« La cause matérielle dé cette maladie ne fut découverte qu'en faisant l'examen anatomique de la tête. Oh trouva à la partie inférieure du conduit auditif gauche un grain d'avoine boursouflé , enveloppé daus sa balte, lequel avait même percé la membrane du tympan qu'il dépassait d'environ une ligne. Dans le coiurs de cette rapide maladie les convulsions avaient été plus considérables du côté
(]) JaumaifleSanU» vol. i.
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droit ^quoiqu'on ait découvert après la mort que lacause qui les provoquait ëtait dans l'oreille gauche* Quels que soient , au reste , lés effets produits par la pre'sence des corps e'trangers dans l'oreille, il faut se hâter d^en faire l'extraction aussitôt qu'elle est possiljle. Gîtte opération ne doit sbufirir de retard que dans les cas où par suite de la plilogose du conduit auditif le corps à extraire 9e trouve e'troitement serré par le bourrelet que forme devant lui l'èngorgement inflammatiDire de la membrane. Il faut alors attendre que la première période de l^nflammation soit tombée , et que la membrane phlogosée se dégorge par l'écoulement qui ne tarde pas à s'établir. G^mme dans ces circonstances les douleurs sont excessives , et souvent accompagnées de fièvre , de délire , 4^ convulsions , il faut, au lieu d'augmenter ces accidents par des tentatives toujours très-douloureuses , chercher aies apaiser ipar tout l'appareil des remèdes antiphlogistiques et calmants, tels que les ca« taplasmes émollients sur toute la région temporale^ l'instillation d'un peu de lait tiède dans l'oreille , des saignées répétées , des sangsues derrière l'oreille, etc. Quelquefois on a vu, quand avec l'inflammation la douleur s'était calmée , le corps étranger être entraîné à l'orifice du conduit par la matière puriforme ; et céder facilement à nos moyens extractifs. Fabrice de Hilden fait mention dans sa troisième centurie d'un fait de cette nature. Un noyau de ce*
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rise qu'on avait inutilement cherché à extraire, avec un crochet qui l'avait enfonce plus avant en déchipant la membrane du conduit , se présenta au bout de.quelque temps baigné de pus, à l'entrée du méat auditif, et fut extrait sans peine avec la pointe d'ime épingle.
On peut se promettre encore en temporisant , une autre espèce de secoure , quand le corps engagé dans Foreille est la semence de quelque plante. La germination s'y opère, et l'on peut, au moyen du germe qui se présente à l'orifice du méat auditif, entraîner la. graine en totalité ou en partie. Ce^ exemples ne sont pas très-rares dans les recueils d'observations. Tulpius nous en fournit deux. Il est question dans l'un d'une graine d'anagyris tombée fortuitement dans le copduit , et qu'on enfonça plus profondément «
par les tentatives qu'on fit pour l'extraire; on ne put y réussir qu'au moyen du germe que cette semence finit par projeter dans l'oreille. L'autre observation concerne un noyau -de cerise qu'un enfant se fit entrer dans l'oreille en jouant avec s.es camarades, et dont on ne put faire l'extraction. Au bout de quelque temps le noyau poussa un petit germe qui se montra au-dehors , et qu'on saisit avec ménagement pour entraîner le noyau. U n'en J^int qu'une moitié ; l'autre t'esta, et l'on fit d'inutiles tentatives pour la saisir ; il fallut pour atteindre ce but pratiquer derrière l'oreille une incision semi-lu-
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Haire, parce que, dit Tulpius, la douleur aug-^ xnenta au point de faire craindre Finflawiroarion, et par suite les convulsions et la mort , selo& le pro^ Hostic d'Hippoc^ate.
L'extraction des corps ëtrAngers engage dans l'oreille, n'est point une opération facile, sur-tout lorsqu'ils occupent toute la cavité du conduit. La grande sensibilité de la membrane, qvû se trouve encore augmentée par l'état morbide^ ne permet pas d'user dans cette o})ération du procédé le plus propre a en assuter le succès , qui est de glisser, f ntre le corps étranger et les parois du conduit, unci curette qu'on appuie d'autant plus sur ces mémea parois , qu'il s'agit de toucher le moins possible à la surface correspondante du corps étranger. Jl n'est pas moins^ difficile de le charger avec les instru^ roents extractifs qui agissent en pressant, tels quci le tireofond ; car alors on court le risque de l'énfonoer plus profondément , de l'acculer sur la mem* Brane tympanique, et de rompre cette cknson* Il est à croire que ces obstacles firent, dans l'enfance de l'art , imaginer le bizarre et dangereux procède d'attacher le malade sur une planche, qu'on laissidt ensuite tomber brusquement, ou sur laquelle ou frappait à coups redoublés , dans l'espoir de faire sortir, par la conmiotion, le corps étranger qu^op n'avait pu retirer de l'oreille.
Par ime suite de cette même impuissance de nos
CORPS ÉTAANeER8 DAMS LE GoicmjrtAvmTip. 349
inoyene eïtracti& , on a eu recours à un autre pn>téàé j moms dangereux sans doute , mais ^out aussi infructueux ) ({uand k corps à extraire est engagé bien atâilt dans le conduit. Il consiste à aller )ûlMtAfer le corps étranger dans l'oreille , au moyen d'une incision tkite au conduit ^ derrière la con^ ^e. Cette opération , conseillée par Paul d'Egine et AlbucBsis, a conservé quelques proséliteis parmi les modernes^ et entre autres Duvemey. Ou ne peut cependant Wd iàire illusion sur le peu d'avantage i^^lle présente; car la contre -ouvertuhe faite au conduit , le plus près possible du temporal , doit se trouVèir en-decà dn oorpâ étranger , toutes les fois qu^il À franchi l'orifice du méat auditif : ce ^'est que dans lé cas où il serait placé à l'orifice ihélbe , quW ^urrait l'extraire par cette ouvertwie ; taiais àloi^ tm aurait pu réussir par des moyetii^ beaucoup ,|^Cis èiiliples. Tel est, je crois, le jugeiiient qu'il iMt pol:%ôr sur lé fUCçès obtenu par ce procédé que 1[\dpMtè n tni« en pratique. Duveraey a observé , en k préO€fiûam, qiïe, par ce moyett^^ on évite l'obli^ i^té dû Cttnàl; maid ^c'est^à un bien Êdble avan^ ttt^e, -^'èn peut vi'aiBeuts se procurer ^i redres*^ MUt'Iâ ipCKTtioVL ct^lâgiiieuse du conduit par la Ciraction de Porèflle. Fabrice d'Aquapendente , qui âVàit BCtitt n^utiliftéM'Àine sembkble incision , Ijei conda^ÉiHte iôrméllorâént. Parmi lés auteurs mo-» dertxeis c(Ui ont triEiité^es md!adie8;de lV)reiUe^ Lesw
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chevin la rejette pareillement/ observant avec raison, que si on venait à la pratiquer ^ elle ne ferait honneur ni à la chirurgie , ni au chirurgien.
Il faut donc recourir à des moyens plus .simples , quand l'inflammation du conduit, et sa rëplëtion par le corps étranger qui y est engagé , ne sont pas telles qu'on ne. puisse recourir à nos instruments. Ceux dont on doit faire usage sont les pinces et le cro» chet . Les/ pinces doivent être très-déliées , ^branches droites , et s'ouvrir par leur propre élasticité , comme' celles qui servent à la dissection. On â-en servira pour extraire les coi^ps étrangers' qui n'oo«cùpent pas tout le diamètre du conduit , ou qui, lors même qu'ils le remplissent , pré^ntent quelque saillie sensible. Le crochet peut être considéré çonune une espèce de levier, à cause de lii légère courbure que l'on est obligé de donner à son extrémité ; car si elle se terminait tout-à-fait en croche, il serait impossible de le faire passer derrière le corps ' qu'on veut extraire. Avant dé le placer, on cherche, avec un ^tylet qu'on promène tout autoujr du corps étranger, quel est l'endroit où il est le mtoins eu cob^ tact avec le tube qui le presse: Il est rare que l'on ne trouve /pas jour à placer l'instrum€[nt , attendu que le méat auditif n'étant pas exactement rond , ne peut presser également le corps qu'il renferme. Quand on' a trouvé le point le plus favorable à l'introduction de l'instrument y il faut le glisser k long