OBSERVATION LXII
M. Brodbeck, âgé de 23 ans, d'une santé robuste, souffre depuis six ans d'une surdité considérable et de bourdonnements très-gênants qui ressemblent au roulement lointain d'un cbariot. Cette maladie s'est développée à la suite d'un refroidissement : cette cause augmenta le mal à différentes reprises dans le cours de l'année ; les cantharides , les vapeurs chaudes , l'huile de poisson et le remède du (iocteur Mène-Maurice n'ont pu jusqu'aujourd'hui y apporter le moindre soulagement.
Nous trouvâmes les deux conduits auditifs sains., ainsi que les trompes d'Eustache et la membrane du tambour ; mais l'oreille était si sensible que des insufflations légères excitèrent, surtout au côté droit, un bruit sourd intense qui ne disparut qu'au bout de huit jours. De l'oreille droite il entendait encore notre montre à la distance d'un pouce et demi; de l'autre il ne l'entendait plus du tout. Tout en établissant un pronostic très-peu favorable, nous commençâmes avec prudence l'emploi des vapeurs éthérées : les bourdonnements s'amendèrent considérablement après les premières séances ; mais la scène changea à la cinquième ; les bourdonnements s'accrurent de nouveau et devinrent si considérables durant la huitième qu'on n'osa pas la terminer : on n'avait cependant employé que deux gouttes d'éther. L'état primitif de l'oreille se rétablit au bout de quelques semaines ; mais chaque tentative que nous fîmes avec l'éther, empirait de nouveau l'ouïe, quoique nous n'employâmes qu'une seule goutte de ce liquide ; nous fûmes par conséquent forcé d'arrêter ce Iraitement si faible et si délicat. Espérant trouver dans le
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fluide magnétique une force encore plus subtile , nous conseillâmes au malade de se faire traiter de cette manière par le docteur B. Les bourdonnements diminuèrent encore pendant les quatre premières séances ; mais ils s'empirèrent tellement pendant les quatre suivantes, que le malade effrayé cessa aussi ce traitement. Nous trouvâmes alors que la membrane du tympan était très-rouge; mais cette rougeur disparut quelques jours plus tard.
On doit regarder comme incurable un nerf acoustique qui est irritable au point qu'une seule goutte d'éther peut y produire l'augmentation de tous les phénomènes morbides.
OBSERTAVION LXIll.
M"e Von Grunen, très-saine, âgée de 16 ans, a eu pendant son enfance une inllammation cérébrale et souffre depuis de surdité.
Au printemps de 1830, nous trouvâmes les conduits auditifs et les trompes d'Euslache saines; la malade n'entendait des deux oreilles notre montre qu'à la distance d'un pied. Des injections d'eau tiède, faites dans la caisse du tambour, y excitèrent de la pression et des douleurs et augmentèrent la surdité. La malade n'avait jamais eu de bourdonnements : c'était donc à une surdité torpide que nous avions affaire dans ce cas
On remit le traitement jusqu'à l'automne de la même année et pendant cet intervalle la portée de l'ouïe s'était réduite à six pouces ; le danger devenait par conséquent trop pressant pour qu'on put encore reculer le traitement. Il commença : on introduisit des vapeurs d'éther dans la caisse du tambour au moyen de l'appareil incommode d'Itard ; on ne traita que l'oreille droite, parce que la malade ne voulut pas laisser sonder l'autre. Quelque déraisonnable que fut ce caprice, il nous donna cepen-
dant l'occasion d'observer la réaction sympathique de l'un de ces organes sur l'autre.
On répéta les séances tous les jours , et les vapeurs éthérées venaient presser la membrane du tympan en la picotant légèrement et en faisant sentir dans l'oreille une douce chaleur. Quoiqu'on n'eut continué le traitement que d'un côté pendant trois mois et demi , il y eut une amélioration considérable de l'ouïe non-seulement à l'oreille droite, mais même du côté gauche où ne s'était pas introduit un seul atome des vapeurs éthérées ; toutefois le soulagement était plus grand à la première qu'à la deuxième. La portée de l'ouïe s'étendit à droite à quatre pieds et à deux pieds et demi à gauche ; quoique le traitement n'eut pas été assez long , la malade n'en obtint pas moins une facilité dans ses relations sociales qu'elle ne connaissait plus depuis longtemps.
Les commodités que les malades retirent d'une pareille amélioration de l'ouïe, leur font en général oublier qu'ils n'ont pas encore regagné toute la finesse de leur ouïe; aussi la plupart regardent-ils ce dernier point comme une chose idéale et l'on doit convenir qu'on peut s'en passer dans tous les rapports de la vie humaine.
Cela explique pourquoi la plupart des malades affectés de surdité nerveuse s'arrêtent au milieu d'un traitement qui exigerait souvent beaucoup de temps pour les guérir complètement : ils se contentent du soulagement qu'ils ont obtenu et peuvent souvent s'en contenter en réalité.