MÉTHODE PURGATIVE
La colique de plomb, traitée par les purgatifs , éprouve des modifications diverses dans sa marche, suivant que ces médicaments sont administrés sous telle ou telle forme , par la bouche ou l'anus , suivant aussi l'intensité de leur action physiologique et pathologique.
Les anciens, qui ont parlé de la colique causée par l'emploi des médicaments saturnins , recommandent , la plupart , de traiter cette maladie par les drastiques et les vomitifs. L'idée de particules métalliques logées dans les intestins , comme causes de la colique, ainsi que Ja constipation, ont du naturellement donner l'idée d'un traitement vomi-purgatif. Celse conseille de faire vomir ceux qui ont avalé de la céruse ; Dioscoride, qui semble avoir mieux connu, dans son ensemble, que Celse, cette colique, indique, comme moyen euratif, le vomissement et la purgation; Paul d'/Egineet /Etius sont de l'avis des deux précédents. Avicenne conseille, contre cette maladie , les émétiques, les purgatifs et les diurétiques chauds.
Dans les siècles suivants , la plupart des médecins, oubliant les conseils vagues et peu précis , il est vrai , que leur avaient légués les anciens sur le traitement de la colique saturnine,
se mirent à traiter cette maladie d'après les idées médicales dominantes du temps.
Traitement de la Charité.
Enfin, en 1602 , des religieux italiens , que Marie de l\lédicis chargea de venir gouverner l'hôpital de la Charité de Paris, fondé par elle, apportèrent plusieurs recettes de leur pays, dont l'une d'elles , qui leur servait dans certaines maladies graves, se nommait macaroni. Ce remède était composé d'une partie de verre d'antimoine, et de deux parties de sucre, le tout bien exactement mêlé et mis enpoudre très-fine ; on le donnait à la dose d'un scrupule, trois ou quatre jours de suite. Ces moines employèrent avec succès ce médicament violent contre la colique des peintre^.
Plus tard , lorsque des médecins remplacèrent les religieux, pour donner des soins aux malades qui venaient 5 la Charité , le traitement qui porte le nom de cet hôpital continua , par une espèce d'usage, d'être administré, sous le nom de mochlicjue de la Charité , contre la colique saturnine.
Les succès qui s'opérèrent sous l'influence de ce traitement , que dirigèrent successivement , à l'hôpital <le la Charité, les médecins Delorme , Hardouin de St-Jacques , Colot etlmbert , se répandirent de tout côté , même jusque dan6 la classe du peuple ; aussi , dès lors , la Charité devint l'infirmerie générale où se donnaient rendez-vous tous les individus atteints de la colique de plomb. Cette antique renommée fait encore affluer aujourd'hui, clans cet établissement, une quantité considérable de peintres , de cérusiers , etc. , quoique la plupart de ses médecins ne se servent plus , dans leur prescription, de cette médication. Comme au temps de Bordeu, le public croit encore qu'on trouve à la Charité un re-
38o COLIQUE SATURNINE.
mède particulier contre ia colique de plomb , un arcane , une méthode enfin infaillible , qu'on ne connaît pas ailleurs.
On se tromperait beaucoup si on croyait que le traitement de la Charité était, à son origine, ce qu'il est aujourd'hui. Il a subi une infinité de transformations qui ont servi tantôt à multiplier et tantôt à diminuer ses succès.
Le macaroni n'est que le germe du traitement que l'on suit aujourd'hui à la Charité. Mais, dès celte époque, le fonds consistait en purgatifs et en vomitifs , ce qui n'était qu'un souvenir du traitement des anciens. On pense en général qu'il est difficile d'assigner précisément l'époque où il a commencé à être réduit en formules, à peu près semblables à celles de nos jours. Nous présumons avec M. Mérat que c'est dans la traduction de l'ouvrage d'Allen (1), publié en 1707, qu'on en trouve la première description , quoique très-imparfaite et fort différente de celle que l'on suit actuellement. Dubois, Lehoc, en 1761, et surtout Bouvard, en 1765, et Combalusier, donnèrent les recettes du traitement delà Charité, à peu près conformes à celles actuelles. Dans le Traite de Matière Médicale de Desbois de Rochefort , médecin de la Charité, on en trouve une recelte exacte et fort complète , dont MM. Mérat et Corvi>art ont modifié encore les foi-mules, qu'ils ont rendues plus simples. Ces médecins ont retranché quelques médicaments trop violents, comme la pulpe de coloquinte dans les lavements , etc.
Formules du traitement de la Charité.
Le traitement de la Charité, tel qu'on l'administre aujourd'hui, consiste en un assemblage de substances nombreuses, douées de propriétés différentes. Voici la composition de celui qui était administré à l'époque où M. Mérat faisait son travail.
(1) Abrégé de toute Médecine pratique, t. 3, Paris.
Le jour d'entrée du malade h l'hôpital, ou le lendemain à la visite du médecin , on donne de suite le lavement purgatif des peintres (enema plctorum purgans), composé ainsi qu'il suit :
% Feuilles de séné. 3 iv
Faites bouillir dans une livre d'eau, et ajoutez à la décoction :
Sulfate de soude. 5 iv
Vin émétique. § iv
Dans la journée on donne l'eau de casse avec les grains (aqua cassice cum granls), dont voici la recette :
% Eau de casse simple. ft ij
Tour l'obtenir, on fait bouillir :
Casse en bâton, concassée. 3 'i
dans deux livres d'eau ; passez la décoction. '
Sel d'Epsom. § j
Emétique. g iij
Quelquefois on ajoute, si la maladie est forte : Sirop de nerprun. 5 j
Ou
Confection Hamech. 3 ij
Le soir, à cinq heures , on donne le lavement dit anodin
(enema plctorum anodinum) , fait avec :
Huile de noix. 5 vj sjij
Vin rouge. g xij
Et h huit heures, on administre encore un gros et demi de thériaque, dans laquelle on incorpore ordinairement un grain et demi d'opium , ou seulement un gros de thériaque et un grain d'opium.
Le deuxième jour du traitement, on prescrit l'eau, dite bénite (aqua bencdlcta) , ainsi composée :
% Tartre stibié. g vj
Eau tiède. 3* viij
A prendre en deux fois, à une heure de distance.
382 COLIQUE SATORNINE.
Quand le malade a romi on lui donne, le reste du jour, la boisson suivante, qu'on appelle tisane sudorifique ( tisana tudorifera ) , et qui ae compose ainsi :
% Gayac. >.
Squine. s âa 5 ]
Salsepareille. )
Faites bouillir pendant une neure dans eau commune; réduisez à deux, et ajoutez :
Sassafras. 5 j
Réglisse. 5 iv
Faites bouillir légèrement et passez.
Le soir, à cinq heures , le lavement anodin ; à huit heures la thériaque avec l'opium , comme le premier jour.
Le troisième jour, on donne la tisane sudorifique laxative
(tisana sudori fer a taxant) qui suit :
% Tisane sudorifique simple. & ij
Séné. § j
Faites jeter quelques bouillons et passez; à prendre en quatre fois dans la matinée.
Dans la journée, la tisane sudorifique simple; le soir, à quatre heares , le lavement purgatif des peintres; deux heures après, Qfe lavement anodin; enfin* à huit heures, la thériaque avec l'opium.
Le quatrième jour, on administre le purgatif des peintres (pargans pictorum) , dont Voici la formule :
% Infusion de séné. 5 vj
Elle se fait avec deux gros de senc et huit onces d'eau , qu'on réduit à six par l'ébullition.
Sel de Glauber. § j
Jalap en poudre. . 3 j
Sirop de nerprun. § j
On aide l'action du purgatif par la tisane sudorifique sitn-
TIUÏfÉMENÏ. 585
pie; à cinq heures le lavement anodin; et a huit heures du soir la thériaqueet l'opium.
Le cinquième jour, la tisane" sudorifique laxative; le soif, h quatre heures, le lavement purgatif; à six, le lavement anodin, et a huit, la thériaqne avec l'opium".
Le sixième jour, on revient au traitement du quatrième jour.
Le septième jour, tisane sudorrfîque laiàtive, tisane sudorifique simple , lavement purgatif, lavement anodin, thériuque et opium.
Ordinairement les malades sont guéris après la seconde médecine. S'il en était autrement, c'est â-dir'e si les douleurs subsistaient encore, on réitère le purgatif (pufgans pictorum) une , deux ou trois fois de plus, en observant d'ailleurs la même conduite que les quatrième et sixième jours-; dans les jours intercalaires, on se comportera comme les troisième et cinquième jours.
ta tisane sudorifique que l'on donne pendant tout le traitement, on conseille d'insister sur son usage, même plusieursjours après que le malade est guéri.
Nota. Il y a des circonstances, rares à la vérité, où les malades ne vomissent ni n'évacuent les purgatifs administrés : on 'emploie alors les bols purgatifs des peintres (boli pur gantes pictorum), dont voici la recette :
% Diagréde. )
Résine de jalap. ; °
Gomme gutte. g xij
Confection Hamech. 3: j G
Sirop de nerprun, s. q. pour faire dti toot 4îJ bote*
On en prend un de deux heures en deux heures.
La composition du traitement de la Charité, tel qu'on' le suit aujourd'hui, diffère un peu de la précédente.
Voici en quoi elle consiste :
Premier jour, — Eau de casse avec les grains; tisane sudorifique simple ; lavement purgatif le matin , lavement anodin le soir, et thériaque , une once; opium, un grain.
Deuxième jour. — Eau bénite; tisane sudorifique simple; lavement purgatif; lavement anodin; thériaque et opium.
Troisième jour. Tisane sudorifique laxative, deux verres; tisane sudorifique simple , lavement purgatif , lavement anodin, thériaque et opium.
Quatrième jour. — Potion purgative le matin; tisane sudorifique simple , thériaque et opium.
Cinquième jour. — Tisane sudorifique laxative, deux verres; tisane sudorifique simple ; lavement purgatif, lavement anodin; thériaque et opium.
Sixième jour. — Potion purgative le matin , tisane sudorifique simple ; thériaque et opium.
Septièmejour. — Tisane sudorifique laxative; tisane sudorifique simple ; lavement purgatif, lavement anodin; thériaque et opium.
FORMULAIRE DES PRESCRIPTIONS PRECITEES. Tisane sudorifique simple.
k. pr. décis.
% Décoction de gayac ordinaire. 1.000
Tisane sudorifique laxative.
% Infusion de seué et décoction de gayac
ordinaire, parties égale». 1,000
Eau de casse avec les grains.
% Décoction de tamarin (64 gr.). 1,000
Emétique. 0,15 (3 gr.)
Eau bénite.
% Eau commune. 0,500
Emétique. 0,25 (5 gr.)
Potion purgative.
Infusion de séné.
gr. dé.' g
Electuairc diaphœnix. ) Sirop de nerprun. j
Jalap en poudre.
i,3(24gr.)
Lavement purgatif des peih
tics.
Infusion de séné.
Sulfalc de soude.
Klcctuaire diaphœnix.
Jalap pulvérisé.
l,3(2/igr.)
Lavement anodin.
Huile de noix.
125, ( 5 iv)
Dans vin rouge.
Bot tkériacat.
Thériaque.
Extrait d'opium.
0,05 (1 gr.)
Ainsi , le traitement de la Charité se compose de purgatifs drastiques, d'opiacés et de sudorifiques.
Quelquefois, les médecins qui suivent le traitement de la Charité se croient obligés de revenir h plusieurs fois au vomitif, et de doubler ou mémo de tripler la dose d'émélique. (Desbois de Rochcforl en a donné jusqu'à dix-huit grains en une seule fois, sans accidents.)
Chez les enfants , les personnes faibles et les femmes , on fractionne le traitement que nous venons de faire connaître. 11 importe surtout d'en agir ainsi pour le vomitif et pour le purgatif, dont on ne donnera qu'une demi-dose, ou deux tiers de dose au plus.
Lorsque les médicaments de ces diverses formules répugnent trop aux malades, ou qu'ils les vomissent, il faut, dans ce cas, administrer seulement les médicaments qui peuvent
586 COLIQUE SATUENINE.
ne pas causer le vomissement et être avalés sans trop de dégoût.
Pendant le traitement de la Charité, on doit prescrire une diète sévère durant les deux ou trois premiers jours. On commence à donner des bouillons le quatrième ou le cinquième. On augmente ensuite graduellement les aliments.
Tel est ce fameux traitement delà Charité, dont la réputation s'est transmise d'âge en âge jusqu'à nous, et cependant peu de médecins l'emploient aujourd'hui dans sa pureté primitive. Le plus ordinairement, chaque praticien emploie uu ou plusieurs médicaments, à l'aide desquels il espère obtenir les mêmes résultats physiologiques et thérapeutiques. Aujourd'hui même, à l'hôpital de la Charité, si le médecin d'un service prescrit ce traitement dans toute sa pureté, il faut qu'il recommande avec instance au pharmacien et aux infirmiers de la salle, l'administration de tous les lavements, tisanes, potions, etc. Sans cette précaution, on ne donne pis tout le traitement de la Charité; ainsi, le plus ordinairement, on néglige d'administrer le soir la thériaque unie à l'opium.
Ce traitement a été préconisé avec un enthousiasme aveugle. Ses partisans en ont fait un moyen sine (juâ non de guérir la colique. Examinons, non leur dire., mais les faits qu'ils rapportent à l'appui des louanges qu'ils adressent à cette médication.
Pendant deux siècles et demi environ, les religieux et les médecins de la Charité firent des merveilles avec le macaroni ou le mochlique, sans que ces cures extraordinaires fussent publiées par eux dans un recueil quelconque. La tradition seule les faisait connaître. Enfin, l'un d'eux, Dubois (17.51), voulut répandre l'usage d'une pareille méthode thérapeutique , en publiant sa fameuse thèse. Mais, au iieu d'appuyer ses assertions sur des faits cliniques tirés de sa pratique, il se borne à les étayer par une foule de raisonnements
tirés des lois de la physique corpusculaire ; cl cependant cet écrit lit triompher le traitement vP la Charité, qui fut dès-lors regardé généralement comme le remède le plus actif et le plus prompt,et appuyé parle plus grand nombre de faits. Voici les termes d'enthousiasme avec lesquels Dubois célèbre cette fameuse médication : Tarn facile, tam citb, cegrum ad sanitatem reduximus... Gaudct, valet, surgit, sanatus est œger /... Tota curatio (jualridui est..,. Non secure disséminas. Depuis Dubois, la plupart des médecins de l'hôpital de la Charité, qui ont écrit sur la colique de plomb, ont vanté les effets de ce traitement. Deux ont seuls rapporté des observations à l'appui de leur dire, Combalusier et M. Mérat.
Combalusier administra cette médication aux dix malades dont il a rapporté l'histoire. Huit guérirent dans l'espace de six à huit jours : deux succombèrent.
M. Mérat, dans son livre, rapporte l'histoire de dix neuf individus dont la colique fut combattue par cette médication.
Douze cas de ces malades atteints de colique de plcmb aiguë guérirent après trois, quatre, quatre, cinq, cinq, six , six, sept, huit» douze, douze, treize jours de traitement. Un succomba à. une attaque d'encéphalopalhie saturnine; un autre fut atteint de paralysie.
Six malades atteints de colique chronique guérirent après quatre, huit, dix, onze, vingt, vingt-six jours de traitement. La plupart des médecins modernes de la Charité disent avoir obtenu de brillants succès du traitement de cet hôpital. Bayle, Laennec, Chomel, Rullier, etc. , ont , dans leurs cours ou dans divers travaux, annoncé , mais sans les formuler, les succès qu'ils ont obtenus.
Le traitement de la Charité a été déprécié avec autant d'enthousiasme qu'il a été préconisé. Parmi les religieux de cet hôpital, il y en eût même un du nom de Stanislas , qui
388 COLIQUE SATURNINE.
s'insurgea contre le macaroni et le mochlique, dont il prit grand soin de relevfer les suites fâcheuses et funestes qui portèrent, au commencement du dix huitième siècle, les premiers coups décisifs aux merveilles du macaroni , par les modifications importantes qu'ils lui firent subir sous le nom de mochlique.
Quelques praticiens n'ont pas voulu expérimenter cette médication, parce qu'ils ont craint que des médicaments aussi actifs que ceux dont elle se compose, n'augmentassent encore les douleurs violentes de la colique. Mais le raisonnement ne peut jamais , en médecine , se substituer à l'expérience; il fallait, pour prouver que ces craintes étaient fondées, montrer des faits a l'appui , et combattre les documents présentés par d'au 1res observateurs si favorables à celte méthode.
Quoique l'expérience de plusieurs siècles eût paru sanctionner la supériorité du traitement de la Charité, nous avons où vérifier par nous-méinc ce qui avait été avancé h ce sujet.
Trois cent quarante-cinq de nos malades ont l'ait usage du traitement de la Charité. Sur ce nombre cent dix étaient atteints de colique de plomb violente, cent trente-cinq l'étaient de colique modérée, et cent de colique légère. Trois cent huit malades ont guéri. La colique a duré , a partir du jour où le traitement a été employé , terme moyeu , six a sept jours , à peu près tout le temps que la médication a été mise en usage. Sur ce nombre , dix-sept ont éprouvé des rechutes , douze ont été affectés de paralysie , et sept d'encéphalopalhie saturnine. Parmi les trente-sept qui n'ont pas guéri , il y en a eu cinq qui ont succombé à des accidents cérébraux ou rachidiens, produits par le plomb, dix-sept étaient! atteints de colique chronique, <;l quinze de colique aiguë'. Ces derniers on! guéri sou;, l'iuiluence d'autres mé-
TRAITEMENT. 38q
dicalions, tels que les vésicaloircs , les opiacés, l'eau de Sedlitz , ou l'huile de croton tiglium.
Les deux premiers jours de l'administration de celle médication, le malade vomit un grand nombre de fois., mais va rarement et difficilement à la garde-robe. Les selles ne sont presque jamais composées de matières solides; le plus souvent les lavements sont rendus tels qu'ils ont été pris. Ordinairement le malade se trouve peu ou point soulagé; dans quelques cas, cependant, de colique violente, modérée ou légère , l'affection disparaît complètement h celle époque , même sans garde-robes , h la suite de vomissements fréquemment répétés.
Le troisième jour on observe , dans quelques cas , des selles abondantes et un soulagement marqué.
C'est surtout le quatrième jour que de nombreuses selles, composées en parties de scybales, ont lieu; et qu'enfin, les douleurs et les autres symptômes diminuent rapidement d'une manière notable. Aussi, plusieurs fois avons-nous vu commencer avec avantage le traitement de la Charité par le quatrième jour, et la maladie durer moins long-temps.
Les jours suivants , les symptômes de la colique finissent par disparaître d'une manière insensible. Le sixième jour enlève souvent, par enchantement, les dernières souffrances , mais toujours en purgeant.
Dans presque la moitié des cas la thériaque et l'opium n'ont point été donnés aux malades, et cependant la durée de l'affection n'a pas été plus longue; les rechutes et les attaques, d'autres maladies saturnines, n'ont pas été plus nombreuses que chez les individus qui ont pris le bol thériacal.
Nous n'avons pas observé le développement d'un seul cas de gastro-entérite a la suite de l'administration de ce traitement, même lorsque le ventre était sensible à la pression, ou qu'il y avait accélération de la circulation. Mais lorsque des
5(J0 COLIQUE SATURNINE.
phénomènes réellement phlegmasiques accompagnaient la colique , le traitement de la Charité aggravait la complication, sans diminuer l'intensité de la névralgie.
En comparant tous les traitements de la colique de plomb que nous venons de passer en revue, il est évident que le traitement de la Charité a une influence plus positive et plus heureuse que tous les autres traitements de la colique saturnine. Il limite la durée de cette affection et la fait disparaître rapidement, préserve des rechutes, et met, jusqu'à un certain point , à l'abri des autres maladies saturnines , puisqu'il chasse plus promptement le poison de l'économie. Cependant , nous ne pouvons dire d'une manière absolue , comme M. Mérat, que ce soit un remède assuré contre la colique, et qu'il ne manque jamais, lorsqu'il est administré convenablement. Les faits dont nous avons été témoins , et que nous avons recueillis avec une religieuse exactitude, nous obligent à mettre plus de réserve dans nos paroles. Non , pour nous, le traitement de la Charité n'est point un véritable spécifique comparable au mercure et au kina, dont la certitude de réussite soit plus grande que ces deux substances dans un grand nombre de circonstances.
Pour nous le traitement de la Charité est une médication complexe , des plus efficaces contre la colique saturnine. Cette appréciation , faite avec une rigoureuse exactitude et une grande impartialité , assure encore à ce traitement une valeur qui, j'en suis persuadé, en fera toujours et à jamais une des bonnes méthodes thérapeutiques que la science possède.
Comment agit le traitement de la Charité pour guérir la colique ? Les premiers médecins qui s'en servirent pensaient que ce remède possédait une action inconnue, magique, qui chassait et corrigeait les particules métalliques, comme le mercure guérit les maladies vénériennes , et le quinquina les
fièvres intermittentes. C'était une méthode antique et spécifique, de laquelle il ne fallait pas même demander les raisons (Bordeu).
Il paraît que dans l'origine ce traitement agissait avec tant de violence, que les malades, à la suite des vomissements atroces et des purgalions sans nombre que les drogues produisaient , entraient dans des convulsions que quatre hommes ne pouvaient contenir. Aussi , dit Bordeu , était-ce un spécifique féroce, mais respectable par son ancienneté.
Dubois affirme qu'à l'aide de cette médication magique , on arrache du mésentère les particules métalliques, on les déloge et on les chasse , comme on ôte la poussière d'une étoffe de laine; il faut la battre, la secouer vivement, et la poussière s'envole.
Voici comment s'exprime un des médecins de la Charité , qui vivait à une époque plus rapprochée de nous :
« Dans le traitement de la Charité, on voit des lavements » fortement purgatifs et stimulants , un vomitif puissant et «comme capable d'exciter des secousses fortes qui puissent «détacher les parties métalliques nichées dans les membra- » nés de l'estomac et des intestins ; un calmant efficace pour «porter la stupeur dans les fibres sensibles et douloureuses; «des purgatifs acres et irritants , pour exciter à la sécrétion » des organes paresseux ; en un mot, des tisanes sudorifiques » et des potions cordiales , pour relever le ton des fibres , ani - «mer la circulation et aider la nature a expulser les restes » des particules minérales qui ont échappé à l'action des au- » très remèdes. » ( Bouvart , Réponse à Tronchin.)
J.-J. Leroux, médecin de la Charité de notre époque, professait naguère une opinion analogue sur l'explication du modus f'aciendi de ce traitement. Il croyait que les fortes évacuations avaient pour but d'arracher les particules de plomb , déposées sur la muqueuse digestive.
392 COLIQUE SATURNINE.
Quelques auteurs, comme Desbois de Rochefort, s'imaginent que les sudorifiques ont pour but de chasser la matière métallique par la peau.
M. Mérat pense que le traitement de la Charité agit commeun véritable irritant du canal intestinal, et que , comme tel, il dévie la cause morbifique qui a sévi sur les nerfs. Ce ne sont pas positivement les selles , en tant qu'on en considère la quantité , qui guérissent; ce sont les irritations multipliées du canal qu'elles supposent , qui procurent effectivement la guérison. ( Traité de la Colhjue i)IfHaUi<jac.)
Toutes ces discussions sur le mode d'action intime du traitement de la Charité ne sont-elles pas oiseuses? Savonsnous comment agit le quinquina dans la curalion de la fièvre intermittente, le mercure dans celle delà syphilis, etc.? Tout ce que nous pouvons savoir, c'est que le traitement de la Charité agit en imprimant une vive secousse à tous les organes qui sont le siège de la colique. Cette méthode pertur batrice change violemment la manière d'être des solides et des liquides , et les ramène a l'état normal, après avoir chassé probablement le poison , cause de tous les accidents.
Dans les années qui nous ont précédés, un grand nombre de praticiens ont essayé de traiter la colique de plomb à l'aide de moyens tirés en partie de ce fameux traitement, sans chercher h suivre a la lettre , et pour ainsi dire servilement, le traitement de la Charité. Les uns, supprimant les vomitifs et les purgatifs, n'ont conservé que les narcotiques ; d'autres, au contraire , n'ont fait usage que des purgatifs , ou même des vomitifs.
Nous avons déjà parlé de la colique saturnine traitée par les opiacés.
TRAITEMENT. 5q3
Larnncn ts purgatifs.
Nous avons pu suivre, dans seize cas de colique, l'influence des lavements purgatifs administrés seuls. Ces lavements étaient composés comme celui dit purgatif des peintres , et donnés au nombre de un à deux par jour. Six individus atteints de colique légère ont guéri au bout de quatre jours de traitement. De cinq malades un peu plus fortement pris, quatre n'ont été complètement guéris qu'au bout de six jours, et un seul n'a pu être débarrassé de ses symptômes que par l'administration par la bouche de médicaments purgatifs. Cinq malades atteints de colique violente ont été soulagés après trois à quatre jours de traitement; mais la complète cessation des coliques s'est fait attendre quelque temps, a tel point que chez trois on a été obligé d'administrer l'huile de croton pour faire cesser complètement les accidents.
Les premiers lavements ne surmontent pas; en général, la constipation, ni ne diminuent pas la douleur. Ils sont rendus comme ils ont été pris, et rarement les malades peuvent les conserver assez long-temps pour qu'ils puissent agir efficacement. Plus tard, au bout de deux à trois jours, des selles, composées en partie de matières dures, sèches et noires ou jaunes, et peu consistantes, ont lieu. Lors même qu'on n'obtient pas d'évacuations alvines, quelquefois cependant les malades se disent soulagés.
Huile de riccln.
La plupart des huiles laxatives s principalement celle de riccin, ont été vantées contre la colique de plomb par plusieurs praticiens, et surtout par les partisans de la méthode
3g4 COLIQUE SATURNINE.
antiphlogistique (Grashuis , Barry, Moseley, Fricher, Odicr, Romans , Eyerel, Renauldin , etc.)
Ce doux purgatif, administré à la dose de une a deux onces par jour, peut guérir la colique de plomb si elle est légère; il produit alors des garde-robes peu abondantes, à la suite desquelles tous les accidents disparaissent. Mais si la maladie est violente, l'huile de riccin n'a, assez souvent, aucune prise sur elle , et l'effet purgatif n'a pas lieu. Dans vingt-huit cas de colique de plomb légère, ce laxatif, administré une ou plusieurs fois, a contribué à la guérison , qui s'est effectuée , terme moyen , dans l'espace de cinq jours. Dans douze cas de colique de plomb modérée, ia guérison n'a pu être obtenue que huit fois au bout de six jours ; et quatre fois, il a fallu recourir à d'autres moyens plus énergiques pour provoquer une guérison complète. Chez quatre sujets atteints de colique de plomb violente, traités par l'huile de riccin , la guérison n'a eu heu que dans un cas au bout de six jours de traitement ; on a été obligé d'administrer un traitement plus actif aux trois autres malades.
Eau de Sedlitz.
L'eau de Sedlitz a la même influence curalive à peu près que l'huile de riccin, sur la colique de plomb. Je dois mentionner cependant deux cas de colique intense où ce purgatif a semblé avoir les plus grands succès. Chez ces deux malades il existait une colique de plomb très-forte, qui durait depuis six semaines à deux mois, et que n'avaient pu guérir une foule de médicaments dirigés contre elles (traitement de la Charité, huile decroton, limonade sulfurique, sangsues, etc. , etc. ) ; enfin, on voulut essayer, pour changer, l'eau de Sedlitz ; le lendemain de l'administration de ce médicament , tous les symptômes de l'empoisonnement disparurent. Y a-t-il eu en-
TRAITEMENT. 3q5
tro la disparition de la maladie et l'administration du médicament autre chose qu'une simple coïncidence , un rapport de causes à effets? C'est ce qu'il ne serait pas prudent d'affirmer d'une manière positive, surtout si on se rappelle que quelquefois la colique abandonnée h elle-même, se termine brusquement.
Huile de croton tiglium.
L'huile de croton tiglium, vantée dans les coliques métalliques par le docteur Kinglake , a été mise très-fréquemmeut en usage dans ces dernières années contre la colique saturnine. C'est le mode de médication qui généralement est le plus employé aujourd'hui contre cette maladie.
Déjà, dans notre thèse sur la paralysie de plomb (i833), nous avions annoncé les effets avantageux que M. Rayer obtenait de l'huile de croton dans la colique de plomb. Dans un autre hôpital, M. Àndral recueillait également des faits de colique saturnine propres à établir les avantages remarquables de ce médicament pour combattre cette maladie. (Thèse de M. Joret.)
J'ai été assez heureux pour observer quatre cent soixante cas de colique de plomb, traités par l'huile de croton. Tantôt ce médicament a été administré seul, en concurrence avec d'autres purgatifs, tels que le lavement des peintres, l'huile de riccin , tantôt il a été associé aux opiacés (i).
Dans deux cent quatre-vingt-dix cas de colique, ce médicament a été administré seul, une ou plusieurs fois, suivant l'intensité et la ténacité des symptômes. Les jours où il n'y a pas eu d'huile de crolon prescrite, un lavement des peintres
(i) Tous ces cas de colique ont été la plupart traités dans les services de MM. Balry et Rayer.
5g6 coliqve saturmm.
a été donné ou de l'huile de riccin; de l'eau de Sedlitz a été administrée dan? quatre-vingt cinq de ces cas.
Chez quatre-vingts autres malades, le jour même où le croton a été administre, le malade a pris le soir un lavement purgatif comme moyen adjuvant.
Tous ces malades, au nombre de trois cent soixante dix, à l'exception de vingt-huit, ont guéri, terme moyen, dans l'espace de quatre à cinq jours, à partir du moment où cette médication a été employée. La colique tut violente chez cent quarante-un d? ces individus, modérée chez cent vingt-trois, et légère chez cent six. La colique violente mit un peu plus de temps à disparaître que celle modérée ou légère.
Le mode d administration préférable est le suivant : on fait avaler une goutte d'huile de croton dans une cuillerée de tisane. L'huiie de croton, prise a la même dose en pilule, dan; du rofi r.reau, ou mélangée avec d'autres médicaments, a^it avec beaucoup moins d'énergie. Pourquoi? La maladie, en général , disparaissait d'autant plus vite que l'huile était donnée un plus grand nembre de jours du suite. Aussi la guérison a été plus prompte dans les cas où on n'a pas donné de lavement des peintres, d'huile de riccin ou d'eau de Sedlitz, après un seul jour de l'administration du croton.
Ne us avons remarqué assez souvent que si Ton se contente de prescrire l'huile de croton une seule fois, la colique diminue d'abord après l'effet du purgatif drastique, puis qu'elle augmente ensuite insensiblement et tintement les jours suivants. Mais assez fréquemment on observe une recrudescence au bout de trois à quatre jours d'amélioration très-marquée. On est alors obligé de recourir de nouveau au purgatif drastique pour faire cesser totalement la colique. Pour obtenir des résultats très-avantageux, il faut le prescrire au moins trois jours de suite, quand bien même la première dose aurait produit des merveilles.
Qu'on ne soit pas arrêté par la crainte de l'aire naître une inflammation de la muqueuse intestinale; nous n'en avons pas observé uu seul exemple. Chez trois malades seulement, le croton, au lieu de produire des garde-robes, donna lieu à quelques symptômes d'irritation du côté des voies digestives, qui disparurent du jour au lendemain par !e repos et quelques lavements émollients. Les malades atteints de colique de plomb peuvent, sans inconvénient, supporter des purgatifs beaucoup plus violents et à beaucoup plus haute dose que les individus atteints de maladies étrangères au plomb.
Dans les cas où on a prescrit un lavement purgatif comme moyen adjuvant , nous n'avons pas remarqué , en général , que la guérison fût plus rapide que dans les cas où l'huile de croton était uniquement prescrite. Quelquefois cependant il arrrive que le croton a lui seul n'a produit aucun effet marqué; le lavement vient provoquer son action énergique; dès lors des vomissements et des garde-robes nombreuses ont lieu, et une amélioration très -marquée se prononce. Il est donc utile de prescrire le soir un lavement purgatif, lorsque L'huilé du matin n'a produit aucun résultat. Dans ce cas , il vaut encore mieux prescrire une seconde goutte de croton le soir, dont les effets physiologiques et thérapeutiques ont lieu a la suite de cette nouvelle administration d'huile.
Les effets de l'huile de croton suivent habituellement de très-près son introduction dans l'estomac. Une, deux ou trois heures après qu'elle a été prise , déjà son action physiologique et thérapeutique commence.
Assez souvent une amélioration très-marquée, et étonnante pour celui qui n'en a pas encore été témoin , a liea le lendemain de la première administration du croton. Cependant les garde-robes sont ordinairement semi-liquides, peu abondantes et rarement très-fréquentes le jour où l'huile est prescrite pour la première fois. Dans quelques cas
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même, elles manquent complètement, et l'on constate seulement des vomissements abondants. Mais la dose suivante de croton, à la suite de trois, quatre, cinq, six, douze, vingt selles , amène l'évacuation dune quantité considérable de matières lécales dures, arrondies ( scybales ). C'est alors qu'assez souvent la colique cesse complètement ou presque complètement le lendemain de celte nouvelle prise d'huile. Les troisième, quatrième et cinquième jours, tout finit par disparaître, si déjà tous les accidents n'avaient pas cessé.
Dans la moitié des cas environ, des vomissements surviennent une ou deux heures après l'ingestion des médicaments. Habituellement un soulagement marqué leur succède; quelquefois même il arrive que l'huile de croton est uniquement vomitive et non purgative. Alors tantôt elle guérit , tantôt, au contraire, son emploi n'est suivi d'aucun succès.
Quelquefois il arrive que le malade vomit quelques minutes et même un quart d'heure après avoir prisl'huile; ce médicament se trouvant entraîné avec la matière du vomissement, il ne peut plus y avoir, dès ce moment, d'effets phy siologiques et thérapeutiques. C'est le cas de confier à l'estomac un autre médicament que l'huile de croton. On peut encore l'incorporer dans de l'huile de riccin, c'est-à-dire dans une substance moins excitante, ou la donner en lavement; on n'obtiendra pas une guérison aussi prompte, mais on pourra néanmoins obtenir des succès. Les vomissements, lorsqu'ils doivent avoir lieu , précèdent ordinairement les garde-robes, et lorsque celles-ci commencent, les vomissements cessent.
On rencontre des malades qui, sans vomir et aller à la garderobe, sont néanmoins soulagés. Il est bon, après avoir prescrit pendant un ou plusieurs jours de suite l'huile de croton, de faire usage , pendant quelques jours, de ldvements purgatifs, quand bien même le malade ne ressentirait plus la moindre
douleur de colique. Cette pratique;» l'avantage de prévenir au certain nombre de rechutes. Les elfets de l'huile de croton ne se l'ont pas sentir seulement quelques heures après l'ingestion de ce médicament. Quelquefois, un ou deux jours après, nous avons encore constaté une action purgative.
Dans quatre-vingt dix cas de colique de plomb, dont vingtcinq furent violentes, trente-deux modérées, et trente-trois légères, où l'on lit usage, concurremment avec l'huile de croton, des opiacés, nous n'avons pas vu des résultats ni plus ni moins avantageux que les précédents. Sept malades ont résisté à l'emploi combiné de ces moyens. On donnait le soir un julep gommeux dans lequel entrait un demi-grain d'opium, ou un lavement oléovineux avec trente gouttes de laudanum de Sydenham.
Cependant, chez quelques malades fatigués des superpurgations produites par l'administration répétée du croton, nous avons vu les opiacés faire disparaître promptement ces légers accidents.
Ainsi , trente - cinq malades , sur quatre cent soixante, traités par l'huile de croton, n'ont pas guéri, preuve que l'on ne peut pas dire toujours tel traitement parvient à mener à entière guérison la colique de plomb. Dix-sept de ces individus vomissaient l'huile presque aussitôt qu'elle était avalée. Chez quelques-uns de ces malades, entièrement réfractaires à l'action de l'huile de croton , à peine ce médicament est-il ingéré, qu'il donne lieu à une grande agitation; le malade vomit, il éprouve un sentiment de brûlure le long de l'œsophage et à l'épigastre; chaque fois qu'il veut boire, le goût de croton se renouvei!e,et il vomit les boissons de plus facile digestion. Dans ces cas , si on persistait à faire usage de l'huile , on pourrait peut-être déterminer des accidents inflammatoires. Quatorze furent vigoureusement purgés par ce médicament, et cependant la colique ne disparut pas; il fallut s'adressera
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d'autres médications énergiques, qui n'eurent pas d'abord de succès plus marqués; enfin, après un temps qui varie depuis quinze jours jusqu'à trois mois, les accidents disparurent pendant l'administration de médicaments auxquels on ne reconnaît pas généralement une très-grande influence pour mener à guérison cette maladie (eau de Sedlitz, hydrochlorate de morphine, vésicatoire). Trois éprouvèrent de légers phénomènes d'excitation vers le tube digestif, qui firent cesser l'emploi de ce moyen. Enfin , un de ces malheureux fut traité inutilement à plusieurs reprises par l'huile de croton, ainsi que par toutes les autres méthodes ; tout fut inutile, il succomba épuisé par l'excès delà douleur. (Voy. Obs, xxv.)
Nous avons constaté vingt rechutes chez tous ces malades. Dans seize cas , la paralysie s'est déclarée à la suite de coliques traitées de cette manière; l'encéphalopathie s'est montrée dans neuf cas.
Il est des saisons ou constitutions médicales pendant lesquelles l'huile de croton réussit plus ou moins facilement à enlever la colique saturnine. Ainsi, j'ai remarqué que, par un temps humide et froid, ce médicament agissait avec moins d'avantage que par un temps sec et chaud. Plusieurs fois il nous est arrivé d'être étonné de voir un assez bon nombre d'insuccès pendant un mois qui suivait un autre mois où nous n'avions à enregistrer que des succès. Il faut connaître cette circonstance pour pouvoir apprécier a sa juste valeur l'influence de l'huile de croton; car si on n'en tenait pas compte, des observateurs qui recueilleraient des cas de colique de plomb, traitées à l'aide de cette médication à des époques différentes de l'année, pourraient arriver à des conclusions un peu opposées.
Telle est la médication qui guérit le plus tôt et le plus sûrement, soulage le plus vile, met le plus positivement à l'abri des rechutes et des accidents de l'empoisonne-
ment saturnin cérébro-spinal, les individus atteints de colique de plomb. Nous le proclamons ici avec une assurance que nous donnent une longue expérience et la sévérité impartiale que nous avons mise dans l'appréciation thérapeutique des médications employées contre celte maladie : oui, cette formule de traitement est la meilleure; elle remplace avantageusement la meilleure médication mise autrefois en usage par nos pères , c'est-a-dirc le traitement de la Charité , tant sous le rapport de sa supériorité comme moyen thérapeutique, que sous le rapport de la facilité de son administration. Nous sommes persuadé que ce travail contribue à répandre l'usage de celte médication héroïque, dont les bienfaits se multiplient chaque jour, et h la propagation desquels nous nous félicitons de contribuer.
Enfin, je termine en disant que l'huile de croton n'est point une médication spécifique de la colique saturnine. Si l'on parvenait à découvrir une substance vomi-purgative, qui déterminerait également sous un petit volume, une secousse aussi violente vers les organes abdominaux , on pourrait l'employer avec autant de succès. Mais cette substance n'existant point encore, je conseille h tout médecin qui traitera la colique saturnine, de faire usage de ce puissant remède, en se conformant aux préceptes d'administration que nous avons tracés et que nous allons répéter ici sous forme de propositions ou de conclusions; car s'il n'observe pas ces règles, l'effet désiré pourra se faire attendre , ou même n'avoir pas lieu.
Mode d'administration de l'huile de croton tiglium.
Le meilleur mode d'administration de l'huile de croton, c'est de la donner a la dose d'une «routte dans une cuillerée de tisane , h la première visite qu'on fait au malade.
Si celte première prise ne produit pas de selles ni de vou 26
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missements, sept à huit heures après il faut encore administrer une nouvelle goutte , ou un lavement purgatif.
Le lendemain et lo surlendemain , on devra encore prescrire l'huile de croton de la même manière.
Le quatrième jour, lorsque le malade est enlièrement débarrassé de tous les symptômes de la colique, on peut lui faire administrer un second lavement purgatif, qu'on continue jusqu'au septième ou huitième jour. Dans les cas rares où la colique n'a pas entièrement cessé le quatrième jour, il faut encore donner une goutte de croton , qu'on peut même répéter les jours suivants, si par hasard toutes les traces de la maladie n'avaient pas disparu.
Lorsque le malade vomit l'huile de croton un quart d'heure ou une demi-heure après son introduction , il faut alors la mélanger avec une once d'huile de riccin ou l'administrer en lavements, h une dose double de celle prescrite par la bouche.
En même temps qu'on administre l'huile de croton , il est bon que le malade fasse usage d'une grande quantité de tisane. La plupart des nôtres buvaient chaque jour deux à trois pots d'orge miellée.
Médicaments non expérimentés par l'auteur.
Viennent maintenant un certain nombre de médications sur le compte desquelles nous ne pouvons avoir d'opinion motivée ; car nous n'avons pas eu le courage d'en faire l'application.
Chalmus veut qu'on fasse usage du sulfate de cuivre contre cette affection.
Le soufre a été conseillé p ar Luzuriaga , Garnett et Hanhncmann.
Reide a administré des sels amers h petites doses fréquemment répétées. Lenlin et Weber ont donné la préférence aux
alcalis; celui-ci a surtout recommandé la soude mêlée a la rhubarbe. Monro et Baker, au contraire, vantent les acides, par exemple l'acide tarlareux.
Le castoréum, le musc et le quinquina ont été employés par quelques observateurs qui font usage de la méthode calmante , ou qui l'associent aux purgatifs : VolfF a préconisé l'extrait de coloquinte.
Le baume du Pérou a reçu les éloges de Hillary.
Les graines de Hurà crepitafts ont été administrées par Stéphens (in med. comtitetit.).
Le cinquième volume des Mémoires de la Société médicale de Londres contient une notice concernant les bons effets du suc et de la décoction du XanthoxiUiin : ce médicament paraîtrait agir, dans cette maladie, h la manière des narcotiques.
Petrus de Apono Veut qu'on administre la graine de lithymalc h ceux qui ont avalé de la lilhùrgc [De vclienis coranique remedlis ) .
Enfin, il n'y a pas jusqu'à î'oxigène, dont les inspirations n'aient été conseillées contre la colique saturnine par Wi-
thering.