OBSERVATION XXX
Un homme robuste et de petit taille, âgé de cinquante ans, portait un anévrisme de l'aorte qui avait détruit les cartilages des seconde et troisième côtes. La tumeur, aussi grosse que le poing, présentait des pulsations violentes; elle causait de vives douleurs et une toux très-forte : ellé existait depuis six mois lorsque je l’examinai. La douleur s’étendait a l'abdomen et au cou; la respiration devenait trés-difficile lorsquele maladeétaitétendudans son lit, et il avait de fréquentes palpitations du coeur. Le pouls au poignet était régulier. On prescrivit des saignées et des purgatifs répétés, une diète très-sévère et l’emploi de la digitale. Ce traitement ne tarda pas à rendre la tumeur stationnaire ; la respiration devint moins difficile, et au bout de six mois le malade put reprendre son travail de garçon maçon. La tumeur était alors dure et moins proéminente qu'auparavant; les iégumens, qui avaient été
194 : ® MALADIES | enflammés, étaient devenus solides et sains.
J'avais perdu de vue ce malade depuis trois ans, lorsqu'il revint me trouver avec une hydropisie déjà très-avancée. Il offrait une tuméfaction considérable du ventre et des jambes, et la respiration paraissait tres-difficile. En examinant la poitrine, on reconnaissait que Vanévrisme avait entièrement disparu, et que la partie où il avait existé se trouvait de niveau avec les tégumens environnans. On sentait distinctement le défaut de continuité des côtes. Cet homme nvapprit que depuis qu'il m'avait quitté, son affection l'avait peu incommodé, à moins quil ne se permit quelque écart dans le régime, et qu’alors la diète et les saignées suffisaient constaniment pour de rétablir. Il mourut hydropique au bout d’un mois; mais il me fut impossible d'obtenir la permission d’ouvrir le cadavre.
- Dans le plus grand nombre des cas de sde rison spontanée rapportés dans la première partie de cette section , le traitement débilitant avait été poussé trés-loin , et surtout dans ceux où le siége de la maladie était à l'aorte. Dans observation xx, ses heureux effets parurent trés-remarquables; dans l’observation xxit le malade fut saigné trés-souvent et affaibli autant qu’il est possible , avant
DES ARTERES ET DES VEINES. 195 qu'il y eût diminution dans ia tumeur. D’après la dissection , il est évident que la rupture des sacs n’aurait pas eu lieu et que les malades eussent pu éviter la mort, sans les:
effets funestes produits par la pression de la — tumeur sur les organes de la respiration.
Dans l'observation xxx, la maladie fut aussi rendue stationnaire pendant trois ans, au moyen d’un traitement semblable; les saignées fréquentes, une diète sévère , l'emploi long-temps. continué des purgatifs et de la digitale, étaient manifestement indiqués par le soulagement marqué que le malade en éprouvait DSL la respiration devenait vi difficile qu’à l’ordinaire. Cet anévrisme n° entraina pas la mort par sa rupture ; ; le sac était fortifié par des couches épaisses et solides de coagulum , et la tumeur continua à diminuer pendant les trois dernières années de la vie du malade (1).
(1) La circonstance suivante démontre tres - clairement que la diminution de la force de la cireulation prévient l’accroissement de l’anévrisme. Si deux sacs existent dans le trajet de la même artere, l’obstacle ap= porté au cours du sang par le sac supérieur diminue la force de la circulation dans l’inférieur , qui devient stationnaire, ou bien sa cavité $ ’oblitère par | le coagulum. La guérison qui ayait commencé à s'effectuer dans l’a-
Est-il nécessaire deciter lesautorités en faveur de la possibilité d'arrêter les progrésdes anévrismes? Cette pratique, suggérée par Hip-
névrisme de l’aorte abdominale de l'observation XXII, avait été probablement favorisée par la diminption de la force de la circulation résultant du passage du sang dans la poche énorme qui avait son siége au thorax. Les progrès de la maladie, dans l’exemple suivant, paraissent avoir été arrêtés par une cause semblable.