CINQUIÈME SECTION
Si le riche, qui jouit avec tant de complaisance des douceurs et des agrémens du luxe, connaissait la malheureuse existence de ceux qui lui procurent d'aussi précieux avantages , il serait moins insouciant sur le sort des gens du peuple. C'est en effet une grande erreur dé croire Te les arlisans se portent mieux et parviennent à un âge plus avancé que les hommes pourvus des dons de la fortune; un tel préjugé ne peut être que le partage des égoïstes et des âmes insensibles. Cet ouvrage étant spécialement destiné à l'examen des maladies des ouvriers , il nous semble utile de dire quelques mots sur les moyens propres à adoucir leur déplorable condition : pour cela nous proposons les moyens suivans :
1°. Prohiber les professions qui peuvent compromettre la santé de ceux qui les exercent; et si, comme il est vraisemblable, ce moyen n’est pas praticable , n’employer à celles qui sont les. plus dangereuses que des criminels condamnés à mort, en leur faisant grâcé de la vie (1).
2, Diminuer, autant que possible, le danger
(4) Saincrair , Code de Santé,
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de certaines professions, en encourageant li Inven— tion de machines propres. à suppléer au travail manuel , à empêcher les gaz et vapeurs de se Re au mer :
8°. LeGouvernementdevrait en outre établir des. bains publics où les ouvriers sujets à se salir par leur métier trouveraient un secours bien pré- | cieux pour se laver et délasser leur Corps fatigué. par un travail excessif. À Rome autrefois , les. bains étaient ouverts publiquement ; ; les ouvriers, après avoir. travaillé tout le jour , y allaient le Soir pour se lager et se refaire de leurs fatigues : aussi , dit Ramazzini , ils étaient moins sujets aux maladies que les ouvriers de notre siècle.
45. S'il est impossible de corriger entièrement l'influence pernicieuse des arts et métiers sur la santé de ceux qui s’y livrent , il serait digne d’une sage administration qu'au moins ils en fussent dédommagés , dans leurs infirmités et dans leur vieillesse , par des institutions publiques exclu- Sivement destinées au maintien de leur existence, et à l’allècement des infirmités qui sont Île ré- sultat de leurs travaux. Ces mstitutions devraient aussi avoir pour but de les engager à s’assurer, par leurs économies pendant la jeunesse, de quoi pourvoir à leur subsistance dans l’âge avancé. Ce but est en partie rempli à Paris par les Sociétés de pre. voyance qui sy sont formées depuis une quinzaine d'années sous la direction de fa Société philanthropique : on-en cempte aujourd'hui près de
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cent vingt, dont l'effet est 3 portier au moins quarante mille personnes à Passistance réciproque , à l’économie et aux bonnes mœurs. Le but de ces sociétés formées par des ouvriers de diverses professions est de se prêter mutuellement des secours en cas de maladie, infirmités et vieillesse. Chaque ouvrier qui y est admis contracte l'obligation d'apporter et de verser: chaque mois, dans la bourse commune , un léger prélèvement sur le fruit de son travail ; tant qu il jouit d'une bonne santé , ila la satisfaction de secourir son semblable de son argent, de son temps et de toutes ses facultés ; la crainte d’aller finir ses ] ours dans un hôpital ne vient plus l’aflliger et le décourager au milieu de ses pénibles travaux ; il sait qu'en cas de souffrance ou de maladie il né sera plus abandonné ; qu'ila des amis qui s’empresseront à leur tour de lui procurer tout ce dont il aura besoin (x).
Grâces soient donc rendues à la Société philanthropique , qui est le centre et le mobile de toutes ces associations salutaires. Cette institution > qui doit sa fondation au plus noble sentiment, celui de secourir les indigens, malades, répand” dans Pari 1S un grand : nombre de bienfaits , et pourrait en répandre encore davantage si elle était connue plus généralement : en effet, quel est le riche qui pourrait se refuser le plaisir de soulager pendant
(1) On peut consulter, sur les avantages de ces Sociétés, le rapport de la Société philanthropique pour l’année 1820,
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une année un ou plusieurs malades avec une carte. qui né coûte que trente francs ? ».