ABCÈS FIBREUX
petits abcès, dont six superficiels et cinq prolbncls. Leurs dimensions variaient depuis celle d'une aveline jusqu'à celle d'un œuf de pigeon; ils étaient tous limités par une paroi anfractueuse, grisâtre, assez ferme, mais friable, et contenaient un pus épais et sirupeux. Un de nos dessins (planche II, fig. 3) représente la paroi PP d'un de ces abcès, épaisse de ^ à 3 millimètres environ. Elle se compose : 1° d'une tunique externe E, de structure libro-cellulaire, à fibres grêles et à longues cellules fusiformes, disposées en rangées concentriques; 2° d'une membrane plus molle M, très vasculaire, à trame délicate, contenant principalement des cellules rondes, et limitée à sa surface interne par un contour mamelonné. Cette tunique interne, qui est l'analogue de la membrane pyogénique, est tapissée d'une couche grisâtre I, peu cohérente, dont les éléments, en se désagrégeant, constituent le contenu puriforme de l'abcès. Ces éléments sont en majeure partie des cellules pâles S, ovoïdes ou polyédriques, disposées en plusieurs rangées à la manière d'un épithélium pavimenteux; elles renferment un contenu graisseux, demi-solide, limité par une membrane d'enveloppe; la plupart sont dépourvues de noyaux, d'autres ont un noyau arrondi très pâle, et on ne saurait mieux les comparer qu'aux cellules d'un follicule sébacé. Sur plusieurs points, les rangées de ces cellules pavimenteuses alternent avec des leucocytes décolorés ou avec des ébauches de réticulum diphthérilique. M. Laveran, qui paraît avoir observé un cas analogue (mémoire cité, obs. Il, pl. 19), considère ces éléments comme des cellules hépatiques dégénérées; nous pensons qu'ils sont le résultat de la dégénération et de la nécrose des cellules rondes des couches superficielles de la membrane pyogénique. Quelle que soit l'interprétation, on voit que ce processus s'écarte, plus encore que celui des abcès phlegmoneux, de la suppuration franche.
Dans un cas, dont l'histoire clinique ne nous est pas connue (pièce communiquée par M. le docteur Fée), mais où la marche delà maladie paraît avoir été plus chronique, le foie renfermait, indépendamment de trois grands abcès à parois fibreuses et infiltrées de sels calcaires, un quatrième abcès du volume d'une grosse noix rempli de pus séreux et grumeleux, et limité par une paroi dure, rouge sombre, épaisse de plus de I centimètre, et anfraclucusc à sa surface libre. 11 n'existe, dans
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les préparations qui furent faites de cette pièce, aucun vestige de membrane pyogénique ; la paroi est uniquement formée d'un tissu fibreux dense, mais très vasculaire et chargé de pigment hématique. Un mince exsudât diphlhéritique en tapisse la surface libre, dont les anfractuosités sont dues à l'ouverture d'une série de petits abcès dans la cavité cornmune (fig. il). Ces abcès secondaires sont nettement circon-
Fie 11 - Paroi d'un abcès fibreux. - PAF, petits abcès fibreux, ouverts dans la cavité commune ; TS, tissu de sclérose, avec acini atrophiés ; TH. tissu hépatique ambiant; grossissement linéaire 10.
scrits, et leur contenu purifotrae se compose de leucocytes de dimensions ordinaires, plus ou moins accolés les uns aux autres; leur paroi est souvent tapissée d'un mince réticulum diphthéritique, et le tissu conjonctif voisin est hypérémié.
Dans d'autres pièces pathologiques, se rapportant à des abcès tout à fait chroniques, les parois étaient également dépourvues de membrane pyogénique et constituées par un tissu fibreux blanchâtre, dense, peu vasculaire, tout a laii
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coriace et quelquefois môme incruste de sels calcaires. Les abcès miliaires qui prenuent naissance dans une paroi si dense ressemblent plutôt à des gommes syphilitiques qu'à de véritables abcès; ils se présentent comme des foyers opaques, décolorés, plus ou moins arrondis, mal délimités à leur périphérie et fendillés à leur centre; on y voit, à un fort grossissement, la trame fibreuse se ramollir progressivement et se transformer en une pâte demi-fïuide, réfractaire au carmin, enfermant des leucocytes très petits dont les noyaux, anguleux et atrophiés, sont seuls colorés. Ces foyers de ramollissement s'élargissent et se réunissent les uns aux autres pour former une nappe homogène qui conserve sa cohérence sur une étendue de plusieurs millimètres avant de se liquéfier. Les cloisons fibreuses, ménagées entre ces foyers de ramollissement, flottent dans la cavité sous forme de villosités courtes et résistantes.
Période de réparation. — Nous ne possédons pas de documents précis sur les processus de réparation dont ces abcès sont susceptibles.
La rétrocession sans ouverture au dehors semble possible pour ceux qui ont de petites dimensions. Nous serions disposés à interpréter dans ce sens l'observation XXXIV de Cambay, qui se rapporte à un homme mort de dysenterie chronique sans avoir présenté de symptômes hépatiques ; le foie présentait, au milieu de sa face convexe, une dépression à plis rayonnés, et au-dessous, à 4 millimètres de profondeur, deux petits abcès pisiformes, renfermant un pus jaune et épais, enkysté dans une épaisse membrane fibreuse.
Quant à la cicatrisation, après ouverture au dehors, nous pensons que, s'il s'agit d'un abcès un peu volumineux, à parois rigides ne permettant pas le retrait du parenchyme, elle doit offrir les mêmes difficultés que nous avons déjà signalées pour la guérison des cavités fistuleuses succédant aux abcès phlegmoneux.
Avant de quitter ce sujet, il ne sera pas inutile de comparer entre eux les deux processus typiques de l'abcès dysentérique, et de mettre en évidence leurs analogies et leurs différences!
Dans le premier ordre de faits (abcès phlcgmoneux), on voit se produire, au sein du parenchyme hypérémié, des nodules
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résultant de la tuméfaction des cellules hépatiques et de l'accumulation de leucocytes dans le réseau capillaire. Ces nodules se nécrosent dans leur partie centrale et se ramollissent par une sorte de fonte fibrineuse, rappelant la formation du thrombus blanc. Lorsqu'ils cessent de s'agrandir, on voit se former à leur pourtour une zone de tissu embryonnaire, plus on moins vasculaire, plus ou moins nettement disposé en membrane bourgeonnante, et qui se recouvre d'un exsudât diphthéritique.
Dans la deuxième série de faits (abcès fibreux), on voit se produire, au sein du parenchyme hypérémié, non plus une simple accumulation de leucocytes, mais un tissu fibreux, plus ou moins chargé de leucocytes et plus ou moins vasculaire. Le nodule ainsi constitué se ramollit à sa partie centrale par un mécanisme qui, suivant la plus ou moins grande vascularilé du tissu, rappelle tantôt la formation des abcès précédents, tantôt la fonte d'une gomme syphilitique. Les abcès de cette sorte ont une évolution plus lente, une extension moms considérable, et leur surface interne est le siège d'une exsudation moins abondante, ce qui explique sans doute pourquoi les productions diphthéritiques y sont plus discrètes.
Ces deux séries de faits ne sont pas tellement dissemblables qu'on ne puisse y reconnaître les deux variétés d'un même processus. Le tubercule, le cancer, le sarcome, les nodules de la morve ont, eux aussi, une structure tantôt embryonnaire, tantôt fibreuse, sans différer pour cela de nature.
§ 3. — Complications nécrosiques, putrides