‹ Traité des maladies des yeuxChapitre 110 sur 154 · CHAPITRE HUITIEME. lin · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME. lin

Trente-unième observation.

Dominique Robola , cordonnier de Pavie , âgé de quarante ans , très-adonné au vin , entra à l'hôpital de clinique, le 11 juin 1795, pour cause d'une ophthalmie chronique des deux yeux, qui l'avait mis hors d'état de continuer sa profession.

Cette maladie avait commencé, six ans auparavant, par une rougeur et par une démangeaison aux yeux, accompagnées d'engorgement et de pustules sur les bords libres des paupières. Par une indolence assez ordinaire aux gens du peuple, Robola négligea sa maladie jusqu'à ce qu'il eût perdu presque entièrement la vue. La conjonctive était assez relâchée des deux côtés, et ses vaisseaux sanguins, distendus et variqueux, dépassaient les bords de la cornée , et s'étendaient visiblement jusque sous la portion de conjonctive qui recouvre cette membrane; la cornée même était nébuleuse et ternie ; les paupières restaient engorgées, et les glandes de Meïbomius étaient plus développées que dans l'état naturel.

Je pratiquai la résection circulaire de la conjonctive sur les deux yeux ; opération facile à cause de la flaccidité de cette membrane , qui permet aisément de la saisir avec des pinces, et de la soulever en forme de pli au point d'u-

2l8 MALADIES DES YEUX.

nion de la cornée avec la sclérotique. Cela fait, je facilitai l'écoulement du sang avec des fomentations d'eau tiède, et puis par des applications d'herbes émollientes.

Le lendemain, la cornée paraissait assez éclaircie sur les deux yeux; deux jours après, le malade se plaignait de nausées , et la bouche était amère: je prescrivis une livre de décoction de chiendent , dans laquelle on fit dissoudre deux gros de crème de tartre(tartrate acidulé de potasse), et un grain de tartrite antimoniè de potasse, à prendre par intervalles. La même prescription fut répétée deux jours après au grand avantage du malade.

La suppuration ne se manifesta que huit jours après l'opération. On fit des fomentations avec de l'eau de mauve froide, on couvrit les yeux d'un linge suspendu au front , et vingt - deux jours après , la cicatrice était complète. Dès ce moment le malade fit usage , matin et soir, de l'onguent ophthalmique de Janin , et du collyre vitriolique camphré pendant le jour. Dans l'espace de quatorze jours , à dater de la dernière époque, la cornée des deux côtés, mais principalement celle de l'œil gauche , s'éclaircit à tel point que le malade distinguait très-bien les objets , et fut en état de reprendre son métier.

Page 1