J SECTION PREMIERE
De la structure de quelques-unes des parties externes et des parties propres de l'œil.
Justa: le lecteur, qui voudra se rappeler la Structure des parties dont je vais parler, à se munir d'une téte humaine séche, qui lui sera sur-tout utile lorsqu'il consultera les planches de
(*) Traduction des Essais et observations de médecine de la société d'Edimbourg , avertissement, page x.
Soemmerring et leurs explications. La vue des deux orbites remplacera avantageusement la planche 7 de cet auteur, et la figure 1 de sa planche 3, que jai cru pouvoir me dispenser de reproduire.
Les parties externes du globe de l'oeil sont: 19 celles qui servent à défendre cet organe; 59 celles qui servent à ses mouvements; 5° des nerfs et des vaisseaux.
Les parties qui servent à défendre l'oeil. sont : les fosses orbitaires, les sourcils, les paupières, les cils, la membrane appelée conjonctive, la glande lacrymale, la caroncule lacrymale, et les voies lacrymales.
Les fosses orbitaires sont deux cavités d'une forme trés - irréguliére, situées un peu au-dessus de la partie moyenne de la face: leur partie antérieure est trés-évasce; la postérieure, tré$-rétrécie. Ces cavités représentent des espèces de cônes, dont les bases se terminent à la face , et les pointes aboutissent en arrière vers le trou appelé optique. Les axes de ces cônes sont convergents entre eux, de manière qu'ils sont beaucoup plus écartés en avant que postérieurement : on les compare, pour les décrire, à des pyramides quadrangulaires qui présentent quatre faces, savoir : une supérieure, une inférieure, une latérale externe, et une latérale interne.
Les os qui concourent à former les orbites sont au nombre de sept, savoir : le coronal ou frontal, le sphénoide, l'os de la pommette , l'os
DE LA STRUCTURE DE L'ORIr. 3 maxillaire supérieur, l'os unguis ou lacrymal , l'os ethmoide, et l'os du palais.
La partie supérieure de l'orbite est formée par le frontal et l'os sphénoide; la partie inférieure par los maxiMaire supérieur et l'os du palais ; la partie latérale externe par l'os de la pommette et l'os sphénoide; la partie latérale interne par l'os unguis, l'os ethmoide, et l'os du palais.
Le frontal forme la portion antérieure de la paroi supérieure de l'orbite par sa partie appelée voüte orbitaire. La portion la plus reculée est formée par l'apophyse d'Ingrassias.
La paroi inférieure, qui est presque plane, est formée, en grande partie; vers son milieu , par la production orbitaire de l'os maxillaire supérieur : postérieurement l'os du palais y contribue par sa partie appelée portion orbitaire; l'os de la pommette forme un peu de sa partie antérieure.
La paroi interne, la moins large des quatre , est formée antérieurement par l'os unguis ou lacrymal, vers sa partie moyenne par cette portion de l'os ethmoide appelée os planum, et postérieurement par le sphénoide. La portion de l'os ethmoide, que l'on a appelée os planum, est une lame trés-mince de l'ethmoide qui recouvre latéralement les cellules de cet os: sans cette lame, l'orbite communiquerait avec les cavités du nez; (voyez Yobserv. 16, tom. II, page 42).
La paroi externe est formée, dans sa plus grande
A SECTION I, étendue, par l'apophyse orbitaire du sphénoide, et à sa partie antérieure par l'os de la pommette.
Des sept os dont l'orbite est composée, il y en a trois qui forment le rebord orbitaire , qui sont: le frontal, l'os de la pommette, et l'os maxillaire supérieur. Le rebord orbitaire est situé obliquement, de maniére que sa partie interne est placée plus en avant que l'externe. Cette disposition fait que nous apercevons un peu les objets situés à droite et à gauche, sans tourner la tête; ce qui n'arriverait point si la partie externe du rebord orbitaire se trouvait située aussi antérieurement que l'interne.
On remarque à l'orbite des ouvertures, dont les unes se trouvent à la partie antérieure de la face, et les autres dans l’intérieur de l'orbite; celles qui se trouvent à la partie antérieure de la face, sont: le trou sourcilier, le trou orbitaire inférieur, et les trous zygomatiques ou orbitaires externes.
Le trou sourcilier, qui a encore recu les noms de trou orbitaire supérieur et de trou frontal, se trouve à la partie interne de l'arcade sourciliére du frontal. Ce trou donne passage au rameau frontal du nerf ophtalmique, et à des vaisseaux qui, de l'intérieur de l'orbite, vont se distribuer au front: il est quelquefois double, et souvent, on ne trouve qu'une ou deux échancrures. Dans ce dernier cas, à chaque extrémité de l'échancrure est attaché un petit ligament transversal
| qui protége le nerf et les vaisseaux, et les met à l'abri, jusqu'à un certain point, de toute compression ; lorsque ce petit ligament s'ossifie, il se forme un trou au lieu d'une échancrure.
Le trou. orbitaire inférieur est l'ouverture antérieure du canal sous-orbitaire que le nerf maxillaire supérieur traverse en sortant de la fente sphéno-maxillaire pour venir s'épanouir dans la joue. |
Les trous zygomatiques ou orbitaires. externes sont pratiqués dans l'épaisseur de l'os de la pommette ; ils donnent passage à des filets trés-gréles du nerf maxillaire supérieur qui viennent communiquer à l'extérieur de la face avec la portion dure du nerf auditif, Le nombre de ces trous n'est pas constant, et ils sont quelquefois si petits qu'on les aperçoit à peine.
Les ouvertures qui se trouvent dans l'intérieur de l'orbite, sont : le trou optique, la fente sphénoidale, la fente sphéno-maxillaire, les trous orbitaires internes, distingués en antérieur et en postérieur, et le canal nasal.
Les trous optiques sont pratiqués dans l'os sphénoide ; ils sont percés obliquement de dedans en dehors; cependant leurs axes présentent moins de convergence entre eux que les axes des deux orbites.
Ces trous laissent passer, du cráne dans l'orbite, un prolongement de la dure-mére, la se-
conde paire de nerfs appelés nerfs optiques, et l'artère ophtalmique, rameau de la carotide interne. |
La fente sphénoidale est située à la partie latérale externe et postérieure de l'orbite. Elle est pratiquée dans l'os sphénoide : il passe par cette fente, du crâne dans l'orbite, un prolongement de la dure-mére , la troisiéme paire de nerfs, la quatrieme, la première branche de la cinquième, et presque toute la sixiéme. La veine ophtalmique traverse cette fente en passant de l'orbite dans le crâne. | |
La fente sphéno-maxillaire s'ouvre dans la fosse zygomatique ; elle se trouve à la partie latérale externe inférieure de l'orbite entre le bord postérieur de la production orbitaire de l'os maxillaire supérieur, et le bord inférieur de l'apophyse orbitaire de l'os sphénoide. Cette fente donne passage à quelques rameaux de l'artére maxillaire interne, qui se distribuent à la graisse de l'orbite. Elle est fermée, dans l'état naturel, par le périoste orbitaire. '
Les trous orbitaires internes sont percés, à la partie moyenne de la paroi interne de l'orbite, dans la méme ligne: de ces trous, l'antérieur est
presque toujours propre à l'os du front; c'est
par lui que passent, dans l'intérieur des fosses nasales , lartère ethmoidienne antérieure , la veine du méme nom, et le filet nasal du rameau
ophtalmique du nerf de la cinquième paire. Ce filet cause quelquefois l'éternuement, lorsque l'ceil est frappé par une vive lumiére (voy. l'obs. 144, tome Il, page 241). Le trou orbitaire interne postérieur est presque toujours formé de deux échancrures, dont l'une se trouve à la partie supérieure de l'os ethmoide, et l'autre au bord de l'os frontal. Quelquefois ce dernier trou est double: on en trouve aussi quatre au lieu de trois; mais rarement.
Le canal nasal est situé à la partie antérieure de la paroi latérale interne de l'orbite. Ce canal est formé de deux gouttiéres, dont l'une se trouve à la portion antérieure de la surface externe de l'os unguis ou lacrymal, et l'autre au bord postérieur de l'apophyse nasale de l'os maxillaire supérieur. Ces deux gouttiéres réunies forment un canal qui s'ouvre au-dessous du cornet inférieur du nez, et sert à loger le sac lacrymal et le conduit nasal. Le sac occupe la partie supérieure qui est la plus évasée. C'est cette partie de l'os unguis ou lacrymal que l'on peut percer pour ouvrir aux larmes une route artificielle, lorsque la route naturelle est obstruée sans ressource.
On remarque encore à la parte supérieure de l'orbite, du cóté du petit angle, une cavité ou un enfoncement pratiqué à la partie externe de la voüte orbitaire de l'os frontal. Cette cavité sert à loger la glande lacrymale. On voit, du côté du grand angle, prés de l'extrémité interne de l'ar-
à SECTION I,
cade sourciliere de l'os frontal, une petite dépression à l'endroit oü est fixée la gaine ou poulie cartilagineuse du muscle grand-oblique de l'oeil. A la partie inférieure, derrière le rebord:orbitaire de l'os maxillaire supérieur, on apercoit des petites rugosités auxquelles s 'attache le muscle petitoblique de l'oeil. Le prolongement de la duremére, qui entre dans l'orbite par le trou optique, se divise en deux lames ; l'une, interne , accompagne le nerf optique, en lui formant une gaine; l'autre, externe, en se confondant avec le prolongement de la méme membrane qui entre par la fente sphénoidale, tapisse toute la cavité de l'orbite, et forme le périoste orbitaire, qui communique avec celui de la face par la fente sphénomaxillaire : ce périoste, arrivé au bord antérieur de l'orbite , rencontre celui de la face, avec lequel il forme, à la partie supérieure du bord de l'orbite, une espéce de ligament large; il en forme un autre moins large à la partie inférieure de ce bord. Ces prolongements servent à assujétir les paupiéres aux bords de l'orbite : ils ont été nommés ligaments des paupieres par boit qui, le premier, les a décrits.
Les plaies qui pénètrent jusqu'au périoste orbitaire sont souvent mortelles, parce que l'inflammation peut se communiquer facilement aux membranes du cerveau. Horstius rapporte qu'un paysan, ayant été blessé à la paupière supérieure, éprouva des douleurs de téte extraordinaires, à
la suite desquelles il fut accablé par un sommeil léthargique; il mourut au bout de neuf jours. A l'ouverture de l'orbite, on trouva une petite esquille d'os qui piquait la dure-mére; l'inflammation s'était communiquée avec tant de violence aux membranes du cerveau, que toute la partie antérieure de ce viscère était tombée en suppuration. Il est vrai que ce paysan fut blessé dans les grandes chaleurs, et que les plaies à la téte sont alors plus dangereuses (1).
Il y a deux cavités pratiquées dans l'épaisseur de la partie inférieure et moyenne de l'os frontal, que l'on a appelées sinus frontaux: ces sinus s'étendent, de cóté et d'autre, plus ou moins, sur les bords des orbites, jusqu'aux trous sourciliers environ ; ils communiquent avec le nez, dont ils font partie, par deux ouvertures qui se trouvent à la partie antérieure des bords de l'échancrure ethmoidale. Comme ces sinus se prolongent audessus des orbites, et qu'ils sont tapissés par la membrane muqueuse des fosses nasales ; dans les affections de cette membrane, on se plaint de douleurs aux yeux, tandis que la douleur, qu'on rapporte à ces organes, n'existe que dans la membrane pituitaire qui revêt l'intérieur des sinus frontaux.
Les parois internes des deux orbites sont presque parallèles, tandis que les extrémités anté-
PP
(1) Horstius, tom. IT, lib. II, obs. IV.
rieures de leurs parois externes sont trés-écartées l'une de l'autre.
Les sourcils sont deux arcades de poils situés au bas du front, entre la partie supérieure du nez et les tempes, sur le bord supérieur des orbites : les sourcils ( pl. 3, fig. 1) représentent un arc de cercle, dont la convexité est tournée vers la partie supérieure et la concavité vers la partie inférieure. L'extrémité interne est beaucoup plus considérable que l'externe; elle répond à la racine du nez,et se nomme la téte du sourcil : l'extrémité externe se termine en pointe vers l'apophyse orbitaire externe , où elle a recu le nom de queue. |
Les poils, dont les sourcils sont composés, sont plus forts et plus gros que les cheveux, et méme que la barbe. Lorsqu'on les arrache, on leur voit, comme aux autres poils (pl. 3, fig. 2 et 3), une espèce d'oignon par lequel ils s'implantent dans le tissu adipeux. Leur direction n'est pas la méme dans toute l'étendue du sourcil: ceux qui sont vers la téte montent presque verticalement ; ceux qui sont vers le milieu se portent plus obliquement en dehors, et ceux qui sont vers la pointe se portent transversalement et descendent un peu. La forme, l'épaisseur et la couleur des sourcils varient dans les différents individus, et leur couleur est quelquefois différente de celle des cheveux dans les mémes sujets. Ces poils croissent quelquefois au point de géner la vue; alors
on est obligé de les arracher. La peau, dans laquelle sont implantés les poils des sourcils, est plus épaisse que celle du front, et il y a au-dessous beaucoup de graisse, ce qui augmente leur élévation.
L'usage des sourcils est d'empêcher que la sueur , qui coule du front, ne s'introduise entre les paupiéres, et, sur-tout, de modérer la trop grande vivacité de la lumiére, en arrétant les rayons qui viennent perpendiculairement, et qui, sans cet obstacle, parviendraient jusqu'au globe de l'oeil; en effet on abaisse les sourcils lorsque l'oeil se trouve exposé à une trop vive lumiére.
Les sourcils ont des mouvements communs avec la peau du front, et avec celle qui couvre la téte. Par ces mouvements , on éléve les sourcils et on les abaisse : on fait plisser la peau du front par des rides plus ou moins réguliéres, et on peut agiter plus ou moins le cuir chevelu. Il y a des gens qui, par ce seul mouvement, dérangent leur chapeau sur leur tête, ou méme le font tomber : ces mouvements sont dus au muscle frontal, à l'occipital, et à l'orbiculaire des paupières.
Les paupières sont au nombre de deux; l’une, supérieure , l'autre, inférieure. La supérieure est la plus grande et la plus mobile dans l'homme. Dans la plupart des oiseaux, c'est l'inférieure qui est la plus mobile, et qui a le plus d'étendue: elles forment deux angles aux points de leur réunion. On appelle angle interne ou grand angle
celui qui est du cóté du nez, et angle externe ou petit angle celui qui est du cóté de la tempe. Les paupiéres, en recouvrant l'oeil, servent à le garantir de l'impression des corps extérieurs, et, par leurs mouvements, à étendre l'humeur lacrymale sur la surface du globe de l'œil : elles servent à diriger cette humeur vers les points lacrymaux, et, enfin, à mettre l'oeil à l'abri d'une lumiére trop vive, qui pourrait blesser l'organe immédiat de la vue: elles sont formées par les téguments, par des nerfs, par des muscles, des ligaments, des cartilages, des glandes, et par la membrane appelée conjonctive.
Le tissu cutané des paupiéres est beaucoup plus mince que celui de la face, si on excepte celui des lèvres; on voit, au-dessous, du tissu cellulaire dans lequel la graisse ne s'amasse point, méme chez les sujets qui ont le plus d'embonpoint: si la graisse avait pu s'y amasser, elle aurait géné le mouvement des paupiéres, en mettant obstacle à la formation des plis qu'il fait exécuter à la peau dont elles sont recouvertes. Ce tissu cellulaire est trés-susceptible d'engorgement, et est le siége de plusieurs maladies : lorsque le sac lacrymal est percé, les larmes passent dans le ussu cellulaire des paupières, sur-tout dans celui de la paupiére inférieure. Comme le tissu cutané des paupiéres est continuellement plissé, et que ces plis ne peuvent pas avoir lieu sans qu'il y ait quelque léger frottement, ce tissu est enduit
"DE LA STRUCTURE DE L'OEIL. 13 d'une matière huileuse, qui est sécrétée par un grand nombre de petites glandes sébacées semblables à celles qui se trouvent aux ailes du nez, et dans les autres parties du corps où il s'exerce quelque frottement. Arrivé au bord des paupières , i| semble se réfléchir sur leur surface interne. Là, il parait avoir plus d'épaisseur que dans le reste de leur étendue. Il forme, dans cet endroit, une espèce de surface aplatie, tellement taillée en biseau, que, lorsque les paupières sont fermées, il y a, entre leur réunion et la surface antérieure du globe de l’œil, une petite rigole ou canal triangulaire, dont le cóté le plus large correspond à la surface du globe. L'usage de ce petit espace (pl. 13 au trait, y.) est de diriger les larmes vers le grand angle. Quelques anatomistes ont dit que cette espéce de surface aplatie est formée par les bords des cartilages tarses, ce qui n'est pas. Elle n'est formée que par le tissu cutané. Les cartilages tarses ne sont pas plus épais vers le bord des paupieres que dans le reste de leur étendue. C'est dans cette partie épaisse du tissu cutané que sont implantés des poils (pl. 3, fig. 4 et 5) auxquels on a donné le nom de cils, parce qu'ils se trouvent sur le bord des cartilages tarses que les Latins ont nommés cilia. Les cils de la paupière supérieure sont plus longs que ceux de la paupiére inférieure, et ils sont proportionnellement plus longs vers le milieu des paupiéres que vers leurs extrémités. Il ne s'en
trouve point à une certaine distance de l'angle interne, de maniére que la partie interne des bords des paupières n'en est point garnie : les oignons de ces poils sont implantés dans le tissu adipeux et non pas dans le cartilage, comme l'ont avancé quelques anatomistes. Les cils sont tellement courbés que la concavité de ceux de la paupiére supérieure est tournée vers le front, et que la concavité de ceux de la paupiére inférieure est tournée vers les joues. Si quelques-uns de ces poils viennent à changer de direction et à frotter la partie antérieure a globe de l'oeil,
ils y causent de l'inflammation. On les a vus pe chir subitement, comme les cheveux, par l'effet d'une vive impression morale.
Madame la baronne D'** était enceinte de six mois et demi, lorsqu'elle entendit tomber et crier un de ses enfants. Elle monta un étage en courant; la vive émotion qu'elle éprouva lui fit blantide dans l'instant, les cils des paupières de l'œil droit; l'enfant qu'elle portait cessa subitement de remuer, et elle fit une fausse couche onze jours apres, le 31 décembre 1812.
Les muscles des paupiéres sont au nombre de deux; l'un, propre à la supérieure, et l'autre, commun à lune et à l’autre. Ce dernier a. été nommé orbiculaire des paupières (pl 1, fig. 1), l'autre a recu le nom de releveur de la paupière supérieure (pl. 5, fig. 1).
Ces muscles EU par une partie de leurs
fibres, à la formation des paupières : la portion des fibres de l'orbiculaire, située sur ces voiles mobiles, est la seule qui agit dans le mouvement continuel des paupiéres. C'est ce dont on peut s'assurer, en portant les doigts sur quelqu'une des autres parties du muscle, et en fermant et en ouvrant alternativement les yeux : on ne sent aucun mouvement de contraction.
Lorsque toutes les fibres de l'orbiculaire agissent à-la-fois, ce muscle abaisse les sourcils et la peau du front : il rapproche du nez la peau des régions temporales et des joues; il éléve un peu la lévre supérieure; et, enfin, il rapproche les paupières l'une de l'autre. L'orbiculaire, en se contractant, tire toujours un peu les paupiéres du cóté du nez; lorsque la contraction est violente, il pousse le globe de l'oeil assez fortement vers le fond de l'orbite.
La vélocité avec laquelle le muscle orbiculaire agit, quand l'oeil se trouve en danger, est prodigieuse. J'ai vu des gens qui avaient eu toute la face brülée par une explosion de poudre à canon, sans que les globes eussent été intéressés, parce que les paupières s'étaient fermées dès l'instant oü les yeux avaient été frappés par la lumiere de l'explosion.
Le muscle releveur ou élévateur de la paupière supérieure (pl. 5, fig. r, a. e.) est situé à la partie supérieure de l'orbite, et s'étend depuis le fond de cette cavité jusqu'au bord inférieur de la pau-
10 SECTION I, pière supérieure; il s'attache à la partie supérieure du prolongement de la dure- mere, qui accompagne le nerf optique à son entrée dans l'orbite, par un tendon trés-gréle et trés-court, qui.se confond avec le tendon du muscle droit supérieur de l'œil et avec celui du muscle grandoblique. Le muscle releveur de la paupière supérieure, devenu charnu , se place sur le muscle, droit supérieur avec lequel il est uni par du tissu cellulaire. En se portant d'arriere en avant, il décrit une courbe sur le globe de l'oeil; arrivé environ à la partie moyenne de ce globe, il cesse d’être charnu, et dégénére en une large aponévrose, qui va se terminer au bord inférieur du. cartilage de la paupiére supérieure. L'aponévrose de ce muscle est placée à la paupiére supérieure entre les fibres du muscle orbiculaire et la surface antérieure du cartilage tarse. Ce muscle reléve la paupiére supérieure en la portant en arriere. |
Le mécanisme du releveur de la paupiére supérieure est fort remarquable. Dans le levier qu'il représente, la puissance est la force du muscle, qui est toute dirigée vers le fond de l'orbite où il s'attache; le point d'appui est le globe de l'œil, et la résistance à vaincre est le poids de la paupiére supérieure. Ce muscle n'a presque pas besoin de force pour relever cette paupière, parce que le point d'appui est beaucoup plus prés de la résistance que de la puissance. |
Après avoir renversé le muscle orbiculaire, on a à découvert les prolongements membraneux dont j'ai déja parlé, qui s'étendent des bords supérieur et inférieur de l'orbite au bord voisin des cartilages tarses : ils ont été nommés ligaments des paupiéres par Winslow. Selon ce grand anatomiste, ils sont formés par la rencontre du périoste de l'orbite avec celui de la face, qui se prolongent du bord de l'orbite au bord de chaque cartilage tarse, de sorte que ces ligaments et les tarses seuls, sans les autres parties , représentent des paupières. L'usage de ces prolongements est d'assujétir les paupières aux bords de l'orbite. Quelques. anatomistes ont nié leur existence ; d'autres ont omis d'en parler; mais si on disseque ces parties avec soin, On ne manque jamais de les trouver.
Chaque paupière a un fibro- cartilage; auquel on a donné le nom de tarse : ils sont trés-mous et trés-flexibles, pour que le globe n'en soit pas blessé. Galien les a regardés comme de fortes membranes; cependant si on les examine avec attention, on voit qu'ils tiennent de la nature du cartilage. Ils sont convexes en dehors, et concaves intérieurement : ils sont presque confondus lun avec l’autre à la commissure externe des paupiéres; mais ils ne le sont pas à la commissure interne. Le tarse de la paupiére supérieure est plus large et plus épais que celui de la paupière inférieure; sa forme est semi - lunaire,
i» RL SECTION I,
de facon qu'il représente un segment de cercle dont l'arc correspond supérieurement, et la corde inférieurement. Ce fibro-cartilage a cinq lignes environ de largeur à sa partie moyenne, tandis que celui de la paupière inférieure n'a environ que deux lignes. Ce dernier est à-peu-près de la méme largeur dans toute son étendue, de manière qu'il représente une espèce de bandelette. L'usage de tous deux est de tenir les paupières étendues.
On remarque à la face interne des fibro-cartilages tarses, de petits sillons où sont reçus des follicules tortueux (pl. 3, fig. 6, h. £.; pl. 4, fig. 2, À. 1.) et longs, appelés glandes de Méibomius, non que cet anatomiste les ait découverts, mais parce qu'il est le premier qui en ait donné une bonne description (1).
Les rangées des glandes de la paupiére supérieure sont plus grosses et plus nombreuses que celles des glandes de la paupiére inférieure. Elles y sont au nombre de trente environ, tandis qu'on n'en trouve qu'une vingtaine à la paupiere inférieure. Leurs canaux excréteurs viennent s'ouvrir sur le bord des paupiéres par une rangée de petits trous que l'on a appelés points ciliaires (pl. 3, fig. 1.; pl. 4, fig. 2, 4.), et que l'on peut
apercevoir avec le secours d'une loupe. Ces fol-
(1) Epist. de vasis palpebrarum novis, 1666.
licules sécrètent une humeur onctueuse, grasse et fluide pendant la vie, qui s'épaissit après la mort, et sort de ses canaux sous la forme de petits vers, lorsqu'on les comprime entre les doigts. Cette humeur empéche que les bords des paupiéres ne s'ulcérent par leur clignotement perpétuel et par l'action de la matière des larmes, qui a toujours une légère âcreté. Son usage est encore d'empécher que les larmes ne s'écoulent sur la joue entre les cils, de méme que l'on peut verser dans un verre gras de l'eau au-dessus de ses bords sans qu'il s'en répande. Cette humeur est tres-sujette à se vicier, et donne lieu à plusieurs maladies des paupieres.
Les nerfs des paupiéres sont représentés par la fig. 2, pl. 1; les artères par la fig. r, pl.»; d veines, par la fig. 2, pl. 2. Foyez aussi les explications de ces planches.
Les lymphatiques des paupières sont très-nombreux, et se terminent, pour la plupart, ainsi que ceux de la région sourciliére, dans les ganglions lymphatiques situés sur la face externe de la glande parotide et sous la base de l'os maxillaire inférieur (1).
La surface interne des paupiéres est tapissée par une membrane trés-mince, qui a recu le nom
— o —Ó— EE ad
.(1) Mascagni Tab. XXIV. Cité par M. Marjolin dans son excellent manuel d'anatomie.
de conjonctive (pl. 4, fig. 1), parce qu'elle joint les paupieres au globe de l'œil : cette membrane, qui appartient au systéme des muqueuses, se réfléchit de la surface interne des paupières sur le globe. La coujonctive, à l'endroit où elle recouvre les fibro-cartilages tarses, est trés- adhérente et assez fortement iodde! un peu plus loin, elle ne tient plus aux paupieres et au globe de l'œil que par un tissu cellulaire extrémement lâche, qui lui Sa DA de préter en tous sens. La conjonctive est à demi- transparente ; à l'endroit où elle recouvre les expansions tendineuses: des muscles droits du globe, elle laisse apercevoir la blancheur de ces expansions: c'est ce qui constitue ce qu'on appelle vulgairement le blanc de l'œil. La partie de la conjonctive qui passe sur la cornée est parfaitement transparente, et si adhérente à la face antérieure de cette membrane, qu'il n'est possible de l'en séparer qu'à l'aade de la macération long - temps continuée. C'est cette partie de la conjonctive qui a recu le nom d'adnata; elle est le siége de plusieurs maladies que l'on attribue à la cornée; remarque faite par Morgagni, cité dans l'Anatomie médicale de M. Portal. Fabricius avait écrit que la cornée était recouverte d'un épiderme transparent, infiniment plus mince que ses autres lames, et que les serpents dépouillent chaque année (1). Plempius dit qu'une
PE t gr —————————É
(x) Fabricius ab aquap. de vision. lib. I, ch. 1, pag. 5.
pellicule recouvre les A couches de cette membrane; mais Zinn observe, à ce sujet, quil n'est pas certain que ces deux célebres anatomistes aient voulu parler d'une production de la conjonctive, plutôt que d'une petite couche particulière. Après eux, un grand nombre d’autres ont suivi la conjonctive sur la cornée, non-seulement à l'aide de la macération, et méme du seul scalpel, mais encore par l'examen de vésicules formées sur le bord de la cornée. J'ai vu trés-souvent cet effet. On a dit encore que cette portion de la conjonctive qui recouvre la cornée est recouverte elle-même d'un épiderme trés-mince; Haller et Platner ont regardé comme une démonstration de cet épiderme, les phlyctènes qui se forment sur la cornée (pl. 25, fig. 1). Je n'ai jamais douté du passage de la conjonctive sur la cornée; je l'ai regardé comme démontré par les différents phénomènes que je vois si souvent être communs à ces deux membranes, particuliérement par le développement de vaisseaux lymphatiques qui, dans un état pathelogique de dilatation, ont admis la partie rouge du sang, à la suite de phlegmasies aigués ou chroniques. On peut en voir plusieurs Huile dans les planches coloriées de cet ouvrage, notamment dans les trois figures de la pl. 28. M. Ribes, dont je connais la scrupuleuse exactitude, croit avoir démontré que la conjonctive se borne à la circonférence de la cornée (1). Je me promets de
(1) Bulletin de la faculté de Médecine , 1814, n? 4.
59 SÉCTION I,
faire dé nouvelles recherches à ce sujet, au moyen des dissections répétées et d'examens approfondis des effets pathologiques sur le vivant. La plupart des vaisseaux dont la conjonctive est parsemée én grande quantité, ne contiennent, dans leur état naturel, que la portion séreuse du sang, et, par conséquent, né sont visibles que par les injections anatomiques, ou pendant les inflammations, dont l'effet, quand elles sont trés-violentes, est de faire gonfler ou boursoufler la conjonctive autour de la cornée (pl. 3o, fig. 2.) Ce sont ces vaisseaux qui, en admettant la partie rouge du sang, constituent l'ophtalmie. La conjonctive recoit un grand nombre de nerfs; de-là vient qu'elle jouit d'un. sentiment si exquis. Lorsque l'oeil est tourné du cóté du nez, cette membrane se replie sur elle-méme, et fornie une espéce de croissant ou pli sémi-lunaire (pl. 3, fig. 1,7), en quelque facon |
semblable à la troisième paupière des oiseaux. Ce croissant, dont la convexité regarde le nez, disparait quand on tourne l'eil du côté de là tempe. La sérosité qui transsudeé de ses porés augmente la quantité du fluide lacrymal. Elle contient, dàns son épaisseur, une multitude de glandes muqueuses excessivement petites, qui fournissent continuellement, par d'imperceptibles ouvertures, une liqueur mucilaginéuse dont sa surface est lubrifice. Quelques auteurs ont regardé la conjonctive comme uné contnuation de la peau; ils fondaient leur opinion sur ce qu'on ne remarque, par la macération, aucune discontinuité entre
cette membrane et les téguments, et sur ce que, dans l'ectropion (pl. 17, fig. 3), la partie de la conjonctive qui n'est plus humectée, prend quelquefois une couleur qui approche de celle de la peau; mais, outre que chez les nègres la conjonctive est blanche, on sait aujourd'hui que cette membrane appartient au systéme des muqueuses. La partie qui revét la face interne d'une paupière renversée depuis long-temps, prend, en effet, quelque ressemblance avec le tissu cutané; mais si on parvient à la replacer, méme aprés plusieurs années, les cryptes muqueux reprénnent en quelque facon une nouvelle vie, et en trés- peu de temps cette portion de membrane a son apparence et sa nature muqueuses.
M. le docteur Hébréard a recueilli une observation qui jette du jour sur cette question : la membrane muqueuse avait pris l'apparence du systéme dermoide.
« Un homme portait au pli de l'aine un anus contre nature depuis vingt-cinq ans. L'intestin était adhérent aux téguments; ensuite il se renversait et dépassait d'environ trois pouces les parois abdominales : la membrane muqueuse était, par conséquent, dans toute cette étendue, exposée au contact de l'air. Voici l'aspect qu'elle présentait : les villosités étaient effacées; l'épiderme épaissi conservait une couleur rougeàtre, mais moins foncée que dans l'état naturel; il ne suintait plus aucun fluide de sa surface, et, chose éton-
nante, si On repoussait l'intestin, en faisant césser son renversement, cette surface, redevenue
intérieure, se trouvait bientót humectée par des fluides muqueux, et il s'y formait de nouveaux plis et de nouvelles villosités (1). »
: La conjonctive, en s'insinuant par les points lacrymaux pour tapisser les petits conduits du méme nom, se continue avec la membrane muqueuse du reste des voies lacrymales.
On trouve, entre l'angle interne des paupières et le globe de l'oeil, un tubercule plus ou moins rouge (pl. 3, fig. 1, ^.) dans les différents sujets, grenu et oblong, qui a recu le nom de caroncule lacrymale. Ce tubercule n'est point un corps charnu, comme son nom semblerait l'indiquer.
Si on l'examine avec une forte loupe, on reconnait aisément que c'est une glande du genre des conglomérées, composée de plusieurs follicules qui sécrétent une humeur semblable à celle des glandes de Méibomius. On y découvre plusieurs | petits poils trés-fins et enduits d'une matière huileuse. Ces petits poils croissent quelquefois. de manière à incommoder ( pl. 64, fig. 1); maisscela arrive si rarement, que ce n'est pas la peine d'en faire une maladie particulière. En écrasant ce
(1) Mémoire sur l'analogie qui existe entre les systémes muqueux et dermoide ; par M. Hébréard , médecin de l'hospice de Bicétre. Recueil des Mémoires de la Société médicale d'ému- : ‘lation, 8° année, page 153 et suiv. | il
corps glanduleux entre les doigts, on y trouve quelquefois de petits graviers. Blasius a assisté à la dissection d'un sujet qui avait un calcul de forme inégale daus l'une des deux caroncules (1). La caroncule lacrymale n'a d'autre usage que de suppléer aux glandes de Méibomius, qui manquent à une certaine distance de l'angle interne des paupiéres, et de favoriser le passage des larmes dans les points lacrymaux. En effet, quand on a cru devoir l'enlever, il est resté un larmoiement. Les anciens, qui n'avaient aucune connàissance des voies lacrymales, lui attribuaient. l'usage de sécréter les larmes. C'est de la fonction qu'on lui attribuait, et de sa ressemblance avec les parties charnues, que lui est venu son nom. Une connaissance plus exacte de ces parties a appris que cette supposition était fausse, et que la liqueur lacrymale était séparée par une glande que l'on avait appelée jusqu'alors glande innominée, et que l'on nomme glande lacrymale depuis que l'on a reconnu son usage.
La glande lacrymale (pl. 3, fig. 6, 7, 8, 9) est une glande du genre des conglomérées d'ün grisblanchátre; elle est située sur le globe de l’œil, vers l'angle externe de l'orbite, sous l'enfoncement qu'on remarque à la voûte orbitaire de l'os du front. Elle est aplatie. On peut distinguer à
$1 x x m MM
(1) C. Blasius. observ. med. 16, part. 6.
cette glande deux faces, l'une supérieure et convexe, pour s'accommoder à la concavité de l'enfoncement de l'os du front; l'autre inférieure et concave, pour s'accommoder à la convexité, du globe de l'œil: elle est comme divisée en deux lobes, qui sont formés tous deux de plusieurs grains blanchátres unis par du tissu cellulaire à la maniére des glandes conglomérées. Il part de cette glande ( pl. 3, fig. 6, c.) six ou sept peuts conduits qui descendent dans l'épaisseur de la conjonctive de la paupiére supérieure, et s'ouvrent à la face interne de cette membrane ( pl. 5, fig. 6, f), un peu au-dessus du bord supérieur du fibro-cartilage tarse, par des embouchures infiniment plus faciles à apercevoir dans le boeuf et dans le mouton que dans l'homme. Ces canaux excréteurs de la glande lacrymale ont été découverts par Stenon, en 1661. On regardait déja cette glande comme l'organe de la sécrétion des larmes, avant la découverte de ses canaux excréteurs; mais on n'en avait d'autres preuves que sa ressemblance avec les glandes salivaires et son voisinage du globe.
On trouve sur le bord de chacune des deux paupières, près de leur angle interne, un petit mamelon percé obliquement d'une petite ouverture toujours béante, parce que son bord est cartilagineux et doué d'élasticité. On a donné le nom de points lacrymaux (pl. 3, fig. 6, 10, 11, 12; pl. 4, fig. 1, 2.) à ces deux petites ouvertures,
qui sont toujours assez apparentes, mais plus dans les vivants que dans les morts. Les points lacrymaux sont situés vis-à-vis l'un de l'autre; quand l'œil est fermé, ils se rencontrent, de maniére cependant que leurs bords se touchent seulement du cóté de la peau, et non pas du cóté de l'œil, parce que ces petites ouvertures sont dirigées vers le globe, et que, pour les apercevoir, il faut renverser la paupiére un peu en dehors. Par l'effet de cette disposition, la liqueur lacrymale entre dans les voies lacrymales pendant méme que les paupières sont fermées (pl. 3, fig. 6, 7. L5 pl. 4, fig. 1, c. d. et fig. 2.). Les points lacrymaux sont les orifices de deux petits canaux membraneux qui ont recu le nom de conduits laerymaux. Ces petits conduits ont chacun envi- ron Cinq lignes de longueur; ils sont plus prés de la face interne que de la face externe des paüpiéres, où ils sont recouverts par le muscle orbiculaire, avec les fibres duquel ils ont de fortes adhérénces. Ils ont un peu plus de diamètre ou d'ampleur que les points lacrymaux ; ils gagnent le bord interne de l'orbite dans des directions différentes : le supérieur se porte de bas en haut l'espace d'une ligne, après quoi il se courbe à angle droit, et descend, en se portant vers le nez; l'inférieur descend de haut en bas, dans le méme espace d'une ligne, puis il se porte du cóté du nez presque'horizontalement, mais un peu de bas en haut. Il est essentiel de'bien connaitre la
direction des conduits lacrymaux , lorsqu'il s'agit de les sonder dans les cas d'obstruction des voies lacrymales.
Ces deux petits conduits s 'approchent l'un de l'autre, et vont s'ouvrir dans le sac lacrymal, un peu au-dessus de sa partie moyenne, par un petit canal commun, long d'une demi-ligne ou environ: le plus souvent ce petit canal, qui parait commun, est divisé par une légère cloison. Il y. a dans cet endroit un tissu cellulaire trés- dense et trés-adhérent.
Le sac lacrymal est oblong, aplati de dehors en dedans, de manière qu'il a un peu plus d'étendue de devant en arriére que transversalement. Sa longueur est de prés de six lignes : il est situé dan: la gouttiére osseuse formée par le bord postérieur de l'apophyse nasale de l'os maxillaire supérieur et la partie antérieure de la surface externe de l'os unguis. Le sac lacrymal est recouvert par un tissu. cellulaire trés - dense et très-difficile à enlever. On a dit qu'il était assujéti par une membrane très-forte et ligamenteuse, sur laquelle reposait la partie correspondante du muscle orbiculaire. Je n'ai jamais trouvé dans cet endroit, que j'ai examiné un trés-grand nombre de fois, qu'un tissu cellulaire trés-serré; mais ce | qui reste bien démontré, c 'est que, soit tissu cellulaire, soit menibrane ligamenteuse, il y a là un obstacle à la dilatation de cette cavité; et, lorsqu'elle devient le siége d'un dépôt, la résistance
est si forte à l'ouverture de ce dépôt (pl. »o, fig. 2), que la rupture du sac donne lieu ordinairement à des douleurs violentes; tandis que celle des téguments, qui la suit presque toujours, n'en produit que de très-légères.
Ces douleurs durent soixante-douze heures : les malades souffrent communément pendant trois nuits; car c'est particuliérement la nuit que se font sentir les élancements à l'endroit où doit se former la rupture. Ils s'étendent, par irradiations, dans les parties qui environnent l'orbite.
Il y a des fibres du muscle orbiculaire qui se confondent tellement avec le sac lacrymal, qu'il est impossible, en disséquant, de les enlever entiérement sans intéresser le sac : peut-étre que ces fibres ont l'usage de favoriser le passage de la liqueur lacrymale. |
Le sac lui-méme est formé d'une membrane extérieure trés-mince, blanche, et distincte d'une autre intérieure. Cette derniére (pl. 3, fig. 12) est un vrai prolongement de la membrane pituitaire, selon Zinn, qui a trouvé plusieurs fois le sac lacrymal rempli du mucus nasal. En remplissant de cire, par l'orifice ( pl. 3, fig. 10, 4.) inférieur, le conduit nasal et le sac lacrymal, il a vu une fois cette cire s'insinuer dans des vaisseaux, dont quelques-uns assez marqués, qui partaient du trés-petit canal commun, par lequel (pl. 3, fig. 12, à.) s'ouvrent, dans le sac, les deux petits conduits lacrymaux terminés aux bords des pau-
piéres par les points lacrymaux. Ces peüts vaisseaux couraient, dans les membranes voisines, vers les deux paupiéres, en se ramifiant dans leur route. Zinn n'a pas pu découvrir leur terminaison certaine, et il a fait la remarque que personne n'en avait parlé avant lui. J'ai cru reconnaitre, dans ma pratique, leur existence. Je donnerai une observation assez récente, prise au milieu d'un grand nombre qui m'ont semblé prouver qu'ils existent réellement (1).
Je n'avais pas fait assez d'attention à ce passage de Zinn; et, lorsque je remarquais cet effet, je l'expliquais par la rupture du petit canal lacrymal méme. J'ai adopté, depuis, l'existence de ces petits vaisseaux, qu'on ne peut pas regarder comme sanguins, puisque lorsque Zinn les découvrit, il n'avait fait d'autre injection dans la téte du sujet que celle du conduit nasal, quil avait rempli de cire. Zinn ajoute : « Ne pourraiton pas considérer ces vaisseaux comme des sinus trés-petits, par lesquels la partie résorbée des larmes peut être filtrée et portée dans le sac, indépendamment du passage qu'elle trouve par les points lacrymaux. La remarque de Gunzius vient à l'appui de notre observation, avant laquelle il trouva dans un œil, qui n'avait conservé aucun vestige des points lacrymaux, beaucoup de petits trous |
6 À M M rH
(1) Voyez tome II, page rz.
DE LA STRUCTURE DE L'OEIL. Br
d'une ténuité extréme, visibles seulement à l'aide de la plus grande attention ; ils étaient situés autour de la caroncule et du repli semi-lunaire, et il en vit aussi d'autres sur le bord interne des deux paupiéres d'un oeil qui n'avait été incommodé d'aucun larmoiement, quoique les deux points lacrymaux fussent fermés; ce qui lui fit conclure qu'il y avait quelquefois de petites ouvertures béantes autour de la caroncule, qui recevaient et transmettaient au sac nasal une parte de la liqueur des larmes. »
J'ajoute que je trouve quelquefois les points lacrymaux oblitérés ; que je vois, dans quelquesuns de ces cas, la nel Re se former et se vider dans le nez par la pression (1); et que cependant, si quelques-uns de ces yeux pleurent beaucoup, d'autres aussi ne sont presque point mouillés de larmes. Je me suis demandé plusieurs fois si, dans ces cas particuliers, ce défaut de lar. moiement viendrait d’une diminution proportionnelle du volume ic la glande lacrymale ou
CRT TT oce ux MIR EN ECCE CA CMM CC KM CIC I C MAD A. a S PEE MN
(1) Je trouve, dans mon Journal, l'histoire trés-détaillée des accidents éprouvés par un domestique qui tomba du haut d'une charretée de foin, ayant la sonde de Laforét, laquelle fut forcée à l'entrée de la narine. Les points lacrymaux , apres la suppression de la sonde, furent oblitérés par l'effet de l'inflammation , suite de ce grave accident, et je l'ai vu portant une tumeur lacrymale , dont la grosseur variait, mais que la pression ne faisait vider ni sur l'oeil ni dans la narine.
d'une augmentation d'action des vaisseaux absorbants de la conjonctive, ou si une partie de la liqueur passait dans le sac, et de-là dans le nez; par cette route indiquée par Zinn et Gunzius ; et enfin si, dans le cas de disparition des points lacrymaux, lorsque l'oeil pleure beaucoup, cet abondant larmoiement indiquerait que ces ouvertures imperceptibles ont elles-mêmes disparu, tandis qu'elles ont conservé leurs fonctions dans les cas rares ou , malgré l'oblitération des points lacrymaux, le sac continue à semplir et à se vider dans le nez par la pression. Je conviens que ce ne sont encore là que de simples suppositions; mais combien de fois, en physiologie, ne sommes-nous pas réduits à des conjectures! Cette question est loin d'étre indifférente. C'est dans ce doute seul qu'il m'arrive souvent de réduire aux moyens les plus simples, le traitement des maladies des parties palpébrales du syphon . lacrymal, dans l'espoir que si les larmes cessent de parvenir au sac lacrymal par l'un des points. lacrymaux, ou par tous deux, ces petites routes, si peu visibles, et qui seront quelque jour ultérieurement démontrées, si elles existent, pourront suppléer, au moins jusqu à un certain point, . à la route plus connue rétrécie ou abolie. Comment d'ailleurs pourrait-on nier l'existence de cette route : succursale des larmes, à partir du lac lacrymal | (pl 3, fig. 1, e. n. m.) du grand angle, jusqu'au sac, lorsque nous ne savons pas encore (sans
sortir de mon sujet) si chaque glande sébacée de Meibomius s'ouvre par un petit canal tréscourt, dans un canal placé au-dessous et dans toute l'étendue de la rangée à laquelle elle appartient, lequel s'ouvre lui-méme au bord de la paupiére; ou si la premiére de cette rangée s'ouvre dans celle qui lui est contigué, celle-ci dans la suivante, et ainsi de suite jusqu'à la dernière, qui s'ouvrirait seule sur le bord de la paupiere? Au reste une partie des larmes est probablement reprise par des vaisseaux lymphatiques absorbants, et si les petits vaisseaux de Zinn et de Gunzius existent, ils font en quelque sorte partie du système lymphatique.
Le sac lacrymal, un peu au-dessous du rebord orbitaire de l'os maxillaire supérieur, se rétrécit, et dégénère en un conduit (pl. 3, fig. 10, 5l. i.) auquel on a donné le nom de conduit nasal, qui continue à se rétrécir légèrement jusqu'à son embouchure inférieure, et qui est logé dans un canal osseux, formé par l'extrémité inférieure de l'os unguis ou lacrymal, l'apophyse nasale de los maxillaire supérieur, et la languette ascendante du cornet inférieur du nez. Ce canal est garni, dans toute sa longueur, de son périoste, auquel le sac lacrymal et le conduit nasal sont faiblement attachés. Le conduit nasal descend. un peu obliquement de devant en arrière jusque dans la cavité des narines, où il.s'ouvre, au-dessous de la partie moyenne et antérieure du cornet inférieur
ya 3
34 SECTION I, . du nez. L'ouverture du conduit nasal (pl. 5, fig. 10, Z. fig. 11,./. fig. 12, g.) présente beaucoup de variétés dans les différents sujets. Elle est en général oblique, et a quelque analogie avec celle des uretéres dans la vessie. Quelquefois elle est bouchée en partie par une peüte avance de la membrane pituitaire, et est alors moins large que le conduit méme; d'autres fois, elle est trés-évasée, et a plus de diamètre que ce conduit. L'obliquité de son insertion dans la membrane pituitaire produit l'effet d'une espèce de valvule, parce que, lorsqu'on se mouche, la pression de l'air réunit aisément les parois de cet orifice, ce qui soppose à son introduction dans le conduit. | | Dans les nombreuses dissections que j'ai faites pour parvenir à ne donner, qu'après un examen attentif, les détails ici consignés, et d'ailleurs tous déja à-peu-prés connus, jai trouvé cette ouverture double sur un sujet, d'un côté seulement. Elle était divisée en deux parties par une petite production de la membrane pituitaire, qui s'étendait de l'un des bords de l'ouverture à l'autre. J'ai eu quelquefois de la peine à y introduire le stylet d'Anel: une fois je l'ai trouvée bouchée par une membrane. Je n'ai pas pu découvrir si une ouverture imperceptible donnait passage à la liqueur des larmes, ou si le sujet avait larmoyé pendant sa vie. J'ai trouvé aussi, sur un autre sujet; une bande tendineuse de pres
d'une demi-ligne de diamètre, qui était située
transversalement à l'endroit où commence le
conduit nasal, par conséquent à la partie inférieure du sac lacrymal. Elle traversait le canal à-peu-prés dans sa largeur; et, pour la rompre, il a fallu tirer assez fort avec un stylet crochu.
Quelques anatomistes, qui vraisemblablement n'ont pas examiné ces parties un assez grand nombre de fois, ont beaucoup varié sur la description qu'ils ont donnée de l'ouverture du conduit nasal. Bianchi a admis une valvule à l'extrémité inférieure, qu'il dit semblable aux valvules sigmoides de l'artére pulmonaire. Selon lui, cette valvule s'oppose à l'introduction d'un stylet. Il y a toute apparence que le sujet d'aprés lequel Bianchi a dit qu'il y avait une valvule à l'extrémité inférieure du conduit nasal, était du nombre de ceux auxquels on remarque une avance de la membrane pituitaire, qui effectivement ne ressemble pas mal à une espece de valvule; mais c'est une variété : elle n'existe pas ARE.
et d'ailleurs elle est incapable, lorsqu'elle existe, d'empêcher l'introduction d'un stylet. Le plus communément cette ouverture est assez considérable.
Le conduit nasal, le sac lacrymal, et les petits conduits 140], diet paraissent être une continuation de la membrane pituitaire, et appartiennent. par conséquent au systéme des meinbranes muqueuses. En effet, si, après avoir cassé
le canal osseux, on enlève les voies lacrymales avec un lambeau de la membrane pituitaire, on ne remarque aucune séparation entre cette membrane et celle qui forme le syphon. La membrane pituitaire, en subissant seulement un léger changement de structure, parait se prolonger dans le canal osseux qui fait partie des cavités du nez, de méme qu'elle se prolonge dans les sinus maxillaires, dans les sinus sphénoidaux, dans les sinus frontaux, et dans les labyrinthes de l'os ethmoide. Il se prépare, dans lintérieur des voies lacrymales, une liqueur muqueuse presque semblable à celle que fournit la membrane pituitaire. Ce mucus empêche les larmes, qui ont toujours quelque àcreté, d'rriter les voies lacrymales; lorsqu'il y a obstruction au conduit nasal, ne pouvant s'écouler dans le nez, il s'amasse et gonfle le sac lacrymal : on le fait alors refluer par les points lacrymaux en pressant le sac avec le doigt (pl..20, fig. 1.)
La glande lacrymale, eu égard à sa situation, est légérement comprimée à chaque mouvement de l'oeil. Cette compression, presque insensible, détermine la liqueur lacrymale à sécouler par les canaux excréteurs de la glande, pour venir se répandre sur la surface antérieure du globe et faciliter ses divers mouvements. Ainsi le mouvement de l'oeil facilite l'écoulement de la liqueur lacrymale, et celle-ci, en s'écoulant, facilite le mouvement de l'oeil. Alors, à mesure qu'elle s'é-
coule par les canaux excréteurs de la glande lacrymale, elle est étendue uniformément sur la surface antérieure du globe de l'œil par le mou: vement continuel des paupiéres, et constamment dirigée vers l'angle interne; d'abord parce que cet angle est situé un peu plus bas que l'externe, de sorte que cette liqueur y coule naturellement par son propre poids; ensuite par l'action conunuelle du muscle orbiculaire des paupières, qui, en se contractant, les entraîne un peu du côté du nez. Pendant le sommeil ou quand les paupières sont fermées, la liqueur lacrymale est encore continuellement dirigée vers l'angle interne par la gouttière que les bords des paupières laissent entre eux et la surface antérieure du globe de l'œil (pl. 13, az trait, y). L'hameur lacrymale peut s'amasser sur l'oeil, en plus grande quantité qu'à l'ordinaire, sans se répandre sur la joue, parce que les bords des paupiéres sont enduits d’une matière huileuse qui l'empêche de s'écouler entre les cils, et parce qu'il y a, entre la commissure interne des paupieres et le globe de l'oeil, un petit espace, un petit lac, qui peut contenir une certaine quantité de cette liqueur. Au moyen de ces dispositions, lorsque la sécrétion de la liqueur lacrymale est augmentée subitement par quelque cause que ce soit, si l'aug- mentation n'est pas trop considérable, cette liqueur ne s'écoule pas sur les joues, mais demeure dans le petit lac, d’où elle passe peu-à-peu dans,
les points lacrymaux. Il y a plusieurs causes qui . obligent la liqueur des larmes à entrer dans les points lacrymaux. Le mouvement des paupières pousse continuellement cette liqueur dans ces ouvertures : la preuve en est que ce mouvement est beaucoup plus fréquent chez ceux qui ont l'œil couvert de larmes par quelque cause que ce soit. Jean Louis Petit, a dit que les voies lacrymales agissent comme un syphon : il a comparé les petits conduits lacrymaux à la eourte branche, et le conduit nasal à la longue. branche du syphon. ll y a apparence que ce syphon est doué d'un léger mouvement de succion, et que les points lacrymaux ont une action érectile; je soupconne qu'ils jouissent de la faculté de se dilater légèrement lorsque l'œil est mouillé. J'ai même assez souvent cru remarquer que leur mouvement d'érection les rendait plus faciles à injecter, quand on instillait d'abord un peu d’eau sur la surface de l'oeil ; et, dans cette persuasion, je commence ordinairement par en pousser quelques gouttes dans le grand angle avant de présenter le syphon de la seringue d'Anel au point lacrymal, lorsquil me parait trés-petit. Il y a lieu de croire d'ailleurs que la principale cause qui fait passer la matière des larmes dans les petits canaux laerymaux est la même que celle qui fait monter les liqueurs dans les tuyaux capillaires.
Réflexions sur la structure de quelques parties
du globe de l'œil.
Avant d'avoir sous les yeux l'ouvrage dont je donne la traduction au commencement du volume de planches, j'avais préparé des cahiers rédigés d’après les dissections les plus multiphées. et les plus exactes : je me proposais de les publier avec des planches dont j'ai les dessins faits sur les modèles que je croyais approcher le plus possible de la perfection. Le célebre auteur que jai traduit m'ayant de beaucoup dépassé, aidé par sa rare habileté pour l'observation, et par les facilités que lui ont données les circonstances dans lesquelles il s'est trouvé (1), j'ai cru devoir me borner à donner la fidéle copie de ses planches et la traduction des explications qu'il y a jointes : jai aussi supprimé de nombreux détails sur la circulation des humeurs de l'oeil. J'ai fait beaucoup d'expériences relatives à ce sujet; mais. elles sont devenues inutiles depuis la publication de l'excellent Mémoire de M. le docteur Ribes, auquel je renvoie le lecteur (2). Cependant il ne
(r) Voyez explications des pl. 9 et 1o coloriées.
(2) Mémoire sur les procès ciliaires (rayons sous-iriens; Chaussier), et leur action sur le corps vitré, le cristallin et l'humeur aqueuse, par F. Ribes; recueil des Mémoires de la Société médicale d'émulation , 8° année, page 631.
m'a pas paru inutile de placer ici un extrait des cahiers qui m'ont coüté tant de soins : 19 parce qu'ayant cru pouvoir omettre dans ma traduction l'explication de la boite osseuse de l'orbite, si, connue , et les figures qui la représentent, jai pensé qu'il fallait au moins en rappeler sommairement la structure; 2? parce que le peu de détails que je remets ensuite sous les yeux du lecteur pourront venir à lappui du texte. des explications des planches, et rappeler l'exacte conformation de ces parties si importantes à connaître, lorsqu'on veut étudier les affections dont elles sont fréquemment le siége. Il m'a paru encore utile de faire mention. des découvertes chimiques récentes relatives aux humeurs de l'oeil.
Jemprunte à M. le docteur Orfila les détails suivants (1). ls |
« Humeur aqueuse. — Cette humeur, placée dans les chambres antérieure et postérieure de l'œil, est formée, suivant M. Berzelius, de 98,10 d'eau, d'un peu d'albumine, de 1,15 d'hydro-chlorates et de lactates, et de 0,75 de soude, avec. une matiére animale soluble seulement dans l'eau; sa pesanteur spécifique, suivant M. Chenevix, est de 1,0053. Ce chimiste la considère eomme composée de beaucoup d'eau, d'un peu d'albumine, de , RAA URN RIS P PTUS
(1) Eléments de chimie médicale, par M. P. Orfila, médecin par quartier. de Sa Majesté Louis XVIII; à Paris, chez Crochard . 1817, 3° partie, chap: 3, section 1.
gélatine, et d'hydro-chlorate de soude. M. Nicolas y admet en outre du phosphate de chaux.
« Humeur vitrée. — Cette humeur est derriere le cristallin. On y trouve, suivant M. Berzelius, les mémes principes que dans l'humeur aqueuse, mais dans des proportions un peu différentes : ainsi il y a 98,40 d'eau, 0,16 d'albumine, 1,42 de lactates et d'hydro-chlorates, et 0,02 de soude et de matiére animale. M. Chenevix pense qu'elle contient moins d'eau, et plus d'albumine et de gélatine que l'humeur aqueuse; il y admet en outre de l'hydro-chlorate de soude.
« Cristallin. — D'après M. Berzelius, il renferme 58 parties d'eau, 25,9 de ratire particulière, 2,4 de lactates, d'hydro-chlorates, et de matière animale soluble dans l'alcool; 1,3 de matière animale soluble dans l'eau avec quelques. phos-
phates; 2,4 de membrane cellulaire insoluble. P ^ Propriétés de la matière particulière. — Elle est soluble dans l’eau, coagulable par la chaleur; ainsi coagulée, elle posséde, à la couleur prés, tous les caractères de la matière colorante du sang : on peut en obtenir des cendres contenant un peu de fer (Berzelius). M. Chenevix regarde le cristallin comme formé d'un peu d'eau, d'albumine, et de gélatine. M. Nicolas a obtenu des résultats analogues. Ces chimistes ont cru que la gélatine faisait partie des humeurs de l'oeil, parce qu'elles précipitent par la noix de galle; mais ce réactif, pouvant précipiter l'albumine et plusieurs
autres matières animales, ne suffit pas pour enr faire admettre l'existence.
« Cataracte. — M. Chenevix fait entrevoir que la formation et le développement de la cataracte pourraient peut-étre tenir à ce que l'albumine aurait été coagulée par de l'acide phosphorique qui se serait produit dans l’œil malade. Suivant M. Grapengiesser, dans la cataracte laiteuse, Valbumine subirait une espéce de coagulation , deviendrait comme graisseuse, et prendrait un aspect laiteux....
| Des larmes. — Les larmes, sécrétées. par. la glande lacrymale, sont composées , suivant Fourcroy et M. Vauquelin, de 0,96 d'humidité et de o,4 des matières solides suivantes : des traces de soude caustique, de phosphates de chaux et de soude , d'hydro-chlorate de soude, et de mucus qui devient insoluble dans l'eau par l'action de l'aar atmosphérique ou de l'oxygène, et qui est précipité par laleool. Jacquin les croit formées d'eau, de soude, d'hydro-chlorate de soude, de gluten, de phosphates de chaux et de soude. Suivant Pearson, elles ne renferment point de soude, mais de la potasse. On ignore quelle est la composition des larmes des animaux. »
indue aux muscles, aux nerfs et au Elabol il m'a paru que les planches avec leurs explications suffisaient; et je me contenterai d'ajouter ici quelques détails supplémentaires avec les extraits de plusieurs observations d'anatomie pathologi-
que qui peuvent éclairer la nature de certaines maladies dont j'aurai à parler dans cet ouvrage.
Les anciens anatomistes et les modernes avaient, jusqu'à mon père, regardé la cornée et la sclérotique comme une seule et méme membrane, et pour distinguer la partie antérieure, qui est transparente, de la partie postérieure, qui est opaque, ils avaient donné à la première le nom de cornée transparente, et à la derniére celui de cornée opaque. |
Dans un Mémoire inséré parmi ceux de l'Académie des Sciences de 1741, mon pére a prouvé, par des raisonnements et par une expérience décisive, que la cornée était une membrane distincte de la sclérotique. J'éviterais d'entrer dans quelques explications. au sujet de cette découverte, dont les résultats ont été depuis généralement adoptés, si ce que j'ai à rappeler à ce sujet ne devait pas jeter du jour sur la nature des affections si nombreuses de la cornée.
M. Guérin (1) dit : « M. Demours a apercu le üssu qui unit la cornée et la sclérotique.... Des lumiéres jetées sur ce point d'anatomie pourraient être utiles, et je pense que la pratique, dans le traitement des maladies des yeux, y gagnerait. »
Premiérement, il est aisé de prouver par le rai-
(1) Traité des Maladies des yeux, page 179.
sonnement que la cornée n'est point une continuation de la sclérotique. En effet, la cornée peut se diviser en plusieurs lames; la sclérotique, au contraire, est d'un tissu trop serré pour pouvoir étre divisée de méme. La cornée est aussi diaphane que le cristal le plus pur, et ne reçoit que des vaisseaux lymphatiques; la sclérotique est opaque, et est parsemée d'un grand nombre de vaisseaux sanguins. La cornée se gonfle considérablement et promptement par la macération; ce qui n'arrive pas à la sclérotique. La cornée de l'homme et de la plupart des animaux est une portion d'une sphére plus petite que celle de la sclérotique. D'ailleurs, dans la plus grande partie des oiseaux, la sclérotique est formée par l'assemblage de plusieurs lames osseuses ; la cornée, au contraire, est membraneuse , comme dans tous les autres animaux, et ne saurait étre regardée, dans ces oiseaux, comme une continuation de la sclérotique. Dans quelques gros poissons, tels que l'esturgeon, le marsouin, le thon, et quelques autres du genre des cétacées, la sclérotique est entiérement cartilagineuse, et la cornée est membraneuse. Dans ces espéces de poissons, la cornée ne saurait donc étre une continuation de la sclérotique.
On peut enfin ajouter, pour dernière raison que si la cornée n'était que la sclérotique méme rendue transparente à la partie antérieure du. globe de l'œil, l'endroit qui sépare la partie opa-
que de celle qui est diaphane souffrirait plus de variation, et que la cornée n'aurait pas aussi constamment à-peu-prés le méme diamétre dans tous les sujets de méme espéce. Il est d'ailleurs impossible d'assigner une cause mécanique qui puisse toujours rendre et réguliérement aussi transparente que le cristal le plus pur une portion de la sclérotique, qui est une membrane opaque. Mon père imagina, pour séparer ces deux membranes, de faire macérer des yeux dans de l'eau, et de les plonger ensuite dans l'eau bouillante, procédé qui a été adopté généralement.
Il s'en faut de beaucoup que ces recherches soient de pure spéculation. En regardant la cornée et la sclérotique comme deux membranes différentes fortement unies ensemble par un tissu fibreux très-fin et extrêmement serré, on comprendra aisément pourquoi, dans le chémosis, degré le plus violent de l'ophtalmie (pl. 3o, fig. 2), la conjonctive se gonfle au point de s'élever en bourrelet autour de la cornée; ce qui ne peut venir que de l'étranglement que souffrent les vaisseaux lymphatiques, devenus alors sanguins, en passant à travers le tissu fibreux qui unit cette membrane à la sclérotique ; on comprendra encore pourquoi il se forme si souvent des ulcères à l'endroit de l'union de ces deux membranes; pourquoi aussi, dans cette maladie de la cornée (pl. 25, fig. 3), dans laquelle les vaisseaux lymphatiques qui lui sont propres
deviennent sanguins et variqueux, on a tant de peine à dissiper cet engorgement dangereux. La raison de cette difficulté vient de l'étranglement que souffrent ces vaisseaux dilatés , en traversant ce méme tissu fibreux. Voilà aussi pourquoi il est alors souvent utile de faire quelques scarifications vers les bords de la cornée, afin de diminuer l'engorgement en procurant une issue au sang stagnant dans les vaisseaux de cette membrane.
Enfin, au moyen de cette distinction, on connaitra pourquoi, dans les ophtalmies humides, il se forme si souvent des abcés, des ulcéres et des taches sur la cornée, et pourquoi ces accidents n'arrivent pas de méme à la sclérotique. Cela ne peut venir que de la différence de leur tissu. En effet celui de la cornée est beaucoup moins serré que celui de la sclérotique, comme il est prouvé par le gonflement qui lui arrive lorsqu'on la fait macérer dans de l’eau commune. On doit donc donner le nom de cornée à la membrane transparente qui se trouve à la partie antérieure du globe de l'œil, et le nom de sclérotique à celle qui est opaque, et qui forme le reste de son enveloppe.
Dans la plupart des animaux, la cornée est un segment d'une sphere plus petite que celle que forme la sclérotique; dans l'homme, la cornée, en la supposant parfaitement sphérique, est un. segment d'une sphère qui aurait sept lignes et
demie de diamètre, et la corde de ce segment est communément d'un peu plus de cinq lignes. Le diametre de la cornée est le même en tous sens, si on le mesure intérieurement : mesuré extérieurement, le vertical est un peu plus court que le transversal. La raison de cette différence vient de ce que la conjonctive s'avance d'environ un quart de ligne sur la cornée, à la partie supérieure de l'oeil (pl. 64, fig. 1); elle s'avance un peu aussi sur cette membrane à la partie inférieure, mais beaucoup moins qu'à la supérieure. Cette diffe. rence, entre le diamètre transversal de la cornée et son diamètre vertical, est plus apparente dans les vieillards, chez lesquels la figure de la cornée représente un ovale. Elle parait provenir de la compression continuelle qu'exercent les bords des paupiéres sur la partie supérieure et sur la partie inférieure de cette portion de la conjonctive qui recouvre la cornée, et qui a recu le nom d'adnata. Cette légére compression, en génant un peu la circulation dans ces parties de l’adnata, la rend à demi-opaque, et à-peu-prés de la méme couleur que le reste de la conjonctive. Par l'irrégularité du cercle extérieur de la cornée on peut souvent distinguer la partie supérieure d’avec l'inférieure dans un œil tiré de son orbite.
On. dit. ordinairement que la cornée est un segment de sphére; mais si on examine un ceil de cóté, on remarquera qu'elle est un peu aplaue latéralement. La cornée est un segment, non
d'une sphére, mais d'un sphéroide tel, que la section perpendiculaire à la corde du segment serait une ligne hyperbolique. Cette conformation de la cornée est un effet mécanique de la compression continuelle qu'exercent les muscles sur le globe de l'œil. Il sensuit de cette compression que les humeurs de l’œil doivent faire continuellement effort contre la sclérotique et la cornée, et que leur effort doit être plus grand vers les deux extrémités de laxe que par-tout ailleurs, et sur-tout vers lextrémité antérieure de cet axe, parce que les humeurs se portent . encore avec plus de force vers la partie antérieure du globe, et par conséquent vers le centre de la cornée, que vers la partie postérieure de la sclérotique. En effet, la cornée n'étant soutenue par aucune autre partie, la résistance doit étre moindre de ce cóté-là que du cóté du fond de l'œil, parce que ce fond se trouve appuyé sur la graisse et lextrémité de l'orbite, et encore parce que la sclérotique est plus forte que la cornée, sur-tout par sa partie postérieure. D'ailleurs les muscles droits tirent le globe de l'oeil en arriere et poussent les humeurs en devant, ce qui doit augmenter l'effort qui se fait contre le centre de la cornée.
Le centre de cette membrane doit. donc. étre poussé en dehors par les humeurs avec plus de force que les parties qui en sont plus éloignées; d'où il résulte que la figure de la cornée ne doit
DE LA STRUCTURE DE L'OEIL. 49 pas être exactement sphérique, mais que le centre de cette membrane doit former une légére protubérance; c'est ce dont s'est aperçu Plempius, lorsqu'il a dit: Cornea, quá parte uvece foramen cernitur, paululum extuberat.
Cette forme hyperbolique de la cornée lui procure, sans doute, des avantages qu'elle n'aurait pas, si elle était simplement un segment de sphère : elle sert vraisemblablement à faire parvenir, sur l'organe immédiat de la vue, les rayons de lumiére qui tombent trés-obliquement sur la cornée, ou à y réunir plus exactement ceux de ces rayons qui ont différents degrés de réfrangibilité. En effet, Newton a démontré que la forme hyperbolique était la plus propre pour réunir en un seul point tous les rayons qui jouissent d'une réfrangibilité différente. D'après cet illustre physicien, si l'on pouvait parvenir à donner à un verre une forme parfaitement hyperbolique, ce qui est impossible, ce verre pourrait réunir, en un seul point, les différentes espéces de rayons de lumiere, ce que ne font point les verres sphériques convexes. Ceux-ci rassemblent bien les rayons en un foyer; mais ce foyer est toujours un peu oblong et a toujours une certaine largeur ; ce qui vient de ce que les différentes espèces de rayons, dont la lumière est composée, se réfractent plus ou moins, suivant leur nature. Ce qui rend certain que la forme hyperbolique de la cornée a quelque utilité, c'est que rien n'a été fait
bo SECTION I,
au hasard, et l'auteur de la nature a donné à toutes les parties des corps organisés, la forme la plus convenable pour s'acquitter des fonctions auxquelles il les a destinées.
La cornée est formée par l'assemblage de plusieurs lames ou couches membraneuses appliquées les unes sur les autres, et attachées, non par un tissu cellulaire, tel qu'on le trouve dans toutes les autres parties, mais par un tissu fibreux trés-fin et trés-serré, qui passe d'une lame à l'autre. Chacune de ces lames ou couches membraneuses est formée par un entrelacement de fibres transparentes, dures, élastiques, qui sont entremélées d'un grand nombre de vaisseaux lymphatiques d'une finesse extraordinaire. Ces vaisseaux sont une continuation de ceux de la sclérotique et de ceux de la conjonctive.
La cornée est percée d'un grand nombre de pores imperceptibles, par lesquels suinte continuellement une sérosité d'une finesse extraordinaire qui se méle à la matiére des larmes. On peut, aussitót aprés la mort, s'assurer de l'existence de ces pores, en pressant un ceil que l'on vient d'essuyer. On voit alors, bien sensiblement, une rosée trés-fine s'accumuler peu-à-peu jusqu'à former de petites gouttelettes. On peut réitérer cette expérience plusieurs fois de suite sur le méme ceil. Cette observation est due à Winslow. C'est cette rosée qui, selon les propres expressions de ce célébre anatomiste, produit sur les
DE LA STRUCTURE DE L'ŒIL. 5t
yeux des moribonds une espéce de pellicule glaireuse qui se fend quelquefois peu de temps apres.
La transparence de la cornée lui vient du grand nombre et de la finesse des vaisseaux lymphatiques dont elle est parsemée, de la qualité de la liqueur que contiennent ces vaisseaux, du peu d'adhérence qu'ont entre elles les fibres dures et élastiques dont elle est composée, de la transparence méme de ces fibres, et du nombre considérable de pores dont elle est percée.
Si quelqu'une de ces circonstances vient à manquer, la cornée perd plus ou moins de sa transparence naturelle, ou peut méme devenir entierement opaque; si, par exemple, la partie rouge du sang passe dans quelques vaisseaux lymphatiques de cette membrane, sa pellucidité en est plus ou moins altérée, et les malades non-seulement ont de la peine à distinguer les objets , mais encore sont incommodés par la présence d'une lumiére un peu forte, parce qu'une partie des rayons lumineux, tombant sur les vaisseaux de la cornée, remplis d'une liqueur peu propre à leur donner passage, sont ou arrêtés ou brisés irréguliérement.
Il est peu d'ophtalmies où cet accident n'arrive, puisqu'il en est peu où le malade n'ait de la peine à supporter une lumiére ordinaire, et qui ne soit accompagnée d'un léger trouble dans la vue. Cependant on n'apercoit pas toujours les vaisseaux de la cornée devenus sanguins, méme avec une
ba SECTION I,
forte loupe. Ils peuvent être si fins, qu'ils échappent à la vue la plus subtile; et M. Petit, médecin, membre de l'Académie des Sciences, en disséquant les yeux d'un nègre, apercut dans la cornée quelques vaisseaux sanguins, qu'il ne pouvait voir que lorsqu'il examinait cette membrane entre la fenêtre et son œil, et qu'il perdait de vue en l'examinant dans une autre situation.
Au surplus, on peut encore assurer qu'il y a des vaisseaux lymphatiques qui sont devenus sanguins dans la cornée, toutes les fois qu'une personne attaquée d'ophtalmie, même légère, voit trouble, et a de la peine à supporter un Jour ordinaire ; alors cette ophtalmie ne saurait être regardée indifféremment, et traitée avec négligence. Le sang qui passe dans la cornée est toujours à craindre : c'est de lui que naissent les grands désordres qui arrivent à cette membrane. C'est ce sang qui, venant à s'épancher entre les lames dont elle est composée, donne lieu aux abcés qui s'y forment, aux ulcères et aux cicatrices que ces abcés laissent aprés eux, aux nuages, et aux taches qui restent souvent sur la cornée à la suite d'ophtalmies qui ont présenté les symptómes les moins inquiétants. :
Le peu d'adhérence qu'ont entre elles les fibres de la cornée est prouvé par le gonflement qui survient à cette membrane dans la macération, et par la facilité qu'ont à s'étendre les liqueurs épanchées dans sa substance; comme on le voit
DE LA STRUCTURE DE L'OEIL. 53 dans les abcés dont la matière fuse ordinairement entre ses lames, et laisse une tache blanche bien plus étendue que la cicatrice, et le plus souvent incurable.
Si l'on rapproche les fibres de la cornée, par le moyen de l'eau bouillante, elle diminue considérablement de diamétre et perd beaucoup de sa transparence ; la méme chose lui arrive si on la fait tremper dans des liqueurs rendues acides par laddition de quelqu'un des acides minéraux. Il est vrai que, dans l'un et l'autre cas, l'opacité que prend la cornée vient aussi en partie de l'épaississement de la lymphe.
Le nombre considérable de pores dont la cornée est percée est encore une raison de sa transparence; si ces pores viennent à étre obstrués par l'épaississement de l'humeur qui en transsude naturellement, elle perd aussi un peu de sa pellucidité et devient terne, telle qu'on la voit aux yeux des agonisants. |
La cornée, par sa transparence, donne passage aux rayons de lumière, et ces rayons, brisés en traversant cette membrane, souffrent un premier degré de réfraction. Elle forme la plus grande partie de la chambre antérieure de l'humeur aqueuse , et sert à contenir cette humeur.
La cornée est un peu plus épaisse que la partie antérieure de la sclérotique ( pl. 9, fig. 3, et pl. 13); son épaisseur est la méme dans toute
son étendue, si on en excepte ses bords, qui sont taillés en biseau pour s'unir à la sclérotique. Chez le foetus, cette membrane est beaucoup plus épaisse que chez l'adulte. Dans ces premiers temps de la vie, elle est d'une couleur rougeátre, ainsi que l'humeur vitrée et le nerf optique, et si épaisse, qu'elle rend presque nulle la chambre antérieure de l'humeur aqueuse, de maniére que sa face postérieure touche à-peu- prés la face antérieure de l'iris. Comme elle est d'un tissu trés-làche à cet âge, on peut diminuer de beaucoup son épaisseur, en la pressant à plusieurs reprises entre les doigts. C'est cette épaisseur de la cornée et sa couleur rougeàtre qui font que les enfants nouveaux-nés ne distinguent les objets que confusément; ils ne commencent à voir distinctement que lorsque la capacité des chambres de l'humeur aqueuse augmente et que l'épaisseur de la cornée diminue.
Cette membrane semble ne preneur d’accroissement qué par ses bords, c'est-à-dire dans les points où elle s'unit à la sclérotique, et il y a apparence que toutes ses parties ne croissent pas également, mais que celles qui sont vers le centre acquièrent d'abord la solidité et le degré d'accroissement qu'elles doivent avoir dans la suite. L'observation suivante, que mon pére a eu occasion de faire, parait prouver que la cornée ne prend d'accroissement que par ses bords. Un en-
fant eut, à l'áge de six mois, une violente inflammation à l'oeil, suivie d'un d'abcés à la cornée lequel, s'étant ouvert, donna lieu à une effusion de l'humeur aqueuse et à une adhérence de l'iris à la cornée auprés de l'union de cette membrane avec la sclérotique. A l’âge de huit ans, elle était à une ligne du centre de la cornée; d’où il résulte que cette membrane avait pris son accroissement entre l'adhérence et le bord de la sclérotique.
Jinvite le lecteur à consulter un Mémoire de mon pere, lu à l'Académie des Sciences, et relatif au mécanisme des mouvements de l'iris, dont le mode semble faire exception aux lois générales. Il est inséré dans le recueil de cette compagnie, tome II, des Savants étrangers.
On a nié, dans des temps postérieurs, l'existence des fibres circulaires et des fibres longitudinales de l'iris, les premiéres musculaires, et les secondes tendineuses et élastiques, auxquelles mon pére a attribué ces mouvements. Cependant je trouve, dans le Traité si exact d'Anatomie descriptive de M. Cloquet, que récemment M. le docteur Maunoir, de Genéve, semble avoir confirmé l'existence des fibres musculaires, contre l'opinion la plus générale. Il à reconnu, à l'aide d'une forte loupe, que ces fibres forment deux sortes de plans, l'un externe, radié, plus large, dilatateur de la pupille, et correspondant à l'anneau coloré externe; l'autre interne, plus étroit,
composé de fibres circulaires, constricteur ou sphincter de la pupille, et correspondant à l'anneau coloré interne. |
Si les détails donnés par M. Maunoir, qui est en possession d'inspirer une grande confiance, ramènent aux fibres circulaires et aux fibres radiées que mon pere a décrites, en prouvant que ces derniéres n'agissent que par leur élasticité, je prierai qu'on fasse encore plus d'attention à un phénomène particulier, bon d'ailleurs à remarquer sous d'autres rapports; il consiste en ce que, si on examine avec attention et au grand jour des yeux trés-sains, dans lesquels les mouvements de la pupille se font avec beaucoup de: liberté, on trouve les pupilles rétrécies. Si on couvre les yeux avec les mains pour leur dérober la lumière, ces ouvertures se dilatent; mais. si on les découvre subitement, on voit les pu-. pilles se rétrécir avec précipitation jusqu'à. un. certain point, et se dilater ensuite un peu. Cette. petite dilatation se fait'sensiblement par un mouvement de ressort.
Si définitivement on ne veut point admettre des fibres circulaires et des fibres longitudinales, il faut avoir recours à un tissu particulier de notre économie, que MM. les docteurs Dupuytren et Rullier ont, dans ces derniers temps, proposé de spécifier sous les noms de tissu érectile, ou caverneux, ou spongieux, et qu'ils disent
avoir été oublié par l'immortel auteur de l'Anatomie générale dans l'indication des différents. tissus ou systémes auxquels il a ramené tous les. solides organiques Ce tissu (1) unirait le lacis. vasculaire. qui compose la membrane iris, et constituerait un de ses plus importants éléments.
Winslow a remarqué que le centre de la pupille répond au centre du cristallin, et se trouve un peu plus prés du grand que du petit angle.
M. Petit, de l'Académie des Sciences, a fait observer que l'iris est plane (pl. 13, fig. 1. et.a5 pl. 64, fig. 3).
Considérations sur la structure des nerfs optiques, et observations d'anatomie pathologique.
ll n'y a aucune partie du COrps qui recoive proportionnellement une quantité aussi considérable de nerfs que l'oeil. En effet, cet organe recoit la deuxiéme paire, la troisième, la quatrième, la première branche de la cinquième et la plus grande partie de la sixième.
La deuxième paire est destinée toute entière à la formation de l'organe immédiat de la vue. Ces nerfs, qui ont recu le nom de nerfs optiques, sont les plus gros des nerfs simples du corps humain. M. Marjolin, dans son Manuel d'Anato-
I Ne e NE SE AES RE E NEQNE
(1) Voyez, Diction. des Sciences méd. ; le mot érectile, par MM. Chaussier et Adelon.
58 | SECTION I, mie, dit : « La plupart des anatomistes anciens ont avancé que les nerfs optiques naissent des couches optiques. Plusieurs anatomistes adoptent encore cette opinion. Ridley, Zinn, Winslow, Boyer, Soemmerring, dérivent ces nerfs des couches optiques et de la paire antérieure des tubercules quadrijumeaux. Haller et Lieutaud n'ont point vu les filets nerveux qui proviennent. de ces tubercules. Les nerfs optiques, dit Sabatier, naissent en arrière des éminences nates et testes, vers la partie postérieure de celles que l'on nomme /es couches des nerfs optiques. Bichat émet une opinion peu différente. Suivant lui, ces nerfs naissent par une extrémité assez épaisse de la partie inférieure et postérieure des couches optiques, à l'endroit où ces éminences font saillie à la partie inférieure du cerveau, derriére les prolongements antérieurs de la protubérance cérébrale... A leur origine se trouvent deux ou trois saillies assez sensibles, qui semblent indiquer cette origine, et dont l'une se continue avec les tubercules quadrijumeaux. Au reste on ne peut point distinguer comment a lieu cette origine audelà de la superficie de la couche optique, soit qu'on fende celle-ci transversalement, soit qu'on la coupe horizontalement.
« MM. Gall et Spurzheim (1) soutiennent que
(1) Gall et Spurzheim , anatomie et physiologie du système nerveux en général, et anatomie du cerveau en particulier. Tome 1, pag. 80 et suiv.
DE LA STRUCTURE DE L'OEIL. 59 les nerfs optiques ne proviennent point des couches du méme nom : on voit trés-distinctement, disent-ils, chez l'homme et les animaux, plus distinctement pourtant chez ceux-ci, par exem-: ple, dans le cheval, le mouton, le cochon, le chien, etc., sortir de la paire antérieure des tubercules quadrijumeaux une large bande composée de filaments nerveux. Cette bande se contourne sur le bord extérieur des couches optiques, se joint encore à un amas considérable de masse grise, qu'on appelle corpus geniculatum externum, et sy renforce. Jusque-là, la bande entière est adhérente aux couches optiques; mais ensuite elle est simplement superposée sur les faisceaux. des pédoncules, où elle cesse d’être attachée, à l'exception de son bord externe antérieur, par lequel elle est unie aux fibres cérébrales voisines. En avant, le nerf optique, qui s'arrondit toujours davantage, adhére à une couche ferme de substance grise (le tuber cinereum), et en recoit, sur-tout dans sa face supérieure, plusieurs nouveaux filets nerveux qui ne s'entre-croisent pas, mais S unissent à chaque côté du nerf en suivant une ligne droite. Ces filets le renforcent tellement, que, lorsqu'il se sépare aprés la réunion, il est sensiblement plus gros qu'il n'était auparavant. à
« MM. Gall et Spurzheim étayent encore des preuves suivantes leur opinion sur l'origine des nerfs optiques : 1? Ces nerfs n'étant que super-
6o SECTION I,
posés sur les couches optiques, il arrive que, sils s'atrophient, ces couches n'éprouvent alors aucune altération, parce qu'elles n'ont réellement rien de commun avec ces nerfs. 2° Si on enléve les fibres transverses supérieures du nerf optique, toutes les fibres intérieures vont. des cuisses aux circonvolutions dans la direction lon-. gitudinale. 3° Le volume des couches optiques n'est pas proportionné à celui des nerfs optiques. 4° Chez le cheval, le bœuf, le cerf, les couches optiques sont beaucoup plus petites que chez l'homme, quoique chez ces animaux le nerf optique soit plus gros; mais il existe une propor-. tion entre la paire antérieure des tubercules quadrijumeaux et le nerf optique. 5o Willis, et, depuis lui, plusieurs anatomistes ont confondu la paire antérieure des tubercules quadrijumeaux des oiseaux et des poissons, avec les couches optiques des mammifères : or le nerf optique venant bien distinctement chez les oiseaux de la paire antérieure des tubercules quadrijumeaux , on pourrait en conclure que chez les mammi-feres il doit avoir la méme origine. »
Le procédé auquel M. Marjolin a ordinairement recours, pour suivre les nerfs optiques jus-. qu'à leur origine, est celui-ci : « Il renverse en dehors la partie interne des lobes moyens du cer: veau, de manière à ouvrir assez largement les velitililes latéraux à leur partie inférieure, et à mettre à découvert le prolongement antérieur de:
DE LA STRUCTURE DE L'OEIL. Gr.
la protubérance annulaire, et, en inclinant ensuite successivement la masse encéphalique sur chacun de ses bords droit et gauche, il découvre assez facilement le nerf jusqu'à son extrémité postérieure. Soemmerring a fait représenter (1) l'origine des nerfs optiques mise à découvert par un autre procédé. Les membranes du cerveau se trouvent enlevées; la base de la masse encéphalique est tournée en haut; les lobes moyens du cerveau sont coupés en travers jusqu'à la partie externe des nerfs optiques, à-peu-prés au niveau de la partie antérieure de la protubérance annulaire, et la partie postérieure de ces lobes se trouve ainsi entiérement séparée du reste de l'organe.
« La maniére dont se comportent les nerfs optiques au-devant du £uber cinereur est encore un sujet de controverse pour les anatomistes (2). La substance de chacun de ces deux nerfs se mélet-elle entierement en cet endroit sans qu'ils s'entre-croisent? quelques-unes de leurs fibres seulement s'entre-croisent-elles? ou bien ces nerfs s'entre-croisent-ils complètement ? Ces trois Opi-
—————À— ÀMMMMM— MÀ Bá.
(1) De basi encephali, etc. tabul, II — III.
(2) Soemmer. de basi encephali. — Soemmer. de corporis humani fabric. , tom. IV, pag. 201. — Gall et Spurzheim , anat. et physiolog. du système nerveux, page 83.
La dissertation de Soemmerring , de basi encephal, se trouve dans Ludwig, scriptores nevrologici minores selecti , tom. Il.
62 SECTION I, i nions partagent encore les auteurs. La dissection des nerfs optiques, dans l'état sain et faite sur l'homme, ne peut rien apprendre à ce sujet; mais des faits nombreux, rapportés par Soemmerring et par différents anatomistes, prouvent qu'il existe un véritable entre - croisement. Soemmerring fait d'ailleurs observer qu'il n'à point encore pu s'assurer si tout le nerf ou seulement une partie de ses fibres forme cette décussation dans l'espèce humaine. »
Les deux nerfs optiques, en s'approchant et en sunissant au-devant de la fosse pituitaire, forment, par leur union, un carré qui se trouve sur la gouttiére transversale du sphénoide, ou selle turcique. Les dimensions de ce carré varient beaucoup dans les différents sujets. Ces nerfs s'écartent ensuite de nouveau, et savancent de dedans en dehors, de haut en bas et de derriére en devant, pour sortir du crâne par les trous optiques. Ils sont légérement aplatis avant leur union, et conservent encore un peu de cette forme aprés leur séparation. Leur union parait destinée à les affermir dans leur long trajet, et à faciliter leur entrée dans lorbite. On a longtemps cru qu'ils s'entre-croisaient au lieu de s'unir seulement. Cette opinion avait été abandonnée. On y est revenu dans ces derniers temps, comme on vient de voir par le passage que j'ai emprunté à M. Marjolin: depuis ces nouveaux doutes, une femme âgée, dont l'oeil droit était anciennement
DE LA STRUCTURE DE L'OEIL. 63 atrophié, étant morte, J'ai saisi l'occasion de faire l'ouverture de sa téte. J'ai vu le nerf optique de ce cóté réduit au quart de la grosseur de l'autre; il avait pris une couleur jaunátre, et il était entièrement désorganisé : ses fibres ne se mélaient point à celles du nerf optique gauche, qui formait à lui seul les deux tiers de la largeur du carré résultant de leur union. Ce carré était diminué de largeur du cóté droit. L'émaciation et la méme couleur se continuaient du méme cóté depuis le globe de l'oeil jusqu'auprés de la naissance de ce nerf. Il était évident que les fibres des deux nerfs ne se mélaient pas à l'endroit de leur réunion. Cette observation et plusieurs autres que j'avais déja recueillies, m'ont démontré que ces nerfs ne s'entre-croisent point au-dessus de la selle turcique, opinion que je conserve, malgré de graves autorités qui la combattent. ( Foyez l'observ. 299, tome II, page 506.).
Valverda (1), Riolan (2), Césalpin, cité par Riolan, Santorini et Vésale (3), ont toujours trouvé, dans les sujets qui avaient un ceil atrophié, que le nerf optique émacié gardait constamment le méme côté depuis son origine jusqu'à son inseruon au globe de l'ceil. Santorini, dans une observation de cette espéce, a remarqué que la sub-
Une D (x) Anat. corp. human. lib. 7; Cap. 3, et tab. z, fig. 1. (2) Anthropogr. lib. 4, cap. 2.
(3) De corp. human. fab. lib. 4, cap. et fig. 4.
stance du nerf optique atrophié ne se mélait point avec celle du nerf optique sain; d'ou il a conclu, selon moi avec raison, que les nerfs optiques, non-seulement ne s'entre-croisaient pas sur la selle turcique, mais que leur substance ne se, confondait méme pas.
Vésale a trouvé sur un sujet les nerfs optiques séparés l'un de l'autre dans la totalité de leur trajet. Ces nerfs ne s'unissaient point au-dessus de la selle turcique. Vésale, qui connaissait cet homme depuis long-temps, s'informa de ses parents, s'il s'était plaint d'avoir vu double; et il apprit que jamais on ne l'avait entendu se plaindre de sa vue. Il a donné la figure de ces deux nerfs optiques, et a conclu de cette observation. qu'il n'y avait point entre-croisement au-dessus de la selle turcique.
Des désordres dans l'intérieur du cerveau sont assez fréquemment des causes de lamaurose..
Comme je me propose de donner une certaine quantité d'observations relatives à cette maladie si commune et si redoutable, je crois utile de placer ici une notice abrégée de différentes observations d'anatomie pathologique, recueillies à ce sujet, qui peuvent Jeter quelque clarté sur sa nature. Il faut cependant bien se garder de croire quil y ait lésion de ce genre dans le plus grand nombre de ces cas. M. Portal, à qui l'art a de si grandes obligations, s'exprime ainsi dans son
Anatomie médicale.
« Dans quelques affections du cerveau, on à vu une pupille conserver toute sa sensibilité , tandis que l'autre l'avait entiérement perdue. On a trouvé plusieurs fois, dans ce cas, là couche du côté opposé plus ou moins altérée dans son volume ou dans sa texture; mais bien plus souvent on a reconnu quelque lésion dans la couche ou le nerf optique du méme œil, comme quelque tumeur extérieure, une dilatation de ses arteres, de ses veines, une infiltration de leur tissu qui l'aurait ramolli, ou une humeur lymphatique, concrétée, scrophuleuse, qui l'aurait durci. Cependant les ouvertures des corps ne démontrent trés -souvent aucune affection dans les couches ni dans les nerfs optiques des sujets qui ont éprouvé la goutte sereine la plus compléte, et particulièrement aprés des affections catarrhales, apres des coups ou des chütes violentes sur la téte, après des blessures des parties voisines de l'oeil, telles que celles du nerf ophtalmique; aprés des convulsions des yeux chez des enfants » par cause de vers ou de la dentition. » |
Mon pere fut appelé en consultation par M. Des Essarts pour voir le fils de M. L'"*, âgé de sept ans, devenu entiérement aveugle depuis cinq semaines, et qui était alors dans le cours d'une fiévre angioténique, à laquelle il succomba neuf jours aprés. Lorsque mon pere le vit il avait les pupilles dilatées au méme degré que celle qui
66 SECTION 1, est représentée par la figure 2, planche 2o. Deux mois auparavant, une éruption, qui fut désignée sous le nom d'humeur de gourme, avait disparu assez brusquement de la téte. L'enfant se plaignait d'une légère douleur à la rate.
Je fus appelé dix jours aprés pour en faire
l'ouverture.
Autopsie.
Je trouvai un gobelet d'eau dans les ventricules du cerveau. Toutes les parties contenues dans le bas-ventre étaient dans un état d'inflammation plus ou moins marqué.
J'ai ouvert plusieuns autres enfants morts aveugles, auxquels j'ai trouvé de l'eau dans le cerveau.
Au lieu de donner quelques observations d'ouvertures qui me sont propres, j'aime mieux rappeler sommairement ici les résultats d'autopsies consignés dans des ouvrages justement célebres, dont l'exactitude a été plus d'une fois reconnue, et qui me paraissent suffisants pour faire comprendre comment des amauroses peuvent étre produites par des causes dont le siége est dans l’intérieur du crane.
OBSERV. DANATOMIE PATHOLOGIQUE. 65
Observation a.
Amaurose produite par une tumeur de forme ronde, qui comprünait les nerfs optiques dans le cerveau. |
Un jeune homme de vingt-quatre ans fut pris d'une douleur de téte avec fiévre, à la cessation de laquelle la céphalalgie continua... Insomnie... Faiblesse de la tête... La vue de l'œil gauche commença à sobscurcir. Un mois aprés, méme maladie au droit, suivie d'une cécité complete, sans vice apparent dans l'organe... Convulsions par paroxismes pendant tout l'hiver...., cessées au retour du printemps. Toux, fiévre heclique..... Crachats purulents; aprés un état de dépérissement qui dura assez long-temps, mort. À louverture du corps, on trouva les poumons viciés... Le cerveau infiltré d'une grande quantité d'eau, sa partie antérieure, sur-tout du côté gauche, plus élevée. En enlevant une portion de ce viscère, on vit une tumeur ou une espéce de globe ressemblant à une glande scrophuleuse , enfermée dans la substance du cerveau, dont elle était cependant séparée : elle était contenue dans une membrane dure qui lui était propre. Des veines capillaires étaient dispersées dans son tissu : elle était plus grosse qu'un oeuf de poule et inégale. Sa substance intérieure était blanche et égale, semblable au blanc d'oeuf durci par le feu, mais
plus dure. Sa pointe obtuse était un peu élevée; et, par sa base, elle comprimait de tout son poids, qui était de quatorze drachmes, le cerveau, pres de la naissance des nerfs optiques. ll ne nous parut d'ailleurs aucune obstruction, ni aucun autre vice, dans ces nerfs, non plus que dans l'oeil (1).
Observation b.
Jai disséqué une fille de dix-huit ans, attaquée de diabetes depuis plusieurs années, qui était devenue aveugle quelques jours avant sa mort, par l'effet d'une goutte sereine si parfaite, qu'elle n'apercevait pas la lumière d'une chandelle approchée de ses yeux. i
A l'ouverture du cráne, je trouvai une grande vessie située sur les nerfs optiques, au-dessus de leur union, et, en la percant, j'en fis sortir envi-, ron une demi-livre d'eau trés-claire , semblable à la liqueur qui lui avait servi de boisson , et qui, n'ayant pu étre filtrée par les reins, à cause de leur état de maladie, avait monté à la téte et occupé cette place (2).
Observation c.
Jai trouvé, dans la.téte d'une femme, une pierre de la grosseur d'un haricot dans l'origine
DNA 1627 £7 CSA MSA VARSNI. IURE MSIE PRAIRIE NR RR e LoT (1) Fel. platerus. observ. lib. I, pag. 108.
(2) Petrus Pawius. observat. ij.
OBSERV. DANATOMIE PATHOLOGIQUE. 69
et la substance méme des nerfs optiques (*). Cette : pierre avait donné lieu à des douleurs de téte inouies , qui avaient été suivies de la cécité. et, trois jours aprés, de la mort (t).
Observation d.
Aveuglement causé par une tumeur stéatomateuse située entre le cerveau et le cervelet.
Observation e.
Diminution de la vue d'une femme âgée, à laquelle on trouva une portion du cerveau infiltrée de sang et ramollie : un gros caillot était enfermé dans une cavité particuliére.
Observation f.
Goutte sereine subite apres une saignée à la
veine du front.
Observation goi
Ámaurose par un amas considérable de sérosité entre la dure-mére et la pie-mère, qui comprimait le cerveau. :
Observation h.
Amaurose par de l’eau qui avait macéré la substance corticale du cerveau.
———————————————ÉÉÉ— (*) Je crois qu'il faut lire: d'un des nerfs optiques.
(1) Nic. de Blegny zodiacus medico gallicus. pag. 87.
Observatton 1.
Un enfant hydrocéphale devint aveugle, et mourut. Les nerfs étaient désorganisés par la pression de l'eau amassée.
Observation k.
Douleurs à un oeil par l'effet de pus épanché entre le cerveau et ses membranes.
Observation 1.
Exophtalmie chez un petit enfant de trois ans par une tumeur située entre le crâne et là dure-
mere.
Observation m.
Extirpauon d'un œil dont les humeurs étaient changées en une matière sébacée. Voyez aussi tom. III, page 330, obs. 413.
Observation n.
Un soldat fut blessé d'un coup de sabre à la partie postérieure de la tête. Le sixième jour, il se plaignit de douleur à l'oeil droit. Aprés sa mort, je trouvai, dans le cóté gauche du cerveau, un abcés considérable, contenu dans un sac particulier, et duquel il s'écoula une grande quantité de pus fétide. Les ventricules du cerveau étaient: un peu comprimés, sur-tout le gauche; le droit était plein de sérosité.
OBSERV. DANATOMIE PATHOLOGIQUE. jt
Observation o.
Un enfant de sept ans était continuellement tourmenté d'une douleur de téte avec impossibilité de lever les yeux, qu'il tenait toujours fixés vers la terre. On trouva, à la partie antérieure de la téte, une grande quantité de sérosité entre le cerveau et ses membranes.
Observation p.
Un enfant de neuf ans était tombé sur la téte: cet accident fut suivi de céphalalgie avec fièvre continue, et enfin de la cécité, et de la mort. On trouva les nerfs optiques légèrement fléchis; ils avaient contracté une solidité contre nature, et étaient devenus si fragiles, qu'un léger attouchement de la main suffisait pour les briser.
IV. B. Toutes les observations dont je viens de donner soit des extraits, soit les titres seuls, se trouvent dans le Sepulchretum de Bonnet.
Observation. q.
Exophtalmie par l'effet d'une tumeur située au fond de l'orbite.
Nous avons vu clairement que cette chüte de l'oeil était occasionnée par une tumeur qui avait son siége derrière cet organe. Aprés l'avoir ouverte, nous vimes cà-et-là des veines déchirées,
des membranes distendues, des os cariés, et une si grande quantité de sang répandue, tant audedans qu'au- dehors du cerveau, qu'il ne nous parut point étonnant que cette fille eüt fini par
succomber (1).
LÀ Observation r.
Amaurose par la contorsion des nerfs optiques (2).
On trouve, dans le Sepulchretum de Bonnet, que l'origine des nerfs optiques n'étant pas à la partie antérieure des couches optiques, mais en arriére du cerveau, elle peut servir à expliquer l'efficacité du séton passé à la nuque dans les affections des yeux qui ont leur siége dans les nerfs. Hildanus n'a Jamais commencé le traitement d'une maladie grave des yeux, qu'il n'ait employé ce moyen.
Observation s.
M. Breschet rapporte (3) que MM. Cloquet et Béclard ont vu une hydatide de la grosseur du poing, qui occupait l'intérieur de l'hémisphère gauche du cerveau d’un jeune garçon de onze ans et demi.
(1) Nic. Tulpius, observat. lib. I, ch. 28.
(2) Boneti Sepulchretum. de oculor. affect.
(3) Dict. des Sciences médicales, tome XIV, page 359.
OBSERY. DANATOMIE PATHOLOGIQUE. 73
Observation t.
« M. Magendie (1), prosecteur à l'École de Médecine de Paris, a présenté à la Société anatomique, le 29 décembre 1808, un œil dans lequel la rétine était convertie en une membrane fibreuse. Cet œil offrant quelques autres particularités remarquables, j'en joins ici la description. M. Magendie, faisant répéter l'opération de la cataracte à un élève sur un cadavre dont l'un des yeux était réellement atteint de cette affection , S'apercut que le cristallin était fortement adhérent. Il enleva l'oeil de l'orbite et l'incisa. Ce fut en cet état qu'il présenta la pièce à la Société anatomique, et que j'ai eu l'occasion de l'examiner. Je ne puis dire, en conséquence, en quel état était l'humeur vitrée, et quels étaient les rapports du
cristallin avec les parties environnantes. Toute la chambre postérieure (*) était tapissée par une membrane blanche, fibreuse, trés-ferme , toutà-fait semblable à une aponévrose. Cette membane, qui était évidemment la rétine, recouvrait une couche osseuse à laquelle elle adhérait presque par-tout, à l'aide d'un tissu cellulaire trésserré. L'épaisseur de cette couche osseuse était
TT cO cec RR ne 6 d M à (1) Article par M. Laennec. Voyez le mot fbreux, Dictionnaire des Sciences médicales.
(") Cette couche osseuse s'étendait, à ce qu'il parait, sur la presque totalité de la concavité du globe, à l'instar d'une semblable trouvée par Haller. (Obs. patholog. Oper. min. obs. 65.)
assez inégale, et variait d'un quart de ligne (un demi-millimétre) à trois quarts de ligne (un millimètre et demi). Cette couche osseuse formait une enveloppe presque complete à la rétine. Derrière elle, se trouvait la choroide, qui lui adhérait intimement dans une grande partie de son étendue. La choroide était d'ailleurs saine, et ses rapports avec la sclérotique étaient les mémes que dans l'état naturel. »
Observation u.
Lue, avec la suivante, à la Société de Médecine de Paris, le 2 août 1814, par M. GALLEREUX , docteur en médecine (1).
« Un homme, âgé de quarante ans, entra à l'Hótel- Dieu de Paris, le ro janvier 1812, pour y étre traité d'une fievre adynamique. Cette maladie, marquée par les symptómes les plus graves, se termina par la mort, le quinzième jour de son invasion. |
« Ce malade avait, depuis six mois, perdu la faculté de voir de l'oeil gauche. Cette affection sétait développée d'une maniére successive, et paraissait causée par de violents maux de tête, qui furent eux-mêmes attribués à ses travaux habituels, qui consistaient à porter des fardeaux
om
(x) Les deux observations ont été insérées dans le Journal de la Société avec mon rapport.
OBSERV. DANATOMIE PATHOLOGIQUE. 75 très-pesants sur cette partie. L'oeil paraissait sain ; seulement on apercevait, dans le fond, quelque chose qui offrait une couleur verdátre : l'iris jouissait de toute sa mobilité.
« Le cadavre ayant été ouvert, le professeur de clinique, M. Récamier, n'y trouva rien de bien remarquable. J'examinai alors l'oeil malade; jen trouvai toutes les parties intactes. Je mis le nerf optique à découvert; j'en incisai la gaîne, et je le trouvai, dans presque la moitié de son étendue, comme tombé en suppuration, et réduit en une matiere liquide d'un blanc-sale.
« Je ne doutai pas que ce ne füt la cause de la cécité, et que l'amaurose ne dépendait point, dans ce cas, de la paralysie de la rétine. »
Observation v.
«Le nommé Meunier, âgé de trente-six ans, mourut, dans le même hôpital, le 7 novembre 1612, à la suite d'une péripneumonie chronique. Le sulfure de potasse à lintérieur, et un séton sur la poitrine , avaient été employés sans succès. Cet homme était privé de la vue du cóté gauche depuis environ deux mois; elle s'était perdue graduellement. Aucune douleur n'avait précédé cet accident.
« La dissection du globe de l'oeil ne fit découvrir aucune altération dans cet organe. Le nerf optique fut mis à nu. Je trouvai, dans le milieu de son corps, un petit tubercule d'une consis-
76 SECTION 1; tance assez dure, d'une couleur grisátre, et un peu plus gros qu'un grain de chenevis. J'attribuai la maladie, et je crois avec raison, à la présence de ce tubercule. |
« Chez ce malade, comme chez le sujet de la première observation, l'iris jouissait de toute sa mobilité; mais le fond de l'oeil ne présentait aucune couleur particuliere.
Réflexions.
« Chez ces deux individus l'iris était mobile, et la maladie n'existait pas dans le globe de l'oeil, mais bien évidemment dans le nerf optique. Chez tous deux, elle a été confondue avec l'amaurose ou paralysie de la rétine. Il importe donc, si non peut-étre pour les malades, au moins pour l'art, de ne pas confondre deux affections semblables par leur résultat, mais bien différentes par leur nature. !
« D'aprés les observations précédentes, ne parait-il pas certain que, dans les cas de goutte sereine, rapportés par les auteurs, et dans lesquels la pupille se dilatait et se resserrait comme dans 'état ordinaire, la maladie n'existait pas dans la rétine, mais dans le nerf optique? En supposant la chose démontrée, ne peut-on pas se rendre compte de la mobilité de l'iris de la manière suivante? Dans les maladies du nerf optique, la rétine jouit de toute sa sensibilité; elle reçoit l'impression de la lumière, et réagit sympathiquement
OBSERV. DANATOMIE PATHOLOGIQUE. 77
sur l'iris absolument comme dans l'état sain; l'altération du nerf optique s'oppose à la transmission de cette impression au cerveau, d'ou suit conséquemment la cécité. Dans ce cas, tous les phénomenes mécaniques de la vision, si je puis m'exprimer ainsi, s'exécutent d'une maniére parfaite; mais il manque, je le répète, la transmission au cerveau de l'impression des rayons lumineux sur la rétine, à laquelle l'altération du nerf optique met obstacle.
« La mobilité de l'iris, le développement progressif de la perte de la vue, suffisent, ce me semble, pour faire distinguer la cécité provenant des maladies du nerf optique d'avec la goutte sereine proprement dite. À ces deux phénomènes caractéristiques, peut-être devrait- on joindre une couleur verdâtre au fond de l'oeil. »
IV. B. La société m'ayant chargé de l'examen de ces deux observations, j'ai fait le rapport suivant:
On connait beaucoup d'observations analogues; mais en voici deux qui sont bonnes à recueillir, parce qu'elles sont faites avec soin. Elles peuvent offrir deux preuves de plus, que souvent la paralysie du nerf optique ou de la rétine est incurable, et que, dans le cas oü cette maladie est déja ancienne et portée à un certain degré, elle ne conduit que trop souvent à la perte d'un œil ou des deux yeux, malgré le traitement le plus sagement dirigé.
Si je sujet de la première observation eüt vécu plus long-temps , l'altération du nerf optique se serait probablement | prolongée dans une plus grande étendue, peut-étre méme jusqu'à son ortgine. En montrant, dans mes lecons sur la structure et les maladies de l'oeil, des nerfs optiques altérés, jai fait remarquer que laltération du nerf optique de l'oeil perdu se continuait quelquefois dans toute son étendue, et c'est par des observations semblables que l'on a rectifié l'erreur ancienne, que les nerfs optiques sentrecroisaient sur la selle turcique. à
La couleur verdàátre que l'on apercevait au fond de l'œil de ce sujet est ordinairement d'un trés- mauvais augure; elle annonce le plus communément une très-prochaine désorganisation du globe. €'l eût vécu, il aurait eu assez promptement un glaucóme; la pupille se serait dilatée; liris aurait perdu tout mouvement de constriction et de dilatation ; on aurait apercu plus aisément la teinte verdátre de la pupille; puis, le corps vitré et la lentille eristalline seraient devenus plus ou moins trouble; le globe aurait acquis de la dureté par le dérangement de la circulation dans les milieux transparents, et l'oeil sain aurait pu éprouver le méme sort.
Ordinairement les maux de téte, cause première assez fréquente d'accidents aussi graves, diminuent lorsque la maladie est formée ; seulement le malade ressent, si non toujours, au moins