‹ Traité des maladies des yeux, avec des planches coloriées représentant ces maladies d'après nature, suivi de la description de l'œil humain (volume 2)Chapitre 73 sur 84 · DE L'AVEUGLEMENT DE NUIT · texte numérisé non relu

DE L'AVEUGLEMENT DE NUIT

militaires ont. recueilli beaucoup d'observations semblables : la maladie est endémique dans cer- fains cantons.

Il y a peu de chirurgiens de vaisseaux, ayant un certain nombre d'années de navigation, qui n'aient eu occasion d'observer en mer l'héméralopie sur des matelots ou des soldats de marine, qui. en sont fréquemment affectés, lorsqu'ils sont exposés. pendant la nuit à l'inclémence de l'air. Aussi , dans les recherches à faire, on devra s'occuper des rapports qui peuvent exister entre la suspension de l'action du systéme dermoide et la rétine , ou les nerfs optiques, ou enfin la partie du cerveau qui leur donne naissance; car le siége de la maladie ne me parait pas encore bien connu. | ds

Je n'ai vu cette maladie qu'un petit nombre de fois portée à son dernier degré; mais on a occasion. de remarquer dans la pratique que, dans beaucoup de névroses de l'organe immédiat de la vue, il existe un degré d'héméralopie plus ou moins appréciable. À

On a remarqué que l'aveuglement de nuit est presque toujours accompagné d'embarras gastrique; ce qui explique le succés que l'on obtient des émétiques dans le traitement de cette maladie. |

Je l'ai vu guérir, 1l y a deux ans, par le seul emploi du tartrate de potasse antimonié donné à plusieurs reprises de quatre en quatre jours. Le

malade, àgé de soixante ans, était d'un tempérament bilieux et d'une faible constitution. Il ve- Wt. me rendre compte de l'effet que produisait l'émétique : l'examen de ses yeux ne me présentait alors aucune espèce d'altération , soit dans les milieux transparents, soit dans les mouvements de l'iris, et il éluda constamment de se prêter au desir que je lui manifestai d'examiner chez lui l'état des pupilles pendant le paroxisme, alléguant pour excuse qu'il se couchait aussitót qu'il sentait l'approche de l'accès. Il s'était livré, pendant plusieurs mois, à un travail de cabinet extrémement fatigant. Pour ne pas inquiéter sa famille, il avait laissé ignorer jusqu'à quel point cette affection le plongeait dans l’obscurité pendant la durée de la nuit, et avait seulement dit qu'une migraine trés-forte, contre laquelle on lui avait conseillé l'émétique, diminuait, lorsqu'il se mettait au lit, et augmentait par l'impression de la plus faible clarté. 1 se couchait avant le déclin du jour, et sortait, par mon conseil, dans la matinée, dés qu'il voyait assez pour se conduire; il faisait alors une promenade quil prolongeait jusquà un commencement de fatigue. Il ne parla enfin de l'état dans lequel il avait été, que peu de semaines avant son entier rétablissement qui n'eut lieu que dans le cours du quatriéme mois. Les signes d'embarras gastrique n'étaient pas équivoques chez ce malade.

La première attaque s'était manifestée subite-

DE L'AVEUGLEMENT DE NUIT. 427 ment une heure apres le coucher du soleil. 1l lui apparut tout-à-coup un drap d'un blanc sale, qui lui déroba la vue méme de la lumiére d'un quinquet. | | J'ai une lettre fort curieuse, trop longue pour la donner ici en entier, et écrite de la main méme d'un autre malade; j'en donnerai seulement un extrait, précédé de quelques passages du Mémoire de son médecin.

"Le malade est âgé de cinquante-cinq ans; il se plaint, depuis environ six mois, d'éblouissements momentanés : Mrs la téte se trouve embarrassée, et il est prêt à tomber. Depuis deux mois, les éblouissements ont augmenté ; apres le soleil couché, il se présente devant lui des globes de différentés grosseurs, et de couleurs variées. Depuis peu, il se trouve, le soir, privé de la vue des objets, n'apercoit que du blanc, et ensuite des globes qui prennent différentes nuances. L'oil parait être dans l'état naturel, à l'exception de la conjonctive, dont les vaisseaux sont un peu engorgés. Monsieur observe que pendant ces accidents, l'œil se trouve entièrement couvert d'une certaine quantité de sérosité, qui ne peut étre reprise assez promptement par les points lacrymaux. Autrefois le malade était sujet à une mi- graine qui revenait périodiquement toutes les semaines ; elle disparut, et fut remplacée par un rhumatisme goutteux, qui oceupa les articulations, et qui, depuis dix ans, parait avoir cédé

à divers remèdes, notamment à l'usage du lait pour toute nourriture. A dater de cette derniere époque, il arrive de temps à autre que les diges-. tions sont très-pénibles. Lorsque les Mee sont calmés, elles. conservent encore de la lenteur, sur-tout quand le malade a mangé le soir... . Extrait de la lettre du malade. — Dans le milieu du mois de juin dernier, je fus surpris, vers le commencement de la nuit, de voir que mes yeux étaient entourés de petits objets noirs et blancs, et mélés en forme de bluettes, qui m'offusquaient la vue. En mars dernier, à la suite d'une indigestion qui me rendit trés- malade , je fus obligé de travailer beaucoup, et peut-étre mes yeux. ont-ils été très- fatigués dans un temps de convalescence, où tous les organes demandaient, du. repos. J'allai à Craonnelle au commencement de juillet : j'y fus fort occupé. Tous les soirs, au. commencement de la nuit, mes bluettes recommencaient. J'eus une nouvelle indigestion qui. m'obligea de revenir à Laon. Soulagé par l'usage: de la rhubarbe et d'une purgation , je me trouvai mieux; je ne vis plus mes bluettes, et je les croyais dissipées sans retour; mais mon espoir a été déçu, et j'en ai été attaqué depuis peu d'une manière beaucoup plus marquée; c'est ce qui me détermine à consulter. Ma. vue est fatiguée; je sens que le mouvement de l'oil est embarrassé; les petits vaisseaux se trouvent probablement gonflés, et produisent, des ombres inquié-

DE L'AVEUGLEMENT DE NUIT. 429 tantes : je fus obligé, la semaine dernière, d'aller passer quelques jours, à la campagne ou je fus trés-occupé à écrire et à calculer; j'eus besoin, un soir que j'étais chez un ami, d'aller dans son Jardin; je connaissais les étres, et j'avais pris une lanterne pour m'éclairer; je fus trés-surpris, en voulant rentrer, de ne pas retrouver la porte; jen pâlis: j'allai à tàtons le long du mur;'enfin je la trouvait. Mon ami s'apercut de mon émotion: je dis ce qui venait de m'arriver. Le chirurgien appelé visita ines yeux, et me tranquillisa, en me disant qu'ils étaient trés sains, mais il les trouva pleins d'eau, et remarqua de petits gonflements dans les angles des yeux : au moment de cet accident effrayant, je ne. voyais que du blanc qui me cachait la porte, comme si on l’eût couverte avec un drap de lit. Nous remimes les expériences à une autre fois. Le lendemain soir, nous étions quatre à souper, y compris le chirurgien. Le repas fini, nous allàmes dans une cour assez étroite ; J'en connaissais tous les objets : je savais que le clocher de la paroisse ‘était vis-à-vis la porte; je ne pus reconnaitre personne, et je ne discernai le clocher que comme une grosse masse confuse. Là ou les autres voyaient bien, je n'apercevais que du blanc mélé de noir; en levant les yeux, les étoiles me' paraissaient trés- brillantes; mais je ne voyais rien devant moi horizontalement, ni en bas. Quand je me couchai, les rideaux étant bien fermés et la chandelle éteinte, Je 'ne

vis plus que du blanc autour de moi pendant une minute ou deux. Au milieu de la nuit; j'ouvris mes rideaux, et je fus trés-surpris d'apercevoir sur le carreau de la chambre divers óbjets de différentes couleurs; les derniers rayons de la lune donnaient apparemment sur les rideaux de la fenétre qui sont à raies noires et blanches, entremélées de petites mouches; la réflexion de ces diverses couleurs tombait sur mes yeux, et je voyais sur le carreau, toutes sortes de figures que je distinguais à peine, et qui me causaient des éblouissements. Si j'avais eu les yeux moins affectés, j'aurais sûrement vu la représentation des bandes et fleurs des rideaux éclairées par la lune, peintes sur le pavé. J'ai souvent des étourdissements, et actuellement méme, j'en ressens en écrivant. | MAT LE CARLIER D'ÉPUISART.

Cette maladie est plus effrayante que dangereuse; on la guérit presque toujours sans employer beaucoup de remèdes, et peut-être il suffit d’avoir recours aux émétiques.

Je lui trouve quelque analogie avec cette affection nerveuse que beaucoup de personnes, saines d'ailleurs, éprouvent périodiquement. Je veux parler de ces zigzags lumineux qui paraissent changer de place, dérobent, pendant quelques minutes, la perception de la portion des objets M erani de laquelle on les voit s'agiter, s éva-

DE L’'AVEUGLEMENT-DE NUIT. 431 nouissent lentement dans l’espace d’une demiheure ou environ, et sont remplacés par une migraine plus ou moins forte, dont ils sont l'annonce périodique, et dont le retour cependant n'est ni régulier ni déterminé par une cause apparente. On me parle souvent de ces légers accidents : moi-méme j'y ai été sujet depuis l’âge de vingt ans j usqu'à celui de trente. La clarté Blanchátre et agitée qui me dérobait une partie des objets pour quelques minutes, se déphaçait avec lenteur, et ne disparaissait souvent qu’ après trois quarts-d'heure: j'éprouvais alors une migraine assez forte. Cet accident auquel j'étais sujet dix à douze fois par an, ne revenait pas trés-réguliérement; mais, lorsqu'il avait lieu , sa durée était la même, et l'agitation lumineuse finissait toujours par se retirer à gauche, du côté externe et supérieur. Le fantóme lumineux était le méme, soit que j'eusse un seul œil ou les deux yeux ouverts, ce qui semble prouver que la cause n'est pas dans le globe, mais dans le cerveau, au point d'union des nerfs optiques, ou peut-étre encore au-delà. A-présent, j'éprouve cet éblouissement quatre ou cinq fois par an, maisà un degré moins marqué, et, depuis plusieurs années, il est à peine suivi d'une légère sensation de migrame qui dure à peine quelques secondes.

L'aveuglement de nuit est une maladie d'un caractère LO et dont l'existence ne. peut être contestée.

432 SECTION Vil, CHAPITRE II,

Il n'en est pas de méme de l'aveuglement de jour. Je ne crois pas qu'il existe une maladie qui mérite ce nom dans la rigoureuse acception du mot. Je ne crois pas, à moins d'imposture, qu'un sujet ayant les yeux parfaitement sains, veuille jamais persuader qu'il n'apercoit rien pendant que le soleil est sur l'horizon, et qu'il voit distinctement perdant la nuit, à l'aide d'une lumière artificielle.

Je ne connais l'aveuglement de jour (1) que comme symptóme d'hypersthénie de la rétine, ou d'ophtalmies internes; de phlegmasies des membranes du globe, notamment de la cornée; de taches centrales de cette membrane, du cristallin, ou de sa capsule; d'adhérences , ou de rétrécissement de la marge pupillaire de l'iris, ou enfin de toute autre lésion dont l'effet est augmenté par le rétrécissement de la pupille, qui a lieu d'une maniére plus marquée lorsque Ber soumis à l'impression de la lumière du soleil.

Je remarque assez souvent qu'un engorgement dans le lacis vasculaire de l'iris produit, pendant le jour, une espéce de trouble de la vision qui reconnaît pour cause la difficulté que la pupille éprouve à se resserrer , tandis qu'elle se dilate

plus aisément à la lumière artificielle.

7j NET AMAS PE, A US UNUSEME NUT .(x) Synonymie. Nuxrdloras, qui nocte vident. Hippocrat. ,

predict. II, XL, gal. in def. medic. et in isagog. cap. 16. Amblyopia meridiana. Vespertina acies Fel. Plater. Vue de

nuit. Nyctalopie. Cécité diurne.

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