C. — CHOROÏDITE SUPPURATIVE
La choroïdite suppurative apparaît dans deux conditions différentes : tantôt spontanément sous la dépendance d'un état général infectieux, tantôt à la suite d'un traumatisme qu'elle vient compliquer. Nous étudierons séparément ces deux ordres de choroïdites.
1° Choroïdite suppurative spontanée. — Ophtalmie septique. — L'affection a été successivement décrite sous les noms de choroïdite métastatique, de choroïdite par embolie et d'ophtalmie septique. Tous rappellent, comme on le voit, l'influence d'un état dyscrasique ou infectieux.
Au point de vue de l'étiologie, nous mentionnerons le typhus, la méningite cérébro-spinale, la fièvre puerpérale, la suppuration du cordon chez le nouveau-né, la pneumonie et, finalement, la grippe épidémique, qui nous a fourni dans ces dernières années un certain nombre d'exemples. Exceptionnellement, on doit signaler la scarlatine grave, la variole confluente, le phlegmon érysipélateux, la pustule maligne, la pyohémie chirurgicale, l'endocardite ulcéreuse et, d'après Middlemoor, le choléra asiatique. Nous ajouterons un cas de choroïdite suppurative spontanée, survenue chez un individu âgé, après un trajet en impériale d'omnibus par un froid rigoureux.
A la dissection de l'œil, on rencontre des amas de pus sous forme de traînées, ayant pour siège exclusif la chorio-capillaire. Par suite de cette infiltration, la choroïde augmente d'épaisseur au point de doubler et de tripler de volume. Les vaisseaux et les veines sont gorgés de sang et contiennent souvent des infarctus ; il n'est pas rare de rencontrer autour d'eux de véritables foyers apoplectiques. Plus tard, la suppuration envahit la rétine et le vitré, au point que la cavité oculaire ne contient plus qu'une masse caséeuse. A la période ultime, le pus infiltre la sclérotique, l'espace sous-ténonien et jusqu'au tissu conjonctif de l'orbite. La cornée, prise à son tour, se nécrose et se perfore, ce qui réduit l'œil à l'état de moignon.
Le plus ordinairement, l'affection s'attaque à un seul œil. Par exception, les deux peuvent être pris à la fois ou successivement, ainsi que nous l'avons observé chez une femme atteinte de pyohémie puerpérale.
Pendant que la suppuration s'établit, on rencontre parfois des collections dans différentes parties du corps, principalement au niveau des articulations, dans le tissu cellulaire sous-cutané et les cavités viscérales .
Dans une observation, publiée par notre ancien interne Pousson1, l'examen du sang, du pus provenant de l'œil et d'abcès sous-cutanés, démontra l'existence de micro-organismes, dont les plus caractéristiques étaient des streptocoques sous forme de chapelets courts. De même, chez la malade citée plus haut, dont les deux yeux furent atteints de choroïdite suppurative, l'examen du pus pris dans le vitré et dans une vésicule cutanée pemphigoïde, révéla de nombreux streptocoques.
Ce résultat rend peu admissible la théorie de la métastase hippocratique, ainsi que celle moderne de l'embolie. Il est plus conforme aux idées bactériologiques d'admettre que des microbes pyogènes provenant des lochies parviennent jusque dans les vaisseaux de la choroïde, s'y arrêtent et y évoluent. Une thrombose et l'embolie n'interviennent qu'en interceptant le cours des microbes. Nous savons, en effet, que tout embolus non infecté provoque la nécrobiose et non la suppuration.
L'arrivée des micro-organismes dans l'œil par la circulation nous a été également révélée chez un individu atteint de grippe épidémiquè, avec broncho-pneumonie concomitante et lymphite phlegmoneuse du membre supérieur gauche. Le pus, recueilli dans un petit abcès de la racine du bras, contenait des streptocoques.
Chez notre malade à la choroïdite spontanée a frigore, nous avons rencontré, dans l'œil, du staphylocoque qui, cultivé sur agar et gélose,