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LA CORNÉE

La cornée se distingue de la sclérotique par sa transparence parfaite. Seul le point où les deux membranes se réunissent, appelé limbe sclérocornéen, tranche sur le reste par son aspect opalescent. Comme le limbe empiète sur la partie transparente plus en haut et en bas qu'en dehors et en dedans, il en résulte que la face antérieure présente une forme elliptique, tandis que la postérieure est à peu près circulaire.

Le rayon de courbure mesure seulement 7mm,l dans le méridien vertical, alors qu'il atteint le chiffre de 7mm,8 dans l'horizontal. Cela n'est toutefois exact que pour la face antérieure, la postérieure pouvant être considérée comme appartenant à une sphère.

L'épaisseur est de 0mm,9 au centre et de \mm,\ à la périphérie.

Avec l'âge, cette membrane tend à s'opacifier sur ses bords surtoul en haut et en bas, où l'on observe une opalescence blanchâtre semilunaire, désignée sous le nom à'arc sénile. Cet arc en prenant de l'extension finit par former un véritable encadrement circulaire qui empiète plus ou moins sur le tissu transparent; il est plus commun chez l'homme que chez la femme et se lie souvent à la sclérose du système vasculaire général.

Sur une coupe méridienne de la cornée on rencontre cinq couches qui sont d'avant en arrière :

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1° L'épithélium;

2° La membrane basale antérieure ou couche de Reichert et Bowman :

5" Le tissu propre;

4° La membrane basale postérieure ou couche de Demours et Descemet;

5° L'endothéliuin.

Couche épithéliale. — Chez l'homme l'épaisseur de cette couche ne dépasse pas, d'après Ilenle, 0mm,05. Elle est peu adhérente au tissu sous-jacent; aussi l'enlève-t-on facilement par le grattage, l'action de la vapeur et par des solutions de cocaïne ou autres substances chimiques. En revanche elle se reproduit avec une grande rapidité.

On peut lui distinguer trois parties, à savoir :

Une superficielle a, formée de cellules plates analogues aux cellules cornées du derme;

Une moyenne b-c, composée de cellules crénelées à la base avec des dentelures marginales:

Une dernière profonde d, comprenant des cellules cylindroïdes juxtaposées, qui reposent par leur base sur la membrane de Bowman.

Celles-ci servent à la régénération de l'épithélium, aussi est-il fréquent d'y rencontrer des noyaux en voie de division kariokynétique.

Membrane de Bowman. — Cette membrane e est homogène et se colore en rose par le picro-carmin. Son épaisseur varie de 0mm,00i à 0mm,01. On peut la décomposer en fibrilles extrêmement fines se confondant avec celles du tissu propre. D'après Ilis, cette couche une fois détruite ne se régénère plus.

Tissu propre de la cornée. — Sur une coupe microscopique faite après dessiccation, puis traitée par le picro-carmin et montée dans la glycérine additionnée d'acide formique, on trouve le stroma cornéen composé d'un grand nombre de lames. Celles-ci, parallèles dans les couches profondes, s'entre-croisent à mesure que l'on se rapproche de la surface. Elles sont incolores et séparées les unes des autres par des bandes minces teintées en rouge. Ces bandes renferment de petits corps de même couleur, désignés sous les noms de corpuscules de Toynbec, de cellules plasmatiques ou encore de cellules fixes de la cornée. On en voit partir de la membrane de Bowman. Aussi doit-on les considérer comme des cellules connectives servant d'enveloppe

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aux faisceaux conjonctifs qui forment les lamelles. Ces dernières sonl constituées par des fibres extrêmement minces et disposées en angles presque droits. C'est à ce fait qu'est due l'apparition d'images lumineuses alternant avec des images sombres lorsqu'on examine une coupe méridienne à la lumière polarisée.

En poussant dans la cornée du bœuf ou du cheval une injection d'air ou d'essence de térébenthine colorée en bleu, on y aperçoit des espaces canaliculaires qu'on désigne sous le nom de tubes de Bowman. Mais ce n'est là qu'un artifice de préparation.

Les cellules fixes sont comprises dans l'intervalle des lames cornéennes, jamais dans leur épaisseur. Colorées par le nitrate d'argent, elles apparaissent plates, étoilées et anastomosées. Suivant qu'on fait macérer la pièce ou non dans de l'eau distillée, on obtient des images

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négatives ou positives. Les premières se transforment rapidement en positives en plongeant la préparation dans une solution diluée de chlorure de sodium ou d'acide chlorhydrique. On arrive au même résultat en cautérisant la cornée vivante avec le crayon de nitrate d'argent; l'imprégnation se fait alors au bout de deux à trois jours.

D'après Ranvier, les meilleures préparations sont celles obtenues à l'aide du chlorure d'or. Pour cela, on détache la cornée, on la plonge pendant cinq minutes dans le jus de citron, puis, pendant un quart d'heure, dans une solution à 1 pour 100 de chlorure double d'or et de potassium et, finalement, dans un vase contenant de l'eau acétifiée qu'on laisse exposé au jour. Ce réactif, qui produit des imprégnations positives, colore les cellules et leurs prolongements en violet et respecte la transparence de la substance fibrillaire.

Chez l'homme, le chien, le lapin et le rat, les cellules fixes appartiennent au type meinbraniforme, et ont la configuration de lames à

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prolongements larges aplatis. Leur noyau, plus ou moins incolore, tranche au milieu du protoplasma teint en violet. En traitant la pièce imprégnée de nitrate d'argent par le picro-carmin au 100% puis par une solution d'acide oxalique au 10e, les noyaux apparaissent en rouge.

La cornée fraîche, plongée pendant vingt-quatre à quarante-huit heures dans une solution de purpurine, montre nettement dans chaque cellule un ou deux nucléoles.

En faisant séjourner une cornée fraîche de grenouille dans la chambre humide des micrographes, on aperçoit au bout d'une heure ou deux, à un fort grossissement, les corps cellulaires, puis leurs prolongements anastomotiques, mais non des noyaux. Ce n'est qu'en prolongeant l'expérience ou en faisant passer dans le tissu une décharge électrique que ces derniers deviennent visibles.

Pour certains anatomistes, les cellules cornéennes vivantes auraient la propriété de se contracter et de changer de forme sous l'influence d'excitations électriques et mécaniques.

Outre les cellules fixes, la cornée contient des cellules migratrices qui possèdent à l'état frais des mouvements amiboïdes. Cela leur permet de changer de configuration et de cheminer entre les lames de la cornée ainsi que dans leurs interstices et non, comme on l'a dit, dans des canaux lymphatiques préformés. L'or les colore en violet plus foncé que les cellules fixes. De forme aplatie et irrégulière dans les espaces inter-lamellaires, elles revêtent l'aspect fusiforme lorsqu'elles occupent les interstices infra-lamellaires.

Le seul point encore controversé est de savoir s'il existe dans le stroma une substance unissante molle jouant le rôle de ciment organique.

Membrane de Descemet. — A l'état frais, cette membrane se présente comme une mince couche transparente anhyste ayant une épaisseur de 0mm,006 au centre et 0mtD,01 à la périphérie.

Chez les sujets âgés, on y rencontre fréquemment de petites excroissances verruqueuses analogues à celles de la membrane limitante de la choroïde. Lorsqu'on la détache du reste de la cornée, elle s'enroule sur elle-même comme le ferait du tissu élastique. Des lambeaux arrachés sur la cornée du cheval ou du bœuf et soumis à l'ébullition pendant vingt-quatre à quarante-huit heures, se décomposent en lamelles superposées extrêmement fines. Nous verrons par la suite que, parvenue à la périphérie de la chambre antérieure, la membrane de Descemet se résout normalement en un système de fibrilles décrit par les auteurs sous le nom impropre de ligament pectine de l'iris. Ajoutons que le stratum hyalin se colore en rouge orange par le picrocarmin et en bleu par l'hématoxyline.

Endothélium. — Immédiatement derrière la couche anhyste et lui

adhérant, on rencontre un simple plan de grandes cellules polygonales contenant au centre un noyau elliptique, pourvu d'un nucléole arrondi. Toutes ces particularités deviennent très nettes après l'action du nitrate d'argent qui colore en noir le contour des cellules, en brun leur protoplasma, laissant le noyau incolore. D'après Nuel, cette disposition pavimenteuse serait le résultat des réactifs, alors qu'en réalité il s'agirait d'une couche continue parsemée de noyaux.

Nerfs et vaisseaux. — Pour bien étudier les nerfs de la cornée, on se servira de jus de citron et de chlorure d'or potassique. Si l'on veut prévenir la décoloration ultérieure de la préparation par la lumière, on fera bien de la plonger pendant plusieurs jours dans l'alcool, avant de l'enfermer dans la glycérine.

En procédant de la sorte sur la cornée du lapin, Ranvier a décrit un

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premier plexus nerveux situé à la superficie du stroma, auquel il donne le nom de plexus fondamental. Dans ses principales branches, on rencontre des noyaux arrondis ou ovalaires qui résistent à l'action de l'or, tandis qu'ils se laissent fortement colorer par le carmin, la purpurine et l'hématoxyline. His et Landowski les envisagent comme l'analogue des cellules des fibres de Remak.

Du plexus fondamental, on voit partir des filaments nerveux extrêmement déliés qui, en s'anastomosant à leur tour, vont former un second plexus à mailles larges et arrondies sous la membrane de Bowman. Hoyer l'a décrit sous la dénomination de plexus sousbasal pb.

Un troisième plexus plus superficiel encore dérive de fibres plus grosses qu'on pourrait appeler perforantes. Celles-ci, parties du plexus fondamental, traversent d'arrière en avant la membrane limitante antérieure de la cornée, deviennent brusquement horizontales et se

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terminent en un pinceau de fibrilles qui s'anastomosent entre elles pour former un très riche plexus sous-épithélial ps, découvert par Conheim. Le même auteur a vu partir de là des fibrilles nerveuses qui, s'insinuant entre les rangées profonde et moyenne des cellules épidermiques, constituent près de la surface un dernier plexus appelé par lui intra-épitliélial (pi, iîg. 4).

Finalement, de ce dernier plexus naissent des fibres qui cheminent entre les cellules plates, se contournent quelquefois en spirales et se terminent en bouton, mais sans devenir toutefois libres au point de llotter dans les larmes ainsi que le voulait Conheim. D'après Kôlliker,

il s'agirait là de la chute de la mince cuticule épithéliale qui les recouvre.

Il résulte de cette description que la cornée est richement innervée, principalement à sa surface. Nous verrons que ce fait est en rapport avec la photophobie vive et les douleurs ciliaires qui accompagnent toute érosion de cette membrane.

D'après Ramier, chaque territoire cornéen possède une innervation jusqu'à un certain point indépendante de celle des secteurs voisins. Pour le prouver il pratique à la périphérie une section courbe intéressant la base d'un seul cadran et de façon à n'entamer que la moitié de l'épaisseur de la cornée. Cela fait, il constate l'anesthésie de la partie correspondante, alors que tout le reste de la surface conserve sa sensibilité.

Un autre détail histologique sur lequel il insiste, c'est que tous ces

nerfs cheminent dans les espaces inter et intra-lamellaires et non dans des canaux prëformés.

Pendant la vie intra-utérine la cornée possède un fin réseau capillaire situé sous la couche épithéliale antérieure. Plus tard, comme vestiges de cette disposition fœtale, on trouve au pourtour de cette membrane un système de vaisseaux anastomosés en arcades qui proviennent des artères et des veines ciliaires antérieures.

A l'aide de fines injections, on arrive à y distinguer de petites branches artérielles placées les unes dans le tissu sous-conjonctival. les autres plus profondes dans l'épisclère. De là partent des capillaires anastomosés en arcades successives qui se transforment bientôt en un réseau veineux d'une grande richesse. Tous les points nodaux de ce plexus présentent de larges lacunes destinées à faciliter le retour du courant sanguin périphérique. Les vaisseaux artériels et les capillaires qui leur succèdent sont plus superficiels que les veines. Celles-ci s'abouchent à plein canal dans les veines musculaires qui traversent les tendons des muscles droits et sont pourvues de valvules. Yoilà pourquoi les injections poussées dans le tronc de l'ophtalmique arrivent difficilement jusqu'aux veines épisclérales. La partie de la conjonctive qui encadre la cornée, sous forme d'un anneau saillant connu sous le nom de limbe conjonctival, reçoit ses vaisseaux des artères épisclérales et paipébrales. Ces artères s'anastomosent entre elles, ce qui leur permet de se suppléer. Môme disposition pour les veines.

Lorsqu'on irrite la cornée, les vaisseaux de nouvelle formation proviennent des vaisseaux épiscléraux et sont disposés en anses de plus en plus fines à mesure que l'on se rapproche du centre. Tous occupent les couches superficielles, ainsi que l'on peut s'en convaincre en examinant un pannus.

Quant aux lymphatiques, nous en parlerons après avoir décrit la sclérotique et la conjonctive.

Par l'ébullition, la cornée se transforme en une substance gélatineuse qui se rapproche beaucoup de la chondrine. Elle semble contenir en outre de la myosine, de la caséine et des albuminates alcalins.

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