F.. — CATARACTE TRAUMATIQUE
Cette cataracte succède à un traumatisme cristallinien accompagné le plus ordinairement de la rupture de la cristalloïde. Dans ces conditions, l'humeur aqueuse imbibe le tissu propre de la lentille, et le gonfle au point de constituer un magma champignonneux qui remplit parfois le champ pupillaire. D'après Becker1 et Schlosser% on trouve dans le cristallin un grand nombre de vacuoles myéliniques analogues à celles rencontrées dans les parties opaques des cataractes spontanées. Rappelons que Schirmer5 a pu provoquer sur le lapin une cataracte stratifiée en discisant la capsule.
A la suite de ce travail de liquéfaction, il n'est pas rare de voir le sac capsulaire se vider en grande partie de son contenu, et donner naissance à une cataracte aride siliqueuse consécutive.
En dehors des blessures proprement dites par instruments tranchants ou piquants, la simple commotion du cristallin, ou sa malaxation faite dans un but thérapeutique, soûl capables de provoquer l'opacification.
Cette cataracte est souvent tardive, si bien que des malades, ayant oublié l'accident, se présentent avec une opacité unilatérale en apparence spontanée. Ce fait a depuis longtemps attiré notre attention, et nous a conduit à désigner ces dernières sous le nom de traumatiques tardives, pour les distinguer des traumatiques d'emblée, et de celles véritablement spontanées.
Pour expliquer Popacification survenant des mois et des années après un traumatisme oculaire, nous pensons qu'il faut invoquer des troubles de nutrition des membranes profondes de l'œil. Sans doute, ce n'est là encore qu'une hypothèse, mais des recherches anatomo-pathologiques précises pourront la justifier. Ce que nous tenons à établir, c'est qu'en face de cas de ce genre, le clinicien doit rechercher la part qui revient au traumatisme.
Parmi les agents vulnérants, les aiguilles, la pointe de ciseaux, les fragments de verre, les grains de plomb, etc., atteignent souvent le cristallin, soit directement, soit à travers l'iris. Comme la cornée est ordinairement intéressée, on l'examinera avec soin, pour se rendre compte du point de pénétration.
1. BecivEr, Bericht cl. Augenkl. d. Wicn. Universitât, p. 96. 1867.
2. Sculusseh, Experim. Sludien ti. Iraumal. Cataract, p. 7, Mûnchen. 5. Schiujier, Arch. f. Opht., XXXVI, 1. p. 231, 1889.
L'exploration du cristallin à l'éclairage oblique nous renseigne sur le lieu et l'étendue de la brèche capsulaire, ainsi que sur la présence du corps étranger qui a pu -s'y loger. Celui-ci peut nous échapper, soit qu'il ait pénétré profondément dans le vitré, soit qu'il occupe un siège périphérique, ne lui permettant pas d'être vu, alors même qu'on aurait largement dilaté la pupille par une instillation préalable d'atropine. Un autre obstacle dépend de l'opacification du cristallin, ou de synéchies iritiques qui encombrent l'orifice pupillaire ; ce n'est alors qu'après résorption des masses cataractées, que le corps peut devenir apparent. Cela a lieu particulièrement pour les fragments de fer, qui, grâce à leur couleur noire ou rouille, tranchent nettement sur le fond blanc de la cataracte réduite.
Rarement on assiste à l'incapsulation du corps étranger sur un point devenu opaque de la lentille. Plus exceptionnel encore est le cas où, après avoir perforé la cristalloïde antérieure, le corps rebondit et tombe dans l'humeur aqueuse. Pareille chute est toutefois possible plus tard, alors que le fragment se dégage spontanément, à la suite de la résorption qui se fait autour.
Dans les cataractes traumatiques, ce travail régressif varie. Plus la brèche capsulaire est large et plus il s'accentue; chez les enfants, il est parfois si rapide que la vision se rétablit spontanément. Quelquefois aussi le travail d'opacification peut s'arrêter et môme rétrocéder en entier, ainsi que nous en avons vu tout dernièrement un exemple chez un enfant de neuf ans qui s'était piqué le centre de la cornée et du cristallin avec une plume d'acier. On observe aussi l'état stationnaire chez des adultes lorsqu'au niveau de la petite brèche capsulaire un dépôt plastique ou une synéchie iritique s'opposent à la pénétration de l'humeur aqueuse dans le cristallin. Chez les individus âgés, on ne saurait compter sur une résorption totale, à cause de la sclérose du noyau et de la moindre activité des échanges nutritifs de l'œil.
Ce sont là autant de particularités dont il faut tenir compte au point de vue des indications thérapeutiques et du mode d'intervention chirurgicale. Une condition fâcheuse est le gonflement rapide et tumultueux de la cataracte, entraînant une forte réaction accompagnée de douleurs ciliaires vives, de larmoiement, de photophobie et souvent de manifestations glaucomateuses. Pareils accidents sont surtout à craindre chez les adultes, et alors qu'il s'agit d'une vaste brèche capsulaire. C'est pour ce motif que, dans la discision, on a donné le conseil d'ouvrir la cristalloïde sur une petite étendue, quitte à y revenir lorsque le travail de résorption s'arrête.
Uneparticularilé signalée tout dernièrement par Fuchs1, surtout après