AMAUROSE PARTIELLE TEMPORAIRE
cun n*est sufOsamment compréhensîf. Le terme à'amaurose partielle temporaire est un peu vague ; celui de seotome scintillant, bien qu'il ne soit pas applicable à tous les cas, est cependant celui qui rend le mieux les caractères spéciaux de TafTection.
Bien qu'au fond toujours identique à elle-même, Tamaurose partielle temporaire présente chez les différents individus une variété de détails telle, qu'une description dogmatique ne saurait qu'être un peu artificielle. Gela se comprend facilement, quand il s'agit de phénomènes subjectifs qu'on ne peut traduire qu'au moyen de figures et de comparaisons dont Timagination du malade fait tous les frais.
C'est pour cette raison qu'il m'a pcuni préférable de rapporter une série d'observations qui montrent les divers types sous lesquels peut se présenter l'affection; les caractères les plus constants se dégageront ensuite d'eux-mêmes et permettront de tracer un tableau d'ensemble.
Pour donner de suite une idée générale de l'affection, je ne saurai» mieux faire que de décrire la première attaque éprouvée par le docteur Dianoux :
Unmatin^ vers les premiers jours du mois de septembre 1871, je venais de me mettre à table, lorsque je remarquai que je ne voyais pas très-distmctement; une sorte de nuage voilait les objets dans une petite partie de la moitié inférieure du champ visuel droit ; peu à pou ce nuage s'étendit, en s'éleYant de plus en plus vers la partie supérieure du champ visuel, dout il ne tarda pas à occuper toute la moitié droite : au point de fixation, je pouvais cependant encore distinguer assez nettement les objets.
En fermant l'œil droit, je constatai qu'il existait dans le champ visuel gauche une lacune parfaitement semblable et à la même place. Dans la partie gauche du champ visuel commun, la vision restait nette.
Le seotome revêtait ainsi la forme hémiopique, mais le bord tourné vers le point de Gxation avait une forme concave.
Ces phénomènes avaient mis environ cinq minutes h s*accomplir ; alors apparut le scintillement. Dans les points qui étaient devenus aveugles les premiers, c'est-à-dire en bas et à droite, je vis apparaître deux ou trois petites flammes, que je ne puis mieux comparer qu'à la flamme de l'alcool brûlant dans une chambre obscure. Ces flammes augmentèrent de nombre et se disposèrent rapidement en une sorte d'arche, dont le bord interne concave présentait des dentelures qui vibraient fortement. Cette arche alla ^'agrandissant, tout en se rapprochant du point de fixation.
Une seconde, puis une troisième arche se superposèrent à la première, (t bientôt toute la partie du champ visuel qui s'était d'abord obscurcie, fut envahie par le flamboiement. Les phénomènes ne s'arrêtèrent pas lu ; bientôt, eu effet, les demi-cercles lumineux dépassèrent la ligne médiane
230 AMBLYOPIES ET AMAUROSES.
et envahirent tout le champ visuel ; les petites flammes tremblotaien ment et pressentaient un éclat incomparable^ surtout dans l'obscu) lorsque les paupières étaient fermées ; leur coloration rappelait exac celle de l'éclair.
A ce roomont^ il m'était impossible de rien distinguer, j'étais lit ment aveugle.
Je m'étais jeté sur un lit, assez inquiet, je l'avoue, lorsque, i placé par hasard la tête sur le rebord du lit, dans une position plus * que le reste du corps, je vis le scintiliomcnt diminuer rapidemei flammes gagnèrent le bord supérieur du champ visuel, et tout d dans l'espace de quelques secondes ; la vue s'était complètement n et je pus me convaincre en prenant un livre que mon acuité visuel redevenue ce qu'elle était avant.
Je n'éprouvai, à aucun moment, ni vertige, ni céphalalgie, ni d d'aucune sorte; j'avais pu analyser, avec une entière liberté d'esp diverses phases de cette attaque, dont la durée totale fut d'environ minutes ; les phénomènes étaient donc demeurés étroitement lie Tappareil oculaire.
Quelques mois après, j'éprouvai une seconde attaque ; lo début annoncé par la difficulté avec laquelle je distinguais le bord du cl de quelqu'un qui marchait devant moi dans la rue.
L'affection suivit exactement la môme marche que la première foi! resta limitée au côté droit du champ visuel des deux yeux; aussi in possible de faire à pied sans trop de peine près de i kilomètre. L j'arrivai chez moi, le scintillement avait atteint toute son intensité, l par l'expérience de ma première attaque, je me hâtai d'avaler un n vin et de me mettre sur le lit la tête très-basse. Le scintillement di comme la première fois.
La troisième attaque survint quelques semaines après, cette foiâ p< une conférence de l'internat; elle différa un peu des deux premièi ce sens que le scotome se limita presque entièrement à l'œil droit; i y eut-il un obscurcissement léger de la vision à gauche, sans sciutilli Au moment où, au plus fort de l'attaque, je sortis do la salie, l'air fir frappa le visage et tout disparut subitement.
Pas plus que les fois précédentes, je n'éprouvai do mal de tète, n très symptAmes de congestion ou d'anémie cérébrale.
Plus de trois ans se sont écoulés depuis lors, et je n'ai pas resM nouvelles attaques ; parfois, j'ai éprouvé à la suite de veilles ou de ti gastriques, en nième temps que quelques douleurs névralgiques passi la sensation d'étincelles brillantes et instantanées, mais tout s'est ba J'ajouterai que ma vue est demeurée excellente, et que mes yeiu minés à plusieurs reprises à rophthalmoscope, n'offrent aucune pathologique.
Voici encore une seconde observation qui concerne également ui frère.
AMAUROSB PARTIELLE TEMPORAIRE. 231
Y(His m'avez demandé de tous faire la description des phénomènes sin- §ùkn d'un scotome brillant et transitoire, dont je tous entretenais, il y a qoalqae temps» afin, disiez-vous, de joindre ma note à celles que vous recueilliez dans l'intention de faire un travail sur les causes, la nature et le traitement de ce trouble fonctionnel^ qui n'a qu'une durée de quelques iostanti, est tout à fait périodique et peu connu. Je vais tAcher de répondre à votre attente. C'est au mois d'août i851 que survint ma première attaque ; j'étais accoudé à la fenêtre, lorsque tout ù coup, sans aucun signe préeorsaur, je fus surpris de ne plus voir distinctement, do ne plus pouvoir lire d'un trait l'enseigne qui me faisait vis-ù-vis. J'ai éprouvé la môme difQculté en jetant les yeux dans un livre. Je voyais clairement quelques lettres dans le champ visuel de gaucho ; ù droite, les lettres étaient voilées. Le tout était accompagné d'un double zigzag lumineux, en forme de demicercle, très-fatigant^ siégeant dans l'angle externe de l'œil droit et dans raogle interne de l'œil gauche. Je n'ai pas eu le temps d'être bien inquiet sur l'atteinte portée si brusquement à ma fonction viiuello. A peine avais-je fiai de varier les épreuves, afin de m'assurer de la réalité du phénomène, que l'intégrité de cette fonction me revenait spontanément et tout entière.
ie n'ai pas souvenir d'avoir été pris de symptômes semblables jusqu'ea 1868. Mais, de i868 au 30 septembre 1874, date du dernier accès, j'iiéproavé assez souvent (une fois par mois en moyenne, mais irrcgulièrenmt) de semblables phénomènes d'apparence hémiopique. Chaque attaque ne durait gaère moins de vingt à vingt-cinq minutes. C'était d'abord un nuage léger placé devant les objets visés, masquant leur netteté ; puis une neitié s'éclaircissait, tandis que l'autre restait trouble, obscurcie. Cette uvitibilité relative des objets ne tardait pas ù être accompagnée de phénoinènes lumineux particuliers. Pourl en faire comprendre l'éclat, l'étendue Qtla forme, je disais qu'il me semblait voir tournoyer, à l'angle externe de l'(Bil droit et à l'angle interne do Tœil gauche, une lame brillante et colorée <kifetii del'arc-en-ciel. Je les ai encore comparés au scintillement que l'on provoque quand on veut reproduire le phénomène dit de Varbre vasculaire ^htrldnjê. Ce scintillement se fait en zigzag et a la forme d'un croissant qui emboîte l'angle externe de l'œil droit et l'angle interne de Tœil gauche. Pendant la durée du tremblement lumineux, qui ne s'accompagne pas, j^ le répète, d'une hémiopic dans le sens absolu du mot, mais qui rend la vue des objets très-difficile, la lecture et l'écriture sont presque impossibles.
Le scintillement lumineux, siégeant, comme je l'ai dit, dans le champ visuel externe de Tœil droit et interne de l'œil gauche, serait une preuve iiouvelle, si elle était nécessaire, du mode connu de décussation des nerfs ^l^ques avant leur entrée dans les lobes oculaires.
Ce trouble fonctionnel est si peu connu qu^en 1872, ayant interrogé pluiieurs ophthalmologistes en renom sur les symptômes amaurotiques <IQe j'avais éprouvés, aucun n'a pu donner satisfaction à ma préoccupation bien légitUne. Un d'eux, cependant, m'a répondu que le phénomène, û
232 AMBLYOPIES KT AMÂUROSES.
cause du scintillement, devait avoir pour siège la rétine et étai ture des névroses. Je partage tout à fait cette manière de voir; onctionnel, en raison de la périodicité, est dû non à une lésion i mais à une perturbation de Tinnervation, plutôt centrale que pér ù cause du phénomène lumineux observé sur les deux moitié des deux rétines, épanouissement de la bandelette optique gav i'entre-croiscment.
L'attaque ne m'est annoncée par rien et ne s'accompagne d'ac ptômes généraux. Elle laisse quelquefois, après sa disparition, céphalalgie, mais ce malaise n'est pas constant. J'ai eu plusieur accès qui se sont succédé à une demi-heure d'intervalle.
L'attaque a lieu aussi bien pendant le travail que pendant le i promenade. Le dernière est arrivée dans la nuit du 29 au 30 iSlA, à deux heures du matin, et a duré trente minutes.
J'ai pris l'antipériodique par excellence (sulfate de quinine), nuer les accès. Etant profondément anémique, je prends chaqt pilules de fer et de quinquina, du vin de quinquina, sans c régime alimentaire approprié.
Les accès sont peut-être moins nombreux dans un espace donné ; cependant, les deux derniers n'ont été séparés l'un de par une trentaine de jours. 11 ne faudrait pourtant pas croire qi soit une cause exclusive de cette névrose; des personnes bien p pléthoriques m'ont affirmé être quelquefois, moins souvent que vrai, tourmentées par les mêmes symptômes amaurotiques pasa
En résumé, il ressort de la lecture des observations pr que deux phénomènes fondamentaux constituent ramau tielle temporaire :
i* Un SCO tome de forme variable (hémiopie verticale zontale, simple scotome central ou un peu distant de h atteignant un seul œil ou les deux à la fois, également lement. Ce trouble fonctionnel peut constituer à lui t Tattaque (Wollaston, Arago, Pravaz). C'est à cette t conviendrait le mieux le nom d' hémiopie passagère.
2* Le scintillement qui suit le scotome ; ses caractèr donnés plus haut avec assez de soin pour que je croie p dispenser d'y revenir.
L'affection peut se compliquer de phénomènes générai même parfois une apparence de gravité : embarras de perte de la mémoire (Airy), ou même paralysie passa membre (Piorry, Liveing), vertiges, tintements d'oi troubles ne sont, en général, que les prodromes d'une intense très-bien décrite par Piorry, sous le nom de ophilialmique : mais alors ces divers symptômes morbi
AMAUROSB PARTIELLE TEMPORAIRE. 233
piiquent Taffeotion, mais n'en font pas partie : ce sont des phénomènes concomitants, mais non constituants.
La durée de Tattaque varie d'un quart d'heure à une demiheure ; exceptionnellement elle se prolonge davantage ; plus fréquemment elle est écourtée^ atténuée, le nuage est moins épais, le scintillement moins vif, la vision est obscurcie et non supprimée. Ces crises avortées se voient de préférence quand raflTection dure depuis longtemps.
L'amaurose temporaire n'offre rien de régulier dans sa marche ; tantôt elle revient périodiquement, toutes les semaines, tous les mois, voire même tous les jours, tantôt il n'y a qu'une seule attaque. L'acuité visuelle n'en ressent aucune atteinte, même lorsque llémiopie se répète pendant des années (trente et un ans dans nne observation de Tcstelin).
L'examen ophthalmoscopique ne révèle aucune altération du fond de Toeil, même pendant l'attaque (Forster).
Les quelques auteurs qui ont parlé do l'amaurose temporaire ont émis sur sa nature et son siège des opinions très-différentes.
Pour Airy, Fotster, de Wecker, c'est un phénomène d'anémie eérébrale; Brewster, Quaglino, croient à un spasme des artères de la rétine; Piorry n'y voit qu'un trouble fonctionnel de la rétine, « une souffrance primitive et spéciale propre aux parties péri[)hé- « rlqaes du nerf de l'œil » .
Dianoux s'efforce de démontrer qu'il s'agit ici d'un processus limité au nerf optique, au chiasma ou aux bandelettes; quant à la nature intime du processus, il le considère comme un trouble de llnnervation vaso-motrice produisant la tétanisation des parois Tasculaires innervées par le sympathique. On sait que c'est aussi la théorie adoptée par Dubois-Reymond pour expliquer la migraine .
L'amaurose temporaire n'est pas une affection grave, mais elle préoccupe et inquiète beaucoup les malades; elle peut être indirectement cause d'accidents. Une malade citée par Dianoux est souvent obligée de s'arrêter brusquement là où elle se trouve au moment où survient l'attaque, et d'attendre sans bouger pour ne pas s'exposer à être heurtée par les passants ou les voitures ; de même les accès peuvent apporter une gêne véritable par leur fréquence (malade de Testelin, huit à dix accès par jour); heureusement une pareille fréquence est rare. Jamais l'affection n'a été suivie de troubles persistants de la vision, mais elle peut demeurer rebelle à tout traitement. Le pronostic sera nécessairement plus favorable si l'on peut rapporter le trouble visuel à un état d'anémie ou de nervosisme passager.
^31 ÂMBLYOPIES ET ÂMÂUROSES.
\jiù tmitement doit s'attaquer à la cause productrioe; il doit avant tout t»tro prophylactique : combattre l'état nerveux, la dyspepsie, rHiiômie, rhystérie, etc., par les moyens appropriés constitneU prt>miùrc indication.
\a\ malade devra éviter les travaux d'esprit et l'applicatioi prolongée des yeux, surtout à jeun ou immédiatement après lu repas.
L(^ sulfate de quinine a été administré dans des cas où il semblait y avoir une certaine périodicité, mais sans succès; il est vrai (fu'il ne s'agissait pas d'intoxication paludéenne. Le résultat serait probablement tout autre si, ce qui est possible, mais non encon prouvé, l'affection était franchement intermittente.
Quand l'affection constitue le stade initial de la migraine (irisaigi(î de Piorry), c'est contre la migraine que devra être institué le traitement. Je me garderai bien de préconiser aucun de ceux qui ont amené des succès ; leur nombre est trop considérable, et tous comptent leur contingent de succès.
Lorsque l'attaque survient, on peut essayer de plusieurs moyer» pour la faire disparaître ou l'abréger.
Parfois on réussit à abréger un accès en plaç€mt la tête dans une position déclive.
L'impression de Tair frais sur le visage peut produire le même résultat.
On pourrait essayer de la flagellation de la figure avec une 8e^ viette imbibée d'eau froide.
L'ingestion d'un verre de vin ou d'une liqueur alcoolique quelconque peut avoir un heureux effet, surtout si l'affection survient après un jeûne prolongé ou après un trouble de la digestion à peine commencée.
Le café noir^ par contre, peursutrait plutôt prédisposer à l'affection.
Par ces moyens employés après l'attaque et joints au repos des yeux, M. Piorry prétend prévenir souvent l'accès de migraine consécutive. Mais, lorsqu'il obtenait ces succès, M. Piony n'avaiir il pas affaire à des cas de scotome scintillant pur et simple, et, dès lors, ne prévenailril pas des accès qui ne deraient pas arriver?
HÉMÉRÂLOPIE.
On a désigné longtemps sous ce nom un symptôme common à plusieurs maladies différentes, qui se manifeste de la façon sui^
HËMÉRALOPIE. 235
vante : la vision, en apparence normale pendant le jour, et dans
les conditions d'éclairage ordinaire, baisse brusquement dès que la
lumière solaire disparait, au moment du crépuscule, à tel point
que ces malades ont de la peine à se conduire. Ce phénomène
bizarre se présente tcmtôt chez des sujets où Tcxamen du fond de
l'œil montre des lésions manifestes, et nous avons signale sa [)ré-
sence dans la rétinite pigmentaire et dans certaines formes de
chorio-rétinite ; tantôt, au contraire, il survient sans que l'examen
ophthaimoscopique puisse révéler de^ altérations appréciables. L'hé-
méralopie, envisagée comme maladie distincte, essentielle, ne doit
comprendre que cette dernière catégorie de faits. C'est en nous
plaçant à ce point de vue que nous allons tracer sa description.
Étwlogie. -^ L'action longtemps prolongée sur la rétine d une vive lumière réfléchie par une surface brillante, resplendissante, a une influence incontestable sur la production de cette singulière maladie ; c'est ainsi qu'on l'observe chez les voyageurs qui ont traversé de vastes étendues de neige, chez les personnes ayant fixé pendant longtemps des surfaces blanches (ouvriers maçons, ouvriers des fours à pl&tre, peintres en bâtiments). Lia torpeur de la rétine qui survient alors, et qui succède à une excitation trop forte et trop longtemps prolongée de cette membrane, est tout à fait comparable aux phénomènes de dépression et de paralysie qui suivent généralement les irritations exagérées de certaines parties du système nerveux.
En second lieu, nous trouvons les causes qui ont une action funeste sur la santé générale et produisent des altérations du sang, l'affaissement des forces et l'anémie. Une mauvaise nourriture, des travaux excessifs, l'encombrement sont des conditions éminemment favorables à sa production. Ceci explique comment cette maladie peut apparaître d'une façon épidémique et sévir chez les marins, les soldats, dans les maisons d'orphelinat, les pensionnats, Icsprisons, sur les groupes d'individus, en un mot, qui sont placés <lAnsles mêmes conditions hygiéniques. D'après certains auteurs, cette maladie serait plus commune dans les pays froids que dans les pays chauds. Elle est particulièrement fréquente en Hongrie Bt en Roumanie (Grosz). La pigmentation du fond de l'œil jouerait aussi an rôle dans son étiologie et, d'après de Wccker, on ne l'aufût jamais observée chez les populations à teint basané.
Les médecins de la niarine ont parfois constaté a bord des na- ^s l'existence simultanée du scorbut et de l'hôméralopie. Enfin Pn a rapporté des observations d'héméralopie héréditaire con- S^tale (Gnnier); mais la plupart de ces observations, datant
236 ÂMBLYOPIES ET ÂMÂUROSES.
d'une époque où l'on ne pouvait pas explorer le fond de rœil a moyen de Tophibalmoscope, ne doivent être acceptées qa*ave ^ réserve. Il est fort probable qu'il s'agissait là d'héméralopies sym— -iptomatiques de rétinites pigmentaires.
Symptômes, — La diminution considérable qui survient dans m% Tacuîté visuelle dès que Tintensité de réclairage, quelle qu'en soi' Si la source, lumière solaire ou artificielle, vient à baisser, constitue 1^^ -ie caractère le plus saillant de cette affection. Les malades qui, pen- -^ddant le jour, tant que le soleil est au-dessus de Tborizon, paraissent ^^t avoir une vue tout à fait normale, se trouvent plongés, dès que 1^^ -c crépuscule arrive, dans une obscurité telle, qu'ils ont parfois de 1^^ -^ peine à se conduire. Ce fait singulier, se reproduisant réguliëremenr ^^^ au moment où le jour baisse, en a imposé quelquefois pour un phé — ^' nomène périodique, un trouble fonctionnel intermittent^ pouvant' ^^^ être rattaché peut-être à une forme larvée (T intoxication paludéenne "^s Il n'en est rien; la régularité, la périodicité du phénomène n^^^ -< tiennent ici qu'à la réapparition périodique des conditions dan^ ^^ lesquelles il se produit. Il est facile de démontrer ce fait en met — -^ tant un héméralope dans une chambre bien éclairée, où To diminue progressivement la lumière en fermant les volets ; le troubles visuels apparaissent absolument comme au moment d crépuscule.
hsi pupille est plus dilatée qu'à l'état normal ; cette différence, sen sible même avec un bon éclairage et à la lumière du jour, l'esi bien davantage au crépuscule ou dans la demi-obscurité. L'ouverture pupillaire devient alors très-grande, sans atteindre jamais pourtant les dimensions de la dilatation produite par Tinstillatioa de l'atropine. Cette remarque est importante à consigner, car ell^ peut servir à discerner un état pathologique réel d'une CLfTection simulée et provoquée par l'emploi de cet alcaloïde.
On observe généralement, chez les sujets atteints d'héméralopie, une réduction dans f amplitude de r accommodation. Us ne peuyent plus lire de près aussi facilement qu'auparavant, le point le plus rapproché de la vision distincte s'est éloigné de l'œil. Quand ils fixent, ou qu'ils s'occupent à un travail minutieux, la vue se brouille de la même façon que dans l'asthénopie accommodatrice des hypermétropes, ou dans la parésie de l'accommodation.
D'après les consciencieuses recherches de Foerster, les premiers effets de la torpeur rétinienne se feraient sentir dans la région de la macula, pour se propager ensuite dans une direction centrifuge, vers les parties périphériques de la rétine.
Pour d'autres observateurs, au contraire, il y aurait constam-
HËMERALOPIE. 237
ment dans l'héméralopie un rétrécissement concentrique du champ ▼isuel, d'autant plus prononcé que Téclairagc serait moins intense. Ces assertions contradictoires tiennent peut-être à ce qu'on a con> fondu parfois Théméralopie symptomatique avec Théméraiopie essentielle.
Diagnostic. — Dans \a paralysie de r accommodation et du sphincter interne de Tiris, il y a bien, comme dans Théméralopie, la dilatation exagérée de la pupille, les troubles de la vue, surtout s'il existe une anomalie concomitante de la réfraction. Mais le phénonèie capital, c'est-à-dire la diminution brusque de la vision quand le jour baisse, fait ici défaut.
Lliéméralopie peut être simulée. Cette maladie, en effet, étant fréquente dans les pensionnats^ dans les corps de troupes , sur les navires, il peut arriver que, soit par esprit dlmitation, soit pour échapper à des corvées, ou tout autre motif analogue, certains individus prétendent en être atteints. Pour déjouer leur fraude, l'on se rappellera que si dans Vhéméralopie véritable la pupille est dihtée, elle ne Test jamais autant que lorsqu'on a instillé de l'atropine, ce que font parfois les simulateurs et ce qui suffit à faire reconnaître leur mauvaise foi. On pourra aussi arriver au môme bat en employant le stéréoscope de la façon suivante : on augmente ou on diminue la quantité de lumière projetée sur Tobjet à examiner, placé dans le stéréoscope, tout en laissant le malade dans une chambre fortement éclairée ; on obtiendra ainsi, le plus Boavent, des réponses contradictoires qui feront découvrir la fraude.
Marche et pronostic. — L'héméralopie essentielle est une maladie bénigne dont le pronostic n'est point grave. Le seul inconvénient Téel qu'elle présente, c'est d'avoir parfois une durée assez longue et une certaine tendance aux récidives. Aussi doit-on avoir la précaution de prolonger le traitement quelque temps encore après la disparition complète de tous les symptômes morbides. Quant à l'héméralopie symptomatique, elle a été déjà décrite avec les di- ^rses maladies dans lesquelles on la rencontre (voir à ce sujet ^ Rétinite pigmentaire^ etc.).
Traitement, — Quand l'héméralopie est survenue à la suite d'une ^citation trop forte ou trop longtemps prolongée de la rétine, la première indication à remplir, c'est de soustraire le malade à cette influence pernicieuse. C'est surtout dans ces cas que le séjour prolongé dans une chambre obscure, moyen préconisé par Wharton, ^urilhon, et enfin dernièrement par Nctter, qui le regarde comme absolument efficace, sera d'un puissant effet. Lorsque, au con-
238 AMBLY0PIB8 ET ÂMÂUROSES.
traire, c'est un affaiblissement général des forces de l'économie qi paraît en être la cause principale^ on insistera sur Temploi des toi qnes et sur un régime réparateur. Les préparations ferrugineni le vin de quinquina, les amers sont alors partioulièrement indiqués. Pendant que les malades seront soumis à cette médicatioi reconstituante, ils devront aussi se tenir dans des chambres trèsfaiblement éclairées, et porter pendant un certain temp» de! lunettes munies de verres fumés. On a beaucoup vanté Tusage di rhoile de foie de morue, qui a été presque considérée commi un spécifîquc contre cette maladie. Il est pourtant fort probabk qu*ellc n'agit ici que comme élément réparateur. Gardner a publi^^^é une observation d'héméralopie traitée avec succès par Tusage de^^^e la strychnine et de Topium. Galezowski recommande remploi di collyre d'ésérine (2 centigrammes pour iO grammes), dont il obtenu de bons résultats.