‹ Traité des maladies des yeux (volume 3)Chapitre 134 sur 245 · DIXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DIXIÈME PARTIE

IERF OPTIQUE

Anatomie. — Une des parties les plus importantes du tond de i œil que 1 on examine avec l’ophthalmoscope, est le point d’émergence du nerf optique, qui est appelé papille.

C’est par l’intermédiaire de ce nerf que l’œil se trouve en communication avec le cerveau, et notamment avec les centres optiques.

Pour bien comprendre le rôle physiologique du nerf optique, il faut l’étudier dans ses rapports avec les centres visuels. Nous croyons donc utile de décrire d’abord l’origine de ces nerfs et leurs rapports avec d’autres parties du cerveau , puis nous étudierons la structure intime de la papille et du nerf optique.

A. Origines des nerfs optiques. — Ces nerfs tirent leur origine des tubercules quadrijumeaux nates et testes (flg. 254, f g), qui constituent, d’après les recherches

Fig. 254. — Origines des fibres optiques et leur entrecroisement dans le chiasma (*). de Magendie, Longet et autres, le centre principal de la fonction visuelle. De cha-

que tubercule postérieur se détache une petite bandelette médullaire, qui passe au devant du faisceau triangulaire latéral de l'isthme pour aboutir en avant au corps genouillé interne. En avant et en dehors existe un autre prolongement qui se rend directement au corps genouillé externe.

Le corps genouillé interne est moins volumineux que l’externe, mais il est plus saillant. L’externe forme une éminence oblongue, qui contourne l’extrémité postérieure et inférieure de la couche optique.

Des corps genouillés partent deux racines blanches, externe (e) etjnterne (dj, se réunissant en une bandelette qui porte le nom de bandelette optique.' Celte dernière contourne la face inférieure des pédoncules cérébraux, passe près du bord interne de la grande fente de Bichat, pour se porter vers la base du cerveau. Dans ce trajet elle s’arrondit, se rapproche de la ligne médiane où elle sé rencontre avec la bandelette du côté opposé pour y former un large carré, que nous appelons chiasma des nerfs optiques (c). .

En soulevant le chiasma et en le portant un peu en arrière, on aperçoit une lamelle grise triangulaire dont le point de départ est l’espace compris entre les pédoncules des corps calleux ; de là elle se dirige vers le bord inférieur du chiasma et constitue la racine grise des nerfs optiques.

Du bord antérieur du chiasma se détachent deux cordons arrondis qui sont les nerfs optiques ; ils se portent en avant, franchissent les trous optiques, et, après avoir parcouru une partie de la cavité orbitaire, ils gagnent chacun le globe de l’œil, traversent la sclérotique dans le segment postérieur et interne et arrivent là à la surface de la rétine pour y constituer la papille.

Dans ce long trajet intra-crânien, les organes centraux optiques sont en rapport :

•1° Les tubercules quadrijumeaux : avec la glande pinéale au moyen de quatre faisceaux blancs ; avec la valvule de Vieussens, à l’aide deson frein ; avec le cervelet, à l’aide des pédoncules supérieurs du cervelet {processus cerebelli ad testes) ; avec la moelle allongée, au moyen des faisceaux antéro-latéraux du bulbe ou du ruban de Reil, qui, en s incurvant au-dessous des tubercules, forme là une sorte de commissure;

2° Les corps genouillés : par leur surface libre avec la cavité des ventricules latéraux, tandis que par l’autre surface ils se confondent avec la face inférieure et postérieure de la couche optique;

3° Les bandelettes optiques : avec les pédoncules cérébraux- en haut et en dedans ; en bas et en dehors elles sont libres et correspondent aux circonvolutions de la partie interne des. lobes moyens. Plus en avant, elles se trouvent en contact avec la membrane perforée et en dernier lieu avec l’os sphénoïde.

Les recherches de Gratiolet (1) semblent démontrer que les fibres nerveuses, émanant d’une des racines du nerf optique qui contourne la couche optique, s’épanouissent en éventail dans toute la longueur du bord supérieur de l’hémisphère, depuis l’extrémité supérieure du lobe occipital jusqu’au sommet du lobepariétal. Rien n’a confirmé encore cette assertion.

4° Le chiasma : en haut, avec la membrane qui forme le plancher antérieur du troisième ventricule, et en arrière avec le tuber cinereum. En bas, il repose sur la glande pituitaire et la selle turciaue.

Structure intime. — La structure des tubercules quadrijumaux est très-complexe, ils sont couverts de la substance blanche, la masse interne est grisâtre. Dans le tubercule postérieur, j’ai pu constater un vrai noyau rond (fig. 254, f) gris-rougeâtre. Le noyau du tubercule antérieur est moins accusé, il est oblong(fig. 254, 2), les deux noyaux sont séparés par une substance blanche, comme j’ai pu le démontrer (2).

(1) (iratiolet, Comptes rendus de V Académie des sciences, 1854, p. 276.

(2) Galezowski, Sur les altérations du nerf optique et sur les maladies cérébrales. Paris, 1866, p. 31.

NERF OPTIQUE

Les corps genouillés sont constitués aussi à l’intérieur par une substance grise, leur enveloppe est au contraire blanchâtre.

'Les bandelettes - optiques sont composées dès fibres nerveuses. Arrivés au chiasma, les fibres nerveuses les plus internes (fig. 254, d ) s’entrecroisent comme l’avait démontré pour la première fois Wollaston, et se rendent à l’œil du côté opposé, tandis que les fibres lés plus externés (c, e) ne s’entrecroisent pas, et se rendent à l’œil correspondant.

Dans le chiasma, Hannover admet l’exislèncé de la commissure antérieure (commissuta arcuala anterior) formée par les fibres nerveuses qui ne vont que d’un œil à l’autre, et n’ont aucune communication avec le cerveau. Nélaton présenta, en 1833, à la Société anatomique, un cerveau dans lequel lé chiasma était en partie détruit, pendant que les fibres externés se continuaient de chaque côté avec les nerfs optiques correspondants ; il.y avait, en outre, une commissure antérieure intacte.

15. Le nerf optique et la papille. — Les nerfs optiques provienfient directement de deux angles antérieurs du chiasma, franchissent les trous optiques, et, après avoir parcouru une partie de la cavité orbitaire, ils pénètrent dans lé globe de l’œil, à sa partie postérieure, à 0m,003 en dedans et 0m,001 au-dessous de l’axe visuel..

Dans ce trajet intra-cranéen, il est . en rapport, par son bord externe, avec la ca rotide interne ; puis il passe pàr lé trou optique et la gainé fibreuse, formée par les insertions postérieures des muscles droits. Dans la cavité orbitaire, il se trouve placé au-dessus de l’artère ophthalmique, qui passe avec lui par le même trou Optique et là croise ensuite de haut en bas et de dedans en dehors. Plus loin,- il est entouré des artères et des nerfs ciliaires, et se trouvé enveloppé parle tissu cellulo-graisseux.

Gaines des nerfs optiques. — Les bandelettes et le chiasma, de même que les nerfs optiques sont enveloppés de la membrane vasculaire, appelée pie-mère, qui se prolonge sans interruption jusqu’au globe de l’œil, constituant ainsi la gaine interne du nerf optique (fig. 255, B).

A la base du cerveau et dans la partie antérieure, Y arachnoïde recouvre la face inférieure des nerfs optiques et du chiasma, mais elle ne dépasse pas le trou optique et ne prend pas part à la formation des gaines du nerf optique lui-même.

La gaine externe de ce même nerf (fig. 255, A) est constituée par le prolongement de la dure-mère. Les deux gaines, externe et interne, sont réunies par du tissu cellulaire lâche et délié, qui peut être, selon nous, considéré comme la continuation directe du tissu cellulaire sous -arachnoïdien.

La gaine externe ou fibreuse, en arrivant au globe de l’œil, se réfléchit tout entière sur la sclérotique pour se confondre avec elle. La gaine interne est moins épaisse et moins dense que l’externe; elle donne des prolongements ou cloisons multiples dans l’intérieur du nerf optique, et constitue des canaux longitudinaux dans lesquels sont logées desfibrès optiques, réunies ordinairement en faisceaux. La figure 255 représente, d’après Ritter, la section du nerf optique pratiquée à 6 millimètres de la papille, à un grossissement de 1 0 diamètres. En se rapprochant du trou sclérotical, le nerf optique se rétrécit sensiblement et subit une sorte d’étranglement avant de s’engager dans le globe de l’œil.

La gaîne externe est pourvue d’une grande quantité de plexus nerveux dont l'existence a été démontrée pour la première fois par Sappey (1). Ces nerfs suivent les vaisseaux, et on les retrouve non-seulement dans cette gaîne, mais aussi le long de l’artère centrale de la rétine.

La gaîne interne ne s’arrête pas, d’après Donders (2), à la limite scléroticale, mais les cloisons qu’elle forme pour les fibres nerveuses, suivent ces dernières dans le trou sclérotieal, jusqu’au niveau de la choroïde, et se prolongent entre la choroïde et

(1) Sappev, Journal d’anatomie et de ‘physiologie de Robin , t. Y 1868 p. kl

(2) Donders, Archiv von Graefe, Bd. I, Abth. 2, p. 83. ’ ’

Page 1