SPASME DE L’ACCOMMODATION
Le spasme du muscle ciliaire peut être artificiel ou Spontané : le premier est produit par l’extrait de fève de Calabar ou ésérine, et ne dure que quelques heures; tandis que le spasme spontané peut durer très -longtemps et donner lieu à des symptômes morbides assez sérieux pour qu’on ait besoin de s’en occuper.
A. Spasme artificiel. — Le resserrement delà pupille ainsi qu’une contraction spasmodique du muscle accommodateur peuvent être produits par les préparations de fève de Calabar (Physostiyma venenosum ).
Le professeur Ghristison (1) étudia le premier les propriétés toxiques de la fève de Calabar. Mais c’est aux recherches remarquables de Thomas Fraser (2), Gubler, Laschkewicz et Germain Sée que nous devons l’étude intéressante de son action physiologique sur les divers systèmes de notre organisme.
Grâce aux travaux ultérieurs deBowman, Soelberg Wells (3), de Graefe (4), Warlomont (5) et Navarro (6), nous connaissons aujourd’hui exactement l’action locale de cette préparation sur l’œil, et particulièrement sur l’iris et le muscle ciliaire. Pour mon compte, j’ai démontré son action efficace non-seulement sur ces membranes, mais aussi sur les vaisseaux péricornéens et ceux de la rétine.
Diverses préparations de fève de Calabar ont été employées; ce sont: extrait alcoolique dissous dans l’eau ou la glycérine, le papier et les rondelles de gélatine contenant une forte solution (méthode de Streatfield).
(1) Christison, Monthly Journal of Medical Science, vol. XX, 1855.
(2) Thomas Fraser, On the physiol. action of the Calabar Beau. Edinburgh, 1867.
(3) Soelberg Wells, Medical Times, 16 mai 1863.
(4) Graefe, Deutsche Klinik, 1863, n° 29, et Archiv f. Ophth., Bd. IX.
(5) Warlomont, Annales (T oculistique, septembre et octobre 1863.
(6) Navarro, Étude sur la fève de Calabar, thèse de Paris, 1869.
RÉFRACTION ET ACCOMMODATION
A. Vée et M. Leven ont découvert un alcaloïde qu’ils ont appelé ésérine. \\ remplace très-avantageusement l’extrait de Calabar. On fait dissoudre 2 centigrammes d’ésérine dans 10 grammes d’eau, en y ajoutant huit gouttes de la solution suivante (j’acide sulfurique :
Tf Eau distillée . 50 grammes. | Acide sulfurique . 3 gouttes.
Grâce au concours obligeant de M. Petit, de la pharmacie Mialhe, j’ai pu prèscrire le sulfate neutre d’ésérine dans l’état de pureté absolue.
L’instillation de ce collyre est suivie des contractions spasmodiques de la paupière inférieure, et au bout de cinq à dix minutes la pupille se contracte et la vision au loin diminue. Ce dernier phénomène est dû au spasme du muscle accommodaleur qui se révèle par le rapprochement du punctum t remotissimum. L’œil devient ainsi myope pour tout le temps que dure l’action du médicament, ce qui ne dépasse pas ordinairement de quatre à six heures.
Selon Donders, la fève de Calabar agit en excitant les cellules ganglionnaires des fdets de la troisième paire existant dans l’œil, et qui concourent à la contraction de la pupille et au spasme du muscle ciliaire. L’action paralysante sur les fibres nerveuses du grand sympathique, sans être démontrée, me paraît aujourd’hui incontestable.
Profilant de cette propriété physiologique de la fève de Calabar qui a une action antagoniste à l’atropine, nous employons son alcaloïde dans les mydriases, dans les iritis chroniques alternativement avec l’atropine pour rompre plus facilement les synéchies ; souvent elle agit favorablement dans des ambiyopies alcooliques, comme j’ai pu m’en convaincre nombt'e de fois. Enfin Graefe a utilisé ce médicament pour faciliter l’iridectomie dans le glaucome, lorsque la pupille est fortement dilatée.
B. Spasme morbide.— Cette affection est rare et se rencontre quelquefois chez des personnes qui font de grands efforts d’accommodation pour voir les objets très-fins. Graefe a observé ce spasme comme un symptôme réflexe de névralgies faciales et ophthalmiques.
Les signes les plus caractéristiques sont le mvosis prononcé avec absence de contraction pupillaire, et la myopie survenue presque spontanément chez une personne qui jouissait toujours d’une longue et bonne vue. C’est une myopie acquise qui ordinairement n’a pas de longue durée ; à l’examen ophthalmoscopique, nous ne trouvons pas de staphylôme postérieur propre aux myopies.
Le repos des yeux et l’instillation du collyre d’atropine suffisent pour faire cesser ce spasme.
Bibliographie. — Accommodation physiologique et pathologique : Descaites, L’homme de René Descartes. Paris, 1664, p. 39 et 45. — Cramer, Het Àccommodatievermogen der Oogen physiologisch Tœgelicht. Haarlem, 1853. — Helmholtz, Optique physiologique, traduit par Javal et Klein. Paris, 1867, p. 142. — Magni, Dell’ addatamento delV occhio umano al la visione distinta ( Cimento X, 12-22). — Follin, Leçons sur l’exploration Ç‘e
l’œil. Paris, 1863, p. 181. — Donders, On the anomalies of accommodation and re fraction
of the eye, translat. by W. D. Moore. London, 1864, p. 72, et 204, 572. — Giraud-Teulon, Dioptrique physiologique et pathologique ; dans Traité pratique des maladies de l’œil de Mackenzie, t. III, supplément de Warlomontet Testelin. Paris, 1865. — Polaillon, Des milieux réfringents cle l’œil. Paris, 1866, — Perrin, Ophthalmoscopie et optométrie. Paris, 1870.