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RÉFRACTION

Le cristal déroché (quartz hyalin, pebbles des Anglais), soit hyalin primitif, soit en prismes hexaèdres de Madagascar et du Brésil, constitue aussi une excellente matière pour les verres de lunettes, mais à la condition absolue que chaque verre soit coupé perpendiculairement à l’axe du prisme. Taillé dans le sens contraire, il donne une double réfraction qui est excessivement fatigante et nuisible pour la vue.

Les lunettes de cristal de roche présentent quelques avantages sur le crown-glass. Elles ne se rayent pas aussi facilement que le verre, ne prennent pas l’humidité, ce qui est trèsimportant pour les personnes portant constamment les lunettes, et qui sont forcées de les essuyer en sortant, en hiver, d’un endroit chaud au dehors, et vice versâ. Avec la pince à tour- Fig. 355, — Pince à tourmalines (*). maline on reconnaît si la lentille est en verre ou en cristal de roche, et si ce dernier est bien, aillé. Ce petit appareil se compose de deux plaques de tourmaline A, P (fig. 355), parallèles à l’axe, enchâssées chacune dans un disque métallique. Elles sont fixées aux extrémités d’un ressort contourné en forme de pince, et destiné à appliquer les plaques l’une contre l’autre. Chacune d’elles peut aussi tourner autour de son axe. Après avoir croisé les deux plaques de manière à avoir le champ sombre, on place entre elles le morceau à éprouver, et l’on dirige l’instrument vers la fenêtre.

Si c’est du cristal de roche, la lumière se dépolarise et la clarté revient; si c’est du verre, le champ reste sombre. Si le morceau est taillé perpendiculairement à l’axe du cristal, comme cela doit être, on voit de magnifiques anneaux colorés; si le cristal est mal taillé, on ne voit point ces cercles.

Quant au verre flint-glass, composé de boro-silicate de plomb, il a une force dispersive très-grande, et décompose très-sensiblement la lumière en produisant le phénomène d’irisation. Il est en outre très-tendre, son poli résiste à peine aux frottements. Pour ces raisons on ne s’en sert point pour les lunettes.

Pour transformer une plaque de verre en une lentille optique, on use chaque surface du verre avec de l’émeri mouillé, soit dans des bassins en cuivre pour les verres convexes, soit sur des calottes appelées balles pour les lentilles concaves. Le corps usant ou l’émeri est de l’alumine à l’état de corindon, mêlée à de l’oxyde de fer, de différents degrés de finesse, depuis 1/2 minute ou gros, jusqu’au 5, 10, 30 et 60 minutes; ce dernier est extrêmement fin et sert à doucir la lentille, après quoi on la met en contact avec le tripoli et au polissage à la bande.

2° Comment reconnaître qu'un verre est plan , convexe ou concave ? — Un verre est sans aucune courbure et plan, si, en le remuant devant notre œil, nous ne voyons point les objets se déplacer.

On reconnaît, au contraire, qu’un verre est convexe, lorsque, en le remuant devant notre œil, nous voyons les objets se déplacer en sens inverse du mouvement de la lentille : ainsi les objets remontent pendant que le verre descend, et vice versa.

(*) -à. et P, disques métalliques dans lesquels sont enchâssées des tourmalin

îes parallèles à Taxe.

LUNETTES ET CONSERVES

Dans le verre concave le déplacement de l’objet se fait dans le même sens que le mouvement du verre.

3° Comment peut-on reconnaître qu'un verre est sphérique ou cylindrique ? — En tournant un verre sphérique autour de son axe pendant qu’on regarde à travers ce verre un objet quelconque, on voit que ce dernier ne change pas de forme ni de netteté. Dans le verre cylindrique, la courbure n’existant que dans un seul diamètre, on comprend qu’en tournant le verre autour de son axe, nous verrons tantôt l’objet naturel et net, tantôt allongé ou élargi et plus trouble.

4° Comment reconnaître le numéro d'une lentille? — Le numéro d’une lentille indique la longueur de son foyer, et il suffit, pour une lentille forte, de définir la distance à laquelle se produit l’image d’un objet éloigné, pour qu’on en sache le numéro. Mais dans des lentilles faibles cette mensuration devient difficile. On obtient, au contraire, ce résultat au moyen de neutralisation complète d’un verre -convexe quelconque par une lentille concave de même force. Le numéro du verre qui a servi pour neutralisation nous indique quel est le degré de réfraction de celui que nous examinons. Exemple: Un hypermétrope se présente avec des lunettes convexes dont nous voulons connaître exactement le numéro : par expérience on reconnaît à première vue si c’est un verre fort ou faible; on prend donc approximativement un verre fort ou faible concave, supposons — L/18, que l’on place sur un des verres des lunettes, et on remue les verres ainsi superposés devant l’œil. Si l’on neutralise complètement la réfraction et que les objets, vus à travers les deux verres, ne bougent point, nous disons que le malade porte les lunettes du n° 1/18 convexe, puisque 1/18 concave l’a complètement neutralisé. Si on n’obtient pas la neutralisation du premier coup, on cherche parmi les verres plus forts ou plus faibles celui qui résoud le mieux ce problème.

A part les verres bisphériques convexes ou concaves, on peut encore employer, pour les lunettes, les lentilles bicylindriques dont les axes se croisent, plan-sphériques et les ménisques.

Les lentilles plan-convexes ou plan-concaves présentent plus d’aberration que les bisphériques, c’est pourquoi elles ne sont point employées pour les lunettes.

Les lentilles bicylindriques, dont les axes se coupent, peuvent être surtout recommandées pour la lecture. L’action dioptrique de ces verres est presque égale, d’après Dondersj à celle des verres sphériques, mais ils présentent cet avantage qu’étant tournés vers l’œil par la surface à axe vertical, ils donnent un espace très-étendu dans le sens horizontal.

Les verres concavo-convexes, ou ménisques, présentent cet avantage incontestable sur les autres, qu’ils altèrent moins les images quand l’œil regarde obliquement et de côté.' Wollaston attira le premier l’attention sur ces lunettes, qui depuis portent le nom de périscopiques (de vrEpio-xoraTv, regarder autour). Le seul inconvénient qu’elles peuvent présenter, c’est qu’il est difficile d’en indiquer exactement le numéro, et que dans les verres très-forts elles auraient un poids beaucoup plus grand que les autres (1).

Les verres prismatiques servent pour les lunettes dans des cas particuliers de déviation des yeux, et grâce aux travaux remarquables de Donders et de Graefe,

(4) On trouve à Paris ces lunettes très-bien confectionnées, dans la maison Arthur Chevalier, 158, galerie de Valois, au Palais-Royal.

réfraction.

on a su profiter de ces verres pour rendre possible la vue binoculaire des yeUï déviés. On place habituellement la base du prisme en dedans dans la déviation de-, l’œil au dehors, et vice versa. En étudiant le strabisme nous verrons quel rôle pourront jouer ces lunettes. «

Au lieu de verres prismatiques, Donders et Giraud-Teulon ont conseillé l’usage des lentilles décentrées. Ces lunettes sont construites de manière que la portion, excentrique des deux lentilles soit placée en face du centre optique de l’œil. Ainsi,, dans les verres convexes, le centre du verre se trouvera en dedans de l’axe visuel,, tandis que dans les lentilles concaves le contraire aura lieu.

II. Monture des lunettes. — Elle se compose de trois parties : 1° de deux: cercles ronds ou ovales à rainures dans lesquels sont enchâssés les verres; 2° d’une arcade réunissant les deux cercles, et qui repose sur le nez; elle a la forme de /\, de >< ou d’un demi-cercle ouvert en bas ; 3° de deux branches latérales s’articulant avec les cercles et qui fixent les lunettes contre lès tempes et audessus de l’oreille.

On comprend facilement que les mêmes montures ne peuvent pas servir à tout le monde ; il faut qu’elles soient en rapport de la saillie plus ou moins prononcée du nez, ainsi que de l’écartement des yeux, autrement elles pourront amener une: fatigue plus ou moins grande.

Yoici quelles sont les conditions d’une bonne monture de lunettes : les cercles doivent être d’une grandeur moyenne, plutôt grands que petits, et d’une forme, ovale; l’arcade s’ajustera à la courbure du nez, elle sera d’une longueur telle qufc

Fig. 356. — Monture américaine des lunettes.

les verres ne subissent pas de mouvement latéral, et que leurs centres soient en rapport des deux axes visuels. Les branches latérales auront, soit une brisure, soit un crochet pour se tenir derrière l’oreille, sans quoi les lunettes glissent sur le nez, s’éloignent des yeux et rendent le travail fatigant.

Toutes ces conditions sont surtout indispensables à remplir chez les myopes, et je pourrais citer un fait qui prouve jusqu’à quel point la monture joue un rôle1 important dans les lunettes. Un malade, ai. le comte P..., vint me consulter en 1868 pour ses yeux; il racontait qu’ayant eu ses lunettes cassées depuis deux mois, il ne pouvait pas trouver celles qui lui conviennent. Cet accident lui arriva em Allemagne, et il porta immédiatement les débris de verre chez l’opticien de la ville pour qu’il lui fît une nouvelle paire 'de lunettes. Le malade était myope et portait n° 10 concave depuis plus de quinze ans. Les nouvelles lunettes ne lui convenaient point; il alla consulter un ophthalmologiste qui lui prescrivit n° 8 concave.

LUNETTES ET CONSERVES

maïs ce choix ne fut pas plus heureux. Deux mois s’étaient écoulés dans des •consultations diverses lorsqu’il vint me voir. Je me suis convaincu facilement que le n° 10 concave lui convenait le mieux; mais ayant trouvé l’arcade de ses lunettes trop longue et les verres trop écartés, je l’ai recourbée séance tenante, et le malade retrouva sa vue naturelle.

Au lieu de la forme ci-dessus indiquée, on se sert de divers autres genres de -montures, et notamment de pince-nez , de binocle ou face droite, et de monocle. Parmi les pince-nez, ceux qui remplissent le mieux les conditions de fixité sont ceux de M. Hoël : le pince-nez parisien (fig. 358) et le pince-nez américain (fig.357). Enfin, dans certains cas, on se sert de loupes à lire [reading glasses ) que l’on promène .devant l’imprimé et autres objets fins qu’on veut voir

Toutes ces montures se font en acier, en or ou en argent, en aluminium, en -écaille ; elles doivent être légères et solides en même temps.

B. Conserves. — Les conserves sont aussi un genre des lunettes, dont le but est de protéger les yeux contre une lumière trop vive ou contre les corps étrangers.

Pour atténuer l’effet de la lumière trop vive, on se sert de verres-plans différemment colorés. Trois couleurs différentes sont surtout employées dans ce but : bleu, vert et neutre ou enfumé.

La teinte bleu-cobalt doit être spécialement employée lorsqu’il s’agit d’atténuer l’effet d’une trop vive et éclatante lumière, ou lorsqu’il faut remédier aux

symptômes chromatiques morbides de l’œil, tels que photophobie, photopsie, chrupsie, etc. Le verre bleu-cobalt absorbe en grande partie l’orangé, le vert et le jaune de la lumière solaire, qui sont les plus gênants pour la vue tendre

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