SECTION II
hygiène de la vüe.
S’il est une branche en ophthalmologie dont les principes soient très-peu observés par les malades et les médecins eux-mêmes, c’est incontestablement l’hygiène oculaire. Le sens de la vue est continuellement blessé par des excès de tout genre, par des veilles prolongées, par un travail à la lumière artificielle très-vive, par une application sans relâche, par l’effet des contrastes de couleurs, par l’action des gaz délétères, des miasmes, des poussières, etc. Et, pourtant, il n’v a encore aucune prescription qui réglemente les différentes occupations et les travaux des ouvriers, afin que le sens de la vue puisse être mis à l’abri de ces causes diverses d’affaiblissement.
Pour résoudre les différents problèmes de l’hygiène oculaire, il faudrait s’occuper de toutes les questions de l’hygiène générale, et surtout des rapports qui existent entre la faculté visuelle et l’âge, les professions, etc.
Les différentes phases d’accroissement et de décroissance que l’organisme parcourt favorisent plus ou moins la manifestation de tel ou tel genre de lésion.
Chaque âge aussi imprime à l’économie un caractère général qui est en rapport avec telle ou telle altération.
1870, de M- le docteur Bourion (Annales d’hyg..
Les professions sont ordinairement perturbatrices des fonctions physiologiques de différents organes, et il y a mille circonstances dans chacune d’elles qui mettent obstacle aux soins réclamés par les yeux. Les graveurs, les bijoutiers, les joailliers, les sculpteurs, en travaillant constamment la loupe à la main et souvent auprès d une lumière artificielle, sont exposés à fatiguer leur appareil accommodaleur, et à provoquer une sorte d’excitation permanente de la rétine qui peut se terminer par une rétinite. Les chauffeurs de chemins de fer, les miroitiers, les verriers, les fondeurs, éprouvent tôt ou tard des affections oculaires profondes, qui ne manquent pas de gravité.
Les mineurs, les vidangeurs et ceux qui travaillent au sulfure de carbone sont sans cesse exposés à l’action des gaz méphitiques. Les boulangers, les plâtriers, et ceux qui travaillent les coquilles de nacre de perles, sont placés jour et nuit dans une atmosphère remplie de poussières irritantes. Il n’y a pas jusqu aux employés des bureaux et les hommes d’État qui, adonnés jour et nuit à leurs travaux scientifiques, aux recherches dans les livres, à la vérification de chiffres, etc. , ne soient exposés à des causes les plus variées de fatigue et d’inflammation de toutes sortes.
Pour qu’un organe de sens se perfectionne, il faut que l’impression qu’il reçoit soit d’une intensité moyenne, et, qu’en se répétant, elle n’excède point les limites physiologiques de force et de durée assignées à son exercice. Et de même que le tact s’émousse par les frottements et les maniements d’intruments et d’objets grossiers, de même le sens de la vue s’émousse et s’affaiblit sous l’influence d’une lumière trop vive.
C’est en examinant l’œil au point de vue de ses rapports avec la santé générale, la constitution, l’âge, le sexe, de même qu’au point de vue de différentes professions et occupations que nous pourrons établir certaines règles d’hygiène, qui,
- nous n’en doutons pas, seront utilement mises à profit par tous ceux qui voudront conserver leurs yeux le plus longtemps possible dans leur intégrité parfaite.