‹ Traité des maladies des yeux (volume 4)Chapitre 112 sur 122 · DES BLESSURES DE L^OEIL ENVISAGÉES AU POINT DE VUE MÉDICO-LÉGAL · texte numérisé non relu

DES BLESSURES DE L^OEIL ENVISAGÉES AU POINT DE VUE MÉDICO-LÉGAL

Les blessures d'un organe aussi important que l'est celui de la vue peuvent donner lieu à des actions en dommages-intérêts toutes les fois qu'elles auront amené, soit un affaiblissement, soit une perte complète de la vue.

Les médecins-légistes seront donc appelés à déterminer le degré de gravité d'une blessure et les désordres qu'elle aura amenés. Mais comme il peut aussi arriver que les altérations oculaires aient précédé l'accident et qu'elles soient liées aux conditions organiques congénitales ou morbides, et nullement à la blessure, il sera du devoir de l'expert de décider si la perte de la vue peut être rapportée à l'accident, ou si elle n'est qu'une simple coïncidence.

Selon le professeur Ambr. Tardieu (1), les blessures par imprudence de même que les blessures volontaires diffèrent autant par leur nature et par leur cause que par leur gravité. Cet éminent médecin-légiste range les différents cas de blessures involontaires ou accidentelles, qui s'offrent au médecin expert, dans cinq catégories : 1° accidents de chemin de fer; 2° accidents de voitures; 3° accidents professionnels; k° accidents par coups de feu, par incendie ou par explosion de gaz et de matières explosibles ; et 5° accidents divers, parmi lesquels les plus ordinaires sont les projectiles imprudemment lancés, les chutes provoquées, etc.

En ce qui concerne notre travail, il nous importe surtout de décider le siège, la nature des blessures et leur gravité, nous préférons donc les examiner dans l'ordre anatomique en indiquant ce qu'il y a de particulier à chaque variété d'accidents.

A. Les BLESSURES DES PAUPIÈRES ET DE l'orbite u'out pas, en général, de graves conséquences tant qu'elles ne sont pas très-étendues et qu'elles ne sont pas compliquées de désordres simultanés dans le globe de l'œil. Les plaies par instruments contondants, situées près du bord orbitaire externe, donnent lieu à une inflammation phlegmoneuse et souvent à une mortification de la paupière supérieure, qui se termine par des cicatrices vicieuses, sans que pour cela la vue soit directement compromise.

Le professeur Amb.Tardieu a vu plusieurs blessés se plaindre d'affaiblissement de la vue causé par des plaies contuses du crâne produites dans des accidents de chemins de fer; mais il n'a jamais observé d'exemple avéré. Le plus souvent, les plaies périorbitaires sont superficielles. Sur 35 accidents de ce genre, qu'il rapporte dans son remarquable mémoire, il ne cite que 5 cas de blessures de l'œil, et tous sans gravité. C'est ainsi qu'à la suite d'un déraillement sur la ligne du Nord, survenu le 18 novembre 1861, Ambr. Tardieu a pu constater, chezune dame, une violente contusion à l'œil droit, devenu tout à fait noir et ecchymosé. En même temps, trois hommes avaient reçu des blessures dans l'œil, dont deux avaient été atteints d'une plaie contuse à large lambeau triangulaire, à l'angle interne du sourcil gauche, et le troisième n'avait reçu que des contusions avec ecchymoses sans gra-

(1) Tardieu, Étude médicO'lég aie sur les blessures par impj^udence. Paris, 1871.

\ité k l'œil droit. A la suite d'une rencontre de deux trains, une dame qui avait reçu au front, et au-dessus du sourcil droit, une plaie contuse, qui était suivie d'un trouble de la vue passager, demanda une indemnité de 150 000 francs, dont Tardieu n'a pas eu de peine à établir l'exagération.

Les plaies situées à Tangle interne de l'œil sont quelquefois suivies de tumeurs lacrymales, de fractures de l'os ethmoïde, du rebord orbitaire, de l'emphysème orbitaire consécutif; mais, en général, elles sont sans gravité, et guérissent facilement.

Il n*en est pas de même de la blessure faite avec un instrument piquant, et qui aura traversé de part en part l'orbite. Diverses lésions graves peuvent s'en suivre, et le pronostic en est d'autant plus difficile qu'il est le plus souvent impossible de se prononcer pendant un certain temps, et d'une manière exacte, sur la nature des lésions. Parmi les accidents les plus graves, il faut redouter la pénétration de l'instrument jusque dans la masse cérébrale, et la blessure de la carotide interne. Dans le premier comme dans le second cas, les accidents consécutifs se font souvent longtemps attendre et sans occasionner de symptômes graves. Mais, si les symptômes cérébraux apparaissent, s'il y a de l'exophthalmie et du bruit de souffle du côté de l'orbite blessée, le doute sur l'existence d'une tumeur vasculaire ne peut être permis.

B. Blessure du globe de l'oeil. — Elles ont une tout autre signification que les précédentes, et entraînent le plus souvent après elles des troubles de la vue ou une cécité. Parmi ces dernières, il faut ranger surtout toutes celles qui atteignent les membranes internes de l'œil, et qui sont suivies à la longue d'une destruction partielle ou totale de la membrane nerveuse.

Les blessures de la cornée sont moins graves lorsqu'elles sont partielles, et que le centre de celte membrane n'est pas attaqué.

Les cataractes peuvent être aussi le résultat d'une blessure ; mais leur guérison par une opération étant admise, la responsabilité doit être naturellement bien moindre que d'autres accidents du même genre.

Au point de vue de la médecine légale, il nous importe de déterminer si une altération que nous apercevons dans l'œil est consécutive à un traumatisme, ou si elle est le résultat d'un processus morbide quelconque ancien qui a précédé l'accident.

Il est très difficile de résoudre toujours des questions de cette nature; elles demandent en général beaucoup de réflexion et d'étude comparative des symptômes morbides, ainsi que des circonstances dans lesquelles la blessure a eu lieu. Il arrive parfois que fexamen des membranes internes de l'œil ne nous indique aucune altération, et pourtant la vue semble être complètement abolie. Le médecin expert doit alors décider : 1° si l'œil blessé est réellement amaurotique ; 2° si l'amaurose n'a pas précédé l'accident.

Nous avons dit, plus haut, quels sont les moyens pour reconnaître s'il n'y a pas de simulation d'amaurose de la part du malade. Quant à ce qui concerne l'autre question, nous ne pouvons mieux faire que de citer ici quelques faits intéressants se rapportant à différentes catégories d'accidents.

Sur les trente-huit observations d'accidents de voitures que rapporte Tardieu, nous n'avons trouvé que deux fois les yeux endommagés. Dans un cas, une jeune

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