‹ Traité des maladies des yeux (volume 4)Chapitre 57 sur 122 · ALTÉRATIOINS DE LA MACULA · texte numérisé non relu

ALTÉRATIOINS DE LA MACULA

Les altérations de la fosse centrale cle la rétine présentent une gravité tout exceptionnelle, à cause de l'affaiblissement ou de l'abolition même de l'acuité visuelle. Quoique par leur nature ces altérations ne diffèrent pas beaucoup de celles qui envahissent d'autres parties de la membrane nerveuse, mais la structure de la macula étant plus délicate et ne se composant en réalité que d'éléments nerveux essentiels de la vision, on comprend que les moindres désordres qui se produiraient dans cette région amèneront une perturbation de la vue beaucoup plus grande que les altérations de toutes les autres portions de la réline. , Il n'çst pas toujours facile de reconnaître les altérations de la macula, surtout à leur début; cette difficulté tient à la position de la fosse centrale dans le pôle pos> térieur de l'œil, qui se trouve toujours masqué par le reflet de la cornée. Mais en suivant les indications que nous avons développées plus haut, on arrivera à vaincre les difficultés, surtout si la pupille a été préalablement dilatée.

Le diagnostic de ces altérations devient encore plus facile lorsqu'on prend en considération les signes fonctionnels qui s'y rattachent plus spécialement.

Examinons successivement tous ces symptômes, et voyons ce qu'il y a de pathognomonique dans les maladies de cette région :

s»ymptomatoiogie. — - 1 . Scotome centrai. — Le malade s'aperçoit habituellement d'une tache plus ou moins foncée, plus ou moins large, qui se place constamment sur l'objet qu'il veut regarder. Celte tache est tantôt pâle, blanchâtre, presque transparente; tantôt elle est rouge ou tout à fait noire. Ses contours sont assez nettement accusés, et le malade peut dessiner sa forme exacte. Quelquefois elle est ronde; dans d'autres cas, elle a une forme carrée, triangulaire ou échancrée. Ordinairement elle est fixe et ne se déplace point.

Un fait particulier s'observe dans ce scotome : c'est c[u'il est d'autant plus grand qu'on regarde au loin, et qu'il diminue de plus en plus de volume à mesure qu'on cherche à voir de près. Il n'y a que les affections de la macula ou certaines formes d'atrophie commençante de la papille qui peuvent donner lieu à de pareils troubles.

Par suite de cette altération, le malade a souvent de la peine à trouver les peùis objets vers lesquels il veut diriger ses yeux. Ainsi, en regardant de côté, il les voit bien; mais dès qu'il veut les prendie et qu'il arrête l'œil sur ces objets, il ne les retrouve plus. Bien entendu, ce fait ne se remarque que chez les personnes dont l'autre œil est tout aussi faible.

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Je connais un malade, le prince!..., qui, à la suite d'une exsudation large de la macula gauche et d'atrophie choroïdienne de la macula droite, ne peut rien regarder ni rien voir avec précision. Il marche et se conduit dans les rues facilement; mais dès qu'il fixe les yeux sur quelque chose, qu'il cherche par exemple le numéro de sa maison, il a la plus grande peine à le trouver : souvent il a déjà dépassé la sienne, quand le numéro de la maison lui apparaît sur le côté ; il le cherche de nouveau, et de nouveau il ne le retrouve pas.

2. Métamorphopsies, - — Les exsudations qui se déclarent entre la réline et la choroïde, et les atrophies choroïdiennes de la macula, soulèvent par places la rétine, et produisent des troubles particuhers dans la vue, que nous appelons métamorphopsies. Les objets paraissent défigurés, tordus; les lignes droites paraissent courbes ou en zigzag; les lettres sont brisées, et interrompues par places (voy. fig. 296). Un de mes malades se plaignait de ce qu'il ne voyait aucun objet droit; sa canne droite, qu'il portait depuis longtemps, lui paraissait munie d'une crosse. En allant à la halle pour chercher des provisions, il était tout étonné de prendre les bottes de radis, par exemple, pour des bottes de carottes.

Ces symptômes sont pathognomoniques des maladies de la macula. On observe, il est vrai^ de pareils phénomènes dans les décollements de la rétine; mais dans ce dernier cas la métamorphopsie est due au soulèvement de la rétine dans la macula, produisant là une sorte de pli qui brise l'image.

3. Perte subite de la vision centrale. — Les affections de la macula se déclarent le plus souvent d'une manière brusque, et les malades accusent une perle subite de la vision centrale. Si le malade regarde un objet avec l'œil affecté, il aperçoit SCS bords et ses contours sans distinguer le centre. Cela s'observe surtout dans les apoplexies qui se déclarent, soit isolément dans la macula, soit dans les rétiniies albuminuriques.

. Il est digne de remarque que la rélinite albuminurique peut durer des mois entiers sans amener des troubles de la vue et sans que le malade s'en doute; mais il suffit qu'un épancheraent survienne dans la macula pour que la vue se perde, et c'est alors seulement que le malade viendra consulter.

Pourtant, si l'hémorrhagie survient la nuit, dans la macula d'un seul œil, pendant que l'autre reste intact, l'affection peut passer inaperçue pendant quelque temps, comme l'avait remarqué Métaxas.

Dans les affections syphilitiques, la vue centrale se perd souvent aussi instantanément par suite d'une exsudation de la macula. Tout au contraire, les atrophies choroïdiennes de cette région qui se développent chez les myopes marchent ordinairement lentement, et le trouble de la vue s'accuse progressivement et petit à petit.

Zi . Dyschromatopsie pathologique. — La perversion de la faculté chromatique s'observe aussi chez quelques personnes qui présentent des altérations dans la région de la macula. Ce phénomène est dû à l'altération des cônes qui entrent en grande partie dans la composition de cette région; et comme ce sont des éléments essentiels de la perception colorée de l'œil, on comprend aisément que leur désorganisation entrauie des troubles du sens chromatique. L'observation m'a démontré pourtant que pour que la cécité des couleurs existe, il faut que l'altération occupe une certaine étendue de la réline. Un de mes malades, atteint d'atrophie choroïdienne et d'exsudations de la macula, ne pouvait distinguer le rouge carmin

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