TUBERCULES DE LA CHOROÏDE
le diamètre papillaire; la vue était perdue et l'œil sujet k des névralgies ciliaires très-violentes.
B. Apoplexies de la choroïde. — Ces apoplexies se rencontrent beaucoup plus rarement que les autres; elles apparaissent ordinairement près de la région ciliaire et de l'ora serrata. Là elles forment des taches rouges foncées, d'une forme oblongue, disposées le plus souvent dans le sens transversal, contrairement à ce qu'on observe dans la disposition des hémorrhagies rétiniennes. Ces hémorrhagies ne constituent ordinairement qu'un des symptômes de certaines affections choroïdiennes. Lorsque le sang est épanché en une grande quantité, il peut perforer la rétine et se répandre dans le corps vitré, comme le démontre une observation rapportée par le docteur Esmarch.
G. Décollement de la choroïde. — Cette affection est rare ; on n'en connaît que quelques exemples, entre autres ceux de Graefe et d'Arlt. Il est occasionné par un épanchement sanguin ou séreux. Quelquefois il est provoqué par une tumeur. J'en ai vu un exemple dans un cas de traumatisme.
Les signes ophthalmoscopiques sont très-caractéristiques : on aperçoit dans la partie inférieure du fond de l'œil une sorte de tumeur globuleuse, le plus souvent irès-foncée et présentant une fluctuation appréciable. La rétine se trouve en même temps décollée sur une plus grande étendue, et le corps vitré présente de nombreux flocons.
Le diagnostic différentiel entre le décollement de la choroïde et de la rétine ne peut être établi que par la teinte foncée de la tumeur et le peu de mobilité, contrairement à ce qu'on obse-rve dans un décollement de la rétine.
Le pronostic est le plus souvent très-fâcheux, et il faut s'attendre à une atrophie de l'œil, malgré tous les moyens que l'on voudrait essayer. Une paracentèse scléroticale pourrait être tentée.
Bibliographie. — Déchirure de la choroïde : Graefe^ Archiv f. Ophth., Bd. I, Abth. 1, p. a02.— Von Ammon, Archiv f. Ophth., Bd. I, Abth. 2, p. l2^. — Franlc, Ophth. Hosp, Reports, vol. III^ p. 84. — Caillet, Des ruptures isolées de la choroïde, thèse de Strasbourg, 1869. — Apoplexie de la choroïde : Esmarch, Perforation der Netzhaut durch eine choroïdeal Blutung {Archiv f. Ophth., Bd. IV, Abth. 1, p. 350). — Raymond, Giornale d'oftalmologia italiano, 1869, fascicule. — Décollement de la choroïde: Graefe, Archiv f. Ophth., Bd. IV, Abth. 2, p. 226.
ARTICLE X
tubercules de la choroïde.
La diatbèse tuberculeuse peut affecter la membrane vasculaire de l'œil en y produisant des dépôts morbides analogues à ceux que l'on rencontre dans d'autres organes. Ce sont de petits nodules d'une coloration vert grisâtre ou gris blanchâtre, situés dans la couche moyenne de la choroïde et sur les parois mêmes des vaisseaux. Au microscope, ils présentent, d'après Manz, Cohnheim et Ordonez, la même composition et la même structure que les tubercules miliaires d'autres organes.
Déjà, en 1837, Noël Gueneau de Mussy a eu l'occasion d'observer une jeune fille qui succomba à la Salpêtrière à une phthisie généralisée, et qui pendant la vie
706 CHOROÏDE.
avait présenté de Tamblyopie avec tlilatatioii excessive des pupilles. A l'autopsie^ l'éminent praticien a pu constater des granulations nombreuses dans la membrane vaeculaire de l'œil, faisant saillie à la surface interne de la réline, qui étaient de même nature que celles d'autres organes.
Manz (de Fribourg) a publié en 1858 quatre cas de tuberculose de la choroïde, et les recherches microscopiques faites après la mort permirent de constater l'identité des néoplasmes choroïdiens avec ceux des poumons, du péritoine, de la rate.
Cohnheim a constaté la présence de tubercules choroïdiens dans dix-huit ca& de tuberculisation miliaire, mais les yeux de ses malades n'ont point été examiiiés^ avec Tophthalmoscope. A ces faits il faut ajouter encore ceux de Stellwag von Carion, de Jaeger et de Bouchut.
Nous croyons avoir été le premier à indiquer les signes fonctionnels et ophthalmoscopiques qui caractérisent cette affection. Voici ces signes tels que nous les avons résumés dans le travail lu au congrès de Paris en 1867.
Un des phénomènes les plus constants est l'apparition spontanée des photopsies et des chrupsies accompagnant l'affaiblissement de la vision centrale. L'examen ophthalmoscopique nous permet d'apercevoir des taches blanc grisâtre^ ou rose jaunâtre, rondes, très-petites, et qui sont disséminées tout autour de la papille ou s'étendent quelquefois sur tout le fond de l'œil. Les contours de ces granulations sont légèrement diffus, et recouvrent le plus souvent les vaisseaux de la choroïde. Tout autour de ces nodules la choroïde paraît normale.
Selon Graefe, la tuberculisation de la choroïde amène une altération et une destruction par places de l'épithélium choroïdien. Des nodules du plus grand volume forment une saillie bien marquée, de sorte que les vaisseaux rétiniens qui passent au-dessus d'eux forment des coudes marqués. Soelberg Wells a trouvé dans un cas des taches choroïdiennes analogues, accumulées plus spécialement dans la tache jaune. Dans un cas, Gradenigo trouva l'iris et la choroïde parsemés de tubercules.
Ces altérations peuvent amener une congestion plus ou moins prononcée de la choroïde; dans d'autres cas, j'ai trouvé une congestion de la papille accompagnée des phénomènes de chrupsie et de vision colorée sans que la choroïde ait présenté les moindres désordres.
Pour Cohnheim, les tubercules de la choroïde semblent être le signe constant de tuberculose miliaire aiguë, et il a constaté simultanément la présence de ces néoplasmes dans le cœur, les plèvres, les poumons, le foie, la rate, les reins, le corps thyroïde, les muscles et les os. Mais les signes de ces tubercules manquent souvent à l'ophthalmoscope ; d'autre part, nous avons observé les mêmes altérations dans quelques cas de phthisie chronique.
En se basant sur ces données, on a voulu faire avec l'ophthalmoscope le diagnostic de la diathèse tuberculeuse. Je pense qu'on a exagéré trop l'importance des signes ophlhalmoscopiques qui, du reste, manquent souvent, et il est beau^ coup plus naturel de s'en rapporter plutôt dans ces cas aux signes rationnels et généraux de la maladie.
Bibliographie. — Mana, Tuberculose der Choro'idea {Archiv f. Ophth., Bd. ÏV, Abth. 2. p. 120, et Bd. IX, Abth. 3, p. 133). — Stellwag von Carion, Die Ophthalmologie , Bd. III, j Abth. i, p. 278. — Jaeger, Oesterreichische Zeitsclirift fur prahtisclie Heilkunde, Jahrg. 1^ !
TUMEURS CANCÉREUSES DE LA CHOROÏDE
n« 2. — Cohnheim, Archiv v. Virchow, p. mai 1867.— Galezowski^ Sur les altérations de la rétine et de la choroïde dans la diathèse tuberculeuse {Archives gén. de méd.^ 1867
septembre). — Soelberg Wells, A Treatise of the diseases of the eye, 1869, p. Uki. Graefe'
Veber Aderhauttuberkeln {Archiv f. Ophth.^ Bd. XIV, Abth, 1, p. 183). — Gradenigo, Mtis tuberculeuse {Giornale d'oftalmologia italiano, année 1869, 2° fascicule).
ARTICLE XI
OSTÉOME DE LA CHOROÏDE.
On trouve très-souvent dans les yeux atrophiés, consécutivement à la fonte purulente et à la destruction de la cornée, de petits ostéomes se trouvant sur la face libre de la choroïde. Tantôt ils sont disséminés ; tantôt au contraire ils forment une vraie coque solide, plus ou moins épaisse, et qui ressemble beaucoup à une plaque osseuse aplatie s'étendant souvent fort en avant. Elle semble être appliquée intérieurement sur la choroïde et avoir remplacé la rétine; c'est pour cette raison qu'on a souvent décrit cette altération comme une ossification de la rétine. Les ostéomes de la choroïde sont de vrais tissus osseux, denses, pouvus modérément j de vaisseaux. Selon Virchow, cette altération est la conséquence d'une choroïdite j chronique. Elle peut amener une ophthalmie sympathique dans l'autre œil, I comme cela avait été démontré par Dolbeau.
Bibliographie. — Furnari, Ostéome de Vœil {Gaz. des hôp.^ 1845, n° 128). — Després Bull, de la Soc. anat., 1862, p. 389. — Siebel, Iconogr., p. -432, 438, 49/1. — Dolbeau,' Leçons de clinique chirurgicale. Paris, 1867, p. 39.
ARTICLE XII
TUMEURS CANCÉREUSES DE LA CHOROÏDE
La classification des tumeurs de la choroïde présente quelques difficultés à cause des variétés mixtes qui ont été rencontrées par les micrographes. Nous pensons pour le moment utile de distinguer deux variétés : sarcome et carcinome. D'après Virchow (1), ces deux formes peuvent se rencontrer ensemble, de même que l'une et l'autre peuvent être accompagnées de la formation d'une quantité plus ou moins grande de pigment, et constituer par conséquent le sarcome mélanotique, ou le carcinome mélanotique .
A. Sarcome choroïdien. — Cette tumeur naît le plus souvent dans le tissu conjonctif pigmenté de la choroïde, par conséquent au voisinage de la sclérotique, I et soulève toutes les couches internes de la choroïde elle-même, ainsi que la réline. I Elle peut naître, soit dans le segment postérieur de l'œil, comme l'avait observé I Landsberg (2), soit dans la région ciliaire et immédiatement derrière le cristallin, pareillement à ce qui a été décrit par Dor (3), Graefe (Jx) et par moi (5).
(1) Virchow, Pathologie des tumeurs, trad. franç., t. II, 1869, p. 279.
(2) Landsberg, Sarcome der Choroïdea {Archiv f. Ophth., Bd. XV, Abth. 1, 1869 I p. 210).
I (3) Dor, Archiv f. Ophth., Bd. VI, Abth. 2, p. 244.
(4) Graefe, Archiv f. Ophth., Bd. Vil, Abth. 2, p. 41.
(5) Galezowski, Moniteur des hôpitaux. Paris, 1860, n" 136.
CHOROÏDE.
Symptomatoiogie. — Au début de la maladie, l'œil, à rcxtérieur, ne présente aucune altération ; mais si la tumeur a pris naissance dans la région ciliaire, on aperçoit une légère rougeur périkératique dans la partie correspondante à son implantation. En même temps on remarque, dès son origine, que la chambre antérieure diminue de profondeur et plus particulièrement du côté de la tumeur.
C'est à ce moment que le malade s'aperçoit d'un rideau noir couvrant une partie du champ visuel. Peu à peu ce rideau envahit une plus grande étendue et commence à gêner la vision centrale.
Au début du sarcome postérieur du globe, j'ai vu des exsudations blanchâtres s'étendre en éventail au pourtour du nerf optique, et qui se propageaient en même temps à la réline. Dans le sarcome antérieur, on constate à l'ophthalmoscope, derrière l'iris, une tache noire, complètement opaque, d'une forme arrondie et bien limitée, pareille à celle que nous avons reproduite dans la figure 321.
FiG. 321. — Sarcome antérieur de la ctio- Fig. 322. — Position du sarcome de la choroïde visible à l'ophlhalmoscope. roïde dans l'intérieur de l'œil.
Lorsque la tumeur n'a pas encore atteint de très-grandes proportions, la rétine n'est que soulevée, la papille et le reste du fond de l'œil sont sains ; mais à mesure qu'elle se développe, elle refoule la rétine de plus en plus en dedans, et finalement amène son décollement, qui se présente à l'ophlhalmoscope comme un voile blanchâtre ou blanc grisâtre flottant derrière la tumeur (fig. 322). Cette dernière repousse le cristallin et l'iris en avant, comprime les nerfs ciliaires et amène une dilatation permanente de la pupille. L'œil devient de plus en plus dur et tendu, les vaisseaux péricornéens s'injectent, et si l'on ajoute à cela le trouble de la vue et les douleurs que le malade éprouve au pourtour de l'orbite, on aura tous les signes du glaucome. Sous l'influence de la pression exercée par la tumeur, le cristallin devient cataraclé, et bientôt la sclérotique s'amincit pour donner lieu dans cet endroit à la hernie.
La marche de la maladie est ordinairement assez lente, et il se passe plusieurs années avant que la tumeur vienne à perforer la sclérotique. Mais il arrive parfois qu'elle fait des progrès tellement rapides, que dans l'espace d'un an la tumeur remplit l'œil tout entier, comme cela est arrivé dans l'observation rapportée par nous.
Anatomîe microscopique. — La tumeur, au début, est localisée dans la choroïde, mais il se fait bientôt avec la sclérotique une adhérence si intime, qu'on pourrait croire qu'elle provient de celte dernière. Selon Virchow, le sarcome est caractérisé par la présence de cellules de forme et de grandeur différentes. Elles peuvent être en effet étoilées, fusiformes, contenant des noyaux et nucléoles.
TUMEURS CANCÉREUSES DE LA CHOROÏDE
Dans l'intervalle de ces cellules on trouve du tissu fibrillaire qui ne présente point de disposition aréolaire, et les cellules fusiformes sont au contraire disposées plus ou moins parallèlement. Très-souvent les sarcomes, sont tachetés, mélangés de parties blanches, grises, noires ou brunes; mais ils peuvent aussi présenter un aspect uniforme, couleur de sépia. Selon Hulke (1), on y trouve très-souvent des cellules étoilées et réticulées, quelquefois aussi rondes, pourvues les unes et les autres de grands noyaux et de grands nucléoles.
Dans le sarcome mélanique , les cellules sarcomateuses sont infiltrées de pigment, mais ces infiltrations ne s'aperçoivent que par des zones isolées, entourées de parties blanchâtres, grisâtres, et quelquefois semitransparentes. Les cellules de ces tumeurs sont arrondies ou fusiformes (fig. 323), leur disposition est celle du sarcome fasciculé. Dans l'intérieur des cellules on
constate, d'après Ranvier et Cornil, la fig. 323. — Tumeur sarcomateuse I présence de granules noirs, arrondis et mélanique, d'après Cornil f j.
réfringents.
! Étioiogie. — On a VU quelquefois le sarcome se développer après une blessure, mais habituellement il apparaît spontanément. Quelquefois on l'a vu naître à la suite d'une inflammation chronique de la choroïde (Bowman).
1 Cette maladie apparaît habituellement après l'âge de trente ans, rarement plus
I tôt. Elle atteint un seul œil; mais, si elle n'est pas extirpée à], temps, elle peut entraîner au bout de quelque temps l'amaurose avec atrophie de la papille de
I l'autre œil (Graefe).
B. Carciinome choroïdien. — Symptomatoiogîe. — Celte tumeur prend le plus souvent naissance dans les parties postérieures de l'œil ; elle augmente rapidement et se porte en avant, de sorte qu'on voit, à travers la pupille dilatée, le fond de l'œil réfléchissant la lumière d'une façon toute particulière, et qui ressemble à un reflet d'une plaque de cuivre. A mesure qu'elle s'avance en avant, elle repousse le cristallin et l'iris, et se porte en dehors, à travers la cornée ou la sclérotique qu'elle perfore, pour former à la surface du globe des bosselures plus ou moins marquées. La masse de l'œil et de la tumeur est poussée au dehors et il y a exophthalmie.
Au début, la maladie n'est point douloureuse, mais au bout de quelque temps I le malade éprouve des accès de douleurs périorbitaires très-intenses, et des élan- 1 céments très-vifs dans le globe de l'œil lui-même.
i I Plus tard la surface de la tumeur carcinomateuse s'ulcère et donne lieu à une suppuration fétide ; les veines des paupières et du front se dilatent, et quelquefois même, d'après Mackenzie, les glandes lymphatiques de la joue et du cou s'hyper-
1 I trophient. J'ai pu constater ce dernier fait chez une de mes malades au début de j l'afl'ection.
(1) Hulke, Transad. of the PathoL Soc, Lorid., 1857, vol. VllI, p. 320.;
(*) «, cellule fusifomne contenant du fjigment noir ; b, un élément complètement infiltré de pigment. — 220 diamètres.
CHOROÏDE.
Le carcinome prend souvent son origine dans la choroïde, et de là il se porte, soit en avant, soit en arrière. Mais il arrive souvent que le cancer extra-oculaire vient du fond de l'orbite, en débutant, soit par le nerf optique, soit par le tissu cellulaire, pour aller envahir ensuite le globe de l'œil lui-même.
Êtîoiogie. — Les carcinomes choroïdiens s'observent plus fréquemment chez es enfants que chez les adultes. D'après la statistique de Lebert (1), sur 22 maades, il y en avait 8 qui n'étaient pas arrivés à l'âge de dix ans. Les enfants scrouleux sont, d'après Denonvilliers et Gosselin, plus prédisposés que les autres. Quelquefois la maladie se montre chez ces enfants dans les deux yeux à la fois. Selon Paget, sur 103 cas d'encéphaloïdes, le globe de l'œil et l'orbite comptent pour 10 cas.
Anatomîe microscopique. — Le carcinome est caractérisé, d'après les micrographes modernes, par la présence d'un stroma fibreux limitant des alvéoles qui communiquent les uns avec les autres. Ces alvéoles contiennent des cellules nageant dans un liquide louche et lactescent. Plusieurs d'entre eux sont polygonaux, à angles mousses ou aigus; d'autres sont allongés en fuseau. A l'intérieur de toutes ces cellules on remarque un ou plusieurs noyaux ; souvent elles ressemblent aux cellules épithéliales. Ce qui est digne de remarque, c'est que le cancer médullaire ne contient point de traces d'éléments choroïdiens dans sa masse compacte, et, soit qu'il ait pour point de départ les membranes oculaires, soit au contraire qu'il vienne du fond de l'orbite, des paupières, etc. , ne présente dans sa structure que les cellules caractéristiques multinucléolaires, mais qui ne rappellent en rien par leur forme les cellules du stroma de la choroïde. Le contraire a lieu dans le sarcome choroïdien, où les cellules ont beaucoup d'analogie avec les éléments normaux de la membrane vasculaire désorganisés. Et c'est ici qu'on peut à juste titre établir avec Virchow cette différence, que dans le premier cas la maladie porte le cachet d'une hétéroplasie, tandis que dans le second on n'a affaire qu'à une simple hyperplasie.
Lorsque dans l'intérieur de ces cellules, ainsi que dans les alvéoles du stroma, on trouve des molécules pigmentaires, on donne à la tumeur la dénomination de carcinome mélanotique.
Marche et durée. — La marche de ces deux variétés de carcinomes choroïdiens est ordinairement très-rapide, et quelques mois à peine suffisent pour amener la perte de la vue et du globe de l'œil. Je dois dire pourtant que dans la durée de ces deux maladies il y a une différence très-marquée. Le cancer médullaire peut en effet détruire le globe de l'œil tout entier dans l'espace de huit mois à un an, tandis que le sarcome choroïdien développera les symptômes glaucomateux et amènera la perte de la vue^ mais sa généralisation aux autres membranes ne se fera que lentement, et pendant plusieurs années, comme on peut en juger par une observation rapportée par le docteur Landsberg.
Diagnostic différentiel. — L'augmentation du volume de l'œil et de sa densité nous donne un moyen précieux pour le diagnostic. On voit quelquefois, à la suite d'altérations profondes de l'œil^, qui ressemblent en apparence au carcinome, l'œil s'atrophier. Mais, comme le dit justement Desmarres, cette atrophie ne
(1) Lebert, Traité pratique des maladies cancéreuses, Paris, 1851.
COLOBOMA ET ALBINISME DE LA CHOROÏDE.
pourrait être rapportée à un encéphaloïde, mais i)lutôt à une exsudation profonde.
Pronostic. — Cette affection est excessivement grave, d'autant plus que malgré l'énucléation de l'œil, elle expose à des récidives, et se communique, au bout de quelque temps, au tissu cellulaire de l'orbite et au cerveau. La mort est alors inévitable.
Traitement. — La gravité de la maladie nécessite une prompte intervention chirurgicale, et plus vile l'extirpation sera exécutée, plus on pourra espérer d'enrayer la maladie dans son germe. Dans l'extirpation, on cherchera à enlever le nerf optique aussi loin que possible en arrière, puisqu'on sait que c'est le long de ce nerf que la maladie se propage très-souvent. Mais si le cancer est implanté dans les parties antérieures, ciliaires, on peut alors se contenter de faire l'énucléation par la méthode de Bonnet (de Lyon).
Dès qu'on aura trouvé la sclérotique perforée dans un endroit ou l'autre par ia tumeur, on aura nécessité d'enlever tout le tissu cellulaire de l'orbite et de cautériser le fond avec le fer rouge, afin de prévenir les récidives.
Bibliographie. — Lebert, Traité pratique des maladies cancéreuses. Paris, 1851. — Bowman, Un cas de tumeur de l'œil avec dissection [Médical Times and Gazette^ January 27, 1853). — Graefe, Tumoren der Chordidea {Archiv f. Ophth., 1860, Bd. YII, Abth. 2, p. ^0). — Galezowski, Tumeur externe de l'œil située derrière le o^istallin, dans la région ciliaire externe [Moniteur des hôpitaux, 1860, 136). — Hulke, Ophth. Hospital Reports, n" 3, p. 279. — Landsberg, Sarcom der Choroïdea {Archiv f. Ophth. ^ 1869, Bd. XV, Abth. 1, p. 210). — ■ Geste, Étude clinique sur le cancer de Vœil. Paris, 1866. — Demorquay, Sarcome de la choroïde \ extirpation de Vœil par le procédé Bo7i7iet ; ml artificiel {Ann. d'oculist., 1868, t. L\, p. 126). — Yirchow, Pathologie des tumeurs, trad. franç.^ t. H, 1869, p. 273.
ARTICLE Xlir.
COLOBOMA ET ALBINISME DE LA CHOROÏDE.
A. COLOBOMA. — L'absence partielle et congénitale de la choroïde, située le plus souvent dans la partie inférieure de l'œil, est appelé coloboma. Habituellement il est accompagné d'une même anomalie du côté de l'iris.
s^mptomatoiogîe. — Signes ophthalmoscopiques . — Cette altération se présente le plus souvent sous forme d'une tache blanche, ovale, située dans la partie inférieure et qui s'étend depuis le cristallin, en arrière, jusqu'au voisinage de la papille et même au delà. Cette tache est blanche, luisante, el ressemble beaucoup à une atrophie choroïdienne ; elle est constituée par le tissu de la sclérotique dénudée qui présente çà et là de légères marbrures grisâtres. Elle est parcourue, dans toute son étendue, de vaisseaux choroïdiens non atrophiés, dont les uns vont se confondre avec la membrane vasculaire, pendant que les autres se perdent dans la sclérotique qu'ils perforent. Les bords de la tache sont très -nettement accusés et bordés dans tout leur trajet de dépôts pigmentés noirs, comme on peut s'en assurer par une des figures de notre Atlas ophthalmoscopique ^ ainsi que par la figure 5, planche XII, de l'atlas de Liebreich. Quelquefois cette tache s'arrête près du bord de la papille ; dans d'autres cas, cette dernière est enveloppée de tous les côtés, et alors on ne reconnaît la papille que par l'origine d€s vaisseaux rétiniens et par une teinte légèrement rosée.
CHOROÏDE.
La rétine manque habituellement dans toute l'étendue du coloboma, comme on peut s'en assurer par 1 echancrure correspondante dans le champ périphérique \isuel.
Cette anomalie coïncide avec la myopie, ce qui tient probablement à une sorte d'ectasie scléroticale, qui est moins résistante dans l'œil mal conformé et arrêté dans son évolution. Elle peut aussi coïncider avec les anomalies du cristallin (cataracte zonulaire ou polaire) et de l'iris (coloboma). L'affection peut être héréditaire.
Bo Albinisme ou absemce du pigment dans la choroïde. — Cette anomalie existe habituellement dans les yeux dont les iris ont aussi le défaut analogue. Ces yeux sont âpi^elés al binotiques. La pupille de ces individus^ de même que l'iris luimême, paraît rouge; la lumière entre dans l'œil à travers la sclérotique et l'iris^ et est réfléchie dans tous les sens, ce qui donne la coloration rouge à l'œil. Ces yeux sont ordinairement très-sensibles à la lumière, et les malades sont forcés dg porter des conserves foncées, ou de cligner fortement. C'est une erreur de croire que les albinos sont myopes, les lunettes concaves ne leur améliorent point la vue. Il y a chez eux, ou arrêt de développement de la rétine, ou bien souvent exagération de la sensibilité pour la lumière, et il suffît de leur placer des lunettes sthénopéiques pour qu'ils puissent bien voir.
Pour préserver les yeux des albinos d'une action trop vive de la lumière, on leur fait porter des conserves teinte fumée, d'une forme creuse et de grand format. Cela? leur donne plus d'assurance dans la vue.
Bibliographie. — Von Ammon, Zeitschrift fur Opiithalmologie, t. I, p. 55. — Stellwag-, Zeitschrift der Gesellschaft der Aerzte. Wien, 1854, Jahz. 9^ p. 17. — Liebreich, Archiv f. Ophtlialm., Bd. V, Ablh. 2, p. 241. — Galezowski;, Atlas ophthalmoscopique, pl. XX.. — Jaeger, Hand Atlas. Wien, 1869, p. 36, et pl. IV, fig. 26.