‹ Traité des maladies des yeux (volume 4)Chapitre 73 sur 122 · TROUBLES D'ACCOMMODATION · texte numérisé non relu

TROUBLES D'ACCOMMODATION

ARTICLE PRElMIER.

PRESBYTIE.

Deux conditions sont indispensables pour l'accomplissement régulier de l'acte d'accommodation^ la contraction du muscle ciliaire et l'élasticité du cristallin. A une époque avancée de la vie, une de ces conditions tend de plus en plus à faire défaut; le cristallin, en elîet, devient plus ferme, plus consistant et moins élastique que dans la jeunesse, ce qui fait que le point le plus rapproché de la vision distincte p s'éloigne de plus en plus de l'œil, pendant que le point le plus éloigné r continue à rester à la même distance. L'œil voit toujours distinctement au loin, mais il y a une diminution de la force visuelle pour les objets rapprochés, et cet état porte le nom de presbyopie on presbytie. Ce n'est donc pas, comme on disait dans le temps, une variété de réfraction opposée à la myopie, mais un affaiblissement progressif de la faculté d'accommodation.

fS;fmptomatoiogie. — 1. L'œil à l'extérieur ne présente que très-peu de changement,tout au plus si la chambreantérieure diminue de profondeur et si la pupille se rétrécit. Le cristallin subit des modifications sensibles; il se densifie progressivement du centre à la périphérie, sans perdre de sa transparence ; chez certains individus il jaunit très-manifestement, ce qui fait que la pupille prend souvent une teinte verdâtre; quelquefois même les différents segments du cristallin se séparent par des lignes à peine ombrées et qui ont été bien souvent confondues avec les cataractes.

2. C'est ainsi que le presbyte éloigne d'abord le livre de 25 à 30 centimètres, puis il le tient volontiers plus loin, et ainsi de suite; enfin, il arrive à ne plus pouvoir lire les caractères ordinaires de l'imprimerie qu'à 60 ou 75 centimètres. Tout travail devient alors impossible, si ce n'est que lorsqu'il se sera servi des lunettes convexes convenables.

.3. La vision au loin se conserve ordinairement dans son intégrité parfaite, et le malade voit très-nettement les objets qui se trouvent même à de très-grandes distances. Donders parle aussi de la diminution de réfraction avec l'âge avancé, à peu près vers soixante-dix ans. Mais ne serait-ce pas là le fait d'hypermétropie latente?

t\. Les presbytes ont besoin d'avoir beaucoup de lumière pour voir bien à lire ; le demi-jour ne leur convient point. Une lumière éclatante est nécessaire surtout pour que l'objet soit mieux éclairé, que ses contours ressortent davantage, autrement il y a une diffusion trop grande qui empêche de le bien distinguer. C'est pour ceUc même raison que les presbytes, en lisant le soir^ placent la lampe entre le livre et leurs yeux.

5. La presbytie commence généralement vers l'âge de quarante -cinq ou quarante-huit ans; au moins c'est à cette époque de la vie que les personnes qui passent

RÉFRACTION ET ACCOMMODATION

leur temps à lire, à écrire, ou à tout autre travail d'application, sont obligées de prendre des lunettes convexes. Pourtant nous convenons, avec Dondeis, qu'on ne peut fixer à la presbytie que des limites artificielles, puisque la densification du cristallin, qui est la cause de presbytie, commence déjà dans la jeunesse, et le punctum proximum s'éloigne constamment; mais puisqu'il ne se fait sentir comme irouble visuel que vers l'âge de quarante-huit ans, nous avons le droit de rapporter le début de la presbytie à cette date.

6. La progression de la presbytie est proportionnée à l'âge, ce qui fait qu'on peut choisir des lunettes rien qu'en s'informarit de l'âge du malade, bien entendu si l'œil est emmétrope.

7. La presbytie peut exister dans un œil hypermétrope, comme elle peut aussi s'observer dans certains degrés de myopie (myopie à distance); nous nous en occuperons dans les articles consacrés à ces anotïialies.

8. Un des signes caractéristiques de la presbytie se trouve incontestablement, d'après Giraud-Teulon, dans cette amélioration sensible et soutenue qu'on obtient même avec des verres convexes faibles et bien au-dessous du degré nécessaire à la correction.

iVaitement. — Dès le commencement de la presbytie, l'usage des verres convexes pour le travail est indispensable; ils facilitent l'accommodation en ramenant le foyer sur la rétine. La figure 338 montre la manière dont la lentille L reporte

FiG. 338.

— Correction de la presbytie par les verres convexes.

l'objet de P' Q' en P Q. Donders a raison de condamner l'ancien préjugé de retarder autant que possible l'usage des lunettes ; non-seulement cela ne peut conserver la vue, mais tout au contraire il y a à craindre des altérations intra-oculaires à la suite des efforts que ferait l'œil pour voir les petits objets vaguement et avec beaucoup de difficulté. C'est à quarante-cinq ou quarante-huit ans que la presbytie débute, et c'est à cette époque qu'on prescrira les lunettes convexes, d'abord pour le travail du soir et puis pour le jour aussi.

Pour choisir les lunettes aux personnes presbytes, on devra se conformer aux indications suivantes : 1° s'assurer si l'œil n'est pas hypermétrope ou myope à distance; 2° s'informer de Tâge du malade; 3° voir à quelle distance le malade tient le livre pour lire; 4° prendre des informations sur le genre de travail pour lequel les lunettes sont nécessaires ; 5° si le malade a déjà porté des lunettes^ il faut exa-

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