ÉRYSIPÈLE, ÉRYTHÈME DES PAUPIERES
ces vésicules ressemblent à celles de la miliaire ou à des phlyctènes, on dit que l'érysipèle lui-même est miliaire ou phlyclénoide. La première forme est la moins grave, et ne cause pas habiluellement de désordres considérables. Il n'en est pas de même de l'érysipèle phlycténoïde : l'inflammation gagne le tissu cellulaire sous-cutané, et entraîne un sphacèle partiel. Cependant l'érysipèle des paupières guérit en général complètement sans laisser de désordre d'aucune sorte.
L'érysipèle des paupières est le résultat d'une transsudation séreuse et d'une infiltration de leucocytes, qui s'accumulent par foyers isolés dans le tissu cellulaire sous-cutané, comme cela avait été démontré par Michel (1). Par places il se forme de véritables petits abcès et le pus s'infiltre successivement dans le sarcolemme des muscles, dans le tissu graisseux et autour des glandes sébacés, sudoripares et des bulbes pileux.
Complications. — Les complications qui surgissent, soit pendant, soit après un érysipèle, sont les suivantes :
Phlegmon diffus avec ou sans abcès; tantôt le mal envahit le tissu cellulaire de la paupière et n'entrahie que des mortifications partielles et des raccourcissements consécutifs de cet organe, tantôt l'inflammation franchit la capsule de Tenon, gagne le tissu cellulaire de l'orbite, et amène une exophthalmie avec compression du nerf optique. Il en résulte à la longue une atrophie du nerf optique et la perte de la vue.
Des ulcères ou des furoncles de la face peuvent donner lieu à un érysipèle des paupières, caractérisé par la distension et dureté des parois veineuses. Il en résulte des collections purulentes dans l'orbite et le long des veines frontale et temporale, d'où la phlébite orbitaire ou des veines de la face pouvant se communiquer au sinus caverneux.
Les conséquences de cette phlébite peuvent être très graves au moment oii on s'y attend le moins. Et en effet, tandis que les symptômes externes s'apaisent, et que la suppuration diminue, on voit survenir soudainement une trombose des sinus, le déUre, le coma et les convulsions présage non douteux de l'issue fatale.
Dubreuil, Blachez (2), Guépin ont rapporté des faits de ce genre. Un fait semblable a été observé par moi et Léon Labbé, sur un malade, qui avait subi l'extraction d'un grain de plomb et l'excision du nerf sus-orbi(aire blessé.
Méningite. — Cette affection, qui a été signalée dans le courant de l'érysipèle de la face, ne peut pas être exphquée par la propagation du mal le long du nerf optique et du périoste, aux méninges, ou par la phlébite.
Blépharite ciliaire, conjonctivite et kératite. — Quoique très rebelle, cette com-, plication n'offre par elle-même aucun caractère de gravité. Rarement la cornéô! se perfore. Des altérations des ouvertures des glandes de Meibomius amènent successivement la chute des cils, et un trichiasis partiel.
Iritis. — Cet accident est rare. J'ai vu un exemple d'irilis monoculaire. E. Vidal (3) a rapporté un cas d'iritis double de moyenne intensité.
(1) Grœfe-SîBmich, Handb. der ges. Aiigenheilkunde, Bd. IV, Th. Il, p. 391.
(2) Blachez, Gazette heOdom., 18G3, n» 47.
(3) E. Vidal, Mem. de la Soc. de Biol. Paris, 18G3, p. 51.
Affections des voies lacrymales. — L'inflammation gagne les voies lacrymales et amène leur obstruction temporaire ou définitive. La tumeur lacrymale peut même se développer au bout de quelque temps.
Étiologie. — Il n'est pas douteux aujourd'hui que dans l'érysipèle des paupières il y a deux causes, une Iraumatique et l'autre infectieuse. Toute blessure soit des paupières, soit des parties voisines, peut donner lieu au développement d'un érysipèle. La plaie sera une voie d'entrée pour les germes infectieux, qui flottent dans l'atmosphère ou adhèrent aux objets de pansement, qui s'introduisent par conséquent dans la plaie. L'inoculation a lieu, et l'infection s'ensuit. D'après Verneuil, les personnes qui ont été atteintes une fois d'érysipèle sont prédisposées aux récidives; il explique la réapparition de la maladie par la présence permanente des microbes dans le cuir chevelu ou la barbe, et de temps en temps, à la faveur de la solution de continuité créée par l'eczéma, le prurit de nouvelles inoculations se produisent (1).
Dans les grandes villes, et surtout dans les hôpitaux, l'état atmosphérique et la constitution médicale sont des causes qui favorisent l'apparition de cette maladie.
Les affections morales et les désordres des organes digestifs peuvent contribuer à son développement.
Traitement. — 1. Les soins qu'on doit donner à l'érysipèle simple des paupières ne diffèrent pas de ceux que réclame l'érysipèle situé dans d'autres parties. On saupoudre ces parties avec la poudre d'amidon, on prescrit quelques légers purgatifs et l'on se borne en somme à la méthode expectante. L'émélique, administré au début, peut faire avorter le mal.
Le badigeonnage avec le collodion élastique vaseliné peut modifier d'une manière avantageuse l'inflammation palpébrale.
Des lotions avec la solution du sublimé au 1000^ peuvent enrayer le progrès de la maladie.
2. Notre intervention devient indispensable lorsque la maladie prend un caractère plus grave : quand elle se complique d'un abcès dans l'orbite ou lorsqu'il s'agit d'une phlébite. De fortes doses de quinine sont recommandées par L. Labbé.
3. Des complications du côté de la cornée ou de l'iris exigent des soins spéciaux, propres à ces maladies.
B. Érythème. — On le confondra facilement avec l'affection précédente, si l'on oublie que l'érythème n'est point accompagné de fièvre, et qu'il est plus circonscrit et plus superficiel que l'érysipèle.
La peau des paupières est rouge et privée, par places, de son épidémie. Quelquefois, elle suinte un liquide séreux, dans d'autres cas elle est complètement sèche, rugueuse par places, et ses papilles sont fortement gonflées. Le malade éprouve une sensation de chaleur et de démangeaison insupportable, que rien ne peut calmer. Une photophobie très intense et un larmoiement l'accompagnent, quelquefois la maladie prend l'aspect d'un érythème noueux.
Étiologie. — L'érythème peut être le résultat d'une irritation prolongée do la peau palpébrale par les larmes àcres qui accompagnent les conjonctivites
(1) Verneuil, Bulletin de la Société de chirurgie, séance du 14 sept. 1885 et Union méd., no 144.
ECCHYMOSE, ŒDÈME ET EMPHYSÈME DES PAUPIÈRES. 23 purulentes ou les irido-choroïdites traumatiques. Je l'ai vu aussi se produire chez les personnes scrofuleuses, souvent à la suite des cataplasmes ou des fomentations appliquées sur les yeux.
Traitement. - C'est à tort qu'on a recommandé l'application des compresses imbibées d'une solution d'acétate de plomb. J'ai vu l'érythème survenir tà la suite de ces fomentations. .
Le seul traitement efficace, c'est l'usage de la poudre de calomel porphyrise dont on saupoudre très souvent la surface des paupières malades. Si les croûtes se trouvent au milieu de l'érythème, on les enlève au fur et à mesure quelles se forment. Les malades se trouvent très vite soulagés, et la guérison ne tarde
pas à venir. ^ ,
Des cautérisations générales de toute la surface malade avec le crayon ou une solution concentrée de nitrate d'argent peuvent aider a la guenson.
BrBLioGRAPiiiE. - Richard Dobson, Medico-Chirurgical Transact., vol. XIV, p. 206. London, 1828. - Dubreuil, Gaz. hebd., 1863, 44. - Blachez, Gaz. hebd., 1863, n» 47. - Mathis Observation de deux cas d'érysipèle spontané de la face, suivi de troubles graves du côté de la vision [Rec. de mém. milit., 1869, p. 413). - Imre, iirysipel des Augenlides. ExQphlhalmus, {Klin. Monatsbl. 187G, p. 187).
ECCnYMOSE, OEDÈME ET EMPHYSÈME DES PAUPIÈRES
A. Ecchymose. — Les épancbements de sang sous-cutanés se rencontrent dans les paupières relativement assez souvent, et ils sont dus soit aux blessures et contusions directes, soit aux fractures de l'orbite et de la base du crâne; dans ce dernier cas ils sont appelés sympiomatiques. Ils peuvent apparaître spontanément à la suite de ruptures des vaisseaux palpébraux.
Les épancbements produits par une contusion directe n'ont aucune importance, ils guérissent tout seuls par de simples applications de compresses froides. Il n'en est pas de môme avec des épancbements sous-cutanés qui s'observent dans les blessures du crâne et de l'orbite. Le sang extravasé d'abord à la base du crâne chemine dans le tissu cellulaire sous-aponévrotique, puis il s'infiltre sous la conjonctive et dans la paupière. Quelquefois la quantité du sang épanché est tellement considérable qu'elle forme dans la paupière un vrai kyste, qu'on désigne sous le nom hématome. Velpeau a rapporté un cas vraiment remarquable, où la paupière a atteint une grosseur extraordinaire, mais le bandage compressif a fait disparaître rapidement l'épanchement.
Les ecchymoses spontanées des paupières sont rares; elles se rencontrent quelquefois avec les ecchymoses sous-conjonctivales à la suite des vomissements ou des efforts violents de toux, comme dans la coqueluche.
Les compresses d'eau blanche, d'arnica et le bandage compressif suffisent pour amener la guérison.
B. Œdème. — Le tissu cellulaire sous-cutané des paupières est très lâche, ce qui rend cet organe sujet aux infiltrations séreuses plus ou moins considérables, et aux œdèmes palpébraux.
Symptomatologie. — L'œdème est caractérisé par un gonflement et une boursouflure uniforme de la peau, avec conservation de sa teinte pâle et d'un certain degré de transparence. Les plis transversaux s'eflacent plus ou moins complètement, l'impression des doigts persiste ; les mouvements des paupières deviennent plus difficiles.
Le gonflement œdémateux varie d'intensité selon les individus et les causes qui l'ont produit. Chez les uns il est à peine appréciable ; chez d'autres il constitue de véritables bourrelets sous-cutanés, à demi transparents; chez d'autres enfln, l'œdème sous-cutané forme comme des poches pendantes et à demi fluctuantes.
Cet état n'est pas douloureux, à moins qu'il ne soit le résultat d'un traumatisme : dans ce cas, il peut être accompagné d'ecchymoses et d'une inflammation de la peau.
Si l'œdème est causé par une phlébite, il est accompagné de symptômes inflammatoires très graves, Garron du Villards lui donne le nom de phlegmatia alba dolens.
L'œdème des paupières ne constitue pas une maladie isolée et idiopathique, mais il est ordinairement la conséquence d'une hydropisie générale. Les personnes atteintes de l'albuminurie, de l'anasarque consécutive à la scarlatine ou aux maladies du cœur, etc., présentent souvent celte altération. Quelquefois il est occasionné par une contusion ou un érysipèle, par des affections de la cavité orbitaire ou de ses parois osseuses.
L'application trop prolongée d'un cataplasme de farine de lin sur les paupières peut provoquer un œdème suivi d'une éruption vésiculeuse. Les piqûres d'insectes venimeux ou des sangsues donnent lieu à un œdème considérable.
L'œdème congénital avec hypertrophie ou exubérance de la peau et du tissu cellulaire constitue une autre forme de la maladie. Les paupières sont aussi boursouflées et œdématiées, avec cette difl'érence que la peau présente des plis si larges et si épais, qu'ils descendent au-devant du bord libre et empêchent le malade de voir distinctement.
Traitement. — Il faut rechercher la cause qui a amené l'œdème ; si elle est accidentelle, le mal disparaîtra facilement avec la cause qui l'a produit.
Si l'œdème est idiopathique et s'il est consécutif à une maladie du cœur, à l'albuminurie, à l'état scrofuleux, etc., on devra chercher à combattre la cause générale.
Pour rendre la tonicité à la peau flasque et relâchée des voiles palpébraux, on fera appliquer sur les yeux des compresses d'eau blanche ou des solutions concentrées de tanin a. la dose de 5 à 20 grammes p. 100.
C. Emphysème des paupières. — L'introduction de l'air dans le tissu cellulaire sous-cutané amène un emphysème général ou partiel.
Deux conditions sont nécessaires pour la production de l'emphysème des paupières : fracture des os du nez ou de i'orbite et introduction de l'air à travers cette fracture dans le tissu cellulaire.
Dupuytren, Jarjavay (1) et Desmarres ont rapporté des cas très intéressants de fracture, soit de l'os unguis, soit du plancher interne de l'orbite. Le plus souvent, l'emphysème suit immédiatement l'accident. Gosselin a observé un cas
(1) Jarjavay, Compendium de chirurgie, t. IH, p. 100.
ECCHYMOSE, ŒDÈME ET EMPHYSÈME DES PAUPIÈRES. 2a
d'emphysème qui s'est produit spontanément vingt-deux ans après la fracture.
Quelquefois l'emphysème est consécutif âux fractures de la base du crâne qui établissent une communication entre l'orlite et le sinus frontal, et de là avec le tissu cellulaire de l'orbite et des paupières. Mackenzie, Midlemore, Weller, ont signalé l'apparition de l'emphysème palpébral sans aucune fracture, mais à la suite d'un violent élernument ou d'un effort pour se moucher. Il faut supposer que, dans ce cas, il se produit une déchirure de la membrane de Schneider dans un endroit correspondant à un trou anormal de l'os unguis à travers lequel l'air s'introduit dans le tissu cellulaire et produit l'emphysème.
Symptomatologie. — La tuméfaction des paupières, surtout de la paupière supérieure, survient subitement; elle est mollasse, mais l'impression du doigt ne reste pas. La couleur de la peau ne change point ; il n'y a ni chaleur ni douleur.
Le crépitement très caractéristique'est ressenti par la pression exercée avec la pulpe des doigts sur la paupière dans ses différentes parties. Cette sensation est produite par la migration de l'air à travers les mailles du tissu cellulaire.
L'emphysème palpébral n'est point douloureux, mais il peut se compliquer d'ecchymoses et d'esquilles osseuses; la pression devient alors douloureuse.
Dans le cas où le tissu cellulaire sous-conjonctival s'infiltre de gaz, on aperçoit de larges bulles transparentes sur le globe de l'œil. Ce même gaz, en s'introduisant dans le tissu cellulaire de l'orbite, amène une exophthalmie.
Pronostic. - L'emphysème palpébral ne présente aucune gravité, et la guérison s'obtient très facilement presque toujours. L'emphysème du tissu orbitaire constitue, au contraire, une complication qui rend la guérison plus lente et plus difficile.
Traitement. - Une compression méthodique sur la paupière et sur son angle interne suffit le plus souvent pour obtenir la résolution. On défendra en mcme temps au malade de s'abstenir de trop fortes inspirations et d'éviter 1 eternument.
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avec le collodion élastique peuvent être avantageusement employés.
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. , p. ^iij. Gossehn, Clmique chirurg., 3» édit., Paris, 1879, t. II, p 311
p.\upïère;s et sourcils.