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CHAPITRE PREMIER

ÂNA.TOMIE ET PHYSIOLOGIE

Anatomie - La cornée est une membrane transparente, qui complète eu avant la coque oculaire. Selon Helmholtz et Chossal.elle a la forme d'un segment ellipsoïde, dont la courbure est pins forte que celle de la scléroliqne.

Pendant la période du développement de l'œil dans la vie intra-ulérinc, la cornée est d'après Sappey, plus épaisse au centre qu'à la périphérie; plus tard, ces conditions changent chez certains individus; tantôt, dans la partie périphérique, la cornée des adultes mesure 0-,10, tandis qu'elle n'est au centre que de 0-,8; tantôt elle est partout de la môme épaisseur (Petit); et il arrive même souvent quelle est plus épaisse au milieu, commej'ai pu me convaincre dans un certain nombre de cas

La cornée est une membrane très forme, sa surface antérieure est convexe, dont le rayon de courbure est de 7 à 8 millimètres; d'après les calculs de Lami, la surface postérieure est concave, et sou rayon un peu plus faible.

Structure. - On distingue dans la cornée, non des lamelles, comme on l'a avancé il y a quelque temps, mais des couches superposées dans l'ordre suivant : 1° la couche

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Fig. 1^0. — Épithélium antérieur de la cornée (Ranvier) (*).

épithéliale; 2° la lame élastique antérieure ou membrane de Bowman; 3» la substance propre de la cornée ; 4° la lame élastique postérieure de Desceraet ou Demours : et 5° la couche épithéliale postérieure.

1. Couche épithéliale antérieure (fig. 120, a). — L'épithélium antérieur de la cornée constitue une membrane stratifiée analogue à l'épithélium de la conjonctive avec lequel elle est continue, et dans laquelle on peut distinguer trois couches : la couche externe formée de cellules aplaties ou paN^menteuses, la moyenne formée d'éléments cubiques, et la profonde dont les cellules sont cylindriques et à pied. Celte dernière

(•) m, couche superficielle de cellules lamellaires de la cornée du lapin; r' , couche moyenne de cellules îi fossettes; r, couche profonde de cellules cylindriques ; ft, membrane basale antérieure; e, tissu propre de la cornée (Ranvier, Leçons d'anatomie générale, cornée, 1881, p. 303.

CORNÉE

particularité consiste dans l'existonce d'un plateau qui leur sert de base d'implantation plateau réfringent et finement strié, peu marqué chez l'homme, mais démontré cependant, et qui adhère <à la lame élastique antérieure. En se rapprochant de la sclérotique, l'épithélium antérieur augmente d'épaisseur et se confond avec celui de la conjonctive.

2. Membrane basilaire antérieure ou lamelle de Bowman (fig 120 b) - C'est une couche homogène, amorphe, ressemblant à la lame élastique postérieure et à la capsule, sans la momdre apparence de structure.

Il n'est pas probable que celte lame soit réellement de la substance élastique; elle

Fig. 121. — Coupe transversale de la cornée desséchée, puis ramollie dans l'eau, après une traction dans le sens de l'épaisseur (*).

l'ig. 122. — Épithélium postérieur de la cornée de la grenouille (Ranvier).

ne possède point les caractères histo-chimiques du tissu élastique. Du reste elle émet par sa face postérieure de fines fibres de soutien, qui traversent la cornée pour aller se fixer à la lame élastique postérieure. Elle constitue donc avec ces fibres suturales et la lame de Descemet la charpente connective de la cornée.

3. Substajice propre de la cornée (fig. 120, c,c,c). — Elle forme la partie essentielle de cette membrane et est appelée par Ch. Robin (1) tissu cornéen. La structure intime de la cornée n'est pas encore complètement connue, et le résultat des recherches faites à ce sujet diffère selon que l'on s'est servi pour les préparations de tel ou tel agent. Recklinghausen et His sont arrivés à. des résultats précis en employant des solutions de nitrate d'argent pour la macération et la préparation de la cornée : et T^lus récemment la. méthode de Z'o?- (imprégnation parle chlorure d'or) a donné entre les mains de Conheim, Kôlliker, Schveigger-Seidel, Langerhaus, Lloyer et Ranvier (2), les notions les plus positives sur cette structure si compliquée; aujourd'hui on connaît bien :

a. Lsi substance 'fibrillaire, formée par la réunion des faisceaux de fibrilles lamineuses, que l'on dislingue mieux quand on les traite par l'acide acétique ou lorsqu'on

(*) A, épithélium coriiéeii externe ; B, couclie amoi-phe externe ; C, cornée proprement dite ; D, couche amorphe interne ; E, épithélium cornéen interne ou postérieur (Cruveilhier, Anat. descript. Paris, i86S,. t. H, p. 626).

(1) Robin, Programme du cours d'histologie, 2° édit. Paris, 1870, p. 2.ï4.

(2) Ranvier, Leçons d'anatomie générale, la cornée, 1881.

ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE

les dilac6re. Les faisceaux ne sont pourvus ni de gaines ni de fibres enveloppantes, et ne sont séparés entre eux que par une substance fondamentale ou ciment que Waldeyer désigne sous le nom de substance de ciment interfihrillaire fasciculaire, pour le distinguer d'une autre portion de cette même substance, à laquelle il donne le nom de substance de ciment interfibri/laire.

Les faisceaux sont tous d'égale. épaisseur et entre-croisées à angle droit, formant à leur tour des lamelles.

La substance fondamentale ou ciment soude les fibrilles, les faisceaux et les lamelles entre elles, de manière à former une masse compacte.

Après fixation par l'acide osmique on se rend bien compte que les fibrilles sont groupées en faisceaux pour former des lames. Mais ces lames ne sont pas indépendantes et empilées comme des planches superposées; elles s'entrecroisent en maints endroits et s'unissent par des faisceaux obliques ou perpendiculaires.

On a beaucoup discuté sur l'existence de tubes démontrés par des injections et qui

Fig. 123. — Cornée traitée par le jus de citron et le chlorure d'or. (Coupe parallèle

à la surface (Ranvier.)

seraient, d'après Bowmaun (1), des espaces préformés existant dans la cornée. Aujourd'hui on les regarde comme des produits artificiels.

Dans la substance propre de la cornée ou dans le ciment on reconnaît des lacunes ou des canaux, sorte de cavités lenticulaires qui communiquent entre eux. (Voy. fig. 12 J , C). Entre ces faisceaux existent des lames, qui ont été prises par Bowman pour des tubes ou des canaux {corneal tubes de Bowman). Les faisceaux de la cornée se continuent sans interruption avec celles de la sclérotique (figure 120) ; la séparation enlre les deux membranes est tout à fait artificielle.

b. Les cellules ou corpuscules étoiles de la cornée sont des cellules à noyau, pourvues de nombreux prolongements, au moyen desquels elles s'anastomosent les unes avec les autres (fig. 122). Ce sont les corpuscules du tissu coujonctif de Virchow ou les corps fibroplastiques de Ch. Robin, que l'on retrouve aussi dans la sclérotique.

(1) Bowmann, Leçons faites à l'hôpital ophlhalmologique de Moorûelds.

CORNÉE

Ces cellulns sft présentent sous uu aspect tout fait différent suivant que la coupo est faite parallèlement au centre ou parallèlement à la surface. Dans le premier cas les cellules apparaissent (figure 122); dans le second, au contraire, elles ressemblent beaucoup à la coupe longitudinale des tendons et laissent voir des éléments fusiformcs.

Ces cellules -occupent les interstices des faisceaux de la cornée. Elles ne sont point situées dans les carrefours des canalicules du suc, comme le voulait Recklingliausen ; elles ne forment pas non plus un revêtement endotliélial à ces faisceaux suivant l'opinion de Lloyer. Ranvier, dans de remarquables expériences faites sur ces cellules vivantes et isolées, a montré qu'elles ont une existence indépendante, et sont bien de vraies cellules connectives. Il n'est pas probable du reste qu'elles soient excitables et capables de changer activement de forme; elles sont fixes.

En outre, on observe facilement dans la cornée des cellules migratrices, lymphatiques, qui n'ont rien de spécial à cette membrane, et que l'on peut suivre dans une cornée vivante conservée à la chambre humide.

Les fibres de la cornée, de même que les cellules, sont pénétrées d'un liquide transparent, aqueux, coagulable comme de l'albumine. Lorsqu'on l'exprime, la cornée perd sa transparence. Plongée pendant deux ou trois jours dans l'eau, elle augmente d'épaisseur d'une manière très sensible. Le même épaississement s'observe dans l'état pathologique de cette membrane, lorsqu'elle est atteinte d'une kératite suppurative ou granuleuse.

4. Lame élastique postérieure ou membrane de Descemet ou de Demours (flg. 120, d, et fig. 121, D). — C'est une membrane uniforme, homogène et amorphe, comme la lame élastique antérieure, mais plus mince que cette dernière. Elle résiste facilement à la pression, ce qui fait que, dans les ulcères qui ont détruit toute la couche propre de la cornée, la lame élastique, pressée par l'humeur aqueuse, s'engage dans l'ulcère et forme pendant quelque temps une vésicule transparente. Celte lame s'épaissit à la périphérie de la cornée et se réfléchit vers l'iris pour constituer le ligament pectiné. D'après de récentes recherches la lame de Descemet ne serait pas anhyste, mais composée de lamelles superposées.

5. Couche épilhéliale postérieure ou épithélium de l'humeur aqueuse (fig. 120, e, et fig. 121, E). Celle couche est composée d'une simple série de cellules polygonales placées côte à côte et unies à leurs bords.

Vaisseaux sanguins. — La cornée dans l'état saiu ne contient point de vaisseaux. Mais il n'en est pas de même pendant la vie intra-utérine. Selon Ch. Robin, jusqu'au sixième ou au septième mois de la vie intra-utérine, la lame élastique antérieure est parcourue par un réseau capillaire en continuité avec ceux de la conjonctive, qui empiètent sur la cornée de 1/2 à 1 millimètre. Dans un grand nombre d'affections cornéennes superficielles, les vaisseaux se régénèrent dans celte couche avec la plus grande facilité; ils proviennent alors de la capsule de Tenon et de la conjonctive.

Vaisseaux lymphatiques. — Les vaisseaux lymphatiques, encore contestés par plusieurs anatomistes, ont été étudiés par Recklinghausen à l'aide de l'imprégnation d'argent. D'après cet observateur, le réseau des canalicules communiquerait avec les espaces lymphatiques de la conjonctive, et serait même le véritable point de départ des lymphatiques du globe de l'œil. Les recherches de Th. Leber (1), faites au moyen* d'injections d'essence de térébenthine colorée de sang-dragon, ont abouti aux mêmes résultats; il a démontré que la cornée contient un réseau canaliculaire qui communique avec le réseau analogue conjouctival. Selon toute probabilité, c'est le réseau lymphatique qui reste cependant contesté par les savants les plus autorisés, et notamment par Ranvier.

]Ve?ys. — Les nerfs de la cornée ont été observés par Schlemm en 1 830 et leur disposition plexiforme par Pappenheim en 1842. Lloyer, Cohneihm, Kôlliker et Ran-

(1) Leber, Ueber die Lympha, der Hornhaut{Klinische Motiatsbl., janv. et février 1866).

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vier ont complété cette étude. Nous renvoyons aux remarquables leçons de ce dernier auteur (/oc. cit.), pour la description détaillée de cet appareil nerveux. Sommairement il est composé d'un plexus en couronne, situé au pourtour de la cornée et dont les branches afférentes sont formées par les nerfs ciliaires. De ce plexus annulaire ou marginal, constitué par des fibres à myéline, se détachent des tubes nerveux qui pénètrent symétriquement dans la cornée, se dépouillent peu à peu de leur myéline, et forment à la surface de cette membrane, près de la lame élastique antérieure, un

Fig. 134. — Nerfs de la cornée (Ranvier).

par des boutons plats. Ces boutons soa lo jou s Cr s tl t^r'"?' cellules; ils n'out point de eooue.ion avec ;i s ~ d ce es c ,1^^' 7' '"^ Cat 'P"-^«a>e. mais .e „otteM ^^ais^te^or da /eT

GAtBZOWSKI, 3e édit.

CORNÉE

O«voloppement. — Dbs que s'est formée la vésicule optique secondaire, on trouve au devant du crislallin une masse incolore hyaline composée de deux parties : 1° l'antérieure, dérive de l'épibkste et formera l'épithélium de la cornée; 2» la postérieure, dérive du mésoblaste. Les cellules mésoblastiques envahissant cette dernière portion, la déverseront en deux lamelles qui vont former les lames élastiques antérieures et postérieures, tandis que les cellules constitueront la membrane propre de la cornée.

l^hyslolosie. — La nutrition de la cornée se fait aux dépens des cellules cornéennes, et c'est l'humeur aqueuse qui paraît fournir les éléments nécessaires à cette nutrition. Les expériences établies par Gossclin ont démontré, en effet, que la cornée a sur le vivant une perméabilité et une propriété eudosmotique des plus prononcées. D'autre part, les ansCvS vusculaires, très nombreuses, qui existent au bord de cette membrane apportent à leur tour des matériaux qui peuvent se transporter par endosmose dans les cellules et y entretenir la vie.

Mais ces conditions étant insuf Osantes pour la régénération des parties altérées de la cornée, des vaisseaux de nouvelle formation y apparaissent et pourvoient à la nutrition pendant toute la durée de la maladie.

Le rôle optique de la cornée est très grand : c'est le premier milieu réfringent dans lequel se réfractent les rayons lumineux qui se rendent à la rétine. Selon Krause et Chossat, la valeur de l'indice de réfraction est de 1,330 à 1,3523 ; par conséquent, c'est dans cette membrane que les rayons lumineux qui se rendent à la rétine subissent la plus grande réfraction; et l'on comprend dès lors pourquoi, comme Donders et Kuapp l'ont établi, les moindres irrégularités dans la conformation de cette membrane amènent l'astigmatisme.

Comme nous l'avons vu, la cornée reçoit son innervation des branches de la cinquième paire. Magendie a démontré qu'en la détruisant dans le crâne, on rend l'œil plus saillant, la cornée plus terne, et, au bout de quelques jours, son opacité se prononce de plus en plus, l'engorgement des vaisseaux conjonctivaux augmente, la tache se transforme bientôt en ulcère qui se perfore et entraîne la perte de l'œil. Mais ce n'est pas une règle absolue; Claude Bernard et Schiff ont indiqué plusieurs, circonstances dans lesquelles la section du nerf occasionnait une altération plus tardive, qui même, dans quelques cas, ne se produit point. L'éminent physiologiste français explique cette circonstance par le siège de la blessure. Plus on s'éloigne du ganglion de Casser en arrière pour se rapprocher de l'origine cérébrale, moins on a de lésions de nutrition dans l'œil.

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