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CHAPITRE VI (bis

DIGITALINOÏDES

unes.

Art. II. — Strophantus et Strophantines.

Physiologie. — Les premières données sur l'action du ou des jjjgj^j^.^ strophantus sont dues à Fraser. (1883-1887). La découverte de physioce moyen appartient à Livingstone qui rapporta du Zambèze '°du"° un poison de flèches donl Pelikan étudia l'action physiologique phantus en le confondant avec un autre poison de ce genre appelé l'inée. ^^^^^^ Fraser trouva que le strophantus agit sur le cœur comme la digi- phantaleet le groupe digitalique.Depetites doses, dit-il, renforcentla systole du cœur, et ralentissent le pouls ; de fortes doses paralysent le cœur et le mettent dans un état de contraction rigide, systolique, et cette action se produit même quand le cœur est soustrait à l'influence du système nerveux cérébro-spinal. 11 annonça encore d'autres faits, à savoir que la pression sanguine subit une élévation accompagnée parfois de polyurie, que le strophantus influence les vaisseaux infiniment moins que ne le fait la digitale etqu'en résumé la forte pression par le strophantus est due bien moins à la contraction des muscles vasculaires qu'àla pression digitaliforme. Mais autant la partie thérapeutique de ces travaux présentera de l'intérêt, autant le côté physiologique laissera à désirer. Les expériences de Fraser ont été faites avec les teintures d'ailleurs très variables de strophantus, ou avec un produit mal déVini qu'il a appelé strophantine, et celle-ci ne ressemble en rien aune strophantine allemande de Merck qui est une poudre amorphe soluble et devenant opalescente en solution, produit peu apprécié et peu employé; elle ressemble encore moins à la strophantine que nous nous permettrons d'appeler française.La solution aqueuse (débarrassée de l'alcool) qui servit à Langaard pour tenter quelques expériences nedonna pas de résultats plus sûrs que la

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teinture employée par Fraser ; elle servit seulement à démontrer que de fortes doses injectées sous la peau font tomber la pression d'une manière incessante jusqu'à la mort, après avoir produit une impression très modérée. Mais à peu près en même temps Pashkis et Zerner reprenant des expériences avec une strophantine, conclurent comme Fraser à la haute pression, et au ralentissement du pouls.

Or les modifications de la pression artérielle, et la fréquence des pulsations ne nous apprennent que partiellement les péripéties de l'activité du cœur, et en général les expériences qui ne portent que sur la pression carotidienne ne se rapportent qu'au ventricule gauche. Cette mesure de la pression carotidienne nous apprend d'ailleurs seulement ce qui se passe de l'aorte aux capillaires, et ne nous dit rien sur le courant sanguin dans les capillaires et les veines. Pour être exact, il faudrait s'enquérir aussi de ce qui se passe dans les veines, et dans l'artère pulmonaire, etde plus danscette artère comparée avec l'aorte. Telles sont les remarques très judicieuses qui président au travail expérimental dePopper. (Zeit fur kl. med mai 1890). Il ignorait celui que nous avons publié avec Gley en janvier 1889; et il a malheureusement opéré avec une strophantine défectueuse (celle de Merck). Le glycoside dont nous nous servîmes présente une composition parfaitement définie. Elle a été préparée par Frédéric Wurtz et comparée avec celle d'Arnaud (du Muséum) ; ces deux produits sont identiques, le dernier présente seulement une toxicité plus grande ce qui tient à son absolue pureté chimique. Voici les résultats de nos expériences et de celles de Popper.

I. Action de la strophantine sur le cœur et la circulation. Parmi les effets physiologiques de la strophantine, c'est son action sur le cœur et la circulation, qui prédomine d'une manière évidente. Sous l'influence d'une dose de 1/40 de milligram. injecté sous la peau, le cœur de la grenouille s'arrête au bout de dix minutes environ, et cela en systole; il est alors complètement inexcitable, soit mécaniquement, soit électriquement. L'action de la strophantine sur le cœur de la grenouille est même si rapide que souvent il n'est pas possible de bien analyser cette action. On obtient les mêmes effets, quand on a préalablement détruit le bulbe et la moelle.

ART. II. — STROPHANTINE

Sur le chien ou sur le lapin (curarisés ou non) on observe une série de phénomènes très intéressants en enregistrant les variations de la presssion sanguine intrà-artérielle dans les deux bouts d'une artère, carotide ou fémorale, au moyen du manomètre double de François Franck. On voit qu'on évite ainsi l'inconvénient signalé par Popper, qui ne cherchait que la pression carotidienne.

La dose employée variait de 1 milligr. 1/2 (pour le lapin) à 4 milligr. (pour le chien) en injection intrà-veineuse ; la dose mortelle moyenne pour le chien d'un poids moyen de 11 kilogr. est de 3 milligr. à 3 gr. 1/2 de strophantine de Wurtz.

(a) Forte pression et ralentissement du cœur. Les phénomènes cardio-vasculaires sont les suivants :

Première période , peu après l'injection, ralentissement du cœur plus ou moins marqué, augmentation d'énergie de la contraction du cœur ; élévation considérable de la pression.

Deuxième période. Qui dure jusqu'à l'arrêt du cœur. Arythmie ; courtes phases d'accélération , ralentissement plus persistant, systoles avortées ; pendant tout ce temps la pression est très élevée ; ce n'est qu'à la fin qu'elle s'abaisse un peu. Quelquefois même il y a encore une surpression précédant une chute soudaine qui coïncide avec l'arrêt du cœur. Sur le lapin la phase primordiale ou ralentissement avec augmentation de l'amplitude des oscillations sanguines, malgré la pression élevée est plus marquée que chez le chien. Toutes ces variations de pression sont les mêmes dans le bout périphérique et dans le bout central de l'artère.

(b) Vaso-constriction. Cette indépendance de la pression sanguine (constance de l'effet vaso-constricteur) par rapport aux modifications que subissent les mouvements du cœur, montre déjà que la strophantine détermine des actions vasomotrices directes. Cette indépendance n'est-elle pas des plus remarquables, puisqu'elle persiste même pendant la période où le cœur est ralenti ou irrcgulier ? D'autre part, à supposer qu'il existât quelque rapport entre l'élévation de pression et l'augmentation d'amplitude de la contraction cardiaque, il n'est cependant pas admissible que ce dernier fait puisse déterminer toujours et complètement le phénomène, de pression

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diaque. Il est donc probable qu'à l'activité exagérée du muscle cardzaque correspond aussi l'exagération de la tonicité artérielle qui détermine la vaso-conslriction dont il s'agit

Ceiio vaso-constriction, qui constitue un des phénomènes essentiels de l'action de la strophantine, est d'ailleurs très générale. Simultanément avec les variations de la pression périphérique nous avons, en effet, étudié celles qui surviennent dans les vaisseaux du rein, au moyen du néphrographe de Roy, appareil inscripteur des changements de volume du rem, et nous avons vu que les tracés fournis par cet appareil emoignent d'un resserrement des vaisseaux rénaux {diminution de volume du rein).

Sous quelle influence se produit cette vaso-constriction ? tst-elle d origine centrale ou périphérique ? Toutes les modihcations que nous venons de décrire se produisent, quoique moins marquées, bien entendu, quand on a préalablement sectionne le bulbe. A la vérité, en détruisant le bulbe, on n'a pas détruit tous les centres vaso-moteurs, puisqu'on admet aujourd'hui très généralement que la moelle en contient.

Nodis avons alors énervé complètement un membre et enregistré les variations de la pression dans le bout périphérique de l'artère de ce membre, comparativement avec la pression artérielle dansle membre syraétrique;de plus le bulbe étaitsectionné. Dans ces conditions on observe encore la phase de ralentissement très peu marquée cependant, l'élévation de pression (vaso-constriction générale), puis la phase d'irrégularités. Les modifications de la pression dans l'artère du membre énervé sont seulement moins marquées, mais elles sont de même sens.

De cette expérience, que nous avons faite plusieurs fois, nous croyons pouvoir conclure que la strophantine, si elle agit sur les centres vaso-moteurs bulbo-médullaires, comme le montre l'atténuation des phénomènes observés après la destruction du bulbe ou l'énervation pratiquée dans un membre, agit aussi sur les fibres lisses elles-mêmes des vaisseaux. Mais l'analyse ne peut être poissée plus loin, pas plus pour les effets cardiaques que pour les effets vasculaires.

(c) Pression veineuse. Les rapports de la pression veineuse avec k pression artérielle ont une portée pratique, quand on

ART. II. — STROPHANTINE

les étudie au point de vue de lastrophantine. Lapression artérielle c'est-à-dire la pression du pouls n'est pas la mesure de l'action favorable de la strophantine ; il faut surtout prendre en considération ce qui se passe dansles veines. L'affaissement des veines préalablement gonflées doit faire porter un bon présage sur les effets thérapeutiques de lastrophantine bien plus que sur l'apparition d'un pouls fort ; c'est là l'idée bien développée par Popper.

(d) Action sur les nerfs du cœur, sur la respiration. Ces nerfs ne se modifient en rien, du moins dans la première période. L'excitation électrique du pneumo-gastrique, de l'accélérateur, du nerf dépresseur de Gyon, reste sans effet appréciable.

La respiration subit chez le chien et le lapin des modifications variées, qui n'ont pas de rapport avec le ralentissement ou l'accélération du cœur ; les mouvements respiratoires s'accélèrent d'abord, puis se ralentissent; à dose toxique, ce ralentissement devient bientôt extrême et la respiration s'arrête.

{e) Action sur la sécrétion rénale. Étant donnée cette vasoconstriction très générale dont nous avons parlé, on comprend que la sécrétion rénale doit être très ralentie. C'est, en effet, ce que avons observé dans plusieurs expériences sur le chien, où nous avions placé une canule dans chacun des uretères, en même temps que nous suivions les variations de lapression sanguine ; nous avons vu la sécrétion rénale, après l'injection, se réduire de moitié d'abord, puis des deux tiers. Ce fait concorde avec les résultats des autopsies, où l'on trouve les reins congestionnés. Dans une autre série d'expériences, nous avons enfermé un chien dans une cage construite de façon à ce qu'on puisse recueillir toutes les urines, e t nous n'avons pas constaté de différence appréciable dans la quantité émise avant ou après l'injection sous-cutanée de doses variées de strophantine. L'expérience était, bien entendu, suivie pendant plusieurs jours.

60 Concordance physiologique et thérapeutique des effets de la strophantine. — Au point de vue physiologique, les deux faits les plus saillants sont l'augmentation d'énergie de la systole (à une certaine période de l'action de la strophantine), coïncidant avec l'élévation de la pression intra-artérielle.

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Ce fait de 1 augmenlalion d'amplilude de la conlraclion cardia que et par eonséquent. de la pulsation artérielle expUnue san" doute les traces .phycJ„^ograph^,,ue. si constants dans nos ob serval.ons ; c'est cependant là un phénomène très rare puisaue nous savons que, d'une façon générale, sinon constante „ua„d la pression intra-artérielle est très élevée, l'amphtude de la pulsafon artérielle diminue. Mais, dans le cas pr sent 1 s traces hemomanométriques semblent nous fournit une expli Ti:Z^r'' " ™ contradictolrfl'a Ainsi, l'action la plus utile de la strophantine, et qui est révélée surtout par l'expérimentation, consiste dans l'.co™L'l menl de l acHvUé du cœur ; c'est là l'indication véritable du meaicament.

70 Comparaison avec la digitaline. - 1" Son pouvoir sur l'activité fonctionnelle du cœur est manifestement inférieur à celui de la strophantine. 2° On a accordé en outre à la strophantine la propriété de produire son effet cardiaque et de ménager en même temps la contractilité des vaisseaux ; c'est une grave erreur de Fraser. 3» Nous avons vu au contraire, que la strophantine produit une vaso-constriction générale, de sorte que sous ce rapport elle a de l'infériorité vis-à-vis de la digitale La clinique prouvera ces faits.

II. Thérapeutique pratique. 1 o c'est surtout dans les lésions delà murales, particulièrement dans les rétrécissements de Vorifice phantine mitral, moins à^n^ V insuffisance de l'aorte, que les résultats ont ete favorables ; - et voici comment : l'action cardiaque a ete manifestement augmentée, comme le prouvait l'examen sphygmographique ; dès la première heure, le pouls déprimé petit et faible, se relevait visiblement; la ligne d'ascension', souvent presque horizontale, devenait rapidement verticale ou a peu près; le sommet présentait de l'acuité, et la ligne de descente n'était plus entrecoupée par des saillies élastiques (signes de faiblesse de la contractilité de l'artère), très prononcées auparavant, presque effacées maintenant. En outre les irrégularités et les inégalités du pouls disparaissaient, mais non d une manière constante. — Nous avons observé ces faits même quand le cœur avait perdu de sa force, quand il n'y avait plus de cowpen^a/ion, quand enfin il existait des stases pulmo-

Indications

ART. II. — STROPHANTINE ET STROPHANTUS

naires et des stases veineuses avec œdème à la périphérie. Mais dans aucun de ces cas, il n'y eut de soulagement de l&dijspnée, ni de diurèse, ni, par conséquent, de diminution de Foedème.

2o Dans les dilatations et les hypertrophies non fibreuses, qui dépendaient d' artérioscléroses généralisées et dont quelquesunes étaient arrivées au trouble de compensation, les mêmes conséquences suivirent l'administration de la strophantine, à savoir : relèvement du pouls, soit au toucher, soit au sphygmographe ; retour des forces générales ; sous ce rapport, il n'y avait aucune distinction à établir entre les maladies avec excès de tension ou avec diminution de tension, ce qui est loin d'être facile et surtout durable.

30 Dans les angines de poitrine vraies qui résultent toujours d'un rétrécissement des artères nourricières du cœur (artères coronaires), la strophantine, loin d'être utile, aggravait souvent les accidents et les souffrances.

40 Du reste, peu d'action fâcheuse sur Vestomac, sur Vencéphale ; les vertiges furent cependant notés un certain nombre de fois comme effet médicamenteux.

Des résultats analogues, mais non identiques aux nôtres ont été obtenus à la clinique de Drasche, avec la strophantine de Merck.

1° Le renforcement immédiat du pouls, ce qui est constant.

2° La cessation de l'arythmie au bout de 2 à 3 jours.

30 La disparition de la dyspnée, ce que je n'ai pu vérifier.

A° La diurèse ne s'établit qu'à la longue?

3° En général, la strophantine agit plus faiblement que la teinture de strophantus^ qui lorsqu'elle est supportée est plus sûre et plus active à certains égards. Ceci prouve que la strophantine employée par Drasche n'est pas la vraie, et que la teinture des trophantus n'est pas toujours tolérée.

III. Indications du strophantus. Nos recherches sur la strophantine française ont été analysées avant les études sur les préparations de strophantus, teintures, poudres, pilules qui sont moins précises. C'est un fait aujourd'hui hors de contestation que les teintures qui sont employées de préférence varient singulièrement dans leur force, de sorte que les mécomptes et les inconvénients doivent être attribués h dos préparations mauvaises ou inégales. Il règne en effet

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