Inflammation de la choroïde 17S
Inflammation de la choroïde et atrophie de la rétine . . .182
Petit cône dans un œil myope 1S4
Cône moyen dans un œil myope par staphylôme postérieur . 1S5 Très-grand cône dans un œil myope par staphylôme postérieur 187
Double cône dans un œil myope par staphylôme postérieur . 1S9 Cône en forme de croissant en haut et en dedans, dans un
œil myope par staphylôme postérieur 192
Cône avec déplacement de la rétine sur le nerf optique dans
un œil myope par staphylôme postérieur 193
Cône foncé dans un œil myope par staphylôme postérieur .196 77 noir „ „ „ „ „ „ „ 197
Cône dans un œil hypermétope 199
Atrophie du pigment épithélial dans un œil myope, par staphylôme postérieur 200
Excavation congénitale et atrophie du pigment épithélial dans
un œil myope par staphylôme postérieur 203
Cône avec vaisseaux choroïdiens nettement visible dans un
œil myope par staphylôme postérieur 205
Tubercules de la choroïde dans un œil myope par suite de staphylôme postérieur 206
Page
PI. XXVIII, fig. 122. — Inflammation de la choroïde dans un œil myope par sta-
phylôme postérieur 20S
a „ n 123. — Inflammation de la choroïde dans un œil myope par sta-
phylôme postérieur 210
n n a 1-4. — Inflammation de la rétine et de la choroïde avec développe-
ment de pigment dans un œil myope par staphylôme postérieur 212
PI. III, fig. 21 et PI. XXIX, fig. 125. — Inflammation de la choroïde avec trouble
du corps vitré dans un œil myope par staphylôme postérieur 215
PI. XXIX, fig. 126. — Inflammation de la choroïde dans un œil myope par staphylôme postérieur 217
PI. III, fig. 23 et PI. XXIX, fig. 127. — Inflammation de la choroïde et de la sclérotique avec opacités du corps vitré dans un œil myope par staphylôme postérieur 220
PI. III, fig. 22. — Opacités du corps vitré dans un œil myope par staphylôme postérieur et 224
PI. XXIX, fig. 12S. — Inflammation de la rétine et de la choroïde avec opacités
du corps vitré dans un œil myope par staphylôme postérieur 224
PL I. Fig. 1 et 2.
S y ii é chics -post é r le u r e s.
.T. W., maçon, âgé de 25 ans, de taille moyenne, d'un extérieur maladif, a été rachitique dans son enfance, et a en la rougeole à l'âge de neuf ans. Depuis ce temps-là, il a souvent souffert d'affections catarrhales des voies respiratoires et intestinales, et il eut une pneumonie dans sa dix-huitième année.
Il y a un an qu'il s'aperçut pour la première fois, qu'avec son œil droit il ne pouvait, surtout au grand-jour et à la lumière solaire directe, apercevoir les objets aussi nettement qu'auparavant. Il les voyait, alors comme à travers un nuage fin, uniforme et grisâtre, et il ne les distinguait avec la netteté habituelle qu'à la condition d'avoir un éclairage modéré. Ce nuage avait augmenté progressivement, mais d'une façon constante dans les mois suivants; peu à peu il s'était montré aussi à un l'éclairage faible et avait fini par acquérir une. telle épaisseur que, depuis six mois, le malade ne parvient plus qu'à distinguer les gros objets.
Depuis quatre mois, un nuage s'était développé de la même manière sur l'œil gauche, mais il gagna beaucoup plus rapidement en intensité.
A partir du moment où le malade s'était aperçu du premier trouble de la vue de l'œil droit, il avait souvent éprouvé dans la région frontale une sensation de chaleur, de plénitude et de lourdeur, voire même des douleurs gravatives et lancinantes. Il avait éprouvé ces symptômes aussi bien après la fatigue des yeux, qu'après des exercices violents et continus , et cela surtout pendant les journées chaudes. Il affirme néanmoins que pendant tout ce laps de temps, il n'a jamais eu les yeux rouges ou enflammés, aucune photophobie, ni aucune autre sensation morbide.
Le malade ne peut indiquer aucune cause particulière de son mal d'yeux, il assure n'avoir jamais eu la syphilis, et on ne peut découvrir aucun symptôme de cette affection.
Lors du premier examen du malade (il y a six semaines), on ne pouvait découvrir à l'extérieur aucun phénomène morbide sur les deux yeux. La conjonctive paraissait des deux côtés normalement pâle, la cornée transparente, la chambre antérieure d'une étendue, normale et l'iris, quant à sa surface, sa couleur et sa structure, n'était pas sensiblement altéré. Par contre, le bord pupillaire était, dans les deux yeux, attaché eu plusieurs points à la capsule antérieure , la pupille, était irrégulièrement conformée, montrait une opacité grisâtre, et ne réagissait que faiblement et partiellement aux variations de la lumière.
A cette époque, le malade voyait mieux à un éclairage naturel moyen; si l'éclairage était faible ou très-fort , la vision était sensiblement plus mauvaise. Avec l'œil droit il ne parvient qu'à compter les doigts à une distance de huit à dix pouces (*), avec l'œil gauche il réussit encore à lire le numéro 13 à une distance de 8 pouces.
Après l'instillation d'une goutte d'atropine (sol. 0,05, p. 10 gr.), les pupilles se dilatèrent moyennement. Les synéchies postérieures ressortirent davantage et le
(*) Les pouces indiqués ici sont des pouces de Vienne, et il en est de même dans le numérotage des verres.
malade parvint avec le verre — |- 9 à. lire avec l'œil droit le numéro 15 à sept pouces, et avec l'œil gauche le numéro 10 à six pouces de distance.
A l'éclairage latéral, en examinant les pupilles non dilatées avec un verre -]- 2, les synécliies postérieures ressortirent très-nettement et la capsule antérieure paraissait dans les deux yeux uniformément couverte d'un enduit irrégulier, en partie grumeux et en partie plutôt strié.
L'examen ophthalmoscopique après l'instillation de l'atropine démontra sur les deux yeux une transparence presque normale de la capsule antérieure dans l'étendue du champ pupillaire, pas d'opacités de la substance cristallinienne, ni de la capsule postérieure, un corps vitré transparent, un fond de l'œil normal, ainsi qu'une adaptation (dioptrique) pour les rayons parallèles.
On donna à l'intérieur 0,05 de calomel par jour, et tous les deux jours on fit sur les cuisses une friction avec 4 gr. d'onguent mercuriel (parties égales, onguent simple et double), et on instilla dans chaque œil une goutte d'atropine par jour. Sous l'influence de ce traitement les sensations morbides de la région frontale se dissipèrent en peu de temps, la vision s'améliora progressivement sur les deux yeux, les opacités du champ pupillaire diminuèrent progressivement et peu à peu quelquesunes des synécliies postérieures se détachèrent, surtout dans l'œil gauche.
Après quatre semaines, le bord pupillaire de l'œil gauche s'était complètement détaché de la capsule antérieure, et la pupille était dilatée ad maximum; mais aussi, sur l'œil droit la pupille s'était, grâce au retrait uniforme du bord pupillaire, sensiblement élargie. Le malade pouvait maintenant, du côté droit et au moyen du verre -f- 9 lire le n" 7 à six pouces, du côté gauche avec -f- 10 le n» 3 à cinq pouces.
Après avoir cessé l'atropine et après le retour de la pupille à sa grandeur normale, le malade pouvait, sans le secours d'un verre convexe, lire avec précision de l'œil droit le n° 9 de 7 à 9 pouces, et de l'œil gauche le n° 6 de 8 à 10 pouces.
L'examen des yeux avec le miroir à une distance de six à huit pouces et après une nouvelle dilatation artificielle donnait le résultat qui se trouve représenté pi. I, fig. 1 et 2.
Sur l'œil droit (fig. 1), la pupille, sensiblement élargie, se montre irrégulièrement conformée, en ce que le bord pupillaire de l'iris est dans divers endroits accollé à la capsule antérieure et l'exsudat fortement pigmenté se présente sous forme de pyramides tenues nettement délimitées qui proéminent dans le champ pupillaire. La partie non accollée du bord pupillaire montre des incurvations arciformes entre les synécliies. Grâce à l'éclairage du miroir, la pupille parait en majeure partie vivement éclairée et on n'y aperçoit qu'une très-faible opacité. Par contre, l'éclairage latéral avec le verre convexe fait clairement ressortir sur les parties moyennes de la capsule antérieure un enduit faible, grisâtre et irrégulier.
Sur Y œil gauche (fig. 2), la pupille est normalement ronde et dilatée-ad maximum ; à l'ophthalmoscope sapartie périphérique se montre parfaitement transparente, tandis que sa partie moyenne est plus faiblement éclairée, très-légèrement grisâtre et nettement délimitée dans sa plus grande étendue par des dépôts assez épais sur la capsule antériem-e, partie en forme de points, partie en forme de pyramides. (Résidus des synécliies postérieures préexistantes.) L'éclairage oblique permet de reconnaître sur la capsule antérieure, en-deçà de ces dépôts pigmentaires, un enduit extrêmement tenu et finement granulé.
PI. I. — Fig. 3.
Cataracte corticale antérieure centrale.
Al. R., âgé de 11 ans, blond, d'une faible constitution, n'a jamais eu les yeux malades; il ne s'est jamais plaint de sa vue et a toujours bien vu, tant de loin que de près, et d'une façon continue. Aussi, actuellement il ne se plaint pas de sa vue, et les yeux du jeune homme ne sont soumis que par hasard à un examen attentif.
Celui-ci montre les deux yeux faiblement hypermétropes, et à part une opacité cristallinicnnc peu étendue, tout le reste est normalement conformé et parfaitement sain. Les pupilles sont d'une grandeur normale et réagissent rapidement et complètement aux variations de lumière.
Avec l'œil droit (verre -f- 90), il lit le n° 1 de 4 à 10 pouces,- avec le gauche (verre -\- 60), il lit le n» 1 de £</., à 11 pouces.
L'opacité cristallinicnnc était située dans les parties centrales de la couche corticale antérieure et composée de stries tenues nettement limitées, d'un gris intense, qui devenaient plus épaisses vers le centre de la pupille et s'amincissaient vers la périphérie; ils correspondaient suivant leur position aux interstices des vortices lentis.
Sur l'œil gauche, l'opacité avait une étendue moindre et était composée de trois stries d'une longueur inégale qui convergeaient vers le centre de la pupille sous des angles différents.
Sur Yœil droit (fig. 3) , l'opacité avait une étendue de 3 '/2 millim. et était composée d'une strie un peu plus longue et plus épaisse, et d'une autre plus courte et plus mince, qui se réunissaient au centre de la pupille, c'est-à-dire à peu près aussi au milieu de la strie la plus épaisse.
En éclairant les yeux avec l'oplithalmoscope à une distance de 6 à 8 pouces, les opacités se montrèrent d'une teinte noire-foncée dans les champs pupillaires qui offrirent leur couleur rouge -jaunâtre normale. Elles étaient placées vers le centre et conservaient invariablement cette position relativement au bord pupillaire, soit qu'on regardât dans la direction de la ligne visuelle de l'œil examiné, soit qu'on observât la pupille dans une direction oblique. Il ne fut donc pas possible, comme elles étaient situées dans le plan pupillaire, d'y découvrir aucun déplacement parallactique relativement au bord pupillaire, pendant les mouvements de latéralité de l'oeil observateur ou de l'œil observé.
PI. I. Fig-. 4.
Cataracte corticale centrale antérieure.
M. W., ouvrier, âgé de 23 ans, de saine et robuste apparence, n'a jamais été malade, n'a jamais eu mal aux yeux, et pour ses occupations il y a toujours vu avec
assez de netteté et de persistance. Récemment, on lui a fait remarquer qu'on „ apercevait quelque trouble dans ses prunelles".
Les deux yeux ont à peu près une structure normale [0. D. V. — S5; 0. G. V. -|- 90](*); le malade lit avec l'œil droit le n» 4 de 3'/» à 10 pouces, avec l'œil gauche le n» 1 de 4 à 9 pouces de distance.
Les opacités ne sont pas essentiellement différentes dans les deux yeux, quant à leur grandeur et à leur forme; seulement l'opacité du cristallin gauche paraît d'une structure plus épaisse, plus nettement délimitée, et d'un gris-blanc plus clair.
L'opacité est formée de chaque côté par trois branches terminées en pointe qui se réunissent sous des angles égaux par leurs extrémités les plus épaisses au centre de la pupille, et ont ainsi l'apparence d'un ^ renversé. Elles sont situées dans les couches corticales antérieures centrales du cristallin, et correspondent aux vortices lentis.
Avec l'ophthalnioscope, les opacités (fig. 4, œil gauche), surtout dans leurs parties moyennes, apparaissent d'un noir foncé au milieu des pupilles bien éclairées en jaunerougeâtrc. Situées dans le plan de l'iris, elles ne montrent pendant les mouvements des yeux, et à l'examen latéral alternatif en général, aucun mouvement parallactiquc relativement au bord pupillaire, mais apparaissent toujours au milieu de la pupille.
PI. 1. Fig. 5.
Cataracte corticale antérieure centrale et périphérique.
R. N., employé, 47 ans, d'une bonne et vigoureuse constitution, n'a jamais eu de maladie sérieuse , n'a jusqu'à présent jamais eu mal aux yeux, et a toujours pu, même la nuit, exécuter avec facilité des travaux fatiguants.
Depuis quelques mois, il lui sembla, pour la première fois, que dans un jour défavorable, surtout à l'éclairage artificiel, il ne pouvait qu'avec un effort lire les petits caractères. En dernier lieu, il a aussi remarqué que même l'impression ordinaire, quand elle n'était pas suffisamment nette et noire, lui donnait des difficultés à la lecture; mais surtout que, en fermant l'œil gauche, avec l'œil droit seul, à distance, et particulièrement à la lumière solaire, il voyait tous les objets plus confus qu'auparavant et comme à travers un voile.
Le malade a les yeux légèrement myopes (V. — 60 à gauche; — 70 à droite); avec l'œil gauche, à un éclairage favorable, il peut bien lire le n» 1 de 6 à 8 pouces ; mais avec l'œil droit, il ne peut qu'avec peine lire encore le no 3 de 6 </a à 9 pouces de distance.
A l'examen à l'œil nu, on aperçoit à la lumière du jour, à droite, une opacité cristallinienne, centrale, grisâtre et striée; à gauche, au contraire, aucune opacité.
La pupille, étant dilatée, on voit dans l'œil gauche avec un ophthalmoscope à éclairage faible, quelques opacités périphériques isolées, minces, courtes et striées, appartenant aux couches corticales antérieures, et qui, avant la dilatation de la pupille, étaient cachées derrière l'iris.
(*) V. exprime le verre équivalant à l'état dioptrique de l'œil.
Dans Y&il droit, au contraire (fig. 5), on observe une opacité épaisse, étendue, nettement délimitée, dans les couches corticales antérieures, elle est formée d'une strie centrale, longue de trois millim. sur autant de large, obliquement dirigée de bas en haut et de dedans en dehors, avec les extrémités de laquelle se réunissent quatre stries corticales pointues qui partent de l'équateur du cristallin — et d'une autre strie isolée, oblique de dehors en dedans et de bas en haut, partant de la périphérie pour arriver jusque vers le milieu des couches corticales antérieures, où elle se termine en pointe. — Dans les mouvements latéraux correspondants de l'œil, la partie moyenne de l'opacité paraît toujours occuper la même place dans la pupille ; au contraire, les parties périphériques de l'opacité se déplacent légèrement en égard au bord pupillaire, et la strie corticale isolée subit un raccourcissement on un allongement correspondant.
Les autres parties du système cristallinien sont transparentes et le reste de l'œil est normal.
PL 1. - Fig. 6.
Cataracte corticale postérieure centrale striée.
J. 6., paysanne de 16 ans, bien portante, forte et aux riches couleurs; à part la rougeole et la variole, elle n'a jamais été sérieusement malade, jamais elle ne s'est plaint de troubles fonctionnels ou d'un mal quelconque dans les yeux. L'existence d'opacités cristalliniennes fut dernièrement découverte par un médecin d'une manière tout à fait accidentelle.
D'une façon générale, J. G. a des yeux normaux, d'un aspect sain , les pupilles, sont petites, mais elles jouissent de mouvements rapides et étendus. Avec l'œil droit (V. oc) elle lit le n° 1 de 3l/2 à 15 pouces; et avec l'œil gauche (V. — 90) elle lit le n° 1 de 4 à 13 pouces de distance.
A la lumière naturelle, et cela seulement avec un éclairage favorable, on ne peut apercevoir encore que confusément une faible opacité grisâtre dans la pupille, profondément située derrière l'iris.
En se servant d'un miroir à éclairage faible, et grâce à la plus large ouverture pupillaire qui en résulte, une opacité corticale centrale postérieure se dessine dans les deux yeux d'une manière bien déterminée et caractéristique.
Dans l'œil gauche (fig. G), la cataracte consiste en une opacité foncée, étroite, circulaire, placée au pôle postérieur du cristallin; elle est entourée de masses corticales un peu opaques, et du contour de cette opacité naissent six stries corticales, très-fines, pointues, de longueur inégale, qui marchent vers la périphérie dans différentes directions. Le reste du cristallin est parfaitement clair et transparent.
Comme l'opacité se trouve à une distance considérable derrière le plan iridien, on ne peut la voir nettement en même temps que l'iris. Elle apparaît au milieu de la pupille, lorsque l'œil observé dirige le regard sur la surface du miroir; mais aussitôt que cet œil fait un mouvement dans un sens, l'opacité se déplace en même temps d'une manière notable dans le champ de la pupille et en sens inverse.
On ne voit point l'image réfléchie de la capsule postérieure dans la partie cataractée, mais dans les points non opacifiés on la voit comme d'habitude.
Dans l'œil droit, la cataracte est tout à fait semblable, et elle a des branches multiples,- seulement la partie moyenne est un peu plus petite, compacte, complètement opaque, et les stries radiées qui en émanent, ici au nombre de cinq seulement, sont un peu plus courtes.
PL 1. Fig. 7.
Cataracte corticale postérieure centrale.
F. B., paysan, âgé de 36 ans, avait été malade dans sa jeunesse; à plusieurs reprises il avait eu des engorgements ganglionnaires et des éruptions chroniques; en outre il avait eu la rougeole, la scarlatine et la variole. Depuis l'âge de 15 ans, difficultés pour aller à la selle, congestions fréquentes, vertige, pesanteurs de tête, saignements de nez, etc. Ce dernier symptôme ne s'est pourtant plus montré depuis la 25mo année.
Depuis sa jeunesse il n'a jamais bien vu. De bonne heure, il avait été frappé de ce qu'il ne voyait pas les objets éloignés, relativement petits, aussi bien que ses camarades, ou qu'il ne les voyait pas du tout; à l'école pourtant il n'éprouva jamais aucune gêne du côté des yeux. Plus tard il remarqua qu'il ne pouvait plus lire la plus petite écriture des billets de banque. Cependant, comme sa vue suffisait à ses occupations champêtres, il n'y fit plus attention de longtemps; mais peu à peu elle diminua plus sensiblement; le malade remarqua dans son acuité visuelle un affaiblissement à la vérité très-lent, mais continu, et il lui fut difficile de lire l'écriture ou de petits caractères; peu à peu il se forma devant les yeux un nuage qui devint de plus en plus épais et finit par troubler aussi la vue de près. Depuis sa 30mo année, le malade ne peut plus lire aucun caractère de grandeur ordinaire.
Mais, comme aussi dans les années suivantes le mauvais état' de la vue continua à empirer, et que finalement F. B. fut sérieusement gêné dans ses occupations, il chercha en fin de compte les secours de la médecine.
Les yeux sont légèrement hypermétropes (0. D. V. -f- 70; 0. G. V. -)- 80). Avec l'œil droit le malade lit le n» 12 de 8 à 10 pouces; avec l'œil gauche le n° 10 de 7 î/j, à 10 pouces, et encore avec peine.
L'extérieur des yeux paraît normal. A un éclairage moyen, les pupilles sont passablement étroites, et elles réagissent fortement aux variations de lumière; elles paraissent d'un mat fumé; avec un bon éclairage et lorsqu'on est bien placé, on peut apercevoir dans l'intérieur de l'œil, à une distance notable derrière l'iris, une opacité nuageuse légèrement grisâtre. Après la dilatation artificielle des pupilles, on voit apparaître avec netteté dans les deux yeux une opacité étendue, étoilée, d'un gris - clair d'épaisseur inégale et occupant les couches corticales centrales postérieures.
Les opacités ont dans les deux yeux les mêmes caractères, même intensité, même étendue; abstraction faite de quelques petites différences, elles ont la même conformation et une forme manifestement concave qui répond à la face postérieure du
cristallin ; seulement dans l'oeil gauche, l'opacité a un diamètre transversal un peu plus petit, et les trabécules qui prennent naissance sur la partie moyenne de l'opacité étoilée sont un peu plus petites et plus pointues.
Avec l'ophthalmoscope à éclairage faible, les pupilles ont une couleur jaunerougeâtre, et les opacités paraissent être formées de masses différemment grisâtres et même noirâtres, à travers lesquelles, en plusieurs endroits, le fond de l'œil se montre beaucoup moins éclairé.
La partie moyenne, qui correspond à l'axe antéro-postérieur du cristallin, est à une plus grande distance du plan indien ; les extrémités des trabécules radiées s'en rapprochent, au contraire, considérablement.
Lorsqu'on fait mouvoir les yeux latéralement, on voit très-bien le déplacement de l'opacité dans le champ éclairé de la pupille, particulièrement celui de la partie moyenne placée au pôle postérieur du cristallin; c'est aussi pendant ces mouvements, et abstraction faite de la position oblique, que les opacités présentent des changements de forme remarquables.
L'image réfléchie de la capsule antérieure est partout normale; celle de la capsule postérieure, au contraire, n'est pas visible dans l'étendue des opacités , mais bien à travers les masses corticales postérieures transparentes.
Dans l'œil droit (fig. 7), l'opacité est formée d'une partie moyenne plus épaisse, arrondie, située au pôle postérieur du cristallin; elle est limitée par un anneau foncé et présente au centre un point tout à fait obscur. Cette partie moyenne est entourée d'une opacité uniforme, plus claire, irrégulièrement ponctuée; elle donne naissance à des opacités isolées en forme de coins ou de flammes, de longueur et de largeur inégales, dirigées vers la périphérie, qui, dans leur épanouissement, montrent une striation radiée plus sombre.
PL I. Fig. 8.
Cataracte corticale centrale antérieure et postérieure.
J. S., boucher, âgé de 18 ans, de haute et vigoureuse stature, bien nourri et d'un extérieur florissant, non-vacciné, a eu la petite vérole dans son enfance, mais jamais d'autre maladie. Il a toujours très-bien vu avec les deux yeux, de loin comme de près.
Il y a 1S jours que, à l'occasion d'une rixe nocturne dans un cabaret, il a reçu un coup de bâton sur le côté gauche de la tête. Mais il n'était survenu, immédiatement après, aucun changement ni dans les yeux, ni dans leurs fonctions.
Pourtant dans la matinée du lendemain, il avait éprouvé sur l'œil gauche une sensation d'éblouissement. Il voyait avec cet œil, surtout de près, tous les objets indistinctement comme à travers un nuage. Quelques jours après, il se montra aussi une légère rougeur ainsi qu'une sensation de plénitude et de tension dans cet œil. Ces derniers symptômes disparurent de nouveau progressivement, mais le nuage allait croissant et la vision empirait de jour en jour. La vue de l'œil droit, au contraire, était restée intacte. A l'examen, qui eut lieu 18 jours après l'accident, les deux yeux se montrèrent d'une structure normale et le droit avait une acuité parfaite (lit n» 1 de 4 à 18 pouces); le gauche, au contraire, privé de son pouvoir
accommodateur, est adapté pour son puncfum remotum, et son acuité a baissé au point qu'il ne distingue les doigts qu'à 45 pouces de distance.
Les enveloppes extérieures de cet œil (gauche) ne présentent rien d'anomal , la cornée paraît intacte, la chambre antérieure d'une profondeur normale, mais la pupille (fig. 8) est fortement dilatée et irrégulière. Une portion de cette membrane, à savoir la partie supéro - externe , s'est détachée du corps ciliaire et s'est rabattue vers le milieu de la chambre antérieure, où elle est adossée dans toute sa largeur à la capsule antérieure. La partie restante plus étendue de l'iris a conservé son union avec le corps ciliaire, mais s'est fortement contractée. Grâce à ce décollement de l'iris, il s'est produit, entre son bord ciliaire et la limite scléroticale correspondante, une seconde pupille en forme de segment de cercle, qui paraît d'un noir foncé.
Le restant de la pupille est en majeure partie, mais principalement vers le centre, occupée par une opacité grisâtre qui se subdivise très-distinctement en une portion superficielle striée et rayonnante, et en une partie plus profonde, étendue et uniformément concave.
Lorsqu'on se sert du miroir à l'éclairage faible, on éclaire à la fois les deux pupilles, la pupille ancienne et la pupille nouvellement formée. On n'aperçoit dans cette dernière aucune opacité des milieux, et le bord du cristallin, le canal de Petit avec sa largeur normale et les procès ciliaires, qui y font saillie, se dessinent ici nettement. Au contraire, dans l'étendue de l'ancienne pupille, on aperçoit une opacité foncée, nettement délimitée, striée, qui occupe autant le plan de l'iris, c'est-àdire les couches corticales antérieures, qu'une partie située plus profondément en arrière, à une distance correspondante de l'iris, c'est-à-dire les couches corticales postérieures.
Aussi bien les parties situées entre les opacités, que les parties périphériques du cristallin et la capsule sont normalement transparentes. L'opacité corticale antérieure se compose de quatre stries d'une longueur inégale, radiées, situées près du pôle du cristallin, et se dirigeant vers lui sans l'atteindre. L'opacité corticale postérieure se compose d'une opacité fine, étendue, qui, dans la direction où l'iris s'est détaché d'avec son bord ciliaire, diminue progressivement d'intensité, mais qui, dans la plus grande circonférence (en haut, en dedans et en bas), possède sept prolongements irréguliers à extrémités arrondies et foncées. Ces prolongements sont, de leur côté, contournés à une certaine distance par une ligne foncée, parallèle à leur bord, et ils acquièrent ainsi l'aspect d'un jabot de dentelle.
Lorsque l'œil examinateur se meut latéralement, l'opacité corticale antérieure conserve invariablement sa place dans le champ pupillairej tandis que l'opacité corticale, postérieure subit un déplacement correspondant. Donc, à l'occasion d'un pareil mouvement latéral de l'œil, ces deux opacités corticales exécutent l'une sur l'autre un mouvement de glissement très-évident.
L'image réfléchie de la capsule antérieure est partout nettement visible, celle de la capsule postérieure ne se voit que dans les parties périphériques de la pupille, en haut, en dedans et en bas. Les autres milieux et le fond de l'œil ne montrent aucun changement morbide.
PI. II. Fig. 9.
GROSSISSEMENT t.
Cataracte corticale striée périphérique
J. V., instituteur primaire, fut bien portant et fort depuis sa plus tendre jeunesse jusqu'à sa 18'"° année; à partir de cette époque, il souffrit de mauvaises digestions, de congestions à la tête, de vertiges et d'éblouissemcnts, diminua peu à peu son alimentation et se sentit pris de malaise et d'abattement physique et de découragement moral.
Dès l'enfance, il avait un fort degré de myopie égal dans les deux yeux; pourtant la vue de près était parfaitement nette et le malade pouvait s'occuper d'une façon continue avec les plus petits objets. Jusqu'à l'âge de seize ans, il n'avait pas porté de lunettes, et n'avait pas non-plus jusqu'à cette époque remarqué d'augmentation dans sa myopie.
A l'âge de 16 ans, il fut placé dans une école primaire, et dès lors il fit constamment usage de verres concaves pour voir de loin, comme pour voir de près; d'abord, il est vrai, il porta des verres de 10 pouces, mais dès la 17mo année, des verres négatifs de 9 pouces.
Sous l'influence de ces lunettes, la distance de sa vision distincte diminua de telle manière que de 8 pouces, qu'elle était autrefois sans lunettes, elle n'est plus actuellement que de 4 pouces.
Dans sa l&m* année, le malade remarqua, pour la première fois, une fatigue rapide et un sentiment de malaise dans les yeux pendant qu'il portait des lunettes et immédiatement après qu'il les avait ôtées.
Ces phénomènes augmentèrent rapidement en durée et en intensité. Le temps pendant lequel le malade pouvait faire usage de ses yeux pour s'occuper surtout des petits objets, devint toujours plus court; il ne remarquait cependant aucune dimi> nution dans la distance de la vision distincte, ni dans l'acuité visuelle. Le sentiment de malaise occasionné dans ses yeux par l'emploi des lunettes, augmenta aussi d'une manière notable, si bien que finalement aucune espèce de lunettes ne pût être portée, même pendant peu de temps, sans un véritable sentiment de douleur.
Le malade eut beau suspendre pendant longtemps ses occupations habituelles et quitter ses lunettes, il eut beau faire un traitement médical, ces phénomènes ne diminuèrent en aucune manière ; et enfin , il survint une telle diminution de l'acuité visuelle que, dans sa 20mp année, le malade renonça à. sa place d'instituteur. Ce fut à cette époque que, pour la première fois, il fut soumis à un examen détaillé.
On apprit par là que les deux yeux étaient fortement myopes et à un égal degré (V. — 4) que de loin, l'acuité visuelle avait diminué, puisque le malade, tout en pouvant encore lire le n° 1 à 4 pouces avec chaque œil séparément, ne pouvait plus avec le secours de lunettes concaves de 4 p. de foyer, que déchiffrer le n° 21 à 30 pieds de distance, et sur les plus grandes échelles les dix premiers traits seulement (de 0 à 10).
A la lumière du jour et sans dilater la pupille, on ne peut apercevoir de phénomènes morbides. Dans les deux yeux, l'iris réagit rapidement et avec intensité aux variations de lumière, les pupilles paraissent bien noires et de grandeur normale.
En examinant à l'oplithalmoscope à éclairage faible, on trouve les milieux des deux yeux parfaitement transparents, à l'exception d'une opacité lenticulaire péri-
phérique fine. Au fond des yeux se voit, en rapport avec leur structure myopique, un large cône à pointe mousse situé en dehors et en bas de la papille (staphyloma posticum), ainsi qu'une déperdition considérable et uniformément répartie de l'épithélium choroïdien.
Après la dilatation de la pupille, l'opacité corticale ressort avec beaucoup de netteté. A l'éclairage du jour elle se dessine comme unestriation grisâtre; à l'ophthalmoseope (fig. 9, œil droit) comme des stries noirâtres, périphériques et radiées. Les stries isolées sont toutes disposées en cônes d'une largeur et d'iine longueur variables ; elles atteignent par leur base élargie le bord du cristallin derrière l'iris, et le plus grand nombre d'entre elles, situées dans la couche corticale antérieure, proéminent dans la pupille suivant un plan tangentiel à l'iris. Les stries antérieures ne montrent, pendant les mouvements de latéralité de l'œil relativement au bord pupillaire, qu'un déplacement faible: celui-ci est plus étendu vers leur extrémité postérieure élargie. Un nombre moins considérable de ces opacités se trouve situé plus profondément dans l'œil, plus loin du plan de l'iris et dans les couches corticales postérieures, affectant une faible courbure concave. Celles-ci exécutent, surtout par leurs extrémités pointues, un déplacement plus rapide relativement au bord pupillaire lors des mouvements de latéralité de l'œil. Les opacités isolées des couches corticales antérieures et postérieures vont, pour la plupart, par leur base élargie vers l'équateur du cristallin, à la rencontre l'une de l'autre. Elles se présentent ainsi sous forme de longues stries élargies vers le milieu, effilées vers les extrémités qui se prolongent d'une façon non interrompue des couches corticales antérieures aux couches corticales postérieures.
L'image réfléchie de la capsule antérieure est partout visible; celle de la capsule postérieure ne se voit que dans la plus grande étendue de sa partie centrale.
Sous l'influence du traitement médical qu'on entreprit de suite et qu'on continua pendant des années, en admettant qu'il s'agissait d'une ehoroïdite chronique, les symptômes morbides cessèrent d'augmenter et diminuèrent même plus tard progressivement, en môme temps que disparurent aussi les troubles sus-meutionnés dans la santé générale. Après deux ans, on put constater une diminution dans les opacités cristalliniennes, quant à leur largeur et leur longueur; après cinq ans, on ne put plus découvrir trace d'opacités cristalliniennes et les deux yeux avaient acquis de nouveau leur parfaite acuité visuelle antérieure et un pouvoir fonctionnel tel que l'ancien malade put reprendre sa place d'instituteur.
PL II. Fig. 10.
Cataracte corticale striée périphérique.
Th. M., âgée actuellement de 63 ans, n'a pas été vaccinée et a eu, à 12 ans, la petite vérole. Dans sa 22me année, elle a été atteinte d'un typhus abdominal grave. Puis, elle a mis plus tard au monde cinq enfants bien portants: a perdu ses règles à 47 ans, et souffrant depuis 12 ans de paresse dans les évacuations alvines, elle a été incommodée par des troubles digestifs et des congestions à la tête.
Elle a toujours eu de bons yeux, aussi bien pour la vue de près que pour la vue de loin, et ce n'est qu'à 50 ans que la presbytie l'a contrainte de recourir à des verres convexes pour la lecture et les travaux fins.
Depuis un an, elle se sert de lunettes convexes -(-12, mais depuis quelques mois elle ne voit plus aussi distinctement avec ses verres qu'auparavant. Comme aussi les lunettes plus fortes n'amélioraient pas sensiblement la vue, elle a recours au médecin.
Avec l'œil droit (V. — 80) la malade lit avec -f 12 le n« 3 à 7'/2 pouces, avec l'œil gauche (V. oo) avec le verre -f- 1 1 elle lit le n" 4 à 7 pouces de distance. Les membranes extérieures ne montrent aucun phénomène pathologique. Des deux côtés, la chambre antérieure est normalement conformée. L'iris se contracte et se dilate sur les deux yeux d'une façon normale, mais les pupilles sont le siège d'une faible opacité grisâtre, particulièrement du côté gauche, où déjà, à l'éclairage du jour, on peut distinguer quelques fines opacités corticales striées.
Avec l'ophthalmoscope (fi g. 10), on voit très- distinctement sur l'œil gauche dans la pupille bien-éclairée des opacités gris-noirâtre fines, pas très-nettement limitées et situées dans la moitié externe du champ pupillaire. Elles ont une forme conique etjuxtaposéesaubord pupillaire, elles avancent vers le centre de la pupille. N'exécutant pas, pendant les mouvements latéraux de l'œil, de déplacement sensible relativement au bord pupillaire, elles sont placées dans la couche corticale antérieure. En regardant obliquement dans l'œil, et en dilatant la pupille, on peut aussi découvrir en dedans des stries plus courtes appartenant à la couche corticale antérieure.
Le noyau du cristallin lui-même ainsi que la couche corticale postérieure ne montrent pas d'opacités.
L'image eapsulaire antérieure est partout normale du côté externe, seulement elle est un peu moins intense au-dessus des opacités. Mais l'image réfléchie de la capsule postérieure ne peut se voir que dans la moitié interne de la pupille. Le corps vitré et le fond de l'œil paraissent parfaitement normaux.
L'œil droit se comporte d'une manière tout à fait semblable ; ici aussi, on ne voit d'opacités que dans la couche corticale antérieure du système lenticulaire; mais elles sont d'une épaisseur et d'une étendue moindre que du côté gauche.
PI. II. Fig. 11.
Cataracte corticale striée antérieure et postérieure.
M. N., garçon de bureau, âgé de 58 ans, bien portant, fort et encore vert pour son âge, n'a jamais été sérieusement malade.
Dès son enfance, il avait aux deux yeux un égal degré de myopie, il avait toujours nettement vu de près et avait toujours pu lire la toute petite écriture, ou s'occuper d'autres objets délicats d'une manière continue,- depuis son séjour à l'école, il n'a pas remarqué d'augmentation dans sa myopie. Depuis sa 18mc année, il a toujours porté des verres négatifs de 7 pouces de foyer, mais pour voir de loin seulement, et cela toujours avec un résultat favorable.
11 y a deux ans, il remarquait pour la première fois que, à la lumière solaire et
surtout à un éclairage très-fort, il y voyait moins bien et avec moins de netteté de son œil droit. Cet état empira peu à peu et, tout en même temps, il se développa un nuage grisâtre qui, surtout à l'éclairage intense du jour , voilait uniformément tous les objets dans le champ visuel; loin de la lumière, ou le soir, le malade y voyait beaucoup mieux.
Dans la suite, cette mauvaise vue augmenta non seulement à la lumière du jour, mais elle devint également trouble à la faible lumière solaire ou à l'éclairage artificiel. Depuis six mois, une série de symptômes tout à fait semblables se présente dans l'œil gauche, mais ils n'ont pas encore atteint le même degré qu'à droite.
En faisant l'examen, on trouve les deux yeux myopes (O.D. V. — 7,- 0. G. V. — 7 >/a) ; et, à l'exception du système cristallinien, toutes les autres parties sont parfaitement saines. Les pupilles se dilatent et se contractent rapidement et avec intensité; lorsqu'on varie l'éclairage, elles présentent un léger trouble grisâtre, et on peut déjà à la lumière ordinaire y reconnaître nettement dans le cristallin quelques opacités corticales antérieures striées.
Avec l'œil droit, le malade lit le n° 3 de 2 "/2 à 3 pouces, et avec l'œil gauche le no 3 de 3 à 4 pouces de distance.
Avec le miroir à éclairage faible, on éclaire encore à un très-haut degré la plus grande partie des pupilles, et on peut reconnaître, tant dans les couches corticales antérieures que dans les postérieures, des stries en partie noirâtres bien délimitées, et d'autres grisâtres qui le sont moins.
Les opacités des couches corticales antérieures sont très-nombreuses dans les deux yeux; comme on l'a dit, elles sont noirâtres, bien délimitées; elles consistent en stries étroites de longueur différente, qui s'avancent dans la pupille jusqu'au bord pupillaire de l'iris, sont légèrement convexes en avant, et n'exécutent aucun mouvement parallactique important en égard au bord pupillaire, dans les mouvements latéraux de l'œil.
Les opacités des couches corticales postérieures sont moins bien délimitées, plus grisâtres et sont formées de stries pyramidales plus courtes, plus larges, présentant une surface concave; elles sont moins nombreuses, apparaissent dans le fond de l'œil à une plus grande distance du bord pupillaire et montrent des déplacements parallactiques importants pendant les mouvements du globe.
La partie moyenne de la substance cristallinienne et les capsules paraissent claires.
Les images de la capsule antérieure sont partout visibles, plus éclairées dans l'étendue des opacités corticales antérieures; les images de la capsule postérieure ne peuvent, au contraire, se démontrer avec certitude.
Dans l'œil droit (fig. 11), en regardant le fond de l'œil dans la direction de la ligne visuelle, on voit dans l'étendue de la pupille non dilatée quatre stries corticales antérieures; la plus longue d'entre elles, plus mousse à son extrémité, arrive jusqu'au milieu de la pupille, et la plus inféro-interne ne se dirige pas vers le pôle du cristallin, mais presque perpendiculairement en haut, de même: une. faible opacité corticale postérieure grisâtre, placée dans la partie inférieure de la pupille, est tournée en haut vers le pôle postérieur du cristallin.
Dans l'œil gauche, on trouve à peu près autant d'opacités que dans l'œil droit; elles sont seulement un peu moins étendues et moins accusées.
PL II. Fig. 12.
Cataracte corticale striée antérieure et postérieure.
P. M., employé, 76 ans, d'une stature robuste et d'une saine constitution, à part des maux de gorge réitérés, n'avait jamais été sérieusement malade jusque dans sa vieillesse. Depuis sa 63mc année, il souffre souvent de légères attaques de goutte avec douleurs dans les pieds et rarement dans les épaules; dans les trois dernières années, il fut pris à l'automne d'un refroidissement et d'une légère pneumonie consécutive.
P. M. a toujours vu nettement et d'une manière continue de près et de loin, ce n'est que clans sa 52mo année qu'il a été forcé, par suite de sa presbytie progressive, de se servir pour la lecture et l'écriture de verres convexes. Peu à peu, il fut contraint de passer à des verres plus forts et il se sert depuis 8 ans de -f- 10. Déjà depuis quelques années il s'aperçut d'une diminution progressive de l'acuité visuelle, mais qui montra des fluctuations sensibles en ce que le malade avait des jours 4 où il voyait beaucoup moins, d'autres beaucoup mieux, et qu'il lui parut parfois même voir parfaitement bien. Ce n'est seulement qu'à partir de 12 ou 15 mois, que la diminution de la vue est plus sensible, quoique les fluctuations sus-ruentionnées continuent à persister. Le malade aperçoit maintenant distinctement, surtout devant son œil gauche, un faible nuage grisâtre qui recouvre légèrement tous les objets. Mais s'il se détourne de la lumière, le nuage devient sensiblement plus faible et les objets ressortent relativement avec plus de netteté.
Le malade a les yeux normalement construits. Chacun, à l'état de repos de l'accommodation, est adapté pour les rayons parallèles. Toutes les parties constituantes des yeux sont saines, à l'exception du système cristallinien. Les pupilles réagissent rapidement et activement sous l'influence de la lumière; cependant à la lumière du jour, elles ont un aspect trouble, fumé, grisâtre, réfléchissent beaucoup la lumière, et on y peut reconnaître plusieurs opacités grisâtres, striées et nettement limitées. Le malade lit encore sans verres avec l'oeil droit le n» 1 2 à 8 pouces , avec le gauche le n" 14 à la même distance. Par contre, muni du verre convexe 10, l'œil droit reconnaît encore le n» 5 à 5 pouces, avec le gauche le n» 6 à 5 pouces.
Après la dilatation par l'atropine, et en se servant de l'ophthalmoscope à éclairage faible, la pupille de l'œil gauche (lig. 12) paraît, surtout vers son centre, nettement éclairée; mais vers la périphérie elle devient do plus en plus trouble, en ce que de toute la circonférence du bord pupillaire, un nombre considérable de stries coniques plus ou moins larges, d'une longueur variable, d'une coloration noirâtre ou plutôt grisâtre et plus ou moins nettement limitées, avancent vers le centre de la pupille.
Les stries foncées, et principalement les plus longues, apparaissent immédiatement derrière le bord pupillaire, elles courent juxtaposées au plan pupillaire avec une faible convexité, et montrent pendant les mouvements des yeux un déplacement parallactiquc insignifiant. La plupart des opacités plus ténues, plus courtes et grisâtres, se trouvent, au contraire, à une distance sensible derrière le plan de l'iris, ont une direction faiblement concave et montrent lin déplacement parallactique sensible.
Ces stries se confondent en ce qu'elles se rapprochent vers la périphérie et que leurs masses se condensent en une opacité uniforme, rubanée, située derrière
l'étroit anneau iridien qui persiste, et placée dans la couche corticale antérieure et postérieure. Ces opacités, réunies dans la partie équatoriale du système lenticulaire, se dessinent, à l'éclairage latéral, avec une limite uniformément nette et circulaire. La substance cristalliniennc moyenne comprise entre les deux portions cristalliniennes opaques, est parfaitement limpide.
L'image réfléchie de la capsule postérieure, ne peut être découverte; mais l'image antérieure se voit partout avec une netteté remarquable et est nettement délimitée.
Si on fait porter l'œil fortement de côté, on voit dans la partie opposée (plus éloignée) de la pupille, le bord de l'iris se détacher de plus en plus nettement des opacités corticales périphériques antérieures. Il s'en éloigne progressivement, au point qu'il permet de voir entre lui et les opacités corticales un interstice rubané effilé, en forme de croissant en haut et en bas, et qui correspond comme largeur au canal de Petit, interstice à travers lequel le fond de l'œil se montre éclairé par une lumière jaune-blanchâtre intense. Ce filet rubané éclairé des milieux transparents qui, grâce aux mouvements latéraux de l'œil, se laisse voir dans toute la circonférence du système lenticulaire, est limité en dedans par le bord cristallinien non transparent, sous forme d'une ligne noire nettement accusée, tandis qu'en dehors, c'est-à-dire vers le bord pupillaire de l'iris, il paraît avoir comme limites une ligne en zigzag, en ce que les procès ciliaires isolés d'une couleur foncée proéminent plus ou moins profondément dans le canal de Petit (actuellement éclairé).
Ces mêmes phénomènes se montrent d'une manière aussi caractéristique et aussi nette sur l'œil droit, mais l'épaisseur et l'étendue des opacités corticales est, principalement vers le pôle cristallinien, moins accusée sur cet œli que sur son congénère.
PI. II. Fig. 13.
Cataracte corticale striée antérieure et postérieur e.
M. S., négociant, âgé de 68 ans, a eu des glandes dans son enfance; il a eu la varicelle, et à 17 ans la rougeole. A 34 ans, il s'est fracturé la jambe droite, fracture qui a rapidement guéri. Depuis lors il n'a eu aucune maladie sérieuse.
Depuis son enfance, il a toujours bien vu et d'une manière continue, aussi bien de près que de loin, et il n'a jamais eu mal aux yeux. Depuis sa 49"16 année il était forcé, lorsqu'il voulait apercevoir des objets minutieux, d'avoir recours aux verres convexes, et il se sert depuis les quatre dernières années de lunettes -4-1.5.
C'est par hasard qu'il s'est aperçu, il y a trois ans, qu'il voyait moins bien avec l'œil droit qu'avec l'œil gauche. Depuis un an, il est frappé de la diminution de l'acuité de la vue de son œil gauche.
Actuellement M. S. lit avec +11 avec l'œil droit le n» 10 à 6 pouces, et avec le gauche le no 8 à 5'/3 pouces de distance.
Les deux yeux sont d'une structure normale (V. oo), ils sont sains sous tous les rapports, à l'exception du système cristallinien. Les pupilles sont étroites, ne réagissent qu'avec lenteur et indolence aux changements de lumière ; elles paraissent encore presque normalement noires à l'éclairage ordinaire du jour, tandis qu'à l'éclairage avec le miroir faible, on peut reconnaître facilement et distinctement, surtout dans l'œil droit, une opacité cristallinienne.
La pupille étant dilatée artificiellement, et en éclairant avec le miroir faible, une opacité partielle striée d'une forme extrêmement régulière, située dans les couches corticales antérieures aussi bien que dans les postérieures et entourant un noyau parfaitement transparent, se dessine dans les deux yeux d'une manière très-caractéristique.
Dans l'œil droit (fig. 13) les opacités corticales remplissent surtout la partie inféro-interne de la pupille; la partie externe, ainsi que la partie supéro-externe du cristallin, sont dépourvus d'opacités.
Les opacités accusées (noirâtres) plus nettement délimitées, se continuent jusqu'au pôle postérieur du cristallin; elles sont étroites, terminées en pointes très-fines et situées dans les couches corticales postérieures; elles montrent une courbure, avec forte concavité antérieure, et répondent à la surface postérieure du cristallin. Par leur large, base, elles atteignent jusqu'à l'équateur du cristallin.
Les opacités des couches corticales antérieures sont, au contraire, moins accusées et d'aspect plus grisâtre; elles sont moins nettement délimitées, manifestement plus courtes et plus larges; elles ne présentent qu'une faible courbure convexe, et leurs bases notablement plus larges se confondent à l'équateur du cristallin avec celles des opacités opposées situées dans les couches corticales postérieures.
L'image de la capsule antérieure se produit partout avec sa netteté normale; celle de la capsule postérieure n'est visible que dans les parties externes et supérieures des pupilles.
L'œil étant fortement tourné de côté, le bord du cristallin se voit dans les deux yeux, tandis que, entre ce bord et l'iris, on reçoit encore la lumière sous forme d'une bande étroite du fond de l'œil bien éclairé à travers le canal de Petit.
Dans l'œil gauche, les opacités ont les mêmes caractères que dans l'œil droit; elles sont seulement un peu moins développées, moins accentuées, moins nombreuses, et elles n'avancent pas autant vers les pôles du cristallin. Comme dans l'œil droit, elles occupent surtout les parties internes et inférieures des couches corticales antérieures et postérieures.
PL II. Fig. 14.
Cataracte corticale antérieure et posté rieur e(*\
T. W., née W., âgée actuellement de 47 ans, d'une faible constitution, a jusqu'à présent vécu dans de très-mauvaises conditions et présente une vieillesse précoce. Dans la jeunesse, elle fut toujours bien portante. Réglée à 16 ans, elle fut chlorotique pendant sept mois dans sa 18me année; guérie de sa chlorose, elle n'eut jamais à se plaindre, depuis cette époque jusqu'à présent, d'un trouble sérieux dans son état général. Mariée depuis 14 ans, elle a mis au monde 4 enfants, dont 3 sont vivants.
T. W. a les yeux normaux, et depuis sa jeunesse jusqu'à l'âge de 27 ans, elle a vu d'une manière continue et avec une netteté parfaite pour les deux yeux de près
(*) Voyez ma publication in „Oester. Zeitschr. f. prakt. lleilkunde", nos 31 et 32.
comme de loin. Elle s'occupa assidûment, dès l'âge de 13 ans, à faire des travaux de couture fine.
A l'âge de 27 ans, elle remarqua pour la première fois, après un travail de plusieurs mois des plus pénibles, une fatigue momentanée des yeux avec incertitude et trouble passagers de la vue. En continuant ses occupations, ces phénomènes augmentèrent bientôt en intensité et en durée, et finalement il y eut devant tous les objets un voile continuel, surtout pendant la vision aux plus grandes distances. Cette diminution de la faculté visuelle continua à augmenter les mois suivants, surtout dans l'œil droit, de sorte qu'il devint impossible à la malade de continuer ses travaux habituels, tandis que les grossiers travaux à l'aiguille et les occupations ordinaires du ménage pouvaient encore se faire aisément et sans interruption. Détournée de la lumière, elle y voyait mieux, et en outre, pour exécuter autant que possible ses travaux délicats, elle faisait tomber la lumière solaire directement sur son ouvrage; dans la rue et chez elle, en se garantissant du soleil au moyen d'un écran, elle marchait encore avec une parfaite assurance.
De 28 à 40 ans, elle ne remarqua plus aucune aggravation dans l'état de sa vue; mais, à partir de cette époque, elle croit y avoir observé une amélioration constante.
La malade fut examinée pour la première fois à l'âge de 30 ans. A ce moment, elle pouvait lire avec l'œil droit le n» 19 de 7 à 12 pouces, avec l'œil gauche le n" 12 de 6 à 10 pouces.
Ses yeux, comme il a été dit déjà, sont normaux et, au repos de l'accommodation, adaptés aux rayons parallèles. A l'exception du système eristallinien, tous les organes sont sains.
Les pupilles, de grandeur moyenne, réagissent fortement et promptement aux variations de lumière; elles paraissent légèrement grisâtres; à l'examen latéral elles sont comme miroitantes, parce que la face antérieure des cristallins réfléchit beaucoup de lumière.
Après la dilatation artificielle, on peut déjà à la lumière du jour, mais mieux encore à l'éclairage ophthalmoscopique, reconnaître dans les deux pupilles une cataracte corticale centrale postérieure étendue, striée, dessinée d'une manière tout à fait caractéristique, avec de petites opacités corticales postérieures périphériques striées, en même temps qu'une plus faible opacité striée périphérique dans les couches corticales antérieures. Les parties moyennes des couches corticales antérieures et du noyau eristallinien étaient parfaitement transparentes.
Les opacités corticales postérieures paraissent à l'examen ophtalmoscopiquc plus noirâtres (grisâtres à la lumière du jour) que les antérieures.
L'image de la capsule antérieure se produit partout dans les deux yeux trèsclairement et nettement limitée; au contraire, l'image postérieure ne peut être vue.
Dans l'œil gauche (fig. 14), l'opacité corticale centrale postérieure a la forme d'une étoile à plusieurs branches irrégtilières (7 branches) à point mousse; elle présente une forte concavité et est formée d'un nombre considérable de stries foncées de longueur différente qui, dans le corps de l'étoile, sont tellement serrées, que celle-ci paraît au centre complètement opaque; dans les parties périphériques, les stries sont plus isolées, et à travers elles, le bord de l'étoile prend un aspect finement dentelé.
Les opacités corticales postérieures périphériques sont également constituées par des stries aussi petites, prononcées, de différentes longueurs, en partie plus isolées, en partie réunies en petits groupes de forme pyramidale, présentant plus loin toutes ensemble une disposition radiée, et leurs stries les plus longues pénètrent entre les branches des opacités centrales.
Entre ces deux opacités, l'opacité centrale et l'opacité corticale postérieure péri-
phérique, la masse corticale postérieure se trouvait encore par places dans une étendue assez considérable, parfaitement transparente, de sorte qu'on pouvait encore, à travers, reconnaître distinctement le fond de l'œil.
Les opacités des masses corticales antérieures étaient plus marginales et étaient également formées de stries extrêmement fines, en partie plus isolées, en partie groupées en petites pyramides tronquées; elles étaient seulement un peu moins opaques et moins bien délimitées, de sorte qu'elles avaient un aspect gris-fumé, transparent, nuagerx, plus prononcé.
Les opacités corticales antérieures, comme les opacités corticales postérieures, atteignaient jusqu'au bord du cristallin, qu'elles délimitaient nettement par leur bord tranchant.
Dans l'œil droit, les opacités corticales montraient la même forme et la même disposition que dans l'œil gauche; elles étaient cependant un peu plus prononcées et partant moins transparentes ; elles étaient aussi plus étendues dans les différentes couches.
Tel était l'état des choses depuis 17 ans. La malade fut, à différentes reprises, examinée dans les années suivantes. Tout d'abord, on ne put remarquer d'augmentation dans les opacités," plus tard, et particulièrement au dernier examen, entrepris depuis peu, on put, au contraire, démontrer une faible diminution de l'opacité, et cela tant en comparant l'état des yeux avec le dessin fait 13 ans auparavant, que d'après le rapport de la malade et l'examen méthodique de la vision. La malade peut maintenant lire exactement avec l'œil gauche le n» 7 de 6 à 9 pouces, avec l'œil droit le n° 12 de 6'/» à 1 1 pouces.
PI. II. Fig. 15.
Cataracte zonulaire^*).
K. H., fils de paysan, âgé de 16 ans, petit, mais fortement constitué, n'a jamais été sérieusement malade. Il n'a jamais très-bien vu et dès sa plus tendre enfance, il avait eu l'air et les allures que donne une forte myopie.
Extérieurement les yeux paraissent normaux, pourtant le regard est incertain et ressemble à celui du myope ; on est aussi frappé de la tendance à contracter les paupières et à abaisser les sourcils pour couvrir les yeux.
Les pupilles, très-sensibles à l'impression de la lumière, ont, à un éclairage ordinaire, 31/; millim. de diamètre; et, en examinant attentivement, on peut reconnaître de chaque côté, dans les parties profondes du système cristallinien, une opacité extrêmement petite, uniforme, grisâtre.
Le malade circule dans la rue avec une parfaite sécurité. Il n'est pourtant pas en état de distinguer à 20 pas les plus grands objets, les fenêtres d'une maison par exemple, et il ne reconnaît pas non plus les traits de la figure à 5 pas.
(*) Voyez: Ueber Staar und Staaroperationen, Wien 1854, p. 17; Beitrage zur Pathologie des Auges, Wien 1855, page 10, partie II, et Zeilschr. der le le. Gesellsch. d. Aerzte zu Wien, Jahrg. 1859, p. 491.
Avec l'œil droit, il lit le n» 2 de 4'/c à 5 pouces de la cornée, et le n° 20 de 4 pouces à 4 pieds de distance, avec assez de facilité.
Après l'instillation de l'atropine., la pupille se dilate dans cet œil jusqu'à 73/l0 millira. de diamètre, et aussitôt on reconnaît distinctement dans le milieu de la pupille et dans les parties profondes du système cristallinien, qui, à part cela, est parfaitement transparent, une opacité tout à fait uniforme, circulaire, bien limitée, arrondie sur le bord d'avant en arrière, faiblement grisâtre, et ayant 4 millim. de diamètre. Grâce à cette dilatation des pupilles, le n<> 2 est lu maintenant avec grande facilité à une distance de 6 à 8 pouces, et le n° 20 de 5 pouces à 10 pieds, distance à laquelle les lettres augmentent manifestement en netteté et en précision, lorsqu'on garantit l'œil avec la main. Le malade reconnaît maintenant les traits à 14 pieds, compte les fenêtres d'un bâtiment à 400 pas de distance, et se promène dans la rue sans gêne et avec assurance.
En examinant avec l'oplithalmoscope l'œil adapté pour les rayons parallèles, on obtient la figure représentée fig. 15.
L'opacité apparaît alors d'un gris - noirâtre uniforme, mais tellement ténue que tout le fond de l'œil d'un jaune-rougeâtre, se voit à travers. Le reste du cristallin et des autres milieux est normal et parfaitement transparent, de manière que l'opacité centrale est entourée d'un anneau circulaire de près de 2 millim. de largeur, constitué par la pupille éclairée en jaune-rouge intense. A travers cette partie de la pupille, on peut voir le fond de l'œil avec une parfaite netteté.
L'image réfléchie de la flamme se voit en tous points distinctement sur la capsule antérieure; l'image capsulaire postérieure ne se voit qu'au pourtour de l'opacité et en éclairant très-obliquement; mais alors elle apparaît avec une parfaite netteté.
L'examen du système cristallinien, au jour ainsi qu'à l'éclairage artificiel, nous montre que l'opacité cataracleuse est non seulement entourée de substance cristalliniennc normale dans la direction du plan équatorial, mais aussi d'avant en arrière, dans la direction de l'axe antéro-postéricur, et cela à cause de l'écartement sensible qui existe entre les capsules antérieure et postérieure et l'opacité.
L'uniformité de l'opacité à un éclairage qui la traverse directement, sa conformation lenticulaire, sa teinte relativement intense, et la densité uniforme de la couche opaque qui constitue la surface de ce corps lenticulaire opacifié, démontrent qu'il n'y a qu'un faible nombre de couches de fibres moyennes, contiguës les unes aux autres, qui sont opacifiées, et que la substance du noyau, entourée par ces couches fibrillaires, est parfaitement transparente.
L'œil gauche est très-faiblement hypermétrope (V. -|- 90), a la même acuité visuelle que le droit, et montre aussi une cataracte zonulaire qui se présente absolument avec les mêmes caractères que sur l'œil droit.
PI. II. Fig. 16.
Cataracte zonulaire.
B. IL, relieur, âgé de 22 ans, sain, vigoureux, de stature moyenne, n'a, à part la rougeole et une péritonite, jamais eu de maladie sérieuse.
Depuis sa plus tendre enfance, il a eu l'habitude de rapprocher tous les objets
le plus possible de ses yeux, qui montrèrent alors un certain degré d'incertitude et d'instabilité dans la fixation, surtout lorsqu'il s'agissait de regarder de petits objets.
A cause de cette particularité, et à cause de l'expression terne du regard dans la vision à distance, on avait pris B. U. pour un myope.
C'est à l'école qu'on s'aperçut pour la première fois qu'il ne pouvait pas aussi bien que les autres enfants, distinguer de petits objets. Le malade et les personnes de son entourage affirment que le degré de la myopie et la faiblesse de la vue n'ont pas augmenté depuis la jeunesse. Au contraire, ce jeune homme pense qu'il a acquis avec les années, et plus de facilité dans la distinction des petits objets, et plus d'assurance dans l'orientation au dehors.
Les yeux paraissent, en ce qui concerne leurs enveloppes, parfaitement normaux; les pupilles sont moyennement larges (diamètre de près de 5 millimètres), et réagissent rapidement et suffisamment à la lumière. Mais elles ont une teinte matte fumée, produite par une opacité grisâtre, ténue et uniforme, située à quelque distance derrière le plan de l'iris. Le malade lit avec l'œil droit le n» 5 do 5 à 5 '/;, pouces, et avec l'œil gauche le n" 5 de 4i/2 à 5 pouces. Mais, à 2 pieds de distance, il ne peut déjà plus compter les doigts. Les gros objets ne lui paraissent, à 4 ou 5 pas de distance, que comme des ombres.
Après la dilatation de la pupille par l'atropine, il lit avec -\- 12 du côté droit n° 3 à 7 pouces, du côté gauche n° 4 à 61/, pouces, et compte les doigts, avec un bon éclairage, à 6 pieds de distance. Il réussit maintenant aussi à distinguer sans verres de gros objets à plusieurs centaines de pas, quoique toujours d'une façon incertaine et confuse.
Les pupilles étant dilatées , il se dessine, déjà sur les deux yeux à l'éclairage du jour, d'une manière tout à fait caractéristique, une opacité zonulairc fibrillairc, car on remarque que, derrière le plan de l'iris, la majeure partie de la pupille est occupée par une opacité parfaitement uniforme, circulaire, d'un diamètre de 7'/„ millimètres. Cette opacité a une couleur d'un gris faible et est nettement limitée vers la périphérie, de manière qu'il n'existe qu'une portion étroite et annulaire de la pupille entre cette opacité et le bord libre de l'iris.
L'opacité présente aussi, comme le montre clairement un examen plus approfondi, un diamètre considérable d'avant en arrière, surtout dans les parties moyennes ; elle offre un bord arrondi et se compose de deux couches placées dans divers plans encore perméables à la lumière, qui sont, à leur plus grande distance, au milieu du système lenticulaire, se rapprochent vers la périphérie, et finissent par se confondre vers leurs bords. L'opacité présente donc dans son ensemble une forme lenticulaire.
La zone opaque antérieure présente, surtout dans ses parties moyennes, une teinte peu accusée, montre, relativement à la surface du cristallin, une faible convexité, et permet de voir distinctement, à travers elle, la zone postérieure située plus profondément, plus foncée et offrant une concavité plus accusée. Les deux opacités, aussi bien l'antérieure que la postérieure, paraissent ne comprendre, d'arrière en avant, qu'un nombre relativement restreint de couches fibrillaires concentriques et embrasser un noyau parfaitement transparent.
A l'éclairage oblique, ainsi qu'avec l'ophtlialmoscopc (fig. 16, œil gauche) , les caractères sus -mentionnés se dessinent beaucoup plus nettement. A ce dernier examen, on reçoit dans toute l'étendue des pupilles de la lumière; envoyée du fond de l'œil, moins, il est vrai, à travers les parties opaques, mais d'une manière tout à fait normale à la circonférence. De cette façon, l'opacité, faiblement grisâtre, plus éclairée au milieu que vers la périphérie et vers le bord nettement accusée, parait entourée d'un cercle lumineux, étroit et très-clair, et ressort comme nageant dans la lumière d'une manière extrêmement nette et caractéristique.
Si on examine la couche profonde de l'opacité zonulaire antérieure, relativement au plan de la pupille, si l'on considère la distance relativement faible des couches zonulaires postérieures par rapport au plan de l'iris, en tenant compte del'écartement normal entre celle-ci et la cristalloïde postérieure ; enfin, si on remarque, comme permet de le voir l'éclairage oblique, que la cristalloïde antérieure, normalement bombée, se trouve à une distance assez considérable de l'opacité antérieure, de manière que l'image de la capsule antérieure se voit partout normalement, et celle de la capsule postérieure, vers la périphérie, en dehors de l'opacité, il en ressort que les couches opaques renferment non-seulement, comme cela a déjà été dit, un noyau transparent, mais qu'elles sont encore entourées extérieurement, c'est-à-dire en avant, en arrière et de côté, par de couches corticales constituées par de la substance cristallinienne transparente.
Il faut ici remarquer encore, qu'en dirigeant l'œil fortement de côté, le bord du cristallin, c'est-à-dire l'équateur, reste à une certaine distance du bord de l'opacité, se dessine nettement par une ligne foncée, et est bordé par un anneau de lumière renvoyée à travers le canal de Petit.
Le fond de l'œil est, dans sa majeure partie, nettement visible sur les deux yeux à travers les parties périphériques et transparentes du système cristallinien. Cette exploration permet de constater la parfaite transparence du corps vitré, la structure normale des partie constituantes du fond de l'œil, ainsi que l'adaption dioptrique des deux yeux pour les rayons parallèles.
PL III. Fig. 17.
Cataracte zonulaire avec opacités corticales périphériques striées.
A. Z., âgée de 15 ans, jeune paysanne, forte et saine, n'a, sauf la variole, jamais eu de maladie sérieuse. Depuis son enfance, elle a moins bien vu que d'autres, surtout à distance et à un éclairage intense. Mais cet état n'a pas changé, et ses yeux étaient du reste sains.
A. Z. lit avec l'œil droit le n» 3 de 5 '/., à 8 pouces, avec le gauche le n» 3 de 5 à 8 pouces. Elle compte encore les doigts du côté droit à 6 pieds, du côté gauche à 10 pieds de distance.
Les deux yeux paraissent, à l'extérieur, normalement conformés, les pupilles ont plus de é'/.j millimètres de diamètre, se contractent rapidement et sensiblement, mais elles montrent pourtant une faible opacité grisâtre. Ces opacités, situées à une certaine distance derrière le plan pupillaire, paraissent, en général, assez uniformes, et ce n'est qu'après la dilatation pupillaire, et en faisant tourner l'œil, qu'on aperçoit aussi des parties claires d'un gris-blanchâtre plus intense situées vers la périphérie.
Après avoir instillé de l'atropine, les pupilles se dilatent ad maximum, et on aperçoit maintenant, dans le système cristallinien de chaque œil, une opacité lenticulaire grisâtre, nettement limitée vers la périphérie, d'un diamètre de six millimètres, du bord desquelles émanent des opacités d'une coloration gris blanchâtre plus intense, sous forme de stries courtes de longueur variable, ou plutôt de petites pyramides.
L'opacité lenticulaire (la cataracte zonulaire) est formée d'une couche antérieure opaque, faiblement bombée en avant, qui, placée à une petite distance derrière l'iris, et un peu plus marquée au centre et à la périphérie, présente encore dans les autres points un haut degré de transparence, et d'une couche profonde, fortement excavée, qui paraît uniformément grisâtre. Les deux couches opaques n'ont qu'une faible épaisseur; périphériquement elles se réunissent l'une avec l'autre en un bord arrondi d'avant en arrière, et enveloppent, comme des gousses, un noyau parfaitement transparent.
Les petites opacités situées sur les bords sont respectivement à une distance inégale et différemment groupées autour de la périphérie de la cataracte lenticulaire ; leur disposition est radiée. Elles ne paraissent pas situées immédiatement sur la couche opaque antérieure, c'est-à-dire à son contact; par leurs extrémités pointues, elles s'élèvent pour la plupart au dessus de la surface antérieure de la couche opaque, et arrivent au milieu de la pupille; par leur extrémité mousse, plus épaisse, au contraire, elles s'étendent seulement un peu au delà du bord de la couche opaque ; elles ont la même courbure que le bord arrondi de la couche lenticulaire opaque; elles paraissent s'élever sur lui, et, à quelque distance de ce bord, se continuer derrière la face postérieure de la couche opaque postérieure.
Avec l'ophtlialmoscope (Fig. 17, œil droit), l'opacité lenticulaire paraît dans chaque œil d'un gris-rougeâtre, d'un gris plus foncé au centre et à la périphérie ; au contraire, les petites opacités situées sur les bords, paraissent très-noires. La partie annulaire périphérique de la pupille est parfaitement transparente, et à travers on peut voir nettement le fond de l'œil normal, et constater, en outre, la parfaite transparence du corps vitré , de même que la disposition dioptrique des deux yeux pour des rayons faiblement convergents, c'est-à-dire une faible structure hypermétropique (à droite V. -4- 70, à gauche V. -|- 80.)
L'image de la capsule antérieure est normalement visible dans les deux yeux ; celle de la capsule postérieure ne se voit que dans la partie annulaire périphérique et transparente de la pupille, et là encore d'une façon confuse.
A l'éclairage latéral, on peut également, dans les deux yeux, reconnaître clairement que la capsule antérieure, dont la position dans le plan iridien et dont la convexité sont normales, se trouve à quelque distance en avant de la couche opaque antérieure.
Des phénomènes exposés, on peut conclure avec assez d'assurance que les opacités lenticulaires renferment non-seulement un noyau transparent, mais qu'elles sont encore entourées de toutes parts d'une importante masse corticale, et que, entre l'opacité de forme lenticulaire et les opacités striées qui occupent les bords, doit se trouver aussi une couche de substance cristallinienne plus ou moins épaisse et transparente.
PI. III. Fig. 18.
Cataracte zonulaire avec opacités corticales périphériques slriéesS'
J. A., serrurier, âgé de 18 ans, de petite taille, mais vigoureux, ayant toujours été bien portant, est atteint, comme deux de ses sœurs, de cataracte congénitale. Il
(*) Voyez: Beitràge zur Pathologie des Auges, Wien 1855, p. 12, pi. III., et Sdzungsbericht in der Zcitschr. d. le. 1c. Gesellsch. d. Acrzte tu Wien, 3. Febr. 1854.
ne peut pas se rappeler que sa vision, faible dès sa plus tendre enfance, ait dimiminuée dans le cours des années.
Les parties externes des yeux, à part un regard terne et fixe, ne présentent rien de morbide. Les pupilles sont moyennement élargies, ont un diamètre de 5,3 millimètres, sont sensibles à la lumière, pas complètement noires, mais uniformément troublées, comme par un nuage profond très-léger. A l'éclairage oblique, on voit s'avancer derrière le bord pupillaire et se superposer à l'opacité uniforme et profonde sus-mentionnée, les pointes des stries opaques de la substance corticale.
Le malade lit avec l'œil droit le n° 3 de 5 à 7 pouces, le n» 20 de 4 pouces à 8 pieds de distance; avec l'œil gauche le n° 3 de 4'/2 à 6 pouces, le n» 20 de 3 pouces à 7 pieds. 11 reconnaît les traits à 10 pas, et a, dans la rue, une allure libre et dégagée. Il travaille dans sa profession avec persévérance et succès, même en exécutant des travaux minutieux , et ne se trouve gêné pour voir qu'à la clarté du soleil.
Sous l'influence de l'atropine , les pupilles s'élargissent au-delà de huit millim., et on reconnaît alors distinctement dans la profondeur du système cristallinien (tout à fait de la même manière que dans le cas représenté fi g. 17) une opacité lenticulaire centrale, nettement limitée, uniforme (cataracte zonulaire) , faiblement grisâtre, et d'un diamètre de 6 ya millim. Au devant d'elle, vers la périphérie , se voit un nombre considérable d'opacités corticales striées, plus ou moins longues et avançant vers le pôle antéro postérieur du cristallin.
Le malade lit alors de suite avec l'œil droit le n" 3 de 6 à 8 pouces, et le n° 20 à une distance de 15 pieds; avec l'œil gauche le n° 3 de 5i/a à 9 pouces, et le n° 20 à 12 pieds de distance. Dans la rue, il reconnaît les objets jusqu'à une distance double de la première, et il éprouve, surtout quand le jour est très clair, un soulagement sensible dans son travail.
Examinée à l'oplithalmoscope (fig. 18, œil gauche), l'opacité lenticulaire centrale paraît un peu plus claire clans ses parties moyennes et nettement limitée vers son bord, où elle est un peu plus foncée et d'un gris-fumé. Le fond de l'œil apparaît, au travers, d'une coloration jaune-rougeâtre.
Les opacités corticales striées et radiées qui, des parties périphériques, se superposent à cette opacité lenticulaire et en dépassent les bords, montrent, au contraire, une teinte noirâtre plus ou moins concentrée.
Le reste de la pupille, en forme d'anneau, est d'un rouge-jaunâtre clair et permet de voir le fond de l'œil avec toute la netteté possible. A cet examen, on reconnaît que l'œil droit est adapté pour des rayons parallèles, le gauche pour des rayons faiblement divergents (V. — 80).
Si le malade tourne l'œil de côté, et si on regarde obliquement dans la pupille, on reconnaît que les opacités corticales striées se recourbent en arc vers l'hémisphère postérieure du cristallin, et qu'elles appartiennent à une seule et même couche composée d'un nombre restreint de lamelles fibrillaires, appartenant aux parties antérieures et postérieures du cristallin. On voit, en outre, qu'elles sont séparées de l'opacité lenticulaire par une couche de substance corticale transparente, et qu'elles sont enveloppées au dehors d'une même couche.
L'image capsulaire antérieure se voit partout avec une netteté normale, tandis que l'image postérieure peut à peine être constatée.
Le système lenticulaire possède donc, dans les deux yeux, un noyau transparent entouré d'une zone uniforme opaque; une couche concentrique de substance cristallinicnne transparente embrasse alors cette zone de fibres opaques; à celle-ci succède la couche de stries corticales opacifiées, à laquelle vient de nouveau s'adosser une substance corticale transparente, et enfin la cristalloïde normale.
PL III. Fig. 19.
Enfoncement d'un cristallin transparent.
Baron L. H., chef d'escadron, âgé de 36 ans, d'une constitution vigoureuse et d'apparence saine, n'a, à part des fièvres intermittentes et des blessures, jamais eu de sérieuses maladies.
Pendant la campagne de 1859, il tomba avec son cheval, au moment d'une attaque, dans un fossé profond, fit la culbute sous sa monture et resta longtemps privé de connaissance ; revenu à lui, il prit de nouveau part au combat et continua la campagne jusqu'au bout. Il ne tint pas grand compte des différentes conséquences immédiates de sa chute qui, du reste, se dissipèrent bientôt en grande partie, quoiqu'il se fut aperçu, dès le commencement, qu'il voyait moins bien avec son œil droit qu'avec le gauche, qu'il était en quelque sorte ébloui de ce côté, ce qui plus tard lui causa, à différentes reprises, de la gêne dans ses occupations.
Depuis lors, il ne s'aperçut d'aucun changement dans la diminution de la vue de cet œil. A part ce trouble visuel, il ne se ressent nullement de la chute faite il y a cinq ans, et il voit avec l'œil gauche d'une manière aussi satisfaisante et continue qu'auparavant.
Les deux yeux ont une structure normale, l'œil gauche lit le n° 1 de 4'/2 à 20 pouces, et la vision aux plus grandes distances est distincte et nette. Mais l'œil droit ne peut lire sans verre que le n» 11 à 8 pouces, et avec -j- 12 le n» 8 à G pouces de distance. Les objets paraissent comme diffus, tiraillés et allongés en sens vertical, et leur partie supérieure se montre agrandie. Du reste, avec cet œil, il est impossible au malade de reconnaître les objets à distance.
Les enveloppes externes de Yœil droit ne montrent pas de caractères morbides; la cornée est parfaitement transparente, l'iris est normal comme couleur et comme structure, mais la pupille a une largeur plus considérable que celle de l'œil gauche, et ne réagit qu'imparfaitement et lentement à la lumière. Elle paraît, en général, d'une couleur noire normale; dans certaines positions et lors des mouvements rapides de l'œil, on y aperçoit un miroitement soudain, comme un reflet qui partirait de la surface lisse d'un morceau de verre mobile et transparent.
La chambre antérieure paraît, au pi'emier abord, avoir sa grandeur normale; mais en y regardant de plus près, on voit qu'elle est plus profonde en haut et que son segment inférieur est plus mince. 11 en résulte que l'iris occupe une position oblique de bas en haut et d'avant en arrière, et tremblotte d'avant en arrière dans toute son étendue, mais principalement en haut. Le bord inférieur de la pupille occupe à peu près sa position normale , tandis que le bord supérieur s'écarte bien plus sensiblement de la cornée, car la partie supérieure de l'iris, dans toute la largeur de son insertion ciliaire, pend directement en bas.
La pupille se dilate fortement par l'atropine. Alors on reconnaît à l'inspection directe, et en prenant une position favorable, que la capsule antérieure reluit d'une manière éclatante, qu'elle est dirigée en haut et en arrière, et que le bord supérieur du cristallin qui est descendu dans le champ pupillaire, se dessine par un reflet vitreux très-faiblement grisâtre.
Avec l'ophtlialmoscope (fig. 19, œil droit), la pupille ne s'éclaire pas uniformément, car la partie inférieure, circonscrite par le bord convexe et foncé du cristallin, se
montre d'une teinte jaune-rougeâtre plus obscure, tandis que la partie areiforme supérieure est d'un jaune-rouge clair.
A travers ces deux parties de la pupille, l'inférieure plus grande, la supérieure plus petite, on voit distinctement le fond de l'œil avec le miroir, et on peut ici contrôler l'adaption dioptrique de l'œil qui, dans la partie inférieure, est adapté pour des rayons divergents (V. — 45), dans la partie supérieure pour des rayons convergents (V. -\- 4).
La strie foncée, large et areiforme, qui sépare les deux portions de la pupille accessible aux rayons, se trouve dans la partie supérieure à une distance sensible en arrière du bord pupillaire supérieur; des deux côtés elle se rapproche de l'iris, et l'on peut la poursuivre davantage, en regardant latéralement dans l'œil. Sa courbure dans la direction du plan pupillaire, ainsi que sa courbure d'avant en arrière, correspond parfaitement au bord équatorial du système cristallinien. Sa teinte foncée se délimite en haut par une ligne nette, presque noire, tandis qu'en bas cette délimitation se perd progressivement et sensiblement. Ce bord foncé tremblotte pendant les déplacements et les secousses de l'œil, en exécutant un mouvement ondulatoire excursif d'avant en arrière. A l'éclairage latéral, l'image réfléchie se voit sur toute la surface de la capsule antérieure, anormalement convexe, et cela du bord inférieure de la pupille jusqu'à la limite foncée et areiforme.
De ces phénomènes il ressort que le système cristallinien, resté complètement transparent, s'est, à la périphérie supérieure, dégagé de ses attaches avec le corps ciliaire et s'est abaissé; en même temps, son bord supérieur s'est renversé en arrière; son bord inférieur, en conservant ses rapports normaux avec le corps ciliaire, a poussé l'iris en avant, et les bords latéraux sont encore partiellement, mais lâchement unis avec le corps ciliaire. En outre, il est avéré que la pupille, n'étant pas dilatée, se trouve encore masquée complètement par le cristallin et que le malade, à travers une pupille de grandeur normale, aperçoit les objets à travers son cristallin placé obliquement.
PL III. Fig. 20.
Exsudai et extravasation dans le canal de PetitS*)
S. R., journalier, âgé de 27 ans, fut atteint de scrofule dès sa jeunesse ; à 6 ans, il eut la petite vérole, la rougeole à 12 ans, et depuis cette époque, il a très-fréquemment souffert d'inflammations des glandes palpébrales aux deux yeux, surtout au gauche.
Le pouvoir visuel, à distance comme de près, a toujours été bon pour les deux yeux.
Dans son travail manuel pénible, il s'était habitué à l'usage des alcooliques , surtout de l'eau de vie, et il souffrit souvent de congestions à la tête, particulièrement pendant les chaleurs de l'été ou quand il se baissait pour travailler.
En juillet 1857, il avait, pendant plusieurs jours, exposé aux rayons solaires, beaucoup travaillé et usé largement des spiritueux, lorsque tout à coup, en même temps qu'une montée du sang vers la tète, il éprouva un sentiment étrange dans l'œil gauche. Il lui sembla qu'il était en partie ébloui, comme par un cheveu qui se serait
(*) Voyez: Beitrùge zur Pathologie des Anges, Wien, p. 8, pi. II.
placé dans le champ visuel, de telle sorte que de près il ne voyait plus si nettement qu'auparavant, tandis qu'à de grandes distances la vision était aussi nette.
Pendant les jours suivants, les phénomènes se dissipèrent, sauf la mauvaise vision de près; pourtant l'œil devint rouge à l'angle interne, et, depuis ce moment, il y eut toujours là plus ou moins d'inflammation, ce à quoi le malade ne fit plus attention.
Six semaines après, les mêmes phénomènes reparurent pour un motif semblable, mais d'une, manière plus intense, et ils ne disparurent pas complètement.
Trois mois plus tard, à la suite des mêmes circonstances, les mêmes phénomènes se représentèrent dans l'œil, mais à un degré beaucoup plus fort jet comme ils persistaient en grande partie, le malade chercha, trois semaines après, les secours de la médecine.
L. R. a les yeux normaux (V. oo). Avec l'œil droit, il lit le n" 1 de 5 à 17 pouces; avec l'œil gauche, il voit à distance presque aussi bien qu'avec le droit; pourtant de ce coté le pouvoir accommodateur est entièrement perdu; avec -)- 12, il lit sans effort le n» 1 à 7 pouces.
Sur cet œil (gauche), la conjonctive paraît rouge et un peu tuméfiée à l'angle interne; il y existe même, surtout près de la cornée, une légère vascularisation épisclérale nettement dessinée. Les autres parties extérieures de l'œil ne présentent rien de pathologique. La cornée est parfaitement transparente, la chambre antérieure normale; l'iris, au contraire, est un peu paresseux dans ses mouvements, .et la pupille, faiblement élargie par la rétraction inféro-interne du bord pupillaire, est d'un noir normal.
La pupille, étant artificiellement dilatée ad maximum, et en employant l'ophthalmoscope, le cristallin et le corps vitré se montrent de tous côtés parfaitement transparents, et le fond de l'œil est normal dans toute son étendue; si pourtant le malade regarde fortement en bas et en dedans (fig. 20, œil gauche), on voit, en regardant obliquement dans l'œil, que le bord inféro interne du cristallin est bordé d'une opacité rnbanée d'un jaune - blanchâtre accompagnée de taches d'un rouge -sanguin. Cette opacité rubanée par la face qui regarde le cristallin, est excavée dans le sens du méridien et de l'équateur, en rapport parfait avec la face supérieure du bord eristallinien; elle n'a là qu'une faible largeur d'avant en arrière (correspondant à la distance qui sépare le point d'insertion du feuillet antérieur du canal de Petit de son feuillet postérieur, se rattachant à la capsule antérieure et postérieure du cristallin); en avant, comme en arrière, elle est bien limitée et a, dans la direction de l'équateur du cristallin, une longueur de plus de quatre lignes. En outre, cette opacité a une épaisseur considérable, et remplit complètement l'intervalle qui existe entre le bord du cristallin et les procès ciliaires (canal de Petit). Dans toute son étendue, on ne reçoit donc aucune lumière du fond de l'œil à travers le canal de Petit, de même que là aussi le bord du cristallin ne se dessine pas d'une manière normale ; au contraire, dans tout le reste de la circonférence du cristallin le canal de Petit peut être éclairé normalement en jaune-rougeâtre, et la partie correspondante du bord eristallinien se délimite avec son contour sombre habituel.
D'après son volume, l'opacité paraît très-dense, dure, réfléchissant fortement la lumière, et ce n'est qu'en haut et en bas qu'elle estmoins opaque, d'une couleur jauneblanchâtre, plus ténue et un peu transparente. Les taches sanguinolentes situées à la surface concave de l'opacité, sont irrégulièrement allongées et de grandeur différente; elles ne sont que partiellement bien limitées et paraissent n'avoir que peu d'épaisseur.
D'après tout cela, il semble donc que cette opacité occupe à la fois le canal de Petit et le bord inféro-interne du cristallin , et aussi qu'elle est limitée au canal susdit, et doit son origine à une exsudation et à une extravasation provenant des procès ciliaires.
PL III. Fig. 21.
Opacités du corps vitré.
Voyez l'observation de J. W., se rapportant à la fig. 125, pi. XXIX.
PL III. Fig. 22.
GROSSISSEMENT i.
Opacités du corps vitré.
Voyez l'observation de K. H., se rapportant à la fig. 128, pi. XXIX.
PL III. Fig. 23.
GROSSISSEMENT i.
Opacités du corps vitré.
Voyez l'observation de A. L., se rapportant à la fig. 127, pi. XXIX.
PL III. Fig. 24.
Cristaux de cholestérinc dans le corps vitréS*)
F. R., teneur de livres, âgé de 49 ans, maigre, fortement vieilli, homme au teint terreux, a, dans son enfance, toujours été maladif et souffert de glandes et de diverses éruptions cutanées. Pendant les années de son adolescence, les fonctions alvines sont devenues paresseuses et progressivement se sont développés tous les phénomènes d'une pléthore abdominale grave dont il continue à souffrir. A partir de sa 35mo année, il fut souvent atteint d'ictère, et depuis les quatre ou cinq dernières années, il souffre de calculs biliaires qui ont provoqué à diverses reprises des
(*) Voyez Ueler Staar vud Staaroperationen. Wien 1S54, p. 99, et Silziniffsberic/il des Doetor. Colley. z,t Wien, 21. Febr. 1854.
accès de douleur très-violente et même des complications inflammatoires; ces calculs s'éliminent de temps à autre avec les selles.
Le malade est amateur de boissons alcooliques et surtout de vin, boisson qu'il prend le. matin et dans l'après-midi; son déjeuner consiste dans un petit verre, et il est faible mangeur. 11 a toujours très-bien vu et d'une manière continue de près et de loin, et n'a jamais eu à se plaindre de ses yeux pendant le travail. C'est par hasard qu'il s'est aperçu, il y a deux ans, qu'il voyait moins bien avec l'œil gauche, tandis que le droit avait conservé à peu près l'ancienne acuité. Les objets vus avec l'œil gauche seul, lui paraissaient de près et de loin également confus, et tout le champ visuel était uniformément recouvert d'une fumée grisâtre. Sous l'emploi de divers moyens locaux, la vision de cet œil diminua progressivement à un point tel qu'il ne voit actuellement que les gros objets avec des contours indécis, et qu'il peut à peine compter les doigts avec, certitude à 30 pouces de distance; avec cet œil seul, il ne peut plus se conduire avec assurance dans la rue.
Les deux yeux se montrent d'une .structure normale, et ne présentent rien de morbide dans leur enveloppe extérieure. Avec l'œil droit (sain), le malade lit le n" 1 de 9 à 11 pouces; la chambre antérieure de l'œil gauche est de grandeur ordinaire, la couleur et la structure de l'iris ne présentent rien d'anomal, à un éclairage ordinaire, la pupille est d'un noir normal, elle est un peu plus grande que sur l'autre œil, et réagit à la lumière un peu plus lentement et un peu moins fort qu'à droite.
Si l'on met le malade à une certaine distance en face de la fenêtre, et si l'observateur, le dos tourné vers celle-ci placée un peu plus haut, regarde de quelques pieds de distance dans l'œil gauche, il verra, à l'éclairage ordinaire du jour, pendant les mouvements de cet organe, apparaître dans la pupille une poussière trèsfine, claire et argentée, qui se déplace, au fond de l'œil, dans diverses directions.
Sous l'influence de l'atropine, la pupille se dilate ad maximum; si on l'éclairé alors avec l'ophthalmoscope (fig. 24), elle apparaît généralement moins claire qu'à l'état normal, elle a plutôt une teinte gris-rougeâtre, le corps vitré étant occupé partout par une opacité faible, gris-fumée. En majeure partie, il est le siège d'innombrables petits points argentés ou dorés qui miroitent comme des étoiles sur un ciel foncé. Ces points sont de grandeur diverse, mais tous sont tellement petits qu'on ne peut leur assigner une forme déterminée. Pendant les mouvements et les secousses de l'œil, la plupart voltigent les uns entre les autres dans l'intérieur de l'œil, principalement dans les parties moyennes et profondes du corps vitré, tandis que dans le segment antérieur et périphérique de ce milieu, il se rencontre un faible nombre de ces points qui ne subissent qu'un déplacement insignifiant. Ils apparaissent singulièrement bien et luisent comme des étoiles, si l'on projette la lumière dans l'œil avec le miroir, de telle manière que la partie du fond de l'œil opposée à l'œil observé ne se trouve pas directement éclairée, et qu'on regarde à cillé du miroir en se tenant à quelques pouces du sujet.
Le système lenticulaire est normal, quant à sa forme, sa position et sa transparence; de même, le reflet capsulaire antérieur paraît normal, mais le postérieur frappe par son intensité.
Le fond de l'œil ne se laisse que peu éclairer, à cause des opacités du corps vitré il parait uniformément recouvert d'un épais nuage foncé, et la pupille, ainsi que les vaisseaux centraux, ne se voient qu'avec des contours indécis.
PI. IV. Kg. 25.
GROSSISSEMENT i.
Fond de l'œil sain et normalement constitué appartenant à un in dividu ch dtain-clair.
L. G., étudiant, figé de 21 ans; d'une taille robuste, d'un extérieur sain, ayant les cheveux châtain- clair, n'a jamais été sérieusement malade, et a toujours très-bien vu et d'une façon continue, aussi bien de près que de loin. Extérieurement les yeux paraissent parfaitement normaux. Les iris sont des deux côtés d'un brun- clair, les pupilles sont noires, de grandeur normale et réagissent rapidement et éuergiquement à la lumière.
Avec l'œil droit (V. oo), le n» 1 est lu de 3 à 25 pouces, avec l'œil gauche (V. oo), le n«l est lu de même de 3'/2 à 21 pouces de distance.
En regardant avec le miroir à éclairage faible, les pupilles, étant dilatées sur les deux yeux jusqu'à 6 millim. , on voit les milieux parfaitement transparents. En se tenant à une distance de 6 à 8 pouces et en s'adaptant pour les milieux de l'œil examiné, on aperçoit la pupille très-fortement éclairée en blanc-jaunâtre, dès que l'œil se place de manière que la papille se trouve vis-à-vis, c'est-à-dire dans le champ visuel; elle prend, au contraire, une teinte fortement rouge-jaunâtre, dès .qu'une autre portion du fond de l'œil se place en face. Alors la pupille paraît uniformément éclairée et colorée dans toute son étendue et ne montre pas de fluctuation ou de changement sensible, lors même que l'observé fait subir à ses yeux de faibles mouvements de latéralité ou qu'on fait tourner faiblement Fophthalmoscope autour de son axe, ou enfin lorsque l'observateur ou l'observé s'éloignent ou se rapprochent un peu.
Si alors l'œil examinateur se rapproche de l'œil examiné jusqu'à deux ou trois pouces, et s'il s'adapte pour l'état d'accommodation de ce dernier, c'est-à-dire poulie plan de la rétine, l'intérieur de l'œil se montre éclairé d'une manière un peu moins intense, et la teinte du fond de l'œil (à l'image droite) est un peu plus matte. Alors le maximum d'intensité d'éclairage et de coloration se trouve dans la région de la papille et de son proche voisinage. De là il diminue assez rapidement vers la périphérie, de manière qu'à une distance du pôle postérieur de l'œil équivalente à cinq ou six fois le diamètre de la papille, un examen fructueux devient difficile à cause du manque d'intensité de l'éclairage et de la coloration.
Sur le fond de l'œil même, dont on ne peut chaque fois embrasser qu'une étendue équivalente aux »/4 ou au plus au diamètre de la papille, apparaît, surtout du côté interne du pôle postérieur (vers le nez), le nerf optique (voy. fig. 25, œil gauche) avec sa couleur claire et sou éclairage intense.
Il apparaît dans toute son expansion intrà- oculaire, diaphane et transparent, mais il n'est partout et uniformément éclairé qu'avec une position parfaitement exacte du miroir. Le nerf a une forme ronde et en général une teinte blanc-jaunâtre; celle-ci est surtout prononcée dans sa partie moyenne, à savoir à l'origine des vaisseaux centraux et des parties adjacentes du segment externe. Vers la périphérie, cette teinte blanc jaunâtre se fond surtout en dehors, en une coloration grisâtre très-ténue, dans d'autres directions, elle prend une faible teinte rougeâtre.
Cette coloration grisâtre est délicate et uniforme (elle n'est ni striée, ni grenue) elle est le plus foncée vers la limite du nerf optique, qui se trouve ainsi limité
(en dehors) d'une manière distincte, mais sans contour précis. Cette teinte est principalement prononcée dans les couches profondes du nerf optique, et surtout à partir du centre dans une direction horizontale en dehors, vers la macula; en haut et en bas elle devient, au contraire, plus faible, incertaine, et se fond progressivement dans la coloration rougeâtre ci-dessus indiquée; ■ — celle-ci est le plus prononcée en haut et en bas entre les vaisseaux centraux, moins en dedans (du centre de la papille horizontalement vers le nez) ; elle se compose en majeure partie d'un rouge uniforme ténu, des couches profondes du nerf qui, vers le bord, augmente en intensité, le fait ressortir en haut, en dedans et en bas, sans pour cela le délimiter par Un contour; en moindre partie, cette coloration rougeâtre est aussi déterminée par une stviation rougeâtre radiée, extrêmement fine des couches superficielles du tronc, striation qui, augmentant d'intensité, se prolonge dans le plan de la rétine au delà de l'anneau du tissu cellulaire, gagne le fond de l'œil teinté en rouge -jaunâtre, où elle se perd progressivement.
La surface du nerf optique se continue exactement avec la surface interne de la rétine, ce n'est qu'au milieu de la papille, près du point d'émergence des vaisseaux, qu'on peut reconnaître un faible enfoncement se dirigeant en arrière vers la membrane criblée (voyez description de la figure 41).
Si, en regardant le nerf optique, l'œil observateur s'adapte pour une dislance plus considérable, par exemple pour le plan de la membrane criblée, on aperçoit dans les parties moyennes blanc-jaunâtres du tronc, un amas de taches ténues et grisâtres. Celles des taches qui occupent le centre sont plutôt rondes, celles qui sont à la périphérie sont en majeure partie ovales. Elles sont assez régulièrement distantes les unes des autres, et présentent pour la plupart une disposition radiée. Elles n'ont pas de contours précis, sont plus foncées au centre et ont généralement la grandeur du diamètre d'un des plus grands vaisseaux centraux. Ces taches correspondent aux lacunes de la lame criblée et sont occupées par la section des faisceaux nerveux isolés.
Le tronc du nerf que nous venons de décrire, est contourné dans toute sa circonférence par un liséré clair, l'anneau du tissu cellulaire, qui présente à peu près une largeur égale, à savoir celle du diamètre d'une des plus grandes artères centrales. Sa limite vers le tronc du nerf (concave en dedans) est un peu moins nettement accusée; elle est indiquée par le bord un peu plus foncé, mi-partie grisâtre et mi-partie rougeâtre du tronc; au contraire, la limite qui est dirigée vers le fond rouge-jaunâtre (convexe en dehors), est dans sa plus grande étendue plus nettement accusée, et surtout en haut, en dedans et en bas, grâce au rouge-jaunâtre du fond de l'œil qui cesse ici par un bord assez tranchant, et en dehors par la disposition d'un filet pigmentaire brun-rougeâtre foncé.
C'est dans les parties opposées à la tache jaune que l'anneau du tissu cellulaire est le plus accusé, il offre ici sa plus grande largeur, a une coloration uniformément blanchâtre et fortement éclairée. Dans ses autres parties, principalement vers la circonférence supérieure et inférieure de la papille, entre les troncs des vaisseaux centraux, il est faiblement coloré en blanc-jaunâtre et se montre faiblement strié en rouge, par suite de la rougeur superficielle sus-mentionnée qui le déborde et qui, de cette façon, l'efface et le rend indistinct.
Le filet pigmentaire sns-mentionné est plus large au milieu qu'à ses extrémités supérieure et inférieure. Vers l'anneau du tissu cellulaire, il offre son maximum de concentration, est bordé par une ligne précise, tandis que, du côté opposé, il se délimite moins uniformément et s'atténue peu à peu. Dans toute son étendue, ce filet est composé de grains pigmentaires très-fins et foncés, qui se réunissent en groupes plus ou moins grands et plus ou moins serrés. Ces groupes se
rangent en dedans, c'est-à-dire vers l'anneau du tissu cellulaire, près de son bord, en se serrant les uns contre les autres et en formant une masse compacte et opaque ; dans le sens opposé, ils se disjoignent d'une manière irrégulière de façon que le fond de l'œil jaune-rougeâtre se voit à travers. Le filet de pigment est situé plus profondément que la surface du nerf, il est en partie sus-jacent à la choroïde, en partie imbriqué dans ses diverses couches.
De la partie moyenne du nerf optique, un peu en dedans du centre, vers le nez, naissent les vaisseaux centraux, à savoir les veines divisées en trois troncs, les artères réunies en un tronc commun. Les deux troncs veineux descendants émergent obliquement du fond du nerf optique à travers la lame criblée, et arrivent à sa surface; par suite de leur origine, ils sont vaguement éclairés, et ce n'est que peu à peu qu'ils gagnent leurs contours et leur couleur normaux; le tronc veineux ascendant, au contraire, monte perpendiculairement, c'est-à-dire dans la direction du nerf optique, jusqu'à la surface de ce dernier, où il se recourbe rapidement en formant un coude presqu'à angle droit. L'endroit où est ce coude est d'une couleur rouge foncée et le vaisseau perpendiculaire en est si bien recouvert, que l'observateur est tenté de croire que la veine va se terminer en massue.
Le tronc commun artériel s'avance aussi perpendiculairement à la surface du nerf optique, et se divise alors en deux troncs secondaires, qui, se séparant à angle droit, se dirigent l'un en haut, l'autre en bas, et se divisent aussitôt une seconde fois. Comme ces deux troncs secondaires se trouvent dès leur origine à peu près dans un seul et même plan, ils paraissent former une partie moyenne, courte, épaisse, formée de tous les plus gros vaisseaux artériels, située à la surface du nerf, recouvrant complètement le tronc principal ascendant et perpendiculaire, et qui n'est indiquée que par une coloration un peu plus foncée. Cette coloration plus intense est située vers le milieu de la portion moyenne, constitue une tache rouge sangcarrée (à la rigueur de cette forme tf ), d'un diamètre plus grand que la partie moyenne. Elle résulte du manque de reflet de la surface du vaisseau, dû à ce que les deux troncs secondaires, là où ils se rencontrent au-dessus du tronc principal, font un faible coude, par suite duquel la surface de la portion moyenne qu'ils composent montre une faible incurvation. Outre ces troncs principaux, il se développe encore plusieurs petits vaisseaux artériels et veineux qui partent du milieu du nerf optique, sortent de sa profondeur et se rendent, en décrivant une courbe arcif'orme, à la surface de ce nerf optique.
Tous ces vaisseaux grands et petits, une fois arrivés à la surface, se rendent plus loin dans un seul et même plan sur le bord du nerf optique et l'anneau du tissu cellulaire, vers les couches superficielles de la rétine.
Les plus grands vaisseaux se rendent du nerf optique en haut et en bas, continuant à se diviser et à s'éloigner les uns des autres, entourent d'abord d'un grand arc, formé des plus grandes branches, la région de la tache jaune; toutes ces branches et d'autres avec leurs rameaux assez uniformes, s'étendent enfin sur la plus grande partie du fond de l'œil, c'est-à-dire en haut, en bas et en dehors. Des vaisseaux d'un plus petit diamètre s'étendent du nerf optique vers la partie interne du fond de l'œil, et n'ont là même qu'une faible étendue.
Le plus grand nombre des plus petits vaisseaux centraux vont du milieu du nerf optique en dehors, et se ramifient en dedans de la partie du fond de l'œil placée entre le nerf optique et la macula, c'est-à-dire dans la région du pôle postérieur de l'œil.
Tous les vaisseaux ne montrent qu'une seule division, et, par conséquent, une réduction progressive assez uniforme de leur diamètre. Dans leur distribution, il n'arrive jamais que les artères ou les veines s'entrecroisent entre elles, mais cela est très-fréquent entre les artères et les veines.
Dans leur trajet les vaisseaux ne montrent qu'une faible différence de niveau. Les sinuosités décrites, en parcourant vers le haut ou vers le bas l'épaisseur de la rétine, n'ont que peu d'étendue; au contraire, ils serpentent visiblement et d'une manière caractéristique parallèlement au plan de la rétine.
La plus grande partie des vaisseaux, surtout dans l'étendue du diamètre transversal du nerf optique et de son plus proche voisinage, peut élre poursuivie, jusque dans les plus fines ramifications,- les vaisseaux les plus petits, tels que les capillaires, ne peuvent pas être aperçus.
Tous les plus grands vaisseaux et leurs ramifications, consécutivement à une réflexion beaucoup moins nette de la lumière (*) à leur surface, possèdent un milieu clair, brillant, et de chaque coté un simple contour en bandelette, de couleur foncée et matte; clans les vaisseaux du milieu, ce contour devient successivement plus pâle et plus clair, mais en dehors il est nettement et uniformément délimité (**). De cette manière les vaisseaux acquièrent un aspect manifestement courbe, et se distinguent particulièrement des tissus du fond de l'œil. — Pour les plus petits vaisseaux visibles, on ne peut apercevoir de milieu clair, et, par conséquent, pas de contour proprement dit, dans toute leur étendue ils paraissent uniformément colorés.
Les veines ont généralement un diamètre plus grand que les artères, une couleur sanguine rouge-foncé, et de larges contours sombres; elles ont un trajet plus sinueux, se ramifient davantage sous des angles plus grands, et sont en général plus profondément situées. Les artères, au contraire, ont de >,\ à >/. en moins dans leur diamètre que les troncs ou rameaux veineux correspondants, une couleur sanguine rouge vif avec un milieu généralement plus large et plus clair; elles marchent plus directement, se ramifient le plus souvent sous des angles plus petits, et sont, de préférence, surtout au point d'entrecroisement avec les veines, superficiellement placées.
La rétine a partout la transparence du verre, et ce n'est qu'avec un éclairage convenable et parfaitement en rapport, et une adaption très-exacte de son œil pour sa surface, qu'on peut y apercevoir un faible reflet, comme en donne le verre.
La tache jaune est située horizontalement en dehors, au côté interne de la pa-
(*) Voyez mon travail : Résultats de l'examen de l'œil chez l'homme avec l'ophlltidmoscope, présenté, dans la séance de l'Académie impériale-royale des Sciences du '21 avril 1854, et inséré dans les cahiers de l'Acad. des Sciences, section des sciences naturelles mathématiques, en février 1855, vol. XV, p. 328.
(**) Observés à l'ophthalmoscope, les vaisseaux centraux ne présentent , de chaque côté, qu'un contour simple : avec le microscope, au contraire, ils paraissent avoir un double contour. La différence provient donc de ce que les parois vasculaires et la rétine ont à peu près le même degré de transparence, d'où il résulte qu'avec l'ophthalmoscope, dans les conditions physiologiques, on ne voit que les colonnes sanguines rouges et non les parois vasculaires, que les vaisseaux ne sont pas vus dans tout leur diamètre. Par leur partie moyenne, ies colonnes sanguines renvoient, à l'ophthalmoscope, la plus grande partie de la lumière incidente, et c'est pour cela qu'au milieu, elles paraissent claires et brillantes; sur les côtés, au contraire, les colonnes sanguines réfléchissent latéralement la lumière incidente, d'où il résulte qu'elles paraissent plus sombres et non brillantes (elles ne sont même visibles pour l'observateur que par la lumière diffuse). Les simples contours sombres des vaisseaux centraux, à l'ophthalmoscope, indiquent donc de chaque côté la limite de bipartie des colonnes sanguines colorée en rouge; avec le microscope, au contraire, les doubles contours indiquent, de chaque côté des vaisseaux, la limite externe et interne des parois vasculaires.
Eelativement aux vaisseaux centraux, à l'examen ophthalmoscopique, l'expression „ vaisseau" est, à la rigueur, inexacte, et il serait plus exacte de dire ^colonne sanguine".
Les autres vaisseaux visibles au fond de l'œil avec l'ophthalmoscope, particulièrement les vaisseaux choroïdiens. ont des parois si peu transparentes que, dans ceux-ci surtout, ils se présentent dans tout leur diamètre, et que les colonnes sanguines rouges ne ressortent pas sensiblement.
pille, à une distance équivalente à une fois =/4 le diamètre de la section nerveuse. Par conséquent, son centre se trouve à une hauteur égale au centre de la papille. Elle ne montre pas de caractères spéciaux, mais elle est pourtant suffisamment indiquée, en ce que, de toutes parts, surtout en haut, en bas et en dedans, on voit marcher de fines ramifications vascnlaires, qui la contournent en partie, en ce qu'on n'aperçoit pas de vaisseaux à son centre, et en ce que le point où elle se trouve, ainsi que son entourage, se trouve un peu plus foncé et moins éclairé. Ce dernier caractère tient moins à ce que, dans cet endroit et dans le voisinage de la macula, le pigment ehoroïdien est plus accusé, qu'au reflet cornéen qui couvre complètement le champ visuel, dès que la direction des lignes visuelles de l'œil examinateur concorde avec celles de l'œil examiné. Par conséquent, si l'on regarde un peu dans une direction oblique, entre le reflet cornéen et le bord pupillaire vers la macula, le fond de l'œil n'apparaît ici qu'un peu plus sombre qu'ailleurs.
En dehors de la section nerveuse (le long de l'épanouissement de la choroïde), le fond de l'œil apparaît dans toute son étendue d'un jaune-rouge uniforme, dès qu'on s'adapte pour le plan des vaisseaux rétiniens; mais si on s'éloigne un peu, et que l'adaption de l'examinateur ait lieu pour la couche superficielle de la choroïde, le fond de l'œil apparaît partout distinctement granulé. Cette granulation est déterminée par des points (grains) très-petits, rouge-foncés, imbriqués sur un fond clairjaunâtre. Ces grains sont dans le voisinage du nerf optique (et ici encore, principalement en dehors) moins serrés; par contre, dans le reste du fond de l'œil, surtout dans la région de la tache jaune, ils sont très-ramassés et ont un diamètre si minime que leur forme ne peut pas être nettement perçue. Pourtant, on peut encore reconnaître qu'ils ne sont pas ronds, mais plutôt anguleux et ramifiés.
Ces points pigmentaires sont disposés dans un seul et même plan, et constituent, par conséquent, une couche ténue, sur laquelle repose essentiellement la coloration rougeâtre du fond de l'œil, couche qui, d'après sa position et ses caractères, correspond à l'épanouissement épithélial de la choroïde, et s'étend à une distance nettement appréciable derrière les remifications des vaisseaux rétiniens.
PL IV. - Fig. 26.
Fond d'un œil sain normalement construit d'un individu à cheveux noirs.
B. T., soldat, âgé de 23 ans, d'une constitution forte et vigoureuse, aux cheveux noirs et au teint bistré, a toujours eu une excellente santé, sauf des attaques de fièvre intermittente et quelques blessures. Il a toujours aussi bien vu de près comme de loin, d'une manière distincte et persévérante. Les deux yeux se montrent normalement construits (V. oo) et sont parfaitement sains. Les iris sont d'un brunfoncé , les pupilles noires , assez grandes et normalement mobiles. Avec l'œil droit, B. T. lit le n° 1 de 3 '/■, à 22 pouces, avec le gauche de 4 à 14 '/> pouces.
Avec le miroir à éclairage faible , on trouve les pupilles fortement éclairées
et d'une teinte uniforme, mais d'une nuance jaune-rougeâtre, un peu plus sombre que dans le cas précité (fig. 25); les milieux des deux yeux sont parfaitement transparents.
Le fond de l'œil (fig. 26, œil (fauché) est plus foncé dans toute l'étendue de l'épanouissement de la choroïde, d'un jaune-rouge-brunâtre et moins éclairé que dans le cas précédent; par contre, la section du nerf est d'une couleur beaucoup plus claire, et brille d'un éclat remarquable.
Eu égard à la coloration foncée du fond de l'œil, l'état granuleux est beaucoup plus accusé et les grains pigmentaires sont plus grands, plus foncés et plus serrés. Cette disposition est bien plus accusée encore dans la région de la macula et de son proche voisinage, d'où il résulte que cette dernière est, en général, beaucoup moins éclairée, qu'elle paraît sensiblement plus foncée dans ses parties moyennes et plutôt colorée en rouge-brun. Cette teinte foncée diminue insensiblement vers la périphérie et se fond peu à peu sans délimitation précise avec la nuance du reste du fond de l'œil. La macula est ici encore plus nettement accusée par ce fait qu'il existe à son centre un point clair-luisant, d'une couleur jaune blanchâtre, de forme ronde et du diamètre d'une petite branche artérielle de la rétine; ce point ressort d'une manière trèsfrappante sur ce fond obscur, et est nettement limité, comme par un liséré étroit et sombre.
Le centre clair de la macula est en dehors du bord de la papille, à une distance équivalente à deux diamètres de cette dernière, et de '/,„ au dessous de ce même diamètre.
La papille est d'une grandeur normale et d'une forme ronde. A sa circonférence externe, vers la macula, elle est entourée d'un filet pigmentaire d'un rouge -brun foncé, en partie même presque noirâtre, d'une largeur considérable ; en dedans, du côté du nez, il s'en trouve un second plus petit, plus mince et foncé.
L'anneau du tissu cellulaire est visible dans toute la circonférence; il a une couleur blanche éclatante, se délimite sur le reste du fond de l'œil, aussi bien du côté interne que du côté externe, par les filets pigmentaires susmentionnés; mais aussi dans les autres points, il est plus nettement accusé que dans le cas précédent. La limite tournée du côté du nez est beaucoup moins distincte; elle est même, en certains points, à peine visible, surtout en haut et en bas.
Le tronc du nerf a, en général , mais surtout dans ses parties moyennes , une coloration jaune-blanchâtre intense; dans ses parties périphériques, il est du côtétemporal très - faiblement gris - bleuâtre ; du côté nasal, ainsi qu'en haut et en bas, très-faiblement rougeâtre.
La surface du nerf est au même niveau que celle de la rétine.
La lame criblée n'apparaît que dans une petite étendue, principalement dans la partie moyenne du nerf, sous forme de taches très-faiblement gris-bleuâtres.
La rétine est parfaitement transparente, de même les vaisseaux centraux sont normaux; ces derniers montrent le même diamètre, la même distribution, la même direction, la même ramification, la même coloration, et les mêmes contours que dans le cas précédemment décrit (fig. 25). Seulement on peut moins facilement poursuivre les ramifications les plus ténues sur ce fond sombre, qu'on ne pouvait le faire dans l'autre cas.
PL IV. Fig. 27.
Fond de l'œil .sain, normalement construit, appartenant a un sujet blond.
E. W., soldat, blond, âgé de 19 ans, d'une taille élancée, d'un aspect sain, le teint pâle et délicat, n'a jamais été sérieusement malade; il n'a jamais eu mal aux yeux , a toujours bien vu de près et de loin. Il lit, avec l'œil droit, le n° 1 de 3 à 21 pouces, avec l'œil gauche de 4 à 19 pouces.
Les deux yeux ont une conformation normale (V. oo) et sont sains,- les iris sont d'un bleu-clair, les pupilles se contractent rapidement sous l'influence d'un changement de jour intense et à un éclairage artificiel fort, mais leur contraction est restreinte et elles ne conservent qu'une largeur moyenne. Par contre, à l'éclairage d'un jour faible, et à l'éclairage artificiel ordinaire, elles possèdent un diamètre très-considérable.
En examinant avec l'oplithalmoscope à éclairage faible, on voit les pupilles trèsfortement et uniformément éclairées d'un jaune -rougeâlre clair (plus pâle que dans le cas représenté fig. 25); les milieux des deux yeux sont parfaitement transparents.
L'intérieur des yeux paraît, de toutes parts, fortement éclairé, mais le fond de l'œil est en général pâle, et la différence d'éclairage entre la papille et le reste du fond de l'œil est moins marquée que dans les cas précités (fig. 25 et 26).
La section du nerf (fig. 27, œil droit) est partout nettement délimitée, mais, en aucun point de sa circonférence, elle ne possède de filet pigmentaire. Elle a une forme ronde et un diamètre normal. L'anneau du tissu cellulaire sclérotical ressort nettement dans toute la circonférence ; il a une couleur jaune -blanchâtre, et une largeur un peu plus grande du côté de la macula; sa limite interne est presque aussi nettement accusée que celle qui est tournée vers le fond de l'œil.
Le tronc du nerf est, dans sa partie moyenne, d'un blauc-jaunâtre, vers la périphérie faiblement et progressivement rougeâtre (couleur à laquelle s'ajoute une faible teinte de jaune), il est délimité avec assez de précision.
La surface du nerf concorde en majeure partie avec le niveau de la surface interne de la rétine; ce n'est qu'au ceutre, là où émergent les vaisseaux centraux, qu'elle est faiblement excavée. La rétine se montre partout transparente, la macula se trouve placée à une distance de la papille équivalente à deux fois son diamètre, en dehors du bord externe et à f/3 de diamètre un peu plus bas que le centre du nerf; elle n'est pas bien accusée.
Le vaisseaux centraux se montrent partout normaux sous tous les rapports (voy. la description de fig. 25).
Le fond de l'œil est, dans toute l'étendue delà choroïde, coloré en jaune-rougeâtre clair (plus pâle que fig. 25), et il est distinctement granulé, mais avec éloignement sensible des granules, les points isolés de pigment sont très-ténus et rouge-pâle; ils ne se condensent davantage que sur la macula et à son voisinage, mais en dehors ils sont isolés, et on les voit nettement séparés par des interstices plus clairs et d'un ton plutôt blanc-jaunâtre. Ces grains constituent donc une couche très-ténue qui, seulement dans la région de la macula, paraît uniforme, et donne ici au fond de l'œil
une teinte jaune -rougeâtre plus accusée. En dehors de ladite région, cette couche s'éclaireit de manière à permettre de voir par transparence les couches sous-jacentes. Ce sont donc surtout les vaisseaux les plus forts du réseau choroïdien externe qui se montrent le plus distinctement, sous forme de bandelettes colorées en orangé clair ou foncé.
PL IV. Fig. 28.
Fond d'un œil albinos.
E. N., âgée de 16 ans, d'une stature frêle, mais solide, bien développée pour son âge, a les cheveux très-blonds, presque blanc-jaunâtres, et la peau transparente ; jamais elle n'a fait de maladie sérieuse.
Dès l'enfance, ses yeux furent atteints d'un léger degré de nystagmus; pourtant elle pouvait les tenir en repos pendant quelques instants courts pour fixer les objets; toujours ils furent sensibles à une lumière intense; c'est pourquoi E. N., surtout à un éclairage fort, rétrécissait constamment ses fentes palpébrales et fronçait les sourcils, penchait la tête en avant, tournait autant que possible le dos à la lumière, et cherchait ainsi de toute manière à mettre les yeux dans l'ombre; mais comme elle se trouvait aussi forcée de rapprocher beaucoup les objets sur lesquels elle travaillait, elle se comportait comme une myope. Dans des conditions d'éclairage favorable, elle avait toujours bien vu de près, et d'une façon continue; à un éclairage faible, elle pouvait aussi distinguer nettement les objets éloignés.
Avec l'œil droit (V. oo), elle lit avec un éclairage convenable le n" 1 de 2 >/„ h 14 pouces; et avec l'œil gauche (V. — 75) le n° 1 de 2 à 12 pouces de distance.
L'intérieur des yeux paraît généralement normal; cependant les iris sont pâles, bleu-gris et d'un reflet rougeâtre. Les pupilles, très-étroites à un fort éclairage, ne réagissent que peu et lentement aux changements de lumière; à un éclairage peu intense, au contraire, elles sont larges. Avec l'ophtlialmoscope à éclairage faible, elles paraissent fortement éclairées en blanc -jaunâtre et les milieux se montrent parfaitement transparents ; le fond de l'œil est fortement éclairé et, en général, d'une couleur presque blanc-jaunâtre; c'est pourquoi, au point de vue de la couleur et de la clarté, la section du nerf ne se distingue pas essentiellement du reste du fond de l'œil.
Le tronc du nerf optique (fig. 28, œil droit) est d'un jaune-rougeâtre dans sa partie moyenne; à la périphérie, il est uniformément et faiblement rougeâtre (rouge d'hématine), et là il est très-transparent. Sa limite n'est pas nettement dessinée, et sa surface est normalement située dans le plan de la rétine ; la lame criblée n'est pas nettement visible. L'anneau du tissu cellulaire se présente dans toute la circonférence comme un espace large blanchâtre , dont la limite est pourtant effacée , eu égard au nerf optique comme au reste du fond de l'œil. La rétine a partout sa transparence normale et la macula, située à deux diamètres de la papille, en dehors du bord externe de cette dernière, et ayant son centre placé d'un huitième de diamètre plus bas, ne présente rien de particulier.
Le système des vaisseaux centraux se montre partout normal (comme fig. 25);
seulement les veines ont un trajet un peu plus sinueux et les vaisseaux isolés sont plus difficiles à poursuivre dans leurs plus fines ramifications que cela n'arrive d'ordinaire.
Le fond de l'œil, à part la papille du nerf optique, est en général d'une couleur blanc-jaunâtre. La granulation habituelle fait défaut; en quelques points isolés seulement, il en reste de faibles vestiges, surtout dans l'étendue et autour de la macula. On aperçoit les points pigmentaires isolés, éloignés les uns des autres autour de la macula, mais beaucoup plus rapprochés dans la région de la tache jaune même, et communiquant ainsi aux places qu'ils occupent une couleur faiblement jaune-rougeâtre.
Le réseau vasculaire externe de la choroïde est, dans toute son étendue, dessiné d'une manière très-évidente, et ce n'est que dans la région de la tache jaune, qu'il est un peu plus difficile à apercevoir, parce qu'il est couvert par la faible granulation superficielle. Dans certains endroits, et particulièrement dans les mailles interstitielles des plus grands vaisseaux, on peut reconnaître encore les plus petits vaisseaux des couches vasculaires moyennes de la choroïde.
Les vaisseaux choroïdiens se dessinent alors comme des bandelettes d'une coloration orangée plus ou moins foncée, d'une teinte uniforme dans toute leur largeur," elle sont plus ou moins tortueuses et se répandent dans diverses directions (principalement vers la périphérie); elles sont plus ou moins superficiellement situées, et se bifurquent et s'anastomosent en différents points. Par ce fait, elles constituent un réseau à mailles irrégulières plus ou moins serrées et allongées qui se trouvent à une distance sensible derrière l'épanouissement des vaisseaux rétiniens, et dont les vaisseaux isolés ont un diamètre tantôt plus, tantôt moins considérable que les vaisseaux de la rétine. Il y en a qui ont un diamètre tellement petit qu'ils finissent par se soustraire à l'observation.
Les mailles de ce réseau vasculaire sont, à l'exception des parties légèrement grenues du fond de l'œil, uniformément colorées en blanc -jaunâtre et fortement éclairées, de manière à présenter çà et là le brillant du tissu tendineux. Dans ces points, on pénètre beaucoup plus profondément dans le fond de l'œil, et on peut facilement se convaincre que les couches qui réfléchissent le plus la lumière se trouvent, en partie, à une distance assez considérable de s vaisseaux choroïdiens et appartiennent surtout à la sclérotique.
L'œil gauche fournit les mêmes résultats à l'examen ophthalmoseopique.
PL V. Fig. 29 et 30.
La figure 29 donne l'image droite arec un grossissement 7 ; ta figure 30 l'image renversée arec un grossissement 4 du fond
d'un œil normal.
E. W., couturière, âgée de 24 ans, de stature moyenne, robuste, brune, n'a jamais été sérieusement malade. Elle a vu et voit encore actuellement bien et d'une manière continue de près et de loin; elle travaille journellement 8 à 9 heures et plus sans se fatiguer.
Les yeux présentent une structure normale (V. oo); avec l'œil droit, elle lit le n« 1 de 3</2 à 16 pouces, avec le gauche de 3'/., à 14 pouces de distance.
En se servant du miroir à éclairage faible, on voit les pupilles fortement et uniformément éclairées en jaune - rougeâtre , et les milieux se montrent complètement transparents. Le fond de l'œil, à l'exception de la macula, est aussi normal dans les deux yeux.
Lorsqu'on emploie le miroir à éclairage faible, pour voir le fond de l'œil, à l'image droite et avec un grossissement 14 (voy. fig. 29, œil droit) (*), le tronc du nerf parait, dans sa partie moyenne, coloré en jaune-blanchâtre; vers la périphérie, surtout en dehors, il est très-délicatement teinté en gris-rougeâtre; en dedans, en haut et en bas^ il est faiblement rougeâtre et montre en même temps une striation radiée extrêmement fine : sa surface correspond au niveau de la rétine. Si l'oeil observateur s'adapte poulies couclies profondes du nerf, la lame criblée se dessine nettement avec ses taches faiblement bleu-grisâtres. Les limites du tronc, ainsi que l'anneau du tissu cellulaire blanc jaunâtre, sont distinctes du côté temporal et nasal, elles sont moins précises en haut et en bas, entre les troncs des vaisseaux centraux. Du côté nasal, l'anneau du tissu cellulaire est contourné par un petit filet pigmentaire, du côté temporal il y en a un plus fort.
Le reste du fond de l'œil, sauf la macula, est normalement coloré en rougejaunâtre et est distinctement grenu.
Les vaisseaux centraux ont une distribution normale (comme dans le cas décrit fig. 25). La rétine est partout normalement transparente; la tache jaune est située à une distance équivalente à 1 «jk du diamètre de la papille , en dehors du bord externe du nerf, et son centre descend plus de </8 de diamètre au dessous du centre de ce dernier; elle présente, à son centre, une petite tache circulaire du diamètre d'un tronc veineux principal. Cette tache, d'une couleur blanc-jaunâtre, est si fortement éclairée qu'elle renvoie de tous côtés des rayons, comme s'ils partaient d'un point lumineux.
Cette tache claire est nettement limitée comme par une ligne noire; il s'y trouve un espace circonscrit en forme de cône noir et nettement limité, qui a sa base au bord supéro-externe de la tache claire; et dont la pointe, obliquement dirigée en bas et en dedans, va atteindre le centre de la tache claire ; celle-ci elle-même se trouve placée au centre d'un triangle brun-rougeâtre qui, du côté de la tache jaune, présente une teinte foncée, tandis que la périphérie offre une coloration brun-rougeâtre plus claire. La délimitation de ce triangle est assez précise; son état grenu est semblable à celui du fond de l'œil, seulement il est un peu plus accusé; les deux bords latéraux, moins longs, se rencontrent en une pointe rectangulaire arrondie, qui est dirigée en bas et en dehors. L'hvpothénuse du triangle a la longueur des 2/5 du diamètre papillaire, et est dirigée de haut en bas et de dehors en dedans.
Si l'on examine cet œil à l'image renversée et avec un miroir à éclairage fort et un verre convexe 2, on trouve l'intérieur de l'œil beaucoup plus fortement éclairé qu'auparavant; mais cet éclairage se montre irrégulièrement réparti en ce que la lumière varie d'intensité en divers points, suivant la position du miroir et de la lentille, et qu'elle diminue progressivement vers la périphérie. L'image du fond de l'œil (fig. 30, œil droit) ne montre, en procédant de cette façon, qu'un grossissement de 3 à 5
(*) Cette image a été aussi dessinée avee un grossissement 14 pour être publiée dons mon grand atlas; pour cet atlas on a dû, dans l'intérêt du format et de la distribution, la dessiner avec un grossissement 7.
diamètres au plus(*); elle fait voir ces diverses parties dans des proportions relativement moindres, mais avec une intensité d'éclairage et de couleur beaucoup plus considérable, et avec des contours bien plus précis, qui les différencient et les font ressortir bien plus qu'à l'examen à Vimaffe droite; l'image est renversée, par conséquent, les parties qui, dans l'image droite, se trouvaient dans la partie supérieure du champ visuel, en occupent la partie inférieure; celles qui étaient à gauche, sont maintenant à droite et viee-versa. On embrasse ainsi uneportion beaucoup plus considérable qu'à l'image droite, à savoir une étendue de 4 à 5 diamètres de la papille. L'orientation est, par conséquent, beaucoup plus rapide, on suit bien plus aisément tous les détails de l'image, et on néglige bien moins facilement d'explorer une portion du fond de l'œil. On obtient ainsi rapidement et sans peine un coup iTœil d'ensemble, en recevant une image plus expressive et mieux formée qu'à l'examen direct. Par contre, avec ce grossissement plus faible, certaius détails ne ressortentpas avec autant de netteté, et la grande intensité de l'éclairage donne aux différences de coloration une importance plus grande qu'elles n'en ont réellement; tandis qu'au contraire quelques nuances, et surtout les plus délicates, sont noyées et ne peuvent ressortir. Mais surtout l'aberration de sphéricité se montre ici d'une manière remarquable, tiraille les parties périphériques de l'image, et peut donner lieu à des erreurs d'appréciation et d'observation.
Vu à l'image renversée, le nerf optique a une coloration rougeâtre, plus claire au centre, plus foncée vers la périphérie. La lame criblée ne s'aperçoit pas; l'anneau du tissu cellulaire sclérotical n'est qu'imparfaitement indiqué par une ligne étroite blanc-jaunâtre; au contraire, les filets pigmentaires de la circonférence du nerf sont très-accentués, beaucoup plus sombres, presque noirs et d'un diamètre moindre.
Eu égard à la grandeur moindre de l'image, les vaisseaux centraux ont aussi un diamètre moindre et une coloration plus foncée; grâce à cette dernière, ils tranchent bien plus sur le fond de l'œil et forment un réseau plus serré et en apparence plus riche. Mais leur partie médiane plus claire et leurs contours sombres , ainsi que leurs fines ramifications , ne peuvent ni être aperçus aussi nettement, ni poursuivis aussi loin que dans l'image droite.
Le fond de l'œil apparaît, dans toute l'étendue de l'épanouissement de la choroïde, très-fortement éclairé et coloré en jaune-rougeâtre foncé, sans que pourtant l'état grenu ressorte bien. Par contre, sur divers points, principalement à la périphérie, les gros vaisseaux choroïdiens se présentent avec des contours plus ou moins indécis, sous forme de stries claires rougeâtre, circonscrivant des interstices plus foncés d'un rouge-brunâtre clair.
La rétine paraît également transparente sur tous les points; pourtant, à sa partie interne, on aperçoit distinctement un reflet brillant (un miroitement).
La macula lutea, au contraire, se dessine d'une manière tout à fait différente. Elle est maintenant, à l'image renversée, du côté du nez et un peu au dessus du nerf optique. On y voit même une tache ovale, bien limitée, d'un rouge-brun foncé assez uniforme, et entourée d'un liséré blanc-jaunâtre. Cette tache a en longueur rv'4 et en largeur plus de y4 du diamètre du nerf optique; son grand axe est oblique de dehors en dedans et de liant en bas, et fait, avec la ligne horizontale moyenne du fond de l'œil, un angle de 15°. Le liséré qui l'entoure a la largeur d'un tronc artériel moyen, sans contour bien marqué.
(*) Pour faire ressortir convenablement la différence, qui existe entre l'image droite et l'image renversée, on aurait (fig. 29) dû donner à l'image droite un grossissement 14, comme dans mon grand atlas; mais comme nous venons de le dire, nous avons été contraint de ne pas dépasser le diamètre 7; le grossissement des images 30 et 20 se trouve donc dans le rapport de 4 à 7, tandis qu'en réalité il aurait dû être de 4 à 14.
Au milieu de la tache ovale brune-rougeâtre est le triangle foncé, qui, si nettement dessiné à l'image droite , est ici à peine reconnaissable par sa couleur un peu plus sombre. Ce même triangle se montre maintenant renversé, et le côté le plus long est encore dirigé de haut en bas et de dehors en dedans, mais l'angle obtus est dirigé en haut et en dedans. La tache blanc-jaunâtre, à cône noirâtre, n'est pas visible dans le triangle.
Cette image de la macula ci-dessus décrite, a, en outre, dans son aspect, quelque chose d'incertain, d'indéterminé, d'indécis; on ne peut reconnaître exactement, si, dans l'étendue de sa surface, elle est située plus profondément ou plus superficiellement que le plan de la rétine, attendu que si, en déplaçant faiblement devant elle le verre convexe, on lui imprime de légers mouvements dans les directions les plus différentes, elle oscille çà et là, et change en même temps de forme et de grandeur.
L'exploration de l'œil gauche donne à l'image droite, comme à l'image renversée, le même tableau que celle de l'œil droit.
PI. V. Fig. 31 et 32.
Figure 31, image droite, grossissement ? ', et figure 32, image renversée, grossissement 4, d'un fond d'œil astigmatique.
R. M., âgée de 17 ans, de taille moyenne, d'une stature vigoureuse, d'un aspect sain, n'avait jamais eu à se plaindre de maladie sérieuse; dès son enfance pourtant, elle avait moins bien vu que les autres. Jamais elle n'avait remarqué de modification dans sa faculté visuelle.
A l'inspection extérieure, on ne trouve rien de morbide dans les yeux.
L'examen de l'état dioptrique et du pouvoir visuel montre, au contraire, que les deux yeux ont un haut degré (V astigmatisme et que, à 20 pieds de distance, l'œil droit ne lit plus que le n° 21, et l'œil gauche à peine le n" 22.
Dans l'œil gauche, le méridien de la plus forte courbure paraît vertical; cependant son extrémité supérieure s'écarte de 15° en dedans de la ligne verticale. Dans ce méridien, l'œil, au repos de l'accommodation, est disposé pour les rayons divergents à l'incidence (V. — 40) ; dans le méridien de la plus faible courbure , au contraire, il est disposé pour les rayons convergents (V. -|- 10).
Les verres sphériques concaves et convexes ne produisent aucune amélioration de la vue; au contraire, en combinant les cylindres suivants: un cylindre concave — 40, dont l'axe est placé par son extrémité interne (nasale) à 15» au dessous de l'horizontale, et un cylindre convexe -j- 10°, dont l'axe est incliné de 1 5° en dedans (du côté du nez) sur la verticale, l'acuité augmente tellement que le n° 18 est lu avec assurance à 20 pieds.
Examinés avec le miroir à éclairage faible, les milieux de cet œil gauche se montrent parfaitement transparents. La pupille est normale, fortement éclairée en jaune-rougeâtre non uniforme. L'intensité de la lumière est plus forte en un point et diminue rapidement tout autour, surtout horizontalement; elle varie aussi pendant les faibles mouvements de l'ophthalmoscope, pendant lesquels il semblerait que les milieux réfractent et réfléchissent irrégulièrement la lumière.
A l'image droite, le fond de l'œil est normalement éclairé , d'un jaune-rouge un peu plus foncé que d'habitude ; l'image manque cependant de précision , elle paraît comme allongée par une aberration sphérique, et cela dans une direction presque verticale; lors de légers déplacements du miroir, elle est un peu mobile, instable, et paraît se déplacer légèrement d'un côté ou de l'autre, dans le sens horizontal.
Le nerf optique (voy. fig. 31, œil gauche) (*), n'est bien limité à la périphérie qu'en dehors et en dedans, et apparaît, en même temps, notablement allongé ; de plus son grand axe est presque vertical et seulement un peu incliné de haut en bas et de dedans en dehors.
En son milieu, au point d'émergence des vaisseaux centraux, il a une couleur blancjaunâtre; en ce même point, sa surface est déprimée (voyez la description fig. 42), et au fond de l'excavation on peut apercevoir le tacheté grisâtre de la lame criblée. Dans les parties périphériques, normalement situées dans le plan de la rétine, le nerf optique a une forte couleur rougeâtre. Cette rougeur diminue successivement d'intensité dans le sens horizontal , des bords de l'excavation vers les bords externe et interne du nerf optique où elle est même uniforme; en haut et en bas, au contraire, et dans la même direction, elle augmente en intensité, et se confond peu à peu avec la couleur du reste du fond de l'œil; de plus, le nerf optique est uniformément rouge dans les parties plus profondes, mais, dans les parties superficielles, il y a de faibles stries rougeâtres. Cette striation rougeâtre commence en dehors ; très-faible près des bords de l'excavation, elle devient de plus en plus distincte , et c'est au-dessus et dans le plus proche voisinage du nerf optique qu'elle est surtout prononcée ; elle s'étend, devient peu à peu moins distincte, et mesure, au fond de l'œil, deux ou trois fois le diamètre du nerf optique. Elle présente une disposition radiée, et s'élargit en éventail en haut et en bas; là pourtant, les différentes stries s'écartent les unes des autres sous des angles plus aigus, comme les fibres du nerf optique dans leur épanouissement radié normal: c'est dans les parties moyennes (directement en haut et en bas) qu'elle est le plus serrée et le plus foncée; latéralement elle est moins condensée (les stries sont plus écartées, çà et là sont des lacunes), plus claire et se perd peu à peu dans la teinte jaune-rougeâtre des parties internes et externes du fond de l'œil. Cette striation recouvre entièrement le bord du nerf optique en haut et en bas; en dehors et en dedans, au contraire, ce même bord très-faiblement courbe, est parfaitement indiqué par un filet pigmentaire brunrougeâtre. En cet endroit de la périphérie du nerf optique, on reconnaît aussi l'anneau du tissu cellulaire qui, vers le tronc du nerf optique, n'est pas partout trèsbien délimité.
Les vaisseaux centraux ont un diamètre normal et une coloration un peu plus foncée; ils se ramifient moins, leur trajet est manifestement plus direct que dans l'oeil normal. Ils sont surtout concentrés en deux faisceaux principaux qui se dirigent en haut et en bas dans l'étendue et la direction des stries en éventail, et ce n'est que plus loin et à une grande distance du nerf optique, qu'ils s'épanouissent en grande partie dans le fond de l'œil, suivant une disposition radiée. De cette façon, la partie interne et la partie externe du fond de l'œil, particulièrement la tache jaune et son voisinage, paraissent extrêmement pauvres en vaisseaux; à partir du nerf optique, on ne peut suivre que dans une faible étendue en dedans quelques petits vaisseaux isolés, et en dehors un seul petit vaisseau dirigé vers la macula.
La rétine est transparente jusqu'à la striation radiée qui est située dans les couches les plus superficielles de cette membrane ; la macula ne montre rien de particulier.
*) Voyez la note fig. 29.
Le fond de l'œil est jaune-rougeâtre, et, àl'exception des parties qui présentent la disposition striée et qui sont d'un rouge un peu plus foncé, il est partout d'une teinte uniforme et normalement granulé.
Si l'on examine l'œil gauche à l'image renversée (avec un miroir à éclairage fort et une lentille -}- ~)> l'intérieur de l'œil se montre très-fortement et uniformément éclairé, avec une coloration jaune-rougeâtre foncée. Les milieux paraissent réfracter et réfléchir avec beaucoup plus d'irrégularité encore , mais l'intensité de l'éclairage prédomine dans une direction à peu près horizontale et diminue proportionnellement et rapidement en haut et en bas.
Le fond de l'œil (fig. 32, œil gauche) apparaît à présent avec un grossissement (*) de 3 à 5 diamètres au plus, et montre, comparativement à l'image droite, une coloration et un éclat plus intenses. De même, il est bien dessiné dans ses différentes parties ; mais celles-ci sont sensiblement plus tiraillées, et cela dans une direction allant un peu de haut en bas et de dedans en dehors.
Le nerf se montre encore un peu plus allongé qu'à l'image droite, et son grand axe présente la direction ci-dessus indiquée; il est donc, comparativement à l'image précédente, allongé et tiraillé presqu'en sens inverse. Le milieu du nerf optique est un peu plus clair, la périphérie un peu plus sombre, mais pourtant uniformément rouge; la striation du nerf et de son voisinage, nettement visible à l'image droite, ne se voit plus maintenant. De même, l'excavation du nerf ne se reconnaît plus nettement et les taches grisâtres de la lame criblée ne se voient plus. Par contre, les limites du nerf paraissent partout nettement, et il est contourné, dans toute sa circonférence par un filet pigmentaire brun-rouge foncé, presque noir, qui s'élargit un peu dans la direction de la macula. L'anneau du tissu cellulaire ne s'aperçoit pas.
On ne voit des vaisseaux centraux que les troncs principaux et les branches les plus fortes, mais celles-ci même ne peuvent être poursuivies qu'à une distance relativement courte, ce qui fait que le. fond de l'œil paraît, en général, bien plus pauvre en vaisseaux. En raison du moindre grossissement de l'image , les vaisseaux ont aussi un diamètre sensiblement plus petit et une coloration plus foncée qu'à l'image droite, mais ils ont aussi une direction et une distribution tout à fait différente. Us partent de même, il est vrai , du centre du nerf, vont dans une direction plus ou moins rectiligne jusqu'à la limite du nerf, ou la dépassent et courent ici dans la direction du petit axe du nerf optique, mais au lieu d'être ramassés, comme dans l'image droite, et de se porter en haut et en bas, où ils se ramifient, ils se divisent d'un côté au delà de la limite du nerf, se dissocient rapidement et vont, en circonscrivant des arcs plus ou moins grands, atteindre les parties internes et externes du fond de l'œil pour s'y ramifier. Contrairement à ce qu'on voit à l'image droite, ce sont les parties supérieures et inférieures du fond de l'œil qui paraissent le plus pauvres en vaisseaux, ces derniers étant ramassés dans une direction inverse (un peu de dedans en dehors et de haut en bas, c'est-à-dire dans la direction du grand axe du nerf). Ici les vaisseaux qui sortent d'un côté du nerf, ne semblent pas suivre, comme dans l'image droite, la même direction que dans le fond de l'œil, mais toujours un nombre égal de vaisseaux, sortant du côté opposé du tronc, suivent la même direction, c'est-à dire se dirigent soit du côté interne, soit du côté externe.
Partout la rétine paraît, dans ce mode d'examen, nettement transparente, mais sa surface interne réfléchit relativement beaucoup de lumière (miroitement).
La tache jaune ne se révèle par aucun détail; dans toute l'étendue de l'épanouis-
(*) Voyez la note fig. 29-
sèment choroïdien, le fond de l'œil apparaît assez uniformément jaune-rougeâtre, sans présenter un état grenu bien manifeste.
L'œil droit présente, à l'examen ophthalmoscopique exactement les mêmes phénomènes et montre les mêmes différences entre l'image droite et l'image renversée.
PI. IV. - Fig. 33.
Epanouissement du nerf optique.
G. W., fils de paysan, âgé de 12 ans, non vacciné, a eu la petite vérole à l'âge de deux ans, la scarlatine à huit ans; un an plus tard, il eut une fracture du bras droit qui a promptement guéri ; à part cela, il a toujours été bien portant.
Depuis son enfance, il n'a pas vu, de même que deux de ses frères et sœurs, aussi distinctement que la plupart des autres personnes, mais il ne s'est aperçu d'aucun changement dans sa vision ; il ne pouvait distinguer qu'avec peine les fins objets, comme, par exemple, reconnaître des épingles d'avec des aiguilles, et pour cela, il devait les placer tout près de ses yeux. De près et de loin, il voyait bien les gros objets, il s'orientait au dehors avec assurance et non comme dans la myopie, dont on le croyait atteint.
Etant entré, il y a peu de temps, en apprentissage chez un horloger, et sa vue n'ayant pas suffi aux exigences du métier, on l'amena à la consultation.
Les deux yeux paraissent extérieurement bien conformés et sains. Les pupilles ont leur grandeur et leur mobilité normales.
L'œil droit ne lit qu'avec beaucoup de peine le n» 3 à 3 pouces, le gauche ne lit qu'avec difficulté le n° 4 à 4'/, pouces de distance. Examinées à l'ophthalmoscope, les pupilles des deux yeux paraissent normalement et uniformément éclairées; les milieux, partout transparents, semblent réfracter et réfléchir la lumière d'une manière tout à fait normale.
Les deux yeux ont une structure hypermétropique ; l'œil droit donne V. -f- 30, le gauche V. -\- 24.
Examiné à V image droite avec le miroir faible, le fond de l'œil (fig. 33, œil gauche) apparaît dans l'étendue de l'épanouissement choroïdien , en majeure partie normalement coloré en jaune-rougeâtre et grenu; mais en haut et en bas de la section nerveuse, dans une étendue de 2 à 3 fois le diamètre de la papille, il présente une teinte plus foncée, par suite d'une striation rougeâtre extrêmement fine.
Cette striation rougeâtre commence à partir d'une ligne placée dans la papille, dirigée un peu obliquement de haut en bas et de dedans en dehors, et divisant le nerf en deux moitiés presque égales ; les stries s'étendent au delà du bord du nerf à peu près dans la même direction de haut en bas et de dehors en dedans dans le fond de l'œil; elles sont si fines et si peu accentuées qu'on ne les voit avec toute la netteté désirable qu'en adaptant son œil aussi exactement que possible. De cette manière, on voit que les stries, isolées à leur point d'émergence, au milieu du nerf, sont faiblement incurvées en dedans et en arrière, comme si pareillement aux vaisseaux centraux, elles sortaient de la profondeur pour se recourber sur la rétine. De
là, elles ont, pour l:i plupart, un trajet rectiligne et parallèle, et ce n'est qu'à une distance du bord du nerf équivalente à li/ ou 2 diamètres de la papille qu'elles s'épanouissent faiblement en éventail. La striation est surtout accentuée dans les parties périphériques du nerf et au dessus de sa limite qu'elle recouvre presque complètement. Elle est le plus serrée dans la partie moyenne, dans la région des troncs centraux. Latéralement, en dehors et en dedans, elle est moins serrée, plus interrompue, et le tissu est plus diaphane; vers la périphérie, cette striation devient moins serrée et moins distincte et se perd enfin sans limites précises. Pour ce qui regarde sa position, elle correspond parfaitement à la surface du nerf et à son épanouissement dans la couche superficielle de la rétine, liais les stries isolées n'affectent pas, comme cela a déjà été dit plus haut, une disposition radiée, ne se répandent pas uniformément dans tous les sens et recouvrent, plus particulièrement à un degré variable, certaines parties des vaisseaux centraux, et surtout les troncs les plus ténus.
La section du nerf n'est bien dessinée que vers son bord externe et interne, elle paraît d'une grandeur normale, mais elle a une forme ovale, et son grand axe est dirigé dans le sens de la striation rouge, de haut en bas et de dedans en dehors. Le tronc du nerf présente, dans toute son étendue, une coloration rouge-sale et montre à sa circonférence interne, et principalement à son bord externe, l'anneau du tissu cellulaire, blanc-jaunâtre.
Les vaisseaux centraux, parmi lesquels les troncs veineux principaux, dirigés en haut et en bas, sont les plus accentués, ont un parcours et une distribution tout à fait irréguliers. Leurs ramifications sont rares et les petits vaisseaux font surtout défaut. Ils ne naissent pas d'un tronc commun, mais ils sortent isolément à côté l'un de l'autre, en affectant une faible courbure à la partie, supérieure et inférieure du tronc, et en suivant un parcours remarquablement rectiligne en haut et en bas, en rapport avec la striation du fond de l'œil. Ils sont donc plus étroitement serrés les uns contre les autres au milieu du siège de la striation rougeâtre, et ne s'éloignent médiocrement les uns des autres qu'à une grande distance du bord du nerf optique ; c'est même là que, en haut et en bas, naissent de chacun des troncs principaux les ramifications qui entourent la macula dont elles restent sensiblement éloignées. En dehors et en dedans du nerf optique, on ne voit dans le fond de l'œil aucune ramification vasculaire. Par suite de cette distribution singulière des vaisseaux, le fond de l'œil, en haut et en bas, paraît jouir d'une grande vascularité relative; en dehors, au contraire (dans l'étendue et dans l'entourage de la macula), mais surtout en dedans, il est à peine vasculaire.
La rétine a sa transparence normale jusqu'à la partie striée en rouge, et la macula ne présente rien de particulier.
L'aspect du fond de l'œil offre, en général, beaucoup de ressemblance avec l'image droite d'un œil astigmatique, dont le grand axe du nerf optique est vertical, mais il en diffère essentiellement par cette circonstance que l'image demeure invariablement la même à l'examen du fond de l'œil, soit à l'image droite, soit à l'image renversée.
L'examen de l'œil droit donne un résultat identique; seulement les particularités de l'image y sont moins nettement dessinées.
PL VI. Fig. 34.
Epanouissement du nerf optique. (*) Fibres nerveuses à double
contour de la rétine.
K. B., âgée de 12 ans, paysanne robuste, bien nourrie et paraissant bien portante, doit n'avoir jamais été sérieusement malade. Jamais elle n'a eu mal aux yeux, et elle a toujours bien vu et d'une façon continue, à toutes les distances, soit à l'école, soit en apprenant la couture.
On la soumet, par hasard, à un examen ophthalmoscopique ; les deux yeux ont une conformation normale , ils sont sains et disposés pour les rayons parallèles pendant le repos de l'accommodation; mais à l'entrée du nerf optique, on observe les altérations suivantes.
Dans l'œil gauche, avec lequel le n° 1 était lu de 2 '/» à 19 pouces, le troue nerveux (voy. fig. 34), légèrement rougeâtre à la périphérie, a une grandeur normale, et l'anneau blanc-jaunâtre du tissu cellulaire n'est normal et bien délimité que dans la partie supéro-externe et inféro-interne. Dans les autres parties de sa circonférence, le nerf optique est couvert de taches blanchâtres en forme de flammèches qui naissent de la périphérie du tronc nerveux et franchissent l'anneau du tissu cellulaire pour gagner le fond de l'œil qui, du reste, est d'un jaune-rougeâtre et manifestement grenu.
La tache inféro-interne est de forme conique , celles qui se dirigent en haut, ainsi qu'en haut et en dedans, ont une forme plus ovale et se confondent par leur base.
Ces taches sont blanchâtres, en certains points légèrement jaune-rougeâtres, d'un satiné brillant, et présentent, pour la plupart, des stries périphériques extrêmement fines, dues à l'épanouissement du nerf optique, et en partie blanchâtres, en partie faiblement rougeâtres. Elles commencent dans les parties périphériques du nerf optique sans contours distincts, reconnaissables seulement à leur coloration plus claire; plus loin, sur le fond jaune-rouge de l'œil, leur délimitation devient plus tranchée, sans pourtant présenter jamais de contour bien précis.
La striation ne se développe, dans les parties centrales de ces taches, que d'une manière successive, confuse et inégale; en s'étendant plus loin, elle gagne en netteté, surtout lorsqu'elle atteint les bords périphériques indiqués, lesquels acquièrent ainsi un aspect très-finement dentelé.
Outre les trois taches mentionnées, on en voit encore une quatrième dans le fond de l'œil, et cela qu'à une petite distance du bord inféro-interne du nerf optique , de façon qu'entre ce dernier et la tache le fond de l'œil jaune-rougeâtre laisse un espace étroit, en forme de bandelette. Cette quatrième tache a sa base large tournée vers le bord du nerf optique, et se termine vers la partie inféro-interne sous forme de pointe mousse; elle est striée et délimitée de la même manière que les autres taches, elle réfléchit moins fortement la lumière et a une couleur jaune-rougeâtre plus prononcée.
Toutes ces taches concordant par leur surface avec la rétine, elles sont manifestement situées au devant de la couche interne de la choroïde, en grande partie un peu
(*) Voyez: lieitrâge tur Pathologie des Auges, Wien 18IJ5, Taf. 2.
plus profondément que les vaisseaux centraux; dans certains points cependant, les vaisseaux, qui sont plus ou moins profondément engagés dans la substance des taches, et qui, par suite, sont plus ou moins distincts, paraissent davantage à découvert. Abstraction faite de ces points, tous les vaisseaux centraux sont parfaitement normaux en ce qui concerne leur distribution, leur division, leur diamètre, leur couleur et leur trajet.
La rétine a sa transparence normale et la macula ne présente rien de particulier; elle est distante du bord du nerf optique de 1 >/2 diamètres de ce dernier, et son centre est placé </\ de ce même diamètre plus bas que le centre du nerf.
En examinant la tache de Mariotte {punctum cœcnm), au point de vue de la grandeur et de la forme, on trouve qu'elle présente dans cet œil un grossissement et un changement de forme en rapport avec les taches indiquées.
Dans l'œil droit, qui lit facilement le n° 1 de 3 à 20 pouces, on trouve, en général, la même image ophthalmoscopiquc; cependant les taches blanchâtres paraissent manifestement plus étroites et, plus courtes ; l'une d'elles s'étend en haut et en dehors, une autre en bas et en dehors, et une troisième, la plus petite , en bas et en dedans du bord du nerf optique et dans la direction des principaux troncs vasculaires; elles sont beaucoup moins prononcées et moins étendues, d'un blanc beaucoup moins éclatant, plus transparentes, quoique striées également d'une manière évidente, et enfin ne recouvrent pas autant les vaisseaux. Ici aussi, la tache de Mariotte montre des changements de forme et de grandeur en rapport avec les taches blanchâtres.
PL VI. Fig\ 35.
Epanouissement du nerf optique.
E. H., étudiant en médecine, âgé de 25 ans, a souffert, à l'âge de i à 5 ans, de troubles des voies urinaires. Ayant été pris de scarlatine à l'âge de 8 ans, il eut le basventre, les pieds et les paupières des deux yeux atteints d' œdème pendant la période de desquamation, mais cet état disparut en quelques jours. Le malade indique avec précision que, pendant cette maladie, il voyait très-bien, car il passait alors presque tout son temps à lire. Depuis lors, il s'est toujours bien porté, et ce n'est qu'à la suite d'études assidues que lui apparurent des mouches volantes.
La forme du globe de l'œil, la conjonctive, et la sclérotique sont normales. Sur la cornée de l'œil droit se trouve, près du centre, une tache épithéliale de la grandeur d'une tête d'épingle ; la cornée gauche est parfaitement transparente , les pupilles sont rondes et réagissent vivement.
L'œil droit est normalement conformé (V. oo), la vue est améliorée par l'interposition d'un diaphragme; le n° 1 est lu, de ce côté, de 3 à 10 pouces de distance. L'œil gauche montre une structure hypermétropique (V. -f- 20).
A l'examen ophthalmoscopique, ontrouve, des deux côtés, les milieux transparents, et le fond de l'œil, à l'exception de l'entrée du nerf optique et de son proche voisinage, normalement éclairé, coloré en jaune:rouge et grenu.
Dans l'œil droit (fig. 35), le nerf est irrégulièrement conformé; sa coupe est normale, mais tiraillée en long, en haut et en bas d'une façon remarquable. Les bords
externe et interne sont nettement dessinés et munis d'un anneau de tissu cellulaire blanchâtre, de largeur normale et nettement délimité par des filets pigmentaires brunrougeâtres. Mais ses bords sont remarquablement aplatis et l'externe montre plusieurs incurvations.
Le tronc du nerf lui-même présente, dans ses parties moyennes, une coloration blanc-jaunâtre, il reflète très-fortement la lumière et est légèrement excavé.
Dans ses parties périphériques, normalement situées au niveau de la surface de la rétine, il a une coloration rougeâtre, coloration qui en dedans et en dehors est uniformément rouge, tandis qu'en haut et en bas on peut voir dans les couches superficielles une fine striation.
Les bords supérieur et inférieur du nerf ne sont pas visibles, car il en nait des taches blanc jaunâtres très-éclairées, qui s'étendent beaucoup en haut et en bas vers le fond de l'œil.
Ces taches, allongées en forme de flammèches, manquent de limites précises et sont placées dans les couches superficielles de la rétine et surtout le long des vaisseaux centraux qui se dirigent en haut et en bas. Elles paraissent varier de diamètre, ainsi que d'épaisseur, et présenter de faibles différences de niveau; là où elles sont situées le plus superficiellement et montrent le plus d'épaisseur, elles ont une coloration vigoureuse d'un blanc-jaunâtre éclatant, et même çà et là un reflet satiné. Par contre, dans d'autres points, surtout vers leurs bords, cette coloration est plus délicate, même faiblement transparente et teintée partie en blanc-jaunâtre, partie en jaune-rougeâtre. Partout ces taches présentent une striation plus ou moins distincte, extrêmement fine, qui est en partie d'un rouge-clair, en partie 'blancjaunâtre. Cette figure striée répond, par sa position et sa direction radiée, à l'épanouissement du nerf optique, ce qui donne même au bord de ses taches un aspect légèrement dentelé.
Les vaisseaux centraux sont, en général, normaux en ce qui concerne leur distribution , leur coloration , leur diamètre et leurs contours. Ce n'est que dans l'étendue des taches claires qu'ils sont, avec leur parcours sinueux normal, imbriqués plus ou moins profondément dans ces taches, suivant qu'ils rampent plus ou moins profondément.
Certains vaisseaux sont ainsi plus ou moins complètement recouverts par les taches blanchâtres et striées; en quelques endroits celles-ci ne font qu'atténuer leur couleur, tandis qu'en d'autres, elles les masquent complètement dans une étendue plus ou moins considérable de leur trajet.
La rétine possède, en dehors de ces taches claires, sa transparence normale, la tache jaune n'est pas très-accentuée , et son centre est placé en dehors du nerf et un peu plus bas que sa partie centrale, à une distance équivalente à 1' 2 diamètres de la papille.
La projection de la tache de Mariotte, projetée de ce côté sur un plan distant de 12 pouces, donne une figure large de 30 mm., haute de 84 mm., et une conformation tout à fait semblable à la section nerveuse et aux taches claires qui en émanent, représentées fig. 35 (*).
Sur l'œil gauche, il existe un épanouissement du nerf tout à fait semblable , mais d'une étendue moindre.
(*) Voyez le mémoire de M. Otto Bccker, Wien. rned. Wochenschrift, n° 28 et 29, 1861.
PL VI. Fig. 36.
Epanouissement du nerf optique.
S. H., manouvrier, âgé de 38 ans, n'a jamais été sérieusement malade, il a toujours vu nettement, aussi bien de près que de loin.
A l'occasion de l'extraction d'un corps étranger du repli conjonctival de l'œil droit, il fut examiné avec l'ophthalmoscope, et c'est alors que le fond de l'œil présenta les anomalies suivantes.
Les deux yeux paraissent, dans leurs parties extérieures, normalement conformés, et les milieux ont leur transparence ordinaire. A l'état de repos, l'œil droit est adapté pour les rayons parallèles (V. oo), et lit le n° 1 de 7 à 1 6 pouces de distance ; le gauche est légèrement myope (V. — 60) et lit le n" G à 14 pouces.
Dans les deux yeux, la plus grande partie, du fond de l'œil, de couleur normale, est manifestement granulée; les vaisseaux centraux sont, en général, normaux en ce qui concerne leur étendue, leur mode de ramification, leur couleur, leurs contours, leur diamètre et leur trajet; pourtant dans une étendue considérable, ils sont placés sur des surfaces blanchâtres, reflètent fortement la lumière, et y sont même en partie imbriqués.
Ces parties blanchâtres naissent (dans les deux yeux) des portions périphériques de la section nerveuse, colorée elle-même fortement en rouge, et elles s'étendent, en suivant les troncs des vaisseaux rétiniens, principalement en haut et en bas, surtout en bas, en affectant partout la forme de flammes. Elles paraissent situées immédiatement au devant de la choroïde dans les couches profondes et superficielles de la rétine et se répandent parallèlement au niveau de celle-ci, en présentant une surface faiblement ondulée. Leur couleur est en grande partie d'un blanc intense; çà et là seulement des endroits mal délimités ont une couleur jaune ou même faiblement jaune-rougeâtre. Dans toute leur étendue on distingue plus ou moins nettement, et cela principalement vers les bords, une striation très-fine qui concorde avec l'épanouissement radié du nerf. La surface parait lisse, réfléchit beaucoup de lumière et montre çà et là un éclat satiné. Les bords sont partout irréguliers, se terminent en flammèches ou par des lignes ondulées et présentent conformément aux stries de fines dentelures.
C'est dans leur partie centrale que ces taches blanches sont le plus fortes et le plus opaques; vers la périphérie elles sont plus minces, plus diaphanes, et permettent même de reconnaître par transparence l'aspect grenu et la teinte rougejaunâtre du fond de l'œil. Dans les endroits où les stries isolées sont plus écartées, elles tranchent plus nettement sur le fond jaune-rougeâtre de l'œil.
Dans l'œil gauche (fig. 36), il n'y avait qu'une tache blanchâtre, mais elle était d'une étendue considérable, et recouvrait complètement la circonférence du nerf optique, à l'exception d'un petit espace situé en dehors et un peu en haut, dans lequel on pouvait apercevoir l'anneau du tissu cellulaire. Elle s'étendait dans les parties périphériques du nerf optique dont la couleur était fortement rougeâtre, mais qui paraissait du reste normal, et elle avait un bord irrégulièrement ondulé, mal limité, finement dentelé, se portant dans toutes les directions, excepté vers la macula. C'est en dedans qu'elle était le moins étendue; elle l'était davantage en haut et en dehors, suivait la direction arciforme du tronc principal artériel et veineux, qui se dirige précisément là en haut et en dehors; mais c'est en haut et en
bas qu'elle l'était le plus, et accompagnant de même les principaux troncs vasculaires, elle entourait circulairement la macula à une petite distance, du côté interne et du côté externe.
Les vaisseaux rétiniens paraissaient comme couchés dans cette tache blanchâtre. Les plus petits d'entre eux, suivant, du reste, un trajet normal, disparaissaient presque complètement dans la tache claire ; ils s'y enfonçaient et ne reparaissaient que vers son bord ; les plus forts, ou bien disparaissaient aussi complètement dans une faible étendue, pour reparaître progressivement, fournir encore un petit trajet avec leur couleur et leurs contours normaux, et disparaître de nouveau: — ou bien ils ne s'enfonçaient que par places et de manière à devenir simplement beaucoup moins distincts, sans se soustraire complètement à l'observation.
La rétine, à l'exception de la tache brillante, avait sa transparence normale, et la macula, dans l'étendue et au voisinage de laquelle le fond de l'œil paraissait d'un rouge-jaune un peu plus foncé, s'éloignait, par son centre, de plus d'une fois ~/s le diamètre de la papille, du bord externe du nerf optique et se trouvait un peu plus bas que le centre de la papille, de </4 de diamètre du disque nerveux.
Dans l'œil droit, il y avait aussi deux taches blanches, une supérieure et une inférieure (comme iig. 35). Chacune d'elles, provenant des parties périphériques correspondantes du nerf optique, couvrait les contours de la papille dans les points correspondants et suivait alors les principaux troncs vasculaires. La tache inférieure s'étendait plus loin dans le fond de l'œil que la supérieure, pas si loin pourtant que dans l'œil gauche. Les vaisseaux rétiniens se comportaient exactement comme ceux du côté gauche.
En faisant l'examen des champs visuels, on trouva dans les deux une lacune circonscrite de la vue dans les parties périphériques; cette lacune était en haut et en bas en continuité avec la tache de Mariotte, et correspondait, par sa position et son étendue, aux taches blanches observées dans l'œil avec l'oplithalmoscope.
PI. VIL Kg. 37.
Accumulation de pigment à la circonférence du nerf optiques*)
B. S., soldat, âgé de 21 ans, vigoureux, paraissant bien portant, au teint basané et aux cheveux brun-foncés, n'a jamais été sérieusement malade. Depuis sa jeunesse il a toujours bien vu de près et de loin, et n'a jamais souffert des yeux.
Les enveloppes externes de l'œil ne présentent rien d'anomal, les iris sont bruns, les pupilles d'une grandeur et d'une mobilité normales.
Avec l'œil droit, normalement construit (V. oo), il lit le n° 1 de 4 à 23 pouces; avec le gauche, de structure hypermétropique faible (V. -(- 65), le n» 1 de 5 à 17 pouces de distance.
Examinés avec l'oplithalmoscope, les milieux des deux yeux se montrent parfaitement transparents , et le fond de l'œil normal dans tous ses détails, à l'exception d'une accumulation de pigment près de la circonférence du nerf.
(*) Voyez un cas tout à fait analogue, mais compliqué d'amaurose in : Ueber Staar und Staaroperationen, Wien 1854, pi. V., fig. 29.
Sur l'œil gauche (fig. 37), l'accumulation la plus forte de pigment se trouve à la circonférence externe du nerf; elle recouvre en partie, par sa partie moyenne, l'anneau du tissu cellulaire et affleure ainsi, en ce point, la limite du tronc du nerf.
Elle a une forme allongée presque rectiligne, s'éfile des deux côtés, est dirigée à peu près verticalement et s'étend, par conséquent, par ses deux extrémités dans le plan du fond jaune-rougeâtre de l'œil. Cet amas se compose d'un pigment grenu très-foncé, presque noir, groupé en séries.
Dans une direction diamétralement opposée se trouve, à la circonférence interne du nerf, une accumulation semblable de pigment, mais beaucoup moins étendue. Celle-ci, située dans le fond jaune-rougeâtre du fond de l'œil même, est adossée au contour externe de l'anneau du tissu cellulaire, qu'il ne dépasse que par un petit prolongement. Par conséquent, contrairement à l'autre amas de pigment, celui-ci reste distant de la limite du tronc du nerf de la largeur de l'anneau du tissu cellulaire. Ces deux amas sont, situés derrière la rétine, sur les couches superficielles de la choroïde, et s'engagent même dans leur tissu. Les vaisseaux centraux qui les dépassent, en restent quelque peu distants.
Sur l'œil droit se voient de sembables amas de pigment, et cela aux mêmes points que du côté gauche: l'externe est de même rectiligne, mais, sa largeur étant la même, il a une longueur beaucoup moindre: l'amas interne, presque aussi important, est falciforme, recouvre dans toute son étendue l'anneau du tissu cellulaire, et s'étend, par conséquent, jusqu'à la limite du tronc nerveux.
PI. VII. Fig. 38.
Accumulation de pigment sur la papille même du nerf optique. (*)
D. Z., domestique, âgée de 19 ans, a toujours été bien portante, sauf une fracture de bras dont elle fut atteinte dans sa llme année et qui s'est rapidement guérie. Elle a été réglée à 17 ans. Sa stature est vigoureuse et elle est bien nourrie. Les cheveux sont chatain-elairs.
Elle ne s'est jamais plaint de ses yeux, a toujours bien vu et au même degré.
Avec l'œil droit, à structure légèrement myope (V. — 80) elle lit le n° 1 de 3'/3 à 15 pouces. Avec le gauche, d'une structure normale (V. oo), le n° 1 de 4 à 18 pouces de distance.
Les enveloppes externes de l'œil ne présentent rien d'anormal. L'iris a une coloration gris-bleuâtre, les pupilles ont leur grandeur et leur mobilité normales.
Le miroir montre les milieux des yeux parfaitement transparents et le fond de l'œil normalement conformé dans tous ses détails, sauf en ce qui concerne l'accumulation de pigment sur la papille.
Dans l'œil gauche (fig. 38), les agrégats de pigment ont la forme de segments d'anneaux; moulés sur le contour du nerf, ils se composent d'un pigment à gros grains, réunis en groupes très-foncés, en partie même noirâtres. Ces amas ont, dans leur étendue la plus considérable, une largeur assez uniforme, mais en haut et en bas ils se terminent en pointe.
(*) Voy. ibidem. PI, VI., fig. 31.
Le plus grand se trouve vers la circonférence externe du nerf dont il embrasse presque la moitié. L'amas qui est situé en face, vers le segment interne du nerf, est beaucoup plus court, mais d'une largeur à peu près égale. Ces deux amas se trouvent en deçà du nerf dans l'étendue même du tronc, et atteignent, par leur périphérie externe, le contour interne de l'anneau du tissu cellulaire, de telle manière que ce contour peut être, en majeure partie, poursuivi. L'anneau du tissu cellulaire lui-même est, de toutes parts, nettement visible et embrasse, par conséquent, complètement le tronc du nerf, ainsi que les amas de pigment.
Ces amas se trouvent situés presque dans un même plan, dans les couches profondes du nerf, et à une hauteur égale sur la surface interne de la choroïde. Ils sont situés plus profondément que les vaisseaux centraux, qui les dépassent.
Sur l'œil droit, on rencontre les mêmes agrégats de pigment, aux mêmes endroits du nerf, seulement elles sont beaucoup moins considérables et beaucoup moins compactes. Ils n'affectent pas la même forme déterminée et régulière que du côté gauche et se composent, en partie, de points isolés, en partie de groupes de pigment de grandeur variable, qui se trouvent irrégulièrement imbriqués vers les parties marginales du tronc nerveux.
PL VII. - Fig. 39.
Accumulation de pigment vers la circonférence du nerf optique.
R. T., soldat, âgé de 20 ans, homme d'un aspect vigoureux et florissant, au teint fortement basané et aux cheveux noirs, a eu, dans sa 18rao année, un ulcère syphilitique qui s'est pourtant guéri sans provoquer de symptômes secondaires. Dès sa jeunesse, sa vue a toujours été excellente, de près comme de loin.
Les yeux paraissent normaux dans leurs enveloppes extérieures, les iris sont, des deux côtés, d'un brun foncé, les pupilles, de grandeur normale, réagissent trèsénergiquement et amplement sous l'influence de la lumière.
R. T., lit avec son œil droit de structure normale (V. oo) le n°l de 4 à 25 pouces; avec le gauche (de même V. oo) le n° 1 de 4'/a à 22 pouces de distance.
L'examen ophthalmoscopiquc. montre, dans les deux yeux, des milieux transparents: le fond de l'œil qui est le siège d'une accumulation considérable de pigment vers la circonférence du nerf, est relativement peu éclairé et d'une couleur foncée jaunerougeâtre. Toutes les autres parties du fond de l'œil paraissent saines et normalement conformées.
Dans l'œil droit (fig. 39), les masses pigmentaires en gros grains, d'une couleur foncée rouge-brunâtre, passant çà et là au noir, embrassent presque complètement la circonférence du nerf. Elles sont réunies en groupes et en stries de grandeur variable. Les masses les plus considérables et les plus compactes se montrent vers la circonférence interne, et ensuite du côté inféro-externe de cette même circonférence du nerf.
Ceux qui sont situés en dedans, ont une largeur considérable et se composent d'amas isolés dont l'axe longitudinal affecte, en général, une disposition radiée vers le centre du nerf. Elles affleurent la limite du tronc nerveux, recouvrent ici complète-
ment l'anneau du tissu cellulaire ainsi que ses deux contours, et s'étalent assez loin vers le fond jaune-rougcâtre.
Les masses situées vers la circonférence externe du nerf paraissent constituées par plusieurs segments de sphères, de rayons de courbure différents, puis recouvrent et contournent, en deux ou trois séries, les contours de la papille.
Les petits amas pigmentaires (situés dans une direction horizontale en bas et en dehors) reposent ici sur le contour interne de l'anneau du tissu cellulaire même et font ainsi distinctement ressortir la limite du tronc du nerf. Des masses pigmentaires striées plus épaisses s'adossent au contour externe de l'anneau du tissu cellulaire et contribuent à le faire ressortir de la manière la plus nette. Vers la partie inférieure de la périphérie , elles se joignent aux masses pigmentaires qui sont situées plus en dedans. — Quelques stries pigmentaires arciformes contournent le bord du nerf tout en en restant quelque peu écartées, et se comportent ici d'une façon analogue aux accumulations pigmentaires situées dans le conus (staphylôme postérieur).
Les parties du fond jaune-rougeâtre de l'œil situées entre les accumulations de pigment, montrent une couleur et un état grenu normaux.
Toutes ces masses pigmentaires sont situées derrière la rétine sur les couches superficielles de la choroïde, dans lesquelles elles pénètrent en partie; les vaisseaux rétiniens qui les dépassent leur sont tous superposées.
Dans l'œil gauche, on rencontre de même des accumulations considérables de pigment, et cela surtout des côtés externe et interne du nerf. Les amas isolés ont une conformation semblable , sont groupés comme dans l'œil gauche ; seulement ils n'ont pas atteint un développement aussi considérable.
PI. VII. lïg. 40.
Coloration bleuâtre congénitale du nerf optique.
B. Z., graveur sur bois, âgé de 47 ans, a, dans sa jeunesse, beaucoup souffert de tumeurs ganglionnaires; à 7 ans, il eut une inflammation d'intestins; à 15 ans, une pneumonie et à 17 ans une dyssenterie. De 24 à 28 ans, il demeura dans une contrée fiévreuse de la Hongrie, et eut de nombreux accès de fièvre intermittente.
Les yeux ne furent jamais malades; la vue fut toujours bonne, de près comme de loin, et résista aux plus fatiguantes occupations; depuis plusieurs années cependant, les symptômes de la presbj-tie deviennent toujours plus manifestes, et il est forcé de se soumettre à un examen.
Les deux yeux paraissent normaux extérieurement. Les iris sont d'un brun clair, les pupilles moyennement dilatées et très-sensibles aux changements de lumière.
Avec l'œil droit, d'une structure myopique faible (V. — 60) le n° 1 est lu de 7 à 14 pouces; avec l'œil gauche, de structure normale (V. oo), le n° 1 est lu de 8 à 16 pouces.
L'examen ophthalmoscopique montre, de chaque côté, des milieux parfaitement transparents, et un fond de l'œil partout normal, à l'exception du nerf optique qui présente une remarquable coloration bleuâtre.
Dans l'œil gauche (fig. 40), la section nerveuse a une forme nn peu ovale, clans le sens de son grand axe vertical, et elle se détache avec netteté du reste du fond de l'œil. Le tronc nerveux est bleuâtre dans toute son étendue. — Les taches isolées commencent au centre avec un plus petit diamètre et une couleur plus foncée , elles s'agrandissent peu à peu vers la périphérie et sont là manifestement plus claires; elles paraissent formées de stries très-fines, surtout à leur point de départ, dans le milieu du nerf optique: ces stries sont bien dessinées, très-condensées, et, dans leur trajet ultérieur, elles répondent à l'épanouissement du nerf optique. A cette direction radiée il n'y a qu'une exception, c'est une petite tache qui est placée immédiatement en dehors du point d'émergence des vaisseaux centraux, et qui paraît striée verticalement. La striation bleue cesse autour du bord interne de l'anneau du tissu cellulaire, sans pourtant former là une limite distincte, et laisse ainsi l'anneau du tissu cellulaire avec sa couleur blanc-jaunâtre ressortir d'une manière très-frappante.
Les taches bleues radiées (fasciculées) sont en partie séparées les unes des autres par une substance intermédiaire qui possède sa plus grande largeur dans le milieu du nerf, mais qui, vers la périphérie, devient plus étroite dans les rameaux isolés et, en général, n'atteint pas tout à fait l'anneau du tissu cellulaire; d'autre part, ces taches bleues sont séparées par des stries rubanées étroites uniformément blanchâtres des colonnes sanguines des vaisseaux centraux qui, conservant la même largeur, franchissent l'anneau du tissu cellulaire, et, d'après leur position et leur longueur, correspondent parfaitement aux parois vasculaires transparentes.
Le centre de la macula placé en dehors du bord externe de la papille, à plus de 1 fois s/4 le diamètre du nerf optique et à i/5 de diamètre plus bas que le centre du nerf, se distingue par un point blanchâtre de la grandeur du diamètre d'une petite artère rétinienne, circulairement entourée d'une couleur jaune-rougeâtre un peu plus foncée que celle du reste du fond de l'œil.
Dans l'œil droit, les mêmes taches radiées (fasciculées) sur le tronc du nerf optique; seulement l'intensité de la couleur bleue paraît un peu plus faible.
PI. VIII. Fig. 41 et 42.
Excavation congénitale du nerf optique1?). ■
F. P., journalier, âgé de 34 ans, vigoureusement constitué, et d'apparence saine, abstraction faite de quelques légères affections catarrhales, et d'une fracture de la clavicule droite, a toujours été bien portant; jusqu'à présent, il a toujours eu de bons yeux, aussi bien pour voir de près, que pour voir de loin.
Avec l'œil droit (V. +60), il lit le n° 1 de 6 à 16 pouces, avec le gauche (V. oo) le n° 1 de 5'/2 à 17 pouces.
A l'examen ophthalmoscopique, les milieux se montrent clairs dans les deux yeux, et le fond de l'œil est partout normal, excepté à l'entrée du nerf optique.
Dans l'œil gauche (fig. 41), le tronc nerveux paraît manifestement plus rouge que
(*) Voyez mes publications : Err/ebnisse der Vntersu.ch.ung mit dem Augenspiegel (Sitzungsbericht der k. k. Akademie der Wissenschaften, Feb. 1855); Ueber Glaucon und seine Heilung durch Iridictomie (Zeitschr. der k. k. Uesellsch. der Aerzte in Wien,Nr. 30 et 31, 1858 ; Ueber die Einstcllung des dioptrischen Apparûtes, etc., Wien 1861, pi. I, fig. 2—9.
d'habitude clans ses parties périphériques, surtout vers son boni — c'est pour cela que l'anneau du tissu cellulaire, dans toute la circonférence du nerf optique, ressort distinctement par sa couleur blanc-jaunâtre et par sa limite interne. Le bord externe de l'anneau du tissu cellulaire est, en outre, nettement marqué dans toute sa circonférence par une accumulation plus ou moins considérable de pigment brun-rougeâtre foncé. A un examen superficiel, on pourrait croire que l'anneau du tissu cellulaire s'élargit en dehors, ou qu'il s'agit d'un conus (comme dans le staphylôme postérieur) ; à un examen plus minutieux, on reconnaît pourtant encore qu'ici le, contour externe de l'anneau du tissu cellulaire est normal et que, dans ce point, sa largeur est la même, — seulement là, le bord pigmenté est moins prononcé, plus clair, un peu plus éloigné en dehors du bord du nerf optique, ce qui fait que la partie étroite du fond de l'œil qu'on aperçoit entre le bord externe du tissu cellulaire et le bord pigmenté, paraît d'un jaune-rougeâtre plus clair que le reste du fond de l'œil.
La rougeur intense du nerf mentionnée plus haut, diminue progressivement vers sa partie moyenne et disparait enfin complètement. Le point où les vaisseaux centraux font émergence paraît clair, blanchâtre, presque brillant, parce que le nerf optique, à mesure que la rougeur diminue, réfléchit de plus en plus la lumière. Cette partie centrale blanchâtre présente à sa périphérie un grand nombre de petites taches grisâtres ovales, allongées ou irrégulières, qui donnent, en ce point, au nerf optique un aspect crébriforme, et qui correspondent aux orifices de la lame criblée, (section à travers les faisceaux nerveux.)
La surface du nerf optique, clans l'étendue de ses parties périphériques fortement rougeâtres et dans l'étendue de l'anneau du tissu cellulaire, est parfaitement en rapport avec la surface de la rétine ; pourtant, dans sa partie moyenne, elle s'enfonce toujours davantage en proportion de son changement de couleur, de telle sorte que clans la partie blanchâtre, au point d'émergence des vaisseaux centraux, elle est reculée en arrière le plus loin possible. L'enfoncement a lieu progressivement et uniformément, et l'excavation du nerf optique paraît ainsi disposée en entonnoir et sans qu'une limite précise abord arrondi se continue avec la surface normale du nerf optique.
Le trajet des vaisseaux centraux correspond parfaitement à cette dépression infundibuliforme. Ils sortent de la partie la plus claire et la plus profonde de l'excavation à travers la lame criblée et successivement ils s'infléchissent, se séparent et se distribuent pour arriver sur le plan rétinien , après quoi ils cheminent invariablement dans le même plan sur les parties périphériques du nerf optique, comme cela a lieu ensuite dans le plan de la rétine. Dans le fond de l'excavation, ils sont d'un rougepâle, aplatis, uniformément colorés et mal délimités; mais tandis qu'ils sortent de l'intérieur de l'excavation, ils deviennent successivement plus foncés, mieux délimité s, présentent un milieu plus clair et des contours plus sombres ; arrivés enfin dans les couches superficielles de la périphérie du nerf optique, ils ont la même coloration et les mêmes contours que dans leur trajet ultérieur.
Dans l'œil droit (fig. 42), l'entrée du nerf optique est également entourée d'un bord pigmentaire plus ou moins large; c'est en bas et en dehors qu'il est le plus prononcé, et c'est également en cet endroit qu'il s'écarte un peu du contour externe du tissu cellulaire, de sorte qu'entre les deux le fond de l'œil laisse apercevoir un segment falciforme, normalement rouge et granulé. Dans cet œil, le tronc nerveux présente aussi, clans toutes ses parties périphériques, une couleur rouge accentuée, mais assez uniforme, en vertu de laquelle l'anneau jaune -blanchâtre du tissu cellulaire ressort avec une netteté remarquable. Vers le milieu, la coloration rouge cesse subitement d'une manière tranchée, et la partie centrale arrondie du nerf optique paraît d'un blanc-jaunâtre uniforme : de plus, elle réfléchit fortement la lumière.
La surface du nerf optique est, dans ses parties périphériques qui sont rougefitres, et à l'endroit de l'anneau du tissu cellulaire , normalement au niveau du plan rétinien; au contraire, dans l'étendue de la place blanche centrale, elle est manifestement située plus profondément et de telle manière que l'excavation du nerf optique qui se forme ici , gagne la surface normale par des parois abruptes et se termine par un bord taillé à pic.
Eu égard à leur trajet et leur aspect, les vaisseaux centraux sont, comme dans la rétine et les parties rougeâtres périphériques du nerf optique, parfaitement normaux. Situés dans le même plan, ils montrent, ici comme là, invariablement la même coloration et les mêmes contours; pourtant, au commencement de la partie claire centrale, c'est-à-dire sur le bord de l'excavation à pic, ils se recourbent rapidement vers le fond de la lame criblée. Aussi deviennent-ils en même temps, dans leur point de courbure, manifestement plus foncés, tandis qu'ils perdent leur reflet médian, et alors ils paraissent, ou bien se terminer tout d'un coup par une extrémité mousse renflée, ou bien, par des parties intermédiaires courtes dirigées obliquement, se mettre en communication avec les extrémités vasculaires beaucoup plus claires et uniformément colorées (non délimitées), qu'on voit dans le fond de l'excavation.
Si, pendant qu'on examine l'excavation, on fait exécuter à l'œil examiné de légers mouvements latéraux, ou si, très-près du bord de l'iris d'un côté on se porte rapidement tout près de l'antre bord, en essayant de voir dans l'œil jusqu'au fond de l'excavation; il en résulte un déplacement parallactique manifeste, un mouvement latéral antéro-postérieur considérable relativement au bord de l'excavation, pour les extrémités vasculaires qu'on aperçoit au fond de la portion excavée du nerf. De cette manière, les parties intermédiaires qui établissent la communication entre les vaisseaux qui sont à la surface normale du nerf optique, et ceux de l'excavation, deviennent en partie plus apparents, en partie disparaissent tout à fait, si bien qu'alors, entre les vaisseaux de la surface du nerf et ceux de l'excavation, il ne paraît exister aucune communication.
Pourtant si, pendant qu'on examine l'excavation, on dispose peu à peu son œil pour des distances toujours croissantes, et en fin de compte pour le fond de l'excavation, on peut alors, dans l'examen latéral correspondant, poursuivre les diiférents vaisseaux dans leur trajet ultérieur depuis leur coude jusque dans le fond (de l'excavation), où ils se réunissent avec le tronc central et comme tels traversent la lame criblée vers sa partie externe.
Dans cet examen jusque vers le fond de l'excavation, les vaisseaux conservent aussi partout leur coloration et leurs contours normaux, comme ils les ont dans le plan rétinien; de la même manière disparaît en même temps la couleur blanchâtre homogène de l'excavation, et la tache allongée grisâtre du fond de l'excavation qui correspond aux trous de la lame criblée devient de plus en plus distincte.
PL VIII. - Fig. 43.
Excavation congénitale du nerf optique.
A. W., journalière , a toujours été bien portante dans son enfance. Réglée à 13 ans, elle eut, à 18 ans, un enfant bien portant. Dans sa25me année apparurent les symptômes de la phthysie pulmonaire, qui l'emporta à 27 ans. Jusqu'à sa mort, elle a toujours bien vu et d'une façon continue.
L'examen et le dessin des yeux avaient été faits 7 mois avant la mort. A cette époque, les parties extérieures des yeux paraissaient normales et saines ; les pupilles étaient de grandeur normale et très-mobiles, les deux yeux étaient cependant un peu myopes. Avec l'oeil droit (V. — 45), le n° 1 était lu de 4 à 13 pouces, avec l'œil gauche (V. — 40) de 31/» à 12 pouces.
L'examen ophthalmoscopique trouve, dans les deux yeux, les milieux parfaitement transparents, et, à l'exception du nerf optique et de la macula, le fond de l'oeil est sain et d'une structure normale dans toute son étendue.
Dans l'œil gauche (fig. 43), le nerf optique paraît entouré, dans la plus grande partie de sa circonférence et surtout en dehors, par des amas pigmentaires d'un brun-foncé ; l'anneau du tissu cellulaire est, tout autour, nettement visible, et les parties périphériques du tronc nerveux sont très-rouges dans l'étendue de la moitié d'un rayon. Cette rougeur augmente d'intensité en allant vers le centre, et se termine, par un bord net, vers la partie moyenne du nerf optique, d'uue couleur blanchâtre éclatante et offrant des taches mal délimitées d'un léger gris-bleuâtre.
La surface de la partie périphérique rouge du nerf optique concordait parfaitement avec celle de la rétine; au contraire, la partie moyenne claire qui comprenait la moitié du tronc nerveux, était très-manifestement excavée, et reculait, par sa partie la plus profonde, le fond de l'excavation jusque derrière le plan externe de la choroïde, comme cela se démontrait par la disposition dioptrique différente de l'œil examinateur pour observer les vaisseaux superficiels et ceux du fond de l'excavation, de même que par le déplacement parallactique des vaisseaux qui se produisait ici pendant les mouvements latéraux.
Les vaisseaux centraux passent de la rétine en restant dans le même plan sur l'anneau du tissu cellulaire, et gagnent les parties périphériques du nerf sans subir le moindre changement d'aspect; sur le bord de l'excavation, au contraire, ils prennent, dans toute leur étendue, une couleur remarquablement sombre, et paraissent, après avoir brusquement fait un coude en arrière au côté interne du bord de l'excavation, se terminer tout d'un coup, comme s'ils étaient coupés. Quelques-uns d'entre eux seulement, d'une faible couleur rougeâtre uniforme et mal délimités, paraissent se continuer plus loin sous une autre direction dans le fond de l'excavation. Si pourtant, par un changement correspondant dans l'adaptation dioptrique de son œil, on poursuivait isolément les vaisseaux à partir du bord de l'excavation où ils paraissent cesser, on se convaincrait que, en contournant par une inflexion rapide le bord tranchant de l'excavation, ils s'engagent plus ou moins profondément derrière ce bord, c'est-à-dire sous la surface rouge du nerf optique, et qu'ils gagnent le fond de l'excavation en décrivant une faible concavité (tournée vers l'axe optique); là ils se réunissent en partie, traversent la lame criblée et pénètrent dans le fond du nerf optique. Mais on pouvait aussi remarquer que dans tout ce trajet, ils possèdent le diamètre normal correspondant, la même couleur, les mêmes contours sombres, et le même milieu clair que dans la rétine, que, par conséquent, la faible coloration ; l'absence de contours foncés des vaisseaux dans l'étendue de l'excavation doivent, avant tout, être mis sur le compte d'une adaptation inexacte de l'œil examinateur.
A l'instar des vaisseaux, lorsque l'œil est bien adapté pour le fond de l'excavation, on voit ressortir avec la plus grande netteté les taches bleu-grisâtres qui s'y trouvent, ainsi qu'en général la texture de la lame criblée.
On arrive encore d'une autre manière à la même conclusion dans cet examen, et cela en constatant les forts mouvements parallactiques des vaisseaux qu'on voit à la surface du nerf et dans le fond de l'excavation; par ce fait que les parties intermédiaires qui relient les vaisseaux deviennent en partie invisibles; enfin (comme
on l'a mentionné plus haut), en tenant compte de leur concavité. L'excavation avait non - seulement des bords tranchants à son entrée , mais encore ses parois s'enfonçaient derrière les bords et étaient incurvées; par conséquent, l'excavation était plus large à sa partie moyenne, où elle avait un diamètre plus grand qu'à l'entrée et dans le fond, ce qui lui donnait en réalité une forme vésiculeuse.
La macula se dessinait, dans cet œil, d'une manière frappante, en ce que son centre paraissait comme un point blanc-jaunâtre très-brillant, extrêmement petit, qui, tout autour, était entouré d'un cercle pigmentaire brun-foncé de la largeur de '/8 de diamètre du nerf optique.
Dans l'œil droit, on voyait une excavation centrale semblable, moins abrupte cependant et moins profonde.
PL VIII. - Fig. 44.
Excavation congénitale du nerf optique.
T. B., servante, âgée de 43 ans, avait souffert dans sa jeunesse d'exanthèmes aigus, et plus tard de catarrhes fréquents des voies aériennes et du canal intestinal. Réglée à 17 ans, elle fut chlorotique de 18 à 21 ans, eut un enfant à 28 ans, et il y a 6 semaines qu'elle était atteinte de pneumonie. A l'heure qu'il est, elle est parfaitement rétablie, et c'est une personne grande et forte, d'une stature régulière. — Elle a toujours bien vu et d'une manière continue pour les travaux manuels de près, comme de loin.
Elle lit avec l'œil droit (V. oo) le n° 1 de 5 à 17 pouces; avec le gauche (V. -}- 80) le n° 1 de 6 à 15 pouces.
Extérieurement, les yeux sont normalement conformés sans aucune apparence maladive; de même, l'ophthalmoscope montre dans les deux yeux des milieux normalement transparents et un fond d'œil parfaitement normal dans toute son étendue, excepté à l'entrée du nerf optique.
Dans l'œil droit (fig. 44), la circonférence du nerf optique est libre d'agrégats pigmentaires ; il a lui-même une forme arrondie et un diamètre normal ; l'anneau blancjaunâtre du tissu cellulaire est, dans toute son étendue, mais particulièrement en dedans et en dehors, dessiné avec netteté. La partie périphérique du tronc nerveux est rougeâtre, et entoure comme un anneau étroit la partie moyenne excavée, brillante et réfléchissant fortement la lumière. La couleur rougeâtre de cette partie circulaire augmente rapidement en intensité vers le centre et se termine par une ligne nette plus foncée dans certains points. La surface est normalement située dans le plan de la rétine. La partie circulaire moyenne du tronc nerveux, comprenant les =/* du diamètre du nerf, est d'un jaune-blanc éclatant, très-éclairée, et parsemée de taches blanc-grisâtres de forme et de grandeur différentes et qui correspondent aux trous de la lame criblée. Leur surface est évidemment placée plus en arrière que le plan postérieur de la choroïde, et forme, par conséquent, le fond d'une excavation profonde et très-étendue, dont les parois, en partie abruptes, en partie légèrement incurvées, se rendent à la surface normalement située de la partie périphérique annulaire du nerf optique, et se réunissent avec elle pour former un bord tranchant, celui de l'entrée de l'excavation.
Les vaisseaux provenant de la rétine et franchissant l'anneau du tissu cellulaire, passent sur la partie annulaire du tronc nerveux, en restant dans le même plan et conservant les mêmes contours et la même couleur que dans la rétine, arrivent au bord de l'excavation, prennent là une couleur plus foncée , perdent leurs milieux clairs et décrivent un coude pour descendre dans le fond de l'excavation. Alors, après un court trajet, quelques vaisseaux paraissent tout d'un coup interrompus; d'autres, au contraire, changeant subitement leur direction première, et comme infléchis ou poussés de côté, perdant leur couleur et leur netteté, se continuent jusqu'au fond de l'excavation, et là, changeant encore une fois de direction , se réunissent avec les principaux troncs vasculaires rubanés (sans contours) larges et rouge-pâles qui s'}7 trouvent. Ces derniers pénètrent normalement, après un court trajet, à travers la lame criblée dans la profondeur du nerf optique et se soustraient ainsi au regard.
Un des troncs veineux suit un trajet différent de celui décrit jusqu'à présent, c'est celui qui, plus grand que les autres, décrit autour de la macula un coude dirigé en haut. Ce même vaisseau s'infléchit déjà en passant de la rétine sur le nerf optique, une fois encore au devant de l'anneau du tissu cellulaire, où il forme un arc tourné en arrière ; pénètre dans le fond du nerf optique au milieu de la partie rouge, et, se soustrayant rapidement à une observation plus prolongée, il s'arrête tout d'un coup comme coupé. Il ne franchit donc pas le bord de l'excavation, mais pénètre bien plus tôt dans le tronc du nerf optique.
Poursuit-on exactement les vaisseaux dans leur trajet en accommodant son œil d'une manière qui varie pour chaque distance, au besoin en regardant latéralement dans l'excavation, on reconnaît que tous, sans interruption, et abstraction faite de leur coude, toujours dans la même direction, avec la même couleur et les mêmes contours, se continuent normalement jusqu'à la lame criblée, pour se réunir aux troncs principaux et sortir de l'œil avec ces derniers. Avec la grande profondeur de l'excavation indiquée, et en exécutant des mouvements latéraux, le déplacement parallactique des vaisseaux situés sur le bord et dans le fond de l'excavation, devient trèsévident.
Dans l'œil gauche, on trouve une excavation centrale du nerf optique semblable elle est seulement un peu moins large et moins profonde.
PI. IX. Fig. 45.
D écoloration bleuâtre du nerf optiqaeS*)
L. B., femme d'employé, âgée de 32 ans, petite, robuste, disposée à l'obésité, a, dès son enfance, toujours été bien portante, et n'a souffert, après l'arrivée de ses règles, que d'une faible chlorose dans sa 16me et sa 17me année.
Dans les onze dernières années, elle a eu quatre enfants, les deux premières grossesses et les deux premiers accouchements se sont bien passés.
Elle a toujours bien vu avec les deux yeux, de près comme de loin; elle était
(*) Voy. : Slaar und Slaaroperaiionen. YVien, 1S54, pi. V., fig. 2S; Ueber Glaucom, etc., loc. cit. et Ueber Einstellimg des dioptriechen Apparates. Wien, 1861, pp. 30, 41, 49.
capable de lire et de faire des ouvrages délicats jusqu'à une heure avancée de la nuit sans éprouver la moindre fatigue dans les yeux.
Vers la tin de la 3me grossesse elle avait lu, comme d'habitude, étant au lit, dans un livre imprimé en caractères anglais fins, lorsqu'elle fut surprise par les douleurs. L'accouchement ne s'effectua qu'après 15 heures avec des métrorrhagies abondantes. Comme l'accouchée se sentait assez bien relativement, elle essaya le 2mejour, de reprendre sa lecture, mais elle s'aperçut avec effroi qu'elle n'était plus capable de déchiffrer ce petit caractère, qui lui parut indistinct et comme perdu dans un nuage. Elle put lire un caractère plus gros, mais il ne paraissait ni aussi noir, ni aussi nettement accusé qu'auparavant. Cet affaiblissement de la vue s'améliora bien progressivement clans les mois suivants, mais la vue ne revint pas comme auparavant, et c'est surtout la résistance au travail qui resta définitivement amoindrie. La malade peut parfaitement lire des gros caractères, par exemple un journal. Elle peut exécuter avec sûreté des travaux manuels grossiers et s'y livrer pendant plusieurs heures ; mais elle ne peut, qu'avec beaucoup de peine, lire un petit caractère et pendant fort peu de temps. Avec le plus grand effort, elle est même à peine capable de faire un travail manuel minutieux. Si néanmoins elle voulait persister dans une pareille occupation, il survenait rapidement, surtout lorsque les objets étaient fins, des phénomènes de fatigue; les objets lui paraissaient indistincts, comme si des larmes s'étaient accumulées dans la fente palpébrale; ce qu'elle fixait semblait s'éloigner d'elle, pâlir, et finalement les yeux refusaient tout service.
Mais ces phénomènes disparurent chaque fois rapidement après quelques heures de repos, principalement après le sommeil de la nuit.
Ce trouble fonctionnel persista les trois années suivantes au même degré et de la même façon sur les deux yeux. Les médicaments les plus variés, diverses méthodes curatives, ainsi que des essais avec de verres des différents foyers, des verres colorés, prismatiques, etc., restèrent sans succès. Il est vrai qu'après l'usage de médicaments variés, qu'après l'emploi de différentes lunettes, la malade accusait pour quelque temps une amélioration de la vue et un pouvoir fonctionnel plus long. Mais déjà au bout de quelques heures, quelques jours au plus, les choses revenaient à leur ancien état.
A l'occasion de la naissance de son quatrième enfant, la malade ayant 31 ans, il survint une nouvelle métrorrhagie forte, suivie d'une aggravation sensible du trouble fonctionnel préexistant des deux yeux, ce qui fut constaté dès 24 heures après l'accouchement. La vue ne s'améliora pas davantage depuis cette époque, c'est-à-dire depuis huit mois.
La malade voit très-bien les gros objets et leur forme extérieure , aussi bien de loin que de près; elle se dirige donc chez elle et au dehors avec tout autant d'assurance qu'auparavant. De même, elle s'occupe avec des objets d'une certaine dimension avec autant de facilité et de persévérance qu'avant le dernier accouchement. Par contre, les détails de ces objets, de même que ceux-ci, lorsqu'ils sont petits, lui paraissent indistincts. Leur coloration est moins prononcée qu'auparavant, leur teinte moins nette, ainsi que leurs contours plus diffus; et lorsque la malade s'efforce de les distinguer, il survient dans les deux yeux une sensation d'incertitude suivie rapidement de fatigue, et les yeux refusent bientôt le service.
La malade lit avec l'œil droit, d'une structure faiblement myope (V. — 80), le n° 3 de 4t/o à 7 pouces. Avec le gauche, d'une structure normale (V. oo) le même numéro de 5 à 8 pouces de distance. Cette lecture ne se fait qu'avec un très-bon éclairage avec beaucoup d'efforts et pendant peu de temps. Après avoir lu 6 ou 8 lignes, les yeux doivent se reposer pendant quelque temps, afin depouvoir reprendre la lecture. Le n° 2 n'est déchiffré que partiellement, à une distance de 5 pouces.
Extérieurement, les deux yeux paraissent parfaitement sains, la convergence des lignes visuelles est normale; les pupilles sont de grandeur moyenne et réagissent avec beaucoup de rapidité et d'énergie aux changements de lumière. L'examen ophthalmoscopique montre les milieux des deux yeux parfaitement transparents et l'intérieur éclairé d'une manière tout à fait normale.
Le fond de l'œil droit (fig. 45) montre partout, suivant l'épanouissement de la choroïde, une coloration janne-rougeâtre et un état grenu normal. La rétine est, dans toute son étendue, normalement transparente; le centre de la tache jaune se trouve en dehors de la limite du nerf à une distance équivalente à 1 fois »/t le diamètre de la papille et à </5 de diamètre plus bas que le centre du nerf: elle n'est pas indiquée d'une façon bien tranchée.
Les vaisseaux centraux, pour ce qui regarde leur distribution, leurs ramifications, leur diamètre, leur contour, ainsi que leur trajet, sont parfaitement normaux.
Le nerf optique a un diamètre normal, il a une forme légèrement ovale, son grand axe étant dirigé obliquement de haut en bas , un peu de dedans en dehors. Sa surface concorde parfaitement avec le niveau de la rétine; son contour externe est partout nettement accusé, et tranche, du côté du nez, avec un bord pigmentaire étroit rouge-brun foncé.
L'anneau du tissu cellulaire est, dans toute sa circonférence, d'une grandeur normale. Il est surtout accusé par sa coloration blanchâtre dans le segment externe. Le tronc du nerf ne montre pas sa coloration normale, mais une teinte pâle et froide. Toute la portion infra-oculaire est très-diaphane et fortement éclairée.
Cette coloration occupe uniformément toute la masse nerveuse (elle n'est ni striée, ni ponctuée); ses parties moyennes ont une teinte un peu plus claire, plutôt jaunegrisâtre, tandis que, dans les parties périphériques, elle fait place à une teinte plus foncée, plutôt gris-bleuâtre. Grâce à cette dernière teinte, le tronc du nerf est trèsnettement limité vers l'anneau du tissu cellulaire blanchâtre.
Ce ton particulier, et surtout l'aspect général du nerf optique, essentiellement différent des conditions physiologiques, ne ressort d'une manière caractéristique qu'à l'image droite et avec l'ophthalmoscope à éclairage faible] avec un miroir fort, ou à l'image renversée, la coloration gris-bleuâtre disparaît en partie, il se développe plutôt un ton gris-rougeâtre et le nerf optique acquiert par là un aspect plus physiologique.
L'état de l'œil gauche est absolument le même qu'à droite.
PI. IX. Fig. 46.
Décoloration bleuâtre du nerf optique.
P. N. , invalide, âgé de 59 ans, a eu, étant enfant, des attaques répétées de croup membraneux: adolescent et jeune-homme, il souffrit de nombreux saignements de nez; ces derniers ne se montrent pourtant plus depuis l'âge de 20 ans. A partir de cette époque, il eut de fréquents maux de têtes, à la suite d'émotions surtout; depuis sa 25me année difficultés dans la digestion, paresse des évacuations, depuis sa 30nic année, il est sujet à des douleurs rhumatismales fréquentes aux mains et aux pieds.
Il y a 25 ans, à la suite de la ruine de son commerce, il éprouva de trèsviolentes émotions. Pendant ce temps son mal de tête devint beaucoup plus aigu, plus continu et plus fréquent que jamais, parfois même il revenait tous les jours; le malade était très-excité, il eut de l'insomnie, la digestion devint plus mauvaise, les selles furent encore plus irrégulières et plus rares, et finalement il devint, à un haut degré, distrait, oublieux, triste, en même temps qu'il maigrit. Deux mois après le commencement de ces émotions, il remarqua, pour la première fois, une diminution de sa faculté visuelle, qui diminua lentement, mais d'une manière constante, aussi longtemps que durèrent ses émotions morales.
Lorsque, G mois après, ses affaires furent arrangées, et que le malade fut en état, quelque temps après son entrée dans une maison de retraite, de mener une vie plus calme et moins soucieuse, les troubles visuels n'augmentèrent ni ne diminuèrent et ils persistèrent au même degré pendant plus de 24 ans; peu à peu cependant, les phénomènes morbides mentionnés plus haut diminuèrent beaucoup ; ils finirent même par disparaître presque complètement, si bien qu'actuellement, le malade ne se plaint que très-rarement du mal de tête, que ses digestions sont tout à fait satisfaisantes, et ses selles passablement régulières.
Le malade ne voit pas du tout les petits objets, ou ne les voit qu'avec des contours très-confus; avec des objets plus grands, et en portant des lunettes convexes, en rapport avec la presbytie survenue dans les dernières années seulement , il peut s'occuper d'une façon continue et sans grande fatigue.
Avec chacun des yeux et avec des verres -\- 1 2, il lit encore difficilement le n° 7 de 6 à 10 pouces de distance. L'adaptation dioptrique de l'œil droit est, au repos de l'accommodation, V. -\- 70, celle de l'œil gauche V. -f- 80.
L'extérieur des yeux ne montre rien de morbide. Les pupilles ont leur grandeur normale, cependant elle ne réagissent que faiblement et avec beaucoup de lenteur aux changement de lumière.
A l'examen ophthalmoscopique, les milieux des deux yeux et le fond de l'œil se montrent partout normaux, excepté à l'entrée du nerf optique.
Le nerf optique (fig. 46, œil droit) a dans les deux yeux une grandeur normale, une forme un peu ovale à grand axe vertical, et une surface qui est parfaitement eu rapport avec le plan de la rétine; il ressort pourtant d'une manière remarquable par une colo ration pâle et froide, à laquelle manque toute nuance de rouge. La limite extérieure est très-nettement indiquée tout autour, et surtout en bas et en dedans elle est marquée par un bord pigmentaire rouge-brun foncé, étroit, allongé et très-accentué.
L'anneau du tissu cellulaire a une largeur normale, pourtant il ressort d'une manière très-remarquable dans toute la circonférence du nerf optique, surtout en dehors, par sa couleur blanchâtre, son éclat et des contours très-nets. Le nerf optique, dans toute son extrémité intrà-oculaire est très-diaphane; de toutes parts il réfléchit beaucoup de lumière, surtout dans ses parties moyennes, et en y regardant de plus près, il offre une double coloration.
D'une part le nerf optique est dans toute sa masse intrà-oculaire (au dessus de la lame criblée), d'une couleur bleuâtre très-uniforme — plus claire au centre, plus foncée dans les parties périphériques, surtout vers la macula, et il est, de cette manière, séparé de l'anneau du tissu cellulaire d'une manière tout à fait précise ; d'autre part, il présente dans sa partie moyenne et dans l'endroit le plus profond (dans le plan de la lame criblée) un état tacheté gris-bleuâtre nettement dessinée. Les différentes taches sont, en outre, assez bien délimitées, leur forme est ronde ou ovale, ou irrégulièrement allongée: elles ont de petits diamètres; la plupart sont placées circulairement autour du point d'émergence des vaisseaux et répondent, par leur situation et leur aspect, aux trous de la lame criblée.
Les phénomènes mentionnés ei-dessus, spécialement la coloration bleuâtre très-pâle et froide du tronc nerveux, ressortent d'une manière particulière à Y image droite, et avec le miroir à éclairage faible; à l'image renversée, ils sont également reconnaissablés, pourtant le nerf optique acquiert alors une coloration rougeâtre manifeste, il parait moins bleu, moins étrange dans son ensemble, et la tache grise est aussi beaucoup moins visible.
PL IX. Kg. 47.
Décoloration blanchâtre du nerf optique.
J. P., étudiant, Agé de 19 ans, était, depuis son enfance, faible et maladif, sensible aux influences extérieures, surtout aux changements de température ; pourtant, à sa connaissance, il n'a jamais eu aucune maladie sérieuse jusqu'à l'âge de 15 ans.
Il fut toujours très-excitable, susceptible, sa disposition d'esprit changeait souvent, il était porté à la mélancolie. 11 éprouvait fréquemment un sentiment de malaise et de pesanteur à la tête, et souffrait souvent de céphalalgie, surtout à cause de troubles digestifs. Le sommeil n'était jamais fort ni tranquille; les rêves étaient fréquents, et il était éveillé en sursaut par les plus légers bruits. Dans l'état de veille, il s'effrayait aussi facilement.
Il a toujours bien vu de près, comme de loin; il fit ses études sans penser à ses yeux.
A l'âge de 15 ans, il eut un typhus grave avec des phénomènes cérébraux intenses, dont il ne se remit qu'à la longue et avec peine. Depuis l'époque de sa guérison, quoique encore d'une apparence chétive, il se sent pourtant mieux que jamais; ses digestions sont meilleures, ses maux de tête ont complètement disparu et même d'une façon générale, il se considère maintenant comme bien portant.
Il y a deux ans, un grain de poussière étant tombé dans son œil droit, et ne pouvant l'ouvrir de longtemps, il remarqua qu'avec l'œil gauche il voyait mal, ou à peine les contours des plus grands objets. Sans autres phénomènes ultérieurs, cette mauvaise vue augmenta progressivement sans interruption , si bien que le malade est maintenant complètement aveugle du côté gauche depuis un an , et même qu'il n'a plus la perception quantitative de la plus faible trace de lumière.
L'examen des yeux à l'œil nu ne montre rien d'anormal; mais la pupille de l'œil gauche qui, du reste, est de grandeur normale, se montre immobile aux variations de la lumière directe; pourtant elle varie lorsqu'on couvre et qu'on éclaire alternativement la pupille du côté droit. Les milieux de l'œil malade sont transparents, et même à l'examen ophthalmoseopique, il se montre adapté pour les rayons parallèles.
Avec l'œil droit qui est un peu myope (V. — 75) le nol est lu de 3 '/2 à 15 pouces.
Le fond de l'œil malade (fig. 47, œil gauche) paraît normal dans toutes ses parties, à l'exception du nerf optique, de même qu'aussi les vaisseaux centraux sont à l'état normal en ce qui concerne leur étendue, leurs ramifications, leur trajet, leur diamètre, leur couleur et leurs contours.
Le nerf optique est à peu près circulaire et de grandeur normale, sa surface est placée normalement dans le plan de la rétine (il n'y a pas d'excavation). La plus
grande partie de sa circonférence, surtout en dehors, est bordée d'agrégats pigmentaires choroïdieiis noirâtres de largeur variable.
La coloration, au contraire, diffère essentiellement de la couleur normale — elle est d'un blanc éclatant sans aucune trace de rouge ou de jaune. De plus, le nerf optique réfléchit fortement la lumière et figure ainsi un disque éclatant presque éblouissant.
Le nerf optique parait, en outre, opaque, consistant et, à un examen superficiel, surtout à l'image renversée, il se montre comme parfaitement homogène et ne laisse distinguer aucun anneau de tissu cellulaire. Adapte-t-on, au contraire, l'œil examinateur avec une parfaite exactitude pour la surface du nerf, emploie-t-on successivement, le miroir faible et le miroir fort à l'image droite, et provoquet-on en déplaçant l'oplithalmoscope, des variations dans l'intensité de l'éclairage des différentes parties du nerf optique, on acquiert ainsi la conviction que le nerf optique n'est pas uniformément coloré et qu'il possède une structure particulière. Dans la plus grande partie de son étendue et de son volume, il paraît d'une couleur matte, d'un blanc de craie, et présente, en outre, une striation radiée blanche et brillante comme la soie.
Les stries radiées, qui paraissent, en outre, formées de fibrilles brillantes extrêmement fines , se dirigent sous forme de bandes étroites du milieu de la section nerveuse vers son bord, dans le voisinage duquel elles sont aussi très-nettement dessinées: c'est même là qu'elles se réunissent l'une à l'autre ou plutôt qu'elles se transforment en une strie étroite de la même couleur qui, comme un ruban, entoure tout le reste du nerf optique au lieu et place de l'anneau du tissu cellulaire.
On n'aperçoit pas les moindres détails de la lame criblée.
PL IX. Fig\ 48.
Atrophie du nerf optique et de la rétineS*)
B. M., bourgeoise, âgée de 46 ans, d'une forte et belle constitution — ne peut se souvenir d'aucune maladie sérieuse. Réglée à 15 ans. elle eut son premier enfant à 25 ans, et a 36 son quatrième et dernier.
La malade avait toujours bien vu de loin, et avait toujours pu s'occuper de près et d'une façon continue avec des objets fins; jamais surtout elle n'avait eu à se plaindre de ses yeux.
Pour la première fois elle remarqua qu'elle y voyait mal, après la naissance de son premier enfant, pendant laquelle elle eut une forte hémorrhagie. D'autres symptômes morbides ne se montrèrent point dans ses yeux et sa faculté visuelle demeura invariablement la même jusqu'au deuxième accouchement à l'occasion duquel, après une nouvelle perte sanguine, il y eut encore une diminution plus considérable de la vue.
Cette diminution de la vue resta de nouveau dans le même état, jusqu'à la naissance du troisième enfant, accompagnée encore d'une forte hémorrhagie; il s'en
(*) Voy. : Ueber Glaucom, etc. ; loc. cit. Ueber die Einslellung des dioplr. Appâtâtes, etc. AVien 1861, p. 39, pi. I, fig. 10 et 11.
suivit de là un abaissement si considérable de la faculté visuelle, que la malade ne pouvait plus que distinguer les plus grands objets, et se conduire difficilement dans la rue. Cet état resta aussi, sans faire de progrès, jusqu'après le quatrième accouchement suivi d'une nouvelle liémorrhagie, à la suite de laquelle survint brusquement une cécité complète. C'est seulement alors que la malade chercha les secours de l'art, et, quelque temps après, elle fut transportée comme incurable dans une maison de retraite.
Un an après l'apparition de la cécité, je vis la malade pour la première fois. Ses deux yeux ne présentent à 1 extérieur aucun phénomène morbide, mais le regard est fixe et sans expression. Les pupilles sont de grandeur normale, peu mobiles, mais avec l'atropine elles arrivent à la plus grande dilatation. La perception lumineuse n'a pas lieu non plus avec la lumière solaire.
A l'examen ophthnlmoseopique, les deux yeux présentent une disposition hyper métropique (à droite V. -f- 50, à gauche V. -f- 45), les milieux sont parfaitement transparents et le fond de l'œil est normal , sauf une décoloration bleuâtre du nerf optique (semblable au dessin, pi. IX, fig. 46).
Cet état persista ainsi pendant 6 ans; pendent ce temps j'eus souvent occasion de voir et d'examiner la malade. Après cette période, il survint, à la suite d'un refroidissement, de fréquents maux de tête, pendant lesquels, avec des symptômes inflammatoires plus ou moins prononcés, se développèrent dans les deux yeux les manifestations d'une atrophie de la rétine et du nerf optique. Trois ans plus tard, je dessinais la figure représentée (fig. 48, œil droit).
Le fond de l'œil, dans l'étendue de l'expansion choroïdienne , est d'un jaunerouge et normalement granulé; la section nerveuse, au contraire, ne ressort pas avec sa netteté habituelle, mais elle paraît moins éclairée, confuse, effacée, sans limites distinctes et d'une coloration sale irrégulière.
En examinant attentivement, on trouve que l'anneau du tissu cellulaire, dans toute la circonférence du nerf optique, est bien indiqué par une coloration claire d'un jaunerougeàtre sale, sans que pourtant il soit possible de distinguer sa limite interne et sa limite externe, puisque d'un côté, la couleur claire de cet anneau passe successivement à la couleur foncée du fond de l'œil, et de l'autre à celle du nerf optique. Le tronc nerveux lui-même, sans être parfaitement distinct de ce fond de l'œil, est d'une couleur foncée dans ses parties périphériques, et d'une couleur claire dans ses parties centrales ; sa coloration est un véritable mélange de différentes couleurs. Dans ses parties moyennes il est plutôt d'un jaune-rouge, avec un faible mélange gris-clair; dans ses parties périphériques, superficiellement il est faiblement rougeâtre, mais profondément il est bleu-grisâtre avec mélange de vert.
Quant à sa conformation extérieure et à ses diamètres, le nerf optique est normal; sa surface cependant est un peu plus profondément située que le plan de la rétine — il est légèrement excavé en forme de nappe. L'enfoncement de la surface est donc progressif, et nullement rapide, et il n'est reconnaissable qu'à un examen très-attentif par la faible différence d'adaptation de l'œil examinateur.
Cet enfoncement commence déjà au niveau de l'anneau du tissu cellulaire, augmente alors rapidement vers le bord du tronc nerveux, pour devenir ultérieurement, vers le centre de ce nerf, un peu plus profond.
Le système des vaisseaux centraux, dont on ne peut poursuivre distinctement que les plus grands et les moyens, présente une ramification normale. Les différents vaisseaux ont, en général, un trajet normal quoique un peu plus tendu; leur diamètre est pourtant notablement plus petit, d'un tiers au moins, que le diamètre normal. Comme cette diminution du diamètre est uniformément, répartie sur tous les vaisseaux du système central, il y a ainsi la différence habituelle non-seulement
entre les artères et les veines, mais encore entre les différents troncs principaux et leurs ramifications, et l'arbre vasculaire tout entier parait ainsi normal et seulement peu développé.
• La couleur des vaisseaux s'est éclaircie au même degré que leur épaisseur a diminué; il y a donc aussi, relativement à la couleur, la différence habituelle entre les artères et les veines , et entre les plus grands et les plus petits vaisseaux. Les vaisseaux présentent tous un contour sombre évident avec un milieu clair, mais, eu égard à l'œil normal, ils paraissent comme remplis d'un sang plus clair.
Tous les vaisseaux, dans l'étendue du fond jaune-rouge de l'œil, marchent dans la même direction superficielle,- au dessus de l'anneau du tissu cellulaire ils s'infléchissent cependant vers le fond, conformément à la dépression cupulii'orme de la surface du nerf optique et marchent alors dans les parties périphériques en suivant les faces de l'excavation cupuliforme, pour pénétrer de la manière habituelle au fond du nerf optique par sa partie centrale et se dérober ainsi au regard.
Le passage des vaisseaux centraux de la rétine dans la partie la plus profonde de l'excavation se fait avec une telle progression et une telle uniformité que, à un examen exact de la section nerveuse, dans la direction du nerf optique, on n'aperçoit aucune sinuosité , aucun coude , aucune interruption des vaisseaux (comme dans une excavation profonde et à bords tranchés). Mais en regardant la section nerveuse aussi obliquement que possible (le long du bord de la pupille dilatée), on remarque sur les vaisseaux perpendiculaires à cette direction une légère courbure au niveau de l'anneau du tissu cellulaire, une sorte de déviation dans leur trajet, qui se reproduit deux fois : premièrement là où le vaisseau, venant de la rétine, franchit la limite externe de l'anneau du tissu cellulaire — cette déviation est peu prononcée;-— deuxièmement, à la limite de la périphérie du tronc nerveux lui-même, là où le vaisseau reprend sa direction originelle , c'est à-dire celle qu'il avait dans le plan rétinien, ou au moins une direction qui s'y rapporte. Le vaisseau présente donc, en général, une direction et un trajet normaux, et une faible portion seulement, celle qui est en rapport avec l'anneau du tissu cellulaire et de la largeur de cet anneau, présente une déviation un peu oblique pour le reste du trajet du vaisseau; à la suite de cette déviation , les parties du vaisseau placées en deçà et au delà de la portion intermédiaire, paraissent un peu portées l'une vers l'autre, et placées dans des plans différents.
Dans l'étendue du fond jaune-rouge de l'œil, les vaisseaux se montrent très nettement délimités; au niveau du nerf optique, ils sont un peu moins distincts, comme voilés, sans limite distincte, et d'une coloration matte et grise rougeâtre.
La veine qui , de la circonférence du nerf optique, se dirige en bas et en dedans semble pourtant suivre un trajet différent de celui déjà décrit. Pendant son parcours sur le fond jaune-rouge de l'œil, elle présente une largeur qui concorde avec celle du reste des vaisseaux: pourtant, dans l'étendue du nerf optique lui-même, elle paraît posséder un diamètre notablement plus petit — cette diminution du diamètre n'est, au reste, qu'apparente. La veine pénètre, en effet, dès le bord externe du nerf optique dans l'épaisseur du tissu choroïdien et, par conséquent, sous une direction oblique dans les parties profondes du nerf optique; elle se soustrait, par conséquent, complètement au regard dans cet endroit; au contraire, dans l'étendue du nerf optique, une artère se dirige en bas, et un petit rameau s'en éloigne et se subdivise juste au point où la veine se soustrait au regard. De cette manière l'illusion est permise, et l'on croit que cette veine s'amincit tout à coup considérablement.
L'état de l'œil gauche est semblable à celui de l'œil droit.
PL X. Fig. 49.
Ne a ro - ré tin ite r égressiv e.
M. S., cuisinière, âgée de 36 ans, prétend que, depuis son enfance, elle a toujours été bien portante, et qu'elle a toujours joui de la plénitude de ses forces. L'appétit, la digestion, et les évacuations alvines, n'ont jamais dû être troublées. Réglée depuis sa 16nie année, elle a toujours eu exactement ses règles. — La vue de près et de loin a toujours été bonne et continue.
Depuis 1 au i/z elle éprouva subitement, sans cause connue, un violent mal de tête, qui revenait tous les jours. Il commençait l'après-midi, et cessait seulement dans la matinée; en peu de temps, il augmenta à ce point que la malade passait les nuits sans dormir et à se promener dans sa chambre. Si le sommeil venait le malin, il était si agité et accompagné de rêves si pénibles que la malade se réveillait dans un bain de sueur. La douleur occupait de préférence la région frontale, c'était une douleur piquante avec un sentiment de pulsations, de pesanteur et de forte chaleur dans la tête; au moment de sa plus grande acuité elle s'accompagnait de vertige, de répugnance pour les aliments, de soif violente, puis de nausées, des vomissements répétés, et de photopsie dans les deux yeux. L'appétit, même en dehors des accès, diminua de plus en plus, et enfin, sauf la soupe et du café faible, la malade eut peine à supporter quelque autre aliment, de sorte qu'elle perdit ses forces physiques et que sa débilité fut souvent assez prononcée pour l'empêcher de marcher. Dans les derniers temps, le mal de tête diminua en intensité, il cessa même pendant un et jusqu'à plusieurs jours; cependant les autres symptômes continuèrent.
Depuis que ce mal de tête s'est déclaré, les règles, quoique parfaitement régulières, sont manifestement plus faibles. Autrefois la période durait de 3 à 4 jours, et elle était assez abondante, maintenant elle dure seulement ajournée, un jour au plus.
Peu de temps après le commencement des maux de tête, la malade remarque que sa vue diminuait; elle y voyait, et confusément, surtout à distance ; enfin il se développa lentement, et en même temps dans les deux yeux, un nuage uniforme qui voilait tout le champ visuel. Ce nuage augmenta d'intensité, particulièrement dans l'œil droit, la vue devint de plus en plus mauvaise, et six mois plus tard, l'œil droit était complètement aveugle. Actuellement, il ne possède plus la moindre perception lumineuse; l'œil gauche conserva encore un certain temps une. partie de son pouvoir visuel, mais, peu à peu, la cécité devint également telle que maintenant; depuis plusieurs mois, il n'y a plus qu'une perception quantitative de la lumière. Les deux yeux présentent extérieurement une structure normale, et ne montrent rien de morbide. Les pupilles sont de grandeur normale, elles réagissent rapidement et activement aux variations de la lumière, (la pupille droite un peu moins que la gauche) et se laissent dilater ad maximum par l'atropine.
L'examen ophthalmoscopique montre des milieux clairs et transparents comme disposition dioptrique de l'œil au repos de l'accommodation, à droite V. -f- 80, à gauche V. -f 90.
Le fond des deux yeux présente le même état morbide.
Le fond de l'œil (voyez fig. 49, œil gauche) paraît, surtout dans le voisinage de la section du nerf optique, comme le nerf lui-même, d'un rouge un peu plus foncé et réfléchissant moins la lumière que le fond d'œil sain. Cette sombre coloration est surtout mise en relief par une striation rougeâtre, radiée, extrêmement fine, qui, due à l'épanouissement du nerf optique, part de la partie centrale du nerf, en franchit la limite, s'étend dans le fond de l'œil, et placée dans les couches les plus superficielles du nerf optique et de là rétine, entoure en partie les vaisseaux centraux, ou les dépasse. Cette striation atteint son plus haut degré de développement sur le trajet des vaisseaux principaux ; elle a sa plus grande netteté et sa plus grande rougeur sur les parties périphériques du nerf optique; elle disparaît complètement, en pâlissant et en devenant plus confuse, progressivement à une distance de un à deux diamètres papillaires du bord du nerf.
L'anneau du tissu cellulaire est bien reconnaissable clans toute la circonférence du nerf optique par sa couleur jaune-rouge claire; il manque cependant de contours distincts, et c'est pour cela que, dans toute son étendue, il parait confus, comme effacé; seulement vers la macula lufea il est un peu plus nettement indiqué par un faible bord de pigment choroïdien.
Le tronc nerveux, dont la surface est dans le plan de la rétine (sans excavation), n'a, également à la périphérie, aucune limite distincte, et la nuance se montre fortement colorée ; car il lui manque toute espèce de teinte jaunâtre. Dans ses parties superficielles et périphériques il est plus foncé, au centre d'une couleur rougeâtre plus clair; dans les parties centrales plus profondes il est d'une faible teinte bleugrisâtre et d'une transparence moyenne; enfin, clans les parties périphériques plus profondes, il offre une coloration gris-sale avec un faible mélange de vert. Ces colorations paraissent uniformément répandues clans les parties profondes du tronc nerveux, il n'offre là même aucune courbure, aucune striation, et toute indication de, la lame criblée fait défaut.
L'étendue et la distribution des vaisseaux centraux est, en général, normale; pourtant ils présentent une diminution considérable (au moins >/k) de leur diamètre, et une coloration un peu plus claire; il en résulte que les plus petits vaisseaux visibles ailleurs disparaissent complètement au regard, et que le fond de l'œil paraît, en- général, moins riche en vaisseaux et muni d'un système vasculaire faiblement développé.
Les artères ont un trajet un peu plus direct, rectiligne, et des limites exactes, qu'on aperçoit assez bien partout avec une égale netteté. Le trajet des veines, au contraire, est manifestement sinueux; en certains points elles paraissent un peu plus sombres, plus superficiellement placées, et ressortent avec beaucoup de netteté; clans d'autres endroits elles sont plus claires, d'une délimitation moins accusée, comme couvertes d'un nuage rougeâtre (à un examen superficiel on dirait qu'elles ont un diamètre plus petit), et sont placées plus profondément dans le tissu rétinien. Dans ces derniers points, on aperçoit avant tout l'expansion des stries rougeâtres sus-mentionnées au dessus des vaisseaux du nerf optique et du reste du fond de l'œil.
PL X. Fig. 50.
GKOSSISSIiMENT S.
Atrophie du nerf optique et de la rétine.
F. R., manœuvre, âgé de 25 ans, follement constitué, bien nourri, a toujours été bien portant, sauf des accès répétés de fièvre intermittente; il a toujours bien vu, de près comme de loin. Il y a deux ans, sans cause occasionnelle certaine, il fut pris d'un mal de tête qui revint fréquemment et augmenta successivement. A partir de cette époque, le malade remarqua que sa vue diminua constamment, que cette diminution fut plus rapide après de violents maux de tête qu'en d'autres moments, et qu'elle ne s'accompagna pas d'autres phénomènes morbides. Malgré l'emploi de nombreux moyens la cécité arriva au bout de 9 mois.
Actuellement, le malade se sent bien, à part des maux de tête momentanés et l'abolition de sa vue. Les deux yeux paraissent normaux en ce qui concerne leur conformation extérieure, leur grandeur et leur degré de tension; les pupilles sont paresseuses, mais elles se dilatent ad maximum par l'atropine. A l'examen ophthalmoscopique, les milieux sont clairs, et la disposition dioptrique, au repos de l'accommodation, se montre pour l'œil droit V. -|- 55, pour l'œil gauche V. -j- 60. Pour l'œil droit comme pour l'œil gauche, c'est à peine s'il reste une trace de perception quantitative de la lumière.
Dans l'œil droit (fig. 50) le fond de l'œil est d'un jaune-rouge normal; mais d'un grenu un peu plus grossier, ce qui rend les granulations mieux délimitées et plus isolées. Dans le proche voisinage du nerf optique, la couleur jaune-rouge s'atténue un peu plus que d'habitude, et le grenu est un peu plus pâle et moins serré, mais c'est surtout au bord externe de l'anneau du tissu cellulaire qu'ils sont le plus confusément indiqués.
La section nerveuse a des diamètres normaux, elle est légèrement ovale, et son grand axe est placé verticalement ; mais elle présente une coloration très-pâle sans contours distincts. L'anneau du tissu cellulaire est parfaitement reconnaissable à sa couleur blanche-jaunâtre, mais, ni en dehors ni en dedans, il ne montre de contour bien net. Vers la macula lutea, il paraît extrêmement large, à cause de l'éloignement un peu plus grand du bord pigmentaire choroïdien, ce qui simule un faible cône comme dans le staphylôme postérieur.
Le tronc du nerf optique lui-même, indistinct dans sa limite périphérique, est un peu excave, jusque dans le plan interne de la choroïde, et l'excavation est eupuli forme (en nappe). Toute couleur rougeâlre fait défaut; il est uniformément grisverdàtre (sans pointillé , ni stries) ; plus clair au centre, manifestement plus foncé à la périphérie; il réfléchit assez bien la lumière, et son tissu parait d'une transparence moyenne. On n'aperçoit pas la lame criblée.
Le système des vaisseaux centraux est normal en ce qui concerne la distribution et le mode de ramification des différents vaisseaux, et ce n'est qu'au niveau de la section nerveuse, et vis-à-vis de l'excavation cupuliforme, qu'ils sont placés plus profondément que la rétine. Le passage des vaisseaux d'un point à l'autre se fait avec une telle gradation qu'on ne peut apercevoir de véritable courbure ou de déplacement; seulement, en adaptant très-exactement son œil, on voit que, de chaque
vaisseau une toute petite partie seulement située au dessus de l'anneau du tissu cellulaire, décrit sur le bord de l'excavation une légère sinuosité, une très-faible courbure, et qu'on n'aperçoit l'excavation elle-même et les vaisseaux profonds qui s'y trouvent que grâce à une adaption très-exacte.
Les vaisseaux, dans tout leur trajet, paraissent également nets; leurs limites et leurs contours sont semblables ; pourtant ils sont d'une coloration beaucoup plus claire qu'à l'ordinaire, et surtout leur diamètre est notablement réduit (presque de moitié), d'ailleurs avec une uniformité parfaite. La différence normale entre les troncs principaux et les petits vaisseaux, entre les artères et les veines, est, de plus, parfaitement conservée; le système vasculaire tout entier parait seulement beaucoup moins développé, et les plus petits rameaux vasculaires, parfaitement visibles encore ailleurs, sont à peine reconnaissabïes.
Un autre phénomène très remarquable est dû a ce que la plupart des vaisseaux paraissent bordés, des deux côtés, de stries d'un blanc éclatant. Les bords blanchâtres sont faciles à reconnaître snr toutes les veines, et pourtant aussi sur les artères qui se dirigent en haut dans le fond de l'œil, ils sont plus larges pour les veines que pour les artères, plus larges pour les grands que pour les petits vaisseaux, et se réduisent successivement sur un seul et même vaisseau, à mesure que le vaisseau (ou pour mieux dire, la colonne sanguine qu'il renferme) diminue en diamètre. En général, ils sont étroits; linéaires seulement sur les petits vaisseaux, ils ont sur les autres une largeur qui équivaut au tiers ou au plus à la moitié du vaisseau considéré et correspondent parfaitement en ce qui concerne leur position et leur épaisseur réciproque aux sinuosités vasculaires.
Dans l'œil gauche, on trouve les mêmes phénomènes à peu près au même degré et avec la même netteté.
PI. X. Fig. 51.
Atrophie du nerf optique et de la rétine. (*)
R. B., bourgeoise, âgée de 46 ans, osseuse, grande et forte, sans corpulence, prétend, sauf depuis peu de temps, n'avoir jamais été sérieusement malade. Ses menstrues ont toujours été régulières depuis l'âge de 16 ans jusqu'à présent, et n'ont cessé que pendant ses grossesses; de 19 à 35 ans elle a mis au monde et allaité 6 enfants bien portants, qui vivent encore. La malade a toujours bien vu et d'une façon continue, avec les deux yeux, de près comme de loin.
11 y a cinq semaines, à la suite d'un refroidissement, elle fut prise d'un violent érysipèle, qui s'étendit sur le côté droit de la face et de la tête, et pendant lequel les paupières, surtout celles de l'œil droit, se gonflèrent de telle façon que, pendant plusieurs jours, elles ne purent s'ouvrir. La fièvre fut violente, et la malade eut le délire pendant deux jours. Des compresses glacées furent appliquées sur la tête, et comme il s'écoulait une abondante sécrétion par la fente palpébrale droite, on y mit
*) Voy. : Ueber die Einstellung d. dioptr. Apparûtes d. menschl. Anges. Wien 18G1, p. 39,
aussi des compresses, que l'on continua jusqu'à ee que la raison revint, époque à laquelle la sécrétion palpébrale cessa aussi. Le gonflement des paupières diminua successivement les jours suivants, mais avec tant de lenteur que la malade, six jours après seulement, ayant fait les plus sérieuses tentatives pour ouvrir aussi l'oeil droit, ne put encore y parvenir.
Le rétablissement de l'état général se fit bientôt; cependant, malgré la disparition complète du gonflement palpébral, les paupières refusaient toujours de s'ouvrir.
Lorsque la malade se présenta (cinq semaines après l'invasion de la maladie) , on trouva, du côté droit, la fente palpébrale fermée dans son milieu vis à vis de la cornée, dans l'étendue de huit millim. par Faccollement des deux bords palpébraux. Après avoir séparé cette adhérence avec le couteau , on trouva encore une réunion partielle de la paupière supérieure et de l'inférieure, avec les parties supérieure et inférieure de la cornée, au niveau du limbe de la cornée; l'adhérence avait en haut 5 mill., en bas 3 mill. de longueur et le cul de sac conjonctival était intact.
Api-ès avoir aussi séparé ces adhérences avec le couteau, on constata que, abstraction faite des points mentionnés, les parties extérieures de l'œil étaient saines, que la cornée avait sa transparence normale : que la pupille, modérément dilatée, était noire, mais immobile, que la faculté visuelle était complètement abolie.
Avec l'œil gauche (V. oo) le n» 1 était lu de 6 à 10 pouces de distance.
Les plaies faites avec le couteau guérirent rapidement et sans cicatrice importante, et l'examen ophthalmoscopique, qui eut lieu ensuite, prouva que les milieux étaient aussi transparents dans l'œil droit, qu'il était dioptriquement disposé poulies rayons parallèles ; mais que le fond de l'œil présentait les remarquables altérations suivantes.
Il était coloré en jaune-rouge (fig. 51, œil droit), un peu plus clair pourtant que le fond de l'œil normal, très-fortement éclairé et réfléchissait beaucoup plus la lumière qu'à l'état normal.
La teinte jaune-rouge diminuait de plus en plus des parties périphériques vers le nerf optique pour devenir un peu plus transparente; le grenu rougeâtre diminuait de la même manière : vers les parties périphériques du fond de l'œil, il était par lui-même moins prononcé, plus clair, moins serré; mais vers le nerf optique, il était beaucoup plus marqué.
A la circonférence externe du nerf optique, dans une direction un peu oblique en bas, on voyait un petit cône (comme dans le staphylâme postérieur) à point mousse, bordé à sa périphérie externe d'agrégats pigmentaires ; de couleur jaunâtre claire dans la plus grande partie de sa surface, il était coloré en jaune-rouge comme les parties les plus voisines du fond de l'œil, à l'endroit de la pointe mousse, qui avait la forme d'un croissant.
La section du nerf optique présentait une forme irrégulière. Dans sa plus grande circonférence la courbure était normale, la limite externe et de préférence la limite supéro-externe. étaient manifestement redressées, de telle sorte que, du côté externe, il n'y avait qu'une faible courbure arciforme, et qu'en haut et en dehors, c'était une véritable ligne droite.
L'anneau du tissu cellulaire, dans toute la circonférence du nerf optique, était reconnaissable à un dessin blanc-jaunâtre clair; il était cependant étroit, sans délimitation précise, excepté à sa périphérie externe; en dedans et en bas, il était limité par un bord pigmentaire étroit.
Le tronc du nerf optique lui-même avait, à peu près des diamètres de grandeur normale; cependant, vers le point aplati de la circonférence, ceux-ci se rapetissaient sensiblement, de telle sorte que le nerf optique paraissait notablement diminué en
épaisseur et en volume. Sa surface concordait parfaitement avec celle de la rétine; il n'était donc pas excavé, et, dans son grand axe, il n'avait rien perdu de son volume. Dans ses parties centrales, il était blanc-jaunâtre, transparent et fortement éclairé ; vers sa périphérie, il se montrait moins éclairé et moins transparent, et perdait même progressivement sa couleur blanc-jaunâtre pour devenir de plus en plus bleu-verdâtre ; cette dernière teinte présentait, par places, un tacheté faible et mal caractérisé. Le système vasculaire central était réduit à ses troncs principaux; les moyens et les plus petits vaisseaux ne pouvaient pas être aperçus; l'étendue et la distribution des vaisseaux paraissaient normales.
La veine qui part du nerf optio le et se dirige en haut, ainsi que l'artère qui la côtoie en dedans et se ramifie en haut et en dedans, ont un trajet, un diamètre, une couleur et des contours normaux; elles présentent aussi la différence habituelle relative à l'épaisseur; au contraire, la veine qui se dirige en haut et en dehors, entourant la tache jaune dans un large cercle, de même que l'artère qui parcourt le même espace, paraissent avoir un trajet plus rectiligne, un diamètre manifestement moindre (réduit de la moitié au moins), se montrent notablement plus paies et plus claires, et bordées de chaque côté, dans tout leur parcours de stries étroites blanc-jaunâtres et rubanées. Les vaisseaux qui, dans la suite de leur trajet, se réduisent de la manière ordinaire , se soustraient progressivement en entier au regard, à une distance plus grande du nerf optique. Pour eux aussi, la différence habituelle de volume entre les artères et les veines se trouve maintenue.
Le tronc veineux principal dirigé en bas et se ramifiant plusieurs fois, était réduit à moins de '/4 son diamètre et coloré en rouge très-pâle; il paraissait donc simplement linéaire, et par suite de cette diminution d'épaisseur, on ne pouvait déjà plus, après un court trajet, le poursuivre à une petite distance de la circonférence du nerf optique. Le tronc et les ramifications des veines étaient également limités, de chaque côté, dans tout leur trajet, de stries étroites, rubanées et blancjaunâtres ; mais ces stries pouvaient ici être poursuivies beaucoup plus loin dans le fond de l'œil que les colonnes sanguines des vaisseaux. Ainsi, quand la colonne sanguine rouge avait disparu, les deux stries paraissaient se réunir en un ruban étroit, qui diminuait aussi progressivement, devenait plus confus et finalement, en indiquant le trajet ultérieur du vaisseau, se soustrayait complètement au regard, à une grande distance du nerf optique.
L'artère qui, du milieu du nerf optique se dirigeait en bas, avait un si petit diamètre et paraissait si faiblement colorée en rouge, qu'on ne pouvait l'apercevoir qu'avec une très-exacte adaptation de l'œil examinateur, et qu'on ne pouvait la suivre qu'au niveau du nerf optique, et à peine dans son plus proche voisinage sur le fond jaune-rouge de l'œil. Par conséquent, ici encore, la différence normale entre le diamètre des veines et celui des artères paraissait être maintenue dans le même territoire vasculaire.
Au moyen d'une adaptation très-exacte de l'œil examinateur, on voyait aussi, outre les vaisseaux mentionnés, une veine indiquée par une ligne extrêmement fine, qui partait du milieu du nerf optique et se portait horizontalement en dedans; par contre, un vaisseau artériel qui suivait cette direction ne pouvait pas être aperçu.
PL X. Fig. 52.
GROSSISSEMENT ~i .
Excavation glaucomateuse du nerf optiqueS*)
Mademoiselle J. K., âgée de 64 ans, d'une belle et robuste constitution, ayant les cheveux brun-foncés , avait eu dans son enfance la rougeole et la petite vérole.
Ses règles vinrent pour la première fois dans sa I7me année; irrégulière au début elles devinrent plus tard régulières, et cessèrent dans le cours de sa 50me année, sans produire de trouble dans la santé générale.
Pendant sa 26me et sa 27me année, la malade eut de fréquents maux de tête au niveau de la région frontale ; habituellement le mal survenait un jour avant les règles et continuait un jour après. Depuis sa 30me année jusqu'à présent, elle éprouva de congestions sanguines fréquentes vers la tête, pendant lesquelles son cou et son cuir chevelu devenaient très-rouges, en même temps qu'elle accusait un sentiment de chaleur brûlante paraissant rayonner des yeux.
A l'âge de 42 ans, sans cause connue, elle ressentit un jour un sentiment soudain d'inquiétude et de malaise, et dans les mains et dans les pieds une sensation de picotements, de pulsations, de fourmillements, en même temps qu'une grande répugnance à saisir les objets froids. Tout cela disparut cependant au bout de 24 heures, pour ne plus jamais reparaître, après que les extrémités eurent été enveloppées dans de l'étoupe.
A parties accidents désignés, mademoiselle J. K. passa toute sa vie sans avoir à se plaindre de maladies importantes ; son appétit fut toujours bon , les selles régulières et abondantes, le sommeil réparateur; elle se sentit toujours forte et bien portante, et elle gagna sa vie d'une manière fatigante et pénible à enseigner des langues.
Dans sa jeunesse elle avait une vue normale; dès sa 40mo année, elle eut une presbytie croissante, et fut ainsi forcée de recourir à l'emploi de verres convexes faibles pour la vue de près. La faculté visuelle s'était d'ailleurs toujours montrée puissante et continue.
La malade paraît actuellement bien portante, bien nourrie et verte pour son âge. D'après son récit, l'œil gauche est malade depuis deux ans et l'œil droit depuis un an, et, en réalité, sans aucun autre phénomène morbide dans les yeux ou dans leur voisinage, la faculté visuelle s'est amoindrie peu à peu. Actuellement, la malade peut k peine distinguer encore, de l'œil gauche, les mouvements de la main, mais, de l'œil droit, elle peut encore distinguer confusément les doigts et les plus grands objets à quelques pas de distance; par contre, elle reconnaît encore presque complètement les différentes couleurs. Il lui semble donc qu'un nuage blanc-grisâtre uniforme est répandu sur tous les objets compris dans le champ visuel. Les yeux sont éblouis par une forte lumière solaire ou artificielle, et les objets paraissent encore plus confus,
(*) Voy. : Ueber Slaar nud Staaroperalionen, p. 103, pi. VIII., fig. 34; Vortrag an der kaiserlichen Aeademie drr Wissenscliaften zh Wien am 16. Nm: 18o4; Beilrâge znr Pathologie des Anges, Wien 1855, p. 50 et 53, pi. XIX. et XX. ; Ueber Gtnneom und seine lleilnnn rinreh hidietomie (Zeitschr. der k. k. Gesellsch. der Aerzte 1858, Xr. 30 et 31 et Wien. Medie. Wochenschr. Nr. 9, 26. Febr. 1859); Ueber die Einstrllnng des dinpf. Apparafon, eic, p. 42.
comme brouillés. C'est par un temps nuageux et sombre que la faculté visuelle est relativement la meilleure.
Avec la diminution de la vue -- peut être, en partie, par suite du désœuvrement et de la gêne qui y étaient liés — coïncida une diminution dans le sommeil: fréquemment, pendant la nuit, il survint un sentiment d'agitation, d'inquiétude et de chaleur générale, lié à des congestions céphaliques et à du vertige. La malade se trouvait fréquemment obligée de quitter le lit, pour aller respirer l'air frais à la fenêtre.
Dans leur conformation extérieure, les yeux ne laissent apercevoir aucun phénomène morbide; seulement les pupilles sont un peu paresseuses, et l'expression des yeux trahit la diminution de la faculté visuelle.
L'examen ophthalmoscopique trouve les milieux parfaitement transparents, et le fond d'oeil généralement normal; par contre, des altérations notables très-prononcées, surtout dans l'œil gauche, s'observent au niveau du nerf optique et dans son plus proche voisinage.
La section du nerf optique (fig. 52, œil gauche) est complètement colorée en bleugrisâtre; elle est plus claire au milieu, où s'y ajoute une nuance jaune, et plus foncée à la périphérie; dans ses parties périphériques, surtout celles qui regardent la tache jaune, le nerf est taché de bleu-vert foncé, et il se détache nettement du reste du fond de l'œil par un bord précis. Il a une forme arrondie et des diamètres normaux; mais nulle part, pas même à la circonférence, on ne voit la trace d'un anneau de tissu cellulaire. Au niveau du stroma choroïdien, le nerf est entouré complètement d'un cercle blanc-jaunâtre; en dedans, ce cercle est nettement délimité par la couleur foncée de la section nerveuse, mais, dans la plus grande partie de sa circonférence externe, il paraît moins bien limité, et là sa couleur se confond peu à peu avec celle du reste du fond de l'œil. Ce cercle réfléchit fortement la lumière, et a sa plus grande largeur — c'est-à-dire ^j% du diamètre normal du nerf optique — au côté inféro-externe du nerf optique: il est bordé, en dehors, de légères stries pigmentaires brunes rougeâtres.
Comme cela ressort des différentes dispositions dioptriques de l'œil observateur pendant l'examen et du déplacement parallactique notable des vaisseaux qu'on voit sur la papille, dans les mouvements de l'œil en bas, le nerf optique est fortement excavé suivant tous ses diamètres, d'où il résulte que sa surface paraît placée beaucoup plus profondément que le plan choroïdien, et que les parois de l'excavation s'élèvent à pic pour se réunir par un bord tranchant à la surface interne de la rétine.
En dedans de la papille, on ne peut voir que les plus fortes ramifications des vaisseaux centraux ; elles sont manifestement plus claires qu'à l'ordinaire et uniformément colorées en rouge, sans contours, présentant ainsi l'aspect de stries riibanées; au niveau de l'excavation du nerf optique, elles sont placées plus profondément et comme couvertes d'un léger nuage. Mais l'altération la plus remarquable que les vaisseaux présentent se traduit par ce fait , qu'en dedans de la papille leur trajet ne paraît pas concorder parfaitement avec celui qu'ils ont en dehors.
Emergeant normalement du fond du milieu du nerf optique, ils se dirigent périphériquement, plus serrés que d'habitude vers l'hémisphère interne, et se terminent au bord du nerf optique, dans un point différent de celui où commencent leurs prolongements rétiniens ; de cette manière ils paraissent, en dedans de la papille, comme poussés sur le côté; mais on dirait qu'ils sont coupés au bord du nerf optique et, en ce point même, leurs extrémités terminales sont écartées de la moitié au double de leur diamètre. En dehors de la papille, où les plus petits vaisseaux rétiniens sont aussi visibles, on ne peut reconnaître dans tout le système vasculaire central aucune différence d'avec l'état normal, et ce n'est qu'au bord de
la papille, là où ils forment un eomle pour plonger clans l'excavation que les vaisseaux prennent une couleur plus foncée, sans milieu plus clair, et qu'ils paraissent se terminer par un renflement nodiforme. S'efforce-t-on cependant, en adaptant convenablement son propre œil, et en regardant latéralement, de suivre leur parcours vers le fond de l'excavation, on acquiert ainsi la conviction que les vaisseaux n'ont pas changé de diamètre, de couleur et de contours, mais qu'ils quittent le plan rétinien pour descendre le long des parois de l'excavation, dans le fond de laquelle on les voit se continuer avec leurs prolongements, doués, eux aussi, d'une netteté, d'une couleur et de contours normaux.
Pendant le premier temps de l'observation, on voyait constamment des pulsations ') de toutes les artères rétiniennes, aussi bien en dedans qu'immédiatement en dehors de la papille, comme aussi dans une grande partie du fond de l'œil; et ici les pulsations sont particulièrement remarquables dans les petites artères. Ce phénomène se traduit par une dilatation forte, très-rapide, isochrone, en rapport avec le calibre de toutes les artères et qui est un peu postérieure à la diastole radiale; dans les plus grandes dilatations, les vaisseaux s'arrêtaient quelques instants, en présentant de légères vibrations apparentes et un tremblottement de leurs limites latérales (c'est-àdire des colonnes sanguines rouges). Après quoi survenait une diminution successive, isochrone et uniforme du diamètre de toutes les artères. Immédiatement après, c'est-à-dire sans pause intermédiaire, se reproduisait avec rapidité la dilatation suivante. Après un certain nombre de mois, ces pulsations disparurent complètement, et on ne pouvait les faire reparaître qu'artificiellement en exerçant une pression sur la partie externe de l'œil.
PL XI. Fig. 53 et 54.
Excavation glaucomateuse du nerf optique.
K. K. , servante, âgée de 39 ans, non-vaccinée, a eu la rougeole à 7 ans, la petite vérole à 8 , et l'urticaire à différentes reprises. Depuis sa troisième année, elle souffrit dans la région frontale de maux de tête qui se présentaient ordinairement tous les huit ou quinze jours, duraient toute la journée, mais disparaissaient pendant le sommeil de la nuit. Ces douleurs se faisaient sentir aussi de la manière habituelle, pendant que durait le mal d'3'eux qui sera décrit plus loin. Depuis l'âge de 6 ans, à la suite d'une chute dans un escalier, la malade a une hernie inguinale droite, qui, depuis 5 ans, à la suite d'une nouvelle chute violente, fait une saillie très-forte. Ses règles s'établirent seulement à l'âge de 22 ans, mais elles sont restées jusqu'à présent tout à fait normales. A 27 ans, K. eut le typhus et passa huit mois à l'hôpital; huit mois après sa guérison, elle vint de nouveau à l'hospice pour une hydropisie générale et y resta quatre mois. Deux mois après, elle eut la gale, et enfin deux ans plus tard, elle fut sérieusement atteinte du choléra.
!) Voy. : Ueber die sichtlichen Blulbewegungen im menschl. Atige (Zeitschr. d. Wien. nied. Fac, 15. Janv. 1854); Ueber Glaueom etc. (Zeitschr. d. k. k. Gesellsch. d.Aerzte zuWieu Nr. 30 et 31, 1858 et Wien. med. Wochensehr., Nr. 9, 1859).
Ses yeux avaient toujours été bons et sa vue résistante de près comme de loin, lorsque, il y a deux ans, pendant la soirée, la malade remarqua tout à coup avec l'œil gauche un cercle qui entourait la flamme et qui présentait les couleurs de l'arcen-ciel; ce cercle n'entourait pas immédiatement la flamme, mais se trouvait à une certaine distance. Depuis ce temps, ce phénomène se renouvela souvent, mais toujours le soir et à la lumière artificielle ; •' ne survenait pas dans la journée, et, en outre, la vue était bonne et précise.
Pendant un an environ s'étaient monk.es ces cercles colorés, lorsque peu à peu cet œil gauche — seulement aussi le soir et à la lumière artificielle — se couvrit d'un nuage blanchâtre qui voilait uniformément tous les objets, et dont l'épaisseur ne restait pas tous les jours la même. Le nuage était-il plus épais, ou bien la malade avait-elle fortement appliqué ses yeux, qu'aussitôt cet œil gauche éprouvait un sentiment de pression et de pesanteur, et ressentait des élancements qui rayonnaient dans différentes directions. Ces symptômes augmentèrent progressivement et constamment d'intensité les mois suivants, tandis que l'œil droit restait parfaitement sain.
Il y a 8 semaines, la malade avait travaillé tout le jour dans un fort courantd'air et baissée pour lessiver du linge dans l'eau froide , lorsque, vers le soir, elle sentit, tout à coup, une douleur gravative dans les deux yeux. En quittant sa position penchée et en redressant la tête, elle remarqua qu'elle y voyait mal des deux yeux et qu'un nuage blanc couvrait uniformément tous les objets. Le lendemain, ce nuage était plus faible, mais il devint de nouveau plus épais les jours suivants et cela aussi bien le jour qu'à la lumière artificielle. Peu à peu il augmenta, actuellement la malade ne peut plus lire que le n» 16 à 8 pouces. Avec l'œil gauche, elle ne reconnaît plus que les plus gros objets, comme, par exemple, la main, et encore d'une manière confuse; par contre, elle ne peut plus compter les doigts et se conduire seule dans la rue. Pendant ces huit semaines il ne survint pas d'autres phénomènes et elle ne ressentit plus de douleur.
La tension est normale dans l'œil droit , elle a un peu diminué dans l'œil gauche.
Des deux côtés, la conjonctive bulbaire est normale, sauf qu'on y aperçoit quelques vaisseaux allongés de couleur foncée et situés profondément. Les cornées seraient transparentes, si ce n'était du côté gauche une petite opacité qui existe depuis la jeunesse; la chambre antérieure est, des deux côtés, plus petite, moins profonde; les pupilles — surtout la gauche -- sont larges et immobiles; pourtant les iris n'ont pas notablement changé de couleur.
L'examen ophthalmoscopique de l'œil droit montre les milieux transparents, et une disposition dioptrique pour les rayons parallèles; à gauche (également V. oo) on voit de légères opacités et facettes sur la cornée, un point pigmentaire brunjaunâtre vers la partie interne du champ pupillaire sur la capsule antérieure, mais, du reste, les milieux sont transparents, et le fond des deux yeux, et surtout celui de l'œil droit, présente des altérations suivantes.
En adaptant exactement l'œil examinateur pour le plan des cuisseaux rétiniens, le fond de l'œil (fig. 53, œil droit) se montre d'un jaune-rouge normal et grenu dans la plus grande partie de son étendue, mais, dans le plus proche voisinage du nerf optique, il est coloré en jaune-clair. Cette place claire, qui entoure le nerf optique comme un anneau, est nettement limitée en dedans par le contour externe du nerf optique; à sa circonférence externe, elle a une forme irrégulière, mal délimitée, ex cepté en deux endroits, vers la macula et vers la partie inféro-interne, où des bords pigmentaires choroïdiens extrêmement faibles forment les lignes de démarcation.
Cette place claire, l'auréole dv nerf optique glaucomatevx est d'un jaune-clan- tout près du nerf optique, uniformément colorée, c'est-à-dire non grenue et bien éclairée; mais, vers la périphérie elle devient de plus en plus jaune-rougeâtre, prend une couleur plus accentuée, et des granulations plus nettes et plus serrées s'}' répandent uniformément; elle y est aussi moins éclairée. En dehors de ce cercle, près de son bord externe, vers la macula, se trouvent deux petites taches ovales, mal délimitées, finement granulées et de couleur jaunâtre.
Le nerf optique lui-même paraît nettement limité et, par places, son contour est foncé; il est un peu irrégulièrement ovale et ses diamètres sont normaux. Il est très-profondément exeavé dans toute sa surface, plus foncé dans ses parties périphériques, coloré en gris-verdâtre dans ses parties» moyennes, et ça et là parsemé de différentes taches extrêmement fines à contours mal déterminés; on ne voit pas même de trace de l'anneau du tissu cellulaire.
Le nerf optique a, en outre, un aspect des plus caractéristiques; en effet, il présente en apparence une saillie cystiforme; il est clairet transparent comme le verre, et si on exécute de légers mouvements avec l'ophthalmoscope, il paraît irrégulièrement et alternativement éclairé et coloré, comme s'il se faisait à sa surface des mouvements ondulatoires.
Dans la région du nerf optique on remarque en outre (après avoir, comme il a été dit plus haut, disposé son œil pour le plan des vaisseaux rétiniens) dans la profondeur, c'est à-dire au fond de l'excavation, un peu en dedans et en bas de la partie centrale, une tache, ovale faiblement rougeâtre avec des contours mal dessinés; de la partie supérieure et inférieure de cette tache partent deux stries rubanées de même couleur, qui arrivent jusqu'à la périphérie du nerf optique; on voit encore une strie un peu plus sombre, mais beaucoup plus fine, qui se dirige vers le bord externe du nerf optique.
Les vaisseaux rétiniens présentent partout une distribution et un mode de ramification normaux, leur trajet, leur diamètre, leur couleur et leurs contours sont aussi normaux, excepté sur le bord du nerf optique; là, ces vaisseaux deviennent manifesstement plus foncés, perdent leur milieu clair, se replient en coude ou en petit arc sur le bord du nerf optique, à l'entrée de l'excavation, et paraissent se terminer tout d'un coup, les uns par un bord arrondi, les autres par un renflement nodiforme ou par une extrémité légèrement pointue.
Si maintenant on accomode bien son œil, à l'inverse de ce qui a été fait jusqu'à présent, pour une plus grande distance, c'est-à-dire pour le fond de l'excavation du nerf optique, et qu'on regarde (en conservant cette disposition et sans changer l'accommodation) le fond de l'œil, celui-ci offre alors un changement d'aspect remarquable.
Le fond de l'œil (fig. 54, côté droit) est à présent, en général, coloré en jaune rouge plus foncé et uniforme, sans laisser voir aucune granulation; le cercle jaunâtre paraît moins éclairé, entouré de contours indistincts et sans bord pigmentaire ; tous les vaisseaux rétiniens ont une couleur plus foncée, ne sont pas distincts, n'ont point, de limite nette ni de milieu clair, d'où leur aspect rubané sans contours. D'une couleur griseverdâtre moins prononcée qu'auparavant, le nerf optique est un peu moins éclairé et à sa périphérie il est nettement limité par une ligne foncée (le bord angulaire qui limite le fond de l'excavation); dans l'étendue du nerf, le système vasculaire central présente une position, une distribution et. une couleur normales; il est nettement indiqué et limité en majeure partie par une ligne sombre. Les troncs et rameaux de ce système se portent vers les vaisseaux qui sont situés dans le plan rétinien et qui arrivent jusqu'au bord du nerf optique, et c'est avec eux que, changeant de couleur et sous des angles beaucoup moins aigus, ils paraissent se réunir, soit en
partie, soit complètement (c'est-à-dire suivant toute leur largeur), soit enfin par le moyen de parties intermédiaires placées obliquement.
Enfin si, faisant varier successivement l'adaptation de l'œil, et examinant de côté, on poursuit le trajet des différents vaisseaux depuis la rétine jusque sur les parois de l'excavation, on se convaincra que, sans être interrompus, sans changer de calibre ou de couleur, et seulement par suite d'un changement de direction en rapport avec l'excavation, ils passent de la rétine au fond de l'excavation, pour sortir ensuite de l'œil, à travers la lame criblée, de la manière ordinaire. On se convaincra aussi de cette manière, (comme, du reste, en observant le déplacement parallactique considérable des différentes parties de l'image les unes sur les autres), que l'excavation existante est très-prononcée, qu'elle présente des parois abruptes et un peu bombées en dehors, un fond concave, des diamètres plus grands dans les parties moyennes qu'à l'entrée et au fond, et qu'elle ressemble, pour la forme, à un segment de sphère.
PL XL Fig. 55.
Excavation glau comateuse du nerf optique.
M. H., servante, âgée de 28 ans, ne paraît avoir été jamais sérieusement malade; cependant, de 3 à 9 ans, elle eut une fièvre intermittente (quarte) qui revenait à chaque printemps et durait de G et même jusqu'à 9 mois.
Les règles ne s'établirent qu'à l'âge de 24 ans; et depuis cette époque jusqu'à présent elles ne sont venues que tous les 2, 3 ou même 5 mois, et encore en petite quantité et formées d'un sang pâle.
Dès sa jeunesse, la malade était myope, mais elle avait toujours bien vu et ne fut donc pas peu surprise, quand, il y a 7 ans, à l'occasion d'une éclipse de soleil, s'étant bouché l'œil droit, pour regarder le, soleil avec le gauche à travers un verre fumé, elle s'aperçut alors qu'avec cet œil — le gauche — elle ne pouvait voir que très-peu et seulement les objets placés en bas et de côté. Cette mauvaise vue de l'œil gauche empira peu à peu, mais constamment pendant les deux années suivantes, sans que pourtant d'antres phénomènes morbides se fussent développés. Il y a 5 ans, un jour qu'elle faisait la cuisine et la lessive, elle eut très chaud, et, trempée de sueur, elle alla dans la cour, par un air très-frais, pour puiser de l'eau; lorsqu'elle sentit un frisson et remarqua que la sueur disparaissait rapidement. Dans la nuit suivante elle eut un mal de tête qui augmenta pendant trois jours et ne diminua que la quatrième nuit; puis dans l'espace de quelques heures, elle devint complètement aveugle, des deux yeux au point de ne pouvoir plus distinguer ni le jour, ni la nuit. Cette cécité a duré 24 heures et sans qu'il fut survenu aucun antre phénomène morbide, en quelques heures la vue se rétablit en partie d'un côté. Elle est restée même au degré qu'elle est actuellement, et cela sans changer depuis 5 ans.
Mais depuis cette époque, une douleur lancinante s'est déclarée dans les deux yeux, et, pendant ces cinq années, elle est revenue régulièrement tous les jours, habituellement après minuit, au plus tard de G à 7 heures du matin, et pour durer une heure entière.
Dans leur aspect extérieur, les yeux ne présentent aucun phénomène morbide important; seulement les pupilles sont un peu dilatées et très-lentes à réagir aux changements de lumière, cependant elles se laissent dilater ad maximum par l'atropine. Les globes oculaires sont plus durs qu'à l'état normal, le droit plus que le gauche. Quand l'œil gauche veut fixer, il se dirige excentriqiiement en bas et en dedans. On ne trouve dans cet œil qu'une partie de la rétine qui soit encore sensible, partie située en dedans et en bas de la macula : la macula elle-même ne perçoit aucune lumière. Avec cette partie sensible, les doigts tenus à quelques pouces de distance ne peuvent plus être aperçus qu'avec de sombres contours, car un nuage gris épais est répandu sur toute la partie restante du champ visuel. L'œil droit présente également un rétrécissement manifeste du champ visuel, il est recouvert aussi uniformément d'un épais nuage de couleur grise, et la rétine n'est plus sensible que dans une portion située en dehors et au dessus de la macula. Cette partie est suffisante pour permettre à la malade de lire, à la lumière du jour, le n» 20, à 8 pouces de distance.
A l'examen ophthalmoscopique, les milieux se montrent transparents, et les deux yeux disposés pour les rayons incidents divergents — la disposition de l'œil droit est V. — 1 2, celle de l'œil gauche = V. — 15. Dans le fond de l'œil se trouvent, de chaque côté, des altérations analogues, mais plus prononcées à gauche.
Le fond de l'œil (/anche (fig. 55) offre, en général, dans l'étendue de l'expansion choroïdienne, le grenu et la couleur jaune rouge normaux. Autour du nerf optique, au contraire, ,,1'auréole glaucomateuse du nerf" ressort avec une netteté remarquable par sa couleur claire et son vif éclat. Ce cercle a, en général, mais surtout en haut et en dedans, une faible largeur; dans sa partie interne, c'est-à-dire dans la direction du nerf optique, il est bien limité d'un blanc-jaune clair, sans granulations apparentes ; mais vers la périphérie il devient de plus en plus jaune-rouge, faiblement granulé et se confond ainsi peu à peu sans délimitation évidente avec le fond de l'œil normal. En bas et en dedans, dans ses parties périphériques, se trouve de faibles stries de pigment choroïdien.
Le nerf optique a une forme arrondie, un diamètre un peu plus petit que d'habitude; à sa périphérie on ne peut, en aucun point, reconnaître l'anneau du tissu cellulaire et toute sa surface est fortement excavée. Il est séparé de son auréole jaunâtre par une ligne nette, dans sa partie mojrenne il est d'un blanc-verdâtre, mais à la périphérie, surtout en dehors, il présente des taches et une coloration de plus en plus vert-foncée.
Pendant les mouvements légers de l'oplitlialmoscope, il montre une coloration et un éclairage irréguliers et variables; il procure donc l'impression que donnerait toute sa surface bombée à la manière d'une vessie et toute son extrémité intrà-oculaire formée d'une substance fort transparente et réfléchissant fortement la lumière.
Dans la profondeur on voit (en adaptant son œil pour le plan de la rétine) des vaisseaux rabanes légèrement rougeâtres, un peu effacés (sans contours et comme couverts d'un nuage grisâtre), et en outre, en haut et en dedans, un vaisseau épais, fortement tordu , en bas et en dedans, un vaisseau plus mince qui se ramifie ; ces vaisseaux, vu leur position , leur trajet et leurs ramifications ne paraissent point être en rapport avec le développement du système vasculaire central, dans l'étendue de l'extrémité terminale du nerf optique, et en ce qui concerne leur diamètre et leur trajet, ils ne paraissent point non plus appartenir aux vaisseaux rétiniens qui se rendent au bord du nerf optique, avec lesquels ils ne sont, en aucun point, en communication directe.
Les vaisseaux rétiniens se répandent normalement dans le fond de l'œil, et les veines seulement ont un trajet un peu plus tortueux; ces vaisseaux arrivent ainsi régulièrement dans le plan rétinien au bord du nerf optique et là, plus foncés en couleur, sans contours et avec un diamètre en apparence plus grand, ils se recourbent
soit en arc dans l'excavation, ou, comme coupés obliquement, ils paraissent se terminer tout d'un coup. Le déplacement parallactique qui s'opère entre les vaisseaux rétiniens arrivant au bord du nerf optique d'une part, et ceux qu'on voit dans le tond de l'excavation d'autre part, est très remarquable pendant les mouvements latéraux de l'oeil ; la différence notable qu'il faut produire dans l'adaptation de l'œil examinateur, pour distinguer successivement les vaisseaux rétiniens du bord de l'excavation, et ceux du fond de cette dernière, prouve également que cette excavation est très-profonde.
Si en modifiant, comme il convient, l'adaptation de l'œil examinateur, on parcourt avec attention, dans tous les sens, la paroi interne de l'excavation, et si, du fond de l'excavation, on remonte successivement jusqu'au plan rétinien interne placé normalement, c'est à-dire jusqu'au bord de l'excavation et jusqu'au niveau du cercle glaucomateux, l'aspect des vaisseaux en dedans du nerf optique cesse peu à peu de paraître étrange.
Le plus gros vaisseau, fortement sinueux, pénètre davantage vers le milieu du nerf: on y peut reconnaître la veine principale qui fournit une branche supérieure et une inférieure; sa partie moyenne qui se porte en haut et en dedans sous forme de pointe arrondie, n'est pas autre chose que le tronc principal commun, qui pénètre à travers la lame criblée. Dans la partie interne viennent peu à peu se placer des troncs artériels principaux encore invisibles jusqu'alors, et les petits vaisseaux de la partie interne de l'excavation pénètrent dans le milieu et dans la partie inféro-externe du nerf optique. La disproportion apparente qui existe entre les vaisseaux rétiniens et les plus gros vaisseaux du nerf optique s'explique maintenant, car on voit ces derniers se ramifier en montant le long des parois latérales de l'excavation; on acquiert ainsi la conviction que tous les vaisseaux rétiniens, sauf la déviation qu'ils éprouvent à cause de l'excavation, se continuent normalement avec les vaisseaux centraux du nerf optique; en aucun point ils n'éprouvent ni dilatation, ni interruption anormales et n'affectent pas des rapports irréguliers.
D'un autre côté, cet examen ophthalnioscopique prouve aussi que dans les différents points les parois de l'excavation ne s'élèvent pas de la même manière. La paroi externe forme un angle obtus avec le fond de l'excavation; oblique par rapport à la position normale de l'axe du nerf optique, elle s'élève sur le fond d'arrière en avant et de dedans en dehors jusqu'au bord de l'excavation (au niveau du plan rétinien). Il en résulte aussi que la partie marginale inférieure du fond de l'excavation, qui décrit un arc plus petit que celui de l'entrée de l'excavation, est nettement visible à l'intérieur de cette dernière.
La paroi inféro -interne de l'excavation, au contraire, fait, avec le fond de l'excavation, un angle aigu; elle s'élève jusqu'au bord de l'excavation dans une direction oblique (comme la paroi externe) c'est-à-dire d'arrière en avant et de dedans en dehors, et elle est ainsi fortement excavée en dedans (vers l'axe du nerf optique). La partie marginale inféro-interne du fond de l'excavation ne peut donc pas être, aperçue à l'intérieur de cette dernière, en regardant exactement son ouverture; elle est cachée en dedans derrière le bord correspondant de l'entrée de l'excavation.
Enfin la paroi supéro-interne de l'excavation s'élève du fond au bord de celle-ci dans une direction oblique de dedans en dehors et de haut en bas, et est ainsi fortement bombée (concave vers l'axe du nerf optique) en dehors. La ligne de démarcation qui la sépare du fond est reculée en dedans et en haut derrière le bord de l'entrée de l'excavation, et n'est donc pas non plus visible.
Dans son ensemble, l'excavation qui possède une profondeur notable et une forme presque cylindrique, est donc placée obliquement relativement au plan d'ouverture et en même temps son grand axe est dirigé obliquement d'arrière en avant et de dedans en dehors.
PL XI. Fig. 56.
GUOSSISSEMENT 7.
Excavation glaucomateuse du nerf optique.
J. B., femme de memisier, âgée de 63 ans, de petite taille corpulente, depuis sa jeunesse jusqu'à sa 1H™* année, eut, au cou et au bord des paupières des affections glandulaires tantôt intenses tantôt faibles, ainsi que de fréquentes ophthalmies pustulantes; quand les règles arrivèrent, dans sa 18nie année ces symptômes morbides disparurent.
Elle a eu six enfants; deux sont encore vivants, quatre sont morts dans leur première enfance.
A 44 ans, elle eut une. pneumonie par refroidissement. A 48 ans ses règles cessèrent; à partir de cette époque, pendant des années, survinrent des congestions, du délire, des difficultés dans la digestion, de la constipation; ces phénomènes disparurent enfin peu à peu, excepté la constipation qui, en se prolongeant, produisit toujours des maux de tête.
Malgré quelques opacités cornécnnes — restes des ophtbalmies pustuleuses de l'enfance — cette femme n'eut pourtant jamais à se plaindre de ses yeux, puisque la vue suffisait à ses occupations, même pour des coutures fines sur blanc. Dans sa 60me année, ayant eu très-chaud et s'étant refroidie brusquemeut, elle eut un violent mal de tête du côté droit, avec phénomènes fébriles, pendant lesquels elle passa dans son lit plusieurs jours sans dormir et avec sensibilité à la lumière. On ne demanda pas l'assistance du médecin. Lorsque les phénomènes perdirent de leur intensité, et que la malade quitta le lit, elle remarqua qu'elle était aveugle de l'œil droit. Les remèdes qu'elle employa sans l'avis du médecin, demeurèrent sans effet au point de vue de la faculté visuelle; les autres phénomènes morbides disparurent pourtant entièrement dans l'espace de plusieurs mois.
Actuellement, trois ans plus tard, le mauvais état de la vue, qui survint progressivement sur l'œil gauche, obligea la malade à prendre l'avis du médecin. Avec son œil gauche, le meilleur et faiblement myope (V. — 65), elle lit encore le n» 8 à 6 pouces de distance, au moyen du verre convexe 11. L'œil droit, complètement aveugle, n'offre rien de bien anormal dans ses parties extérieures; cependant en y regardant de plus près, la chambre antérieure parait un peu diminuée, la pupille est large, immobile, et seulement un peu contractile, lorsqu'on ouvre l'autre œil ; mais l'atropine la dilate ad maximum et l'on voit la périphérie du cristallin troublée par des stries corticales cataracteuses. La pression intrà-oculaire est un peu augmentée sur cet œil. Au moyen de l'ophtlialmoscope, on trouve le corps vitré transparent, l'œil disposé pour les rayons divergents (V. — 50) et l'image suivante du fond de l'œil.
La couleur du fond de l'œil (fig. 56, œil droit) est normalement jaune-rouge, dans l'étendue de l'expansion choroïdienne; le grenu est également normal, excepté au voisinage immédiat du nerf optique, où ce dernier est, dans toute sa circonférence, entouré d'un cercle clair très-étroit — l'auréole glaucomateuse du nerf optique.
Immédiatement en dehors du nerf optique, cette auréole, dans une très- faible largeur (à peine la largeur d'une ligne) est d'un blanc-jaune clair et non granulé;
vers la périphérie cependant, il est de plus en plus granulé et d'un jaune -rouge de plus en plus foncé; de cette manière il passe rapidement et progressivement à la couleur normale du fond de l'œil. Cette couleur marginale claire, diminuant rapidement en allant du nerf optique vers la périphérie, fait naître (par l'effet du contraste) l'impression suivante: on dirait que l'extrémité intrà-oculaire du nerf optique est placée immédiatement au devant d'une flamme, de telle manière que la flamme ellemême soit entièrement recouverte par le nerf optique, et que les rayons lumineux, au contraire, derrière la périphérie du nerf optique jaillissent en rayonnant sur les côtés. Cela ressemble à une éclipse solaire centrale , où une couronne brillante de rayons lumineux entoure le disque de la lune.
Le nerf optique, de grandeur normale, mais de forme irrégulièrement ovale, peu éclairé et d'une couleur plus foncée à la périphérie, est, tout autour, nettement délilimité, en majeure partie, comme par une ligne foncée presque noirâtre, il a un aspect ampullaire, et est profondément excavé dans toute son étendue. Il est blanc-jaunâtre au milieu, vers la périphérie il devient de plus en plus bleu-verdâtre, et il présente des taches bleu-verdâtres foncées, irrégulièrement allongées, qui sont pour la plupart placées eoneentriquement suivant leur axe longitudinal. Il n'y a pas trace d'anneau de tissu cellulaire.
Dans la moitié interne du nerf optique, on voit les troncs principaux artériels et veineux qui se distribuent en haut et en bas, dans la position anormale qu'ils occupent à l'égard du trajet des vaisseaux rétiniens auquel ils ne répondent pas et qui sont comme poussés de côté, ils se montrent avec l'aspect de stries rubanées faiblement rougeâtres, en outre, les artères se distinguent nettement des veines par leur couleur plus claire. Dans la partie inféro-externe du nerf optique se trouve un petit rameau veineux indiqué par une ligne faiblement rougeâtre.
Le système vasculaire de la rétine, en ce qui concerne son étendue, sa distribution, ses couleurs, ses contours et ses diamètres, se montre partout normal; tous les vaisseaux marchent dans le même plan, jusqu'au bord du nerf optique, ou, devenant plus foncés (en perdant leurs milieux clairs), ils ressortent, dans toute leur largeur, sur le bord d'entrée de l'excavation, et se replient alors sous un angle plus ou moins obtus vers le fond de cette dernière. Les portions de vaisseaux qui font saillie sur le bord semblent dilatés en forme de massue ou terminés brusquement comme s'ils étaient coupés.
En adaptant parfaitement son œil, d'une manière successive, pour le plan rétinien, et pour le fond de l'excavation ; et de plus en observant dans les deux yeux le déplacement parallactique considérable des vaisseaux pendant les mouvements de l'œil examiné, non-seulement on se convaincra facilement que, comme il a été déjà dit, le nerf optique n'est pas dilaté en ampoule, mais qu'il est, au contraire, trèsmanifestement excavé: on constate aussi que c'est de là seulement que dépend le trajet anormal apparent des vaisseaux de la papille; d'où il résulte qu'en réalité les vaisseaux du nerf optique se ramifient dans une direction tout à fait normale, et qu'ils se continuent avec les vaisseaux rétiniens précisément par une courbure qui correspond à l'excavation.
L'œil gauche présente de faibles traces d'excavation glaucomateuse en voie de développement, et rcconnaissable seulement à un examen très attentif.
PI. XII. - Fig. 57.
Excavation glaucoviatev.se du nerf optique.
H. S., employé, âgé de 58 ans, a. toujours été bien portant dans sa jeunesse; pourtant sa vie sédentaire lui donne, depuis plus de 30 ans déjà, des selles paresseuses et des troubles digestifs, et depuis 15 ans, de légères hémorrhoïdes.
Le malade a toujours bien vu de près comme de loin; pendant des années il a travaillé tout le jour, bien souvent aussi jusqu'à une heure avancée de la nuit, à des écritures, sans avoir jamais à se plaindre de ses yeux, sans même jamais éprouver de fatigue sérieuse. 11 y a 12 ans qu'il commença à porter des verres convexes 30, pour les remplacer, il y a 8 ans, par des verres 26: depuis 4 ans il porte -f- 20.
Il y a 7 ans, après une très-violente émotion, il éprouva un fort mal de tête qui revint depuis presque toutes les semaines, mais surtout après les émotions, les agitations morales ou des fatigues physiques , et qui durait 6 ou 8 heures pour disparaître habituellement pendant la nuit. Les premières années, cette douleur avait sa plus grande intensité sur le sommet de la tête, et maintenant, après 5 ans, elle se fait sentir encore plus fort dans la région frontale, d'où elle descend jusqu'au dessous du sourcil droit: depuis cette époque, le malade s'aperçoit aussi d'une diminution successive de la faculté visuelle de l'œil droit. Ce dernier rougit habituellement un peu pendant la douleur, et devient aussi un peu sensible au jour et à la pression : ces phénomènes disparaissent pourtant toujours, lorsque la douleur a cessé. Après chaque mal de tête, le malade croit avoir remarqué que sa vue, si peu que ce soit, a faibli, et maintenant, malgré l'emploi de nombreux moyens, il est, depuis 1 an '/,, aveugle de cet œil (le droit) qui ne possède plus que la perception de la lumière quantitative.
Avec l'œil gauche, légèrement presbyte, mais du reste parfaitement sain, le n» 1 est lu actuellement de 7 à 12 pouces de distance au moyen du verre convexe 20; son point remnium = V. — 90.
L'œil droit ne présente pas non plus à l'extérieur de phénomènes morbides, si ce n'est que la pupille est un peu plus grande que celle du côté gauche et qu'elle est un peu moins mobile; au moyen de l'atropine elle se dilate pourtant ad, maximum. A l'examen ophthalmoscopique, les milieux se montrent parfaitement transparents, mais à la lumière du jour ils réfléchissent davantage la lumière et présentent un trouble légèrement verdâtre. Il n'est pas démontré que la pression intrà-oculaire soit plus forte que celle de l'autre côté ou que la pression normale. La disposition dioptrique de cet œil (le point remotum) est = V. oo.
Le fond de l'œil (fi g. 57, œil droit) dans ses parties périphériques est normalement granulé et coloré en jaune-rouge; pourtant, vers le nerf optique, il possède dans une grande étendue, une coloration extrêmement claire. Cette auréole claire, entourant cii'culairement la papille, n'a pas partout la même largeur; elle varie de la moitié à la totalité du diamètre du nerf optique, et c'est vers la macula qu'elle est le plus large. Sa périphérie, en regard du centre, est nettement délimitée par le bord du nerf optique; sa périphérie externe n'a. pas de démarcation nette. A sa surface, qui est, en grande partie, presque uniformément jaunâtre, elle présente partout un granulé extrêmement fin, très-faiblement rougeâtre, et une tache allongée diffuse
qui a précisément la même couleur; à la périphérie externe, le granulé augmente, la coloration devient également plus intense, et elle se confond insensiblement avec la couleur normale du fond de l'œil.
Le nerf optique a une forme arrondie, une grandeur normale, mais un léger aspect ampullaire ; il est nettement délimité; il se montre au centre d'une couleur blanc-jaunâtre, vers la périphérie il est de plus en plus gris-jaune verdâtre, et nulle part il ne laisse distinguer l'anneau du tissu cellulaire.
Près du bord interne du nerf optique (du côté du nez), dans ses parties périphériques , cheminant profondément derrière le plan rétinien , écartés du centre et resserrés dans un petit espace, on voit apparaître les principaux troncs du système vasculaire central; ils sont rubanés, peu distincts, les artères sont d'un jaune-rouge faible, et les veines légèrement rougeâtres. Elles ne concordent pas dans leur trajet avec les vaisseaux rétiniens qui se rendent au bord du nerf optique.
La surface du nerf optique se présente comme concave, refoulée derrière le plan choroïdien , le nerf optique comme profondément excavé dans foute son étendue. Le déplacement parallactique de la rétine sur les vaisseaux du nerf optique, pendant les mouvements de l'œil, est très-considérable.
Les vaisseaux rétiniens sont partout normaux en ce qui concerne leur étendue, leurs ramifications, leur couleur, leur diamètre et leur trajet. Au bord du nerf optique, ils perdent leur milieu clair, et dans ce même point, ils paraissent d'une couleur plus foncée, et semblent se terminer tout d'un coup, tandis qu'en réalité, ils descendent seulement du plan rétinien dans le fond de l'excavation, en formant un coude. Si, pour s'accommoder à la dislance des différentes parties de la surface interne de l'excavalion, on change l'adaptation de son œil, et qu'on poursuive ensuite les vaisseaux des parois de l'excavation jusque sur le bord de cette dernière, on peut constater que ces vaisseaux ont, même dans l'intérieur de l'excavation, une. lumière et une couleur normales, et qu'ils se continuent immédiatement et d'une manière tout à fait normale avec les vaisseaux rétiniens. Aussi les troncs principaux placés d'abord excentriquement paraissent-ils alors refoulés vers le centre du nerf optique, et l'on peut nettement suivre leur passage à travers la lame criblée, qui est maintenant devenue visible.
PL XII. Fig\ 58.
E.vcacation t/tatteomateuse du nerf optique, et atrophie de V épithélium pigmenté de la choroïde. (*)
J. D., commerçant, âgé de 60 ans, vigoureux et d'une grande stature, passablement bien nourri, a toujours joui d'une bonne santé depuis son enfance, et fut corpulent jusqu'il y a 4 ans. Après un typhus survenu à cette époque, et pour lequel il resta couché pendant 2 mois, il a retrouvé sa bonne santé antérieure, mais non son ancien embonpoint.
*) Voy. : BeUrâge zur Pathologie des Auges; Wien 1855, p. 53, pi. XX.
Il y a deux ans, à ce qu'il raconte, il fut atteint d'une maladie fébrile, dont le symptôme prédominant doit avoir été une constipation opiniâtre qui dura 10 jours, et à la suite de laquelle, malgré l'emploi du remède voulu, les masses pierreuses excrémentitielles sortirent avec douleur et difficulté.
En même temps il éprouva aussi des difficultés d'uriner, qui nécessitèrent souvent l'emploi de la sonde, et il souffrit de pertes séminales nocturnes, suivies de violentes douleurs.
Grâce aux soins qu'il reçut, ces souffrances disparurent en grande partie; pourtant depuis cette époque ses digestions restèrent troublées, et souvent H ressentit dans la région frontale un mal de tête qu'on ne pouvait calmer que par des compresses froides.
Contre ces dernières douleurs le malade avait, pendant G mois, employé des bains de siège, lorsque survint dans ses deux yeux une légère inflammation conjonctivale. Forcé alors par un sentiment de démangeaison dans l'angle palpébral, de fermer l'œil gauche, il découvrit qu'avec l'œil droit il ne pouvait plus qu'à peine distinguer de près les plus grands objets. Cette faible faculté visuelle diminua encore constamment les semaines suivantes, et actuellement elle a complètement disparu.
Aujourd'hui les deux yeux sont encore atteints d'une légère inflammation de la conjonctive. L'œil gauche ne présente du reste pas d'autres phénomènes morbides, il est myope (V. — 26), sa faculté visuelle n'a pas sensiblement diminué. Avec cet œil, le n« 1 est lu de y à 10 pieds de distance. Sur l'œil droit les vaisseaux ciliaires antérieurs sont plus fortement développés; la cornée est transparente, la chambre antérieure de grandeur normale, l'iris coloré comme celui de l'autre œil; la pupille est fortement dilatée, parfaitement ronde, mais immobile, sa couleur est matte, grisâtre: la consistance du globe est normale.
L'examen avec l'ophlhalmoscope indique que l'œil est adapté pour les rayons divergents (V. — 38) et que les milieux sont parfaitement transparents; l'intérieur de l'œil est cependant moins éclairé que d'habitude, et le fond de l'œil présente le tableau suivant:
Le nerf optique (fig. 58, œil droit) parait verdâtre dans toute son étendue, manifestement plus clair dans sa partie moyenne et prenant plutôt un ton blanc-jaunâtre; mais à la périphérie, surtout du côté de la macula, il présente une coloration et des taches qui sont de plus en plus verdàtres et foncées; il n'y a non plus aucun indice de l'anneau du tissu cellulaire. Transparent comme il est, et clair — surtout en son milieu — il simule un aspect ampullaire, etsedistinguede l'auréole blanc-jaunâtre qui l'entoure circulairement, de la manière la plus nette, par une ligne très-bien indiquée.
Les vaisseaux centraux et leurs ramifications en dedans du nerf optique paraissent presque complètement repoussés de leur place, et quelques-uns d'entre eux seulement (à la périphérie interne et inférieure) peuvent encore être reconnus avec des contours mal dessinés à leur couleur jaune-rougeâtre. Les vaisseaux centraux, dans l'étendue du reste de la rétine, se montrent partout normaux en ce qui concerne leur étendue, leurs ramifications, leur couleur et leur diamètre: et nulle part ils ne laissent apercevoir d'altérations pathologiques; au contraire, au bord du nerf optique, ils prennent immédiatement une couleur foncée, perdent leur milieu clair, et se courbant rapidement en arrière, ils s'infléchissent vers le fond de l'excavation: puis après un trajet extrêmement court ils disparaissent comme s'ils étaient coupés.
Par contre, en poursuivant exactement les vaisseaux rétiniens pendant leur trajet dans la profondeur du nerf optique, après y avoir adapté l'œil observateur, on se convaincra que: dans toute l'étendue de sa surface, le nerf optique est profondément excavé; que les vaisseaux centraux clans le nerf optique ont une situation,
une ramification et une couleur normales, un diamètre également normal et un trajet qui correspond à la courbure de l'excavation, enfin qu'ils sont en communication directe avec leurs prolongements rétiniens (avec les vaisseaux de la rétine) ; de même que les troncs principaux sortent de l'œil comme d'habitude, exclusivement par le centre de la lame criblée faiblement indiqué ici.
Les déplacements parallactiques du nerf optique et des vaisseaux rétiniens, provoqués par les mouvements latéraux de l'œil examiné, sont très considérables.
L'auréole qui entoure la papille a, immédiatement auprès du nerf optique, une couleur blanc-jaunâtre, et est, en ce point même, vivement éclairée; cependant, en haut et en dehors, sa couleur se confond peu à peu et sans démarcation tranchée avec la couleur rougcâtre du reste du fond de l'œil. A sa surface, elle est recouverte dans certains points de petits amas pigmentaires rouge-brun, et en bas, à la périphérie, mais surtout en dehors, du côté de la macula, elle est bordée de stries et de groupes pigmentaires brun-foncé ressemblant à ceux du staphylôme postérieur.
Le reste du fond de l'œil, presque complètement dépouillé de sa couleur normale et du pigment épithélial de la choroïde, montre la trame vasculaire grossière de la membrane vasculaire, dont les intervalles sont remplis d'une façon remarquable et curieuse par du pigment gris -rouge-brun. Les vaisseaux choroïdicns ont ainsi l'aspect de stries inégalement larges, se divisant plusieurs fois, et communiquant les unes avec les autres; ils s'entrecroisent fréquemment, et sont plus ou moins sinueux ; dans les parties périphériques du fond de l'œil ils sont d'un rouge un peu plus clair, mais au niveau de la macula et dans son voisinage, ils sont d'un rouge foncé, et présentent partout un fin granulé rougeâtre qui, a mesure que la couleur se fonce, devient plus net et plus serré.
PI. XII. Fig. 59.
E.vcacation g km comateuse du nerf optique et staphylôme postérieur.
L. B., femme d'employé, âgée de 46 ans, a toujours été bien portante dans son enfance. Dès l'âge de 12 ans, survinrent de fréquentes congestions vers la tête, des saignements de nez, une excitation générale, un sommeil agité et en même temps des douleurs répétées dans le cou; ces phénomènes disparurent presque complètement avec la 16me année, à l'établissement des règles qui parurent toujours régulièrement jusqu'à il y a 4 ans, attendu que la malade n'eut pas d'enfants.
Dès sa 31me année, elle éprouva des oppressions fréquentes et de nouvelles congestions céphaliques plus fortes; à 33 ans, apparurent, trois ou quatre fois par an, des flux hémorrhoïdaux modérés.
11 y a 4 ans, pendant l'époque des règles, l'écoulement s'arrêta tout à coup à la suite d'une grande frayeur. Il en résulta un violent mal de tête avec malaises, et la malade vit des lueurs et des étincelles de couleurs variées. La vue était, en outre, confuse; les objets paraissaient voilés, comme si des larmes eussent été accumulées dans les fentes palpébralcs ; les yeux ne rougissaient cependant pas, et aucune
douleur ni aucune sensation morbide ne s'y faisait sentir. Au bout de deux jours, ces symptômes diminuèrent dans les yeux et ils disparurent enfin complètement, mais pourtant les règles ne revinrent pas. Depuis cette époque, les congestions eéphaliques devinrent plus fortes et plus fréquentes et souvent elles furent accompagnées de spasmes et d'accès convulsifs.
L. B. avait, dès sa jeunesse, une forte myopie, mais sa vue avait toujours été bonne et continue; jamais elle n'avait porté de lunettes. Une augmentation de la myopie, à l'âge de 15 ans, n'avait pas été reconnue; par contre, il y a un an et demi, en mettant par hasard la main devant l'œil droit, elle remarqua qu'avec l'œil gauche elle n'apercevait plus que les plus grands objets et encore indistinctement.
Malgé les remèdes employés, ce trouble de la vue augmenta dans la suite lentement, mais d'une manière constante, si bien qu'actuellement ce n'est plus qu'à la périphérie du champ visuel, en bas et en dehors, qu'il existe encore une bonne perception lumineuse et une perception confuse des gros objets: les doigts ne peuvent plus être comptés.
En ce qui concerne leur longueur, leur position et leur aspect, les deux yeux indiquent un très-haut degré de myopie. Sur l'œil droit, on n'aperçoit aucun phénomène morbide, et (avec V. — 7) la malade peut lire le n° 1 de 4 à 7 '/, pouces de distance.
Sur l'œil gauche (aveugle), au contraire, la conjonctive est terne et parcourue par une vascularisation anormale (dite abdominale); la cornée est claire, la chambre antérieure un peu étroite; l'iris a une couleur bran-sale foncée; la pupille est un peu plus large, pas tout à fait ronde, immobile pendant les changements de lumière, et pourtant elle se dilate par l'atropine. Les milieux ont une apparence fumée , trouble ; la pression intrà-ocnlaire est un peu augmentée.
Examinés avec l'opfhalmoscope, les milieux se montrent parfaitement transparents, la partie interne de l'œil est un peu moins éclairée que d'habitude et l'œil disposé pour des rayons fortement divergents (V. — 5 '/„). Le fond de l'œil (fig. 59, œil gauche) paraît un peu plus foncé dans la plus grande partie de son étendue; pourtant il est uniformément jaune-rouge et d'un granulé foncé et grossier; le nerf optique est profondément excavé et entouré tout autour d'un cône très-grand, nettement marqué.
Le cône a une forme irrégnlière, allongée ; c'est au dessus et au dessous du nerf optique qu'il est le plus étroit, il a sa plus grande largeur en dedans, où il se termine par une pointe mousse; au côté externe du nerf il est, au contraire, très-étendu, et il s'étend de là en forme de triangle émoussé à plus de =/,, de diamètre du neii optique, vers la macula.
En dedans, où il paraît nettement limité par le bord du nerf optique, ce cône est très-clair tout autour et (comme dans l'auréole glaucomateuse) uniformément coloré en jaune; dans le reste de son étendue, au contraire, il est blanc-jaunâtre, et couvert de taches pigmentaires faiblement rougeâtres, irrégulières, extrêmement ténues; du côté externe, vers le reste, jaune-rougeâtre, du fond de l'œil, il est nettement délimité dans la plus grande partie de son étendue par des agrégats de pigment choroïdiën de grandeur inégale, de couleur rouge-brune foncée, noirâtre dans certains points. A sa surface, non seulement les principaux vaisseaux rétiniens qui le traversent tranchent avec une remarquable netteté, mais encore, dans sa partie externe la plus étendue, on peut voir un plus grand nombre de vaisseaux rétiniens extrêmement fins, nettement dessinés ; de même, différents vaisseaux choroïdiens placés plus profondément, d'une couleur jaune-rougeâtre faible, sont reconnaissables à leurs contours indécis.
Le nerf optique a une forme légèrement ovale, dans le sens de son grand axe vertical; une grandeur normale et un aspect ampullaire peu prononcé; dans sa
partie centrale il est uniformément d'un blanc-jaunâtre clair; dans ses parties périphériques il est de plus en pins jaune-verdâtre ; nettement délimité dans toute sa circonférence, il ne montre nulle part trace de l'anneau du tissu cellulaire. Il semble fortement diaphane dans toute son étendue, et dans les mouvements du miroir la couleur et l'éclairage paraissent changer, comme miroiter. Si on observe le fond des vaisseaux centraux, ils semblent un peu moins nets, comme couverts d'un voile, d'une couleur rougeâtre, sans contours précis et d'un aspect rubané; à leur origine et dans le reste de leur trajet, ils paraissent ne s'éloigner que fort peu de leur position ordinaire, et leur mode de, ramification paraît normal; mais au bord du nerf optique, on dirait qu'ils ne concordent pas avec les extrémités des vaisseaux rétiniens, qu'ils ne s'unissent pas directement avec eux, ce qui fait qu'il y a dans leur trajet l'apparence d'une interruption.
Les vaisseaux rétiniens montrent une étendue, une distribution, une couleur et un volume normaux; ils marchent invariablement dans le plan de la rétine, franchissent le cône pour arriver au bord du nerf optique, où précisément ils sont plus foncés sans milieu clair, et où, formant un coude ou une courbure plus grande, ils s'infléchissent dans le fond du nerf optique, et paraissent se terminer en partie par un renflement, en partie comme s'ils étaient coupés.
Pendant les mouvements latéraux de l'œil examiné, les vaisseaux du nerf optique exécutent, vis-à-vis des vaisseaux rétiniens, des mouvements parallactiques très-considérables.
Si, en adaptant, comme il convient, son accommodation, et en se plaçant de côté, on regarde dans l'excavation, on voit sur les parois de cette dernière les traits-d'union qui relient les vaisseaux rétiniens à ceux du nerf optique, et on peut poursuivre les différents vaisseaux, depuis la rétine jusqu'au fond de l'excavation, dans leur trajet moulé sur l'excavation du nerf; dans le fond ils se portent un peu plus vers le centre et quittent l'œil, en traversant le porus du nerf optique. Leur largeur et leur couleur restent toujours normales.
Le fond de l'œil droit ne montre rien de morbide; seulement le nerf optique est entouré d'un cône semblable à celui de l'œil gauche.
PI. XI. Fig. 60.
Excavation congénitale et glaitcomatevse du nerf optique.
M. St., journalier, âgé de 55 ans, a eu dans sa jeunesse des saignements de nez répétés, et à 28 ans, une fièvre intermittente qui dura longtemps. A 14 ans, il reçut un coup, et, il y a cinq ans, une poutre lui tomba sur la tête; il en résulta des blessures qui n'étaient pas sans importance, mais qui pourtant guérirent rapidement et sans suites fâcheuses immédiates.
Dans l'enfance, les cheveux étaient d'un blond filasse, mais à 22 ans, ils étaient devenus brun-foncés.
M. St. dit avoir toujours bieii vu, de près comme de loin, et n'avoir jamais eu à se plaindre de ses yeux.
Il y a sept mois, il éprouva sans cause connue, surtout clans la région frontale, un violent mal de tête qui dura huit jours, avec des éblouissements dans les deux yeux. Ces smyptômes eurent bientôt disparu pour ne plus revenir jusqu'à ce jour; pourtant, à partir de ce moment, il éprouva une diminution constante et si rapide clans la faculté visuelle qu'actuellement, avec l'œil gauche, il ne peut plus distinguer le jour de la nuit, et, qu'avec l'œil droit, il ne peut reconnaître que les doigts à la lumière solaire.
Les yeux ne montrent, dans leurs parties extérieures, aucune particularité morbide. La chambre antérieure et la pupille ont, de chaque côté, leur grandeur normale, et les iris, qui se contractent lentement, sont d'une couleur bleue; la pression intràoculaire est augmentée, surtout du côté droit.
Au moyen de l'ophthalmoscope, on trouve les milieux parfaitement transparents; la disposition dioptriquede l'œil droit = V. -f- 90; celle de l'œil gauche = V. -\- 75, et l'on constate au fond de l'œil, clans l'étendue et dans le voisinage du nerf optique, les altérations suivantes, un peu plus développées du côté gauche.
Le fond de l'œil gauche (fig. 60) est en majeure partie normalement granulé et jaune-rouge ; et pourtant, autour du nerf optique se voit une auréole qui l'entoure complètement, est d'une couleur claire, vivement éclairée, et dépourvu du granulé normal. En dedans et au dessous du nerf optique, cette auréole n'a qu'une faible largeur; au dessus et surtout en dehors de la circonférence du nerf optique, elle possède une plus grande étendue, ainsi qu'une faible pigmentation.
Endedans, elle est nettement limitée parle nerf optique; àsa périphérie externe elle n'a de délimitation nette que vers la macula. C'est immédiatement auprès du nerf optique que cette auréole est le plus claire, et là même elle paraît blanc-jaunâtre; vers la périphérie, elle devient de plus en plus jaune-rougeâtre, et en dedans et en bas. cette coloration se confond rapidement et sans limite distincte avec la coloration normale du fond de l'œil. A la partie supérieure, et un peu en dedans de la circonférence du nerf optique, il y a à la surface de l'auréole des agrégats pigmentaires d'un rouge-brun foncé; à la circonférence externe du nerf optique sont accumulées des masses et des bordures semblables, et non-seulement sur le bord de l'auréole, mais aussi à une petite distance de cette dernière sur le fond de l'œil, d'un jaune-rouge normal.
La papille, irrégulière, de forme légèrement ovale, et par son grand axe un peu oblique de bas en haut et de dedans en dehors, a des diamètres de grandeur normale mais, nulle part non plus, elle ne montre trace de l'anneau du tissu cellulaire. Dans ses parties périphériques, elle est peu éclairée et d'une couleur grisrouge- verdâtre ; dans le milieu, au contraire, elle est vivement éclairée, d'un blancjaunâtre mélangé d'une faible coloration bleu- grisâtre. Cette partie circulaire, foncée et périphérique du nerf optique est plus étroite en dehors, plus large en dedans, c'est à-dire vers le nez; elle a ici y's, là i/4 de la largeur du diamètre du nerf optique: vers le bord du nerf optique elle est plus foncée, et là même elle se confond peu à peu avec le bord net et foncé du nerf optique; vers le centre, elle est un peu plus claire, et vers la partie blanche et moyenne du nerf optique, elle est moins nettement délimitée (sans contour sombre); mais pourtant elle est rendue distincte par la différence de couleur et d'éclairage. La surface de cette partie annulaire du nerf optique est notablement reculée en arrière du plan rétinien, le nerf optique présente ici, comme dans les cas précédemment (fig. 52 à 59) décrits, une excavation avec des parois ascendantes concaves. La partie moyenne claire et ovale du nerf est, en général, dans toute son étendue, d'une couleur assez uniforme ; cependant, eu égard à la présence des mailles de la lame criblée, elle est munie de petites
taches allongées, mal délimitées et d'une faible couleur bleu-grisâtre. La surface de cette partie moyenne claire, avec sa courbure fortement concave, est encore plus reculée en arriére du plan rétinien que la partie annulaire; ici encore le nerf optique est plus profondément excavé, et en forme de segment de sphère.
Le nerf optique possède donc, à sa surface, une double excavation : premièrement une excavation totale qui arrive jusqu'à sa limite externe, et est là nettement limitée par une ligne foncée; elle est relativement peu profonde, et en même temps, représente le vestibule plus large et plus superficiel de l'autre excavation; et deuxièmement, une excavation partielle qui comprend la partie moyenne du nerf optique, y pénètre encore plus profondément, et se continue avec le fond de l'autre excavation par un bord assez nettement délimité.
Les vaisseaux rétiniens ont une étendue, des ramifications, un volume, une couleur et des contours normaux; ils marchent normalement dans la direction du plan rétinien et franchissent ainsi le cercle jaunâtre du nerf optique pour arriver jusqu'à son bord. Mais là ils perdent leur milieu clair, pour devenir plus foncés, paraissent se renfler en partie en forme de nœuds et se recourbent sur ce bord, en formant de grandes ou de petites courbures vers le fond de l'excavation totale; en outre, ils proéminent beaucoup dans toute leur épaisseur à l'entrée de l'excavation, et paraissent se terminer brusquement comme s'ils étaient coupés ou coudés.
Leurs prolongements dans l'excavation superficielle (totale) sont, pour la plupart, nettement reconnaissables et recouverts seulement d'un faible nuage gris-verdâtre, vis-à-vis l'extrémité des vaisseaux rétiniens beaucoup moins déplacés; leur trajet ne répond ni par sa direction ni par ses sinuosités à celui des vaisseaux rétiniens; plus loin, leur couleur est manifestement plus claire, ils sont moins nets et leurs contours beaucoup moins foncés. Ils se rendent ainsi au bord intérieur (au second) de l'excavation, sur lequel ils se recourbent également et, en outre, ils deviennent plus foncés, et paraissent se renfler en forme de nœuds, perdre complètement leur milieu clair et se montrer de nouveau comme coupés dans leur trajet. De là leurs prolongements peuvent être poursuivis dans tout leur parcours au niveau du milieu clair du nerf optique, c'est-à-dire de la deuxième excavation, la plus profonde. Ces mêmes vaisseaux y prennent encore une direction et y décrivent une courbure qui s'éloignent du trajet normal et de leur parcours antérieur (dans l'intérieur de la première excavation); en outre, leur couleur est faiblement rougeâtre; ils sont sans contours, par conséquent rabanes, effacés, indistincts et comme recouverts d'un nuage grisâtre ; enfin réunis aux troncs principaux, ils sortent de l'œil au milieu du fond de la deuxième excavation en traversant, la lame criblée.
Les mouvements parallactiqucs, très-considérables du reste, qui se passent entre les vaisseaux placés dans trois plans vasculaires différents, se montre très-intéressants et très-instructifs, lorsque, en adaptant sa disposition dioptrique pour l'une ou l'autre de ces surfaces, on exécute soi-même avec la tête des mouvements latéraux, ou qu'on les fait faire à l'œil examiné.
En poursuivant les différents vaisseaux depuis la rétine jusqu'à leur sortie de l'œil par la fossette du nerf optique, grâce à des changements correspondants de l'accommodation, on le trouve partout, abstraction faite de leur courbure sur les bords des deux excavations, un aspect normal, et en aucun point ils ne montrent d'anomalie de diamètre, ni de changement notable dans la couleur.
PI. XIII. Tig. 61.
Irritation de la r étiheA*)
S. P., âgé de 18 ans, de petite mais solide stature, au teint florissant, bien nourri, avait eu à se plaindre, dans son enfance, de malaises de différente nature, en particulier d'un point de côté qui se déclarait immédiatement à la suite d'une marche rapide , d'un saut, de mouvements violents du corps et qui s'accompagnait d'essouflement, d'oppression, de toux, etc. Ces symptômes disparaissaient pourtant toujours d'eux-mêmes en peu de temps, et ils abandonnèrent complètement le malade, dans sa 7me année, après l'emploi de différents remèdes. A partir de là jusqu'à ces derniers temps, il resta toujours en bonne santé.
Myope dès l'enfance, mais y voyant du reste bien et, d'une manière persistante, il avait, depuis des années, travaillé comme graveur sur bois, et cela dix heures par jour pendant l'été, six heures par jour pendant l'hiver; de même, il avait très-fréquemment, à la lumière artificielle, exécuté les travaux les plus fins, sans éprouver le moindre sentiment de tension ou de fatigue; cependant, depuis six semaines, ses yeux l'ont fait de plus en plus souffrir.
A son avis, il faut en chercher la cause dans un refroidissement qu'il aurait éprouvé en retournant chez lui à une heure avancée, par un temps orageux et pluvieux. Rentré à son domicile, il se sentit, transi de froid, et dans la nuit même, il fut encore atteint d'un catarrhe bronchique qui dura huit jours, et dont, pendant le jour, il n'était que peu incommodé, mais qui s'exaspérait pendant la nuit. Deux jours après que ce catarrhe eut disparu de lui même, le mal d'yeux se développa.
Le malade, qui auparavant pouvait s'occuper des journées entières des travaux même les plus délicats, sans nullement songer à ses yeux, sentit qu'après une heure et demie ou deux heures de travail, ils étaient affaiblis, fatigués, incommodés; il avait besoin de lever les yeux et de les laisser reposer pendant quelques instants. De cette manière, toute sensation désagréable disparaissait, et le travail pouvait être continué comme d'habitude; cependant, une heure ou deux après, la même fatigue revenait, pour disparaître de nouveau après quelques minutes de repos. Ainsi se succédaient la fatigue et le rétablissement de la vue, avec cette différence que plus le temps du travail s'avançait, plus la fatigue venait vite et plus elle durait longtemps, et que, par conséquent, les intervalles pendant lesquels le malade pouvait travailler sans inconvénient devenaient de plus en plus courts. — Le travail étant complètement abandonné, le malade considéra ses yeux comme parfaitement sains.
Pendant la nuit, mais surtout pendant le repos plus prolongé du dimanche , les yeux paraissaient se fortifier considérablement; puis après, la fatigue des yeux survenait d'une manière relativement rare pendant le travail des premières heures et surtout des premiers jours de la semaine. Cependant à la fin du jour et surtout à la fin de la semaine, les phénomènes morbides s'accroissaient; ce n'était plus alors assez de lever les yeux du travail pour quelques instants, mais il fallait tenir les paupières fermées pendant un peu de temps. Peu à peu survint aussi de la sensibilité tout autour du globe, le rétablissement de la vue après le repos accordé ne fut plus si complet, et il devint alors difficile de reprendre le travail.
(*) Voy: Bcitiiïge un- Pathologie des Anges, p. 26, pi. X; et VorCrag in der Versamnil. des Dokloren-Kollcgiiims zu Wien (Zeitschrift f. prakt. Heilk., n° 12, 1856;.
Comme le malade continua néanmoins à travailler, le mal d'yeux augmenta rapidement à un tel point, qu'au bout de trois semaines, lesphénomènes morbides survenaient après un quart d'heure d'application; mais cette fois avec un sentiment de pesanteur dans les paupières, qui forçait le malade de .fermer les yeux pendant un temps plus long.
Si malgré cela, il s'efforçait de continuer son travail, il éprouvait une sensation de tension plus forte dans la périphérie du globe, avec douleur dans l'intérieur de l'organe, sensation de chaleur et photophobie; et le malade sentait la nécessité, pour trouver du soulagement, de poser la main sur ses yeux. Il obtenait surfont du calme, lorsque, les paupières fermées, il pressait avec un doigt l'angle interne de l'œil. 11 aimait à se reposer des heures entières dans cette position en tenant les yeux fermés.
Mais alors, quand le malade cherchait encore à se forcer an travail, il en résultait des douleurs dans les tempes, le front, des congestions vers la tête, aux yeux, avec sensation de. sécheresse dans ces derniers (la sécrétion des larmes n'avait, du reste, jamais été altérée), et si les plus grands objets pouvaient encore être aperçus comme d'habitude, les plus petits ne pouvaient être vus avec précision et netteté que pendant un moment.
Le repos et les compresses froides sur la tête et les yeux apaisèrent aussi ces symptômes avec assez de rapidité, si bien que, tant que le malade évitait de travailler, tout malaise l'abandonnait. Mais enfin, comme, même après un repos de plusieurs jours, et à la suite de la plus insignifiante occupation, ces phénomènes augmentaient encore, le malade, après un délai de six semaines, rechercha les secours de la médecine.
En examinant les parties extérieures de l'œil, on ne peut apercevoir, à part une légère hypérémie de la conjonctive tarsienne, aucun symptôme morbide appréciable. A un jour modéré, les pupilles ont de 4 à 5'/2 millim. de diamètre, elles se contractent rapidement, et se dilatent notablement lorsque la lumière perd de son intensité.
Avec l'œil droit (V. — 9 1/0), le malade lit le n° 1 de 2i/„ à 10 pouces de distance et le n° 20 encore à nue distance de G pieds 6 pouces.
L'œil gauche (V. — 9) se montre seulement un peu plus myope, et l'acuité visuelle est la même.
Du n° 1 le malade ne peut lire de suite que deux on trois lignes, après quoi se déclarent aussitôt les symptômes énumérés ci-dessus, la tension et la fatigue; quel ques minutes après, deux ou trois nouvelles lignes peuvent encore être lues sans interruption. Un caractère plus gros est lu avec plus de suite. Le malade prétend que dans les premiers moments où ses yeux commencent à fixer, il ne remarque aucun changement et que la vue est aussi nette et aussi distincte qu'avant la maladie.
Depuis des années, la myopie ne doit pas avoir augmenté.
Au moyen de l'atropine, les pupilles acquièrent une dilatation de 8 millim. de diamètre, avec des troubles visuels relativement peu marqués.
L'examen à l'ophthalmoscope démontre que les milieux sont normaux, et, des deux côtés, le fond de l'œil diffère au même, degré et comme, il suit de l'état normal.
Le fond de l'œil (fig. 61, œil droit) est de couleur normale dans la plus grande partie de son étendue, surtout à la périphérie, de même que dans la région de la macula; mais tout autour de la papille, particulièrement en haut, en dedans et en bas, il présente une réflexion plus forte (miroitement) des rayons lumineux et une couleur jaunerouge inaccoutumée, par suite du mélange d'un ton légèrement gris-bleuâtre et verdfitre, qui paraît à son maximum tout près de la papille, et disparait peu à peu vers la périphérie.
Les parties du fond de l'œil colorées en jaune-rouge normal, possèdent, en outre, l'aspect granulé habituel; le pourtour de la papille, au contraire, où siège la différence de coloration indiquée, est traversé et recouvert de stries très-légères, faiblement rouges, de longueur inégale, placées dans les couches superficielles de la rétine.
La papille elle même, dans la partie qui regarde la macula, a des limites et une couleur normales, et elle est munie d'un anneau de tissu cellulaire nettement indiqué; mais, dans les autres points, elle paraît rougeâtre, et on ne peut reconnaître que confusément ses contours et l'anneau du tissu cellulaire. Tout près du point de sortie des vaisseaux, cette couleur anormale ressemble à l'imbibition rouge du corps vitré dans les yeux de cadavre, et vers la périphérie elle se confond peu à peu avec la couleur du reste du fond de l'œil; elle remplit les intervalles vasculaires, pourtant elle n'arrive pas partout immédiatement jusqu'aux vaisseaux, c'est-à-dire jusqu'aux colonnes rouges sanguines, de telle sorte que les plus forts d'entre eux, surtout les veines, sont entourés dans la domaine de la papille comme d'une bordure blanche.
En outre, cette rougeur du nerf optique paraît très-faible, striée au centre, et communique au fond de l'œil, de concert avec les stries rougeâtres ci-dessus mentionnées, un aspect rayonné. Cet aspect commence au point de sortie des vaisseaux rétiniens, correspond à l'épanouissement des fibres du nerf optique, et c'est surtout en haut, en dedans et en bas, dans les parties périphériques du nerf optique et dans son plus proche voisinage, qu'il est le plus marqué; à une certaine distance du nerf optique, il se confond peu à peu avec le reste du fond de l'œil.
Le système vasculaire central, dans tout le fond de l'œil, a une étendue et une distribution normales, et n'offre rien de particulier en ce qui concerne le diamètre, la couleur, les contours et le trajet des vaisseaux.
La rétine est parfaitement transparente, sauf la partie de cette membrane qui entoure le nerf optique, laquelle est légèrement striée.
Toute application des yeux fut interdite au malade ; il se mit 8 sangsues derrière les oreilles, et elles produisirent un soulagement immédiat et durable dans la tête et dans les yeux. On ordonna pour boisson l'élixir acide de Haller.
Deux jours après, on apercevait déjà dans le fond de l'œil une diminution notable dans les changements morbides, et les jours suivants elle fit de tels progrès que, dans le cours de trois semaines, la rétine et la papille ne paraissaient plus différer en rien de l'état physiologique. Six semaines plus tard, on permit au jeune homme de reprendre ses occupations. Aujourd'hui — six mois après que le traitement a cessé — il n'a pas encore eu le moindre avertissement d'une rechute.
PI. XIII. Fig\ 62 et 63.
Inflammation de la rétine.^*)
T. M., paysanne, avait été chétive dans son enfance, et, de 6 à 11 ans, elle avait souffert de différentes éruptions cutanées chroniques, et de tumeurs ganglionnaires.
(*) Voy. : Ueler „Retinitisu (Wien. med. Wochenschr., 25. Nov. 1854) ; Retirage zur Pathologie des Auges, p. 30, pi. XI., et Oester. Zeitschr. fur prakt. Heilkuude, n° 12, 1856.
De 15 à 17 ans, elle fut exactement réglée; après cette époque survint, avec les phénomènes de la chlorose, une interruption complète du flux menstruel; celuici se rétablit pourtant de nouveau un an après.
Après un premier accouchement très-difficile, à l'âge de 21 ans, accouchement suivi de métrorrhagies pendant 15 jours, les deux jeux furent atteints, sans cause bien connue , d'un léger trouble visuel qui disparut peu à peu dans l'espace de quatre mois, et la malade, le considérant comme un effet de sa grande perte de sang, n'y prêta pas plus d'attention.
La naissance du second enfant eut lieu sans le moindre inconvénient. Pourtant, après la troisième couche, en septembre 1852, lorsque la malade, le quatrième jour après l'accouchement, essaya de se lever, survinrent de violentes douleurs qui, rayonnant du sommet de la tête vers le front, se suspendaient parfois pendant quelques jours seulement et durèrent un an. A ces douleurs se joignirent dans les premiers temps, du vertige, des bourdonnements d'oreille, des tiraillements non-seulement dans la figure, mais dans tout le corps, phénomènes qui pourtant se dissipèrent en quel ques semaines avec le secours de la médecine.
Six semaines après ce dernier accouchement, la malade observa dans les deux yeux une nouvelle diminution progressive de la faculté visuelle qui se manifestait par une altération de la vue pendant quelques instants, mais à laquelle succéda bientôt un léger obscurcissement permanent de tout le champ visuel. Cet obscurcissement augmentait quand la malade appliquait ses yeux, mais surtout quand elle baissait longtemps la tête pour travailler, et enfin, l'œil gauche s'affaiblit à un degré considérable.
Dans la 23me semaine après la délivrance, l'enfant fut sevré, et les règles se rétablirent de nouveau; mais elles restèrent longtemps pauvres et «régulières.
Pendant l'été suivant, aucun changement notable ne survint dans l'état des yeux. Néanmoins, pendant l'automne suivant, les douleurs de tête augmentèrent beaucoup, et, à cause de leur violence la malade dut, en décembre, garder le lit: alors sa faculté visuelle diminua aussi à droite , malgré les secours de la médeciiîe, et à gauche elle s'éteignit presque complètement. A partir de cette époque, les douleurs de tête disparurent presque entièrement, et la malade ne remarqua pas d'autres changements dans ses yeux.
Pendant toute la durée de ses souffrances, elle n'avait observé aucune rougeur des yeux; elle n'y avait ressenti aucune douleur et ce ne fut que bien rarement qu'elle aperçut des mouches volantes.
T. M. compte actuellement 27 ans, elle est de taille moyenne, bien nourrie, a bonne mine : abstraction faite de sa maladie d'j'eux, elle se sent parfaitement bien. Le mal de tête a complètement disparu, les époques sont régulières et suffisantes; l'appétit, la digestion, le sommeil sont bons, et les selles seulement sont un peu paresseuses.
L'œil droit a une structure normale (V. oo), et dans ses parties extérieures il n'offre aucune manifestation morbide.
La cornée, de courbure normale, est parfaitement transparente, la chambre antérieure d'une grandeur correspondante; l'iris, d'un gris-clair, ne montre aucune anomalie de structure; la pupille est modérément large, ronde, noire et suffisamment contractile. Il semble à la malade que le champ visuel de cet œil est recouvert, de toutes parts et uniformément, comme par un nuage faiblement grisâtre, transparent. Le n° 3 est lu de 4 à G ponces de distance, le n<> 20 est encore lu à 10 pieds.
Les parties extérieures de l'œil gauche, aussi de structure normale (V. oo), et les parties environnantes ne laissent pas reconnaître non plus d'altération matérielle. La cornée, la chambre antérieure et l'iris sont comme dans l'antre œil; la pupille, normalement noire, montre, à un éclairage modéré, le même diamètre que du côté
droit; elle ne dilate pourtant d'une manière considérable lorsqu'on ferme l'œil droit, et elle demeure alors immobile à tout changement de lumière. Avec cet œil, la malade peut bien encore distinguer les gradations de la lumière et les couleurs les plus claires, mais elle n'aperçoit même plus les contours des plus grands objets. La lumière modérée du jour ne lui est pas désagréable, pourtant elle évite un jour clair et une forte lumière artificielle.
L'examen oplithalmoscopique de l'œil droit, la pupille étant dilatée ad maximum par l'atropine, ne montre nulle part d'altérations morbides dans les milieux transparents; seulement l'intérieur de l'œil paraît moins éclairé, et le fond de l'œil en général réfléchit peu de lumière, si bien que, dans l'examen avec le miroir à éclairage fort, il a un aspect tel qu'on croirait n'avoir employé que le faible miroir d'ITclmholtz.
Le fond de l'œil droit (fi g. 62) est plus foncé qu'à l'état normal et d'un ton rouge plus élevé, surtout autour du nerf optique. Cette couleur saillante, à un examen exact, paraît comme située dans le plan rétinien et déterminée surtout par une légère striation rougeâtre avec laquelle semble concorder une augmentation d'épaisseur de la rétine, surtout au dessus et autour de la limite du nerf optique. Dans toute son étendue, les vaisseaux centraux sont comme couverts par un léger nuage rougeâtre.
La striation susmentionnée est superficiellement placée dans la rétine et elle est surtout nettement reconnaissable en haut, en bas et en dedans, entre les principaux troncs vasculaires; elle commence avec une extrême finesse tout près du point de sortie des vaisseaux centraux , marche dans une direction radiée, conformément à l'épanouissement du nerf optique, paraît surtout épaisse et foncée en haut et autour de la limite du nerf optique, et, devenant plus claire et plus isolée, elle se perd successivement à une distance de 1 ou 1 '/„ diamètre optique du bord de la papille, dans la rougeur tranchée plus uniforme, qui paraît s'étendre avant tout dans les couches plus profondes du nerf optique et de la rétine, et qui ne se confond que peu à peu vers la périphérie avec la couleur jaune-rouge normale du fond de l'œil.
Cette rougeur de la rétine recouvre à son entrée le nerf optique, de telle sorte que, principalement à la partie supérieure, inférieure et interne de sa périphérie, elle ne permet que de reconnaître comme un disque rougeâtre, plus lumineux, plus clair et plus brillant au point de sortie des vaisseaux; il n'est bien limité qu'à sa périphérie externe, vers la macula, et on peut reconnaître ici l'anneau du tissu cellulaire.
Le système des vaisseaux centraux montre une étendue et une distribution tout à fait normales. Les artères dans leur trajet, leur diamètre et leur couleur ne sont pas non plus essentiellement modifiées ; les veines sont pourtant un peu plus foncées et principalement au bord du nerf optique et dans son plus proche voisinage.
L'augmentation d'épaisseur des veines est uniforme et d'environ >/s à >/e de leur diamètre; cette augmentation s'élève notablement au dessus du rapport physiologique entre la différence de volume des artères et des veines.
En outre, le trajet des veines ne se montre pas seulement plus sinueux âla superficie, mais encore dans l'épaisseur de la rétine; les veines sont non seulement plus grosses, mais aussi plus longues.
Dans les points où les vaisseaux veineux sont plus superficiels, ils paraissent relativement plus clairs et plus nettement contournés; cependant les contours semblent encore un peu plus larges, et le milieu clair un peu moins brillant qu'à l'état normal. A mesure pourtant que, dans les points qui suivent immédiatement, ils s'enfoncent de plus en plus dans les couches plus profondes de la rétine, ils se montrent d'un rouge sanguin notablement plus foncé, perdent leur milieu plus clair, leurs contours plus foncés, et paraissent rubanés. Cette couleur rouge sanguine foncée
ressort au maximum dans les endroits les plus profonds, et diminue à mesure que les vaisseaux reviennent de nouveau dans les couches superficielles de la rétine, ce qui fait que les contours foncés et les milieux clairs réapparaissent de nouveau.
La région de la macula et son plus proche voisinage présentent d'imperceptibles modifications ; elles sont, seulement à un très-faible degré, moins éclairées et plus foncées qu'à l'état physiologique.
L'examen ophthalmoscopique de l'œil gauche , la pupille étant également dilatée par l'atropine, montre les milieux parfaitement transparents; mais d'ailleurs, l'intérieur de l'œil est si peu éclairé, si foncé qu'en emplo3Tant le miroir faible, ce n'est qu'avec une disposition dioptrique parfaite et après un examen prolongé qu'on peut, et même encore avec peine, saisir et poursuivre avec une netteté suffisante les différents détails du fond de l'œil.
Celui-ci (fig. 63, œil gauche), dans toute son étendue, se montre d'une couleur jaune -rouge plus foncée qu'à l'état normal et d'un rouge sang plus prononcé. L'intensité du coloris y diminue peu à peu en allant vers la périphérie; mais il se modifie aussi dans les parties moyennes du nerf optique, où il prend rapidement, entre les points de sortie des vaisseaux, un ton jaune rougeâtre clair.
h'cc/airage du fond de l'œil, au contraire, très-faible à la périphérie, augmente peu à peu en avançant vers le point de sortie des vaisseaux; en outre, les parties constituantes du fond de l'œil dans le voisinage et au niveau du nerf optique, paraissent de plus en plus diaphanes, leur surface miroite un peu comme le verre, mais c'est entre les vaisseaux qui sortent de l'œil qu'elle est le plus fortement éclairée et qu'elle réfléchit le plus la lumière.
Dans ses parties périphériques, le fond de l'œil est indistinct, avec un grenu serré et foncé, tandis que dans ses parties centrales (vers le milieu du nerf optique) et dans les couches les plus profondes, il est plutôt uniformémement foncé; au contraire, dans les couches les plus superficielles de la rétine et du nerf optique, il parait rougeâtre et nettement strié. Cette striation est extrêmement fine, elle s'étend dans le sens de l'épanouissement du nerf optique, suivant une direction radiée, et paraît être la cause principale du miroitement du nerf optique et de son voisinage. Cette striation commence sans délimitation nette au point de sortie des vaisseaux centraux, elle devient plus nette, plus foncée, plus serrée; et c'est an devant et dans le voisinage externe du nerf optique qu'elle est le plus prononcée; avant tout, elle suit le trajet des vaisseaux principaux, en devenant peu à peu plus pâle et moins nette; on peut la suivre dans le fond de l'œil à une distance qui représente deux ou trois fois la largeur du nerf optique.
Cette couleur du fond de l'œil, partie, striée, partie uniformément plus foncée, est répandue dans les couches superficielles et les plus profondes de l'extrémité intràoculaire du nerf optique et dans toute l'épaisseur de la rétine, ce qui fait que les parties périphériques du nerf optique, mais avant tout la rétine, présentent une augmentation d'épaisseur considérable.
Grâce à cette couleur foncée, les vaisseaux centraux, dans la plus grande partie du fond de l'œil, sont recouverts d'un nuage rougeâtre, en partie très-léger, en partie plus ou moins épais; de telle sorte qu'après un faible parcours, ils paraissent moins nets, et même, par places, se soustraient complètement au regard; mais d'un autre côté, ils recouvrent complètement la plus grande partie de la choroïde et les parties profondes du nerf optique, de sorte que ce dernier ne laisse, en aucun point, apercevoir son contour, et que sa position dans le fond de l'œil ne peut être reconnue que par l'image des vaisseaux et la coloration plus claire de leur point d'émergence.
Le système des vaisseaux centraux a une étendue et une distribution normales. A son origine, dans les parties moyennes du fond de l'œil, on ne peut voir que les troncs et les rameaux plus volumineux, surtout pour le système artériel; ce n'est que dans certains points que les plus petits vaisseaux apparaissent aussi, mais souvent en partie seulement. Dans les parties périphériques du fond de l'œil, au contraire, non-seulement les vaisseaux les plus volumineux ressortent avec netteté, mais aussi les plus petites branches y deviennent également visibles.
Le trajet des artères est partout plus direct, leur diamètre manifestement rapetissé, leur couleur très-claire. Là où les contours sont nettement dessinés, les artères peuvent aussi être poursuivies avec facilité, maisà mesure que leurs contours deviennent moins nets, elles se soustraient plus ou moins et entin tout à fait au regard; en outre, elles paraissent également s'enfoncer dans la teinte rougeatre du fond de l'œil, pour reparaître sur un autre point avec un contour beaucoup moins net ou simplement sous forme de stries d'un rouge-vif, claires et même brillantes.
Les vaisseaux veineux, en général, mais surtout au dessus du bord du nerf optique et de son voisinage externe, ont un trajet extrêmement sinueux, interrompu en apparence; leur diamètre est augmenté d'un f/4 à '/3, de sorte que la différence normale de volume entre les artères et les veines est manifestement augmentée — de moitié environ — leur couleur est beaucoup plus foncée, et cela est également vrai des contours plus larges, tant qu'ils sont visibles, ainsi que du milieu clair. Les sinuosités des veines se font non-seulement dans le plan de la rétine, mais aussi perpendiculairement à ce plan, et, dans certains points, elles sont si évidentes, que le vaisseau décrit une spirale complète. Les veines sont donc augmentées non-seulement en diamètre, mais aussi en longueur. Dans les endroits où les veines marchent dans la direction du plan rétinien , elles paraissent avoir un contour précis avec un milieu clair; en réalité dans leur trajet le plus superficiel, le contour est net et le milieu clair, mais jamais au même degré que dans l'œil sain; un peu plus profondément, les contours deviennent moins distincts et le milieu moins clair, plutôt rouge-mat; dans un plan beaucoup plus profond, les vaisseaux, sans autre différence dans la couleur du milieu et des bords et s'enfonçant dans un nuage rouge, se soustraient plus ou moins et même complètement à la vue. Si, quittant sa situation superficielle, une veine se recourbe dans une couche plus profonde, pour, de là, marcher plus ou moins obliquement dans le plan de la rétine, elle perd rapidement, suivant le degré de la courbure, son milieu plus clair et devient plus foncée, rubanée, d'une couleur uniforme et en apparence plus large. Marche-telle alors de nouveau, à, une profondeur modérée, dans la direction du plan rétinien en prenant une nouvelle courbure, elle devient ainsi de nouveau plus claire et en apparence plus étroite, pour continuer ensuite son trajet avec des contours foncés et un milieu clair en rapport avec sa situation superficielle, ou avec une couleur beaucoup moins nette et uniforme, en rapport avec une situation plus profonde. Au contraire, monte-telle d'abord, à une profondeur notable, par une nouvelle courbure, dans la direction du plan rétinien, elle devient avec une inflexion moins accusée plus claire et se soustrait successivement au regard; tandis que, si la courbure est brusque, la portion de vaisseau rubanéc et foncée se soustrait rapidement à la vue, comme si elle était coupée.
Si un vaisseau va des couches plus profondes dans les plus superficielles, les phénomènes susmentionnés relatifs à la direction, la courbure et la position se présentent toujours, mais pourtant dans un ordre inverse.
Poursuit-on les différents vaisseaux dans leurs sinuosités, aussi longtemps qu'on peut le voir, avec attention, on remarque que par places ils sont plus ou moins clairs ou foncés, que leurs limites et leurs contours sont plus ou moins nets ou in-
distincts, ou enfin que, dans toute leur largeur, la couleur est la même, et qu'ils sont plus ou moins voilés ou complètement interrompus. En aucun point pourtant il n'y a de diminution ou d'augmentation dans leur diamètre si ce n'est proportionnellement à leur mode de ramification: par conséquent, nulle part il n'y a contraction, resserrement ou dilatation variqueuse, etc.; il en résulte donc que, malgré les contours les plus différents, les vaisseaux poursuivent leur trajet avec une largeur invariable et qu'ils ne subissent qu'une réduction relative à leur degré de division.
Considère-t-on enfin, en général, les différences de niveau de la surface interne du nerf optique et de la rétine en particulier, le soulèvement qui se manifeste dans la légère striation rougeâtre, l'espèce de miroitement du côté de la rétine et du nerf optique; enfin le trajet des vaisseaux, le degré de leurs sinuosités et la position respective de leurs parties les plus proéminentes; on verra que cette surface interne (de la rétine et du nerf optique), à partir de la périphérie du fond de l'œil jusque vers le centre, se soulève de sa posilion normale, et cela peu à peu d'abord, mais plus loin avec évidemment plus de rapidité; que le soulèvement est à son maximum au devant et autour du bord du nerf optique, et qu'alors, en dedans du nerf optique, il descend dans la profondeur vers le point de sortie des vaisseaux en décrivant une courbure légère (infundibuliformc) pour laisser le plan rélinien reprendre, en ce point, son niveau normal.
La région de la macula et son voisinage le plus proche ne présentent que des altérations peu importantes. La couleur y est même plutôt uniforme, et seulement un peu plus foncée; l'intensité lumineuse un peu plus faible et le granulé peut-être moins apparent.
PI. XIII. Fig. 64.
Inflammation de la rétine [dans le diabète sucré. ](*)
Le jardinier W. W., actuellement âgé de 22 ans, d'une constitution frêle et de moyenne taille, dit toujours avoir été fort et bien portant dans son enfance et dans sa jeunesse; mais il y a quatre ans que, par suite d'un refroidissement, il fut atteint d'une maladie qui pendant longtemps se traduisit par des phénomènes fébriles modérés, le gonflement du pied droit, la diminution des forces, la perte de sa bonne mine, et le retint fréquemment au lit; c'est pendant le cours de cette maladie qu'apparurent les symptômes de diabète qui existent encore aujourd'hui; ils s'accompagnaient d'un grand appétit de sécheresse de gorge, de soif inextinguible, de mauvaises digestions, de vomissements fréquents après les repas et d'un sentiment de grande prostration et d'abattement. Depuis peu de temps le malade est, en outre, atteint d'une toux fréquente, avec forte expectoration et sentiment d'oppression et de pesanteur sur la poitrine. Ce malade n'a jamais eu la syphilis.
(*) Voy: Ueber Staur u. Staaroperationen, p. 103, pi. VII, fig'. 33; et BeitrSge zur Pat/toloyic des Auges, p. 33, pi. XII.
La faculté visuelle des deux yeux a toujours été bonne, et ce n'est que depuis 5 semaines, sans cause occasionnelle connue, qu'il survint un trouble de la vue se révélant par l'apparition momentanée d'étincelles brillantes devant les yeux et par un faible nuage dans la partie externe du champ visuel de l'œil gauche.
Ce nuage augmenta peu à peu en intensité et en étendue, et enfin il recouvrit la plus grande partie du champ visuel de l'œil gauche; envahissant ensuite la moitié interne du champ visuel de l'œil droit, il y prit également une étendue considérable.
Faute de soins médicaux et hygiène, cette affection fit des progrès constants, sauf, il y a 15 jours, à l'œil gauche seulement, une courte interruption, car la faculté visuelle de cet œil s'améliora pour quelques jours au point que le malade put lire les caractères ordinaires, ce dont, immédiatement auparavant, comme plus tard, il était incapable.
Actuellement le malade est maigre, d'un teint blafard, mais il parait surtout trèsaffecté et très affaibli. Sur les parties extérieures de l'œil on ne peut voir aucune manifestation morbide. Les pupilles sont normalement grandes, mobiles et noires.
Si le malade regarde, avec l'œil droit, sur une surface verticale, éloignée de 12 pouces, le milieu environ de son champ visuel lui paraît obscurci par un nuage grisâtre discoïde , qui augmente toujours d'épaisseur de la périphérie au centre. Cette région foncée presque circulaire, mesure 5 pouces de diamètres à la distance indiquée, et elle, augmente dans la vue de loin; elle est un peu déplacée vers le haut du champ visuel, de telle manière que le point de fixation se trouve encore, à coup sûr, en dedans de ce disque, mais qu'il ne s'éloigne de son bord inférieur que d'environ un quart de son diamètre.
En dehors de ce trouble discoïde, tout le champ visuel lui parait clair, chaque objet net et bien limité; dans ce champ visuel périphérique, il peut reconnaître les lettres du n» 14, mais il n'est pas en état de lire ce numéro ni même un beaucoup plus grand, car (suivant sa propre expression) les lettres sont bien aperçues avec une parfaite netteté, mais il lui manque, eu outre, pour lire, le coup d'œil d'ensemble et le sens exact.
En dedans de la partie trouble, la faculté visuelle est altérée à différents degrés, et, en réalité, à la périphérie, les objets des plus grandes dimensions sont encore perçus comme dans un nuage ; pourtant, dans la partie centrale qui possède aussi une forme circulaire, il n'y a perception d'aucune différence de forme ou de couleur.
Le trouble qui existe dans le champ visuel consiste donc en deux disques qui se recouvrent en partie; un plus grand, plus clair, plus transparent, grisâtre, et un autre plus petit, foncé, opaque, gris-noirâtre. Le dernier est, à l'intérieur, dans une position excentrique, directement vers le bas, a un degré tel que le point de vision, qui tombe en dedans de ce cercle est distant de son bord inférieur de i/4 de diamètre (du plus petit disque).
Le disque foncé mesure à la distance ci-dessus de 12 pouces, 2 '/a pouces de diamètre, il grandit proportionnellement au plus grand dans la vue à distance, et parait, en outre, devenir un peu plus clair.
Examiné à l'oplithalmoscope, la pupille étant dilatée autant que possible, l'œil droit se montre disposé dioptriquement pour les rayons parallèles (V. oo), les milieux paraissent parfaitement transparents, et les parties périphériques du fond de l'œil ne laissent apercevoir aucune altération importante; au contraire, le point d'entrée du nerf optique et toute la partie environnante se trouve tellement altérée dans toute l'étendue représentée sur la figure 64, surtout dans sa coloration, que la papille, au point de vue de sa couleur et de ses limites, n'est plusreconnaissable, et que le point où elle se trouve ne peut être déterminé que par la figure caractéristique des vaisseaux centraux.
Le changement de teinte du fond de l'œil se présente, vers la périphérie, comme une rougeur matte-foncée à travers laquelle le grenu normal du fond de l'œil peut être aperçu indistinctement et composé, à ce qu'il semble, de granulations plus grossières, plus foncées. Vers le centre, au contraire, la rougeur matte-foncée devient moins transparente, plus épaisse, d'un gris-jaune-rougeâtre, avec striation légèrement rougeâtre, et le fond de l'œil, réfléchissant de plus en plus la lumière, est, par conséquent, plus clair, même en partie brillant, et un peu miroitant. La stration mentionnée ci-dessus commence indistincte, effacée, au point de sortie des vaisseaux centraux, elle est légèrement rougeâtre et s'étend, en devenant plus nette et plus serrée, dans tous les sens, en irradiant comme l'expansion des fibres du nerf optique. C'est au devant du nerf optique et dans toute sa circonférence qu'elle ressort avec plus de netteté; elle pâlit peu à peu, devient moins nette et moins serrée, et se soustrait finalement tout à fait au regard; c'est en dedans, c'est-à-dire du côté du nez, qu'elle est le plus large, et on peut la poursuivre jusque dans la région de la macula.
Cette couleur et ce trouble anormaux du fond de l'œil sont situés dans la partie intrà- oculaire du nerf optique et de la rétine, et paraissent répandus sur toutes leurs parties constituantes. Les vaisseaux centraux et les altérations, dont il sera question plus loin, sont ainsi enveloppées dans un nuage rougeâtre plus ou moins épais, mais avant tout, comme il a été déjà dit, le contour du nerf est complètement recouvert de tous côtés. En même temps, il existe aussi une augmentation considérable dans l'épaisseur des parties périphériques du nerf optique et de la rétine, par suite de laquelle la surface de la rétine fait de plus en plus saillie, de la périphérie vers le centre, et est surtout bombée autour du point d'entrée du nerf optique; mais ensuite, vers le point d'entrée des vaisseaux, elle s'infléchit de nouveau légèrement en arrière jusqu'à la surface interne normale du nerf optique.
Dans l'étendue de cette partie dont la couleur est anomale, il y a un grand nombre de taches irrégulières, généralement allongées, rouge-sanguin, de grandeur différente et presque uniformément réparties. Ces taches montrent à leur surface, et surtout sur leurs bords, une très-légère striation qui répond à l'épanouissement des fibres du nerf optique ; de cette manière, leurs limites ont un aspect dentelé caractéristique ; elles sont placées dans les couches rétiniennes un peu plus profondes, et par leur direction longitudinale, leur trajet plutôt rectiligne, par leurs sinuosités, comme par leur disposition générale, elles correspondent, en partie, à l'épanouissement des fibres du nerf optique, en partie au trajet des vaisseaux, surtout des veines.
Outre ces extravasations, on trouve encore dans le fond de l'œil, à quelque distance du point d'entrée des vaisseaux, des taches claires, ovales et rondes, de grandeur différente, entourées, en partie, d'agrégats pigmentaires qui paraissent formées d'un tissu spécial un peu transparent et cependant assez épais, traversant la rétine dans toute son épaisseur. Elles ont une surface légèrement inégale, faiblement bombée, réfléchissent fortement la lumière, et sont en partie jaune-clair, en partie couleur orangée.
Les taches plus claires ont une couleur plus uniforme; les taches orangées, au contraire, montrent à leur surface un très-léger grenu — leurs bords, dans les points où elles ne sont point entourées de pigments semblent arrondis et mal dessinés, et paraissent s'enfoncer dans les couches plus profondes de la rétine.
Le système des vaisseaux centraux, parfaitement normal vers le cercle équatorial, montre aussi, dans l'étendue de la coloration anomale, une étendue et une distribution normales; pourtant on n'y voit que les troncs principaux et les plus gros rameaux, et si quelques veines montrent un trajet sinueux, toutes ont augmenté de calibre.
Auprès de leur point de sortie, les veines sont indistinctes, voilées, rubanées, uniformément colorées; par une courbure légère elles gagnent peu à peu les
couches superficielles du nerf optique et de la rétine, deviennent ainsi plus distinctes, prennent des contours plus ou moins précis et un milieu plus clair; puis s'enfonçant en arrière dans les couches plus profondes de la rétine par une courbure tantôt légère, tantôt rapide, elles reviennent de nouveau, après un trajet plus ou moins long-, dans les couches plus superficielles, et, de cette manière, elles reprennent tôt ou tard leur trajet normal. Dans les points où elles sont placées obliquement (dans une direction angulaire), par rapport au plan rétinien, elles présentent une coloration foncée, uniforme comme ferait un ruban; marchent-elles, au contraire, dans la direction du plan rétinien, elles ont toujours, suivant leur position plus ou moins superficielle, des contours plus foncés qui sont également plus ou moins distincts et un milieu plus clair. Pins profondément, elles sont recouvertes d'un nuage gris-rougeâtre ou bien paraissent uniformément plus claires et effacées, ou bien elles échappent complètement au regard.
Les artères d'un diamètre à peu près normal, plus claires, mais nettement délimitées, gagnent la surface de la rétine en décrivant à leur point d'émergence une courbure plus forte; en ce point même, pourvues de contours nets, elles paraissent plus larges, beaucoup plus claires, et même plus éclatantes au milieu ; elles parcourent dans ce plan un long trajet, en décrivant de légères sinuosités, et pénètrent alors dans les couches les plus profondes de la rétine, ou, perdant leur liséré, on ne les reconnaît plus que par leur milieu plus brillant, sous forme de lignes claires, ou bien elles se soustraient plus ou moins, et même complètement au regard, pour se porter plus tard, encore une fois, à la surface de la rétine et reprendre leur aspect antérieur.
Dans ce trajet, tous les vaisseaux conservent invariablement leurs diamètres respectifs , et ils ne diminuent que dans la proportion normale, au fur et à mesure qu'ils se ramifient.
La région de la macula n'est le siège d'aucun phénomène remarquable.
L'œil gauche (V. oo) présente les mêmes symptômes objectifs et subjectifs, mais à un degré un peu moindre, et le malade peut encore avec facilité s'orienter dans la rue, et même faire encore quelques travaux de jardinage.
PL XIV. Fig\ 65.
lnfl a m m atio n de la r é t i n e
[avec nombreuses apoplexies] (*).
M. W., maître d'hôtel, âgé de 53 ans, d'une haute taille, corpulent, le ventre trèsproéminent, la figure rouge et le nez bourgeonné; à part quelques maladies éruptives dans l'enfance (et dont il ne peut, du reste, indiquer les noms), il avait toujours
(*) Voy. : Staar uiul Staaroperalionert, p. 103, pi. VII, fig. 32 et 33.
jours été bien portant. Depuis 9 ans, il est atteint d'hémorrhoïdes et quelquefois perd beaucoup de sang par l'anus.
Il a toujours bien vu de près et de loin.
Depuis 15 ans, presque chaque soir, il prend du vin et se met en fort joyeuse humeur; mais depuis 3 ans, ce n'est que le matin qu'il est complètement à jeun . Depuis plusieurs mois, il remarque sur ses deux yeux une diminution progressive de la faculté visuelle, une incertitude dans le regard, une certaine confusion des objets fixés, sans pourtant avoir apporté jusqu'à présent grande attention à ces phénomènes morbides.
Dans ces dernières semaines le mauvais état de la vue a fait des progrès rapides, si bien que, depuis huit jours, le malade ne perçoit plus de l'œil gauche que la lumière quantitative, et de l'œil droit que les plus gros objets, les doigts par exemple.
L'examen du malade fait conclure à un delirium tremens prononcé. Il n'a jamais eu de maladie syphilitique; du moins il n'existe aucun symptôme qui puisse le faire penser. Les yeux sont peu injectés, un peu larmoyants; ils ont un aspect vitreux et un regard fixe ; d'ailleurs, ils ne paraissent point maladifs, il n'y a ni douleur ni photophobie. Les pupilles, de grandeur normale, se contractent avec lenteur.
Avec l'ophthalmoscope , on trouve les milieux de l'œil gauche parfaitement transparents, disposés dioptriquement pour les rayons faiblement convergents (V. -|- 80); l'intérieur de l'œil est peu éclairé, et le fond en est, en général, si foncé, qu'en employant le miroir faible (celui d'Helmholtz), on ne voit, de tous côtés, au premier coup d'œil, qu'un tatouage confus rouge-foncé, et qu'il faut disposer très-exactement son œil pour la rétine et prolonger l'examen pour être à même de saisir avec précision les différentes altérations.
.Le fond de l'œil (fig. 65, œil y a •uche) se montre, en outre, d'une couleur assez foncée, rouge-jaunâtre dans toute son étendue; dans ses parties moyennes, surtout au niveau du point de sortie des vaisseaux centraux, il est plus fortement éclairé, montre dans une grande étendue, des stries rougeâtres, claires, extrêmement fines et une infinité de taches rouge-sanguin petites et grandes qui les recouvrent.
La légère striation sus-mentioniiée correspond parfaitement par sa position et sa direction, à l'épanouissement des fibres nerveuses optiques dans la rétine; c'est tout autour du nerf optique qu'elle est le plus développée et le plus serrée, mais on peut, du reste, la suivre aussi dans d'autres parties du fond de l'œil, où elle offre une netteté variable.
Le pointillé rouge-sanguin indiqué siège dans des plans différents qui, en différents points, s'écartent assez notablement les uns des autres; il est formé d'une infinité de points extrêmement petits et de stries qui disparaissent, ainsi que de raies et de taches de forme différente, petites ou grandes et allongées; ces dernières montrent à leur surface, et surtout sur leurs bords, une très-légère striation correspondant à l'épanouissement du nerf optique ; dans leur ensemble elles présentent une disposition radiée ; elles sont plus prononcées dans le voisinage des gros vaisseaux, surtout des veines, et dans le sens de leur longueur elles concordent, en partie, avec l'épanouissement du nerf optique, en partie avec le trajet des vaisseaux.
Le système des vaisseaux centraux possède une étendue et une distribution normales, pourtant on n'en peut poursuivre que les troncs principaux et encore un certain nombre de ces derniers souvent par parties seulement.
Le trajet des artères est fortement rectiligne, leur épaisseur extrêmement petite, leur couleur claire. Dans différents points, elles montrent un contour foncé manifeste, dans d'autres, au contraire, on ne peut les reconnaître qu'à leur milieu clair; qui représente une strie étroite brillante.
Les veines ont une couleur évidemment plus sombre clans certains points , rougesanguin foncé; elles offrent des dimensions plus considérables, aussi bien en longueur qu'en largeur; leur trajet est donc très-tortueux et offre des sinuosités nombreuses qui sont surtout placées verticalement par rapport au plan rétinien. En ce qui concerne les colorations partielles des veines, leurs contours, les points où elles ne sont pas distinctes, leurs disparitions et leurs réapparitions, ces particularités concordent d'une manière très-précise avec tout ce qui est rapporté à ce sujet dans l'histoire de la maladie (fig. 62 à 64, pi. XIII). Dans certains points, les veines se présentent à la vue par des portions si petites et d'une manière si peu caractéristique, qu'elles peuvent être prises pour des extravasations sanguines, et qn'il est même souvent difficile de les en différencier.
La couleur plus foncée du fond de l'œil, de même que les extravasations, paraissent limitées au tissu de la rétine et de l'extrémité intrà-oculaire du nerf optique ; de concert avec les différences notables de niveau des vaisseaux, elles font croire à une augmentation d'épaisseur considérable de la rétine elle-même , épaisseur qui est surtout prononcée au devant et tout autour de la périphérie du nerf optique. La surface du fond de l'œil (du nerf optique et de la rétine) se soulève rapidement au point de sortie des vaisseaux vers le bord du nerf optique, dessine là une légère convexité, puis s'incline de nouveau, mais lentement et progressivement vers la périphérie de la surface interne de la rétine qui est presque dans le plan normal. Le tissu de, la rétine n'est, en outre, que faiblement transparent, ce qui rend invisibles les parties vascnlaires placées plus profondément, lesquelles sont couvertes comme d'un nuage rougeâtre ; mais la papille, par suite de ce trouble et de cette rougeur, soustrait complètement au regard sa couleur et ses limites, de sorte qu'on ne reconnaît son emplacement qu'à la disposition de ses vaisseaux.
L'œil droit, adapté dioptriqucinent pour les rayons parallèles (V. oo) montre des milieux parfaitement transparents, et son fond présente des particularités toutes semblables, mais un peu moins développées.
PI. XIV. Fig. 66
Alt é r a t i o n de. I a r é t i n e.
[dans la maladie de Bright. ]
J. M., bouvier, âgé de 19 ans, sujet faible, à raine cachectique, à cheveux blonds, prétend que, jusqu'à sa 15,n0 année, il a toujours été parfaitement bien portant, et qu'il a toujours bien vu de près et de loin. A 15 ans, en gardant son bétail pendant les rigueurs de l'hiver, il eut les pieds gelés; dès lors ils gonflèrent tellement qu'il lui devint impossible de marcher.
Cette état dura tout l'hiver; il s'améliora pourtant rapidement au printemps, de sorte que J. M. se sentit bien pendant tout l'été et l'automne jusqu'à l'hiver suivant. Lorsque le froid arriva, le gonflement des pieds recommença, et il s'y développa ensuite des ampoules bleuâtres avec sentiment de chaleur etmême de brûlure; à l'ouverture spontanée de ces ampoules, de l'eau s'écoula et il en résulta des ulcères
qui durèrent tout l'hiver. Au printemps suivant les ulcères guérirent, et les pieds recouvrèrent peu à peu leur volume normal et leur mobilité première; pourtant dès le commencement de l'été, le gonflement reparut, et, peu de temps après, il s'y joignit une inflammation érysipélateuse.
Toutes ces manifestations morbides disparurent jusqu'à l'automne, mais elles revinrent encore dans l'hiver, pour disparaître de nouveau au printemps, de sorte que, depuis trois ans maintenant, chaque été et chaque hiver, le malade souffre de ce gonflement qui se combine, l'hiver avec des ulcères et l'été avec un érysipèle; mais, au printemps et à l'automne, il reste bien portant.
A ces lésions se joignit encore, à plusieurs reprises, dans ces deux dernières années, un gonflement œdémateux des parties extérieures du cou et qui en occupait toute la périphérie.
Il y a 3 mois, en levant une lourde enclume, le malade s'est donné une hernie inguinale, pour laquelle il fut forcé d'aller à l'hôpital et d'y rester 5 semaines. 15 jours après son séjour à l'hôpital, il remarqua une diminution progressive de sa faculté visuelle et, quelques jours plus tard, l'apparition de mouches volantes et d'étincelles, particulièrement pendant les mouvements rapides des yeux et de la tête. Trois semaines après se développa, tout autour du cou, un gonflement œdémateux considérable, qui envahit rapidement la face et la tête, et qui se compliqua d'une détérioration notable de la vue.
Cette réduction de la faculté visuelle continua peu à peu , mais d'une manière continue, malgré la diminution de tous les autres phénomènes indiqués et même après la sortie de l'hôpital. Quinze jours plus tard, J. M. dut, pour une anasarque généralisée, rentrer de nouveau dans un hospice, où l'on démontra la présence d'une grande quantité d'albumine dans l'urine. Quand l'iiydvopisie eut, en grande partie, disparu, mais alors aussi que la faculté visuelle était diminuée à ce point que le malade ne pouvait plus se conduire seul avec sécurité , on le remit aux soins de l'ophthalmologiste.
Le malade lit actuellement avec l'œil droit (V. oo), péniblement le n° lia 8 pouces, et avec l'œil gauche (V. — 36) le n« 15 à 8 pouces de distance.
Sur l'œil droit, on trouve un rétrécissement du champ visuel , et l'objet fixé étant distant d'un pied, la limite externe est à 7 pouces, la limite inféro-interne à 9 ponces; dans les autres directions le rétrécissement est peu important; dans l'œil gauche l'étendue du champ visuel paraît presque normale.
Dans les parties extérieures de l'œil, on n'aperçoit aucun phénomène morbide; les pupilles sont de grandeur moyenne, mais leurs contractions sont lentes, peu étendues; cependant l'atropine les dilate ad maximum.
A l'ophthalmoscope, les milieux se montrent, des deux côtés, complètement transparents et les yeux sont, à l'intérieur, éclairés d'une manière normale.
Le fond de l'œil droit (fig. 6G) est, en général, normalement coloré et granulé; cependant, dans la région de la manda et dans son plus proche voisinage, la couleur est plutôt d'un jaune-brun rougeâtre. Au même endroit et dans une plus grande étendue, on voit une infinité de taches de grandeur différente, extrêmement claires, presque brillantes, par places d'une couleur blanc-jaunâtre, et qui paraissent les unes superficielles, les autres plus profondément placées dans le tissu de la rétine.
Les plus grandes d'entre elles, dont le nombre est limité, se trouvent immédiatement autour de la macula, mais surtout vers sa partie interne; elles sont allongées, mal délimitées et affectent autour de la macula une disposition radiée, de telle sorte qu'elles paraissent l'entourer comme d'une couronne.
Près de ces plus grandes taches, et plus loin se présentent les plus petites, en partie disséminées isolées, en partie réunies dans différents points, en groupes plus
ou moins considérables. Ceux-ci occupent principalement cette place du fond de l'œil qui est entourée des vaisseaux rétiniens circonscrivant la macula dans un arc étendu.
Ces plus petites taches ont, les unes, une forme irrégulière, les autres, une forme arrondie; elles ressemblent à de petits points, et si les unes sont nettes et claires, les autres sont si mal délimitées et d'une couleur si peu claire qu'elles paraissent à peine indiquées.
La plus grande de toutes ces taches claires avoisine la circonférence interne du nerf optique, à une petite distance de sa limite; la forme en est ovale et, à sa partie moyenne, elle est munie d'une tache pigmentaire.
De semblables agrégats pigmentaires, plus foncés cependant et d'un diamètre plus petit, se trouvent répandus en petit nombre parmi les taches claires, autour de la macula et à sa partie externe.
Dans sa plus grande étendue, la rétine paraît d'une couleur grisâtre extrêmement faible (cependant on n'en a la preuve certaine qu'en adaptant très-exactement son œil) ; sa surface réfléchit un peu plus la lumière que dans l'état normal, mais , au reste, elle offre encore un haut degré de transparence.
Le système vasculaire central, eu égard à son étendue, sa distribution, son trajet, sa couleur, ses contours et le diamètre de chacun de ses vaisseaux, ne présente aucune différence, par rapport à un œil sain.
Le nerf optique est arrondi, de grandeur normale, limité à sa circonférence externe par de légères bordures pigmentaires d'un brun rougeâtre, et de tous côtés on peut reconnaître l'anneau du tissu cellulaire; il a, dans ses parties périphériques, une couleur légèrement rougeâtre et sa surface se confond avec le plan de la rétine.
Dans l'œil gauche la rétinite est nettement dessinée. La rétine paraît trouble autour du nerf optique, le nerf optique, effacé; les veines ont un diamètre plus grand, elles sont fortement tortueuses et en partie masquées. Autour du nerf optique, et à une distance égale à son diamètre, se trouvent des plaques blanches isolées, et dans la région de la macula des taches claires semblables à celles de l'œil droit; pourtant ces dernières n'affectent point de forme et de disposition caractéristique et ne se laissent point poursuivre aussi loin dans le fond de l'œil.
PI. XIV. Fig. 67.
L. Z., garçon bouclier, a toujours été fort et bien portant pendant son enfance : à 14 ans il eut le typhus, et un an plus tard la petite vérole, sans aucune conséquence fâcheuse.
A partir de sa 20"ie année, il souffrit souvent de coliques, déterminées par l'influence de la température à laquelle il avait été exposé en transportant des bestiaux
(*) Voy. : JJeilràge zur Pathologie des Auges; p. 39, pi. XIV.
sur le Danube, de même que par une nourriture peu convenable et surtout par la consommation d'une grande quantité de fruits.
Dans l'arrière-saison de 1853, le malade tomba dans l'eau jusqu'aux hanches, et il se refroidit faute d'avoir pu changer de linge; le jour même survint une fièvre violente avec frisson, par suite de laquelle se développa une inflammation du basventre qui retint le malade six semaines au lit. Depuis cette époque les coliques diminuèrent; par contre, il lui vint un mal de tête qui dura, presque sans relâche, jusqu'à présent. L'invasion de cette douleur, qui s'étend de la nuque sur tonte la tête jusque dans les dents, est régulièrement précédée d'une sensation de battements dans la région stomacale. Ce mal était accompagné, depuis 6 mois, de constipation ; l'emploi d'émollients a suffi pourtant pour l'éloigner momentanément et pour amener, en même temps, une amélioration essentielle dans la céphalalgie.
L. Z. avait eu, dès l'enfance, une vue perçante et continue, mais au début du mal de tête, et surtout quand ce dernier atteignit sa plus grande acuité, il souffrit de scotômes lumineux. Il y a cinq semaines, il remarqua, par hasard, qu'il voyait plus mal de l'œil droit que de l'œil gauche, et qu'avec le premier il voyait les objets comme couverts d'un nuage.
Ce nuage augmenta notablement après de grandes fatigues, des écarts de régime, sous l'influence d'une température défavorable, mais surtout pendant les crises de mal de tête, et, il y a trois semaines, après un fort refroidissement et l'absorption de vin et de café noir, ce nuage devint très-épais, non-seulement dans l'œil droit, avec lequel il n'apercevait plus que les contours des gros objets, mais encore dans l'œil gauche avec lequel le malade ne pouvait plus apercevoir les personnes qu'à la distance de quelques pas.
Sous l'influence des sangsues, des résolutifs et d'un régime sévère, la faculté visuelle s'améliora dans l'espace de quinze jours, non-seulement celle de l'œil droit, mais surtout celle de l'œil gauche, si bien qu'avec ce dernier le malade pouvait, de nouveau, distinguer les chiffres d'une montre. Ayant encore voyagé par une mauvaise température, il s'attira, avec un violent mal de tête, une nouvelle diminution de la faculté visuelle à droite, ce qui le détermina, après avoir essayé en vain, pendant plusieurs jours, des moyens vulgaires, à recourir encore aux soins du médecin.
Le, malade, âgé de 22 ans, de forte et superbe stature, bien nourri, a un teint qui prouve bien qu'il est souvent au grand air et qu'il n'est point habitué à se priver dans le boire et le manger. A ce qu'il rapporte, il n'a jamais eu la syphilis; les symptômes qui démontreraient cette maladie n'existent pas(*).
L'examen des parties extérieures des yeux ne permet de constater aucun phénomène morbide. Les pupilles sont rondes, d'un diamètre ordinaire, normalement contractiles et noir foncé.
Sur l'œil gauche, le malade se plaint d'un léger nuage uniforme, et ce n'est qu'avec peine qu'il lit le n" 2 de 4 à 10 ponces; mais il lit encore le n" 20 à 8 pieds.
Le champ visuel de l'œil droit est divisé en deux moitiés: l'une plus claire à gauche, l'autre plus foncée à droite; leur limite commune, qui est presque exactement rectiligne, est verticale, et un peu à gauche de la partie centrale dn champ visuel, de sorte que la droite, plus foncée, occupe la plus grande partie du champ visuel et qu'elle renferme en même temps le point de fixation.
Dans la partie gauche plus claire du champ visuel, tous les objets semblent au malade seulement comme enveloppés d'un léger nuage gris-clair, et il peut y lire encore le n" 14 de 4 à 14 pouces, et le. 20 à 4 pieds de distance; dans la partie droite, an
(*) L'examen des urines, surtout au point de vue d'une complication Brigtluqne, ne fut pas laite à l'occasion de la présentation du malade (1854).
contraire, tout est comme couvert d'une fumée noirâtre foncée qui, vers la partie gauche du champ visuel, près de la limite, est plus claire et se confond peu à peu avec le nuage gris-clair.
Si la ligne visuelle de cet œil (droit) vient à se fixer sur une lettre du n° 14, la lettre qui fait face directement, et surtout les lettres qui se trouvent immédiatement à gauche peuvent être reconnues tout d'abord; mais en fixant plus longtemps, la lettre de face disparaît tout aussitôt, tandis que celles qui sont plus loin ne disparaissent pas.
Dans la partie plus foncée de la moitié droite du champ visuel, le n° 20 même n'est pas lu, mais il est pourtant encore reconnu. Dans la vision de loin, la fumée doit même y devenir un peu plus claire, et permettre aux objets de ressortir avec plus de netteté.
L'examen ophtlialmoscopique, la pupille étant dilatée, indique, dans l'œil droit, des milieux transparents, ainsi qu'une adaptation dioptrique pour les rayons parallèles (V. oo). Le fond de l'œil (fig. 67) est, en grande partie, normalement coloré en jaune-rougeâtre; pourtant il parait moins réfléchir la lumière, et d'un aspect plus mat qu'à l'état normal: un voile extrêmement mince le recouvre presque dans toute son étendue. En différents points, au niveau surtout des seconde et troisième ramifications des vaisseaux centraux, ce voile se transforme en un nuage gris, épais, qui, placé superficiellement, c'est-à-dire dans le plan de la rétine, obscurcit plus ou moins, en certains endroits, la couleur normale du fond de l'œil, qui même recouvre complètement ces points, et soustrait tout à fait au regard les plus fines ramifications vasculaires.
La papille, d'une forme légèrement ovale, et d'un diamètre normal, est fortement colorée en rouge, et seule une observation exacte permet de la distinguer du reste du fond de l'œil à sa couleur plus-claire et plutôt rouge-sang, sans que pour cela, on puisse reconnaître l'anneau du tissu cellulaire. Elle présente, au niveau de l'épanouissement des fibres du nerf optique, une légère striation rougeâtre, stiïation qui s'étend surtout en haut, en bas et en dedans sur le bord papillaire qu'elle rend à peu près méconnaissable , et qui se confond peu à peu avec le reste du fond de l'œil.
Le système vasculaire de la rétine présente une différence frappante entre le diamètre des artères et celui des veines, et offre, en général, l'aspect déjà représenté fig. 62 à 64, pi .XIII. Les veines dont on ne peut suivre que les plus forts rameaux, ne présentent nulle part d'augmentation ni de diminution dans leur diamètre; cependant, comme cela a déjà été remarqué, elles sont parfois recouvertes d'un nuage gris qui d'abord en obscurcit les contours, et ensuite la partie moyenne, si bien qu'en certains points elles échappent à l'observation, pour reparaître dans d'autres points avec plus de netteté. Les artères présentent des phénomènes semblables à ceux des veines, et après un court trajet, elles échappent presque, complètement au regard, mais vers les parties périphériques du fond de l'œil, elles ressortent de nouveau avec plus ou moins de netteté.
Les altérations les plus frappantes du fond de l'œil se trouvent dans la région de. la macula. Le trouble est ici très-faible; par contre, les taches et les stries claires paraissent un peu plus profondes, douées d'une forme particulière et forment une mosaïque qui s'éloigne en rayonnant du milieu de la tache jaune; dans leur intervalle une partie du fond de l'œil montre une couleur plus sombre, presque rougebrun , et possède des agrégats pigmentaires épais, presque noirâtres.
Ces taches et ces stries, pour la plupart d'une couleur claire jaunâtre, deviennent plutôt d'un jaune rouge à la périphérie, et elles disparaissent enfin, en prenant la couleur du fond de l'œil. Dans quelques-unes d'entre elles, le trajet des plus forts vaisseaux choroïdiens se laisse manifestement reconnaître.
Outre ces taches claires plus grandes, on trouve encore an fond de l'œil, dans leur voisinage, une infinité de taches et de points plus petits, irrégnliers ou arrondis, jaunâtres ou d'un jaune-rougeâtre clair, et mal délimités. Ces taches et ces points ressortent avec plus ou moins de netteté; ils se trouvent en partie isolés, en partie réunis en groupes dans la périphérie du fond de l'œil; deviennent ensuite de plus en plus confus, et dans le nuage grisâtre étendu sur le fond de l'œil, ils disparaissent enfin complètement au regard.
Enfin, entre la macula et la papille, on remarque une tache isolée, légèrement bleu-verdâtre, qui porte sur son angle obtus un grand point de pigment foncé. Cette tache triangulaire est plus claire au milieu, plus foncée à la périphérie, elle est nettement limitée, et à sa surface se fait une forte réflexion de la lumière, un miroitement pareil à celui qui viendrait de la surface d'un morceau de verre.
Le fond de l'œil gauche (V. oo) laisse apercevoir des particularités semblables ; mais beaucoup moins développées, et surtout on n'y voit pas, comme dans l'œil droit, de tache bleu-verdâtre.
PI. XIV. Fig\ 68.
In fia m m a Ho n de I a r ê t i n e.
.1. B., âgée de 53 ans, n'eut pas de maladie sérieuse depuis l'enfance, jusqu'à la 40"'e année, et de 11 à 40 ans elle eut des périodes régulières; cependant dès la jeunesse, selles rares, quelquefois tous les 8 jours, et, comme conséquence, maux de tête fréquents et presque réguliers quelques jours avant les règles.
Elle a eu quatre enfants, dont trois sont vivants et jouissent de la meilleure santé.
Depuis la jeunesse, les deux yeux sont également myopes; elle a toujours bien vu et d'une façon continue de près, mais elle n'a jamais porté de verres pour voir de loin; elle n'a jamais eu mal aux yeux, et n'a jamais observé d'augmentation dans sa myopie.
Peu de temps avant la cessation de ses règles, pendant sa 40me année, survinrent des congestions vers la tête, qui reparurent toujours plus fréquentes les mois suivants, et maintenant, depuis 12 ans, malgré les moyens les plus variés qu'on leur oppose, elles se répètent presque tous les jours à différentes reprises. En outre, une ou deux fois la semaine, elles atteignent un tel degré d'intensité que, non-seulement la malade éprouve un sentiment de vertige et de forte chaleur à la tête, mais que la figure rougit, il survient une soif ardente, et une sueur, qui, commençant par la tête se répand aussitôt par tout le corps.
Il y a un an, ces congestions s'accompagnèrent d'un sentiment d'aflaisement général, d'inertie, mais surtout de douleur et de pression précordiale ; alors les transports sanguins vers la tête augmentèrent encore de fréquence et d'intensité et le sommeil et l'appétit diminuèrent notablement.
Pour améliorer ces syptômes morbides, on conseilla des bains tièdes, et au début, la malade parut les supporter parfaitement. Pourtant , lorsque, au bout de quinze jours, elle eut pris le sixième bain, elle devint tout à coup aveugle de l'œil gauche.
A la suite de l'usage réitéré de sangsues sur la tempe et derrière l'oreille du côté gauche, on obtint en peu de temps et par deux fois, du côté gauche, une vision assez satisfaisante; pourtant, au bout d'un mois, et sans autre cause, la cécité se déclara à l'œil droit, d'une manière tout aussi subite.
Les sangsues ne produisirent pour l'œil droit aucun résultat favorable immédiat, mais à la suite d'un traitement médical de quelques semaines, la vue se rétablit médiocrement; bientôt pourtant il survint une cécité presque complète de l'œil gauche.
Dans le cours du mois suivant, malgré des récidives répétées, un assez haut degré de vision revint dans les deux yeux en môme temps que se fit une amélioration notable dans l'état général. Par contre, il .y a un mois qu'avec le retour de tous les autres phénomènes morbides, coïncida un nouvel affaiblissement de la vue qui continua invariablement jusqu'aujourd'hui; il s'accompagna d'un sentiment de plénitude, de pesanteur, de somnolence dans les .yeux, et d'une grande sensibilité à la lumière solaire ou à la lumière artificielle (mais non à la clarté ordinaire du jour); enfin la malade vit des mouches et des phénomènes de photopsie sous forme d'une pluie jaune-clair, et cela surtout la nuit.
J. B. est de taille moyenne, a beaucoup d'embonpoint; son extérieur ne permet pas de conclure à une maladie sérieuse , et malgré une observation et un examen des plus attentifs, on n'est pas en état, sauf les phénomènes mentionnés, de démontrer chez elle aucune autre affection locale ou générale, ni quelque autre phénomène morbide. L'urine ne contient ni albumine ni sucre en quantité anormale.
Actuellement, avec l'œil droit (V. — 58), elle lit le n° 17 à 8 pouces, et avec le gauche (V. — G4), le n° 10 à 8 pouces de distance.
Les parties extérieures des yeux paraissent parfaitement normales; la chambre antérieure a, des deux cotés, la grandeur normale, les pupilles sont modérément dilatées et réagissent rapidement et largement aux variations de la lumière.
A l'examen ophthalmoscopique, les milieux se montrent parfaitement transparents, par contre, l'intérieur de l'œil s'éclaire manifestement moins qu'à l'état normal, et en général, le fond de l'œil est d'une couleur jaune rouge notablement plus foncée.
Cette dernière paraît surtout déterminée par une forte rougeur qui occupe toute l'étendue et toute l'épaisseur de la rétine, et elle s'étend vers le centre (fig. 08, œil gauche), en franchissant, sans s'affaiblir, l'anneau du tissu cellulaire jusque vers la périphérie du nerf optique, dont le bord est ainsi parfaitement recouvert.
Vers la partie moyenne du nerf, elle devient peu à peu plus claire, ce qui fait que celui-ci parait beaucoup plus éclairé , surtout entre les points d'émergence des vaisseaux centraux.
A cette couleur jaune-rouge foncée du fond de l'œil, s'ajoute une striation radiée extrêmement fine qui part du milieu du nerf optique et peut être suivie dans toutes les directions, mais surtout entre les vaisseaux principaux dirigés en haut et en bas jusqu'à une distance de 2 ou .'} fois le diamètre optique; par sa position et sa direction, elle répond parfaitement à l'épanouissement du nerf optique.
C'est dans la région de la macula et tout autour d'elle que sont les altérations les plus frappantes du fond de l'œil. Ce dernier présente, en cet endroit, dans une étendue horizontale de = 2=/4 diamètres optiques et de 2 diamètres dans le sens vertical, grand nombre de taches et de stries claires, et paraît dans leur intervalle, d'une couleur brun-rouge foncée.
Cette région est, en général, irrégulièrement pyriforme et sans limite précise. Les taches claires sont généralement inégales, irrégulières, plus ou moins allongées, en partie striées, rubanées, et affectant pour la plupart une disposition radiée; elles renferment la macula dans leur milieu, et de plus, le centre de cette dernière est placé au
milieu de la région fortement pigmentée, entre les taches les plus grandes et les plus claires dont les angles obtus convergent.
Une partie de ces taches claires, et surtout les plus grandes, celles qui sont situées en haut et celles qui sont en bas et en dehors, ont une couleur jaune-blanc très-claire, elles paraissent presque produire de la lumière tant leur surface brille et miroite; les autres taches ont plutôt une couleur jaune-foncé ou une teinte tirant sur le jaunerougeâtre, qui, peu à peu, se confond avec la coloration du reste dn fond de l'œil et présente pendant cette transition un aspect grenu extrêmement fin.
Les taches les plus claires sont celles qui sont limitées de la manière la plus nette et la plus précise, et pourtant leurs contours ne paraissent pas uniformes, linéaires, mais ponctués; les autres taches ont des limites plus ou moins confuses, effacées, et paraissent, en partie, comme situées dans la partie la pins obscure du fond de l'œil; on dirait qu'elles s'y enfoncent et qu'elles se continuent encore plus loin sous elle.
La couleur brun-rouge du fond de l'œil, entre les taches claires, est surtout foncée vers le centre et devient peu à peu plus claire à la périphérie; le fond de l'œil se montre partout nettement grenu ponctué; ce qui fait que les grains de pigment paraissent plus foncés et plus grands que là où domine la couleur jaune-rouge.
Le système vasculaire présente une étendue et une distribution normales. Cependant les artères, dont on ne voit que les troncs principaux, ont un trajet remarquablement rectiligne, une faible épaisseur et une couleur très-claire ; les veines, au contraire, dont les branches et les rameaux plus petits sont aussi visibles en certains points, possèdent partout un diamètre uniformément plus grand qu'à l'état physiologique, mais qui correspond pourtant à leur proportion réciproque; ils présentent aussi un trajet extrêmement tortueux et une couleur évidemment plus foncée.
Tous les vaisseaux superficiels et bien visibles en certains points, passent, en d'autres, dans les couches plus profondes de la rétine, et, de cette manière, comme s'ils plongeaient dans un nuage rouge, ils deviennent plus ou moins indistincts, et, échappent au regard dans une étendue plus ou moins considérable; ils présentent alors, d'une manière très-caractéristique, tous les phénomènes donnés en détail dans la description des fi g. 62 à C4. Vers l'équateur, tous les vaisseaux redeviennent plus nets, et on peut aussi les poursuivre dans leurs plus petites ramifications ; en ce même point, le fond de l'œil devient aussi d'une couleur plus claire et prend un aspect plus normal.
Le tissu de la rétine, malgré sa rougeur, présente pourtant encore un assez haut degré de transparence, mais, par contre, son épaisseur paraît avoir considérablement augmenté dans sa plus grande étendue, surtout autour de l'entrée du nerf optique et le long du trajet des vaisseaux centraux. Par suite, la surface de la rétine, de même que celle du nerf optique, s'élève rapidement dans le voisinage immédiat du point du sortie des vaisseaux du nerf optique, a son maximum de saillie au devant et autour de la périphérie du nerf optique, et alors, gagnant la périphérie, elle retourne peu à peu en arrière par une pente inégale et avec un aspect ondulé vers le plan qui correspond normalement à la face interne de la rétine.
Le fond de l'œil droit présente une image semblable, avec des particularités un peu moins marquées.
PL XV. Fig. 69.
Inflammation de la rétine et des vaisseaux rétiniens. (*) (Voyez l'histoire de la maladie de A. 0., fig. 102, pi. XX11I.)
PL XV. Fig. 70.
Inflammation de la rétine.
[Embolie de l'artère centrale delà rétine ?](**)
J. S. , charpentier, âgé de 32 ans, fort et de belle apparence, avait toujours été bien portant depuis sa jeunesse jusqu'à il y a peu de temps, à l'exception d'une maladie qu'il fit y a 4 ans. A cette époque, des douleurs rhumatismales apparurent, au printemps, sans cause occasionnelle connue, dans les extrémités intérieures où survint un gonflement œdémateux; ces phénomènes durèrent tout l'été avec une intensité variable et enfin, à l'automne, ils disparurent complètement d'eux-mêmes.
J. S. n'avais jamais eu à se plaindre de ses yeux, dont il avait toujours également bien vu, de près et de loin.
Il y a 4 semaines, pendant le travail, l'œil gauche fut, tout à coup, sans cause connue, frappé d'une cécité qui se dissipa pourtant avec rapidité, quelques minutes après, et ne laissa subsister aucun trouble de la vue.
Il y a 5 jours, à 9 heures du matin il se déclara, tout à-fait de la même manière, une cécité subite de l'œil gauche, et comme jusqu'à présent elle n'a point rétrogradé, ,T. S. dut se soumettre a un examen médical. Au moment où se produisit la cécité, il semblait au malade qu'un nuage noirâtre épais arrivait rapidement du dehors se placer devant son œil; il n'observa pas d'autres phénomènes, n'éprouva pas de sensations pénibles dans l'œil lui-même, et jusqu'à présent il n'est survenu rien de pareil.
Dans l'œil gauche, comme dans l'œil droit, les parties extérieures des yeux ne présentent aucun phénomène morbide; seulement l'œil gauche se montre un peu moins tendu sous le doigt explorateur. Dans les deux yeux, les pupilles sont normalement grandes, noires et contractiles; les deux yeux présentent une structure normale, et au repos de l'accommodation ils sont adaptés pour les rayons parallèles. Avec l'œil droit, le n" 1 est lu de 4a/3 à 18 pouces; pour l'œil gauche, toute perception lumineuse a disparu.
(*) Voy. : Beitràge mr Pathologie des Auges, p. 43, pi. XV et XVI.
(**) Voy.: Berieht dask.k. Allgem. Kranlccnhauses %u Wum vom Jalire 1867, p. 269; et Dr. L. Miiuthner, Lehrbuch der Ophlhalmoscopie, Wien 1868, p. 342.
En ce qui concerne la santé générale, un examen exact et minutieux indique une insuffisance de la valvule mitrale, ainsi qu'un léger rétrécissement de l'orifice auriculovcntriculaire gauche; les autres organes sont comme à l'état normal.
L'examen de l'œil gauche [frappé de cécité] avec le miroir faible, montre les milieux parfaitements transparents, l'intérieur de l'œil normalement éclairé et le fond de l'organe (v. fig. 70) normalement éclairé et grenu dans la plus grande partie de son étendue; il est, par contre, d'une couleur rougeâtre dans sa partie moyenne, et recouvert d'un nuage légèrement grisâtre.
Ce trouble grisâtre, à travers lequel le fond jaune-rouge et granulé de l'œil peut encore être aperçu par transparence est, en général, situé dans la rétine; il présente un aspect nuageux dont l'épaisseur suivant les différents points est alternativement plus ou moins considérable. C'est dans l'étendue de la papille et dans son entourage que ce trouble est le plus évident , surtout vers la partie externe et dans la région de la macula, ainsi qu'au niveau des principaux troncs vasculaires centraux, dirigés en bas et en dehors; vers la périphérie, il se perd peu à peu sans délimitation distincte.
Le système vasculaire central a une étendue et une ramification normales, mais ces vaisseaux et même ceux qui s'étendent jusqu'à la macula, présentent un diamètre plus faible avec un trajet un peu plus rectiligne; d'ailleurs le rapport physiologique entre les artères et les veines, entre les plus grands et les plus petits vaisseaux, n'est pas altéré.
Dans l'étendue du nuage grisâtre, les plus gros vaisseaux, qui sont plus ou moins indistincts au point de vue de leur épaisseur et de leur situation à différentes profondeurs dans la rétine, peuvent cependant être poursuivis dans tous les sens avec leurs contours et leur milieu clair; mais les plus petites ramifications vasculaires ne sont pas visibles. Dans leur trajet périphérique au delà du nuage, les vaisseaux présentent une netteté et une couleur normales.
Les altérations les plus essentielles du côté du système vasculaire, s'observent dans deux des plus petits rameaux vasculaires; un rameau artériel et un rameau veineux, qui, émanant des troncs principaux dans le nerf optique, péuètrent en dedans et en haut, avec de légères courbures, dans la région de la macula : elles s'observent encore dans deux rameaux qui, émanant du plus fort rameau veineux supérieur, se dirigent vers la macula.
Le trajet de ces vaisseaux parait, en général, normal; pourtant leur diamètre est relativement beaucoup plus fort, et on peut les poursuivre très-près de la macula, mais en outre le vaisseau artériel qui prend naissance, immédiatement au dessus de l'excavation du nerf optique, du tronc accessoire artériel ascendant, marche jusque dans la région de la macula et là se divise en deux ramuscules.
Dans les conditions physiologiques, les vaisseaux de cette espèce et de cette région ne tranchent pas si visiblement par rapport aux autres vaisseaux du fond de l'œil, ils sont même, au contraire, le plus souvent si minces, que ce n'est qu'avec peine qu'on peut les poursuivre au voisinage de la macula, qu'ils n'atteignent jamais. La région de la macula ne présente rien de particulier; à son niveau cependant, là où la petite artère se divise, on voit une petite tache rouge, arrondie, semblable à une extravasation qui paraît placée à une petite distance derrière les vaisseaux.
L'extrémité intrà-oculairc du nerf optique présente, en son milieu, une petite excavation (congénitale) arrondie, mais qui n'est très-nettement délimitée qu'en haut et en dehors; la partie périphérique de la papille qui entoure l'excavation, est fortement rougeâtre, et sa surface concorde normalement avec le plan de la rétine. Cependant, dans toute son étendue, le nerf optique, est tellement voilé par le nuage grisâtre mentionné ci-dessus, que l'on n'aperçoit qu'indistinctement sa limite phériphérique et nullement l'anneau du tissu cellulaire.
Les phénomènes morbides mentionnés ne montrèrent dans les jours qui suivirent immédiatement, et pendant lesquels l'oeil fut soumis, à plusieurs reprises, à l'examen ophthalmoscopique, aucun changement essentiel; mais lorsque, 2'/2 mois plus tard, le malade se présenta de nouveau, l'image du fond de l'œil gauche était complètement changée.
Pendant ce temps, une atrophie complète du nerf optique et de la rétine s'était développée. Le trouble grisâtre avait complètement disparu, et la transparence de la rétine était de nouveau rétablie ; cependant elle présentait à sa surface un miroitement considérable. Le nerf optique paraissait très-pâle, faiblement gris-blanchâtre et réfléchissait fortement la lumière, avec une légère excavation cupuliformc dans toute son étendue. Les vaisseaux centraux avaient partout un trajet direct, presque rectiligne, et surtout le diamètre des artères était très-petit, elles étaient aussi bordées, en partie, des deux côtés, d'un liséré blanchâtre étroit (voy. description des fig. 50 et 51, tab. X). Les plus petits vaisseaux, qui auparavant présentaient un diamètre relativement fort et qui pouvaient être poursuivis jusque dans la région de la macula, avaient maintenant un diamètre moindre en rapport avec l'atrophie des autres vaisseaux, et à une certaine distance de la macula, ils échappaient déjà au regard. La tache rouge arrondie qui se trouvait dans la région de la macula avait disparu; mais il y avait à sa place une tache brun-rouge foncée et irrégulière, entourée d'un nombre considérable de points blanchâtres dont quelques-uns étaient très-brillants.
Dans l'œil droit, on ne put comme auparavant découvrir rien de morbide, et le malade voit aussi bien avec cet œil qu'avant la maladie de l'œil gauche; il prétend néanmoins qu'il y a quelques jours, il a aussi cessé de voir avec l'œil droit pendant quelques minutes.
PI. XV. Fig. 71.
Inflammation de la retin e (*).
K. St., âgée de 20 ans, ouvrière, n'a eu, en fait de maladie, jusqu'à il y a peu de temps, que la rougeole (dans sa 8mc année). Sa menstruation qui commença à 16 ans, est depuis lors normale. Petite et maigre auparavant, elle commença, à 18 ans, à grandir et à engraisser rapidement, et actuellement elle est grande, forte, bien nourrie et d'une mine florissante.
Elle a toujours bien vu avec les deux yeux, de près et de loin, et elle s'est occupée 8 à 9 heures par jour de couture ou d'antres travaux fins, sans fatigue des yeux.
Au mois de mars de cette année, elle eut de violentes émotions qui parurent n'avoir pas laisser de suites fâcheuses pour l'état général. Cependant, plusieurs mois après, son extérieur s'altéra sans cause connue, et son teint devint jaunâtre ; il survint de l'oppression, des difficultés de respirer, des battements de cœur, surtout en marchant et en montant les escaliers, phénomènes qui continuèrent sans interruption, quoique avec des variations d'intensité, jusqu'à la fin de septembre; mais alors ils diminuèrent rapidement d'eux-mêmes et disparurent enfin complètement.
Voy.: Bericht des k. k. allgemeinen Krankenhauses in Wien vont Jahre iS 6" 6', p. 816; und Dr. Ludwig Mauthner, Lehrbuch der Opldhatmoscopic, Wien 1866, p. 361.
Quand cessèrent ces phénomènes, il se développa dans les deux yeux une conjonctivite modérée, et lorsque elle cessa, 5 ou 6 mois après, c'est-à-dire vers le 15 ou 16 octobre, la malade remarqua qu'elle voyait mal. Il lui semblait qu'un léger nuage gris couvrait tous les objets; elle ne pouvait plus y voir assez pour coudre, et elle voyait encore plus confusément avec l'œil gauche qu'avec l'œil droit; au premier abord les objets lui paraissaient d'abord clairs; mais, au bout de quelques secondes, ils commençaient à disparaître, lui semblaient plus petits et difficiles à reconnaître ; tous ces objets paraissaient d'abord avoir une couleur tirant sur le jaune, puis un ton verdàtre, et ce n'est qu'après un plus long examen qu'ils se molliraient avec leur couleur naturelle, sans être pourtant tout à fait clairs. 11 n'y a jamais eu ni douleur ni photophobie.
La malade se soumit, pour la première fois, le 19 octobre 1865, à l'examen du médecin. Les deux yeux paraissent normaux à l'extérieur. Les pupilles, de grandeur normale, se contractent rapidement et activement pendant les changements de lumière. Le n° 1 est alors lu par chaque œil séparément, mais seulement à la distance de 8 pouces.
Lorsque, le 24 du même mois, par conséquent, 5 jours plus tard, la malade fut examinée de nouveau, on constata, outre une dilatation de la pupille gauche, une diminution considérable de la vue. La malade ne lisait, de chaque œil, que le n" 7 à i pouces de distance.
La vue ne se soutenait alors que peu de temps: aussi les objets paraissaient, au premier abord, à peine reconnaissables au milieu du champ visuel, et ce n'est qu'après avoir fixé quelques instants qu'ils devenaient un peu plus clairs, mais encore enveloppés d'un épais nuage et notablement agrandis du côté de l'œil gauche. Dans les deux yeux, la vision périphérique était presque normale, ce n'est qu'à un faible éclairage qu'on pouvait démontrer un rétrécissement du champ visuel en haut.
L'aspect des parties extérieures de l'œil est actuellement aussi parfaitement normal, sauf la dilatation de la pupille du côté gauche. Les deux yeux, au repos de l'accommodation, sont adaptés pour les rayons parallèles.
A l'examen opthalmoscopiqile, après la dilatation de la pupille par l'atropine, les milieux de l'œil se montrent parfaitement transparents, et l'intérieur des yeux un peu moins éclairé que d'habitude; mais, dans le fond de l'œil, on voit, de chaque côté, les mêmes altérations :
Le fond de l'œil parait exactement, dans toute l'étendue île la choroïde (voy. fig. 71, œil gauche), d'une couleur et d'un grenu assez normaux en ce qui concerne ses couches les plus profondes; cependant, de tous côtés, il est plus ou moins visiblement recouvert d'un nuage rougeâtre et un peu gris-verdâtre. Cette coloration particulière, extrêmement faible, est surtout localisée dans les couches superficielles du nerf optique et de la rétine; elle provient, comme on peut s'en convaincre, en accommodant avec beaucoup de soin (seulement dans l'examen avec le miroir faible), d'une rougeur extrêmement pale, uniformément répandue sur tout le fond de l'œil, à laquelle s'ajoute une striation très-faible, radiée, rougeâtre, partant du milieu du nerf optique et correspondant à l'épanouissement de la rétine, ainsi qu'une striation grisverdâtre. La striation rougeâtre paraît surtout serrée dans les parties périphériques et autour du nerf optique, et elle se perd en devenant peu à peu plus pâle et indistincte, à une distance du bord papillaire égale, à 1 ou 1 '/3 diamètre du nerf optique.
La striation gris-verdâtre commence très-faible et peu accusée au sein de la striation rougeâtre; devenant peu à peu plus serrée et plus foncée, elle pavait surtout nettement dessinée dans le reste du fond de l'œil, où on peut la suivre dans presque toute son étendue. Elle est, en outre, formée de très fines stries isolées, courtes,
mal délimitées, égales à deux ou trois fois le diamètre des vaisseaux et qui, de leur côté, paraissaient formées de la réunion d'une série de points.
Le système vasculaire central, sauf une coloration un peu plus matte (plus foncée), ne montrait aucune différence par rapport à l'état normal, au point de vue de l'étendue, de la division, du trajet, de l'épaisseur et des contours des différents vaisseaux.
Le nerf optique, eu égard à sa striation et à sa coloration superficielle, paraissait, en général, plus confus et moins éclairé, et en même temps moins nettement indiqué dans ses limites, surtout à la périphérie, et cela principalement en dedans, du côté du nez; cependant on reconnaissait tout autour l'anneau du tissu cellulaire; dans ses parties plus profondes, surtout à la périphérie, il était uniformément coloré d'un faible rouge hématique.
La région de la macula paraissait un peu moins éclairée, avec un point brillant, jaune-clair, extrêmement petit (de là l'impossibilité de le rendre dans le dessin) au milieu; examinée à l'image renversée, elle montrait de faibles indices de particularités décrites pour l'imago fig. 30, pi. V.
Tout d'abord, on prescrivit à la malade des préparations mercurielles , avec le régime diététique correspondant, et plus tard de l'iodure de potassium. Sous l'influence de ce traitement, tous les symptômes morbides diminuèrent progressivement, mais d'une manière constante, et l'acuité visuelle augmenta dans la même proportion pour les deux yeux.
Cinq mois plus tard, la malade pouvait de nouveau, avec chaque œil, lire le n° 1 à 8 pouces de distance, et on ne voyait plus rien de morbide dans le fond de l'œil ; après deux autres mois, l'acuité visuelle et l'aptitude au travail qui existaient autrefois s'étaient rétablies.
PL XV. - Fig. 72.
Formation nouvelle de vaisseaux dans le corps vitré.
J. R., ouvrier tailleur, âgé de 27 ans, d'apparence frêle et maladive , déclare qu'il n'a jamais eu de maladie sérieuse , et que ce n'est que depuis 8 ans qu'il a parfois souffert de douleurs hémorrhoïdales, de constipation et de maux de tête consécutifs. Il avait toujours bien vu de loin et de près.
Il y a deux ans, sans cause connue et après un violent mal de tête de deux jours, le pouvoir visuel baissa tout d'un coup et d'une façon si marquée que le malade dut renoncer à son travail. 11 n'y avait pas de douleur dans les yeux, et le trouble visuel consistait en ce que le champ visuel de chaque œil lui paraissait diversement coloré, et qu'il y percevait un tremblement et un miroitement continuels. Dix jours étaient à peine écoulés que le pouvoir visuel était de nouveau rétabli au point que le malade pouvait reprendre son travail; mais les maux de tête durèrent encore quinze jours après le trouble visuel.
Sept mois plus tard, le même trouble visuel reparut, et cela avec un mal de tête extrêmement violent, presque intolérable, et cette fois il persista pendant six mois. Il semblait au malade qu'un corps foncé se trouvait dans la partie externe du champ
visuel de l'œil droit; ce corps avait la forme d'une araignée qui paraissait vivre et remuer les pieds, et qui devenait de plus en plus grande.
Lorsque quelque temps après, la mauvaise vue et le mal de tête eurent disparu, le malade put de nouveau revenir à son travail et le faire aussi bien qu'auparavant, et cela pendant deux mois entiers. Après ce temps, il y a 8 mois, la mauvaise vue revint encore, mais cette fois sans mal de tête; le malade dut abandonner de nouveau son travail, mais alors il était encore en état de lire. Quatre mois après cependant, il ne voyait plus assez pour lire.
11 y a un mois, survint une nouvelle amélioration, mais elle ne dura que peu de temps. Actuellement, le malade peut à peine lire avec chaque œil le n° 20 (caractères hébraïques) à 6 pouces de distance.
Cette mauvaise pue a pour cause principale, dans les deux yeux, des taches foncées de grandeur égale, lesquelles, placées au centre, couvrent complètement tous les objets. Ces taches ont une forme allongée, sont un peu plus larges en haut, plus étroites en bas, et en mesurant le champ visuel, à dix pouces de distance, elles s'éloignent du poiut de fixation, en haut de 2j/2 pouces, en bas de 3 pouces, en dehors de 1 '/2 pouces, en dedans de 2 ponces. Dans les deux yeux, elles sont entourées d'une zone moins foncée, s'éclaircissant à la périphérie, et dont la largeur ne peut pourtant pas être au juste déterminée. Par suite de ces taches centrales, le malade ne peut apercevoir que les objets placés dans la partie excentrique du champ visuel (avec l'axe visuel tourné de côté); alors, il lui est complètement indifférent d'employer, pour voir, telle ou telle partie du champ visuel. Les limites extérieures du champ visuel se montrent normales dans l'œil gauche; dans l'œil droit, au contraire, elles sont un peu reculées, en dehors, en haut et en dedans vers le centre.
Dans les parties extérieures de l'œil, on n'aperçoit rien de morbide; seulement la chambre antérieure paraît, des deux côtés, un peu moins profonde et les pupilles, très-étroites, se contractent plus faiblement aux changements de lumière. La pression intrà-oculaire est normale, la disposition dioptrique au repos de l'accommodation est à droite V. -f 30, à gauche V. -f- 20.
Le malade se sent actuellement assez bien dans son état général. Il a seulement un sentiment de pesanteur dans la tête, mais si on touche la voûte crânienne, il éprouve une assez violente douleur. Tous les organes du corps semblent sains.
L'examen chimique des urines fait exclure une maladie des reins, car on n'y trouve qu'une forte augmentation des phosphates terreux : outre, une grande quantité de sels calcaires, y a des traces de carbonate d'ammoniaque en dissolution et beaucoup d'oxalate de chaux dans les sédiments.
La pupille étant dilatée ad maximum, on trouve, en examinant l'œil gauche avec l'ophthalmoscope (fig. 72), que l'intérieur est un peu moins éclairé que d'habitude; le système cristallinien est transparent, mais le corps vitré dans ses parties moyennes postérieures, particulièrement vers l'entrée du nerf optique, présente un trouble grisrougeâtre: la consistance de ce milieu semble pourtant normale. Le trouble est, en général, si faible et si transparent que les vaisseaux centraux sous-jacents, la papille optique, la couleur jaune-rouge et l'aspect grenu du fond de l'œil peuvent encore être reconnus nettement, comme à travers un nuage gris-rougeâtre, et étudiés dans leurs particularités.
En outre, le trouble n'est pas uniformément répandu dans le fond de l'œil. C'est tout près de la rétine qu'il est le plus épais, il diminue vers le milieu du corps vitré et se perd enfin tout à fait sans limite tranchée; de plus, il présente dans ses couches plus profondes, particulièrement au devant du nerf optique et dans son entourage, un épaississement nuageux variable. Vers la phériphérie, il diminue
également d'une manière toujours progressive, et disparaît enfin sans limite marquée, de sorte qu'à une distance de 2 ou 3 diamètres optiques du bord du nerf, le fond de l'œil avec ses vaisseaux se laisse voir avec une netteté parfaite. Le fond de l'œil paraît, autant que ce trouble permet en juger, semble avoir conservé partout sa coloration et son aspect grenu normaux. S'il existe un trouble de la rétine, on ne peut le dire avec assurance, à cause du trouble du corps vitré qui le masque ; cependant, d'après l'état de l'autre œil, cela est très-probable.
La macula se présente comme un petit point blanc-jaunâtre extrêmement clair, même brillant, entouré d'un cercle un peu plus foncé, mal délimité en dehors.
Le système vasculaire central offre une étendue, une distribution , un trajet, des diamètres et des contours normaux; seulement, au niveau du trouble du corps vitré et d'une façon proportionnelle à l'épaisseur et à la couleur de ce trouble, les vaisseaux sont voilés et décolorés, et, en ce point, les plus petites ramifications vasculaires ne sont plus visibles.
La papille optique, dans sa périphérie surtout, est voilée par le trouble du corps vitré; mais elle est reconnaissable à sa couleur plus claire, et ressemble à un disque mal délimité, sans anneau de tissu cellulaire, d'une couleur hématiquerougeâtre et uniforme dans ses parties profondes. De la partie centrale du nerf optique, entre les vaisseaux centraux, au point où ils apparaissent et aussi loin qu'on peut les suivre, de très-minces vaisseaux sortent isolément en différents points, directement d'avant en arrière, vers la surface du nerf optique, et se répandent au-delà.
Dans leurs parties les plus profondément placées, ils paraissent fortement voilés; cependant ils gagnent rapidement en netteté et leur couleur devient plus foncée, de telle sorte que bientôt, ils prennent l'aspect de lignes nettement limitées , d'un ronge-foncé, en même temps qu'ils forment de faibles ares et se recourbent en dehors et dans les parties postérieures du corps vitré.
L'extrémité antérieure de ces vaisseaux pénètre jusque dans la partie transparente du corps vitré, dont elle parcourt le tiers de derrière en avant, — comme on peut le prouver, d'une part, en appréciant la position de ces vaisseaux relativement aux vaisseaux du plan rétinien, et d'autre part par la distance, qui les sépare du plan indien, de même que par le mouvement parallactique considérable qu'on provoque de toutes parts, mais surtout entre les extrémités des vaisseaux du corps vitré et les vaisseaux rétiniens.
Les vaisseaux du corps vitré ont, en général, un trajet plus ou moins tortueux, mais qui diffère beaucoup de l'un à l'autre.
Un petit nombre d'entre eux marchent en s'écartant les uns des autres, à la périphérie, vers l'équateur du globe ; en outre, ils se divisent simplement comme les vaisseaux rétiniens, diminuent de plus en plus de diamètre, et enfin se soustraient au regard par leurs extrémités libres qui sont très-fines.
Le plus grand nombre d'entre eux, au contraire, décrivent des sinuosités fermées, comme par exemple les deux vaisseaux dirigés en bas, lesquels se recourbent après un assez long trajet, retournent en arrière en décrivant une courbure analogue et à une petite distance de la portion du vaisseau ascendant, puis s'abouchant avec euxmêmes, produisent des spires étroites et allongées, ou bien comme les vaisseaux dirigés en haut et en dehors et en bas et en dedans, qui décrivent des sinuosités plus courtes avec un fort nœud de vaisseaux à leur extrémité.
Ces derniers vaisseaux s'avancent en serpentant dans leur trajet vers la périphérie, et ce n'est que çà et là qu'ils font une simple spirale ; parvenus à leur terme, ils décrivent, au contraire, un plus grand nombre de spires extrêmement petites, étroitement serrées l'une contre l'autre et qu'on peut pourtant suivre encore à l'image droite ;
dès lors, peu éloignés de la portion de vaisseau ascendante, et avec des sinuosités semblables à celles de cette dernière, ils se portent de nouveau en arrière et finalement s'abouchent soit avec eux-mêmes, soit avec un vaisseau voisin qui forme un nouveau groupe vasculairc. Ainsi, à la partie inféro-interne de l'image se trouvent placés à côté l'un de l'autre deux vaisseaux qui engendrent deux groupes vasculaires parfaitement séparés et pourtant réunis, puisque la partie initiale de l'un franchit la partie terminale de l'autre.
Dans l'œil droit se voient les signes d'une rétinite modérée, avec une rétine diffuse et un trouble très-léger à la partie postérieure du corps vitré; cependant il n'existe aucun indice de vaisseaux nouvellement formés. La région de la macula a le même aspect que dans l'œil gauche.
Le malade fut soumis à un régime antiphlogistique sévère et, en dernier lieu, à un traitement mercuriel (frictions).
Pendant la première période du traitement médical, on observa encore une augmentation de la maladie; le trouble et la rougeur du fond de l'œil s'accrurent, les symptômes d'une rétinite se déclarèrent aussi nettement à gauche ; les vaisseaux du corps vitré gagnèrent notablement en diamètre, et devinrent plus nets et avancèrent davantage, mais ce fut surtout le groupe vasculaire produit par les sinuosités ascendantes qui se modifia dans sa forme : car il se transforma en trois petits groupes tortueux, étroits, digitiformes, qui composaient une spirale étroite du vaisseau principal, analogue à celui du groupe primitif.
Dans la suite du traitement, tous les symptômes morbides rétrogradèrent lentement dans les deux yeux, en présentant différentes oscillations et de nombreuses recrudescences, et même les vaisseaux du corps vitré qui paraissaient vides se remplirent de nouveau. Les vaisseaux devinrent de plus en plus minces et pâles, et les groupes vasculaires si faibles à leurs extrémités périphériques, qu'ils se soustrayaient peu à peu au regard ; les colonnes rouges des vaisseaux droits et les sinuosités vasculaires devinrent de plus en plus courtes, mais en même temps, les parties exsangues demeurèrent encore visibles pendant quelque temps, comme de minces cordons blanc-grisâtres, et enfin tous les vaisseaux du corps vitré disparurent sans laisser aucun indice de leur trajet primitif. Le trouble du corps vitré et les symptômes de la rétinite diminuèrent au même degré dans les deux yeux; les nerfs optiques se montrèrent de plus en plus distincts, et présentèrent, comme les vaisseaux centraux, un aspect de plus en plus physiologique. Seule la région de la macula conserva dans les deux yeux un aspect tout-à-fait inaltéré.
Après quatre mois, le corps vitré s'était presque complètement éclairci des deux côtés; à part une rougeur et un trouble diffus et légers, le fond de l'œil avait repris un aspect normal, et la faculté visuelle s'était tellement améliorée que le n° 5 (en hébreu) pouvait être lu avec facilité.
PI. XVI. Fig. 73.
Cordons cicatriciels de la rétine.
G. Z., ouvrier, âgé de 34 ans, avait été al teint dans son enfance d'affections glandulaires et dans sa 21rae année de coxalgie rhumatismale. Jamais il n'avait eu la syphilis.
Il y a 5 ans, à la suite d'un refroidissement il fut pris d'une colique violente qui se fit sentir trois fois dans l'espace de 12 jours, et dès lors diarrhée pendant plusieurs semaines. Lorsque cette dernière fut guérie, survinrent des congestions à la tête qui se renouvelèrent fréquemment et pendant lesquelles le sommeil était agité et souvent interrompu par des rêves inquiétants; ensuite survenaient des frissons avec chaleur consécutive et forte transpiration des aisselles.
Depuis 3 ans, tous les soirs, de 8 à 9 heures, survenait un violent mal de tête, avec sensation d'aiguilles enfoncées dans la tête, et qui allait de la partie postérieure auvertex et vers le front. Le malade avait alors besoin de fermer les yeux, après quoi il s'établissait une abondante sécrétion de larmes.
Il y a 11 mois, tous les symptômes morbides (tels que maux de tête, refroidissements, sueurs, etc.) disparurent tout d'un coup sans cause occasionnelle connue ; à partir de là, l'état général de G. Z. fut parfait: pourtant, depuis cette époque, il remarqua dans l'œil gauche une diminution progressive et constante de la faculté visuelle, sans aucun autre phénomène morbide. Dès sa jeunesse, le malade était légèrement myope, cependant il avait toujours bien vu et avec suite, de près comme de loin.
Actuellement les yeux ne montrent, à l'examen extérieur, aucun phénomène morbide : les pupilles sont suffisamment grandes et contractiles. La structure de l'œil droit est légèrement myope (V. — 45) ; avec cet œil, le n» 1 est lu de 4 '/s à 1 3 pouces. L'adaptation dioptrique de l'œil droit au repos est = V. -f- 32. Pour cet œil, il n'existe qu'une perception quantitative de la lumière; cependant une forte lumière artificielle et la lumière solaire directe l'impressionnent désagréablement.
Examiné à l'oplithalmoscope, l'œil droit semble parfaitement sain, l'œil (jonche, au contraire, avec une complète transparence des milieux, se montre notablement moins éclairé à l'intérieur. Le fond de cet œil (fig. 73, œil gauche) paraît foncé, d'un rouge mat, avec un grenu grossier dans la plus grande partie de son étendue, mais, vers le point de sortie des vaisseaux centraux , il réfléchit plus la lumière , est aussi d'un jaune-rouge plus clair, et, à partir de là, en rapport avec l'épanouissement du nerf optique, il présente une striation rougeâtre extrêmement fine. On n'aperçoit pas la papille optique, et on ne reconnaît sa position qu'à l'origine des vaisseaux centraux et à la couleur plus claire de ce point.
Le système des vaisseaux centraux diffère un peu dans sa distribution de l'état normal, et on ne peut le suivre que dans les plus gros vaisseaux. Les artères ont un trajet qui n'est que légèrement tortueux, de petits diamètres et une couleur claire; les veines, au contraire, ont un trajet fortement tortueux, des diamètres en général très-agrandis et une coloration notablement plus foncée. Les unes et les autres, particulièrement les veines, deviennent dans certains point plus confuses, invisibles même, et offrent ainsi un trajet en apparence interrompu. C'est en général aa système vasculaire, mais aussi au fond de l'œil, qu'appartiennent toutes les particularités représentées dans les figures 63 à 65 et décrites en détail dans l'exposé des maladies qui n'y rapportent.
En outre, on trouve encore dans le fond de l'œil deux figures extrêmement claires, d'un blanc-jaunâtre, et fortement chargées d'un pigment foncé sur quelques points. La plus petite des deux est située à quelque distance de l'entrée des vaisseaux centraux, en dedans et un peu en bas ; la plus grande et la plus longue, qui parcourt la plus grande partie du fond de l'œil, se trouve entre le point de sortie des vaisseaux et la macula près de cette dernière, et est dirigée obliquement de haut en bas et de dedans en dehors. Ces deux figures se trouvent au devant de la couche épithéliale de la choroïde, et pourtant elles sont placées si profondément dans le fond de l'œil que les vaisseaux centraux passent intacts sur elles. Elles sont constituées par des stries légères, rubanées, un peu plus larges dans différents peints: pour
la plus part, elles ont une limite nette et foncée, sont même parfois limitées par une légère strie pigmentaire, et ont, le plus souvent, la largeur d'un tronc artériel moyen.
Ces stries, dirigées en ligne droite, sont en rapport les unes avec les autres sous des angles déterminés et empiètent souvent Tune sur l'autre; elles décrivent de cette manière des figures à plusieurs branches, qui s'épanouissent dans un seul et même plan.
A l'extrémité de la branche interne de la plus petite figure, et à l'extrémité de la branche inféro-externe et de la branche supéro-externe de la plus grande figure, se trouvent des agrégats pigmentaires de forme particulière, d'une couleur rouge-brun foncé, presque noirâtre; vers le centre elles sont plus épaisses, plus foncées et limitées par des lignes nettes, tandis que, vers la périphérie, elles sont plus claires et plus minces et passent sans limite distincte à la couleur du fond de l'œil.
PI. XVI. - Fig. 74.
Cordons cicatriciels de la rétine.
S. P., âgé de 24 ans, confiseur, fut, dans son enfance, assez souvent malade, et dut, à cette époque, aussi avoir passé par quelques affections éruptives, sur lesquelles il ne peut cependant rien donner de précis. Dans la suite, il jouit d'une bonne santé, et actuellement aussi son état général est satisfaisant.
Sa vue a toujours été bonne.
Son mal d'yeux se développa lentement et sans cause connue. Il y a deux ans, il remarqua pour la première fois, à la synagogue, en lisant dans un livre de prières, qu'il ne voyait plus avec l'œil droit aussi bien qu'auparavant. A partir de là, et sans qu'on remarquât sur les yeux aucun phénomène morbide, cette mauvaise vue augmenta au point qu'actuellement, du côté droit, à 8 pouces de distance, quelques lettres du n° 20 peuvent à peine être reconnues. Le trouble de la vue est uniformément répandu sur tout le champ visuel.
Avec l'œil gauche, qui est légèrement myope (V. — 80), le no 1 est lu de 4 à l4'/2 pouces de distance. L'œil droit, malade, est, au repos de l'accommodation, disposé pour les rayons convergents (V. -f- 60).
L'examen extérieur des yeux ne montre rien de morbide ; les pupilles ont une grandeur et une mobilité normales.
A l'examen ophthalmoscopique, l'œil droit, dont la vue est mauvaise , présente un cristallin et un corps vitré parfaitement transparents. Le fond de l'œil est normalement éclairé, et le nerf optique (v. fig. 74) a une forme arrondie, des dimensions régulières et une surface normale ; il est nettement délimité et entouré d'un anneau de tissu cellulaire. Le tronc nerveux présente, en son milieu, une couleur blanc-jaunâtre; et dans ses parties périphériques , et profondément, une couleur rougeâtre uniforme, tandis qu'à la superficie il offre une rougeur très-légère et une striation radiée.
Le système des vaisseaux centraux est normal, eu égard à l'étendue, la distribution, l'épaisseur, la couleur et le trajet des différents vaisseaux.
Le reste du fond de l'œil possède la coloration et le grenu jaune-rougeâtre habituels. On y voit une figure particulière, très- éclairée, blanc-jaunâtre, laquelle, placée derrière les vaisseaux rétiniens, s'étend dans un seul et même plan au devant de la couche épithéliale de la choroïde. Cette figure est formée de légères stries rubanécs qui ont pour la plupart la largeur d'un tronc artériel moyen et qui marchent en se renflant par places sous forme de nœuds, ou en se changeant en rubans plus larges, qui courent en ligne droite, soit dans une direction sinueuse. Elles marchent isolément ou se ramifient et s'unissent avec d'autres stries, et cela en plusieurs endroits, sous des angles déterminés (comme dans le cas précédemment décrit, fig. 73).
En majeure partie, ces stries ne contrastent avec le fond jaune-rouge de l'œil que par la différence de couleur, qui est toutefois très- nette et bien tranchée; au contraire, dans d'autres endroits, elles paraissent limitées par un contour net foncé, voire même par un faible liséré pigmentaire. Le plus grand nombre d'entre elles se dirigent vers l'entrée du nerf optique ; mais la plus longue, entoure cette région à une grande distance et en décrivant une vaste courbure dans la moitié supérieure du fond de l'œil.
L'œil gauche se montre parfaitement sain à l'examen ophthalmoscopique.
PL XVI. Fig-. 75.
Atrophie du nerf optique et de la rétine.
[Epaississement des parois vasculaires. ]
A. S., paysanne, âgée de 2S ans, eut pendant sa neuvième année une longue fièvre intermittente; dès sa 18,ne année, elle souffrit, pendant 3 ans, d'ulcères aux doigts. Elle n'eut jamais de phénomènes de chlorose, quoique ses règles qui maintenant sont encore faibles, bien que régulières dans leur marche, ne se soient établies qu'à l'âge de 22 ans. Depuis son enfance, elle avait à la paupière supérieure droite une petite tumeur caverneuse, qui grossit un peu dans ces dernières années; la vue fut cependant toujours bonne des deux yeux, aussi bien de près que de loin.
A l'âge de 28 ans, en février 18f>5, elle eut un soir, tout à coup, mal à la tête, après s'être échauffée dans l'après-midi du même jour, à frotter fortement et longtemps le parquet, et s'être exposée ensuite à un refroidissement rapide. Le jour suivant, il y avait des bourdonnements d'oreille, de la dureté de l'ouïe, de la raideur et de la douleur dans le cou, de l'enchifrènement avec excoriation et gonflement de l'aile droite du nez, enfin du gonflement des paupières et une saillie des deux yeux. Au deuxième jour, l'œil gauche avait déjà repris son aspect normal ; à l'œil droit, au contraire, le gonflement était deux fois plus considérable, et, en même temps, il y avait douleur dans la moitié droite de la tête et insensibilité de la largeur d'un doigt au dessus de la partie interne du bord orbitaire supérieur droit: ce dernier symptôme persista deux mois. Au 5mejour de la maladie, la malade remarqua un matin, à son réveil, qu'il n'existait plus pour l'œil droit aucune percep-
tion lumineuse; le même jour, une sensation de froid, comme produite par un courant d'air, se déclara également dans la moitié droite du front et à l'œil droit, et continua sans interruption pendant plusieurs jours.
Dans les mois suivants, tous les symptômes morbides s'évanouirent peu à peu, sauf le trouble fonctionnel et une légère saillie de l'œil droit. Actuellement, 5 mois plus tard, l'œil droit louche encore en bas et en dehors, et il se montre un peu saillant hors de l'orbite dans la même direction, sans que pourtant on puisse reconnaître, soit un gonflement notable des différentes parties de cet œil ou des parties environnantes soit la présence d'une tumeur dans l'orbite. De tous côtés, excepté en dedans, cet œil est parfaitement mobile, mais il n'y a pas la moindre trace de perception lumineuse. Les parties du globe visibles à l'œil nu ne présentent aucun phénomène morbide; la pupille un peu élargie et immobile se laisse dilater ad maximum par l'atropine.
Avec l'ophtlialmoscope, on voit le système cristallinien et le corps vitré parfaitement transparents, l'intérieur de l'œil plus fortement éclairé que d'habitude, le fond de l'œil (fig. 75, œil droit) d'une couleur en général beaucoup plus claire, et l'œil adapté pour des rayons faiblement convergents (V. -|- 90).
Le nerf optique est nettement limité par un liséré pigmentaire choroïdien brunrouge à la partie externe et à la partie interne de sa circonférence, mais en haut et en bas dépourvu de contours précis; il a une forme allongée irrégulièrement ovale; le diamètre vertical est normal, mais l'horizontal, au contraire, est notablement plus petit; le côté externe et le côté supéro-externe sont fortement déprimés; dès lors l'étendue de la papille paraît singulièrement diminuée, mais pourtant sa surface est normalement en rapport (sans excavation) avec le plan de la rétine. Dans toute son étendue elle présente une couleur pâle et réfléchit fortement les rayons lumineux. L'anneau du tissu cellulaire se reconnaît tout autour, il est d'une couleur blanchâtre, mais ses contours ne sont point nets, excepté en dehors où il y a des lisérés pigmentaires. La couleur du tronc nerveux est gris-blanc, avec mélange d'un ton verdâtre surtout appréciable dans ses parties périphériques, tandis que dans le milieu il s'y ajoute une faible nuance jaune. Mais, en même temps, le nerf optique offre aussi dans toute sa superficie, des taches plus petites, allongées, d'un gris-verdâtre, mal délimitées, et correspondant aux lacunes de la lame criblée.
De toutes parts, la rétine a sa transparence normale; pourtant sa surface interne réfléchit considérablement la lumière, et elle parait avoir beaucoup diminué en épaisseur.
Le système vasculaire central présente, en général, les caractères rendus déjà PI. X, fig. 50 et 51, et décrits dans l'exposé des maladies, pp. 69 et 71. Tous les vaisseaux ont une étendue et une distribution normales, cependant leur parcours est plus étendue et les colonnes sanguines rouges, qui seulement dans les troncs principaux sont encore nettement dessinées et ont une couleur plus claire, sont bordées, de chaque côté, de stries d'un claire blanc-jaunâtre, d'une largeur modérée, et là où les colonnes sanguines, à cause de leur faible diamètre, ont cessé d'être visibles, ces stries s'unissent les unes avec les autres, et. sous de simples rubans, elles indiquent le trajet ultérieur des vaisseaux.
Les vaisseaux sanguins dirigés en haut, dans le fond de l'œil, ont un diamètre notablement plus petit qu'à l'état physiologique, et il est à peu près diminué de moitié ; ceux qui sont dirigés en bas sont cependant encore moins volumineux et ils ne paraissent plus que comme des lignes fines plus ou moins claires ou foncées. En outre, les artères ont, en général, un diamètre plus petit que les veines, et de plus, cette différence est égale à la différence physiologique des deux espèces de
vaisseaux. Les autres grands rameaux vasculaires du fond de l'œil paraissent comme des stries tout à fait blanchâtres.
La couleur du fond de l'œil dans l'étendue de l'expansion ehoroïdienne est d'un rouge-jaune clair assez uniforme, et les granulations sont extrêmement fines. Dans la partie externe, surtout dans la région de la macula, et en allant de là en haut et en bas, on voit apparaître des taches foncées, jaunâtres, d'une forme particulière, de même que des agrégats pigmentaires multiples qui, les uns et les autres, se trouvent dans un seul et même plan derrière les vaisseaux rétiniens.
Les taches jaunâtres sus-indiquées sont composées de stries rubanées irrégulières, plus ou moins larges ou étroites, qui ont un aspect velouté, sans qu'on puisse pourtant distinguer en elles de granulation ou de ponctuation véritable; elles ne sont pas bien limitées, et, en devenant plus foncées et moins nettes, leurs diverses extrémités et leurs pointes se perdent peu à peu dans la couleur jaune-rouge du fond de l'œil.
Les agrégats pigmentaires sont, en général, d'une étendue modérée ; ils sont d'un brun rouge plus clair ou plus foncé, paraissent, en certains points, plutôt épais et compacts, sur d'autres, plus transparents et finement ponctués, et montrent, en partie, des formes caractéristiques terminées par des limites exactes, comme dans ce qu'on appelle la rétinite pigmentaire; mais aussi des formes irrégulières avec des limites confuses.
L'œil gauche se montre normal sous tous les rapports. Au repos de l'accommodation, il est adapté pour les rayons parallèles, et il lit le n° 1 de 4</a à 18'/» pouces de distance.
PL XVI. Fig\ 76.
Type de pigment de nouvelle formation.
[ 1« forme.]
J. W. ; âgé de 30 ans, abstraction faite de la varicelle qu'il prit à l'âge de 55 ans, n'a jamais eu de maladie sérieuse.
Dès son enfance, il a toujours bien vu et d'une façon continue, de près et de loin, et ce n'est que par hasard que l'attention fut portée sur les agrégats pigmentaires qui existent dans l'œil gauche.
Son père qui était mort du typhus, avait toujours été bien portant et robuste, et il avait toujours bien vu, ainsi que sa mère et ses frères et sœurs.
Les jeux paraissent parfaitement normaux dans leurs parties extérieures; les pupilles ont la grandeur et la mobilité normales. Avec l'œil droit (Y. -f- 85); le n« 1 est lu de 5i/, à 17 pouces de distance, avec l'œil gauche (V. oo), le n» 1 est lu de 4'/, à 21 pouces de distance. 11 n'y a ni interruption ni rétrécissement dans le champ visuel des deux yeux.
A l'examen ophthalmoscopique, l'intérieur des yeux est un peu moins éclairé, et le fond de l'œil a, en général, une couleur plus foncée.
Dans l'œil gauche (fig. 76), le nerf optique a une forme légèrement ovale et un diamètre normal. Dans son milieu, au point d'émergence des vaisseaux, se trouve
une excavation d'une profondeur modérée, et dans ce point il est d'une couleur blanc-jaunâtre avec des taches grisâtres; la surface de la partie périphérique qui est faiblement rougeâtre, est, au contraire, placée dans le plan normal de la rétine. L'anneau du tissu cellulaire paraît nettement dans toute sa circonférence. Parfaitement limité du côté du nez par un bord pigmentaire choroïdien, le nerf optique, dans la plus grande partie de sa circonférence externe, est entouré d'un large cône à pointe mousse, qui se porte horizontalement en dehors vers la macula. Ce cône montre une coloration jaunâtre dans la plus grande partie de sa surface, jaunerougeâtre au niveau de la pointe arrondie, et, dans toute son étendue, des taches pigmentaires d'un rouge-brun, très-petites, irrégulières; à la périphérie, mais surtout à la pointe, il est en majeure partie entouré d'agrégats pigmentaires choroïdiens d'un rouge-brun foncé et nettement limités.
Le système vasculaire central se montre partout normal.
Le fond de l'œil est, de toutes parts, d'un jaune-rouge un peu plus foncé que d'habitude, mais pourtant d'une couleur uniforme et avec une granulation à gros grains très-nette ; — à quelque distance du nerf optique, en bas, mais surtout en dedans et en haut, on remarque une pigmentation particulière très-caractéristique répandue sur une grande surface.
Elle est formée de taches arrondies d'un rouge-brun clair ou foncé, parfois môme presque noirâtre, composées de gros grains qui sont en partie isolés et irrégulièrement distribués, en partie réunis en groupes grands ou petits.
Les grains isolés ont, en général, la grandeur du diamètre d'un gros tronc artériel : ils sont pour la plupart nettement limités, plus ou moins serrés et paraissent, à leur tour, comme composés de points extrêmement petits.
Dans les points où ils sont isolés, ou même dans les groupes isolés, ils tranchent nettement et distinctement sur la couleur jaune-rouge uniforme du fond de l'œil; cependant, là où un plus grand nombre des groupes isolés est accumulé, c'est-à-dire en dedans et en haut, ils sont placés sur un fond plus sombre, tandis qu'en ce même point, entre les noyaux des groupes isolés, on voit s'étendre une pigmentation brun-rougeâtre, uniforme, plus fine, plus claire, comme transparente.
Ces agrégats pigmentaires se trouvent, pour la plupart, dans un seul et même plan derrière les vaisseaux de la rétine ; mais au devant se trouvent aussi quelques points pigmentaires isolés qui, des points indiqués, s'étendent périphériquement jusque près de l'équateur de l'œil. Dans la suite, on put constater une augmentation progressive de ces masses pigmentaires.
Dans l'œil droit, il n'y a aucune accumulation anormale de pigment.
PI. XVII. - Fig-. 77.
Typ e de y ig m eut de n o m v elle fo r m ation. [2ma forme.]
P. K., cultivateur, âgé de 33 ans, avait eu dans son enfance la rougeole et la scarlatine, après quoi il fut maladif pendant plusieurs années, mais il souffrit surtout d'affections glandulaires et d'éruptions cutanées. Dans la seconde enfance, ces aft'ec-
tions diminuèrent et disparurent enfin complètement; il devint même plus fort et se développa rapidement. Dans la jeunesse, à part des catarrhes passagers et des gastrites, il fut toujours bien portant.
Toujours occupé à la campagne et se donnant beaucoup de mouvement en plein air, il avait pris l'habitude de beaucoup manger, et surtout de prendre en très-grande abondance, quoique jamais jusqu'à l'enivrement, les boissons spiritueuses les plus diverses. Cette manière de vivre avait continué pendant plusieurs années, sans amener de conséquences fâcheuses; dans les 2 ou 3 dernières années cependant le malade remarqua une diminution considérable dans son appétit, et, depuis plusieurs mois, il a à se plaindre, surtout au réveil, de mucosités bronchiques abondantes; pourtant le reste du corps est en bon état, le malade se sent fort et bien portant et il prend de l'embonpoint.
Auparavant, il n'avait jamais eu à se plaindre de ses yeux et avait toujours bien vu. de près comme de loin. Cependant, depuis plusieurs années, il voyait se développer lentement une presbyopie, et par conséquent, il n'était plus en état de mettre les petits objets aussi près de l'œil qu'auparavant; les objets, qui autrefois étaient bien vus à 2 ou 3 pouces de distance, doivent maintenant être tenus à 7 pouces, mais alors ils lui paraissent tout aussi bien délimités qu'auparavant, et il peut, aussi bien qu'auparavant, apercevoir les plus petits.
Au contraire, dans la vue au loin, il remarque maintenant que depuis un an et demi, au grand air surtout, les objets ont changé de couleur, c'est-à-dire qu'ils paraissent actuellement plus ternes, plus pâles, plus mats; il lui semble maintenant que l'air est moins clair, que la clarté du soleil est moindre qu'auparavant, que le temps est toujours un peu sombre. Sans constater véritablement de nuage ou de voile, les objets, comparés à ce qu'ils étaient autrefois, lui paraissent maintenant comme vus à travers l'atmosphère épaisse d'une grande ville , au lieu de l'air transparent de la campagne. Ce changement existe, en outre, au même degré dans le champ visuel des deux yeux, et, depuis le commencement, il n'a que peu augmenté. Depuis neuf mois, au contraire, il remarque sur l'œil droit une légère diminution périphérique du champ visuel, il ne voit plus latéralement dans la vision indirecte aussi bien qu'autrefois. Ce rétrécissement du champ visuel est partout égal, mais jusqu'à présent d'ailleurs très-peu prononcé.
Les deux yeux paraissent avoir une structure normale, et, à l'examen extérieur, ils ne présentent aucun indice de maladie. Les pupilles ont une grandeur et une mobilité normales.
Le malade voit avec l'œil droit (V. oo ) le n» 1 de 7'/, à 16 pouces, avec l'œil gauche (V. — 90), le no 1 de 7 à 15 pouces.
A l'examen ophthalmoscopique, les milieux se montrent parfaitement transparents dans les deux yeux, et, à part du pigment de nouvelle formation, on ne voit rien d'anormal dans l'intérieur des yeux.
Dans l'œil droit (fig. 77), le nerf optique présente la forme d'un ovale à grand axe vertical; la surface et le diamètre sont normaux, les contours nets, et l'anneau du tissu cellulaire, qui est partout nettement dessiné, est bordé en dehors et un peu en dedans par des agrégats pigmentaires choroïdiens étroits d'un rouge brun très-foncé. Le nerf optique, dans sa partie moyenne, est d'un jaune-rougeâtre clair; dans ses parties périphériques, il est plutôt rougeâtre et moins vivement éclairé.
Le système vasculaire central, en ce qui concerne l'étendue, la distribution, le diamètre, la couleur, les contours et le trajet des différents vaisseaux, se montre parfaitement normal.
Le fond de l'œil possède, dans toute son étendue, la coloration jaune rouge et le grenu normaux; aussi est-il suffisamment éclairé et laisse-t-il apercevoir dans
ses parties moyennes aucun phénomène pathologique; dans ses parties périphériques, au contraire, et à 3 ou 4 diamètres optiques de la macula jusque vers l'équateur, on voit des taches pigmentaires isolées irrégulièrement distribuées. Elles paraissent situées presque dans un seul et même plan derrière les vaisseaux rétiniens, elles sont peu étendues et, en général, elles ont des formes très-précises, nettement dessinées. Quelques-unes d'entre elles sont si petites qu'elles n'apparaissent que comme des points, ou ne font connaître leur forme qu'approximativement, d'autres présentent une striation qui provient de stries isolées plus ou moins régulières, ou de la réunion de deux ou de plusieurs de ces stries: on remarque, le plus souvent, la forme étoilée, composée de trois stries coniques séparées par des angles égaux.
Les plus grandes taches pigmentaires ont, pour la plupart, la forme d'une étoile à plusieurs branches ou composée, ou aussi la forme régulière d'une simple étoile, mais avec un milieu clair arrondi. Quelques masses pigmentaires seulement montrent une forme tout à fait irrégulière.
Dans l'œil gauche qui, du reste, présente le même aspect, les taches pigmentaires ont le même caractère et la même situation ; en général cependant, elles sont en nombre moindre et de plus petites dimensions.
PL XVII. Fig\ 78.
Type de pigment de nouvelle formation.
[ 2™e forme. ]
A. P., garçon jardinier, âgé de 18 ans, n'a jamais été sérieusement malade; dès son enfance, il était déjà faiblement myope, ce qui le frappa, pour la première fois, à l'école lors de sa 6m0 année, puisqu'il ne pouvait pas lire sur le tableau aussi loin que ses condisciples. En outre, la vue n'était pas très-perçante ; il se fatiguait facilement, le matin et au crépuscule il voyait toujours mal; il voyait un peu mieux à la clarté de la lune, mais surtout dans l'hiver, lorsque la neige couvrait uniformément tous les objets; à la lueur d'une bougie et d'une lampe, il voyait aussi bien que dans le jour. 11 ne doit jamais avoir remarqué de changement dans le degré de sa myopie ni dans l'état défectueux de sa vue. De ses trois frères et sœurs, tous, excepté un frère, voient d'une manière satisfaisante.
A l'examen extérieur, les deux yeux semblent parfaitement sains. Les pupilles ont leur grandeur et leur mobilité normales, les milieux sont clairs.
Avec l'œil droit (V. — 35) le n» lest lu de 2"/4 à 7 pouces, avec l'œil gauche (V. — 32) le n» 1 est lu de 2i/, à 5'/» pouces de distance.
Le champ visuel, mesuré à 18 pouces de distance, s'étend à partir du point de fixation, dans l'œil droit, en dedans à 11 pouces, en haut et en bas à 15 pouces, en dehors à 18 pouces; dans l'œil gauche, la mesure, à partir également du point de fixation, est de 10 pouces en dedans, de 14 pouces en haut et en bas, de 1G pouces en dehors.
A l'ophthalmoscope, les milieux se montrent parfaitement transparents dans les deux yeux; l'intérieur n'est cependant que peu éclairé, et, en général, le fond de l'œil est notablement plus foncé.
Dans l'œil gauche (fig. 78), le nerf optique a une forme légèrement ovale avec le grand axe vertical ou faiblement incliné en haut et en dehors; les diamètres sont normaux, et, en différents points, on distingue, avec plus ou moins de netteté, l'anneau blanc-jaunâtre du tissu cellulaire; dans la plus grande partie de sa circonférence, le nerf est entouré de stries et de niasses pigmentaires brun- rouge foncé, d'épaisseur et de largeur variables, qui marquent nettement ses limites inférieures, internes et supérieures, mais qui, en dehors, sont un peu écartées comme par un cône étroit du bord externe de l'anneau du tissu cellulaire. La surface du nerf optique est, en général, normalement située, et ce n'est que dans le milieu qu'on observe une légère dépression, au niveau de laquelle le tronc nerveux est plutôt blanc-jaunâtre et vivement éclairé, tandis que, dans ses parties périphériques, il paraît moins fortement éclairé, et plutôt d'une couleur rougeâtre.
Le système vasculaire central semble parfaitement normal en ce qui concerne l'étendue, la division, le diamètre, la couleur, les contours et le trajet des différents vaisseaux. La rétine a sa transparence normale dans les parties centrales; la macula ne présente rien de particulier.
Le fond de l'œil, dans toute l'étendue de la choroïde, paraît traversé par des stries claires, souvent contournées, et à la périphérie il est couvert d'une infinité de petites taches pigmentaires. Partout il est dépouillé de la couche épithéliale normale, mais malgré cela, il est nettement ponctué au niveau des stries claires, et d'une manière spéciale au niveau des parties plus foncées qu'elles renferment. Le ton principal de la couleur du fond de l'œil (qui ressort justement dans les taches plus foncées circonscrites par les stries claires) est un jaune-rouge foncé, qui en différents points, surtout dans la région de la macula, se transforme en rouge-brun.
Sur cette couleur foncée placée profondément, en même temps que sur les stries claires, il existe à la surface un léger nuage rougeâtre provenant de la couche épithéliale en grande partie détruite; dans certains points, surtout au niveau de la macula et dans la périphérie du fond de l'œil, ce nuage s'épaissit, et il en résulte que dans les mêmes régions les places foncées apparaissent avec des contours confus comme à travers un nuage, mais que les endroits clairs se montrent plus foncés et comme effacés, et se soustraient de plus en plus au regard.
Dans les taches foncées, irrégulières, on remarque entre les sinuosités vasculaires le stroma pigmentaire choroïdien, tandis que, dans les stries claires qui sont rulianées, de largeur inégale, souvent enlacées et placées les unes sur les autres, le stroma vasculaire de la choroïde ressort plus ou moins nettement. La couche vasculaire moyenne et la couche capillaire de. la choroïde ne peuvent être distinguées.
Ces stries rubanées (les vaisseaux choroïdiens) paraissent tantôt plus, tantôt moins éclairées, et d'une couleur jaunâtre, n'ayant pas de contours comme les vaisseaux rétiniens, mais possédant, en général, une strie moyenne plus claire. Ils ne sont pas nettement délimités, c'est pour cela que les places foncées qu'ils circonscrivent n'ont pas non plus de limites nettes; — la ponctuation nette et foncée des places plus sombres est donc plus mince et plus claire vers les bords, et elle empiète môme au delà des places foncées sur les stries claires, ce qui fait également disparaître les limites exactes des unes et des autres.
Les masses pigmentaires foncées mentionnées ci-dessus, qui se trouvent à la périphérie du fond de l'œil, entourent, à une grande distance, comme leur point central, le pôle postérieur de l'œil. Elles commencent de 3 ou 4 diamètres optiques de distance du pôle, et s'éloignant en même temps horizontalement de ce pôle presqu'à une distance égale à la précédente, elles l'entourent ensuite par leur limite interne sous forme d'une ellipse irrégulière et horizontale; vers l'équatcur du globe, elles vont si loin que, surtout dans cette direction, on peut examiner le fond de l'œil avec l'oph-
thalmoscope. Dans cette étendue elles se présentent presque avec la même intensité ; elles sont situées au dessus des stromas vasculaire et épithélial de la choroïde , évidemment dans des plans différents, ordinairement derrière les vaisseaux rétiniens, quoiqu'une partie d'entre elles se trouvent aussi dans le plan des vaisseaux rétiniens ou au-devant de lui. Dans ces derniers cas, les masses pigmentaires entourent et recouvrent les vaisseaux qui les parcourent, sans suivre spécialement leur trajet, ou sans affecter d'autres groupements, d'autres positions, d'autres formes ou plus d'étendue, que si elles étaient placées dans les intervalles des ramifications vasculaires.
Leur couleur varie du brun-rouge clair jusqu'au presque noir; en outre elles paraissent, les unes peu serrées et transparentes, les autres plus compactes et opaques — mais constituées dans leur ensemble par une agglomération de points extrêmement petits.
Les différentes masses pigmentaires ont des diamètres très-différents, mais, en général petits, et ne dépassant pas certaines dimensions; elles sont les unes si petites qu'on peut à peine les apercevoir, et qu'elles apparaissent comme des points extrêmement petits , les autres si grandes que leur forme se dessine nettement. Les plus grandes ont un corps de i/2 à 2 fois au plus le diamètre des vaisseaux rétiniens avec des prolongements beaucoup plus longs.
Quelques-unes seulement possèdent une forme irrégulière ou une forme simplement striée ou arrondie; le plus grand nombre a des formes très-nettes, caractéristiques, qui peuvent se ramener à des types principaux déterminés , mais qui, par suite de leurs rapports réciproques, présentent les différences les plus variées.
La forme dominante est celle d'un coin, à base très-petite, à sommet fort allongé. De tels coins étroits ou des raies cunéiformes, de grandeur variable, se présentent souvent isolés; mais souvent aussi deux d'entre elles s'unissent par leur extrémité la plus épaisse dans différentes directions, et elles produisent alors les simples formes angulaires, qui possèdent des dimensions variables et des côtés égaux ou inégaux. Le plus souvent, trois de. ces raies cunéiformes se réunissent par leur extrémité la plus épaisse, sous des angles égaux ou inégaux, et produisent la simple étoile à 3 branches; mais il n'est pas rare que plusieurs d'entre elles se réunissent, pour ainsi donner lieu à l'étoile à plusieurs branches; celles-ci, pour la plupart, étant de longueur et d'épaisseur variables, et, s'écartant sous des angles différents. Ces étoiles à plusieurs branches ont, en outre, un milieu beaucoup moins compact, ou elles paraissent trouées au centre, et, à leur aspect, on dirait qu'elles possèdent un noyau jauue-rougeâtre plus ou moins grand. Dans ces étoiles, de temps en temps un des rayons (un coin) manque parfois dans la série, et il en résulte alors des étoiles incomplètes ouvertes d'un côté.
Toutes ces diverses formes se combinent fréquemment les unes avec les autres; puisque, tantôt les branches d'une tache pigmentaire s'unissent avec celles d'une autre tache, ou qu'une branche de l'une s'engage dans le corps de l'autre. Par ces communications, par la réunion des formes les plus diverses, par leur entrecroisement, leur fusion totale ou partielle, ces taches pigmentaires prennent, en définitive, les formes variées de corpuscules osseux, de treillis, formes qu'on ne peut bien juger qu'à l'image droite; mais à l'image renversée, elles sont, en grande partie, déformées à cause de l'aberration de sphéricité, et paraissent surtout tirées et courbées dans la longueur ce qui leur donne l'aspect de figures disposées en arcade.
Dans l'œil droit, l'état ophthalmoscopiquc est le même ; seulement le pigment est un peu moins serré.
PI. XVII. Kg. 79.
GSOSSrSSEMENT 7.
Atrophie du nerf optique et de la rétine avec nouvelles formations de pigment dans le fond de l'œil.
V. T., fonctionnaire, âgé de 57 ans, grand et robuste, doit avoir eu, dans son enfance, quelques maladies éruptives, mais jamais d'autres affections.
Dès la jeunesse, la vue était bonne de près comme de loin ; jamais il n'avait eu mal aux yeux, pas plus que sa mère, ses frères et sœurs. Son père , dans les dernières années de sa vie, doit avoir été aveugle; le malade ne peut indiquer la cause de la cécité.
V. T. avait toujours mené une vie tranquille et agréable, et sans qu'on puisse, à proprement parler, le regarder comme un buveur, il s'était permis des quantités considérables de boissons spiritueuses, comme le prouve aussi la rougeur de son nez.
A l'âge de 45 ans, après avoir obtenu la place d'huissier de chancellerie, il prit une nourriture abondante, se donna peu de mouvement, ce qui amena une paresse dans l'expulsion des selles, et comme résultat de cette expulsion longtemps prolongée des pesanteurs dans la tête et le bas -ventre, ainsi qu'un malaise général. Ces phénomènes augmentèrent successivement, et il survint des congestions répétées vers la tête, accompagnées d'un sentiment de plénitude, de chaleur et même de douleurs aiguës dans la tête, de vertiges et de photopsies, c'est pourquoi, depuis cette époque, le malade resta le plus habituellement la tête découverte, même dans la rue. Pendant quelque temps, il y eut une plus grande régularité dans les évacuations alvines, et les phénomènes indiqués diminuèrent d'eux-mêmes, ils disparurent même complètement pendant un léger laps de temps.
A l'âge de 48 ans, un flux hémorrhoïdaire s'établit et il en résulta pour plus longtemps une diminution notable des phénomènes précédents; cependant un an après, ceux-ci reparurent avec plus de force, ils reprirent peu à peu leur intensité première et persistèrent presqu'au même degré, jusque dans la 56me année. A partir de cette époque, le malade prit continuellement des remèdes dissolvants pour soigner ses yeux, il s'aperçut qu'ils faiblissaient d'une façon remarquable et continue.
Le malade ne sait pas grand' chose sur la manière dont il est devenu aveugle. Il remarqua pour la première fois et accidentellement à l'âge de 50 ans, qu'il voyait mal avec l'œil gauche. Sa vue continua à devenir de plus en plus mauvaise, et à 54 ans la cécité était presque complète du coté gauche. Six mois avant la cécité de l'œil gauche, la vue commença à diminuer à droite; les objets paraissaient comme enveloppés d'un nuage gris, qui devenait toujours de plus en plus épais. Alors seulement, il eut recours au médecin de son village natal, mais ce fut en vain. Depuis 5 mois, la cécité est également complète du côté droit.
L'aspect extérieur des yeux n'offre rien d'anormal; seulement on trouve les pupilles modérément dilatées et immobiles; toutefois, sous l'influence de l'atropine, elles se dilatent ad maximum.
Avec l'ophthalmoscope, on trouve dans les deux yeux des milieux tansparents et le fond normalement éclairé. L'adaptation de l'œil droit est V. -|- 90, celle de l'œil gauche est V. -j- 85. Dans le fond de l'œil lui-même, on trouve de chaque côté les modifications pathologiques suivantes, les mêmes pour chaque œil, mais un peu plus développées à gauche.
Le tronc du nerf optique (fig. 79, œil ganche) présente une forme arrondie et est complètement entouré, d'une façon très-remarquable, d'un anneau de tissu cellulaire blanchâtre vivement éclairé, et dont la limite tournée vers le nerf optique paraît très-nette, tandis que la limite externe ne paraît pas si nettement dessinée. A sa surface, le tronc nerveux a une faible excavation eupuliforme, il a une couleur légèrement verdâtre, un peu plus foncée vers la périphérie, et il montre partout de petites taches foncées gris-verdâtre.
Le système des vaisseaux centraux ne peut encore être poursuivi qu'en suivant le principal tronc artériel et veineux ascendant et descendant, et suivant un troncveineux qui se sépare en dehors vers la région de la macula. Mais ces vaisseaux eux-mêmes ont, avec un trajet extraordinairement direct, des diamètres si petits et sont d'une couleur si claire, qu'on n'aperçoit les veines que comme de petits rubans très-étroits, faiblement rougeâtres, avec un bon éclairage et une parfaite disposition de l'œil examinateur, on ne voit les artères que comme, des fils extrêmement fins, faiblement rougeâtres; à la périphérie du nerf optique, en rapport avec la paroi oblique de l'excavation, ainsi qu'avec son bord supérieur et son bord inférieur, ils montrent une double courbure, comme cela a été décrit avec plus de détails dans l'exposé des maladies, (fig. 48, pi. IX, et 50, pi. X) ; dans le reste du fond de l'œil, on ne peut les poursuivre que dans une faible étendue, puisque les colonnes sanguines, devenant alors plus étroites et plus claires, se dérobent bientôt au regard, tandis que les parois vasculaires n'apparaissent que sous forme de stries claires (blanchâtres) qui manquent de netteté.
La plus grande partie de la rétine présente sa transparence normale; pourtant sa surface réfléchit considérablement la lumière, et elle paraît avoir diminué beaucoup d'épaisseur.
Dans toute l'étendue de l'expansion eboroïdienne, le fond de l'œil est dépouillé de la couche épithéliale normale; il en résulte que les plus gros vaisseaux choroïdiens se voient comme des stries rubanées d'un jaune-rougeâtre clair, sans délimitation exacte, tandis que le stroma pigmentaire intervasculaire forme des plaques brun-rougeâtre plus claires et plus foncées.
Les vaisseaux choroïdiens ont ici un trajet un peu plus direct; ils sont plus ou moins confus et comme couverts d'un léger nuage rougeâtre, et même dans différents points, ils ne sont indiqués que par une coloration qui est à peine plus claire que celle du fond de l'œil; ils possèdent généralement à leur surface une ponctuation qui, dans le milieu de leur longueur est plutôt isolée; mais qui, vers la périphérie, devient mieux groupée et gagne en couleur, et c'est dans les espaces intervasculaires qu'elle se dessine avec la plus grande netteté.
A quelque distance de la papille, on trouve des taches pigmentaires inégalement distribuées et répandues jusque dans la région équatoriale. Toutes ces taches sont placées au-devant des vaisseaux choroïdiens et du stroma pigmentaire et évidemment dans des plans différents; c'est au niveau et au voisinage de la papille qu'elles sont le plus développées, de même que vers la partie inféro-interne du fond de l'œil, où elles s'approchent aussi le plus près de la papille. Elles sont de grandeur trèsvariable, d'une couleur brun-rougeâtre claire ou foncée, parfois même noirâtre, et eu partie si petites qu'elles ont l'air de taches nuageuses transparentes, en partie plus serrées et plus grandes, mais composées de points (grains déliés ou plus étendus). Elles présentent en partie une forme arrondie, allongée ou anguleuse, en partie l'apparence de stries ramifiées qui rappellent l'aspect de la mousse. Dans quelques endroits elles montrent des formes caractéristiques semblables, à part la netteté des contours toutefois, à celles qui existent dans le cas rapporté (fig. 78, pi. XVII). Dans différents points, comme par exemple à la partie supéro-externe de la papille
(sur le dessin en haut et en dehors de la section nerveuse), il y a de semblables niasses pigmentaires de chaque côté d'une légère strie (un vaisseau rétinien oblitéré), claire et brillante qu'elles accompagnent à une distance plus ou moins grande.
PI. XVII. Fig. 80.
Nouvelle formation de pigment dans le fond de l'œil avec atrophie du pigment épithélial de la choroïde. (*)
J. E., âgé de 52 ans, a servi comme soldat pendant 20 ans; il prétend que comme tel il a toujours été bien portant, et qu'il n'a jamais non plus souffert des yeux. Sorti du service militaire, il s'engagea en 1850 comme journalier pour l'entreprise et la construction du chemin de fer (Semmcring); il travailla assidûment, pendant des mois à la lumière artificielle, dans le tunnel principal, et il ne voyait que rarement la lumière du jour, puisqu'il entrait dans son souterrain bien avant le jour et qu'il en sortait pendant la nuit.
Au milieu de cette existence, il remarqua peu à peu une diminution de sa faculté visuelle, et d'abord la nuit seulement, aussitôt qu'il avait quitté le tunnel; il ne pouvait plus alors, à la lueur des étoiles ou même à la clarté de la lune, que distinguer imparfaitement, et en dernier lieu plus du tout, les objets qui l'entouraient, et il ne parvenait chez lui qu'à l'aide d'une lumière artificielle.
Après un certain temps, pendant lequel il continua toujours son travail, la diminution de l'acuité visuelle se montra aussi pendant le jour, et enfin même à l'éclairage artificiel. Ceci le força à abandonner ses occupations et à chercher d'autres moyens d'existence; eu définitive, à cause du trouble profond de sa faculté visuelle il fut reçu dans une maison de retraite.
Le malade, auparavant déjà très-amateur de boissons spiritueuses, surtout d'eau de vie, aime actuellement cette dernière liqueur au point qu'on ne le trouve à jeun que fort peu de temps dans la journée.
A l'extérieur, les yeux ne montrent point d'altérations remarquables; les pupilles ont leur grandeur normale, cependant elles ne se dilatent que très-lentement.
lie malade ne peut reconnaître le n» 20 ni avec l'œil droit ni avec l'œil gauche; il aperçoit encore les hommes et les plus gros objets à 6 ou 8 pas; cependant ils lui apparaissent comme des masses foncées d'un gris-cendré, compactes, et il peut néanmoins en distinguer quelques couleurs.
L'examen des yeux avec l'ophthalmoscope, les pupilles étant artificiellement dilatées ad maximum, révèle des milieux normaux, transparents, un fond de l'œil en général moins éclairé, plus foncé, une adaptation dioptrique des deux yeux pour les rayons parallèles et les altérations suivantes presque semblables de chaque côté.
La papille (fi g. 80, œil gauche), nettement délimitée, arrondie, de dimensions normales, est blanchâtre; cependant elle présente un tacheté gris-bleuâtre extrêmement prononcé correspondant à la lame criblée, de même qu'un anneau de tissu cellulaire d'un blanc jaunâtre brillant qui est nettement limité des deux côtés.
4) Voy.: Beitràge zur Pathologie des Auges; Wien 1855, p. 18, pi. VI.
La surface du nerf optique parait normale, elle présente une légère excavation de la partie moyenne. Le système des vaisseaux centraux , eu égard à la distribution, la ramification, le diamètre, la couleur, les contours et le trajet des différents vaisseaux, est parfaitement normal.
La surface entière de la rétine réfléchit fortement la lumière; elle parait cependant partout aussi transparente que le verre.
La choroïde présente, surtout dans sa plus grande moitié externe, sa couche épithéliale atrophiée sur une grande étendue. Les plus gros vaisseaux choroïdiens, complètement dépouillés de pigment dans leurs parties superficielles, apparaissent avec une netteté exceptionnelle, mais sans être parfaitement limités, sous forme de stries claires et jaunâtres ; ils représentent ainsi un véritable réseau à larges mailles formé par les plus volumineux d'entre eux ; dans les mailles du premier réseau apparaissent des vaisseaux de plus en plus petits, ceux de la couche moyenne de la choroïde (des vaisseaux rudimentaires).
Les intervalles vasculaires sont manifestement d'un rouge plus foncé que le fond ordinaire de l'œil, d'une couleur rouge -brun plus prononcée, et très-nettement granulés.
Outre ces particularités, on remarque encore, dans différents points du fond de l'œil, des taches pigmentaircs noirâtres, en partie dissociées, en partie plus compactes, de forme irrégulière ou typique, et qui paraissent composées de petits grains foncés. La plupart d'entre elles ont des diamètres plus grands (même 3 ou 4 fois) que ne le comporte la largeur des plus forts vaisseaux choroïdiens: c'est à la partie inféro-interne du fond de l'œil qu'on les trouve en plus grand nombre; là elles approchent le plus du nerf optique, et, dans cette direction, on les trouve vers la périphérie aussi loin que l'examen ophthalmoscopique permet de porter les recherches. Elles siègent toutes en avant des vaisseaux choroïdiens et du stroma choroïdien c'est-à-dire au dessus et au dessous des vaisseaux rétiniens qui les franchissent.
PL XVIII. Fig. 81.
Décollement de la rétin e.
S. D., âgé de 51 ans, employé de chemin de fer, fut toujours maladif dès son enfance, mais il était surtout très-sensible aux courants d'air et aux changements de température ; pendant presque toute sa vie, il avait donc souffert d'affections catarrhalcs et rhumatismales, de douleurs de dents, d'oreilles, d'inflammations du périoste des jambes, etc.
11 avait passé le temps de ses études et plusieurs années consécutives dans les soucis et les chagrins, les fatigues et les privations de toute espèce ; sous ces influences, non- seulement son état maladif avait augmenté d'une manière générale, mais de plus, comme résultat d'une vie sédentaire, il avait surtout contracté des selles paresseuses et des digestions mauvaises avec leurs conséquences lointaines.
Dans les dix dernières années, sa sensibilité aux refroidissements s'était tellement accrue que presque toujours il était tourmenté par des douleurs rhumatismales siégeant en différents points du corps, mais surtout à la tête. 11 avait toujours bien
vu de loin comme de près, et souvent il avait continué tout le jour, même jusqu'à une heure avancée de la nuit, des travaux pénibles d'écriture, sans jamais ressentir de fatigue dans les yeux ; c'est depuis trois ans seulement qu'il éprouva le besoin de taire usage des verres convexes pour des caractères petits et confus, ou pour certains caractères particuliers; c'est pourquoi, surtout à la lumière artificielle, mais non pas continuellement, il employa les verres -f- 34.
Le trouble actuel de la vision survint tout à coup, sans cause connue et sans prodromes. Pendant qu'il écrivait à son bureau, il lui sembla un jour que la feuille qui se trouvait devant l'œil droit avait été retirée (et cela de bas en haut) et qu'il n'était resté devant lui que la table foncée sur laquelle il écrivait. Il ferma un instant l'autre œil, et il observa qu'avec l'œil droit il ne pouvait plus apercevoir aucun objet, soit grand soit petit, mais seulement la lumière du jour.
Une demi heure après cet accident, on pratiqua l'examen ophthalmoscopique, et on constata dans le fond de l'œil un décollement étendu de la rétine. La partie décollée était allongée et placée horizontalement. Elle commençait à </„ diamètre optique du bord externe de la papille et atteignait horizontalement jusque près de l'équateur; verticalement, elle s'étendait assez loin en haut et en bas, c'est-à-dire jusqu'au delà des rameaux vasculaires qui marchaient au dessus et au dessous de la macula.
Dans les autres parties, tant intérieures qu'extérieures de cet œil, on ne pouvait constater aucun phénomène morbide. Les pupilles avaient leur grandeur et leur mobilité normale, la tension était égale à celle de l'autre œil. Avec l'œil gauche sain (V. oo) le n» 1 pouvait être lu de 9 à 17 pouces de distance.
Les jours suivants, il ne se manifesta aucun changement dans les phénomènes subjectifs; dans les parties extérieures de l'œil malade, on ne pouvait apercevoir non plus aucun changement objectif; au contraire, avec l'ophtlialmoscope, on put observer que le décollement de la rétine descendait, peu à peu, en bas et en dedans, mais en même temps les parties supérieures du décollement paraissaient avoir repris leur expansion normale et s'être réappliquées sur la choroïde ; de même on constata une adaptation dioptrique de l'œil pour des rayons presque parallèles. Six jours après, le décollement, eu égard à son étendue totale, n'avait pas essentiellement augmenté, il n'avait fait que changer de place (comme le montre le dessin), et il s'était retiré complètement à la partie inférieure du globe de l'œil.
Examinait-on cet œil droit avec le miroir faible à une distance de six à huit pouces, et dans la direction de la ligne visuelle, la pupille dilatée ad maximum par l'atropine paraissait dans le plus grand segment, à sa partie supérieure, d'une couleur jaune-rouge foncée et peu éclairée; dans le petit segment, à la partie inférieure, elle se montrait, au contraire, un peu plus fortement éclairée, mais d'une couleur plus pâle et d'un gris mat foncé.
En examinant avec plus de soin, tantôt avec le miroir faible, tantôt avec le miroir fort, en variant les distances et l'adaptation de l'œil examinateur suivant l'éloignement des parties, on acquérait la conviction que la plus grande partie du corps vitré était parfaitement transparente; que la partie correspondante du fond de l'œil était normalement colorée et éclairée, et présentait dans ses différents points un aspect physiologique; au contraire, dans la partie inférieure du corps vitré, une membrane plissée (la partie décollée de la rétine) transparente, très -légèrement grisâtre, se portait d'arrière en avant et en bas, empêchant, dans ce point, d'apercevoir le fond de l'œil.
La partie de la rétine normalement appliquée sur la choroïde pouvait être suivie jusqu'à l'/o ou 2 diamètres optiques au delà de la papille; au contraire, le point de courbure de la rétine elle-même, c'est-à-dire la ligne précise où, dans le fond de l'œil,
la rétine se soulevait de la choroïde pour pénétrer en avant dans le corps vitré, ne se voyait pas; puisque, de toutes parts, elle était recouverte par les plis de la partie centrale du décollement qui pénétrait fort avant daus la région moyenne du corps vitré.
Cette partie décollée de la rétine (fig. 81, œil droit), présentait vers le centre de l'œil une convexité, et elle marchait, visible dans toute son étendue, de haut en bas et d'arrière en avant dans le corps vitré, vers l'ora serrata ; elle formait, en outre, des plis très-variables et irréguliers, tantôt étroits, tantôt larges, plus courts ou plus longs, les uns superficiels, les autres profonds, tantôt simples et divisés, tantôt entrecroisés.
Les parties les plus saillantes, les sommets des ondulations, avaient une couleur grisâtre plus claire, réfléchissaient manifestement plus de lumière par leurs régions moyennes (leurs sommets) et elles paraissaient même d'un gris blanchâtre ; considéraiton, au contraire, avec l'ophthalmoscope, les ondulations les plus élevées sur les côtés, près du fond jaune rouge normal de l'œil, elles avaient alors, surtout à leurs sommets, une coloration plutôt gris - rougeâtre, même jaune-rougeâtre, de telle sorte que leurs bords étaient fortement éclairés, et paraissaient même briller, comme le versant d'une montagne au soleil couchant.
Les parties profondes des plis rétiniens, le fond des ondulations, étaient trèsdiversement colorés en gris foncé avec une faible teinte rouge, suivant leur situation, leur profondeur, la raideur de leurs parois, ainsi que suivant le mode d'éclairage : elles étaient même parfois d'un gris noirâtre.
Si l'œil exécutait un mouvement rapide, ou s'il était un peu ébranlé par le doigt explorateur, il survenait, dans toutes les parties du décollement, des mouvements ondulatoires, pendant lesquels les différents plis, suivant les circonstances et suivant leur étendue, oscillaient confusément en haut et en bas d'une manière variable comme des vagues libres, et changeaient ainsi en partie, mais passagèrement leurs formes.
Dans toute l'étendue du décollement rétinien, on voyait de petits vaisseaux, simplement ramifiés, fréquemment entrecroisés, mais ne se réunissant en aucun point. Ces mêmes vaisseaux paraissaient se courber isolément au fond de l'œil, sur les sommets des plis les plus reculés, et ils marchaient en avant, se séparant et se ramifiant, avec un trajet plus ou moins sinueux, tout en diminuant de calibre et en s'étendant sur toute la rétine, dans ses couches superficielles; enfin, d'après leur position à côté des plis, ils s'élevaient, dans les directions les plus différentes, sur les sommets des ondulations; puis redescendaient ensuite dans le fond, ou continuaient leur trajet en ligne droite.
Ces vaisseaux montraient partout, par suite de grossissement moindre de l'image, un diamètre notablement plus petit que ceux des places où la rétine adhérait normalement à la choroïde , et étaient d'un rouge plus foncé que ces derniers ; néanmoins on pouvait distinguer les vaisseaux artériels des vaisseaux veineux, par leur couleur un peu plus claire.
PI. XVIII. - Fig. 82.
Décollement de la rétine.
D. H., âgé de 64 ans, négociant, avait eu la rougeole à l'âge de 10 ans, et immédiatement après, une conjonctivite. Cette dernière maladie revint à 15 ans,
puis à 30 ans: elle n'était cependant jamais bien longue. De 27 à 55 ans, il eut régulièrement toutes les quatre semaines un flux hémorrhoïdal ; son père, ses frères et sœurs étaient dans le même cas. A 35 ans, il eut le choléra.
Depuis que le flux hémorrhoïdal a disparu (à 55 ans), le malade est pris toutes les trois ou quatre semaines d'oppression avec accès de toux ; cette oppression dure tout au plus une heure, mais elle est si violente, que, pendant ces nuits là, le malade ne peut se coucher, et se trouve obligé de s'asseoir sur son lit.
Auparavant il avait toujours bien vu de près et de loin. Il y a 7 ans, la vision de l'œil disparut peu à peu, mais complètement dans le cours d'une année et sans cause connue. Il y a un an et demi, l'œil gauche fut pris, dans l'espace d'un jour et également sans cause connue, d'un trouble visuel considérable. Le matin le malade avait encore lu à la synagogue; peu après survint le trouble visuel, qui, le soir, avait atteint son apogée.
Le malade compte encore les doigts avec peine, et il se conduit encore seul dans la rue, quoique avec beaucoup de difficulté et d'incertitude : an soleil, il se conduit mieux.
Les yeux ne présentent aucune particularité morbide dans leurs parties extérieures. De chaque côté , la pupille est modérément dilatée, celle de l'œil droit est insensible aux variations de la lumière directe, celle de l'œil gauche réagit avec assez de rapidité et dans une assez grande étendue. Toutes deux se dilatent au plus haut degré par l'atropine.
Au moyen de l'ophthalmoscope, on éclaire seulement, dans l'œil gauche, la partie supérieure et moyenne de la pupille; (en regardant directement) elle présente un reflet jaune-rougeâtre d'une intensité normale. Il résulte de là que la plus grande partie du corps vitré est parfaitement transparente en haut, que le fond de l'œil, dans l'étendue correspondante, c'est-à-dire directement en arrière, en dehors, en haut et en dedans, est normalement éclairé, et d'un aspect physiologique; enfin l'œil est adapté pour les rayons parallèles. La partie inférieure de la pupille ne se laisse que faiblement éclairer, et c'est par là, que dans la profondeur de l'œil, au niveau du segment inférieur du corps vitré, on aperçoit une membrane plissée, étendue, gris-rougeâtre, qui, lorsque l'œil est ébranlé ou qu'il se meut rapidement, exécute dans différentes directions, mais surtout en haut et en bas, soit dans son ensemble soit dans ses détails, des mouvements ondulatoires considérables.
Cette membrane plissée, la partie de la rétine détachée de la choroïde (fig. 82, œil gauche), a une étendue considérable et une surface inégale. Dans sa partie moyenne, elle paraît faire la saillie la plus forte vers le centre du corps vitré, et forme là deux grands plis arrondis fortement éclairés (dans le dessin, les plis les plus proéminents et placés près du centre de la pupille), qui sont séparés l'un de l'autre par un sillon profond dirigé d'arrière en avant. A partir de ce point, la partie décollée de la rétine ne s'abaisse sur les cotés (à droite et à gauche) que peu en bas, après quoi elle s'élève de nouveau, et arrive sous forme d'onde inégale, à la région équatoriale de l'œil, où en définitive elle se continue avec la partie qui adhère normalement à la choroïde. A partir de cette partie moyenne, elle descend plus loin par une faible courbure dirigée en avant, et en formant des petits plis peu accusés, vers Vora serrata, et elle disparaît tout à fait dans cette direction derrière le bord inférieur du cristallin; en arrière, au contraire, elle se porte presque horizontalement à une petite distance en formant des ondulations sinueuses et des plis trèsmarqués: dès lors elle entre peu à peu dans la profondeur de l'œil, et se soustrait bientôt tout à fait au regard.
Cette membrane paraît extrêmement mince et transparente, ce qui permet de reconnaître derrière elle des milieux qui sont également très-transparents, et à travers lesquels le fond de l'œil reflète sa faible couleur rougeâtre.
La membrane elle-même a une couleur marte faiblement grisâtre, qui, sur le sommet des plis, est plus claire, plus vive, parfois même d'un blanc presque brillant: dans le fond des plis, au contraire, elle paraît plus foncée, et par suite de la réflexion lumineuse du fond de l'œil, elle prend un ton légèrement rougeâtre.
A la surface de cette membrane, s'épanouissent de tous côtés des vaisseaux artériels et veineux très-foncés qui proviennent du fond de l'œil derrière la membrane, ou du sillon profond situé à sa partie moyenne. Ces vaisseaux, artères et veines, présentent dans leurs diamètres respectifs une différence pbysiologique tranchée ; la même différence se montre pour leurs branches et leurs rameaux de plus en plus petits, et, par suite du faible grossissement de l'image, leur diamètre est beaucoup plus petit que celui des vaisseaux analogues, situés dans les points où la rétine adhère normalement à la choroïde. lisse divisent simplement et s'entrecroisent fréquemment; ou bien ils longent, en décrivant de légères sinuosités, le trajet des différents plis, ou bien ils montent et descendent dans les directions les plus différentes, en suivant toujours les saillies et les dépressions de ces plis.
Partout le corps vitré est parfaitement transparent; à travers sa parlie moyenne et supérieure, le fond de l'œil qui, dans cette partie, se montre du reste tout à fait normal, se montre dans sa plus grande étendue avec une netteté parfaite.
La majeure partie du corps vitré, de même que celle qui se trouve au dessous du décollement, est liquide, comme le prouvent les faibles mouvements ondulatoires qu'on provoque dans la membrane et dans ses plis.
Le fond de l'œil droit ne peut être aperçu à cause de l'opacité complète du corps vitré; ce dernier se montre aussi parfaitement liquide, par suite des mouvements ondulatoires que les déplacements rapides du globe de l'œil impriment aux corps flottants volumineux qu'on y observe.
PL XVIII. Fig. 83.
GIÎOSSISSEMENT S.
Cysticerque entre la rétine et la choroïde.
A. H., âgée de 24 ans, cuisinière, n'avait jamais été malade depuis son enfance, et de 14 à 23 ans, elle avait été régulièrement quoique modérément réglée: il y a 3 ans, elle avait souffert d'une éruption exanthématique aiguë, et elle est maintenant chlorotique depuis un an.
Elle avait toujours bien vu avec les deux yeux, de près comme de loin; il y a 3 mois que, pour la première fois, elle, remarqua que sa vue était mauvaise à droite, depuis cette époque, elle souffre aussi fréquemment de maux de tête et de vertiges.
Les semaines suivantes, sans que d'autres phénomènes subjectifs apparussent, cette mauvaise vue augmenta progressivement, au point qu'actuellement la malade ne peut plus que compter les doigts excentriquement en haut et en haut en dehors à 2 et 3 pieds de distance.
L'œil gauche a une vue normale (V. oo), et il est parfaitement sain.
Les parties extérieures de l'œil malade ne laissent non plus apercevoir aucune particularité morbide ; la chambre antérieure est aussi grande que celle de l'autre œil, la pupille a sa grandeur et sa mobilité normales, et à la lumière du jour elle parait très-noire ; la tension de l'œil est la même que du côté gauche.
A l'examen ophthalmoscopique, l'intérieur de l'œil droit paraît manifestement moins éclairé que d'habitude; le système cristallinien, à part quelques points noirâtres périphériques postérieurs, se montre parfaitement transparent; le corps vitré est en partie liquide, mais il est transparent dans sa plus grande étendue, et ce n'est que dans son segment inférieur qu'il est traversé par de minces flocons isolés: de même, son segment postérieur, immédiatement au devant du nerf optique, présente un trouble diffus grisâtre.
Le fond de l'œil a tout à fait perdu son aspect physiologique ; dans sa partie supérieure, il montre, en général, une couleur tirant sur le gris-rougeâtre; celle de sa partie inférieure est plutôt un gris-blanchâtre.
La moitié supérieure de la rétine se soulève sous forme de plis nombreux et irréguliers , et elle présente un trouble gris-blanchâtre plus ou moins intense, à travers lequel le sommet des plis surtout paraît plus éclairé, blanchâtre et réfléchissant fortement la lumière. Les vaisseaux rétiniens montrent là -même une étendue, une distribution normales et un diamètre presque normal; ils sont cependant un peu plus foncés, les artères surtout, et par suite de la perte presque complète de leur partie claire centrale, ils ont plutôt un aspect rubané.
La papille ne peut pas être aperçue, en partie à cause du trouble diffus du corps vitré qui est au devant, mais surtout parce qu'en ce même point, la rétine est fortement troublée, colorée en gris-rougeâtre, et qu'elle est fortement tuméfiée au devant comme à la périphérie du nerf optique, d'où il résulte que la papille paraît présenter, vers le milieu, un faible retrait infundibuliforme.
C'est pour les mêmes raisons que les vaisseaux centraux, au niveau de la papille et dans son plus proche voisinage, ne sont pas non plus visibles, et ce n'est qu'à '/3 ou l'/o diamètre optique au delà de la périphérie du nerf, qu'ils sortent peu à peu du nuage gris-rougeâtre du fond de l'œil; c'est ainsi par la direction radiée de leur trajet ultérieur et par leur mode de ramification, qu'ils indiquent leur point d'émergence et en même temps la situation de la papille.
La moitié inférieure de la rétine (fig. 83, œil droit) est atteinte également d'un trouble plus ou moins grisâtre, mais bien moins prononcé cependant que dans les parties supérieures de la rétine, de sorte qu'elle présente encore, dans certains points, un haut degré de transparence. De tous côtés, on voit des plis extrêmement irréguliers et la rétine se trouve plus on moins écartée de la choroïde, mais c'est surtout à environ 4 diamètres optiques au delà de la papille, vers la partie inférieure et un peu interne, qu'elle pénètre assez loin dans le corps vitré, sous forme d'une vessie distendue.
Dans les points où la rétine est située plus près de la choroïde, le ton du fond de l'œil est beaucoup plus rougeâtre; au contraire, plus les différents plis sont saillants, plus ils paraissent lumineux, d'un gris - blanchâtre intense et éclairés; d'un autre côté, le fond des plis, en ayant toujours égard à la profondeur, à l'étroitesse, à la direction abrupte des parois et à la position du miroir, prend un ton gris beaucoup plus foncé.
Dans différents points de la rétine on voit des plaques d'un gris foncé, de couleur assez uniforme, qui ont une forme arrondie, allongée ou sinueuse, des bords assez nets et un contour plus brillant. Ces plaques sont des trous pratiqués dans la rétine, à travers lesquels on voit plus profondément dans le fond de l'œil jusqu'à la choroïde, sans qu'on puisse cependant la distinguer nettement.
Dans cette moitié inférieure de la rétine, les vaisseaux paraissent avoir une étendue et une distribution normales, et ce n'est qu'au niveau des plis indiqués, qu'ils sont irréguliers dans leur trajet; d'après le grossissement moindre de l'image, ils ont un diamètre plus petit, une couleur rouge plus claire ou plus foncée, par laquelle les artères se distinguent nettement des veines; ils n'ont cependant pas de partie centrale plus claire, et, en conséquence, ils offrent l'aspect de stries rubanées uniformément colorées.
Dans les points où la rétine pénètre le plus avant dans le corps vitré, un examen attentif fait découvrir derrière elle une tumeur vésiculaire extrêmement délicate, à contours indécis, ayant trois fois la largeur du diamètre optique ; elle est presque circulaire, sa surface est faiblement convexe, inégale, ses bords arrondis et sa couleur faiblement bleuâtre; par moments, on voit sortir la tête et le cou d'un cysticerque, qui se meuvent dans différentes directions.
A la surface de cette tumeur vésiculaire (la poche du cysticerque), on pouvait percevoir des mouvements plus ou moins étendus, pendant lesquels la limite arrondie se rapprochait souvent par des mouvements presque rythmiques du centre de la tumeur, pour reprendre aussitôt sa place primitive.
Ces mouvements apparaissent surtout avec netteté, aussitôt que le bord de la poche se trouvait placé au niveau d'un des trous rétiniens mentionnés plus haut; dès lors, pendant les contractions de la poche, on voyait non-seulement son bord se mouvoir d'un côté ou de l'autre, mais on voyait aussi la paroi s'approcher et s'éloigner de la rétine (vers l'ouverture qu'elle présente); alors la poche était de plus en plus éclairée, elle prenait une couleur d'un gris-blanchâtre plus tranché et montrait un grand nombre de petits points blancs.
Les mouvements de la tête et du cou se faisaient tantôt avec lenteur, tantôt avec rapidité et dans les directions les plus diverses. Principalement à une certaine distance derrière le décollement (situé au devant) les mouvements sont tantôt faibles, tantôt plus considérables, dépassent même les limites de la poche, quand s'agitent les suçoirs et la trompe; à différentes reprises, le cysticerque allongeait la tête et le cou dans le corps vitré, à travers un des trous de la rétine, de telle sorte que les particularités de mouvement et de forme se révélaient avec une netteté spéciale.
Dans ces mouvements, la tête et le cou montraient dans leur forme un changement constant. Lorsque les suçoirs étaient rentrés, la tête paraissait volumineuse ; lorsqu'ils étaient sortis, elle paraissait plus petite. De la sorte elle prenait les formes les plus différentes, puisque les suçoirs se redressaient et se rétractaient tantôt ensemble, mais le plus souvent séparément, à un degré et dans une direction variables.
Les mouvements des différents suçoirs étaient tout aussi variables que ceux de la tête et du cou, et souvent les suçoirs arrivaient ainsi à avoir la longueur du plus grand diamètre de la tête. Mais ils n'étaient pas non plus toujours en mouvement ensemble puisque, pendant que les autres étaient mobiles, quelques-uns d'entre eux, plus ou moins rétractés ou étendus, demeuraient immobiles pendant un temps variable.
La trompe (justement dirigée en haut dans la figure) ne montrait pas des mouvements aussi rapides et aussi étendus que les suçoirs; elle était placée au milieu de ces derniers, plus courte que ceux-ci et plus large à la base , et pendant l'extension, elle devenait encore plus large à son orifice, puisque le bord qui porte les crochets se repliait au dehors. Vue de face, elle présente une excavation dans laquelle pénètre un grand nombre de stries radiées, blanchâtres ou foncées naissant de son bord.
Tant qu'ils étaient redressés, la tête et le cou du cysticerque ne paraissaient que rarement immobiles, pendant un certain temps; lorsqu'ils étaient rétractés plus ou moins dans leur réceptacle , on n'y percevait que de faibles mouvements.
Lorsque la lête et le eou étaient complètement rétractés, cet emplacement du receptaculum se reconnaissait sur le point le plus saillant de la rétine, comme une tache diffuse, plus blanche, plus brillante, sur laquelle on pouvait observer des déplacements latéraux, des changements de dimensions, de couleur et d'intensité de lumière, et en rapport avec ces derniers, de faibles mouvements dans la rétine et surtout dans les vaisseaux correspondants.
Le plus souvent, le. cysticerque restait la tête et le cou rétractés; d'un antre côté, il ne restait pas toujours rétracté dans la même position, mais dans le cours de quelques semaines il changeait de place à plusieurs reprises, ;ï des intervalles plus oif moins longs, lentement ou rapidement, et dans une étendue variable. Ces changements n'avaient lieu que dans la partie inlêro interne de l'œil.
PL XVIII. Fig. 84.
GROSSISSEMENT fi.
Nouvelle formation de tissu cellulaire dans le corps vitré.
J. W., garçon chapelier, âgé de 30 ans, avait toujours été bien portant dans son enfance. A 10 ans, il avait eu une première pneumonie et une seconde à 25 ans. Après cette deuxième maladie, il éprouva une paresse toujours croissante dans l'évacuation intestinale, et enfin, comme actuellement encore, les selles n'avaient plus lieu que les trois ou quatre jours. De là, mauvaises digestions, congestions et chaleurs à la tête et douleurs céphaliques du côté gauche. Une constipation plus prolongée, la position baissée, l'usage des boissons spiritueuses augmentaient considérablement l'intensité de ces phénomènes, et actuellement, depuis un an, il sont, le plus souvent, accompagnés de douleurs lombaires intenses. Depuis sa jeunesse, le malade avait toujours et invariablement le même degré de myopie; pour de faibles distances, sa vue était toujours bonne et résistait, longtemps à la fatigue.
Il y a un an, qu'apparut sur la ligne visuelle un point arrondi mal délimité de la grosseur d'un pois ; il était surtout visible pendant le jour et sur un fond clair, et pendant 8 jours il n'éprouva aucun changement. A travers cette tache, tous les objets apparaissaient fort confus; lorsqu'on cherchait à le fixer, il se changeait en un nuage grisâtre uniforme.
Deux mois plus tard , il se développait sur le même œil un fin réseau noirâtre, qui s'étendit peu à peu à tout le champ visuel, et se changea 3 autres mois après en un nuage gris uniforme, augmentant progressivement d'épaisseur et qui persiste encore actuellement dans toute son étendue.
Depuis les 5 derniers mois, des phénomènes de photopsies apparurent aussi dans cet œil, surtout dans l'obscurité et en fermant les paupières; dans les premiers moments, ils avaient la forme d'un cercle jaunâtre clair, auquel succédait régulièrement l'apparence d'une feuille dentelée jaune-clair et enfin celle de lignes de feu sinueuses.
Actuellement le pouvoir visuel est restreint sur cet œil, à tel point que le n» 7 peut avec peine être déchiffré à 4 pouces de distance. On constate bien en dehors et en haut une réduction du champ visuel , mais la variation des renseignements ne permet pas d'en déterminer exactement les limites.
L'œil droit (V. — 7i/2) se montre parfaitement sain, et lit le n° 1 de 3 à 7 pouces '/., de distance.
Dans ses parties extérieures, l'œil gauche ne présente aucun phénomène morbide. La chambre antérieure est de grandeur normale, la pupille de largeur moyenne, se dilatant rapidement et à un liant degré, est parfaitement noire à la lumière du jour. La tension du globe est la même que celle de l'autre œil.
A l'examen ophthalmosoopique, l'intérieur de cet œil paraît plus faiblement éclairé que d'habitude; dans tout" l'hémisphère antérieur, vers la périphérie jusqu'en arrière, les milieux sont transparents; la lumière réfléchie de l'intérieur de l'œil est d'un grisblanchâtre dans les parties moyennes, et, au contraire, jaune-rouge vers la périphérie du fond de l'œil.
A partir du plan équatorial, le corps vitré présente dans ses parties moyennes postérieures un trouble nuageux faiblement grisâtre.
Ce trouble (fig. 84, œil gauche) à travers lequel on aperçoit encore, en partie, le fond de l'œil, diminue successivement vers la périphérie, mais avec une rapidité variable suivant les différents points, et il disparaît enfin sans laisser voir de limite bien nette. Dans la direction de la papille et des parties postérieures du fond de l'œil situées an dessous d'elle, dans l'endroit même où ce trouble du corps vitré présente sa plus grande intensité, une production d'une forme et d'une structure particulières, située immédiatement au devant du plan de la rétine, recouvre le nerf optique.
Cette production paraît n'avoir qu'un faible épaisseur et être plutôt membraneuse; elle entoure circulairement l'entrée des vaisseaux centraux et elle, ne s'étend que faiblement en haut et en dehors, en suivant en partie leur trajet; en bas, au contraire, dans trois directions différentes, son étendue est considérable et elle embrasse jusqu'à trois ou quatre diamètres optiques et au delà.
La couleur de cette production membraneuse est beaucoup inoins prononcée, elle est d'un gris blanc mat, ce qui fait beaucoup varier l'intensité de la lumière réfléchie; mais elle ne miroite ni ne brille dans aucun point.
En différents points, cette production paraît très-épaisse et résistante; dans d'autres, elle se montre si mince et si transparente que le fond jaune-rougeâtre de l'œil apparaît au travers avec plus ou moins de netteté. Elle est, en partie, bien limitée et entourée dans différents points d'un pigment rquge-brun granulé. C'est sur le bord de la production membraneuse que cette pigmentation est le plus épaisse et le plus foncée ; mais un peu plus loin, elle prend successivement la couleur du reste du fond de l'œil; ailleurs la production n'est pas bien limitée, puisque quelques-uns de ses prolongements qui deviennent transparents et indistincts, se perdent peu à peu dans le trouble gris-rougeâtre de la partie postérieure du fond de l'œil. Au point de vue de la structure, cette production paraît formée de minces membranes placées dans des plans différents, et peu éloignées l'une de l'autre; elles se divisent, sur plusieurs points, en rubans d'une largeur variable et inégale pour se réunir ensuite; de cette manière, elles se tiennent et s'entrelacent pour constituer une trame ou réseau grossier à couches superposées.
Le nerf optique, recouvert tout autour par cette trame vers sa limite la plus externe, se montre très-rouge dans sa plus grande étendue, un peu plus clair dans le milieu ; à sa surface on ne reconnaît que les troncs les plus volumineux des vaisseaux centraux, dès leur origine et dans le reste du trajet.
La périphérie du fond de l'œil se voit nettement et elle présente une coloration et un grenu normaux.
Les vaisseaux rétiniens devenant de plus en plus nets, se détachent simultanément en ce point du trouble du fond de l'œil, immédiatement auprès, ou à une
distance plus ou moins grande de la nouvelle production, ainsi qu'en arrière d'elle; ils s'épanouissent normalement dans le plan rétinien, et, eu égard à leur distribution, leurs diamètres, leur couleur, leurs contours et leur trajet, ils présentent un aspect tout à fait normal. La rétine, autant que permet d'en juger le trouble du corps vitré, paraît être partout transparente.
L'adaptation dioptrique de l'œil (au repos de l'accommodation) est propre aux rayons divergents, c'est-à-dire = V. — 7.
PL XVIII. Fig. 85.
Taclie congénitale de pigment choroïdien.
A. N., ouvrière, âgée de 17 ans, peau légèrement brunâtre, cheveux bruns foncés, est fortement constituée et bien nourrie. A part diverses maladies éruptives dans l'enfance, elle n'a jamais eu d'affection sérieuse. Les règles sont venues à l'âge de 17 ans, et elles sont régulières.
A. N. a toujours bien vu et d'une façon continue, de près et de loin; depuis l'âge de 12 ans, elle est employée comme brodeuse en or, sans avoir jamais songé à ses yeux, soit pour une cause de fatigue, soit pour y avoir eu mal. Ce ne fut que tout à fait accidentellement que l'attention a été portée sur la tache pigmentaire qui existe dans le fond de l'œil gauche.
La structure de l'œil droit est V. — 85, celle de l'œil gauche = Y. oo. Avec l'œil droit, le n» 1 est lu de 4 à 15 </a pouces et avec le gauche de 4'/4 à 17 pouces.
L'extérieur des yeux paraît tout à fait normal. Les iris sont d'un gris-bleuâtre foncé, les pupilles ont leur grandeur et leur mobilité normales. A l'examen ophthahnoscopique, on trouve, de chaque côté, les milieux transparents, et le fond de l'œil, à l'exception d'une large tache pigmentaire du côté gauche, est parfaitement normal dans toutes ses parties.
Cette tache pigmentaire (fig. 85, œil gauche) est située dans la partie supérieure du fond de l'œil, en haut et dehors du nerf optique, dont elle s'éloigne de 1 fois '/„ le diamètre optique, derrière les principaux vaisseaux rétiniens qui passent en ce point, elle coupe les couches superficielles comme les couches profondes de la choroïde. Elle présente en longueur 1 1/„, en largeur les 3/4 du diamètre optique ; et elle a en profondeur une étendue qui n'est pas sans importance. Elle a la forme de flammèches; à sa surface elle paraît également striée, comme sillonnée, et elle se termine en haut sous forme de languettes ou de flammèches.
En général, elle présente une limite très-bien marquée, et dans la plus grande partie de son étendue, une structure assez serrée, une épaisseur variable et une coloration d'un brun-rouge foncé, plus ou moins accusée; les points et prolongements supérieurs les plus externes sont très-peu développés, peu étendus et légèrement colorés en brun.
Dans toute son étendue, elle parait composée de points pigmentaires très-déliés, irréguliers.
PI. XIX. - Fig. 86.
Coloboma de la eh o r oï d e.
J. E., paysan, âgé de 30 ans, avait été maladif dans son enfance, mais plus tard, il s'était toujours bien porté. A 20 ans, il eut le choléra, et depuis, il a souvent la diarrhée.
11 n'avait jamais eu mal aux yeux; son pouvoir visuel, autant qu'il peut se le rappeler, avait toujours été bon et n'avait pas changé.
Avec les deux yeux le n» 18 est lu à 30 pieds, avec l'œil droit (V. oo) le n» 1 est lu de 4'/2 à 18 pouces, avec l'œil gauche (également V. oo) le n» 1 est lu de 5 à 15 pouces.
Dans les deux yeux, le champ visuel présente une étendue normale dans toutes les directions, excepté en haut et en dehors, où existe une lacune périphérique correspondant au coloboma de la choroïde. Dans les parties extérieures des yeux, on ne trouve rien de morbide; il existe pourtant, de chaque côté, un coloboma indien, qui descend perpendiculairement en bas jusqu'au bord ciliaire.
A l'examen ophthalmoscopique, les milieux se montrent parfaitement transparents, l'intérieur des yeux est normalement éclairé et jaune-rouge en dehors, en haut et en dedans, mais en bas, dans une grande étendue, il est très-vivement éclairé par une lumière blanchâtre.
Dans l'œil droit (fig. 86), la papille a une forme arrondie et un diamètre normal et elle est parfaitement limitée en dehors et en dedans par des agrégats pigmentaires ronge-bruns, modérément larges, mais outre cela, elle est encore entourée en dehors d'un cône jaunâtre de grandeur moyenne à large base, à pointe mousse et bordé seulement d'un peu de pigment.
Le tronc du nerf optique, normalement placé (pour qui regarde sa périphérie) dans le plan de la rétine, fortement rougeâ're et complètement entouré d'un anneau apparent de tissu cellulaire présente en son milieu, au point d'émergence des vaisseaux centraux, une excavation profonde, à bords tranchants, bien limitée, ayant en largeur le i/3 du diamètre optique, dans laquelle on peut nettement observer les phénomènes mentionnés dans les descriptions relatives aux figures 42, 43 et 44.
Le reste du fond de l'œil, dans la plus grande partie de son étendue, a une couleur jaune-rouge et un granulé normaux; en bas, au contraire, il présente une partie étendue, bien limitée, très-vivement éclairée (le coloboma de la choroïde). Cette place est irrégulièrement ovale, son grand axe est dirigé du nerf optique vers la périphérie du coloboma iridien, et, dans sa plus grande largeur, elle mesure environ 5 fois le diamètre optique. Son bord supérieur (postérieur) est à une distance, du nerf optique qui équivaut aux s/4 de son diamètre; son bord inférieur (antérieur), n'est point aperçu pendant l'examen ophthalmoscopique; mais comme cela paraît résulter de la courbure des bords latéraux, qui se rapprochent l'un de l'autre vers l'équateur, ce bord devrait atteindre jusqu'aux procès ciliaires.
La surface de cette partie claire, eu égard à la forme du globe de l'œil, est faiblement concave; cependant elle est placée un peu plus profondément que le plan choroïdien, et paraît concorder avec le plan interne de la sclérotique ; elle est vivement éclairée, presque brillante même, dans différents points, et présente pendant les oscillations du miroir, un chatoiement extrêmement léger, comme si une membrane transparente comme le verre était étendue à une petite distance devant elle.
La couleur de cette place claire est une nuance foute particulière, qu'il est aussi difficile de décrire que de représenter. En réalité, (ous les tons clairs sont là réunis, et dans leurs différentes nuances, on reconnaît tout aussi bien le blanc que le jaune-clair, le bleu et le vert; cependant le blanc-verdâtrc éclatant, qui est presque uniforme, sans pointillé ni striation, ressort le plus nettement.
Du côté de la macula, et vers le bord interne du côté du nez, la place claire est, dans une petite étendue, bordée de stries étroites d'un jaune-rouge clair; d'après leur position, leur surface concorde avec la face interne de la choroïde, et elles se présentent comme des parties choroïdiennes dépouillées de pigment.
Dans ces points périphériques où les places claires tranchent nettement sur le jaune-rouge normal du fond de l'œil, on trouve placées dans le plan de la choroïde plusieurs masses pigmentaires petites ou grandes, d'un brun-rouge foncé, ayant la forme de taches et de stries irrégulières, qui se trouvent aussi à la surface des stries étroites d'un jaune-rouge clair.
Le système vasculaire central s'étend presque normalement du bord de l'excavation centrale à la surface du nerf optique et du fond jaune-rouge de l'œil. Ceux des vaisseaux, au contraire, (artères et veines) qui, d'après leur trajet normal, devraient arriver à la surface des taches claires, changent brusquement de direction sur la limite de ces taches, et continuent, par conséquent, leur trajet dans une direction anormale, sur le bord et à la surface de. la partie colorée en jaune-rouge, après qu'ils se sont recourbés à angle aigu. Un mince rameau artériel et un mince rameau veineux font seuls exception ; tous les deux proviennent du bord supéro-externe et marchent sur la tache claire en décrivant des sinuosités peu accusées et en se ramifiant de façon qu'on peut les suivre vers la périphérie, à une distance de deux diamètres optiques environ. Un rameau, après un faible trajet, marche sur la partie claire, puis sur la partie jaune et ensuite sur la partie jaune-rouge du fond de l'œil, pour y rester désormais.
Dans l'œil gauche, il y a un coloboma choroïdien tout à fait semblable.
PL XIX. Fig. 87 et 88.
Fig. S7. — GKOSSISSEMENT 6.
Fig. SS. — GKOSSISSEMENT 5.
Coloboma de la choroïde.
M. St., âgée de 13 ans, bien développée, paraissant forte et bien portante pour son âge, a eu la rougeole à 5 ans, mais elle n'a pas eu d'ailleurs d'autre maladie sérieuse.
Depuis son enfance, elle est fortement myope des deux yeux, mais elle a toujours également bien vu de près.
Avec l'œil droit(V. — 5'/2), elle lit le 11° 3 de 4 à 5 pouces, avec le gauche (V. — 7), le n« 2 de 3 à 7 pouces. Dans toute la partie supérieure du champ visuel des deux yeux, correspondant au coloboma de la choroïde, il n'existe aucune perception lumineuse; tout le reste du champ visuel est normal. Dans l'œil gauche où le coloboma n'entoure pas le nerf optique, on peut prouver qu'entre la tache de Mariotte et la partie insensible correspondant au coloboma, il existe une bande rétinienne qui perçoit la lumière, tandis que dans l'œil droit, où le nerf optique est entouré par le
coloboma, la tache de Mariotte ne se distingue point des parties environnantes, puisque ces dernières ne perçoivent pas non plus la lumière.
Les parents, comme les deux sœurs de la jeune fille, ont une structure de l'œil et une acuité normales; le frère, au contraire, est myope.
Conformément à leur myopie, les deux yeux sont allongés, très-proéminents et convergents; les iris sont atteints d'un coloboma inférieur incomplet, mais à part cela, ils paraissent bien conformés dans toutes leurs parties extérieures, et exempts de maladies.
Dans l'œil gauche, il existe directement en bas un colobome indien triangulaire qui part du milieu de la pupille et se termine en pointe au cercle ciliaire. Au niveau de cette division, l'uvée (la couche pigmentaire) fait complètement défaut, mais le reste du tissu iridien ne manque que dans le petit cercle et dans le tiers supérieur du plus grand cercle. De cette manière, la pointe du coloboma paraît mesurer les deux tiers inférieurs du plus grand cercle iridien, sous la forme d'un triangle composé d'un très-mince tissu transparent (l'iris dépourvu du pigment).
Dans l'œil droit, le coloboma de l'iris a la même grandeur et la même place qu'à gauche, mais il atteint le corps ciliaire par une pointe large et arrondie. Au niveau de ce coloboma, l'uvée manque aussi complètement, mais le reste du tissu iridien ne fait défaut que dans sa partie inférieure et supérieure: de cette manière, les bords latéraux du coloboma paraissent, dans leurs parties moyennes, réunis par un pont étroit de tissu mince et transparent. Mais dans cet œil, le cristallin présente, à son bord inférieur, en rapport avec le coloboma de l'iris, une échancrure d'environ 2 mill. de profondeur; il existe donc aussi un petit coloboma cristallinien. On peut donc, par la périphérie du coloboma iridien et par la partie du canal du Petit qui lui fait face, laquelle paraît ici très-large à cause du retrait du bord cristallinien, voir très -bien le fond de l'œil au moyen de l'ophthalmoscope et en distinguer les différentes parties. Il ne paraît pas exister de division, ni d'autre déformation du corps ciliaire, ce qui tend à prouver que, dans cet œil comme dans l'autre, le colobome iridien ne se continue pas immédiatement avec le coloboma de la choroïde.
A l'examen ophthalmoscopique, les particularités ci-dessus mentionnées ressortent dans les deux yeux avec une netteté remarquable. De chaque côté, les milieux se montrent tout à fait transparents, et l'intérieur de l'œil d'un jaune rouge normal en haut, en dehors et en dedans; en bas, au contraire, il est très-fortement éclairé, presque brillant, avec des reflets, blanc-jaune bleuâtre.
Dans l'œil gauche (fig. 87), la papille est ovale, nettement limitée et d'un diamètre normal, et elle est entourée de deux anneaux de pigment choroïdien ronge -brun foncé, très-larges dans certains points, et presque complètement fermés; le plus petit d'entre eux est placé, comme d'habitude, exactement près du bord externe de l'anneau de tissu cellulaire, tandis que le plus grand circonscrit le plus petit à une faible distance, dans la partie jaune-rouge du fond de l'œil.
L'anneau du tissu cellulaire est nettement perçu tout autour, et il limite, vers le bord inférieur du nerf optique, une excavation partielle, très-profonde, irrégulière, excentrique qui se trouve en ce point. Cette excavation partielle a sur la coupe une forme allongée, elle touche par une large base au bord interne de l'anneau du tissu cellulaire, et de sa partie centrale un peu déjetée en dehors, elle s'élève par son extrémité arrondie jusqu'au dessus de la partie moyenne du nerf optique; elle a une couleur blanchâtre, et elle réfléchit beaucoup la lumière, tandis que la partie périphérique du nerf, non excavée et normalement placée dans le plan de la rétine, paraît moins éclairée et fortement rougeâtre. Cette excavation partielle arrivant ainsi jusqu'à la limite inférieure du nerf optique, et le rameau veineux principal de la rétine faisant un coude rapide, immédiatement sur le bord interne de l'anneau du
tissu cellulaire pour descendre dans la profondeur du nerf optique; présente, en cet endroit, une grande ressemblance avec une excavation totale (glaueomateuse) acquise.
Le reste du fond de l'œil possède, dans la plus grande partie de son étendue, une coloration jaune-rouge et un grenu normaux; en bas, au contraire, on voit à la périphérie une place large, bien limitée, très-éclairéc et en général blanchâtre, c'est le coloboma de la choroïde déjà mentionné.
Cette place a une forme allongée, presque piriforme et mesure dans sa plus grande largeur environ 5 fois »/3 le diamètre optique. Son bord supérieur (postérieur) se trouve distant de '/a diamètre optique du bord inférieur du nerf; son bord inférieur (antérieur) ne peut être aperçu, puisqu'il tombe hors du champ d'examen du miroir; il devrait, à en juger par la direction des bords latéraux, qui se rapprochent vers la périphérie, être situé au delà de l'ora serrutn de la rétine, immédiatement au devant des procès ciliaires.
Le. fond de cette place claire est inégal; il est placé plus profondément que le plan interne de la choroïde, et parfois même plus profondément que la face interne de la sclérotique du reste du fond de l'œil, et il est, en quelque sorte, formé de trois excavations superficielles différentes, juxtaposées les unes aux autres, et se confondant en partie. L'excavation supérieure est ovale et d'une couleur blanchâtre vive ; dans la partie la plus profonde, elle est faiblement bleuâtre, mais elle est jaunâtre dans un petit segment supéro-externe. L'excavation moyenne étroite a plutôt une forme rubanée, dans sa partie moyenne, une couleur blanc-jaunâtre claire, et dans ses parties périphériques, une couleur jaunâtre brillante. La troisième excavation enfin est de beaucoup la plus étendue, la moins profonde, et elle a une coloration claire dans certains points, d'un gris foncé dans d'autres , avec des stries blanchâtres plus brillantes, situées dans la moitié interne.
Dans différents points de la périphérie de ce coloboma, et au niveau de la partie du fond de l'œil normalement colorée, se trouvent des plaques plus ou moins allongées d'un jaune rouge vif (dans le dessin, en haut, au dessous de la partie inféro-interne du nerf optique et en dehors), plaques sur lesquelles la choroïde existe, mais dépouillée de son épithélium, et (en dehors dans la figure) laisse, en partie, reconnaître sa trame vasculaire grossière à des stries rubanées faiblement rougeâtres et uniformément colorées.
Mais d'un autre côté, le coloboma est aussi entouré de traînées et de taches pigmentaires d'un rouge-brun foncé et même noirâtres, qui bordent en partie les plaques claires et suivent la ligne de démarcation du coloboma; elles sont situées, en partie, à une petite distance de cette ligne, dans l'étendue du fond jaune rouge de l'œil, ou elles arrivent jusque sur la ligue de démarcation et sur la plaque blanche elle-même.
Enfin, sur la surface de ce coloboma apparaît une membrane extrêmement mince, transparente, un peu miroitante , répandue sur toute l'étendue du colobomc dont elle suit les inégalités, et sur laquelle se ramifient quelques faibles vaisseaux rétiniens.
Le système des vaisseaux centraux, qui provient en partie du milieu , en partie des différents points de la périphérie du nerf optique , présente partout dans les différents troncs principaux une distribution qui s'éloigne de l'état normal. La plupart des gros vaisseaux, par exemple, avec un diamètre, une division et une couleur qui sont du reste normaux, se répandent exclusivement, en décrivant des sinuosités peu marquées, dans la partie jaune-rouge du fond de l'œil et dans les places jauncrougeâtres; il n'y a que de très-faibles rameaux qui, nés des premiers, vont en se ramifiant plus loin, se répandre sur la surface du coloboma lui même, courant pour la plupart en droite ligne.
Mais on remarque encore sur la surface du coloboma, et cela à une distance plus ou moins grande, des minces vaisseaux rétiniens, des vaisseaux larges ou étroits, uniformément colorés, rabanes, rougeâtres, qui se divisent plusieurs fois et se répandent isolément sur le fond clair en décrivant un trajet tout-à-fait irrégulier, à sinuosités très-accusées.
De ces vaisseaux, les uns se développent isolément à la surface du coloboma, en venant du fond de l'œil, les autres sortent de dessous la partie jaune-rouge du fond de l'œil, et se réunissent en différents points, après un trajet plus ou moins long, avec les vaisseaux choroïdiens visibles sur le bord du coloboma. De cette manière, et aussi par leur trajet particulier, leur couleur rubanée uniforme, ils se présentent comme de véritables vaisseaux scléro-choroïdiens.
Dans l'œil droit (fig. 88) de la partie moyenne jusqu'à la périphérie, en bas, le fond de l'œil paraît blanc-jaunâtre, dans une grande étendue, avec mélange de gris, et réfléchit très-fortement la lumière.
Cette place claire a une forme ovale, elle mesure, dans sa plus grande largeur, sept fois le diamètre du nerf optique, et par son bord supérieur (postérieur) qui décrit une courbe plane , elle dépasse presque de la moitié du nerf optique le bord supérieur de la papille. Les bords latéraux ne sont que faiblement incurvés, ils se dirigent plutôt en ligne droite vers l'équateur de l'œil. L'extrémité inférieure (antérieure) de la place claire est placée en dehors du champ de l'oplithalmoscope et devrait, si on en juge par la distance et la courbe des bords. latéraux, arriver jusqu'aux procès ciliaires.
Le fond de la place claire est placé un peu plus profondément que le plan interne de la choroïde; et d'après sa courbure faiblement concave, il parait, en général, se confondre assez bien avec la face interne de la sclérotique dans les autres parties du fond de l'œil; il présente pourtant, clans plusieurs points, des dépressions et des sillons plus ou moins grands, plus ou moins superficiels.
Cette place claire, le coloboma, est, comme il a déjà été dit, d'une couleur en général blanc-jaunâtre; cependant, dans les parties supérieure et inférieure, on remarque une couleur uniforme faiblement bleuâtre, et dans la partie moyenne un ton faiblement gris-rougeâtre. De cette manière, l'intensité de la lumière est un peu plus faible dans la région moyenne, beaucoup plus accusée, au contraire, en haut et en bas, si bien que les différentes places paraissent presque brillantes, éblouissantes. Les dépressions ont une coloration claire ou foncée, gris-bleuâtre ou gris-rougeâtre, même gris-noirâtre. En outre, des stries blanchâtres mal délimitées, de largeur et de longueur variables, de formes différentes, traversent le coloboma dans différentes directions, mais surtout dans le sens de l'équateur.
A la périphérie, le coloboma est partout nettement limité et, en grande partie, bordé de légères stries et de taches pigmentaires, d'un rouge-brun foncé et même noirâtre ; mais aussi , dans certains points périphériques de la surface, ces taches paraissent placées à une distance plus ou moins grande de son bord.
Dans toute l'étendue de ce coloboma, à une distance marquée de sa surface, et surtout dans ses parties moyennes, se trouve une membrane vitreuse transparente. Cette membrane semble être une continuation de la rétine qui recouvre le reste du fond de l'œil, et elle possède une surface presque régulière, comme permettent de le constater de faibles vaisseaux rétiniens et le léger miroitement de sa surface.
Dans l'étendue de ce coloboma, près de son bord supérieur, se trouve l'entrée du nerf optique. Celui-ci est ovale, dans le sens de son grand diamètre dirigé horizontalement, et, en général, ses diamètres sont plus petits qu'à l'état normal. Il est d'une couleur uniforme, faiblement rougeâtre ; sa surface est plane, mais placée un peu plus
profondément que la face interne de la rétine, dans la partie jaune-rouge du fond de l'œil. On ne peut découvrir aucune particularité qui indique un anneau de tissu cellulaire; mais une forte rougeur de forme annulaire entoure le nerf optique et, parfaitement délimitée sur le bord du nerf, elle devient, au contraire, vers la périphérie, plus claire et se perd peu à peu.
En dehors du coloboma, le fond de l'œil est uniformément coloré en jaune-rouge clair, et comme la couche épithéliale est très-mince, on n'y voit qu'un grenu faible et disséminé. A travers cette couche épithéliale on aperçoit, par conséquent, plus moins distinctement les gros vaisseaux du stroma de la choroïde, comme des stries rubanées faiblement rougeâtres, qui, dans un trajet peu sinueux, se divisent et se réunissent pour former des mailles allongées. Autour de la papille, ces vaisseaux choroïdiens naissent souvent dans l'étendue du coloboma lui-même (comme on peut le voir dans le dessin); peu nombreux à la partie interne du nerf optique, dont ils sont plus ou moins éloignés, mais en plus grand nombre du côté externe, ces vaisseaux sortent du fond blanc -jaunâtre, en décrivant de faibles sinuosités, et peu à peu ils 'deviennent plus nets, puis, semblables à des stries rubanées faiblement rougeâtres et de couleur uniforme, ils s'épanouissent de différents côtés à la surface du coloboma, où ils s'entrecroisent; se divisent et se réunissent de nouveau, pour marcher exclusivement dans le fond jaune-rouge de l'œil, pour y former, en s'unissant avec d'autres vaisseaux, le réseau choroïdien caractéristique. Dans la partie inférieure du coloboma, on ne voit aucun vaisseau choroïdien (vaisseaux scléro-choroïdiens).
La macula ne présente rien de particulier. Elle se trouve dans le fond normal de l'œil, et elle est située à une petite distance du bord inféro-externe delà tache claire.
Les vaisseaux centraux émergent normalement du milieu du nerf optique, et ils s'épanouissent irrégulièrement dans le fond de l'œil; ils sont, du reste, normaux dans leur diamètre, leur couleur, leur division et leurs contours. La plus grande partie des vaisseaux principaux se dirige en haut en partant du nerf optique, elle s'épanouit surtout dans la partie supérieure du fond de l'œil, et elle n'envoie proportionnellement, sous de grandes courbures, que peu de rameaux dans la partie inférieure et la partie interne du fond jaune-rougeâtre de l'œil. Une artère et une veine principale seulement, avec quelques ramuscules, partent du nerf optique et se dirigent en bas; ils s'épanouissent en se divisant et en se ramifiant plusieurs fois dans le tiers supérieur du coloboma; ensuite ils se séparent les uns des autres, ils marchent enfin sur les parties supérieures et internes du fond rouge-jaunâtre de l'œil, et s'étendent plus loin dans le sens horizontal et vers la partie inférieure.
Ces vaisseaux rétiniens marchent, comme il a déjà été dit, dans l'étendue du coloboma, à une distance assez importante des vaisseaux choroïdiens, et aussi du fond blanc-jaunâtre; ce qu'on peut constater, non-seulement à ce qu'ils projettent sur le fond blanc-jannâtre des ombres plus ou moins nettes, qui, dans la position correspondante, peuvent être déplacées par un mouvement latéral de l'ophthalmoscope ou de l'œil examiné, et, portées à volonté, à une distance considérable, sur l'un ou l'autre côté des vaisseaux; mais encore à ce que, dans de tels mouvements, les vaisseaux rétiniens eux-mêmes montrent à l'égard des vaisseaux choroïdiens des mouvements parallactiques très-manifestes, et que même, en certains endroits, les premiers peuvent être déplacés au devant des autres.
PL XX. Fig. 89.
Altération de tissu dans la région de la macula.
B. K., âgé de 37 ans, taille moyenne, paraissant bien portant, bien nourri, le ventre un peu gros, avait été scrofuleux dans sa jeunesse, et avait eu plusieurs affections éruptives.
Depuis l'enfance jusqu'à l'âge de 19 ans, il avait souvent eu des saignements de nez qui étaient chaque fois précédés de maux de tête pendant quelque temps, mais qui disparaissaient toujours après l'écoulement sanguin. Depuis la 20me année, mais depuis 10 ans surtout, qu'il mène une vie sédentaire, il est très-fréquemment atteint d'excitation générale, de congestions et de douleurs à la tête, et il est tourmenté par la paresse des évacuations alvines. Dans ces 5 dernières années, il a éprouvé souvent des douleurs lombaires, un sentiment de plénitude et de pesanteur dans le bas-ventre et des démangeaisons à l'anus, sans qu'on trouvât de bourrelets hémorrhoïdaux, et sans qu'il s'établit d'écoulement.
B. K. a eu quatre blennorrhagies uréthrales, et, à 18 ans, un ulcère vénérien, qui guérit cependant, sans autres suites, sous l'influence du traitement. A 29 ans, il eut un autre ulcère syphilitique qui fut, au contraire, suivi de manifestations générales telles qu'une éruption cutanée, la chute des cheveux, des exostoses sur les tibias, de petits ulcères à la gorge, phénomènes qui disparurent complètement avec des frictions mercurielles répétées.
Jamais il n'avait eu à se plaindre de ses yeux. Dès sa jeunesse il était légèrement myope, mais il avait toujours bien vu et pendant longtemps, non-seulement de près, mais aussi à des distances moyennes; c'est même pour cela qu'il n'avait jamais porté de lunettes.
11 y a un an, B. K. eut le typhus. Pendant qu'il était convalescent , il remarqua un jour, par hasard, qu'il voyait plus mal avec l'œil gauche , qu'un léger nuage grisâtre recouvrait tous les objets. Par la suite, et malgré le traitement, ce nuage augmenta lentement, mais constamment en intensité , surtout dans le milieu du champ visuel, de telle sorte qu'à la fin il ne pouvait plus qu'avec peine distinguer les plus gros objets.
Plusieurs mois après, le nuage diminua peu à peu, et les objets redevinrent plis distincts, surtout dans les parties périphériques du champ visuel; dans ces derniers mois, il diminua aussi dans la partie centrale du champ visuel pour disparaître enfin complètement; et en même temps le trouble actuel de la vision se déclarait peu à peu.
Actuellement, la vision périphérique est parfaitement normale, et le nft 1 peut même être lu de 5 à 8 pouces de distance; au contraire, dans l'étendue d'une tache centrale arrondie, le malade voit les objets d'une manière anormale. Il perçoit bien les lettres, par exemple, avec une couleur et un éclairage qui lui semblent naturels, mais il ne peut pas les saisir exactement; elles lui paraissent plus sombres, mobiles, tremblantes et comme vues à travers l'eau agitée. En outre , les différentes lettres ont plusieurs contours inégaux et paraissent chacune non -seulement déformées, mais placées irrégulièrement, comme jetées pêle-mêle, si bien que le malade ne peut ni reconnaître ni compter les caractères.
Ces phénomènes deviennent plus marqués lorsque le malade regarde une ligne droite on une ligne d'une courbure déterminée. Dans la partie périphérique du champ visuel, de pareilles ligues se dessinent partout avec leur forme et leur grandeur normales ; mais dans la partie centrale elles présentent une forme et une position anormales et irrégulières , en vertu desquelles dans le milieu de cette région c'est surtout qu'elles paraissent déformées et écartées de leur position normale. En même temps, pendant que le malade s'efforce de voir nettement et pendant les faibles mouvements qne l'œil exécute, il n'y a aucune fixité dans l'image, mais les courbures et le déplacement des lignes (surtout dans le milieu de cette région) éprouvent des oscillations et des changements, comme font les contours d'un objet réfléchi par de l'eau en mouvement. Cette partie centrale du champ visuel parait claire, pure, sans aucun trouble; seulement il semble au malade qu'il y a en ce point une goutte d'eau à travers laquelle il devrait voir. Cette place présente, à 6 pouces de l'œil, un diamètre de 7 lettres du n° 1 (4 millim.) ; elle n'a point de limite régulière et elle grandit dans la vision à distance, pendant laquelle le malade aperçoit les plus grands objets relativement plus distincts et plus droits, et les limites de cette place anormale moins marquées.
Les deux yeux ne présentent rien de morbide dans leur aspect extérieur.
Avec l'œil droit (sain) V. — 56, le n° 1 est lu de 4|/2 à 13 </a pouces de distance; l'œil gauche au repos a une adaptation de V. — 68.
A l'examen ophthalmoscopique, les milieux de l'œil gauche, dont la vision est mauvaise, sont parfaitement transparents; l'intérieur du globe est normalement éclairé, et, à l'exception de la région de la macula, on n'aperçoit dans le fond de l'œil aucune altération morbide.
Le nerf optique (fig. 89, œil gauche) a une forme arrondie, des diamètres normaux, une surface et une couleur normales, et, dans la plus grande partie de sa périphérie, il est entouré d'un liséré et de larges taches pigmentaires, d'un rouge-brunâtre; l'anneau du tissu cellulaire est bien net, surtout en dehors, c'est-à-dire du côté de la macula.
La rétine parait partout transparente, excepté dans la région de la macula.
Le système vasculaire central se montre partout normal, en ce qui concerne l'étendue, les ramifications, le diamètre, la couleur, les contours et le trajet des différents vaisseaux.
Dans l'étendue de l'expansion choroïdienne, le fond de l'œil possède partout sa couleur jaune-rouge claire et son grenu normaux et ce n'est que dans la région de la macula, dans l'étendue d'un tiers du diamètre optique, qu'il présente des modifications sensibles. Cette partie est presque circulaire, mais elle n'a pas de limite exacte; elle a une couleur rouge-brun foncé, qui est produite par un nombre considérable de points foncés, parfois presque noirâtres, extrêmement fins, placés dans la couche épithéliale de la choroïde.
Au niveau de cette tache foncée, on aperçoit un grand nombre de points clairs, blanchâtres, de grandeur différente, dont le plus grand et le plus central correspond au centre même de la macula. Autour de ce point principal clair, les autres points sont placés avec assez de régularité et serrés l'un contre l'autre; cependant ils ne sont pas symétriques; enfin ceux qui occupent le centre paraissent plus grands et plus clairs, ceux qui sont à la périphérie paraissent plus petits et moins éclairés.
Le point central le plus grand a une forme arrondie évidente, et le diamètre d'une branche artérielle moyenne. Les points moins grands, au contraire, montrent des diamètres si minimes qu'on ne peut en reconnaître la forme, et les plus petits se présentent comme de petits points lumineux à peine perceptibles.
Tous ces points clairs réfléchissent une telle quantité de rayons blanc-jaunâtres, qu'ils paraissent briller comme des étoiles- et scintiller pendant les légères oscillations du miroir éclairant.
PL XX. - Fig\ 90.
Altérations du tissu de la région de la macula.
B. B., âgé de. 17 ans, à part quelques petites affections passagères, avait toujours été bien portant dans son enfance. Actuellement, c'est un jeune homme de taille moyenne, légèrement brun, bien nourri, paraissant bien portant et qui trabit des dispositions à l'embonpoint.
11 y a 4 mois, il a été atteint de scarlatine. Dans la seconde semaine de sa maladie, il s'aperçut qu'il voyait plus mal de l'œil gauche. 11 lui semblait qu'il était ébloui de ce côté ; en outre, cet œil rougissait facilement, • il larmoyait, redoutait la lumière, et dans l'espace de quelques jours, il se forma dans la partie centrale du champ visuel une tache foncée allongée, qui masquait complètement tous les objets. Dans le cours de la convalescence, qui fut de longue durée, tous ces symptômes morbides disparurent successivement dans l'œil, à l'exception de la lacune centrale du champ visuel qui conserva la même intensité et la même étendue.
Actuellement les deux yeux se montrent parfaitement normaux à l'examen extérieur. Avec l'œil droit, qui est légèrement myope (V. — 70) le n° 1 est lu de 4 à 141/, pouces de distance. Avec l'œil gauche, disposé pour les rayons convergents (V. -4- 85), le malade lit le n° 2 de 5 'A à 12 pouces de distance, mais seulement à grande peine, puisque, dans le n° 2 à 6 pouces de distance, cinq lettres du centre qui se suivent immédiatement manquent complètement. Le malade éprouve, en outre, la même sensation que si une tache foncée gris-noirâtre recouvrait ces lettres, comme en général tous les objets, dans leur partie moyenne.
Cette tache foncée est entièrement opaque, de telle sorte qu'à une distance de 8 à 10 pieds la flamme même d'une bougie ou d'une lampe n'est pas aperçue lorsqu'elle se trouve au centre du champ visuel. Elle parait parfaitement limitée, elle a •une forme allongée (mesurée à (i pouces de distance, elle a un diamètre horizontal de 3 1/2 millim. et un diamètre vertical de 6 millim.) ; elle est plus étroite en haut, plus large en bas et placée dans le champ visuel un peu obliquement de haut en bas et de dehors en dedans. En regardant de loin, cette tache s'agrandit proportionnellement, mais tout en apparaissant moins foncée et moins nettement limitée. Périphériquement, c'est-à-dire en dehors de la tache foncée, à la distance ordinaire à laquelle ils peuvent encore être aperçus, le malade les voit avec la netteté et la couleur normales.
A l'examen ophthalmoscopique, on ne trouve dans l'œil aucune altération pathologique, excepté dans la région de la macula.
Les milieux sont parfaitement transparents, le fond de l'œil (fig. 90, œil gauche) est normalement éclairé; la couleur jaune-rouge et la granulation sont normales. Le nerf optique a un aspect physiologique, une surface normale, un anneau de tissu cellulaire bien marqué, et il est presque complètement entouré d'un liséré pigmentaire rouge-brun foncé. La rétine se montre transparente excepté dans la région de la macula, et le système vasculaire central est parfaitement normal.
Dans la région de la macula, au contraire, on aperçoit une tache blcu-verdâtre, allongée, de forme irrégulière , elle est entourée d'une auréole étroite, jaune-clair, réfléchissant fortement la lumière; elle parait située entre la rétine et la choroïde et dans les couches superficielles de cette dernière membrane. L'auréole jaune est
vers la périphérie mal délimitée, et elle ne présente à sa surface aucune granulation. La tache bleu-verdâtre qu'elle entoure a cependant une limite nette , un milieu plus clair, une périphérie foncée et un contour presque noirâtre, par lequel elle se détache avec une extrême netteté, sur le fond clair de l'auréole en même temps qu'elle paraît placée en avant et légèrement convexe.
Cette tache a en largeur un tiers et en longueur deux tiers du diamètre du nerf optique; elle paraît, surtout vers le milieu, légèrement transparente; sa surface paraît unie et légèrement miroitante.
Son diamètre longitudinal est incliné de haut en bas et de dedans en dehors.
PL XX. Fig. 91.
Altérations du tissu dans la région de la macula.
M. B., âgé de 20 ans, fils de paysan, doit avoir eu des convulsions dans son enfance ; mais autrefois, à part des catarrhes momentanés, des voies aériennes et digestives à la suite de refroidissements et d'écarts de régime, il était toujours bien portant. Il n'eut jamais la syphilis, il n'avait jamais d'oplithalmie, et avec l'œil gauche, il avait toujours bien vu de loin comme de près pour ses travaux. L'œil droit est dévié en dedans depuis la première enfance.
Il y a 6 ans, que, pour la première fois, il remarqua par hazard, qu'il était presque complètement aveugle de cet œil; depuis cette époque, il n'aperçut aucun changement dans la faculté visuelle.
Dans leur aspect extérieur, les deux yeux paraissent parfaitement normaux. Au repos, l'œil gauche aune adaptation équivalente au V. -f 3G et il possède une parfaite acuité visuelle. L'œil droit ne perçoit à la périphérie que les mouvements de la main, au centre du champ visuel il n'y a aucune perception lumineuse. On ne peut pas au juste préciser l'étendue de cette lacune du champ visuel, parce que le malade ne peut reconnaître nettement aucune ligne de démarcation, et donner des renseignements précis sur les perceptions périphériques du champ visuel.
Les milieux de cet œil droit paraissent partout transparents, à l'examen ophthalmoscopique, mais l'intérieur de l'œil est moins éclairé que d'habitude. L'adaptation dioptrique de l'œil, au repos de l'accommodation, est = V. -f- 58.
La papille (fig. 91) a une forme arrondie, des diamètres normaux, une surface qui concorde avec le plan de la rétine, et elle est surtout nettement limitée du côté de la macula; l'anneau du tissu cellulaire se laisse bien apercevoir dans toute la circonférence, moins bien cependant en haut et en bas, parmi les principaux troncs vasculaires. La papille paraît un peu plus pâle, d'un ton plus froid que d'habitude, plutôt blanchâtre dans les parties moyennes, avec, faible mélange de jaune, faiblement gris-rougeâtre vers la périphérie. La rétine montre une transparence normale, excepté dans la région de la macula et dans son voisinage; les vaisseaux centraux dans leurs diverses directions ne présentent aucune différence avec l'état physiologique.
Dans l'étendue de l'expansion choroïdienne, à l'exception de la région de la macula, le fond de l'œil a une couleur uniforme qui est cependant un peu plus foncée que d'habitude, et il parait plutôt jaune-rouge-brunâtre; la granulation est foncée et à gros grains.
Dans la région de la macula, on voit une tache foncée, irrégulièrement ovale, ayant en longueur 2 fois environ le diamètre de la papille, et en largeur un peu plus d'un diamètre. Son diamètre longitudinal est horizontal, sa partie moyenne un peu au-dessus de celle du nerf optique; par son bord interne elle est distante du bord externe du nerf optique de la largeur de la papille. La macula est par conséquent complètement dans l'étendue de cette tache; mais son centre devrait être placé au dessous de sa partie moyenne.
La surface de cette tache foncée concorde, pour la situation et la courbure, avec la surface interne de la choroïde du reste du fond de l'œil.
Dans toute son étendue, cette tache est uniformément d'un ronge-brun-foncé, avec des granulations très-fines et très-serrées; elle est entourée d'une ligue claire qui, à son tour, est nettement limitée par un liséré foncé.
La ligne claire est jaune-rougeâtre, et, dans certains points , elle est un peu plus large, plus claire et plus nettement dessinée; dans d'autres, au contraire, elle est plus étroite, moins éclatante et moins exactement limitée. Elle a cependant, dans son ensemble, quelque chose d'indécis, d'incertain, et malgré le liséré foncé qui l'entoure, il est difficile d'en saisir et d'en fixer exactement les limites ; de plus, dans les déplacements légers du miroir on dirait qu'elle se déplace sur le côté, en même temps qu'elle montre aussi des mouvements ondulatoires dans le sens vertical.
Le liséré foncé qui entoure cette ligne, présente dans différents points une largeur inégale et une forme qui ne concorde pas entièrement avec les contours de la tache centrale; il est d'un rouge-brun très-foncé, presque noirâtre dans certains points, et formé par l'agglomération de petits points pigmentaires foncés plus ou moins serrés.
PL XX. Fig\ 92.
Altération de tissu dans la région de la macula.
J. B., littérateur, âgé de 51 ans, fut très-scrofuleux dans son enfance, et, en conséquence, il fut atteint de tumeurs ganglionnaires et d'abcès, de nécrose du maxillaire supérieur de l'humérus droit et des doigts de la main gauche , ainsi que d'ophthalmies pustuleuses fréquentes. Depuis l'époque de la puberté jusqu'à il y a deux ans, il fut, en général, fort et bien portant: il eut néanmoins pendant ce laps de temps, trois blcnnorrhagies uréthrales et un ulcère vénérien; à différentes reprises, il fut pris d'indigestions, de catarrhes violents à la suite d'écarts de régime et de refroidissements; une fois enfin il eut le choléra.
La vue a toujours été bonne aussi bien de près que de loin.
C'est un homme grand, élancé, bien que fortement constitué; bon viveur, qui n'a pas l'air vieux pour son âge. Il aime à marcher, à gravir les montagnes, à chasser et il peut supporter des fatigues considérables. Il y a deux ans, il avait fait, pendant, plusieurs jours consécutifs, des coui'ses très-fatiguantes dans les montagnes , lorsque, ayant très-chaud, il fut surpris par l'orage et rentra complètement mouillé. Il se mit au lit, avec un haut degré d'épuisement et avec un sentiment
de malaise; après un sommeil court et agité, il s'éveilla en proie à un frisson et à une douleur de hanche, et avec la sensation d'un éblouissement dans l'œil droit. Il ferma l'œil gauche et s'aperçut aussitôt que, du côté droit, il ne pouvait voir les objets que latéralement et qu'une large tache ovale foncée cachait complètement les objets dans le centre du champ visuel.
Plusieurs jours après, la fièvre se calma; plus tard aussi les douleurs de hanche, et, par la suite, grâce à différents traitements, la faculté visuelle s'améliora jusqu'au degré actuel ; depuis, J. B. souffre fréquemment de digestions difficiles, de constipation et même, après de légers refroidissements, de douleurs seiatiques plus ou moins fortes.
Actuellement, sur l'œil droit, la faculté visuelle est encore limitée à ce point que le n° 5 ne peut que difficilement être lu à 7 pouces de distance. Une tache foncée, d'un gris de fumée, mal limitée, arrondie, de 6 pouces de haut sur 8 de large, à la distance de 4 pieds , masque tous les objets placés au centre du champ visuel. En regardant des objets rapprochés, cette tache diminue proportionnellement d'étendue, mais elle augmente en coloration et en épaisseur; en regardant au loin, au contraire, elle augmente en étendue, mais elle diminue en coloration et pii épaisseur. Dans l'étendue de cette tache, tous les objets paraissent plus petits, plus éloignés et privés de leur coloration naturelle à la périphérie du champ visuel, les objets sont vus comme d'habitude.
Avec l'œil gauche qui est sain, le n° 1 est lu de 6 à 21 pouces de distance. Les deux 37eus au repos de l'accommodation sont adaptés pour les rayons parallèles, et à l'extérieur ils paraissent parfaitement sains.
A l'examen ophthalmoscopique, on trouve dans l'œil droit (fig. 92) les milieux transparents et l'intérieur du globe normalement éclairé. Le nerf optique est arrondi, de grandeur normale et nettement limité dans sa circonférence ; sa surface est nor nullement située; dans ses parties profondes il est légèrement rougeâtre, un peu moins au milieu que vers le bord, l'anneau blanc -jaunâtre du tissu cellulaire est parfaitement visible dans toute la circonférence.
La rétine est partout parfaitement transparente, et les vaisseaux centraux sont à l'état normal.
Le fond de l'œil, dans toute l'étendue de l'expansion choroïdienne, est partout normalement jaune-rouge et granulé; dans la région de la macula, au contraire, il y a des altérations très-considérables.
La choroïde est ici, dans une régiou à limites précises, dépouillée de sa couche épithéliale et de sa couche pigmentaire, et ses plus forts vaisseaux externes ressortent sur un fond blanchâtre avec une netteté et une clarté remarquables. Les différents vaisseaux et leurs sinuosités apparaissent ici sous l'aspect des stries rubanées, claires ou foncées, uniformément rougeâtres et de calibre différent; ils sont manifestement placés dans des plans différents. Par contre, dans les espaces intervasculaires se présente, comme un fond blanchâtre, la surface interne de la sclérotique, fortement éclairée, presque brillante.
Toute la place claire est irrégulière et allongée , son plus grand diamètre dirigé dans le sens horizontal. Dans sa plus grande étendue, elle mesure un peu plus d'une fois le diamètre optique ; en largeur, les deux tiers de ce diamètre. La partie moyenne correspond à la macula.
Dans toute sa circonférence, et dans une partie de sa surface, sont accumulées de larges masses pigmentaires d'un rouge-brun-foncé, paraissant parfois noirâtres et ayant la forme de bandes de largeur variable et de taches irrégulières.
A part ces détails, sur le bord externe de la tache claire, une partie du fond de l'œil se montre uniformément, mais faiblement pigmentée en rouge-brun; cette coloration a, en étendue, les deux tiers du diamètre optique et la forme d'un cône
tronqué placé obliquement, et dont la large base entoure l'extrémité externe de la place claire. Toutes ces pigmentations montrent nettement un grenu fin plus ou moins condensé.
PI. XXI. - Fig. 93.
Extravasation dans la région de la macula.
E. M., âgée de 38 ans, ouvrière, a eu la scarlatine à 10 ans, après quoi elle fut maladive pendant un certain temps. Les règles vinrent à 16 ans, elles furent toujours régulières, mais constamment accompagnées de douleurs et de congestions céphaliques. Autrefois, elle avait des épistaxis, qui devinrent pourtant plus rares à partir de l'époque des règles. Ordinairement, ces épistaxis étaient précédées d'un sentiment de plénitude, de pesanteur, et même de véritable douleur à la tête; ensuite la tête était libre et l'état général satisfaisant.
E. M. a eu trois enfants; tous les trois existent et sont, en bonne santé.
11 y a neuf ans, elle remarqua un jour, pendant qu'elle cousait, qu'elle ne voyait plus avec l'œil droit, aussi bien qu'auparavant et il lui sembla qu'un nuage grisblan châtre était répandu sur tous les objets. Ce phénomène augmenta par la suite constamment, mais lentement, jusqu'à il y a deux ans, époque à laquelle la malade atteinte d'un rhumatisme articulaire aigu, devint en quelques jours aveugle de l'œil droit, en conservant seulement la perception de la lumière quantitative.
Auparavant elle voyait bien , et d'une façon continue, avec les deux yeux, et l'oeil droit étant perdu, elle voyait encore de l'œil gauche aussi bien qu'auparavant.
Il y a un an, après un mal de tête précédé de vertige, elle remarqua tout à coup que maintenant, de l'œil gauche, elle ne voyait plus avec la même netteté les objets fixés, et ne distinguait plus du tout les objets de petite dimension, mais que pourtant les objets placés sur le côté, à peu de distance du point de fixation, paraissaient encore aussi nets qu'auparavant. Cet état s'améliora, dans l'espace de quelques jours, et disparut enfin complètement; cependant depuis cette époque, survinrent de fréquents maux de tête avec vertige, surtout an moment des règles, pendant lesquelles, le plus souvent, la vue diminuait un peu.
Il y a quatre mois, sous l'influence d'une grande fatigue, survint tout à coup, avec un sentiment étrange, un nuage (une lacune) occupant le centre du champ visuel dans l'œil gauche, de la même manière qu'auparavant, mais à un degré beaucoup plus prononcé. A dater de cette époque, la malade accusait, surtout pendant ses maux de tête et ses vertiges, la vision d'étincelles et d'arcs-en-ciel, qui, dans les moments de fatigue , prenaient l'apparence de gerbes ou de pluie de feu dont l'intensité, augmentant surtout dans l'obscurité, était devenue intolérable.
Il y a 8 jours, à la veille de l'apparition des règles, lorsque justement la malade soutirait beaucoup des douleurs de tête, de vertiges, de bourdonnements d'oreilles et de photopsie , le nuage placé au centre du champ visuel augmenta subitement d'étendue; en même temps, la malade éprouva dans l'œil comme une sensation de déchirure ou de rupture. Il n'y eut pas d'autres changements les jours suivants.
Actuellement, avec l'œil gauche, la malade ne voit qu'à la périphérie, mais normalement. Au centre, la faculté visuelle a complètement disparu, et cela, en la mesurant sur une surface blanche, placée à 12 pouces devant l'œil, dans une étendue horizontale de 2 pouces et dans une étendue verticale de 1 pouce i/t. Cette place apparaît à la malade comme une tache foncée uniformément grise-noirâtre, qui se place immédiatement au devant des objets fixés, présentant une forme irrégulièrement ovale et une limite précise, et augmentant notablement dans la vision de loin, sans rien perdre pour cela de sa couleur ni de son épaisseur. A l'examen extérieur des deux yeux, on ne trouve rien de morbide.
En examinant l'œil gauche avec l'ophthalmoscopc, à travers la pupille dilatée au maximum, on trouve les milieux transparents, l'intérieur de l'œil normalement éclairé en jaune-rouge, et le fond de l'œil adapté pour les rayons parallèles.
La papille (fi g. 93) aune forme arrondie et une surface normalement placée; elle est de grandeur normale, nettement limitée, légèrement rougefttre à la périphérie dans ses parties profondes, et laisse voir, tout autour, un anneau très -net de tissu cellulaire.
Dans toute son étendue, la. rétine paraît parfaitement transparente, sans aucun phénomène morbide. Le système vasculairc central ne diffère en rien de l'état physiologique.
Dans toute l'étendue de l'expansion choroïdienne, le fond de l'œil, à l'exception de la. région de la macula, est partout normalement granulé et coloré en jaunerouge,- dans cette dernière région, au contraire, on voit une extravasation récente entourée d'un cercle jaune-blanchâtre.
Cette extravasation paraît située sur la face interne de la choroïde; elle a une forme irrégulière; elle a, en longueur, une fois, et en largeur la moitié seulement du diamètre de la papille; sa surface est irrégulière, légèrement convexe et parfaitement limitée dans tons les sens. Dans sa partie inférieure, surtout vers son bord interne, elle est légèrement, transparente et d'un rouge clair ; dans sa partie supérieure, elle se présente en masses d'un rouge foncé, dans différents points même d'un rouge-cerise foncé.
Le cercle blanc-jaunâtre, réfléchissant fortement la lumière, qui entoure l'extravasation, n'a pas partout la même largeur et il ne concorde pas avec ses contours; c'est en dehors qu'il est le plus étroit, et c'est dans une direction tout à fait opposée qu'il a sa plus grande largeur. S'éloignant beaucoup de la couleur rouge de l'extravasation, il ne présente à la périphérie aucune limite tranchée, mais il se confond insensiblement avec la couleur normale du fond de l'œil.
Dans l'œil droit (V. oo) on trouve les symptômes d'une choroïdite ancienne ainsi qu'un foyer hémorrhagique dans la région de la macula.
PI. XXI. Fig. 94.
OUOSSrsSF.MENT 8.
Foyer apoplectique dans la région île la macula.
F. W., âgée, de 4S ans, femme d'un tisserand, a, dans son enfance, toujours été bien portante. Piéglée à 14 ans. elle eut régulièrement ses époques à partir
de ce moment; cependant, quand elles arrivaient, elle souffrait toujours de congestions céphaliques, de vertiges, de douleurs de tête et de froid aux pieds. Elle a eu 7 enfants, dont 6 sont vivants et bien portants.
Depuis sa 30mo année , elle est atteinte d'embarras hémorrhoïdaux et de paresse dans l'évacuation des selles; depuis sa 39me année, elle souffre de douleurs rhumatismales dans les différentes parties du corps.
A 45 ans, ses règles commencèrent à devenir irrégulières, et elles cessèrent enfin complètement, sans que pourtant les phénomènes concomitants disparussent; au contraire, les symptômes morbides, congestions, vertiges, douleurs de tête, froid aux pieds, devinrent alors beaucoup plus intenses; ils étaient accompagnés de bourdonnements d'oreille, de phosphènes, de spectres colorés, surtout pendant la nuit.
La malade a toujours bien vu, et d'une façon continue, de près comme de loin. Peu de temps après la disparition de ses règles, elle remarqua, pour la première fois, qu'elle voyait avec l'œil gauche plus mal qu'auparavant, qu'un léger nuage grisâtre avait couvert tout le champ visuel. Ce nuage augmenta peu à peu sans nouveaux phénomènes, et finalement, malgré le traitement, il devint si épais , qu'actuellement la malade ne perçoit plus avec cet œil que la lumière quantitative.
L'œil droit a vu nettement jusqu'à il y a 6 mois, et il était resté propre aux travaux les plus fatigants. A cette époque, la malade, exposée aux rayons solaires pendant une chaude journée d'été, avait beaucoup travaillé dans les champs, en tenant la tête baissée; elle s'était ainsi considérablement fatiguée et échauffée, lorsque tout à coup, elle éprouva dans l'œil droit un sentiment étrange : elle vit des lueurs et des étincelles, en même temps du vertige, et qu'elle se sentit comme aveuglée de cet œil droit.
Elle se releva aussitôt et se convainquit immédiatement qu'elle était complètement aveugle, dans ht plus grande partie, centrale du champ visuel: elle ne pouvait apercevoir les plus gros objets que sur le côté; il lui semblait qu'un épais nuage noir, tout à fait opaque, flottait immédiatement devant son œil.
Deux jours après cet accident, la malade fut examinée à l'ophthalmoscope, et on aperçut dans cet œil (droit), dans la région de la macula et entre la rétine et la choroïde, une extravasation récente. Elle avait une forme irrégulière, ovale, pour sa plus grande partie une limite nette, une surface légèrement convexe , une étendue horizontale d'une fois et demie, verticale de près d'une fois le diamètre de la papille; dans certains points, une couleur plus claire et plus foncée dans d'autres, comme dans le cas représenté fig. 93. Dans les autres parties du fond de l'œil, on ne voit aucune altération morbide.
Six mois plus tard, la malade se présenta de nouveau, et on prit du fond de l'œil le dessin ici représenté.
Pendant ce temps, F. W. n'avait point aperçu d'autres phénomènes morbides ou le moindre changement dans l'œil; le degré de la cécité était resté invariablement le même. Dans la partie moyenne du champ visuel il n'y avait pas la plus petite perception lumineuse; cette partie lui paraissait comme une tache noire uniforme, allongée, de limites en partie nettes, en partie effacées; dans la vison à distance, cette tache augmentait proportionnellement, et à 3 pieds, elle avait dans le sens horizontal un diamètre de 11 pouces, et de 8 pouces '/2 dans le sens vertical. Dans la partie périphérique du champ visuel, la faculté visuelle ne paraissait point troublée.
Les parties extérieures de l'œil ne présentaient aucune altération morbide ; la pupille avait sa grandeur et sa mobilité normales; les milieux se montrèrent parfaitement transparents à l'examen ophthalmoscopique, l'intérieur de l'œil était normalement éclairé et l'adaptation diopfrique de l'œil au repos de l'accommodation = V. oo.
Le nerf optique (fig. 94, œil droit) avait une forme arrondie et un diamètre normal; de tous côtés, il était parfaitement limité, contourné en dedans par un étroit liséré pigmentaire rouge-brun foncé ; en dehors, au contraire, entouré par un pareil liséré à une faible distance, comme par un cône étroit. L'anneau blanc-jaunâtre du tissu cellulaire, de largeur normale, ressortait, en grande partie, nettement, mais surtout en dehors; seulement en haut et en bas entre les principaux troncs vasculaires, il se dérobait au regard. Le tronc nerveux était rougeâtre dans ses parties périphériques et sa surface était placée dans le plan de la rétine; dans sa partie moyenne, au contraire, il montrait une excavation profonde, arrondie, à bords assez tranchants, de la grandeur d'un demi diamètre optique; dans le fond, cette excavation montrait surtout, de la manière la plus nette, la couleur gris-bleuâtre de la lame criblée, mais aussi à part cela, les autres particularités caractéristiques de l'excavation partielle (voyez la description se rapportant à la figure 41 — 44.)
Dans toute son étendue, le système vasculaire central se montre parfaitement normal ; la rétine a également de tous côtés une transparence parfaite.
Comme auparavant, le fond de l'œil, dans toute l'expansion choroïdienne, montre dans la plus grande partie de son étendue une coloration jaune-rouge et une granulation normales; au contraire, dans la région de la macula, à la place et dans l'étendue de l'ancienne extravasation, on trouve les altérations suivantes:
La choroïde paraissait, dans ce point, complètement dépouillée de sa couche épithéliale, sans cependant laisser voir pour cela ses couches les plus profondes. On aurait dit que dans cette région, la choroïde était recouverte d'une masse faiblement jaunâtre, mince, mais cependant très-résistante et opaque , qui, par sa surface faiblement inégale, réfléchissait beaucoup de lumière, si bien que dans ce même endroit le fond de l'œil était d'un jaune clair assez uniforme, sans granulations et fortement éclairé, au point qu'il paraissait brillant.
Dans toute l'étendue de sa surface, cette tache claire était recouverte , en partie, de taches pigmentaires d'un rouge-brun faible, irrégulières, minces ou épaisses, petites ou grandes, mais singulièrement entourées et comme limitées par des stries semblables et par des masses pigmentaires d'un rouge-brun-foncé, presque noirâtre et assez épaisses.
A une certaine distance et au dessus de cette tache claire, se trouvaient, en outre, deux taches pigmentaires isolées, foncées, mais plus petites et situées dans le fond jaune-rouge normal de l'œil.
Toutes les taches et stries pigmentaires paraissent être placées dans un seul et même plan et reposer sur la face interne de la choroïde; ou dirait qu'elles sont composées de granulations pigmentaires plus on moins volumineuses, qui, suivant leur volume, pousseraient la rétine plus ou moins avant dans le corps vitré.
A gauche le trouble complet du corps vitré ne permettait pas de voir le fond de l'œil.
PL XXI. - Fig. 95.
Altération de tissu dans la région de la macula.^)
J. P., âgé de 25 ans, très-faible, cachectique, a toujours été malade depuis sa plus tendre enfance, et atteint d'affections ganglionnaires; cependant jusqu'à l'âge de 9 ans, il n'a jamais eu mal aux yeux.
L'affection oculaire actuelle se déclara à cet âge, sans cause connue, d'une manière aussi brusque qu'inattendue, puisqu'un jour, pendant le dîner, la faculté visuelle s'éteignit tout-à-coup dans les deux yeux, au point que le malade ne pouvait plus voir ni couteau, ni fourchette, non plus que les aliracnls. 11 lui semblait en outre qu'un épais nuage, gris s'était placé devant ses deux yeux.
Les personnes qui l'entouraient, comme le médecin appelé, ne purent remarquer aucun changement dans les yeux; aussi ne doivent-ils avoir été immédiatement le siège ni d'une inflammation ni d'autres phénomènes dignes d'être remarqués.
Malgré le traitement médical employé immédiatement, la faculté visuelle diminua de jour en jour, si bien que, dans le cours de quelques mois, la perception lumineuse était complètement éteinte pour toujours dans les deux yeux.
L'examen fait actuellement (16 ans après l'invasion de la maladie) ne montre, dans les parties extérieures, aucun phénomène morbide ; toutefois la pupille, qui est de grandeur normale, parfaitement noire, demeure insensible aux changements de la lumière (mais par l'atropine elle se dilate ad maximum.)
Les milieux de l'œil se montrent parfaitement transparents à l'examen ophthalmoscopique, et, au repos de l'accommodation, l'œil est adapté pour les rayons parallèles (V. oo).
Le fond de l'œil (fig. 95, œil droit), à l'exception de la région de la macula, est normalement coloré et granulé; le nerf optique, au contraire, est remarquablement bleuâtre dans toute son étendue, mais dans sa partie moyenne surtout, tout autour des vaisseaux centraux, il est taché de bleu foncé. Ces taches ont une forme irrégulièrement allongée et des limites confuses, ce qui fait qu'elles paraissent effacées, qu'elles se confondent les unes dans les autres, et qu'elles sont situées comme la lame criblée dans les couches les plus profondes du corps vitré. Le nerf optique a du reste des diamètres normaux et une surface qui concorde avec celle de la rétine ; il ne laisse cependant apercevoir aucun anneau de tissu cellulaire, et il ne se distingue du reste du fond de l'œil que par sa couleur claire et sans aucun indice de liséré pigmentaire.
Les vaisseaux centraux ne présentent, sous aucun rapport, de différence notable avec l'état physiologique. La rétine se montre également d'une transparence parfaite dans toute son étendue.
Au niveau de la tnacula et un peu en dessous et en dedans de son centre, on voit une plaque très-vivement éclairée, qui est entourée de toutes parts d'un pigment brun foncé. Cette plaque a une forme allongée avec une pointe mousse dirigée en bas, qui part de la panie moyenne. Cette pointe est d'un blanc vif, elle paraît même briller; les parties latérales de cette plaque claire ont, au contraire, plutôt une couleur blanc-jaunâtre. Cette plaque claire mesure en longueur le diamètre de la papille, son bord interne est séparé du bord externe du nerf optique par une distance
(*) Voy. : Bcitrtlge tnr Pathologie des Anges ; p. 14, pi. IV.
égale à la largeur de la papille. Cette tache claire parait s'insinuer dans la surface interne de la choroïde, et être non-seulement épaisse et résistante d'après son tissu, mais encore posséder une épaisseur considérable et une surface convexe , mais surtout par sa pointe mousse s'élever notablement au dessus de la surface interne de la choroïde.
Les masses pigmentaires , qui présentent partout une granulation évidente, sont plus minces, plus dissociées à la périphérie, mais à la circonférence de la tache claire, elles s'accumulent sous forme de lisérés presque noirâtres qui la font ressortir avec une netteté remarquable.
Dans l'œil gauche, une occlusion complète de la pupille, survenue à la suite d'une inflammation d'apparition toute récente, empêche d'examiner les parties profondes.
PL XXI. Fig. 96.
Altération du tissu dans la région de la macula.
A. K., âgé de 17 ans, agriculteur, ne peut se souvenir d'avoir jamais été malade; il a aussi toujours bien vu de près et de loin.
Il y a quatre ans, il remarqua, par hasard, qu'il voyait mal avec l'œil gauche, qu'en même temps les objets fixés lui paraissaient comme enveloppés d'un nuage et que ceux qui étaient vus de côté, paraissaient seuls nets; il ne croit pas avoir remarqué qu'à aucune époque, cet œil ait été le siège d'autres phénomènes. Le trouble de la vision demeure lui-même invariable depuis le jour où il fut observé pour la première fois, jusqu'à aujourd'hui.
Il y a un an, pour faire un travail particulier, il avait, un quart d'heure durant, soufflé et regarde sans interruption dans un petit feu de charbon, lorsque tout-àcoup un trouble considérable de la vision centrale survint dans l'œil droit. Ce trouble était comme produit par une eau légèrement trouble , agitée, de sorte que, nonseulement les objets se présentaient sous une forme et dans une position complètement changées, mais encore avec des couleurs et des contours confus et mal définis.
Dans les jours suivants, se joignit à ces phénomènes, dans la partie centrale du champ visuel, un trouble grisâtre, qui augmenta peu à peu, tout en prenant la forme d'un disque, et en accroissant proportionellement dans la vision de loin; finalement, dans le cours de 7 semaines, ce trouble devint si accusé que, à son niveau, les plus grosses lettres (sans excepter les nos 23 et 24) ne pouvaient pas être vues.
Depuis cette époque , la faculté visuelle s'améliora dans cet œil (droit) , de telle sorte qu'actuellement, au niveau du trouble, le malade peut lire avec peine le n« 2 de 5 à 8 pouces de distance; à cette distance, le nuage a une forme arrondie qui n'est pas tout-à-fait régulière, et environ 2 pouces >/■> de diamètre. Dans les parties latérales du champ visuel, la vue est aussi bonne qu'auparavant. Aussi n'a-t-on pas, jusqu'à présent, aperçu dans cet œil d'autres altérations morbides.
Dans l'œil gauche (le premier malade) , le trouble gris central, à travers lequel le malade ne peut que compter les doigts, a également une forme arrondie, mais avec
des limites effacées et indécises, a dix pouces de distance: il a un diamètre d'environ deux pouces. A la périphérie, cet œil lit encore difficilement le n» 15, de 6 à 8 pouces de distance.
Au repos de l'accommodation, l'adaptation de l'œil droit est = V. — 56; celle de l'œil gauche = V. ■ — 65.
Extérieurement les yeux ne présentent aucun phénomène morbide. Les pupilles ont leur grandeur et leur mobilité normales.
Avec l'ophthalmoscope, les deux yeux se montrent normalement éclairés à l'intérieur, les milieux parfaitement transparents, et tous les tissus présentent un aspect physiologique, excepté la tache jaune où l'on voit des plaques blanchâtres bien limitées, en partie bordées de pigment; dans les deux yeux, elles ont les mêmes dimensions, à droite pourtant une forme irrégulière, et h gauche, celle qui est représentée dans la figure 96.
La tache la plus large et la plus claire a environ la grandeur de la moitié de la papille; elle est de forme irrégulièrement arrondie et elle entoure si exactement la macula que celle-ci se trouve à son centre; elle se prolonge au moyen d'une strie blanchâtre , dirigée presque horizontalement en dehors , mesurant environ s/4 du diamètre de la papille, et s'épanouissant sous forme de tube à son extrémité externe.
Toute cette figure parait vivement éclairée, parfaitement limitée et bordée en partie par de légères stries pigmentaires foncées, en partie par une pigmentation foncée, étendue, qui diminue vers la périphérie, se confond peu à peu avec la couleur du reste du fond de l'œil, et est formée de grains pigmentaires plus ou moins forts et d'un rouge-brun plus ou moins foncé.
Des masses pigmentaires semblables, de forme et de grandeur différentes, se trouvent aussi imbriquées dans la surface de la figure blanchâtre.
A la circonférence de la plus grande tache arrondie, il y a encore au niveau de la pigmentation foncée plusieurs petites plaques arrondies ou allongées, blanchâtres ou jaune-rougeâire clair, mal délimitées, qui possèdent, pour la plupart, une fine granulation , surtout à leur périphérie. Les autres ont une tache pigrcentairc foncée à leur centre.
Des plaques semblables, mais manifestement plus petites, se trouvent réunies en un seul groupe, à quelque distance en bas et en dehors de la plus grande tache arrondie, dans la partie du fond de l'œil normalement colorée, elles sont placées de chaque côté du tronc artériel principal qui, en bas, décrit une grande courbe autour de la macula.
La plus grande figure paraît passablement unie à sa surface, elle est aussi la plus superficiellement placée; les plus petites taches ont une surface plutôt convexe et sont situées plus ou moins profondément, mais toutes les plaques paraissent être situées derrière les vaisseaux rétiniens, à la surface et dans l'épaisseur des couches superficielles de la choroïde.
Le reste du fond de l'œil, dans l'expansion choroïdienne, est d'un jaune-rouge uniforme, mais un peu plus clair que d'habitude, avec une couleur et une granulation normales.
Le nerf optique, qui a une forme arrondie, des diamètres normaux et une surface située normalement, est légèrement rougeâtre dans ses couches profondes et parsemé partout de taches grisâtres allongées. L'anneau blanchâtre du tissu cellulaire ressort nettement dans toute la circonférence, mais, surtout en dehors et du côté de la macula, il est bordé d'un pigment rouge-brun foncé.
Le système vasculaire central, qui est en général normal pour l'étendue, la distribution, la couleur, les contours, le diamètre et le trajet des différents vaisseaux, présente des modifications remarquables au niveau de la macula.
Le plus gros vaisseau artériel, qui marche au dessus de la macula, donne naissance à un rameau assez fort qui pénètre jusque dans le milieu de la grande plaque arrondie, ainsi qu'au centre de la macula, puis il retourne en arrière vers la choroïde en formant un petit arc, et il disparaît rapidement dans le fond de la tache blanchâtre.
Deux rameaux veineux très-minces, venant l'un d'en haut, l'autre d'en bas, en dedans de la tache, se prolongent de la même manière jusqu'au centre de la macula, et disparaissent également dans le milieu de la plaque, en se recourbant légèrement vers la choroïde. Tous les autres vaisseaux, qui gagnent la macula et son voisinage, sont également beaucoup plus nets, et on peut les poursuivre dans le fond de l'œil, beaucoup plus loin qu'habituellement à l'état physiologique.
PI. XXII. Fig. 97.
Atrophie du pigment épithélial de la membrane vasculaire dans la
région de la macula. (*)
T. P., de stature moyenne et de faible constitution, âgée de 60 ans, non vaccinée, avait eu dans son enfance la petite vérole et différentes affections cutanées; pendant la jeunesse et l'âge mûr, sa santé avait toujours été bonne, et ce n'est que dans un âge avancé qu'elle a été atteinte de différentes maladies.
De 14 à 52 ans, la menstruation a toujours été régulière et abondante (car la malade n'a pas eu d'enfants) et c'est alors que les règles ont cessé sans malaise sérieux. D'une santé forte et luxuriante dans la jeunesse, elle perdit peu à peu de son embonpoint avec l'âge; cependant, même actuellement dans sa 60me année, elle n'a nullement l'air maladif, et ne paraît pas non plus fort âgée.
Dans les 15 dernières années, la malade fut souvent atteinte, dans l'épaule droite, de douleurs déchirantes, contre lesquelles elle employa â différentes reprises et avec un résultat favorable, les bains sulfureux de Bade.
Depuis 5 ans, elle a fréquemment des insomnies, conjointement avec un sentiment d'oppression; et depuis deux ans, elle souffre d'un eczéma qui, partant de dessous l'oreille droite, s'étend sur une partie de la moitié droite du cuir chevelu.
11 y a un an et demi que survint de la paresse dans l'évacuation des selles, et après une constipation de plusieurs jours, la malade se sentit non- seulement dans un état de résolution et de fatigue générale, mais elle éprouva aussi une diminution régulière de la faculté visuelle, qui cependant, dès que la constipation eut cessé, reprend aussitôt le degré qu'elle avait avant.
A tout ce cortège morbide, il s'est joint depuis un an, du vertige qui, revenant toutes les trois ou quatre semaines, disparaissait après quelques minutes et ne paraît exercer sur les yeux aucune influence fâcheuse immédiate.
(*) Voy. : Beitrage zur Pathologie des Auges ; p. 23, pi. IX.
Depuis la jeunesse, la faculté visuelle était bonne de près comme de loin, et ce n'est qu'avec l'âge que survint la presbytie habituelle, avec le besoin de verres convexes pour le travail et la lecture.
La malade ne peut se rappeler qu'elle ait jamais eu d'inflammation, ni même aucune sensation de malaise dans les yeux; mais depuis deux ans, elle remarque constamment lorsqu'elle se met au lit, des mouches volantes, sous forme de grandes mouches noires, devant les deux yeux; de même aussi le matin, au réveil, elle perçoit dans les deux yeux une impression pénible, douloureuse, qui disparaît cependant aussitôt que la malade est levée.
Depuis cette époque , la malade aperçoit devant l'œil droit un léger nuage gris qui, au début, ne survenait que pendant peu de temps, surtout après la fatigue, mais qui peu à peu augmenta d'étendue et de durée, en troublant de plus en plus la vue, de sorte qu'actuellement il s'est répandu sur toute l'étendue du champ visuel un voile qui le divise en deux parties par son épaisseur et sa coloration différentes; leur limite commune assez rectiligne passe par le point visuel dans une direction oblique de dedans en dehors et de bas en haut et forme avec l'horizontale un angle d'environ 30°.
Dans la partie inférieure du champ visuel le nuage paraît gris-clair et transparent, si bien que la malade peut lire le n» 18 à 12 pouces de distance et compter encore les doigts à 8 pieds; avec un verre convexe 8, les caractères deviennent nets et plus noirs, mais la malade ne lit pas de caractères plus petits.
Dans la partie supérieure du champ visuel, le nuage est plus gris foncé, presque noirâtre en dehors et il ne laisse apercevoir que les plus gros objets.
Avec l'œil gauche, le n» 20 est lu sans verres à 16 pieds, avec le verre convexe 8, le n° 1 est lu à une distance de 10 à 12 pouces. Cependant la malade ne peut se servir de son œil sans s'interrompre que pendant une heure environ ; au bout de ce temps, il se fatigue, les objets commencent à trembler et à disparaître et ce n'est qu'après quelques minutes de repos que le travail peut-être repris pour une heure encore. Lorsque cet œil supporte une occupation prolongée, un mal de tête se déclare.
L'examen extérieur des yeux ne montre aucune différence d'avec l'état normal; les pupilles sont de même grandeur; elles sont normalement contractiles et bien noires. A l'examen ophthalmoscopique, les milieux des deux yeux paraissent parfaitement transparents, et au repos de l'adaptation de l'œil droit = V. oo, celle de l'œil gauche V. -f- 18.
Dans l'œil gauche on ne voit que les symptômes d'une faible irritation de la rétine.
Dans l'œil droit, au contraire (fig. 97), le nerf optique dans ses parties profondes, est d'un rouge foncé uniforme (rouge-sanguin) et quoiqu'on puisse assez sûrement en suivre les limites, il ressort pourtant avec moins de netteté qu'à l'état normal. 11 a une forme arrondie et des diamètres normaux, sa surface est normalement placée dans le plan de la rétine, mais on ne reconnaît pas l'anneau du tissu cellulaire.
Le reste du fond de l'œil , à l'exception de sa partie centrale, présente la granulation et la couleur jaune-rouge normales, le système vasculaire ainsi que le tissu rétinien ne s'écartent pas non plus de l'état physiologique. Au contraire, dans la partie centrale du fond de l'œil, au niveau de la macula et au delà , dans l'étendue d'une tache régulièrement arrondie et mesurant plus de deux fois le diamètre de la papille, la couleur jaune-rouge normale fait défaut et dans ce même point le stratum des plus forts vaisseaux choroïdiens se voit très-bien sur un fond sombre. Dans la plus grande partie de cette région anormale, les vaisseaux choroïdiens rubanés ont une couleur orange uniforme, des limites nettes, ils réfléchissent fortement la lumière et sont dépourvus de granulations bien tranchées, dans la plus grande
partie de leur surface; leurs rapports, leurs ramifications et leurs courbures réciproques, de même que leurs intervalles rouge -brun foncé s'aperçoivent très-distinctement. Dans ces intervalles vasculaires se fait remarquer, par sa couleur foncée, le stroma pigmentaire de la choroïde, qui est formé d'une couche épaisse de grains pigmentaires très-foncés, volumineux, irréguliers à plusieurs branches, répandus, mais en fort petit nombre sur les parois des vaisseaux.
Dans deux endroits limités de cette place anormale, près du bord, en haut et en dehors, de même qu'en bas et en dehors, les vaisseaux choroïdiens et leurs intervalles paraissent couverts d'un nuage rougeâtre; les vaisseaux, en ce point, sont moins limités, plus confus et effacés, et ils montrent cà leur surface de faibles granulations; leur couleur est plus jaune rougeâtre, et les intervalles vasculaires sont d'un rouge-brun, clair sale.
Cette place anormale se délimite parfaitement du reste du fond de l'œil normalement coloré; elle produit l'impression d'une ouverture formée par l'absence de la couleur normale, ouverture derrière laquelle on voit le stratum pigmentaire et les vaisseaux choroïdiens placés plus profondément.
PL XXII. Fig. 98.
Atrophie de la couche épithéliale pigmentaire de ta membrane
vasculaire. (*)
J.C. de P., âgée de 35 ans, veuve, de forte et belle stature, était myope dès son enfance, et elle souffrit souvent de congestions, de vertiges, de mouches volantes, phénomènes liés à des douleurs de tête très pénibles, par suite desquelles le cuir chevelu était très-sensible au toucher.
A tous ces malaises, il s'ajouta, à l'âge de la puberté, des battements de cœur et des tremblements de tout le corps qui durent encore aujourd'hui.
Elle fut réglée à l'âge de 14 ans, et à la troisième apparition de ses règles, elle eut un refroidissement occasionné par un bain de pieds froid qu'elle prit à la suite d'une marche fatigante. Dès lors les règles disparurent subitement, et ne revinrent qu'au bout de quatre mois. A partir de cette époque, la malade a souffert pendant une année entière de douleurs rhumatismales, surtout dans les extrémités.
Des accès semblables se montrèrent à 18 et à 25 ans, et durèrent, chaque fois, six semaines.
La première ophthalmie survint à l'âge de 15 ans. Elle disparut, il est vrai, en peu de temps, mais elle revint à plusieurs reprises. Aussi la myopie augmenta notablement, au dire de la malade, si bien qu'elle fut obligée de se servir d'un lorgnon et de verres concaves dès l'âge de 25 ans.
Dans ces quatre dernières années, il se joignit à cette myopie une fatigue lente mais croissante des yeux. La malade pouvait bien, pendant quelque temps et au moyen de ses verres, voir nettement et distinctement ; mais elle ne pouvait entreprendre aucun travail continu.
*) Voy. : lieilrâge zur Pathologie des Auges; p. 15, pi. V.
lt
Il y a deux ans, une maladie sérieuse, surtout du côté gauche, se développa dans les yeux, après une application soutenue de ces organes; elle était accompagnée d'une injection modérée, de photophobie considérable et de mouches volantes trèsaccusées. Cette affection dura deux mois, mais elle ne laissa pas d'abaissement notable de la faculté visuelle.
Il y a 6 semaines, le matin, eu s'éveillant, la malade qui, la veille au soir, s'était exposée pendant plusieurs heures à l'influence d'une lampe brillante, vit devant son œil gauche l'image d'un spectre coloré. Cette image occupait le centre du champ visuel et avait un aspect étoile, tandis que la partie centrale, qui était presque circulaire, présentait tout autour des prolongements radiés. Cette image lumineuse, dans la vision à distance, atteignait la grandeur d'une assiette ordinaire, et brillait des couleurs les plus variées, particulièrement du rouge, du jaune, du vert, du bleu, couleurs qui présentaient des mouvements et des changements continuels.
Au deuzième jour, cette étoile diminua progressivement d'éclat, et elle prit une couleur grise qui ne demeurait pourtant pas toujours la même, car fréquemment l'étoile paraissait foncée (noirâtre) dans le milieu et verte à la circonférence. Sa forme changeait aussi peu à peu, au point que souvent la partie moyenne foncée de l'étoile était entourée d'un cercle nuageux clair, et d'un second plus foncé qui entourait le premier.
Les jours suivants, les phénomènes de couleur se dissipent en grande partie; tandis que les prolongements radiés de la figure lumineuse disparaissent complètement; l'opacité du champ visuel prend définitivement une forme ronde, montrant encore aujourd'hui des changements de couleur, en ce sens que, le matin au réveil, le disque entier est uniformément gris-foncé, mais peu à peu (dans l'espace d'une demiheure) il s'éclaire à la circonférence; si bien qu'alors, pendant toute la journée, il est formé d'une partie moyenne uniformément foncée, limitée par deux cercles , l'un clair, l'autre faiblement grisâtre.
A l'extérieur, les deux yeux, à part l'aspect myopique, ne présentent aucune particularité morbide. Les pupilles ont leur grandeur et leur mobilité normales, les milieux sont transparents.
Sans verres, la malade lit avec l'œil droit (V 6) le n° 2 de 2 1/3 à 6 pouces
et le n° 20 à 26 pouces; avec l'œil gauche (V. — 5) le n° 2 de 2 à 4 pouces et le n° 20 à 20 pouces de distance. Elle ne circule que difficilement dans la rue, puisque, à 5 ou 6 pas, elle ne peut distinguer ni les personnes ni les objets.
Le nuage discoïde entier, dans la vision à distance, paraît, dans la partie moyenne de l'œil gauche (au dire de la malade), de la grandeur d'une soucoupe de tasse à thé; la partie centrale de ce nuage, arrondie, gris foncé, est de la grandeur d'une tabatière ronde de dimension ordinaire.
Ce nuage central foncé cache entièrement tous les objets a, la malade, il les lui rend invisibles ; le cercle clair qui l'entoure laisse les objets fixés beaucoup plus clairs et plus nettement dessinés, le second cercle gris-clair les iaissc voir, au contraire, moins éclairés et plus confus que dans le reste du champ visuel, dans lequel les objets se montrent avec autant de clarté et de netteté que dans l'autre œil qui est le meilleur.
Si la malade dirige le regard sur des objets rapprochés, le trouble discoïde diminue en étendue, et les différentes parties qui en dépendent diminuent dans le même rapport; en outre, le trouble central prend une couleur plus foncée, et le deuxième cercle gris éclatant disparaît peu à peu, puisqu'il se confond avec le premier en un cercle gris-clair.
Si, avec cet œil, le malade fixe le n° 2, à 3 pouces de distance, le nuage discoïde couvre transversalement tout entier environ six petites lettres consécutives, dont
deux pour la partie centrale. Il possède donc un diamètre de 4'/2, relativement de 1 '/., millim. Le dernier (le trouble central) parait toujours dans la direction de l'axe optique (dans la vision de près), il est uniformément très-foncé, presque coloré en noir, et rend les lettres masquées tout à fait invisibles.
Dans le cercle gris-clair, au contraire, les lettres se dessinent beaucoup plus noires et plus nettes que dans le reste du champ visuel, ce qui n'est pas naturel, suivant l'expression de la malade.
Dans la vision à distance, le nuage total occupe invariablement la même place dans le champ visuel; cependant le trouble central embrasse différentes sinuosités et prolongements qui, à quelques jours d'intervalles, éprouvent un changement de forme; dans le second cercle gris, do faibles lisérés colorés, surtout en vert, apparaissent fréquemment.
Lorsque la malade fixe Un objet rapproché, le trouble central est rond et bien limité, il ne conserve cependant pas invariablement la même position, puisqu'il se déplace de chaque côté dans le sens horizontal par des mouvements saccadés auxquels le cercle gris-clair ne prend aucune part.
Par l'atropine, la pupille se dilate ad maximum; toutefois la faculté visuelle est alors tellement troublée par l'effet de l'éblouissement, qu'elle ne peut plus déchiffrer le n" 2, et que, sans fermer cet œil, il lui est impossible de s'orienter dans la rue.
L'examen à l'ophthalmoscope donne , de chaque côté , des milieux parfaitement transparents.
Dans l'œil gauche (fig. 98) la papille est blanc-jaunâtre au milieu, faiblement rougeâtre à la périphérie ; elle a une forme arrondie, des diamètres normaux, une surface normale, et elle montre, dans toute son étendue, l'anneau du tissu cellulaire qui est plus net en dehors.
Le système vasculaire central se montre parfaitement normal eu égard à l'épanouissement, à la distribution, à la couleur, au diamètre et au trajet des différents vaisseaux, la rétine est partout d'une transparence parfaite.
Au contraire, le fond jaune-rouge de l'œil parait plus ou moins strié dans toute, son étendue; car, par suite de l'atrophie de la couche épithéliale, les vaisseaux choroïdiens ressortent avec plus ou moins de netteté sous l'aspect de stries rubanées blanc-jaunâtre et jaune-rougeàtre.
Tous les vaisseaux choroïdiens sont, en outre, recouverts d'une couche granuleuse extrêmement fine : dans les vaisseaux les plus superficiels, cette couche présente moins d'épaisseur et une coloration faiblement jaune rougeâtre ; mais à mesure que les vaisseaux deviennent plus profonds, cette couche devient plus épaisse, plus foncée et plus fortement granulée. Les vaisseaux qui siègent plus profondément paraissent donc d'une couleur jaune-rouge plus foncée, mal délimitée et ils disparaissent peu à peu complètement dans la couleur jaune-rouge du fond de l'œil.
La coloration jaune-rouge des intervalles intervasculaires est répandue uniformément dans la plus grande partie du fond de l'œil, et elle parait produite par une forte couche de points pigmentaires rougeâtres extrêmement fins; vers la macula, au contraire, cette coloration devient plus foncée et elle passe au rouge brun-foncé, d'où il résulte que les différents points pigmentaires qui présentent ce ton, paraissent plus foncés, plus volumineux et plus serrés les uns contre les autres. Au niveau de cette coloration plus foncée, les vaisseaux choroïdiens placés plus profondément paraissent aussi relativement plus foncés et presque rouge-bruns ; au contraire, les vaisseaux les plus superficiels paraissent beaucoup plus clairs, presque blanchâtres même, et en même temps bien délimités et sans granulations.
L'œil droit montre les mêmes phénomènes objectifs et subjectifs, mais à un degré moins accusé.
PL XXII. Kg. 99.
GEOSSISSEMENT 8.
Exsudais nodif ormes dans la choroïde.
H. N., âgé de 44 ans, chapelier, avait eu dans son enfance, une affection ulcéreuse du cuir chevelu, et de 14 à 17 ans, en séjournant dans une contrée marécageuse de la Hongrie, il avait eu souvent la fièvre intermittente. Du reste, depuis sa jeunesse le malade est très-sujet aux refroidissements, et soumis, par conséquent, a une toux, des rhumes et une diarrhée qui reviennent souvent, et habituellement la diarrhée faisait place à une constipation opiniâtre. Il n'avait jamais eu la syphilis, et il avait toujours bien vu et d'une façon continue, de près comme de loin.
Il y a quatre mois, il s'était refroidi dans un voyage fait à pied par un temps froid. Avec le sentiment d'un malaise général, des mouvements fébriles, un rhume de cerveau violent et de la toux, il survint une rougeur des yeux accompagnée des autres symptômes d'un catarrhe conjonctival, phénomènes qui disparurent pourtant dans l'espace de 4 jours par l'usage d'un collyre. Dix jours plus tard, le malade remarqua qu'il voyait trouble avec les deux yeux, exactement comme s'il avait eu de l'eau entre les paupières. Sans qu'il survint d'autres phénomènes importants ce trouble de la vue augmenta, et peu à peu, il se développa un nuage uniforme, tout à fait clair d'abord, mais qui, devenant plus tard blanc-jaunâtre et plus épais, prit à droite des proportions plus grandes que du côté gauche.
Peu de temps après, il se plaignit de mouches volantes, en forme de roues tournantes, et plus tard de photopsies blanchâtres ayant l'apparence de flammes. Parfois, il y avait bien un sentiment de très-légère tension dans l'œil; mais il ne se déclara point de véritable douleur, ni de photophobie, ni aucun autre phénomène morbide.
Le malade chercha de différents côtés les secours de l'art, mais, malgré tous les moyens employés, le trouble visuel augmenta progressivement et constamment jusqu'au degré actuel.
H. N. lit actuellement avec l'œil droit (V. oo) le n° 12 à 6 pouces; avec l'œil gauche (V. -\- 65) le n° 19 à 7 pouces de distance.
On ne voit actuellement dans les parties extérieures de l'œil aucune particularité morbide. Les pupilles ont une dimension ordinaire et se meuvent rapidement; avec l'ophthalmoscope, au contraire, on constate au fond de l'œil, avec des milieux parfaitement transparents, les altérations suivantes, semblables de chaque côté:
Le nerf optique (fig. 99, œil droit) de forme ovale, d'une grandeur et d'une surface normales, est limité tout autour par un anneau blanc-jaunâtre de tissu cellulaire de moyenne largeur, nettement marqué surtout au bord externe du nerf. Dans sa partie moyenne, surtout dans les couches profondes, le nerf optique présente une teinte uniforme un peu rougeâtre, mais, dans ses parties périphériques, il est manifestement d'un rouge plus foncé.
Les vaisseaux centraux ainsi que la rétine ne diffèrent en rien de l'état physiologique.
Dans l'étendue de l'expansion choroïdienne, le fond de l'œil a, en général, la couleur jaune-rouge et le grenu normal; on y trouve deux groupes de petites taches claires d'un blanc-jaunâtre, qui paraissent situées dans les couches super-
ficielles de la choroïde. Le plus petit de ces groupes se trouve au dessus et en dedans, près de la limite du nerf optique; le second, le plus étendu, se trouve au dessous et en dehors du nerf, à une distance un peu plus grande. Les différentes taches ne sont pas, dans chaque groupe, à égale distance l'une de l'autre, mais elles occupent pourtant presque un seul et môme plan; elles sont arrondies ou allongées et de grandeur variable. Les plus petites sont comme des points, les plus grandes ont environ le diamètre d'un tronc veineux central. Elles paraissent avoir une surface convexe et une épaisseur relativement considérable. D'un blanc-jaunâtre clair dans le milieu , elles deviennent plus foncées , et tirent sur le jaune-rougeâlre à la périphérie. Elles ne sont pas nettement limitées et leurs bords s'enfoncent dans la couleur jaune-rouge du fond de l'œil où elles sont recouvertes par les granulations qui les dérobent ainsi aux regards.
PI. XXII. - Fig. 100.
Inflammation de la choroïde.
A. K., âgé de 41 ans, avait eu, dans son enfance, des affections glandulaires et à 17 ans, une coxalgie rhumatismale. A part cela, il fut toujours bien portant jusqu'à il y a quatre ans; à cette époque il eut quatre fois, à de courts intervalles et chaque fois durant une semaine, des coliques violentes, suivies d'une diarrhée de longue durée. Peu après la dernière diarrhée, survint un mal de tête qui, augmentant toujours de fréquence et d'intensité, en était venu, au bout de quelques semaines, à se déclarer régulièrement tous les soirs, entre 8 et 9 heures, pour persister jusqu'au matin. C'était une douleur lancinante qui s'étendait de l'occiput jusqu'au front en passant par la sommet de la tête. Le malade avait alors besoin de fermer énergiquement les yeux, d'où s'écoulaient une grande quantité de larmes, et de les couvrir avec la main ou avec un linge. Quelquefois, cette douleur durait plusieurs jours sans s'interrompre ; parfois aussi elle cessait pendant quinze jours et même davantage, pour revenir alors pendant des mois entiers, chaque jour et régulièrement.
Fréquemment, et pendant les crises douleureuses, le malade était tourmenté de congestions à la tête et de rêves pénibles ; il transpirait constamment, et en grande quantité, surtout sous les aisselles, même par la plus basse, température. D'après ce qu'il dit, il n'a jamais eu la syphilis, aussi ne peut- on en trouver les signes objectifs. Jamais il n'avait eu à se plaindre de ses yeux et il avait toujours bien vu et d'une façon continue de près et de loin.
11 y a 6 mois, les maux de tête et les transpirations de l'aisselle cessèrent tout à coup et sans cause connue, et, peu après, A. K. remarqua pour la première fois qu'il ne voyait pas si bien qu'auparavant de son œil droit. Cette diminution de la vision coïncida avec l'apparition de mouches volantes très-incommodes , malgré le traitement médical, et sans qu'il se déclarât d'autre phénomène morbide; peu à peu le malade on est arrivé à pouvoir à peine aujourd'hui compter avec assurance les doigts de la main.
Il y a 2 mois, la vue devint aussi mauvaise du côté gauche que du côté droit ; cette fois encore, survinrent des mouches volantes extrêmement incommodes, et sans
qu'il se montrât d'autre phénomène morbide , la faculté visuelle finit par baisser, au point qu'actuellement avec l'œil gauche le malade peut à peine lire avec assurance le n° 19, à plus de G ou 8 pouces.
Les deux yeux n'offrent rien d'anormal à l'examen extérieur; les pupilles sont de moyenne grandeur, elles se contractent assez rapidement et prennent par l'atropine Une dilatation proportionnelle.
A l'examen ophthalmoscopique, on trouve des milieux transparents, les deux yeux, au repos de l'accommodation, adaptés pour les rayons parallèles, et dans le fond de l'œil les altérations suivantes, semblables de chaque côté, mais un peu plus prononcées à droite.
Le nerf optique (fig. 100, œil droit) un peu ovale, à grand axe incliné de dedans en dehors et de haut en bas, a des dimensions normales. Sa superficie est située normalement; il est entouré d'un anneau de tissu cellulaire étroit, jaune-clair, nettement limité tout autour, et bordé en dehors de légères stries pigmentaires ; il présente notamment, dans ses couches profondes, une couleur rougeâtre (rouge sanguin) uniforme (ni striée ni tachée), qui, très claire dans les parties moyennes, devient manifestement plus foncée à la périphérie.
Le système vasculaire central et la rétine ne montrent pas le moindre changement pathologique.
Le fond de l'œil, an contraire, dans l'étendue de la choroïde, en général normalement coloré et granulé, est parsemé, en plusieurs points, de taches blanc -jaunâtre plus ou moins grandes.
Ces taches ne sont point situées dans un seul et même plan. Un certain nombre, les plus petites surtout, qui ne sont pas non plus bien limitées, paraissent -situées dans les couches les plus profondes de la choroïde, et elles sont, en partie, à la périphérie recouvertes par les granulations légères de la couche épithéliale; les plus grandes, au contraire, occupent les couches superficielles de la choroïde et leur surface ressort d'une façon évidente sur le plan de cette membrane. lie plus grand nombre de ces taches ne paraît pas avoir une épaisseur notable et elles sont assez plates; d'autres, au contraire, présentent une surface inégale et convexe, elles sont plus épaisses et ont un diamètre bien plus considérable.
Les taches les plus petites ont l'aspect de points déliés ou de petits grains; les plus grandes ont la moitié ou presque le diamètre de la papille.
Les plus petites, pour la plupart de couleur jaunâtre, sont un peu plus foncées à la périphérie, plutôt jaunerougeâtre et mal délimitées en ce point; les pins grandes sont d'une couleur plus claire et plus fortement éclairée , et. elles ont une couleur plutôt blanc-jaunâtre et même blanchâtre, surtout dans certains points élevés. Ces dernières possèdent, en grande partie, des limites nettes, mais en partie aussi des bords effacés, et qui paraissent se perdre dans la couleur jaune -rougeâtre et les granulations du fond de l'œil.
Un grand nombre des grandes et petites taches sont couvertes, à leur surface, de masses pigmentaires rouge-brun-foncé plus ou moins grandes et bordées aussi de masses ou de stries analogues.
La forme de ces taches est extrêmement variable. Pour les plus petites, c'est plutôt, en général, la forme arrondie qui domine, pour les plus grandes, c'est la forme allongée; cependant, quelle que soit leur grandeur, on trouve également des formes arrondies, ovales, striées, rubanées et même tout à fait irrégnlières. Plusieurs de ces taches paraissent résulter de la fusion plus ou moins intime de plusieurs autres taches; elles présentent alors une forme anguleuse, ramifiée, foliacée; elles rappellent certains caractères d'impression, ou même l'aspect lobule d'une glande à gros grains.
PL XXII. Fig\ 101
Inflammation de la choroïde.
K. M., figée de 35 ans, s'était bien portée dans son enfance. A 13 ans survinrent des poussées fréquentes vers la tête, des épistaxis, des maux de gorge; ces phénomènes persistèrent jusqu'à l'âge de 17 ans, où les règles s'établirent, puis ils disparurent complètement.
Elle se maria à 19 ans, et elle prétend avoir été infectée par son mari peu de temps après; cependant elle n'éprouva qu'un écoulement vaginal (?) qui dura G mois. Après une nouvelle infection , un an plus tard , l'écoulement aurait duré 3 mois. Au total, elle prétend avoir été infectée 5 fois, et la dernière fois, il y a 5 ans, l'écoulement vaginal n'aurait duré que 4 ou 5 semaines. Elle prétend qu'à cette époque elle n'a eu ni ulcération aux parties génitales, ni maux de gorge, ni éruption cutanée.
La malade n'a jamais eu d'enfants et toujours elle a été régulièrement, quoique faiblement réglée. Peu de temps après son mariage, survinrent des flux hémorrhoïdaux, qui depuis se sont renouvelés 2 ou 3 fois. Depuis 9 ans, elle souffre fréquemment de congestions et d'oppressions. La malade avait toujours bien vu et d'une façon continue de loin comme de près, pour les occupations manuelles réservées à son sexe.
Il y a 4 ans i/o, elle eut une très-grande frayeur, et peu après, elle remarqua qu'avec les deux yeux elle ne voyait plus aussi bien qu'auparavant. Elle devint rapidement presbyte, les objets lui paraissaient aussi plus petits et plus éloignés qu'auparavant; puis elle se sentit éblouie des deux yeux pendant le travail: en définitive, elle ne put plus, dès lors, entreprendre aucun travail manuel. Des étincelles et des couleurs lui apparurent, mais surtout elle vit fréquemment des cercles jaunerouges, qui s'agitaient et se confondaient les uns avec les autres, pour reparaître de nouveau, et ceci avait lieu surtout à la lumière artificielle. Il n'y eut jamais ni rougeur des yeux, ni douleurs, ni photopliobie.
Cette affection des yeux augmenta progressivement et elle atteignit enfin un degré si élevé, que, depuis 2 ans, avec l'œil gauche, la malade ne peut plus seulement distinguer le jour de la nuit; avec le droit, au contraire, elle peut encore actuellement à peine se conduire seule dans la rue et distinguer les doigts à 3 ou 4 pieds de distance.
Depuis que l'affection oculaire a commencé, les pertes hémorrhoïdales n'ont plus reparu.
Depuis 5 ou G semaines, des phénomènes syphilitiques (en particulier, dans différents endroits, des douleurs ostéocopes et musculaires, ainsi que des exostoses), et en même temps des accidents de constipation opiniâtre se sont déclarés. Il n'existe pas d'éruption cutanée.
Jusqu'à présent, la malade ne s'est pas soumise à un traitement sérieux pour cette affection.
Dans les parties extérieures des yeux, on n'aperçoit aucun phénomène morbide, seulement les pupilles sont un peu plus larges que d'habitude et elles ne se contractent pas : par l'atropine, elles atteignent rapidement la dilatation maximum.
A l'examen ophthalmoscopique, on trouve les milieux clairs, l'intérieur des yeux un peu plus éclairé que d'habitude, les deux yeux adaptés pour les rayons parallèles au repos de l'accommodation et les notables altérations qui sont répandues sur tout le fond de l'œil.
La papille (fig. 101, œil gauche) a une forme arrondie et des dimensions normales, elle est nettement limitée tout autour, et elle laisse parfaitement reconnaître l'anneau du tissu cellulaire à sa couleur blanc-jaunâtre, surtout vers son bord externe. Les parties périphériques du nerf optique sont normales et situées dans le plan de la rétine ; à la partie moyenne cependant, dans le point même et autour du point d'émergence des vaisseaux centraux, le nerf optique présente une excavation infundibuliforme peu profonde et peu étendue. Toute la partie visible paraît fortement colorée en rouge (c'est-à-dire ni ponctuée ni striée), un peu plus claire au milieu, plus foncée vers la périphérie.
Les vaisseaux centraux et la rétine ne présentent, sous aucun rapport, de différence d'avec l'état normal.
Le reste du fond de l'œil, au contraire, paraît couvert, dans toute son étendue, d'une infinité de taches claires plus ou moins grandes entre lesquelles la coloration jaune-rouge normale et l'état granulé ressortent nettement.
Les taches ont, en général, des formes irrégulières très-variables, les unes sont arrondies ou allongées, les autres lobulées. Leurs dimensions sont très-variables. Les plus petites de ces taches se montrent sous forme de simples points ou de grains,- les plus grandes et en même temps les plus nombreuses ont, à peu près, en étendue 1 fois, quelques-unes même ly2 et 2 fois le diamètre de la papille.
Elles possèdent, les plus grandes surtout, en un point quelconque, des contours nets, et de plus, en ce point elles sont nettement limitées par de faibles lisérés et agrégats pigmentaires rouge brun, qui les a voisin en t. Sur d'autres points les limites se dessinent moins nettement, et la couleur des taches se confond insensiblement avec celle du fond de l'œil; il semble alors que les bords plongent plus ou moins rapidement dans la couleur jaune-rouge, et la partie granulée du fond de l'œil se dérobe ainsi au regard. Les plus petites taches ont, pour la plupart, des limites moins nettes.
En général les taches, surtout les plus grandes, sont d'un blanc-jaunâtre, uniformément colorées et fortement éclairées ; dans différents points cependant, et surtout dans les plus petites taches, la couleur est moins rouge-jaunâtre, l'éclairage est moins intense et leur surface semble en outre légèrement granulée.
Le plus grand nombre de ces taches paraissent situées dans les couches les plus superficielles de la choroïde ; mais un certain nombre paraissent arriver jusqu'aux couches les plus profondes; quelques-unes d'entre elles siègent uniquement dans les couches les plus profondes de la choroïde. Leur surface est presque unie, et en général, elle correspond à la courbure de la choroïde: eu égard à leur volume, elles paraissent passablement homogènes, épaisses et solides.
Dans l'œil droit, on trouve des altérations semblables, mais moins prononcées et moins étendues.
PI. XXIII. Fig. 102.
Inflammation de (a choroïde. (*
PL XV. - ïïg. 69.
GROSSISSEMENT n.
Inflammation de la rétine et de la choroïde.*?)
A 0., âgé de 31 ans, a toujours été malade dans les 3 premières années de sa vie, et plus tard, il ne se développa que lentement. Il fut alors atteint d'une affection sécrétante du cuir chevelu, siégeant à la partie postérieure de la tête.
A l'âge de 8 ans, il eut une pleurésie qui revint plusieurs fois les années suivantes à la suite de refroidissements. A l'époque de la puberté, il se déclara en même temps une disposition à l'angine, qui, tous les ans, après des refroidissements souvent sans importance, se fit sentir une ou plusieurs fois.
A 15 ans, il doit avoir gardé le lit pendant quatre mois, pour une pneumonie et un typhus qui vint après, et à partir de cette époque, avoir été fréquemment atteint, surtout au printemps et à l'automne, de catarrhes bronchiques accompagnés parfois d'une expectoration abondante.
En 1849, le malade fit une chute de 5 toises de haut; et il tomba le dos sur une poutre, il eut ensuite les extrémités complètement paralysées durant des semaines entières. La mobilité revint bien en grande partie, mais à présent elle n'est pas encore complète.
La faculté visuelle qui, depuis la jeunesse, s'était toujours montrée excellente de près et de loin, ne fut pas modifiée par cet accident.
En mai 1852, après s'être fortement échauffé par des travaux pénibles pendant toute la journée, A. 0. remarqua, pour la lecture, une résistance un peu moindre à la fatigue; les objets lui paraissaient voilés, et un sentiment pénible dans les yeux le força à quitter sa lecture. Dans les mois suivants, cet état empira considérablement, la résistance des yeux au travail diminua de plus en plus, les objets éloignés devinrent plus confus, souvent il survint des sensations pénibles d'abord, puis douloureuses dans les parties profondes des yeux, et finalement enfin différents scotômes prirent naissance. Ces scotômes qui, au début, étaient clairs et sous forme de flammes, prirent plus tard l'aspect de taches ou de cercles rouges ou verts, qui se réunirent ensuite en une figure noire allongée, delà grandeur d'une fève; mais qui, dans les
(*) Voy. : Beitràge mr Pathologie des Auges; p. 43, pi. XV et XVI.
dernières années, se transformèrent en un voile grisâtre, étendu sur tout le champ visuel, semblable à une toile d'araignée et qui portait ainsi une atteinte sérieuse à la faculté visuelle.
Dans l'été de 1854, l'affection de poitrine augmenta, et des douleurs lancinantes survinrent dans le côté gauche, avec une toux accompagnée d'expectoration muqueuse qui dura plusieurs mois; 'enfin en septembre, la même année, il se déclara une violente pleuro-pneumonie du coté gauche, avec un épanchement considérable par jsuite duquel la toux, accompagnée de fréquentes douleurs dans la poitrine, persista sans intercrution.
Pendant cette dernière maladie, le mal d'yeux avait augmenté, et enfin, en janvier 1855, le malade se décidait à chercher les secours de l'art.
Le malade, de stature moyenne, assez fortement constitué, aux cheveux très-noirs, était assez robuste, et s'était passablement relevé de sa maladie. Le sommeil et les digestions étaitent réguliers. Il était bien encore sujet à la toux et à des points dans la poitrine ; et en somme, il pouvait pourtant faire son travail de maçon.
A l'examen extérieur, les deux yeux paraissent normaux, les pupilles rondes et noires, les iris sont bruns et se meuvent activement.
Avec l'œil droit, il ne pouvait reconnaître à l'éclairage ordinaire que les gros objets, comme les doigts, à une distance variant entre quelques pouces et trois pieds; mais à un éclairage favorable, lesobjets relativement plus grands étaient encore aperçus à des dislances plus considérables; un nuage gris uniforme enveloppait alors tous les objets contenus dans le champ visuel et masquait complètement tous les petits détails de forme. Avec l'œil gauche le n° 1G, le plus petit objet visible, était lu de 5 à 12 pouces de distance; ici encore un nuage grisâtre, mais moins épais, occupait toute l'étendue du champ visuel.
L'examen intérieur des yeux montre, de chaque côté (au repos de l'accommodation), une adaptai ion dioptrique pour les rayons parallèles, et des milieux parfaitement transparents, normaux en apparence; cependant, grâce à une réflexion plus intense et irrégulière des rayons du fond de l'œil , l'intérieur en paraît plus fortement éclairé qu'à l'état normal. Mais dans le fond de l'œil lui même, on trouvait de chaque côté les altérations suivantes, plus étendues et plus prononcées à droite.
Dans l'œil droit (fig. 102), la papille, dans toute son épaisseur, était légèrement et uniformément rougeâtre (rouge hémalique), elle ne laissait point apercevoir l'anneau de tissu cellulaire, mais à sa circonférence parfaitement indiquée, on la distinguait du reste du fond de l'œil; on y pouvait aussi poursuivre, avec autant de netteté que dans l'œil normal, les vaisseaux qui s'y ramifiaient; sa surface était normalement située dans le plan de la rétine. Dans l'étendue de l'expansion choroïdienne, le fond de l'œil présentait un état granulé et une couleur jaune-rouge physiologiques; on voyait pourtant dans son étendue jusqu'à l'équateur de l'œil, et surtout dans la région de la macula, un nombre considérable de taches et de stries grandes ou petites, blanc-jaunâtre ou jaune foncé, en partie même faiblement rougeâtres. Sur les premières places d'un blanc-jaunâtre, il n'y avait point d'état granulé; au contraire sur les taches d'un jaune-foncé et faiblement jaune-rougeâtre, on apercevait à la surface un léger état granulé.
Les plus grandes taches, surtout par leurs parties les plus claires, occupaient les couches les plus superficielles de la choroïde; mais quelques-unes d'entre elles, de même que les plus petites, paraissaient situées dans les couches les plus profondes de la choroïde.
Les plus larges taches qui, en partie, réfléchissaient fortement la lumière, présentaient des formes tout à fait irrégulières, avec des limites en partie déterminées, lesquelles ressortaient encore, çà et là, d'une manière plus frappante par suite de
l'accumulation d'un pigment brun-foncé. Dans les stries pins longues et plus étroites, on pouvait fréquemment reconnaître le trajet et la distribution des plus gros vaisseaux ehoroïdiens. Les plus petites taches, modérément claires, se rapprochaient, au contraire, pour la plupart, de la forme arrondie.
La rétine, elle-même, ne présentait aucune altération pathologique; partout elle paraissait transparente et ses vaisseaux parfaitement normaux; mais, dans la partie claire du fond de l'œil, les vaisseaux rétiniens ressortaient avec beaucoup plus de netteté, avec des contours moins accusés et une coloration en apparence plus foncée, et on pouvait en suivre les ramifications beaucoup plus loin qu'à l'état physiologique.
Le malade fut de suite soumis à une surveillance et à un traitement sévères, pendant lesquels l'état général et l'état des yeux parurent s'améliorer. La toux et l'expectoration diminuèrent considérablement, les douleurs de poitrine se montrèrent trèsrarement, les impressions désagréables et douloureuses disparurent presque complètement dans les deux yeux, le voile qui se trouvait devant les deux yeux diminua et les objets reparurent avec des contours plus nets et une couleur plus naturelle, les forces générales augmentèrent, et la santé reprit un état qui n'avait pas existé depuis longtemps.
Après cette diminution lente, mais continue des phénomènes morbides, le malade se présenta à un nouvel examen en juin 185.5. Contrairement à l'avis de son médecin, il avait repris ses occupations habituelles, et le jour d'avant il s'était considérablement échauffé à monter des poutres sur le toit d'une maison à trois étages; par suite il avait éprouvé une grande fatigue, mais aucune aggravation dans son état, et, il s'était seulement vu contraint de se mettre au lit plus tôt que d'habitude. En se réveillant d'un long et profond sommeil, il remarqua, avec effroi, que la perception de la lumière avait presque complètement disparu dans l'œil droit.
Il n'éprouvait rien de particulier dans l'œil ou au voisinage, ni dans la tête ; les son sations douloureuses pénibles, si fréquentes autrefois, ne s'étaient point renouvelées, et à part une lassitude et un abattement général, le malade ne pouvait se plaindre que du défaut de la faculté visuelle de l'œil droit, faculté qui existait encore la veille. Les parties extérieures de l'œil semblent tout aussi peu malades qu'auparavant.
L'examen ophthalmoseopique montre des milieux parfaitement transparents; cependant l'intérieur de l'œil paraît manifestement moins clair qu'à l'état physiologique et est éclairé avec plus d'uniformité qu'autrefois. Le fond de l'œil lui-même, eu égard à son état antérieur, présente les modifications suivantes.
Un trouble nuageux, gris-rougeâtre, plus épais en certains points (fig. G9, œil droit), s'était répandu dans tout le fond de l'œil, et surtout dans le plan des ramifications des vaisseaux centraux. Ce nuage recouvrait presque complètement les limites de. la papille, de telle sorte qu'on ne pouvait plus l'apercevoir que d'une manière confuse. A partir du point d'émergence des vaisseaux, ainsi que du centre de la papille, on pouvait poursuivre bien au delà de ses limites une légère striation rougeâtre, correspondant à l'épanouissement du nerf optique et limitée au nuage en question. Ce trouble gris-rougeâtre masquait également sur la choroïde les taches jaunâtres autrefois si claires, et actuellement on ne les distinguait du reste du fond de l'œil normalement pigmenté que par des contours confus et une couleur jaunerouge plus claire. Les agrégats pigmentaires rouge-brun foncé, vus à travers ce nuage, montrent aussi un changement correspondant. Enfin les vaisseaux rétiniens sont tellement enveloppés dans ce nuage que les plus fines ramifications se dérobent complètement an regard et que les troncs principaux eux-mêmes ne se montrent bien délimités que dans certains points. En outre, les veines, eu égard à leur état antérieur, ont un trajet beaucoup plus tortueux et un diamètre beaucoup plus considérable. Dans certains points, uniformément colorées (comme des rubans) et
plus foncées qu'à l'état normal, elles paraissaient pénétrer, tout d'un coup, dans les plus profondes couches du nuage, pour se soustraire plus ou moins complètement à la vue, et revenir en d'autres points à la surface, en prenant une coloration plus intense et des limites mieux accusées. Les artères offraient, en général, le même aspect; leur diamètre avait considérablement diminué, mais leur milieu clair, par lequel seulement elles se montraient dans certains points comme des lignes brillantes sans contours, ressortait presque partout avec netteté. Si on augmentait la tension des milieux, en pressant l'œil avec le doigt, toutes les artères disparaissaient complètement pendant la systole, pour reparaître de nouveau pendant la diastole, et cela tout d'un coup et partout avec netteté, dans toute l'étendue du diamètre physiologique^). Dans les veines on n'observait rien de semblable.
Le malade, qui se soumettait maintenant volontiers aux prescriptions du médecin, captiva encore plus l'intérêt de l'observateur, lorsque les phénomènes rétrogradèrent. Aubout de huit jours, le diamètre des artères augmenta d'abord, ensuite celui des veines diminua et elles reprirent leur trajet rectiligne; par suite les vaisseaux centraux reprirent, peu à peu, leur aspect physiologique. Peu de temps après, le nuage s'éclaircit également et il finit par disparaître tout à fait, si bien qu'après deux mois, le dessin donné d'abord (fig. 102) se représentait encore et que la fonction de l'œil avait repris l'état qu'elle avait autrefois.
PI. XXIII. - Fig. 103.
Rupture de la choroïde.
M. K., âgée de 23 ans, ouvrière, de belle apparence, robuste, bien nourrie, affirme qu'elle a toujours été bien portante et qu'elle est bien réglée depuis l'âge de 14 ans. Elle avait toujours bien vu avec les deux yeux, de près comme de loin.
Il y a 17 jours, elle reçut, sur l'œil droit, un coup de poing, à la suite duquel elle remarqua aussitôt une diminution de la faculté visuelle. Cette mauvaise vue est restée jusqu'à présent tout à fait la même ; et il n'est survenu ni douleur, ni rougeur, ni aucun symptôme morbide objectif ou subjectif dans les parties extérieures de l'œil.
La malade ne peut plus, avec l'œil droit, reconnaître que le n» 1 à 7 pouces de distance ; un nuage grisâtre, qui flotte immédiatement devant l'œil, semble lui masquer uniformément tous les objets contenus dans le champ visuel.
Avec l'œil gauche (V. oo) le n» 1 est lu de 4</2 à 17 pouces de distance.
Comme il a déjà été dit, les deux yeux paraissent sains dans leurs parties extérieures, et de structure normale; les pupilles sont de grandeur moyenne, elles se contractent rapidement et largement, et à la lumière du jour elles paraissent trèsnoires.
En examinant avec rophthalmoscope , on peut se convaincre que dans l'intérieur l'œil gauche est aussi parfaitement normal; que l'œil droit, au contraire, dont les milieux sont également transparents et qui est adapté au repos pour les rayons parallèles, ne peut pas être éclairé intérieurement comme d'habitude et que son fond est le siège des altérations notables suivantes.
(*) Voyez : ^Retinilis", etc., par l'auteur; Zeilschr. f. pract. Heilk.; 21 mars 1856.
La rétine (flg. 103, œil droit) présente un faible trouble giïs-rougeâtre uniforme dans la plus grande partie de son étendue, mais surtout au devant de la papille et dans son plus proche voisinage; de cette manière, non-seulement la papille et la plus grande partie des altérations étranges du fond de l'œil décrites plus bas sont recouvertes comme d'un voile, mais aussi les vaisseaux centraux, depuis leur origine jusqu'à une grande distance, sont enveloppés comme dans un nuage.
Le nerf optique, qui est rond et de diamètre ordinaire à sa surface, est situé normalement. Il ne paraît nettement limité qu'en dehors, où l'anneau de tissu cellulaire se dessine aussi distinctement par sa couleur plus claire ; en haut, en bas et surtout en dedans, la limite du nerf optique est, au contraire, très-confuse et on n'aperçoit pas l'anneau du tissu cellulaire. Le tissu du nerf optique montre dans son milieu, et cela dans les parties les plus profondes, une couleur rouge claire; à la périphérie, il est uniformément rouge foncé dans ses parties profondes, mais dans les points les plus superficiels, principalement en haut, en dedans et en bas, il présente une très-légère striation rougeâtre radiée , striation qu'on peut suivre jusqu'à une faible distance dans la rétine.
Le système vasculaire central (comme cela a déjà été dit) parait fortement voilé, surtout au niveau du nerf optique et dans son voisinage, et cela dans l'étendue de 1 1/2 à 3 diamètres papillaires; les contours des différents vaisseaux sont donc moins nettement dessinés; leur couleur, suivant l'épaisseur du trouble, est plus pâle et presque gris-rougeâtre, de même que les plus petits rameaux sont, en grande partie invisibles ; au point de vue de leurs distributions, de leur ramification, de leur trajet et de leur diamètre, on ne peut pourtant apercevoir aucune différence d'avec l'état physiologique. En dehors du trouble rétinien, le système vasculaire central se montre même normal en ce qui concerne la netteté, la couleur et les contours; là aussi, on voit les plus iàibles rameaux vasculaires.
Le fond de l'œil, d'une couleur jaune-rouge normale et nettement granulée, dans ses parties périphériques, paraît, au niveau du nuage et suivant l'épaisseur de ce dernier, beaucoup moins éclairé, d'une couleur presque gris-rougeâtre ; l'état granulé paraît plutôt effacé.
A la partie inféro-externe du nerf optique, mais surtout au dessus de ce dernier, on voit des stries claires étendues et de nombreuses extravasations qui sont, pour la plupart, plus ou moins recouvertes par le trouble de la rétine.
Les stries claires sont principalement curvilignes, mais en partie aussi rectilignes, et elles entourent le nerf optique, surtout vers la partie supérieure, et à une petite distance. Leur longueur et leur diamètre varient beaucoup; ainsi la longueur varie entre 1 et 4 diamètres papillaires, et, clans les points les plus étroits, elles ont la largeur d'un des plus forts vaisseaux rétiniens; au contraire, dans leurs dilatations nodiformes et leurs terminaisons en massue, elles ont la largeur d'un sixième et même d'un quart du diamètre papillaire.
Leur couleur est également très-variable. Dans différents points, elles paraissent d'un blanc-jaunâtre et uniformément colorées, réfléchissant fortement la lumière; dans d'autres, elles paraissent plutôt jaunâtres ou jaune-rougeâtres, moins fortement éclairées, présentant à leur surface un état granulé plus ou moins distinct. Elles sont en partie bien limitées, surtout par l'adjonction d'étroits lisérés pigmentaires rougebrun ; en général cependant, leurs limites sont confuses, puisque la couleur et l'état granulé des stries claires augmente rapidement sur les côtés et qu'ainsi leur ton de couleur se confond insensiblement avec celui du reste du fond de l'œil.
La surface de ces stries parait être assez unie, mais non dans un seul et même plan, et en même temps, les stries plus claires paraissent placées dans les couches les plus superficielles de la choroïde, les stries plus foncées dans des couches un
peu plus profondes. Les vaisseaux rétiniens qui les dépassent marchent à une distance relativement petite au dessus d'elles, sans présenter d'altérations.
Les extra vacations ont une étendue de '/., à 3/4 de diamètres papillaires; elles sont nettement limitées, ont une forme irrégulière, en partie arrondie ; une seule d'entre elles, celle qui est en haut et en dedans, possède une forme rubanée. Les deux qui se trouvent directement au dessus du nerf optique n'ont qu'une faible étendue; leur surface se confond avec celle de la choroïde, leur couleur est d'un rouge Hématique faible; elles paraissent fortement voilées par le trouble de la rétine et comme recouvertes d'un épais nuage grisâtre. La petite extr.rvasation en forme de goutte et l'extravasation rubanée située au dessus et en dedans du nerf optique, moins couvertes par le trouble de la rétine, ressortent beaucoup plus clairement, la première par sa surface convexe et une coloration rouge-sanguin foncé; la dernière par une surface égale, plus claire du côté du nerf optique, d'un rouge-sanguin plus foncé du côté opposé et nettement limitée dans ce point par une ligne sombre. Toutes ces extravasations sont situées dans le plan de la couche interne de la choroïde, et on peut suivre nettement les vaisseaux rétiniens qui passent au dessus d'elles.
L'extravasation qui est placée au dessous et au dehors du nerf optique, n'est que peu voilée par le trouble rétinien, d'où il résulte qu'elle ressort avec beaucoup de netteté. Dans lapins grande partie de son étendue, elle est d'un rouge hématique clair, d'un rouge-sanguin beaucoup plus foncé vers le bord inférieur et parfaitement limitée dans cet endroit par un contour foncé presque noirâtre. Dans toute l'étendue de sa surface, on voit une infinité de très-petits points extrêmement clairs, presque brillants, rayonnants, de grandeur variable, dont la distance réciproque varie beaucoup. Cette extravasation parait également située dans les couches les plus superficielles de la choroïde, mais elle est si grande et si bombée que les parties moyennes de sa surface convexe atteignent jusqu'aux couches les plus superficielles de la rétine et qu'ainsi elle couvre et entoure complètement les vaisseaux rétiniens qui se portent dans cette direction.
PI. XXIII. Fig. 104.
In fia m m a iio n de la c h o r o ï d e.
A. K. , âgée de 26 ans, ouvrière, n'a pas été vaccinée et a eu, clans son enfance, la variole et la rougeole. A l'âge de 13 ans, survinrent des phénomènes de chlorose; les règles s'établirent pour la première fois à l'âge de 17 ans, mais elles restèrent pâles, faibles et de peu de durée.
La malade souffre fréquemment de vertige, de poussées sanguines soudaines au cerveau et de maux de tête, surtout au moment des règles et dans les jours de chaleur. Elle a fréquemment des rhumes de cerveau, des catarrhes bronchiques et intestinaux; sa digestion est affaiblie et la diarrhée alterne constamment avec la constipation.
Depuis son enfance, elle louche de l'œil droit en haut et en dehors, et de 2 à 10 ans, elle eut aux deux yeux de fréquentes inflammations pustuleuses. Depuis sa 10 mc année, elle n'a nullement souffert de ses yeux, et depuis cette époque, elle se sert assidûment de son œil gauche, car elle gagne sa vie à faire des vêtements et est souvent obligée de prolonger son travail bien avant dans la nuit.
Elle était myope depuis son enfance, et actuellement, à son avis, elle n'est pas plus myope qu'auparavant. Elle n'a jamais porté de lunettes pour voir de loin.
A l'examen extérieur, les yeux ne présentent rien de morbide; l'adaptation dioptrique au repos de l'accommodation dans l'œil gauche est = V. — 28, dans l'œil droit = V. — 54.
Avec l'œil gauche le n» 1 est lu de 3</.> à 12'/a pouces de distances. Dans l'œil droit et à la périphérie seulement, l'acuité visuelle est telle que les mouvements do la main peuvent être aperçus, mais les doigts ne peuvent pas être comptés. La malade ne se rappelle pas avoir jamais mieux vu de l'œil droit.
Au moyen de l'ophthalmoscope, on trouve, de chaque côté, les milieux transparents, l'intérieur de l'œil normalement éclairé et les parties du fond de l'œil gauche parfaitement saines.
Dans l'œil droit (fig. 104) le nerf optique a une forme arrondie, un diamètre normal, des limites nettes et un anneau blanc-jaunâtre de tissu cellulaire qu'on reconnaît tout autour, ressortant plus nettement à la circonférence extérieure et qui, en dehors comme du côté du nez, est limité parmi liséré rouge-brun de pigment choroïdien. La surface du nerf optique est normalement située dans le plan de la rétine, et lui-même, aussi profondément qu'on peut voir, est d'une couleur uniforme (ni striée ni ponctuée) fortemement rougeâtre (rouge hématique) et en même temps plus clair au centre, plus foncé à la périphérie.
Le sytème vasculaire central se montre parfaitement normal sous tous les rapports et la rétine est transparente.
Dans toute l'étendue de l'expansion choroïdienne le fond de l'œil est normal, quant à la coloration jaune-rouge et l'état granulé; dans la région do la macula et dans son voisinage, au contraire, il est le siège de notables altérations.
Dans cet endroit, à partir de la circonférence supéro-externe du nerf optique, le fond de l'œil paraît dépouillé de sa couleur normale et fortement éclairé, horizontalement dans l'étendue de 3 diamètres papillaires, verticalement dans plus de deux diamètres papillaires. La forme de cette région est irrégulière et n'est pas nettement limitée ; la coloration parait jaune-foncé dans les parties périphériques, avec un état granulé extrêmement peu prononcé; mais vers le bord, elle est plutôt jaunerougeâtre avec un état granulé plus net et plus foncé, si bien que, peu à peu, elle se confond avec la coloration normale du reste du fond de l'œil; vers le centre elle devient, au contraire, plus claire, presque blanc-jaunâtre, et ne présente pas d'état granulé.
Dans cette place claire, surtout vers sa périphérie, on voit grand nombre de taches pigmentaires, rouge-brun clair ou foncé, très-petites et en grande partie extrêmement minces; elles ont, pour la plupart, une l'orme allongée irrégulière, et ce n'est que çà et là qu'elles présentent une forme nette, angulaire ou étoilée.
Dans l'étendue de cette tache jaunâtre, plus près de la région externe, on voit une plaque bleu-verdâtre ovale et de forme irrégulière vasculaire , qui renferme la macula dans son tiers supérieur. Cette même plaque est placée obliquement de bas en haut et de dehors en dedans; par conséquent, par son extrémité supérieure inclinée vers le nerf optique, elle a en largeur 1 >/s et en longueur 2 fois le diamètre de la papille. Dans toute sa circonférence, elle montre des limites très-nettes et en bas une grande échancrue, ce qui fait que dans cette partie elle se termine par deux pointes. Dans ses parties moyennes, elle est jaune-verdâtre, dans ses parties périphériques plutôt bleu-verdâtre; aussi bien au milieu que dans les parties marginales, elle montre des taches et des stries bleu-verdâtre foncé, et à la pointe inféro-interne, des stries pigmentaires brun-rouge foncé.
Cette tache verdâtre présente un très-haut degré de transparence, dans toute son étendue, mais surtout dans sa partie moyenne, et l'on peut à travers apercevoir le
fond jaunâtre de l'œil. Par ses bords nets, elle paraît être située à la surface de la choroïde, mais par sa surface irrégulière et qui fait saillie en avant, elle parait s'éloigner notablement par le centre du plan choroïdien pour se porter en avant. On dirait qu'au niveau de cette coloration verdatre, la rétine est détachée de la choroïde sous forme d'une vésicule, et cela par l'interposition d'un milieu fluide, coloré, transparent, réfléchissant fortement la lumière.
PL XXIV. Fig. 105.
Inflammation de la char o ï d e.
G. H., apprenti relieur, âgé de 29 ans, de stature moyenne, maigre et d'un aspect cachectique, rapporte que, dans son enfance, il a, en général, été bien portant, et qu'il a seulement souffert, à de nombreuses reprises, d'inflammations pustuleuses des yeux. Pendant son adolescence, il fut souvent atteint de catarrhe bronchique et de coryza, mais à part cela, il n'a jamais été sérieusement malade. Il a toujours bien vu de près et de loin.
11 y a 5 ans, il eut un ulcère syphilitique à la verge, et déjà quelques semaines après, malgré le traitement médical, des douleurs survinrent dans les membres : c'est pour cela que le malade fut envoyé aux bains sulfureux. Après le dixième bain, il se développa aux deux yeux une conjonctivite qui disparut pourtant au bout de dix jours. A la suite du seizième bain apparut une éruption syphilitique, les ganglions cervicaux se tuméfièrent ; il survint ensuite des ulcérations dans la gorge, une exostose du tibia, de la chute des cheveux, enfin des douleurs dans l'os frontal. Le malade quitta la station thermale et lit chez lui une cure au sublimé avec un résultat favoiable. Lorsque, six mois après, les douleurs reparurent encore dans les membres, il employa avec succès des bains d'étuve. Huit mois plus tard, à la suite d'un refroidissement, il se développa sur l'œil droit une conjonctivite modérée qui disparut complètement dans l'espace de 8 jours. Aussitôt cette inflammation terminée, il s'établit une douleur dans le front et le voisinage de l'œil, douleur qui augmenta progressivement, et pendant laquelle le malade sentait son œil plus plein, plus pesant et plus volumineux ; plus tard il s'ajouta une sensation de chaleur, l'œil larmoyait de temps en temps, et eut de la photophobie, la vue devint progressivement plus confuse et enfin tous les objets parurent comme voilés et enveloppés d'une gaze. Toutes ces alternatives d'amélioration et d'aggravation, surtout par une température défavorable et des écarts de régime , augmentèrent constamment et il y eut aussi des éblouissements, des visions d'étincelles, surtout pendant la nuit, des visions de rayons de feu qui s'agitaient d'eux-mêmes; enfin des douleurs térébrantes et pongitives dans le front et les tempes. Malgré un traitement médical varié, aucune amélioration importante et durable de cet état n'a été obtenue jusqu'à présent.
Extérieurement, dans aucun des deux yeux, on ne peut apercevoir de manifestation morbide; seulement la pupille de l'œil droit est un peu plus large et un peu moins mobile que celle dé l'œil gauche. L'adaptation de l'œil gauche, au repos de l'accommodation, est = V. oo, et avec cet œil, le no 1 est lu de 5 à 18 pouces de
distance. Adroite, l'adaptation est également = V. oo et le no 3 n'est lu qu'avec peine à 5'/2 pouces, car un épais nuage gris parait uniformément répandu sur tout le champ visuel.
En examinant l'œil droit avec le miroir, on trouve les milieux transparents; l'intérieur de l'œil, surtout dans la direction de l'axe, est blanchâtre et plus éclairé que d'habitude.
Le tronc du nerf optique (tig. 105), particulièrement dans ses couches inférieures, est d'une couleur rougeâtre (rouge hématique), et à son centre plus clair, tirant sur le jaune-rougeâtre et fortement éclairé. Dans ses parties périphériques, il est d'un rouge plus foncé et il réfléchit moins la lumière. On ne peut pas non plus apercevoir la plus petite trace d'un anneau de tissu cellulaire, et c'est surtout par sa couleur rougeâtre que le nerf optique se différencie de la couleur claire du fond de l'œil qui l'entoure. Le nerf optique présente une forme ovale à grand axe vertical; ses diamètres sont normaux et sa surface est située normalement.
Les vaisseaux centraux, aussi loin qu'on peut les poursuivre, ne présentent dans leurs rapports aucune différence avec l'état normal ; seulement au niveau de la place claire du fond de l'œil, leurs petites ramifications peuvent être suivies plus loin et avec plus de netteté que d'habitude. La rétine présente sa transparence normale. Dans la plus grande partie du fond de l'œil, la couleur et l'état granulé sont normaux; mais dans le centre et dans une grande étendue, le fond est blanc (avec un faible mélange de couleur jaunâtre), et très-vivement éclairé.
Cette place claire a une forme irrégulièrement allongée, et son plus grand diamètre horizontal. Elle embrasse complètement la macula et le nerf optique, t elle a, en longueur, environ 4 fois, et en largeur, 2 fois le diamètre du nerf optique. Elle est, en grande partie, bien limitée, parce que, dans toute son étendue, elle conserve invariablement sa couleur claire jusqu'à sa limite et laisse ainsi manifestement ressortir la différence entre sa couleur et la couleur jaune-rouge du reste du fond de l'œil; mais, en outre, des taches et des bandes pigmentaires avoisinent ses limites. Ce n'est que dans une petite étendue et surtout au dessus du nerf optique que la limite paraît confuse, parce qu'en ce point la couleur claire se confond insensiblement avec la couleur jaune-rouge normale du fond de l'œil.
La couleur blanchâtre de la place claire, abstraction faite des taches pigmentaires, est, en grande partie, uniforme et ne laisse pas non plus apercevoir le moindre indice d'un état granulé ; seulement l'intensité de la lumière varie çà et là, certaines parties réfléchissent moins , d'autres réfléchissent davantage la lumière et paraissent même briller; pourtant, dans le voisinage du nerf optique, la place claire est plutôt jaune-rougeâtre, parce que, dans ce point, on reconnaît sur le fond blanc jaunâtre un pointillé rougeâtre extrêmement tin, qui ressort davantage, près du nerf optique, mais principalement en haut vers le fond normal de l'œil.
La surface de cette place claire, d'après sa situation et sa courbure, paraît répondre à la surface interne de la choroïde; elle semble posséder une trame dense.
Au voisinage de cette partie claire, et surtout en dehors, dans le fond jaune-rouge normal de l'œil, on voit encore différentes places plus petites, plus claires, jaunerougeâtres, les unes de forme ovale avec des limites confuses, les autres de forme rubanée avec des filets pigmentaires environnantes, au milieu desquelles se dessine le trajet des plus gros vaisseaux choroïdiens.
A la circonférence comme à la surface de la tache claire , particulièrement dans la région de la macula lulea, on voit superficiellement et au-dessous des vaisseaux rétiniens, des masses pigmentaires rouge -brun plus ou moins épaisses,
claires ou foncées, dont la forme et la distribution sont irrégulières, la grandeur variable, et qui paraissent toutes composées de points pigmentaires extrêmement déliés : un très-petit nombre de taches pigmentaires présente, eu égard aux contours généraux, une simple forme étoiléc mieux déterminée.
PI. XXIV. Fig. 106 et 107.
Inflammation de la choroïdeS*)
W. K., imprimeur sur étoffes, âgé de 46 ans, avait toujours été bien portant dans sa jeunesse. 11 rapporte qu'à 24 ans, et une seconde fois à 25 ans, il a été atteint d'une Mennorrhagie uréthrale, mais il prétend qu'il n'a jamais eu S'ulcère vénérien, quoique une affection cutanée postérieure à la blcnnorrliagic, de fréquentes douleurs dans les membres, ainsi que le traitement employé semblent indiquer l'existence d'un état général syphilitique. Depuis cette époque, le malade souffrit aussi fréquemment d'évacuations difficiles, d'embarras et d'écoulements hémorrhoïdaux.
Par une chaude journée du mois d'août 183G, il s'éloigna de. chez lui après-dîner et, exposé au soleil de midi, il fit, la tête découverte, quelques centaines de pas dans la rue. Lorsqu'il fut rentré, il remarqua, sans autre phénomène morbide, une diminution si considérable de sa faculté visuelle qu'il n'était plus en état de continuer son travail.
Grâce à l'emploi de différents remèdes, la vue s'améliora progressivement, au bout de quelques mois surtout pour l'œil droit; si bien qu'au commencement de janvier de l'année suivante (1857), il pouvait de nouveau reprendre son travail et le continuer jusqu'en 1854, malgré des affections répétées; pneumonie, pleurésie, angine, etc. Pendant ce temps, il remarqua, surtout dans les premières années, une augmentation constante de sa vue; depuis ces deux dernières années, au contraire, une fnible diminution de sa faculté visuelle.
A l'extérieur, ses yeux ne laissent apercevoir aucun phénomène morbide. Les pupilles ont une grandeur, une mobilité et une couleur normales. Avec l'œil droit, le malade lit le no 1 de 9 à 12 pouces et le n° 20 jusqu'à 52 pouces de distance; avec le 14 convexe, le n° 20 est lu de l'/z à 15 pieds de distance. Avec cet œil, le malade remarque constamment, au milieu du champ visuel, un trouble discoïde, nuageux, grisâtre, dans l'étendue duquel les objets paraissent un peu confus et animés d'un mouvement oscillatoire considérable; si bien que dans cette partie du champ visuel, il lui semble qu'il voit à travers de l'eau agitée. Dans les autres parties du champ visuel, l'acuité est excellente. Lorsqu'il regarde une surface à 10 pouces de distance, ce trouble a environ 1 pouce '/„ de diamètre et en regardant au loin, il augmente notablement en étendue; il a alors, suivant l'appréciation du malade, la grandeur d'une soucoupe à thé. Avec l'augmentation de la lumière du jour, le trouble devient plus léger et il ne produit qu'un très-faible trouble fonctionnel; en fermant les paupières, ou pendant la nuit, tout le champ visuel est traversé dans différentes directions par des étincelles d'un jaune-clair.
(*) Voy. : Bcilragc zur Pathologie des Auges; p. 19, pi. VII et VIII.
Dans l'œil gauche, la faculté visuelle est notablement troublée. Ici encore, un trouble, mais de forme irrégulière, couvre le milieu du champ visuel. Il s'étend manifestement, surtout en haut, puisque le malade qui , sur une surface éloignée de 6 pouces de L'œil, reconnaît les gros objets dans la partie externe du champ visuel, à 1 pouce en bas, à 2 pouces '/a en dedans, à 3 pouces du centre, ne perçoit, çà et là, dans la partie supérieure que de faibles indications de ces mêmes objets. Ce trouble a une couleur grise noirâtre uniforme et rend tout à fait invisibles les objets qu'il recouvre; il augmente en étendue dans le regard au loin, et il devient en même temps plus clair; dans le regard de près, il devient plus petit et plus fonré, et il n'éprouve à la lumière solaire aucune modification. Avec cet œil (le gauche), le malade lit le n° 18 à 10 pouces de distance; cependant ici encore, tout lui paraît animé d'un mouvement continuel, comme vu à travers de l'eau agitée. Lorsque les paupières sont fermées, ou pendant la nuit, des étincelles jaunâtres et claires se meuvent dans tout le champ visuel, mais à un degré plus considérable que dans l'œil droit.
L'examen avec l'ophthalmoscopc, la pupille étant dilatée autant que possible, indique dans les deux yeux des milieux parfaitement transparents; l'intérieur des yeux est éclairé d'une manière très-intense, parfois même brillante; l'adaptation dioptrique de l'œil droit est = V. — 14 et celle de l'œil gauche = V. — 22.
Dans l'œil droit (fig. 105), le nerf optique, blanc-jaunâtre dans sa partie moyenne, uniformément rougeâtre dans ses parties périphériques et profondes, ne laisse pas apercevoir d'anneau de tissu cellulaire; il n'est, en général, pas bien limité, et il ne se distingue que par sa couleur rougeâtre du reste du fond de l'œil, lequel est d'une couleur jaunâtre claire, à la circonférence du nerf optique, et forme un cercle clair autour de ce dernier. La forme de la papille est arrondie, les diamètres sont un peu plus petits que d'habitude, la surface a sa position normale.
Le cercle ci-dessus mentionné, qui entoure le nerf optique, montre sa plus grande largeur vers la macula et sa plus faible largeur dans la direction opposée. Sa circonférence interne parait nettement marquée par le nerf optique qui est rougeâtre; en s'éloignant du centre, il n'a pas de limite nette, puisque là sa couleur claire se confond insensiblement avec la couleur jaune-rouge normale du reste du fond de l'œil. La couleur de cette auréole, dont la surface correspond au plan interne de la choroïde, est eu grande partie uniforme; vers la périphérie, au contraire, on aperçoit une ponctuation rougeâtre superficielle extrêmement fine, qui ressort plus ou moins nettement.
Les vaisseaux centraux sont, en général, normaux en ce qui concerne leur étendue, leurs ramifications, leur trajet, leur couleur, leurs diamètres; seulement les artères montrent un trajet plus tortueux que d'habitude, et sont, en partie, plus profondément situées que les veines.
Au niveau de la tache claire, les vaisseaux paraissent bien plus foncés, plus nettement limités et même un peu plus larges, mais ce n'est là qu'un simple effet de contraste. La rétine paraît partout aussi également transparente.
La plus grande partie du reste du fond de l'œil est normale; seulement elle est d'un jaune-rouge un peu plus foncé que d'habitude, et l'état granulé est plus marqué et plus accentué.
Au niveau de la macula, et dans le voisinage, au contraire, la couleur normale fait défaut dans une grande étendue, et, en ce point même, le fond de l'œil parait uniformément et très-fortement éclairé, même presque brillant, de couleur jauneblanchâtre et couvert de nombreuses plaques pigmentaires et de quelques extravasations.
Cette région, anormalement colorée, comprend presque tout le segment externe du fond de l'œil et est de forme irrégulière. Elle est plus étendue dans le sens horizontal, commence à i/o diamètre papillaire de la circonférence externe du nerf optique (là même, elle est séparée du cercle jaune-clair entourant le nerf optique par un pont étroit appartenant au fond de l'œil normalement coloré), et s'étend si loin vers l'équateur que le fond de l'œil peut être vu avec l'ophtlialmoscope. Peu étendue dans le sens vertical, elle s'étend également en haut et en bas, c'est-à-dire à 3 ou 4 diamètres papillaires au delà de la macula.
Ses limites sont, en grande partie, nettement dessinées, puisque la couleur de la tache plus claire atteint sans changer (sans gradation) la couleur normale du fond de l'œil.
Dans son étendue, on voit partout, tantôt en grand nombre, tantôt en petit nombre, des vaisseaux jaune-rouges , rubanés, fortement sinueux. Les vaisseaux les plus larges et les plus longs se ramifient plusieurs fois et s'anastomosent entre eux, ils appartiennent à la couche vasculaire externe (celle dont les mailles sont grossières et qui renferment le pigment), ceux qui sont plus étroits,très-minces, plus courts, très-sinueux, simplement ramifiés et sans anastomoses, appartiennent à la couche vasculaire moyenne non pigmentée.
Les masses pigmentaires, qui se trouvent en grand nombre au niveau de la tache claire, présentent une grandeur variable,- en général, elles ont une grande étendue, elles paraissent, en outre, très-épaisses, volumineuses, d'une couleur rougebrune foncée, presque noirâtre, et elles sont formées d'agglomérations épaisses de larges noyaux pigmentaires foncés. Leur forme est irrégulière, elles ont, en général, l'aspect de la mousse et elles forment des amas isolés et réunis en groupes ou aussi des anneaux plus ou moins couverts ou fermés.
En ce qui concerne les extravasations , le plus grand nombre se trouvent dans l'intérieur de la tache claire. Elles ont là des diamètres notables, des contours arrondis, dans lesquels on peut, le plus souvent, reconaitre le trajet des plus gros vaisseaux choroïdiens et une coloration claire rouge-sang. Il n'y a que quatre petites extravasations allongées, d'une couleur un peu plus foncée, et plus matte, qui se trouvent sur le fond jaune-rouge de l'œil, au dessus et en dehors du nerf optique, sur le bord de la tache claire.
Les masses pigmentaires, par leurs parties superficielles, dépassent les extravasations, les unes et les autres cependant paraissent, par leur masse principale, situées au devant des vaisseaux choroïdiens et derrière les vaisseaux rétiniens, comme on peut le démontrer, d'une part, parce que les vaisseaux choroïdiens sont complètement recouverts, et, d'autre part, parce qu'il est possible de suivre les vaisseaux rétiniens au delà des masses pigmentaires.
Mais il y a aussi quelques masses pigmentaires isolées dans les couches superficielles de la rétine placées même au devant des vaisseaux rétiniens, ce qui fait que ces derniers sont plus ou moins soustraits au regard.
Dans l'œil gauche (fig. 107) le nerf optique a également une forme arrondie, mais un diamètre (parfaitement normal) un peu plus grand que du côté droit. Sa surface est située normalement, on ne voit point l'anneau du tissu cellulaire. Le nerf optique n'a pas de contours nets et il ne se détache que confusément par une coloration un peu plus foncée, surtout vers la macula, du fond de l'œil environnant, qui est d'une coulenr claire anormale. Dans sa plus grande étendue, il paraît jaune-clair; partout néanmoins, à la périphérie surtout, au niveau de la lame, criblée, il y existe de petites taches allongées, rougeâtres, mal délimitées.
Les vaisseaux centraux, en général normaux (seulement les artères présentent un trajet un peu plus sinueux que d'habitude, et sont en partie un peu plus profon-
clément situées que les veines) ne se détachent plus nettement et plus virement sur le fond de l'œil, au niveau de la tache claire, avec des diamètres plus grands et une couleur plus foncée en apparence, que par l'effet du contraste.
La rétine se montre, sur tous les points, parfaitement transparente.
Dans les parties périphériques , le fond de l'œil paraît d'un jaune-rouge foncé, normal, et nettement granulé ; dans le centre cependant, il est, dans une grande étendue, fortement éclairé, par places même très-brillant, et, en grande partie, d'un jaune-blanc uniforme et couvert de masses pigmentaires foncées.
Cette tache claire entoure la macula et le nerf optique ; elle est irrégulière, à bords sinueux et en grande partie bien limités, puisque le jaune-rouge du fond normal de l'œil contraste nettement avec la couleur claire de la tache anormale ; seulement, en dedans du nerf optique, il n'y a pas de limite arrêtée, puisque, dans ce point, le jaune clair se confond insensiblement avec le jaune-rouge du fond de l'œil, et que, proportionnellement, l'état granulé est ici plus fort et plus foncé.
Cette place claire s'étend en haut à partir du nerf optique jusqu'à la deuxième division des principaux vaisseaux rétiniens, en formant deux sinuosités (cordiformes) ; elle va encore plus loin en dehors et en bas, où elle s'étend à plus de quatre diamètres papillaires au delà du nerf optique, et se sépare du fond de l'œil par une ligne courbe.
Dans l'étendue de cette tache claire, les vaisseaux choroïdiens sont partout visibles, sous forme de stries d'un jaune orangé, plus ou moins nettement rubanées, uniformément colorées. Les vaisseaux plus larges, plus longs, qui sont modérément sinueux ou plus ou moins directs, se divisent plusieurs fois, s'anastomosent de tous côtés avec d'autres vaisseaux, et forment, surtout en dehors, à une certaine distance du nerf optique, un réseau vascnlaire serré à larges mailles , qui représente d'une manière très-caractéristique la couche vasculaire la plus externe et la plus forte de la choroïde. Les petits vaisseaux, au contraire, peu colorés, plus courts, qui se montrent surtout nettement dans la partie moyenne de la tache claire, et qui, avec une simple division successive sans anastomoses, présentent uh trajet irrégulier fortement sinueux, offrent au regard, d'une manière très-nette, la couche vasculaire moyenne de la choroïde.
Les masses pigmentaires foncées accumulées dans le fond de l'œil se trouvent presque exclusivement dans l'étendue de la tache claire, et il n'y en a que quelquesunes isolées qui empiètent sur la partie normalement colorée du fond de l'œil ou qui s'y trouvent placées à une distance plus ou moins grande de la tache claire. Ces masses pigmentaires ont les dimensions les plus variées; généralement pourtant elles se présentent comme de larges touffes de mousse ou de groupes isolés et les agrégats sont, en général, formés de noyaux pigmentaires foncés de moyenne largeur. Leur couleur est toujours, suivant leur étendue et leur épaisseur, d'un rougebrun foncé à nuance variable, parfois presque noirâtre. Les formes de ces masses pigmentaires sont très-variables et, le plus souvent, tout à fait irrégulières ; chez quelques-unes pourtant on reconnaît les indications déterminées, comme la forme angulaire ou la forme étoilée simple. Elles sont toutes placées devant la couche vasculaire de la choroïde et elles la recouvrent complètement; la plus grande partie de leur masse s'étend derrière la couche vasculaire de la rétine dans différents points, cependant elles se placent, et même très-souvent, dans le tissu de la rétine, où elles recouvrent complètement, en formant des stries, les vaisseaux rétiniens qui en sont comme enveloppés. Les vaisseaux rétiniens peuvent, en partie, être poursuivis au-dessus des masses pigmentaires, mais ils se dérobent en partie au regard en traversant ces mêmes masses.
La coloration blanc-jaunâtre de la tache anormale existant dans chaque œil, doit bien, pour une faible partie seulement, être rapportée à la face interne de la sclérotique devenue visible, mais elle devrait plutôt, eu égard au défaut d'épithélium choroïdien dans les points correspondants, être produite surtout par un épais exsudât, qui, au moment du premier examen ophthalmoscopique et de l'exécution des figures, avait en partie déjà diminué de volume. Ce qui plaide surtout dans ce sens, c'est que, dans les derniers examens (6 mois et 1 an plus tard), pendant que le malade continuait son traitement, il arriva que d'abord les vaisseaux choroïdiens, autrefois visibles, pouvaient être poursuivis beaucoup plus loin, et ensuite, que dans les points qui étaient auparavant d'un blanc jaunâtre beaucoup plus uniforme, on observait maintenant aussi, en grand nombre, des vaisseaux choroïdiens qui peu à peu se complétèrent, communiquèrent les uns avec les autres, et formèrent dès lors un réseau à larges mailles beaucoup plus étendu, comme c'était le cas au moment où on avait fait le dessin. Pour les masses pigmentaires , au contraire, on ne put, après le même délai, apercevoir aucun changement, et les extravasations de l'oeil droit demeurèrent également les mêmes dans leurs dimensions, leur couleur et leur conformation.
Le malade, qui avait continuellement observé un régime approprié, et fait usage de médicaments légèrement fondants, se sentit, par la suite, aller continuellement mieux , non-seulement au point de vue de l'état général, mais également au point de vue de la faculté visuelle.
PL XXIV. Fig. 108.
Inflammation de la choroïde et atrophie de la rétine.
R. N., paysanne, âgée de 28 ans, avait été fréquemment malade dans son enfance, puisque, après la scarlatine qu'elle avait eue dans sa quatrième année, des affections scrofuleuses de toute sorte étaient survenues. De 8 à 15 ans, elle eut aussi fréquemment des ophthalmies pustuleuses et de la bléphaiïte ciliaire.
Après sa 15me année, la diathèse scrofuleuse diminua au point que la malade se trouvait bien portante et se croyait guérie, quoiqu'elle parut et qu'elle paraisse encore actuellement frêle et chétive, qu'elle soit retardée dans son développement, qu'elle soit mal nourrie, et qu'elle manque de forces. Ses règles ne s'établirent qu'à l'âge de 22 ans; dans les premières années, elles furent pâles et irrégulières; plus tard elles vinrent régulièrement, mais elles furent toujours peu abondantes et de courte durée.
Il y a six mois, après un violent refroidissement, survinrent des maux de tête, des mouvements fébriles, une légère rougeur de l'œil droit, du larmoiement, des photopsics, un sentiment de plénitude, de pression et de douleur dans l'œil, en même temps qu'une diminution considérable de la vision. Après quelques jours de traitement, la fièvre disparut et les autres symptômes cessèrent, en grande partie, au bout de quelques semaines; seulement la faculté visuelle s'abaissa de plus en plus, et à l'heure actuelle, elle est complètement abolie depuis 3 semaines.
L'œil gauche est normal, à part quelques opacités cornéennes, restes des ophtlialmies pustuleuses; l'adaptation dioptrique = V. oo. Avec cet œil, le n° 1 est lu de 4s/4 à 1G pouces de. distance.
L'œil droit, de structure normale, est adapté pour les rayons parallèles; à part une faible injection épisclérale et une légère augmentation des larmes, une pupille paresseuse et irrégulièrement dilatée, il ne présente extérieurement rien de morbide. Avec l'ophtlialmoscope, l'intérieur de cet œil est très peu éclairé, et, à un examen attentif, on observe une opacité corticale centrale postérieure, des troubles généraux avec liquéfaction du corps vitré et des altérations remarquables dans le fond de l'œil.
Le trouble du corps vitré pendant le repos du globe se montre partout assez uniforme, traversant le corps vitré tout entier; c'est pourquoi l'intérieur de l'œil paraît trouble , comme rempli d'une fumée épaisse , et le fond de l'œil peu éclairé et comme couvert d'un nuage gris-rougeâtre foncé. Si, au contraire, le globe de l'œil se meut rapidement ou qu'il soit légèrement secoué, il s'élève aussitôt de la partie inférieure du corps vitré un grand nombre de taches et de points plus ou moins grands, d'un rouge-brun-foncé et noirâtre, de forme très-variable, qui, avec des mouvements ondulatoires, voltigent dans différentes directions.
Le fond de l'œil lui-même (fig. 108, œil droit) est, comme il a déjà été dit, voilé par le trouble du corps vitré, mais aussi, et cela dans toute son étendue, par un nuage grisâtre uniformément répandu dans le plan de la rétine; en général, il paraît gris-brun-rougeâtre et il ne laisse voir les différents tissus et les altérations existantes que confusément et avec des contours effacés.
Le nerf optique se présente comme un disque arrondi, uniformément rouge-foncé (presque rouge-cinabre), qui tranche assez nettement sur le reste du fond de l'œil.
Le système vasculaire central ne peut être suivi que dans ses vaisseaux principaux. Visible avec une netteté relative au niveau de la papille, on ne le voit dans le reste de l'œil qu'avec des contours diffus, et, dans certains points, on ne le voit pas du tout; après un trajet plus ou moins long il se soustrait complètement au regard vers la périphérie. Les vaisseaux paraissent normalement distribués et ramifiés, comme aussi normalement répandus dans le plan de la rétine; ils ont cependant un trajet plus direct, et sont notablement diminués dans leur diamètre, et le rapport physiologique entre les artères et les veines, ainsi qu'entre les différents vaisseaux et leurs ramifications, n'a pas changé.
Le fond de l'œil, dans l'étendue du tissu choroïdien, présente des taches foncées, qui correspondent aux mailles intervasculaires du stiatum choroïdien et qui paraissent représenter le pigment du stroma qui y est accumulé.
Ces taches ont des formes extrêmement irrégulières et des dimensions très-variables; elles paraissent pour la plupart confuses, effacées, sans limites distinctes — quelques-unes seulement ont des contours plus arrêtés; elles sont d'un grisrouge-brun plus ou moins foncé. Leurs intervalles, dans lesquels on ne peut, en général, reconnaître qu'avec des contours très-diffus et à peine indiquer en partie la trame vasculaire du stroma choroïdien et par partie, le trajet de quelques-uns des plus gros vaisseaux choroïdiens, sont d'une couleur grise -rougeâtre tantôt claire, tantôt foncée. C'est au niveau de la macula, et à partir de là, c'est vers le nerf optique et en bas que ces taches foncées sont le plus accusées.
En partant de la macula, on voit en bas et en dehors une extravasation étendue. Elle est piriforme, d'une couleur foncée rouge-grisâtre, et est entourée d'un espace rnbané jaune-rougeâtre. L'extrémité tournée vers le nerf optique semble être en rapport avec le gros rameau veineux qui passe au-dessous et en dehors du nerf.
Mais à cause du trouble indiqué et de la confusion qui en résulte pour les différentes parties, il n'est pas possible de déterminer et d'exprimer avec certitude si le vaisseau pénètre dans l'extravasation, ou s'il passe au dessus d'elle, et il est encore moins possible de dire si la surface de l'extravasation est située en arrière ou dans le plan des vaisseaux rétiniens.
PI. XXV. - Fig. 109.
Petit cône dans un œil myope. (*)
F. W. , menusier, âgé de 31 ans, avait eu dans son enfance plusieurs éruptions cutanées, et à partir de cette époque il fut atteint de blépharite glandulaire. Sujet à de fréquents rhumes de cerveau et à des catarrhes bronchiques, il se sentait, à part cela, bien portant, jusqu'à ce qu'enfin, à 28 ans, il fut pris de tubercules pulmonaires, affection à laquelle il succomba à l'hôpital, à l'âge de 31 ans.
A part sa blépharite glandulaire, le malade n'avait jamais eu à se plaindre de ses yeux. Il avait bien remarqué dans sa jeunesse qu'il ne voyait pas au loin aussi bien que ses camarades, et qu'à l'école, il devait, pour bien voir au tableau, s'asseoir sur un des premiers bancs; mais comme il voyait bien et longtemps les objets rapprochés, et que plus tard, dans son métier, il ne fut jamais gêné par ses yeux; il ne fit guère attention à sa myopie. Il prétendait que depuis sa jeunesse, il n'avait remarqué aucun changement dans sa vue , et surtout aucune augmentation dans sa myopie. Jamais il n'a porté de lunettes.
An moment de l'examen (5 mois avant la mort), le malade lisait avec l'œil droit (V. — 20), le n» 1 de 4 à 12 pouces, et avec l'œil gauche (V. — 24) le n« 1 de 4'/a à 12ya pouces de distance.
■ A l'extérieur les yeux ne présentent rien d'anormal. A l'examen ophthalmoscopique on trouve les mileux transparents dans les deux yeux et l'intérieur de l'œil normalement éclairé.
Le fond de l'œil droit (fig. 109), à l'exception de la circonférence externe du nerf optique, était normalement jaune-rouge et granulé dans l'étendue de la choroïde.
Le système vasculaire central, ainsi que la rétine, se montrent à l'état normal sous tous les rapports. Le centre de la macula est à ls/4 de diamètre papillaire en dehors du nerf optique et '/4 de diamètre plus bas que le centre du nerf.
Le tronc nerveux avait une forme arrondie légèrement irrégulière et il était de grandeur normale; sa surface était située dans le plan de la rétine. Au milieu, il était plus clair, un peu plus rougeâtre à la périphérie, et entouré d'un anneau blanchâtre de tissu cellulaire, dont le contour interne se dessinait plus nettement que l'externe; ce dernier ne paraissait marqué qu'en bas, dans quelques points, par un bord pigmentaire extrêmement mince.
(*) Voyez: Ergebnisse der Untersuchung des mensclil. Auges mit dem Âugcnspiegel , k. k. Akad. der Wissenschaften; 27. Avril 18f>4. Uebcr Glaucome, etc.; ibidem, 10. Nov. 1854. Ueber Staphyloma post. ; Zeitschr. f. prakt. Heilk., n0 22, 185G. Ueber die Einstellung des dioplr. Apparûtes, etc.: pp. 25, 30, 42, 48, 54 et 202, pi, 11, fig. 18 et 19.
A la périphérie externe de la papille, on voyait dans le fond de l'œil une place claire ayant la forme d'un croissant (cône) qui, par son bord concave (la base du cône) s'adaptait à l'anneau du tissu cellulaire, mais par son bord convexe (la pointe du cône), se portait en dehors et un peu en bas dans la direction de la macula.
Cette place claire n'avait qu'une faible largeur (hauteur), un peu plus grande que le diamètre d'un tronc veineux central, et sa longueur (base) égalait '/4 de la circonférence du nerf optique. Elle était d'un blanc jaunâtre clair et munie à sa surface de stries et de petites taches pigmentaires légèrement rouges et brunâtres extrêmement fines. Son bord concave n'était pas très-bien marqué, cependant on le reconnaissait assez nettement parce que la couleur blanc-jaunâtre du cône tranchait d'une manière précise avec l'anneau sclérotical blanc, et qu'en outre, de faibles masses pigmentaires s'étendaient çà et là jusqu'à ce dernier.
Par contre, le bord convexe (externe) se dessinait d'une façon très-nette , bordé qu'il était d'un liséré pigmentaire étroit, foncé, rouge-brunâtre. Cette bordure, composée de grains de pigment extrêmement ténus et foncés n'avait pas partout la même largeur. Sur son côté interne, elle était d'une couleur plus foncée et avait des limites plus nettes qu'à son côté externe, car en dernier point, elle se perdait insensiblement dans le fond de l'œil normal. Quant au plan de cette portion claire, il paraissait correspondre à celui de la choroïde.
Sur l'œil gauche, on trouva une image ophthalmoscopique semblable.
Suivant les mensurations faites après la mort, la longueur de l'axe antéro-postérieur de l'œil droit donna 2G,0 millim., celle de l'axe horizontal 23,7 millim. et celle de l'axe vertical 23,3 millim.
PL XXV. Fig. 110.
Cône moyen dans un œil myope par staphylôme postérieurs*)
G. M., âgé de 25 ans, jouit depuis son enfance d'une santé parfaite , et ni lui ni son entourage ne se souviennent qu'il ait jamais eu mal aux yeux.
C'est à l'âge de 5 ans, au moment où il commençait à aller à l'école, que ses parents s'aperçurent que les deux yeux étaient myopes. Sa myopie ne l'empêchait pourtant en aucune manière, quand ses humanités furent terminées, de se consacrer à une carrière scientifique ; seulement, dès l'âge de 15 ans, il fut forcé de porter des lunettes, pour fréquenter les cours publics. Depuis le commencement de ses études, il n'a observé ni augmentation, ni diminution dans sa myopie, et il pouvait toujours, sous le rapport de la résistance, comparer ses yeux avec ceux qui avaient la meilleure vue. Il lit et écrit sans lunettes, et depuis 10 ans, il se sert toujours avec le même avantage pour voir, des mêmes verres négatifs de 10 pouces choisis au début.
Sans lunettes, le n» 1 est lu de 2"/2 à 9 pouces et le n° 20 jusqu'à 25 pouces de distance.
(*) Voy. : BcitrSge zur Pathologie des Anges; p. 47, pi. XVII. Vebev die EinsteUiing des dioptrisehen Apparûtes im metischt. Auge; Wien 1861, p. 25 et 203, pi. II, fig. 20 et. 21.
Les yeux ont un aspect normal, seulement la position du globe et le regard trahissent la myopie, de même que pendant une forte rotation des yeux en dedans, on peut reconnaître l'allongement de l'axe optique.
A l'examen oplithalmoscopique, les milieux se montrent parfaitement normaux, l'intérieur des yeux est normalement éclairé, et de chaque côté, au repos de l'accommodation, l'adaptation dioptrique est = V. — 10.
L'image droite du fond de l'œil, comparée à celle d'un œil emmétrope, se montre considérablement agrandie; elle paraît située à une distance beaucoup pins petite de l'œil de l'observateur, et dans son ensemble, comme dans ses différentes parties, elle est un peu plus claire que d'habitude.
La rétine et le système vasculaire central de l'œil gauche (fig. 110) ne montrent aucune différence d'avec l'état normal. La macula ne présente rien de particulier, son centre est éloigné de deux diamètres papillaires envirou du bord du nerf optique, et elle est placée à </t de diamètre plus bas que le centre du nerf.
Dans le fond, le nerf optique est uniformément plus clair au centre et d'une couleur rongeâtre plus foncée à la périphérie ; il est arrondi avec des diamètres normaux et une surface située normalement; dans toute sa circonférence, il est entouré d'un anneau clair de tissu cellulaire blanc-jaunâtre, qui, en haut en bas et en dedans, paraît assez nettement limité ; il est moins limité en dehors, où il est aussi moins large.
Le reste du fond de l'œil, dans la plus grande partie de son étendue, possède une couleur jaune-rouge claire et un état granulé normal; mais près du côté externe de la papille il existe une tache blanche jaunâtre remarquable, qui entoure presque la moitié du nerf optique sous la l'orme d'un croissant et qui a son plus grand diamètre dirigé obliquement en bas et en dehors, de telle sorte qu'en le prolongeant, il passerait sous la macula.
La largeur de cette place en forme de croissant (la hauteur du cône) mesure environ le i/4 du diamètre du nerf optique. Son bord interne concave (la base du cône) qui s'applique contre l'anneau du tissu cellulaire , n'est pas bien marqué ; mais ce dernier, par sa couleur blanchâtre plus claire, se laisse suffisament différencier d'avec la surface presque jaunâtre du croissant.
La surface du croissant ne présente que des amas pigmentaires diffus, d'un rougebrun extrêmement faible, et elle paraît concorder avec la surface de la choroïde. Au niveau du croissant, on peut apercevoir encore nettement et en grand nombre de petits vaisseaux rétiniens, qui, dans l'œil normal, se dérobent au regard sur le fond jaunerouge.
Le bord externe convexe du croissant, dans sa plus grande étendue, surtout dans ses parties moyennes, est indiqué d'une manière remarquable par le voisinage d'un pigment rouge-brun. Cet amas pigmentairc consiste en un liséré interne plus ou moins large, plusieurs fois interrompu, épais et foncé, parfois presque noirâtre, qui par son contour net contraste vivement avec la surface claire du cône; en outre, il est formé d'une strie plus large, moins épaisse, plus claire, qui se rattache plus ou moins au liséré, et ne présente en dehors aucune délimitation nette. Les amas pigmentaires sont manifestement formés d'agrégats de grains pigmentaires très-pelits et très-foncés.
Dans l'œil droit, l'ophthalmoseope montre un cône semblable, et, à part cela, le tond de l'œil est normal.
PL XXV. - Fig. 111.
Très-grand cône dans un œil myope par staphylôme postérieur. (*)
J. K., commerçant, âgé de 42 ans, n'est pas vacciné, et il a eu la variole dans son enfance. A part une brûlure occupant la main droite et la moitié de la face, et produite dans une fabrique par une fuite de vapeur, il fut toujours bien portant.
Dans son enfance, il doit avoir bien vu. Lorsque, à l'âge de G ans, il apprit à lire, l'instituteur remarqua le premier qu'il devait, pour voir nettement, tenir le livre trèsprès de sa figure. Cette distance diminua constamment par la suite des études, particulièrement dans ces derniers temps et jusqu'à un degré élevé.
J. K., dès sa quinzième année, se consacra au commerce; comme, dans cette occupation, il lisait et écrivait moins, la myopie ne fit pas de progrès; même à partir de 18 ans, époque à laquelle il passa plusieurs années en voyage, sans presque lire ni écrire et presque uniquement occupé avec de gros objets, il croit avoir remarqué une diminution de sa myopie; il est sûr que, depuis lors, il lit et écrit à une plus grande distance qu'auparavant. Depuis sa 22me année, le degré de sa myopie resta le même. Il a du reste, toujours bien vu et d'une façon continue, et n'a jamais eu à se plaindre de rougeur, de douleurs, ni d'autres phénomènes morbides du côté de ses yeux.
Il n'a jamais porté de lunettes; seulement dès l'âge de 16 ans, il se servait quelquefois d'un lorgnon pour voir de loin — et cela d'abord avec des verres concaves 4, qu'il remplaça de lui-même par des verres — 5, car les premiers provoquaient un sentiment de tension.
L'examen des yeux donne, au repos, une adaptation de V. — 4*/2 à droite, et de V. — 5 à gauche. Avec l'œil droit, le n« 1 était lu de 2 à 4 y., pouces, avec l'œil gauche 2i/a à 5 pouces de distance.
La position des yeux et le regard révèlent une forte myopie ; à part cela, on ne constate pas de phénomènes morbides. De chaque côté, la chambre antérieure est grande ; les pupilles, dans le regard au loin , sont de moyenne grandeur, elles deviennent très-petites dans le regard de près. Les yeux sont un peu proéminents, et leur forme ovoïde est facilement reconnaissable, surtout quand le globe est fortement tourné en dedans.
Avecl'ophthalmoscope, on trouve, de chaque côté, les milienx transparents, l'intérieur des yeux faiblement et irrégulièrement éclairé, le fond de l'œil, au contraire, dans toutes ses différentes parties, d'une couleur beaucoup plus pâle et avec des contours moins bien dessinés que d'habitude. L'image droite paraît considérablement agrandie et située plus près de l'œil examinateur; on ne peut donc embrasser d'un coup d'œil qu'une partie relativement petite du fond de l'œil ayant -/., du diamètre; d'un nerf optique.
Dans l'œil droit (fig. 111), le nerf optique est arrondi, il a des diamètres normaux, et, dans toute sa partie visible, il est d'une couleur faiblement rougeâtre uniforme (rouge hématique) et sa surface est normalement située dans la rétine. Il ne paraît
(*) Voy. : Ueùer du: Einstellung d. dioptr. Apparûtes im mensc/il. Aiif/e; Wien 1861, p. 263. pi. II, fig-, 22 et 23.
pas nettement limité, mais il est nettement entouré d'un anneau «le tissu cellulaire. Ce n'est qu'à la circonférence interne du nerf optique que cet anneau a la largeur ordinaire et l'aspect normal; en haut et en bas, mais surtout en dehors, il augmente si manifestement en largeur, qu'il prend la forme d'un croissant, et qu'à l'endroit de sa plus grande largeur, en bas et en dehors (vers la pointe du cône), il a en diamètre le */5 du nerf optique. Dans toute son étendue, il paraît uniformément blanchâtre et fortement éclairé, il présente même, dans certains points, un faible brillant de soie. Là où sa largeur est anormale, les contours ne sont pas nettement dessinés; son contour externe, au contraire, à la circonférence interne du nerf optique, est trèsnettement marqué par un puissant liséré pigmentaire.
Cette partie plus large, en forme de croissant, de l'anneau du tissu cellulaire, est, en outre, entourée par un large espace clair bordé par des agrégats pigmeutaires, et qui a la forme d'un cône irrégulier à base concave. Par cette base, il entoure le nerf optique et l'anneau de tissu cellulaire dans plus de la moitié de sa circonférence externe , et par sa pointe elle se porte en dehors et un peu en bas, de telle manière qu'en prolongeant son plus grand diamètre, il passerait au dessous de la macula.
La hauteur du cône, c'est-à-dire son étendue à partir du milieu de la base (là où l'anneau du tissu cellulaire est le plus large) à la pointe est de »/„ du diamètre du nerf optique. La pointe du cône s'éloigne donc du bord externe du nerf optique de plus de 1 diamètre du tronc nerveux.
La plus grande largeur du cône, c'est-à-dire l'étendue d'un côté à l'autre, mesurée par une ligne placée obliquement dans le fond de l'œil, de haut en bas et de dehors en dedans, et qui est tangente au point où l'anneau de tissu cellulaire possède sa plus grande largeur, — mesure près de 1 fois i/4 le diamètre du nerf optique.
La surface du cône paraît avoir en ce point une concavité qui correspond aux membranes extérieures de l'œil, et qui coïncide avec le plan de la choroïde.
Dans toute son étendue, le cône est vivement éclairé et d'une couleur blancjaunâtre, qui, dans certains points, est plutôt blanchâtre, dans d'autres, plutôt jaunâtre et légèrement jaune-rougeâtre à la pointe; il est couvert de taches pigmentaires et traversé de stries rubanées jaunes-rougeâtres.
Les taches pigmentaires sont extrêmement fines, d'une couleur brune-rougeâtre faible, de forme irrégulière et composées de points pigmentaires extrêmement petits. D'après leur arrangement et leur position respective, ils présentent beaucoup de ressemblance avec les accumulations physiologiques du stroma pigmentaire choroïden dans les mailles intervasculaires des plus gros troncs de la choroïde. Les stries rubanées jaune, rougeâtre, à la surface du cône, ne sont que faiblement colorées et visibles seulement dans certains points; elles n'ont pas de limites nettes, et se caractérisent par leur trajet et leur irrégularité comme des vaisseaux choroïdiens des couches externes, qui pourtant, présentant un trajet plus étendu et un diamètre moins considérable, s'écartent davantage les uns des autres et forment des mailles plus allongées qu'à l'état normal.
Le cône n'a pas, à sa base, de bord bien marqué; mais pourtant par sa couleur blancjaunâtre et sa pigmentation plus abondante comparée à la coloration plus brillante, uniformément blanchâtre de l'anneau du tissu cellulaire, la limite du cône se laisse suffisamment distinguer. Son bord périphérique est partout remarquablement indiqué par la présence de stries et de masses pigmentaires d'un rouge-brun foncé. Ces masses ne forment au total qu'ara ruban étroit, de largeur inégale qui se continue autour du bord inféro-interne du nerf optique, pendant qu'il s'applique sur le bord externe de l'anneau du tissu cellulaire, et qu'il entoure ainsi presque eirculairement le cône et la papille optique. Ces masses pigmentaires en (dedans vers le nerf optique et le
cône) sont, plus épaisses, plus approchées, plus foncées, parfois même presque noirâtres et délimitées par des lignes plus ou moins nettes ; en dehors (dans le reste du fond de l'œil) elles ne sont pas si épaisses ; au contraire, elles sont plus isolées, interrompues et plus claires. Les masses, dans leur ensemble, sont formées d'une couche plus ou moins dense de très-petits grains pimentaires foncés.
Le reste du fond de l'œil, dans l'étendue de la choroïde, est partout d'un jaunerouge pâle,- de même, il est plus nettement granulé, et les grains ne sont qu'un peu plus espacés que d'habitude.
La macula ne se dessine pas d'une manière très-nette ; son centre est à plus de deux diamètres papillaires du bord externe du nerf optique et, par conséquent, à plus d'un diamètre optique de la pointe du cône, dans la partie externe du fond de l'œil, et il est, en outre, situé à '/2 diamètre optique plus bas que le milieu du nerf.
La rétine a partout sa transparence normale.
Les vaisseaux centraux paraissent un peu plus pâles, d'un diamètre un peu plus fort, et moins nettement limités, ce qu'il faut simplement mettre sur le compte de l'agrandissement de l'image. Ils sont normalement répandus dans le plan de la rétine, mais ils montrent, en général, un trajet plus tendu, et, dans leurs ramifications, ils s'écartent les uns des autres plus que cela n'a lieu dans un œil normalement construit. Mais ce qu'il faut surtout noter, c'est que les vaisseaux artériels et veineux, qui circonscrivent la macula à une grande distance, ne décrivent pas ensemble, à leur sortie du nerf optique, une aussi grande courbure, mais, à peine sortis du nerf optique, ils se recourbent rapidement en dehors, et décrivant une faible courbure, passent au-dessus et au-dessous de la macula.
De là résulte une figure vasculaire extrêmement caractéristique, qui diffère trèsnotablement de celle du système vasculaire central dans un œil de structure normale. Ainsi, par exemple, les deux vaisseaux en question, entourant la macula, décrivent ordinairement dans l'œil normal, par la direction de leur trajet dans l'épaisseur du nerf optique et immédiatement après qu'ils en sont sortis, une ligne droite ou une courbe peu accusée; mais ici ils sont presque placés à angle droit l'un sur l'autre.
L'œil gauche présente une image ophthalmoscopique et des dispositions semblables.
Deux ans après l'examen, l'individu mourut d'une pneumonie. Jusqu'à ce moment, son pouvoir visuel n'avait éprouvé aucun changement.
En ouvrant les yeux, on trouva que l'axe optique de l'œil droit mesurait 32,6 millim., le diamètre horizontal 25,8 millim., le diamètre vertical 25,0 millim.
PL XXV. Fig. 112.
Double cône dans un œil myope par staphylôme postérieur. ^
J. S. maçon, âgé de 40 ans, doit avoir eu dans son enfance plusieurs éruptions cutanées. Il ne peut lui-même se souvenir d'aucune maladie sérieuse ; cependant il
(*) Voy.: Ueber die Einstellung des diuplr. Apparûtes; p. 264, pi. 26 et 27.
fut souvent affecté d'affections catarrhales des voies aériennes et intestinales. En tombant d'un échafaudage, il y a 12 ans, il s'était fait une fracture des os de la jambe gauche.
Sa vue fut toujours bonne de près. Déjà, au moment où il allait à l'école, il avait acquis la certitude qu'il ne voyait pas nettement à de grandes distances; mais il ne peut donner sur ce point des renseignements plus précis, car il n'a fréquenté l'école que fort peu de temps. Jamais il n'a remarqué de changement dans sa vue, ni dans le degré do sa myopie.
Au moment de l'examen (clans sa 40me année), il lisait avec l'œil droit le n» 1, de 2'/, à 6 pouces; avec l'œil gauche, le n» 1 de 2=/4 à 6'/a pouces de distance.
Au repos, l'adaptation de l'œil droit était = V. — 6, celle de l'œil gauche était = V. — 6i/„.
Les deux yeux ne montraient dans leurs parties extérieures aucune altération morbide et n'étaient pas non plus très-proéminents; cependant lorsqu'ils regardaient un objet éloigné, leur expression révélait le haut degré de sa myopie, et, pendant la lecture, l'œil se déviait un peu en dehors et en bas.
A l'examen ophtlialmoscopique, les milieux se montrent clairs, et l'intérieur des yeux, en général, éclairé d'une façon moins intense et plus irrégulière que de coutume. Le fond de l'œil paraît très-pâle et d'une couleur matte , moins nettement dessiné; son image est beaucoup plus près de l'œil observateur, et plus grande que dans un œil normal, de sorte qu'avec une pupille de même largeur, on ne peut apercevoir du fond de l'œil qu'une partie beaucoup plus petite que d'habitude.
Dans l'œil droit (fig. 112), le fond de l'œil, à l'exception du voisinage du nerf optique, le fond était partout d'un jaune rouge clair uniforme, grossièrement granulé, et les grains étaient plus espacés.
Le tronc du nerf optique avait une forme arrondie, des diamètres normaux et une surface normalement située ; il n'était pas nettement délimité, et dans toutes ses couches, il était d'une faible couleur rougeâtre uniforme (rouge d'hématine). Dans toute sa circonférence, il était entouré d'une grande surface claire, vivement éclairée, qui, dans toute son étendue, mais principalement sur le bord externe, était munie de taches et de stries pigmentaires foncées.
Cette place claire avait une forme allongée, irrégulière, avec son grand axe presque horizontal, et par conséquent, c'est en dehors et en dedans du nerf optique qu'elle était le plus large, et au dessus et au dessous qu'elle était le plus étroite. Dans sa plus grande largeur, elle mesurait horizontalement, à partir du bord externe du nerf optique, en dehors, environ s/5 du diamètre optique; à partir du bord interne, en dedans, environ z/5 ; verticalement en haut et en bas, en partant du bord correspondant du nerf optique, ]/5 de diamètre.
La surface de cette tache claire, conformément à la position des membranes extérieures de l'œil, coïncide avec la surface de la choroïde.
Dans le plus proche voisinage du nerf optique, cette place claire parait uniformément blanchâtre, presque brillante; dans sa partie périphérique, au contraire, elle parait d'un blanc-jaune mat et traversée de taches pigmentaires. La limite entre la partie blanchâtre et la partie blanche-jaunâtre de la place claire n'était pas bien marquée, mais on la reconnaissait néanmoins.
Dans la partie interne, uniformément blanchâtre, qui entourait immédiatement le nerf optique, l'anneau du tissu cellulaire paraissait indiqué ; en haut et en bas il avait presque la largeur normale, mais en dedans et surtout en dehors il s'élargissait très-notablement, puisque sa partie interne avait, en largeur, i/8 du diamètre optique. et sa partie externe </4 de ce diamètre.
Les taches pigmentaires qui se trouvaient dans la partie externe blanche-jaunâtre de la place claire étaient très-ténues, mal délimitées, d'un rouge brun clair et foncé, et, par leur forme allongée et leurs dispositions respectives, elles avaient beaucoup de ressemblance avec les agrégats pigmentaires qui occupent les intervalles vasculaires du stroma choroïdien; les vaisseaux de la membrane vasculaire même n'étaient pas visibles.
Ces agrégats et ces stries pigmentaires, qui apparaissaient comme des lisérés plus ou moins accusés à la périphérie de la tache claire, avaient une couleur rouge brune foncé, parfois presque noire, et immédiatement sur le bord de la place claire, ils paraissaient plus épais, plus volumineux et limites par des contours précis; à la périphérie, au contraire, plus ténus, moins serrés et plus faiblement colorés. Us présentaient tous un état granulé fin, mais nettement dessiné.
La rétine se montrait partout normalement transparente. La macula ne présentait rien de particulier ; son centre était, en dehors, à 2 diamètres optiques du bord de la papille, à 1 '/4 de diamètre du sommet du cône et à </5 de diamètre plus bas que le centre du nerf.
Les vaisseaux centraux, par suite de l'augmentation de la grandeur de l'image, paraissaient avoir un diamètre plus grand, une couleur plus faible, et une limite moins nette; ils étaient normalement répandus dans le plan de la rétine ; pourtant ils avaient un trajet plus direct, et dans leurs ramifications ils s'écartaient plus que dans l'œil normal, c'est-à-dire que leur division se faisait sous des angles plus grands et que les différents vaisseaux se tenaient plus loin l'un de l'autre dans leur trajet ultérieur. Leur trajet particulier apparaissent surtout dans les artères et veines qui comprenaient dans une grande courbe la région de la macula. Dans un œil normal ou hypermétrope, ces ramifications fournissent, en général, à partir du nerf optique, un parcours plus ou moins long presque vertical; ils sont peu inclinés en dehors, en haut et en bas, et ce n'est qu'à quelque distance du nerf optique qu'ils se portent en dehors, en décrivant une rapide courbure. Ici, au contraire, les vaisseaux se portaient aussitôt en dehors à la périphérie du nerf optique en faisant une faible courbe, et les vaisseaux d'en bas faisaient, par conséquent, avec ceux d'en haut un angle presque droit.
L'examen de l'œil gauche montre les mêmes particularités que l'examen de l'œil droit. Le cône était à la même place; mais un peu plus petit, moins pointu aux deux extrémités, et plus rond dans son ensemble , presque discoïde et placé autour du nerf optique.
Un an après cet examen, J. S. mourut du choléra.
Les mesures prises sur les yeux donnèrent le résultat suivant :
Axe de l'œil droit 30,3 millim.
„ „ „ gauche 29,5 „
Diamètre horizontal de l'œil droit 25,8 „
n r gauche 25,9 „
„ vertical „ „ droit 24,5 „
„ „ „ gauche 24,8 „
Le plus grand diamètre horizontal, du sommet de la cornée à l'entrée du nerf optique, est, à droite de 30,6 millim., à gauche de 30,0 millim.
Les globes oculaires étaient piriformes; la plus forte distension staphylomateuse était à l'entrée du nerf optique, de sorte que la papille était au sommet du staphylome.
PI. XXVI. - Fig. 113.
Cône en forme de croissant en haut et en dedans, dans un œil myope par staphylâme postérieur. (*)
J. E., ouvrière, âgée de 29 ans, réglée depuis l'âge de 15 ans, n'avait jamais été sérieusement malade. Myope depuis son enfance, elle avait toujours bien vu de près et d'une façon continue. A son avis, le degré de sa myopie était resté le même depuis son enfance, elle tire cette conclusion du fait que toujours elle a teDU et tient encore actuellement à la même distance son travail de couture. Elle n'a jamais porté de lunettes. Elle s'entretient en cousant dans le blanc, et travaille souvent 10 ou 12 heures par jour, sans fatigue notable des yeux.
L'adaptation de l'œil droit au repos est = V 10, et avec cet œil, le no 1 était
lu de 3 à 10 pouces de distance; l'adaptation de l'œil gauche est = V. — 11, et cet œil lisait sans lunettes le no l de 3</3 à 11 pouces.
A l'examen extérieur, les deux yeux, à part leur structure conique, et l'expression de leur haut degré de myopie, dans la vue au loin, ne présentent rien d'anormal.
L'examen de l'œil droit (fig. 113), au moyen de l'ophthalmoscope, montre les milieux transparents, et un éclairage presque normal de l'intérieur de l'œil; au contraire, l'image du fond paraît plus rapprochée pour l'œil examinateur; elle est notablement agrandie , plus pâle et moins bien dessinée.
Le tronc du nerf optique, de forme arrondie, de surface et de grandeur normales, paraissait, dans toute sa profondeur, d'une faible couleur rougeâtre uniforme, nettement délimitée. 11 était entouré d'un anneau de tissu cellulaire blanchâtre qui était plus nettement dessiné au bord externe du nerf optique, où il avait la largeur normale, et qui, du côté de la macula, était limité par deux légers lisérés pigmentaires rouges-bruns; au bord interne du nerf optique, au contraire, cet anneau était moins nettement dessiné, surtout dans son contour extérieur périphérique; il était également beaucoup plus large.
En dehors de l'anneau du tissu cellulaire, le nerf optique se montrait entouré, dans la plus grande partie de sa circonférence (en haut, en dedans, en bas), d'un croissant clair, qui, à sa périphérie, était de nouveau bordé de bandes pigmentaires.
Cette place claire s'étendait, dans sa plus grande largeur, à partir du nerf optique, en haut et en dedans, et possédait dans cette direction un diamètre égal à la moitié du diamètre optique. D'après sa position et sa courbure, sa surface paraissait coïncider en cet endroit avec le plan de la choroïde. Elle était assez uniformément blan châtre, fortement éclairée, et couverte, de toutes parts, de taches pigmentaires extrêmement minces, allongées, faiblement brunes-rougeâtres, qui, d'après leur disposition, paraissaient correspondre aux mailles du réseau vasculaire externe de la choroïde. A la périphérie externe de la tache claire, les agrégats pigmentaires étaient beaucoup plus épais, plus volumineux que ceux qui recouvraient la surface; ils avaient une coloration rouge brune-foncée, et ils étaientplus ramassés immédiatement sur le bord, ainsi que limités par une ligne nette du côté de la place claire; dans la direction
(*) Ueber die EinslMuny des dioplrischen Apparûtes, etc.; p. 261, pi. II, fig. 21 et 25.
opposée, au contraire, ils étaient plus minces, plus isolés, plus petits et d'un rougebrun plus clair. En somme, les agrégats pigmentaires paraissaient plus torts et plus étendus en haut et en dedans, à la périphérie de la portion la plus large du cône (à son sommet). Tous les agrégats étaient formés de grains pigmentaires foncés.
Le reste du fond de l'oeil est presque normalement coloré en jaune-rouge pâle et presque normalement granulé.
La rétine avait partout sa transparence normale.
Le centre de la macula se trouvait à 1 '/'., diamètre optique du bord du nerf, et à plus de i/4 de diamètre plus bas que le centre du nerf.
En ayant égard au grossissement de l'image, les vaisseaux centraux se montraient normaux en ce qui concernait leur courbure, leurs ramifications et leur diamètre; et ce n'est que relativement à leur trajet qu'ils présentaient le caractère de l'œil myope, comme cela est indiqué dans les descriptions des fig. 111 et 112, pi. XXV.
Dans l'œil gauche, on trouve, avec des milieux transparents, un cône semblable à celui de l'œil droit; seulement ce cône ne se portait pas en haut et en dedans, mais bien en bas et en dedans.
E. mourut du typhus quelques semaines après qu'on eut examiné et dessiné l'œil.
L'examen et la mensuration des globes oculaires après la mort montra que les yeux étaient irrégulièrement piriformes , puisque la dilatation du segment postérieur du globe n'était pas dans la direction de l'axe, mais que, comprenant entièrement la papille, elle était plutôt située en dedans, du côté du nez, si bien que la plus forte proéminence tombait à 5 millim. en dedans du nerf optique.
L'axe de l'œil droit mesurait 28 millim.
„ „ „ gauche „ 27,8 „
Le diamètre horizontal de l'œil droit mesurait 28,2 „
„ n * n gauche 27,9
„ „ vertical „ „ droit 24,3 „
,, „ „ gauche 24,2
Le plus grand diamètre horizontal (de la partie externe de la cornée en arrière et en dedans, vers un point, qui est placé à 5 millim. de la circonférence du nerf optique, en dedans, vers le côté nasal) mesure dans l'œil droit 28,7 millim., dans l'oeil gauche 28,5 millim.
PL XXVI. Fig. 114.
Cône avec déplacement de la rétine sur le nerf optique dans un œil myope par staphylôme postérieur.^*)
J. K., journalier, âgé de 20 ans, avait été malade depuis son enfance, et atteint surtout d'affections scrofuleuses, qui ne s'étaient cependant montrées qu'après la variole. A l'époque de la puberté, ces phénomènes morbides diminuèrent; par contre, il fut souvent affecté de catarrhes qui augmentèrent toujours en durée et en inten-
*) Vovez: Ueber die Einstellunqen des diopl. Apparates im menschl. Auge ; Wien. 18G1, p. 265, pi. II, fif. 28 et 29. et pi. III, fig. 37.
site, jusqu'à ce qu'enfin à l'âge de 18 ans, des tubercules pulmonaires se déclarèrent nettement et le malade mourut ainsi à l'âge de 20 ans.
C'est en allant à l'école qu'il remarqua sa myopie pour la première fois, mais, du reste, elle ne le gênait nullement, puisqu'il a toujours bien vu de près avec les deux yeux. De 7 à 10 ans, pendant qu'il allait à l'école, il remarqua une augmentation progressive de la myopie. Après cette période, pendant laquelle il ne s'adonna que rarement à la lecture ou à l'écriture , il croit avoir mieux vu qu'auparavant et à de plus grandes distances. II n'a jamais porté de lunettes.
Six mois avant de mourir, il fut soumis à l'examen ophtbalmoscopique, et dans l'œil droit, au repos de l'accommodation, on trouva l'adaptation = V. — 10«/a et dans l'œil gaucbe = V. — 8. Avec l'œil droit le malade lisait sans verres le no 1 de 3 à 10 '/2 pouces; avec l'œil gaucbe le n» 1 de 2'/a à 8 pouces.
Les yeux, légèrement proéminents, indiquent par leur forme et leur expression une myopie considérable ; d'ailleurs extérieurement on ne pouvait apercevoir aucun phénomène morbide.
L'examen avec l'ophthalmoscope montre dans les deux yeux les milieux transparents, le fond de l'œil notablement agrandi , un peu plus pâle et plus faiblement éclairé, et son image se faisant aune distance focale beaucoup moindre que dans l'œil normal.
Dans l'œil gauche (h'g. 114), le fond de l'œil, à l'exception du voisinage du nerf optique en dehors, paraissait partout d'un jaune-rouge uniforme, mais très-pâle ; de même, ilparaissait grossièrement granulé et les grains étaient éloignés l'un de l'autre.
Le nerf optique était ovale verticalement; il avait des diamètres normaux et une surface normale; on n'apercevait cependant pas d'anneau de tissu cellulaire. Le nerf optique dans son segment interne (du côté du nez) paraissait confusément rougeâtre, parsemé de taches pigmentaires, et comme voilé parune mince membrane transparente qui le recouvrait. Cette partie du nerf optique avait la forme d'un croissant , sa plus grande largeur était de '/i de diamètre du nerf optique , et par ses extrémités elle arrivait presque au contour supérieur et au contour inférieur du nerf optique. Son bord externe (du côté du nez) convexe, paraissait nettement marqué par un liséré de pigment qui indiquait la limite interne du nerf; son bord externe concave (du côté du nerf) était tracé par une ligne nette, mais très-mince (pour ainsi dire par un filament vitreux), ligne qui, en haut et en bas, sur le bord du nerf optique ' se confondait avec le contour convexe pigmenté du cône. Dans cette partie du nerf optique, les taches pigmentaires étaient minces, d'un rouge-brun faible, de petite dimension, de forme et de situation irrégulières.
La plus grande partie externe du nerf optique montrait une coloration rougeâtre uniforme et elle paraissait clairement et distinctement dessinée, comme les autres parties du fond de l'œil. Elle avait une forme ovale allongée, avec la direction longitudinale de laquelle coïncidait le diamètre vertical de la papille; en largeur, elle avait les s/4 du diamètre optique.
A un examen superficiel, on pouvait facilement être conduit à prendre cette partie plus grande, uniformément rougeâtre et partout nettement délimitée, pour la section du nerf optique tout entier, et, par conséquent, on pouvait être tenté d'admettre l'existence d'un nerf optique irrégulièrement ovale, avec diamètre vertical normal et avec diamètre horizontal anormal, et de prendre le plus petit segment pigmenté pour un cône de couleur foncée, entourant le nerf optique à sa circonférence interne; tandis qu'en réalité la partie pigmentée, comme la partie uniformément colorée formaient ensemble la section du nerf optique qui, du côté interne était limité par un liséré pigmenté, mais qui, à sa périphérie supéro-externe et à l'inférieure, n'était délimité que par sa couleur rougeâtre d'avec la partie claire adjacente du fond de l'œil.
Cette partie claire du fond de l'œil — le véritable cône — avait la forme d'un croissant, et sa hauteur, qui avait plus de la moitié du diamètre optique, se dirigeait presque horizontalement en dehors du nerf optique vers la macula. Dans toute étendue, il était d'une couleur jaunâtre claire et fortement éclairé, couvert partout de taches pigmentaires, et limité à sa circonférence externe par un liséré pigmentaire. La surface de ce cône paraissait concorder avec le plan de la choroïde, dans le segment postérieur du globe de l'œil. Les taches pigmentaires qui se trouvaient à son niveau, étaient d'une couleur rouge-brune tantôt claire , tantôt foncée, elles avaient des formes irrégulières et des dimensions variables, elles paraissaient même parfois réduites à de simples points, elles consistaient en grains pigmentaires lâchement unis, et d'après leur position respective , elles paraissaient indiquer les intervalles intervasculaires du réseau externe de la choroïde.
Les lisérés pigmentaires de la partie convexe périphérique du cône étaient surtout développés sur les parties latérales supérieures et inférieures, qui allaient en se rétrécissant; c'est dans la partie moyenne la plus large qu'ils étaient le moins développés; ils avaient pour la plupart une couleur rouge-brune foncée ils étaient trèsbien délimités, plus épais du côté du cône, plus minces et plus interrompus vers la périphérie, vers le reste du fond de l'œil, et se montraient composés de petits grains pigmentaires très-foncés.
La rétine, dans l'étendue de l'expansion choroïdienne, se montrait normalement transparente. Le centre de la macula était éloigné du bord du nerf optique de deux diamètres optiques et de la pointe du cône de 1 diamètre </« ; il était à i/4 de diamètre optique plus bas que le centre du nerf.
Les vaisseaux centraux, par suite du grossissement de l'image, paraissent plus clairs; leur étendue et leurs ramifications sont normales. Eu égard à leur trajet, ils montrent, en général, le caractère du système vasculaire d'un œil myope par staphylôme postérieur, comme celui qui est rendu dans la description des fig. 111 et 112, pi. XXV; à leur origine et dans leur trajet ultérieur, ils présentent cependant, dans l'intérieur du nerf optique, une modification particulière; ils n'émergent pas, à travers la lame criblée, dans la direction de l'axe optique, comme dans un œil normal, pour se recourber ensuite uniformément dans le plan de la rétine; mais ils arrivent à la surface du nerf optique dans une direction manifestement oblique par rapport à l'axe, et cela d'arrière en avant et de dedans en dehors pour parvenir à la surface du nerf. Pour ce motif les vaisseaux qui se portent en dehors ne font qu'un coude peu sensible pour arriver dans le plan de la rétine, tandis que ceux qui se dirigent en dedans (du côté du nez) doivent décrire une forte courbure (environ les 2/3 d'un arc de cercle) pour pouvoir marcher parallèlement au plan de la rétine.
L'œil droit présentait un cône semblable, pour la forme et la grandeur, à celui de la fig. 110, pi. XXV.
L'examen et la mensuration, après la mort, montrent que les deux sont piriformes et que la plus forte proéminence est au pôle postérieur.
Dans l'œil droit, le diamètre horizontal longitudinal mesurait: 28,5 millim. gauche „ „ „ „ 29,7
„ droit ., „ transversal „ 25,0 „
gauche „ „ „ 25,2 „
droit „ vertical „ „ 24,3
gauche „ „ „ „ 24,4
Mais pour l'examen, il était encore plus amplement démontré (v. pp. 65, 66, 67 et 265, pi. IT, fig. 28 et 29, pi. III, fig. 37, dans mon ouvrage : „Sur les dispositions de l'appareil dioptrique dans l'œil humain; Vienne 1861") que les phénomènes particuliers du segment interne (pigmenté) du nerf optique étaient surtout produits
par ce fait que la rétine, du côté du nez, était entraînée en faisant des plis sur le bord interne du nerf optique, sur sa surface et immédiatement au devant de lui, et que, par conséquent, elle recouvrait, comme pliée sur elle-même, le segment interne du nerf optique (c'est-à-dire qu'elle était, dans ce point, située sur la surface interne du nerf).
PL XXVI. Fig. 115.
Cône foncé dans un œil myope par slaphyiôme postérieur.
F. S., journalier, âgé de 21 ans, à part une fracture de l'avant-bras à l'âge de 4 ans, et la fracture de deux côtes à 19 ans, n'avait jamais eu d'indisposition sérieuse.
Dès son enfance, il était myope, ce qui lui était surtout pénible à l'école et lui attira bien des désagréments. A son avis, la myopie avait, peu à peu, augmenté du premier moment où il allait à l'école, à 6 ans jusqu'à 12 ans, mais, depuis lors jusqu'à présent, elle n'avait plus progressé. Jamais il ne s'était servi de lunettes.
La structure des yeux, comme le regard, révèlent la myopie. On n'aperçoit dans les yeux rien de morbide. La couleur des iris est gris-brun, celle des cheveux est brun-foncé.
Avec l'œil droit (V. — 8 >/a), le n» 1 était lu de 3 à 8 pouces et </„, avec le gauche (V. — 7), le n« 1 était lu de 3 à 7 pouces de distance.
A l'examen ophthalmoscopique, les milieux se montrent transparents dans les deux yeux, mais le fond de l'œil, en général, est un peu moins éclairé et plus foncé, considérablement agrandi et rapproché de l'œil examinateur.
Dans l'œil y anche (fig. 115), le nerf optique est arrondi, de surface et de grandeur normales ; au milieu il est plus clair, plus foncé dans les parties périphériques, et surtout uniformément coloré en rouge pâle dans toute sa masse.
L'anneau du tissu cellulaire se trouve bien marqué dans toute sa circonférence, il est d'un blanc-jaunâtre clair, d'une largeur normale en dedans, en haut et en bas; en dehors, au contraire — surtout dans une direction horizontale à partir du milieu du nerf optique vers la macula — il est beaucoup plus large, et, dans ce point même, limité par un liséré pigmentaire foncé d'une largeur variable, si bien que ce liséré d'après sa forme et son aspect, ressemble complètement à un petit cône à pointe mousse.
Le nerf optique, avec l'anneau de tissu cellulaire, est entouré, en haut, en dehors et en bas, d'une partie du fond de l'œil chargée d'un pigment foncé, laquelle possède tout à fait la forme d'un cône mousse, s'élève horizontalement dans sa plus grande étendue du nerf optique vers la macula, a, en cet endroit, une largeur de plus de la moitié du diamètre optique, et coïncide par sa surface avec le plan interne de la choroïde.
Cette partie reçoit sa couleur foncée d'une grande quantité de taches et de stries pigmentaires allongées, rouge brun, qui, sur le bord, deviennent plus épaisses, plus foncées, plus condensées, et, par conséquent, délimitent cette région du reste du fond de l'œil par un liséré foncé parfois même noirâtre. Mais ce liséré se con-
tinue aussi, en devenant plus étroit, autour de la périphérie interne du nerf optique et marque par là, d'une manière nette, le contour externe de l'anneau du tissu cellulaire. Entre les masses pigmentaires, le fond de l'œil apparaît avec une netteté parfaite, sous la même couleur jaune-rouge uniforme et le même état granulé que dans les endroits non pigmentés. Les différentes taches et stries pigmentaires sont composées de noyaux pigmentaires foncés, elles ont une forme; une grandeur et une épaisseur variables et n'ont pas de limites nettes; par leur direction longitudinale, elles sont, pour la plupart, parallèles au bord externe de la place foncée et elles paraissent siéger dans la couche épithéliale de la choroïde.
Le reste du fond de l'œil est d'un jaune-rouge un peu plus foncé que d'habitude, de même il est grossièrement granulé et à grains serrés.
La rétine a sa transparence normale. La macula ne présente rien de particulier; son centre est environ à deux diamètres optiques en dehors du bord du nerf; à 1 !/4 de diamètre au dessus du sommet du cône, et en même temps, à la même hauteur que le centre du nerf.
Le système central présente nettement le caractère d'un œil myope par le staphylôme postérieur (voy. description des fig. 111 et 112 , pi. XXV.); mais, pour le reste, il est normal.
L'œil droit possède un semblable cône foncé qui diffère un peu de celui de l'œil gauche par sa conformation extérieure et la disposition du pigment.
PL XXVI. Fig. 116.
Cône noir dans vn œil myope par un staphylome postérieur.
D. T., homme d'affaires, 33 ans, à part un ulcère syphilitique, qui guérit promptement et sans provoquer de phénomènes secondaires, n'avait, jusqu'à présent, jamais été sérieusement malade.
Use souvient que déjà à l'école, à l'âge de 8 ans, il ne pouvait distinguer ce que l'instituteur écrivait au tableau, si ce n'est quand il était assis sur le premier banc. La myopie augmenta dans sa jeunesse insensiblement, mais constamment, si bien que déjà, à l'âge de 12 ans, il devait porter des lunettes, et, avec le temps, en prendre toujours de plus fortes. Depuis l'âge de 18 ans, il porte toujours les mêmes lunettes (concaves 6) et il croit que, depuis ce temps, la myopie n'a pas beaucoup augmenté, que même, au contraire, dans ces dernières années, elle aurait un peu diminué, puisqu'il n'est plus obligé de tenir les objets tout-à-fait aussi près de l'œil qu'auparavant.
Il avait toujours bien vu de près, et pu lire les plus fins caractères, ainsi qu'exécuter, le jour et la nuit, les travaux les plus pénibles. Actuellement, il lit avec l'œil droit (V. — 6) le n« 1 de 2</2 à 6 pouces, avec l'œil gauche (V. — 5'/,), le n» 1 de 2"/„ à 5'/2 pouces de distance.
Le regard et la structure des yeux révèlent la myopie. Les cheveux sont noirs, les iris brun -noirâtre. Les pupilles ont une largeur modérée et une grande mobilité.
A l'examen ophthalmoscopique, les milieux se montrent, de chaque côté, parfaite-
ment transparents, et la manière dont l'œil est éclairé et l'image du fond de l'œil (voy. description des fig. 111, 112, etc.), témoignent de la structure fortement myopique des deux yeux.
Dans l'œil droit (voy. fig. 116), la papille arrondie et de grandeur normale est blanc-jaunâtre au milieu, dans ses parties périphériques et surtout dans toute sa profondeur elle est d'une faible couleur rougeâtre uniforme. Sa surface se confond avec celle de la rétine. Elle est entourée complètement d'un anneau de tissu cellulaire nettement dessiné, lequel possède la largeur normale à la périphérie interne du nerf optique; mais, à la périphérie externe, il est plus de moitié plus large, et son contour externe paraît, en grande partie, nettement marqué par une pigmentation foncée.
Dans la plus grande partie de sa circonférence externe, le nerf optique, ainsi que son anneau de tissu cellulaire sont entourés par une place foncée qui présente, d'une manière tout à fait caractéristique, la forme d'un cône pointu dirigé en dehors et un peu en bas vers la macula. La plus grande largeur (la hauteur) de ce cône mesure plus de s/4 du diamètre optique, sa surface se confond avec le reste de la surface choroïdienne dans le segment postérieur du globe de l'œil. Dans toute son étendue, le cône a un fond de couleur manifestement plus foncée que le reste du fond de l'œil, et surtout une couleur rouge -brun presque uniforme: en outre, il est granulé comme le reste du fond de l'œil, seulement, l'état granulé est plus grossier et plus foncé ; de toutes parts , il est couvert de taches pigmentaires rouge-brun, parfois presque noirâtres. Ces taches pigmentaires ont partout une forme irrégulière, elles sont composées de grains pigmentaires isolés, très-foncés et volumineux. A la surface du cône, les taches pigmentaires se montrent plus isolées, et ont une position presque horizontale et parallèle; à la périphérie, elles sont plus réunies, plus épaisses, plus foncées, présentent une disposition conforme à la courbe du cône, et forment une large bande qui, noirâtre en partie, et presque partout linéaire, est parfaitement délimitée en dedans, tandis qu'en dehors elle paraît moins épaisse et moins foncée, comme interrompue , mais séparant parfaitement les parois du cône du reste du fond de l'œil. Cette bande foncée se continue aussi plus loin autour de la périphérie du nerf optique en général, elle y est manifestement plus étroite, d'une couleur plus claire et, par places seulement, plus large et plus foncée; elle marque nettement le contour externe de l'anneau du tissu cellulaire.
Le reste du fond de l'œil est d'un jaune-rouge uniforme , mais plus foncée, que d'habitude, ainsi que très-nettement et grossièrement granulé. La rétine paraît d'une transparence normale.
La macula se dessine, d'une façon remarquable , par un point extrêmement clair, blanc jaunâtre, rayonnant, lequel est entouré d'un cercle rouge-brun faible, qui, sur ses bords, passe peu à peu à la couleur du reste du fond de l'œil. Son centre est à 21/3 diamètres papillaires du bord externe du nerf optique, àl '/„ diamètre du sommet du cône et à i/3 de diamètre plus bas que ce même centre.
Les vaisseaux centraux montrent, en général, dans leur trajet (voy. description des fig. 111, 112, etc.) le caractère d'un œil myope par suite d'un staphylôme postérieur; dans le reste du trajet, ils sont normaux.
Dans l'œil gauche, on observe un même état ophthalmoscopique; seulement les différentes manifestations ne sont ni aussi remarquables ni rendues d'une manière aussi caractéristique.
PL XXVII. Kg. 117.
Cône dans un oeil hyper met ope.
S. V. soldat, âgé de 26 ans, à part plusieurs blessures, n'avait jamais été sérieusement malade.
Sa vue de loin fut toujours bonne; cependant, dès sa jeunese, il n'avait jamais bien vu de près, et, en outre, il se fatigait facilement.
Avec l'oeil droit, il lit le n" 1 de 7 à 16 pouces, avec l'oeil gauche le n° 1 de 8 à 15 pouces de distance.
Les parties extérieures des yeux ne présentent aucune manifestation morbide ; les pupilles sont modérément dilatées, mais elles se meuvent rapidement et largement. A l'examen ophthalmoscopique, on trouve que les deux yeux ont une structure hypermétropique (œil droit V. + 23, œil gauche V. -)- 19), les milieux transparents de chaque côté, et l'intérieur des yeux normalement éclairé. L'image du fond de l'œil, au contraire, paraît à une plus grande distance de l'œil examinateur, elle se montre notablement agrandie, plus foncée en général, plus nettement dessinée dans tous ses détails et ressortant avec plus d'évidence, de clarté, elle est plus saisissante et plus vivace enfin que dans 'l'œil normalement construit.
Dans l'œil gauche (fig. 117), le tronc du nerf optique est arrondi, de grandeur normale plus clair au milieu, plus foncé vers la périphérie et surtout de couleur rouée uniforme dans toute sa masse; il a une délimitation nette et une surface normale. Son anneau de tissu cellulaire ne se dessine pourtant pas nettement, car la couleur blanchâtre de cet anneau tranche bien avec la couleur rougeâtre du nerf, mais que vers la périphérie, elle se perd dans une partie claire située à l'entour de la papille.
La partie claire (le cône) qui concorde parfaitement avec le plan choroïdien, embrasse le nerf dans toute sa circonférence.
C'est en haut et en dedans qu'elle est le plus étroite; en bas, elle est plus large; c'est en dehors qu'elle montre le plus d'étendue, et c'est de ce côté que, s'effilant en cône elle s'étend horizontalement un peu au-delà de la macula. Cette partie, dans la plus grande étendue de sa périphérie, est très-nettement délimitée par un liséré pigmentaire de largeur variable et rouge-brun foncé qui, en dedans, est bordé d'une façon tranchée et d'épaisseur variable; en dehors, cette délimitation parait moins compacte et plus claire. En dedans et en haut, dans une plus grande étendue, ainsi que directement en dehors (vers la pointe du cône) dans une plus petite étendue cette bande pigmentaire se trouve interrompue, mais malgré cela, dans le point où en haut et en dedans, la bande pigmentaire fait le défaut, le cône se distingue d'une manière nette et tranchée par la différence de couleur du fond jaune-rouge de l'œil. La limite du cône paraît, moins déterminée horizontalement en dehors, au point où finit la bande pigmentaire, car la couleur claire du cône se confond ici peu à peu avec la teinte jaune-rouge du reste du fond de l'œil. Mais la bande pigmentaire ne finit pas non plus à l'endroit désigné, au point de réunion avec le bord externe du cône, car son extrémité supérieure et son extrémité inférieure se continuent jusqu'à une certaine distance dans le fond jaune-rouge
de l'œil, en convergeant sans se toucher, dans une direction oblique, si bien que, par leur terminaison ultime, elles renferment encore une partie normalement colorée du fond de l'œil, qui de la sorte, représente en quelque sorte un prolongement jaunerouge de la pointe du cône. La hauteur du cône, c'est-à-dire la largeur de la place claire située dans le fond de l'œil, du bord externe du nerf optique, horizontalement en dehors jusqu'à son bord externe non pigmenté, mesure plus de la moitié du diamètre optique. A sa surface le cône estd'nne couleur blanc-jaunâtre assez uniforme, et il est pourvu de petites, taches pigmentaires allongées, d'un rouge-brun faible, mal délimitées, de grandeur variable, lesquelles, par leur situation et leur disposition, paraissent indiquer les intervalles du réseau vasculaire externe de la choroïde.
Le reste du fond de l'œil se montre d'une couleur jaune-rouge uniforme et trèslégèrement granulé.
La rétine possède partout sa transparence normale. La macula ne présente rien de particulier; son centre se trouve à 1 •/, diamètre optique du bord externe du nerf optique, à plus d'un diamètre optique du sommet du cône, et à »/8 de diamètre plus bas que le milieu du nerf.
Le système vasculaire central, eu égard à son étendue, sa distribution, son trajet, le diamètre et la couleur de ses différents vaisseaux, est parfaitement normal; seulement, d'après la faible grandeur de l'image, il paraît un peu moins développé.
Dans l'œil droit il existe un semblable cône, mais un peu plus petit, plus clair, lequel cependant, par son sommet plus mousse, se dirige du bord externe du nerf optique en bas et en dehors.
PL XXVII. Fig. 118.
Atrophie du pigment êpithélial dans un œil myope , par stapliylome postérieur. (*)
S. S., négociant, âgé de 46 ans, de taille moyenne, maigre, ne peut, de son enfance, se rappeler qu'une affection glandulaire à récidives fréquentes et de longue durée ; de même il se borne à mentionner que sa myopie lui occasionnait déjà des troubles de la vue dans les premiers temps de ses études.
Dès la jeunesse, disposé aux congestions et au vertige, il avait eu souvent des saignements de nez, qui, pendant l'été, se présentaient souvent tous les jours et qui laissaient toujours un sentiment de tristesse, de lassitude et d'abattement; mais qui cependant ne parurent exercer aucune influence fâcheuse sur la faculté visuelle, Depuis quatre ans, ces saignements de nez surviennent beaucoup plus rarement et le malade remarque sur les deux yeux une diminution non interrompue de la faculté visuelle, diminution qui est plus rapide à gauche.
Lorsque la vue commença abaisser, il éprouvait souvent une sensation d'éblouissement lorsqu'il considérait longtemps les petits objets, il lui semblait que les larmes
(*; Voy. : Bcitrage un- Pathologie des Anges; p. 43. pi. XVIII.
étaient accumulées dans la fente palpébrale, ou qu'il voyait à travers une nappe d'eau; plus tard les grands objets devinrent également confus, et peu à peu un léger nuage gris se répandit sur tout le champ visuel de chaque œil. En outre, surtout s'il appliquait ses yeux, il lui semblait que le sang s'y accumulait, et une pression pénible dans les parties profondes des yeux, accompagnée de phénomènes colorés et lumineux, le tourmentait surtout pendant la nuit. Depuis que les saignements ont diminué, le vertige survient fréquemment, surtout en baissant la tête et par l'usage de boissons spiritueuses , après quoi apparaît aussi un léger embarras de tête. Au reste , le sujet se sent bien portant, et les fonctions se font régulièrement.
Avec l'œil droit, le n» 4 est lu de 1 "/2 à 3 pouces, avec l'œil gauche (le plus mauvais) le n" 8 est lu de 2 à 4 pouces de distance.
L'aspect extérieur des yeux ne présente que peu de symptômes morbides. La conjonctive bulbaire est très-légèrement injectée; les pupilles, surtout la gauche, paraissent un peu dilatées et de forme légèrement irrégulière, mais parfaitement noires; la mobilité de l'iris est diminuée des deux côtés. Le regard est celui d'un myope.
A l'examen ophthalmoscopique, la structure myopique des deux yeux se manifeste déjà par l'éclairage et par l'apparence de l'image du fond de l'œil (voy. la description des fig. 111, 112, etc.)
L'adaptation dioptrique au repos de l'accommodation est à droite = V. — 3, à gauche = V.— 3=/4.
Les milieux paraissent, en général, transparents; mais le corps vitré est ramolli, et dans les mouvements rapides ou l'ébranlement des yeux, quelques petits flocons irréguliers, gris-noirâtres, le parcourent presqu'en tous sens, mais ils retombent de nouveau par le repos, et se dérobent ainsi complètement au regard.
Dans le fond de l'œil lui-même, on aperçoit des deux côtés des phénomènes semblables, qui sont un peu plus prononcés à gauche.
Le nerf optique (voy. fig. 118, œilgauche) est allongé verticalement, mais, en outre, il a des diamètres normaux, une surface normale, et il est dans toute sa masse d'une faible couleur rougeâtre (rouge hématique). Dans toute sa circonférence, il est entouré d'un cercle blanchâtre de tissu cellulaire, qui cependant ne paraît nettement dessiné que dans la portion placée en dedans de la circonférence du nerf optique, et est délimité en haut et en dedans par une légère bande pigmentaire rouge-brun; au-dessus, en dehors et en bas de la circonférence du nerf optique, la couleur blanchâtre de l'anneau du tissu cellulaire se confond insensiblement avec la couleur blanc-jaunâtre du fond de l'œil, et ici, par conséquent, le contour externe de cet anneau n'est pas si nettement dessiné.
Des parties externes de la circonférence du nerf optique, part un cône très-grand, pointu, ayant de chaque côté un contour foncé, dirigé en bas et en dehors vers la macula et un peu en dessous de celle-ci. La distance du sommet au bord du nerf (la hauteur) est d'un diamètre optique tout entier.
La surface de ce cône paraît coïncider avec le plan vasculaire de la choroïde dans le segment postérieur de l'œil. 11 est lui-même vivement éclairé, légèrement blanc- jaunâtre à la base (près du nerf optique), plus fortement jaunâtre dans le milieu, très-faiblement jaune-rougeâtre au sommet, et dans toute son étendue, il est pourvu de légères taches pigmentaires allongées rouge-brun, de grandeur variable, taches qui, parleur forme et leur situation respectives, indiquent nettement les intervalles de la couche vasculaire externe de la choroïde. Entre ces taches pigmentaires, on voit dans une petite étendue quelques vaisseaux choroïdiens, plutôt rectilignes, étroits, faiblement jaune-rougeâtres.
Les bandes pigmentaires qui limitent latéralement le cône, sont de largeur variable ; celle qui longe le côté inférieur est, dans son ensemble, manifestement plus large et plus volumineuse; elles sont d'une couleur rouge-brun foncé, vers le cône, elles sont délimitées par des lignes, mais vers le fond jaune-rouge de l'œil, elles deviennent peu à peu plus minces, plus claires, et elles s'y perdent peu à peu. Au sommet et sur les côtés, près de la circonférence supérieure et de la circonférence inférieure du nerf optique, le cône n'est limité par aucune bande pigmentaire.
Dans toute son étendue, le reste du fond de l'œil paraît moins éclairé, d'un jaunerouge mat, et muni de taches d'un rouge-brun clair et foncé, taches, qui, en général, n'ont point de limites tranchées et ont une forme variable et surtout allongée ainsi que des dimensions très-variables. Chacune de ces taches est plus claire à sa périphérie, plus foncée et régulièrement colorée dans ses parties centrales, et est formée d'une couche de petits grains pigmentaires foncés plus épaisse au centre, mais qui diminue rapidement vers les bords. Ces taches foncées (le stroma pigmentaire) représentent d'une manière très-caractéristique les intervalles du réseau vasculaire externe de la choroïde.
Les intervalles qui séparent les taches foncées, se présentent comme des stries rubanées jaune-rougeâtre, de largeur inégale, en partie claires, en partie foncées, lesquelles, dans un trajet plus ou moins direct ou sinueux, paraissent tantôt profondément, tantôt superficiellement placées, s'entrelacent fréquemment, se recouvrent les unes les autres et se réunissent entre elles, pour se diviser de nouveau, et ainsi de suite, de manière à former un réseau à larges mailles très-caractéristique. Ces stries rubanées sont, en général, toujours d'après leur situation superficielle ou profonde, couvertes d'une couche plus ou moins épaisse de petits grains pigmentaires. Cette couche est partout plus mince dans le milieu de la strie; en outre, les différents grains pigmentaires paraissent plus isolés , plus éloignés l'un de lautre ; cela donne à chaque strie un aspect granulé. Sur les bords, au contraire, la couche augmente en épaisseur, et elle se réunit, sans limite distincte, avec la couche pigmen taire dans l'intervalle des mailles; il en résulte que les stries rubanées ne sont pas nettement délimitées, mais que leurs bords paraissent s'enfoncer de plus en plus dans la couche pigmentaire et se soustraire ainsi peu à peu au regard. Dans ce réseau jaune-rougeâtre à larges mailles, la couche vasculaire externe de la choroïde se présente à l'observation par sa surface interne, et cela dans les limites où elle n'est pas trop couverte par le stroma pigmentaire (*).
La rétine paraît partout d'une transparence normale. Le centre de la macula est à 1 diamètre optique 5/6 du bord du nerf et à 5/c de diamètre du sommet du cône, elle est située à 3/8 de diamètre optique plus bas que le centre du nerf.
Le système vasculaire central présente éminemment le caractère de l'œil myope par suite de staphylôme postérieur (voy. description des fi g. 111 et 112); il est du reste normal, et ce n'est qu'au niveau de la surface du cône qu'on voit de petits vaisseaux de la rétine et du nerf optique avec un trajet plus étendu et en plus grand nombre que cela se voit habituellement à la même place, dans un fond d'œil d'un jaune-rouge normal et normalement construit.
(*) Voici aussi la raison pour laquelle l'image ophthalmoscopique du réseau vasculaire de la choroïde ne concorde guère avec les préparations anatomiqiies examinées au microscope.
PL XXVII. Fig. 119.
Excavation congénitale et atropine du pigment épithélial dans un œil myope par staphyldinc postérieur A*)
B. H., journalier, âgé de 21 ans, à l'exception d'une varicelle qu'il eut à l'âge de
4 ans, fut toujours bien portant.
Sa myopie commença d'abord à l'incommoder au moment où il allait à l'école, et, à ce qu'il dit, elle resta la même jusqu'à présent; de prés il avait toujours bien vu et d'une façon continue. A l'âge de 9 ans, il remarqua, sans cause appréciable, une diminution progressive de la faculté visuelle de ses deux yeux, un manque de netteté dans la perception des objets, sans qu'un véritable trouble de la vision, ou l'apparence d'un nuage ou d'un voile se fussent développés; si bien que, quelques mois après, il ne pouvait plus lire les caractères ordinaires d'impression qu'à
5 pouces de distance, mais il ne pouvait pas lire de caractères plus petits. Dès ce moment, il ne survint aucune augmentation dans le trouble de la vision, au contraire, dans ces dernières années, il remarqua, surtout à l'œil droit, une amélioration progressive de sa mauvaise vue. Il n'avait jamais porté de lunettes.
Ses yeux, d'après leur aspect extérieur, présentaient les caractères de la myopie. La cornée paraissait de courbure normale, la chambre antérieure non agrandie; les pupilles étaient étroites, cependant elles se contractaient activement, et se laissaient dilater rapidement au maximum par l'atropine.
Avec l'œil droit (V 5) le n° 5 était lu de 3 à 5 pouces, avec l'œil gauche
(V. — 6'/4) le n" 8 était lu de 4 à 6 pouces de distance.
L'examen avec l'ophthalmoscope démontre de chaque côté, par la manière dont l'intérieur des yeux est éclairé, aussi bien que par l'aspect de l'image du fond de l'œil, un haut degré de myopie et une transparence parfaite des milieux.
Dans l'œil droit (voy. fîg. 119) le nerf optique était légèrement ovale, à grand axe horizontal; au reste, il était de grandeur normale. L'anneau de tissu cellulaire blanc-jaunâtre, se laissait reconnaître tout autour, plus nettement à la circonférence interne du nerf optique, où même son contour externe parassait marqué par une bande pigmentaire; à la circonférence externe, au contraire, il était moins nettement dessiné, surtout sur le bord convexe.
Le tronc nerveux se trouvait profondément excavé dans la plus grande partie de sa surface; il était blanc-jaunâtre dans sa partie moyenne et légèrement gris-rouge verdâtre à la périphérie. Cette excavation avait le caractère (voy. description des fi g. 41 — 44) d'une excavation congénitale d'une grandeur extraordinaire et avec un bord arrondi (en forme d'entonnoir). La partie périphérique du nerf optique qui s'élevait normalement au niveau de la surface interne de la rétine, était extrêmement étroite en haut et en dehors, plus large en dedans et en bas, avait la forme d'un croissant, et mesurait dans sa partie inféro-interne la plus large ' 6 du diamètre optique. En adaptant son œil pour le fond de l'excavation, l'observateur aperçoit confusément la lame criblée comme une membrane tachetée, allongée, légèrement grisâtre.
(*) Voy.: Ueber die FÀustellung des dioplr. Apparates, etc.; pp. 34, 83 et 267, pi. III, fig. 33.
En bas et en dehors, le nerf optique était entouré clans la plus grande partie de sa circonférence par un cône clair ayant la forme d'un croissant irrégulier, dont la plus grande hauteur mesurait plus du tiers du diamètre optique, dont le bord convexe (externe) paraissait nettement délimité par une bande pigmentaire rougebrun foncé, de largeur variable et très-épaisse, laquelle allait se réunir avec le contour pigmentaire qui se trouvait à la circonférence interne du nerf optique. La surface du cône coïncidait parfaitement avec le reste de la surface choroïdienne du segment postérieur de l'œil ; partout elle laissait apercevoir des taches d'un rougebrun faible, et des stries rubanées jaunâtres, parmi lesquelles le stroma pigmentaire et le réseau vasculaire externe de la choroïde ressortaient avec beaucoup de netteté.
La partie inférieure et la partie interne du reste du fond de l'œil étaient presque entièrement dépouillées de leur pigment épithélial, et laissaient, par conséquent, reconnaître plus ou moins nettement les plus forts vaisseaux externes de la choroïde, comme des stries rubanées de largeur variable, en partie jaunâtres, en partie jaunerouge clair ou foncé, et granulées ; de même qu'on reconnaissait nettement le stroma pigmentaire qui avait l'aspect de taches d'un rouge-brun plus ou moins foncé, taches mal délimitées et à surface granulée (voy. description de la fig. 118). Poursuivaiton, en ce point, les différents vaisseaux choroïdiens dans leur trajet vers la périphérie du nerf optique, on pouvait facilement se convaincre qu'en passant sous la bande pigmentaire du cône et avec une coloration un peu moins intense, ils se continuaient tout à fait normalement clans l'étendue de ce cône jusqu'au contour externe de l'anneau du tissu cellulaire: de même aussi les taches pigmentaires plus faibles qui se trouvaient en dedans du cône concordaient parfaitement avec le stroma pigmentaire situé dans les intervalles vasculaires extérieurs au cône.
La partie supérieure et la partie externe du fond de l'œil étaient pourvues d'une couche épithéliale normale, et étaient, par conséquent, d'un jaune-rouge normal et normalement granulées.
La rétine avait partout sa transparence normale. La macula, htea qui ne présentait rien de particulier, avait son centre situé à plus de deux diamètres optiques en dehors du bord du nerf, à 1 diamètre */. environ du sommet du cône, et à </5 de diamètre au dessous du milieu du nerf.
' Les vaisseaux centraux montraient, à leur origine dans le nerf optique, les signes caractéristiques' d'une excavation congénitale (voy. description des fig. 41 à 44); mais, dans leur trajet ultérieur sur la rétine, ils présentaient les particularités d'un œil myope par staphylôme postérieur (voy. description des fig. 111, 112); du reste, pour ce qui concerne leur étendue, leurs ramifications, leur diamètre et leur couleur, ils se montraient normaux.
Dans l'œil gauche, on observait une image semblable.
Tel était l'état des choses en 1856, lorsque ce dessin a été fait. Dans les années suivantes, il ne se produisit aucun changement important dans le pouvoir visuel ; l'atrophie du pigment épithélial augmenta pourtant peu à peu et d'une manière constante dans les deux yeux, si bien qu'actuellement, 10 ans plus tard (186G), les vaisseaux choroïdiens se voient partout nettement au fond de chaque œil. La myopie n'a pas augmenté, l'excavation n'as pas changé, non plus que le contour pigmentaire du cône.
PL XXVII. Fig. 120.
Cane avec vaisseaux choroïdiens nettement visibles dans un œil myope par staphylôme postérieur.
J. S., invalide, âgé de 61 ans, n'avait jamais eu de maladie sérieuse. Dès la jeunesse, il avait mené une vie irrégulière, agitée, et il est très enclin aux boissons alcooliques. Myope dès sa jeunesse, il a toujours bien vu de près et d'une façon continue.
Il y a deux ans, une brûlure avec de la chaux amena dans l'œil gauche une violente inflammation, à la suite de laquelle se forma une cicatrice de la cornée qui donna lieu plus tard à un staphylôme. Depuis un an, il remarque que la vue se trouble dans l'œil droit, surtout à un éclairage faible.
Dans l'œil gauche, il n'y a plus actuellement, à la suite d'un staphylôme cicatriciel total, qu'une perception quantitative de lumière. Avec l'œil droit, le n° 4 est encore lu avec peine à 5 pouces de distance. A part un reflet verdâtre de la pupille, et les mouvements un peu lents de l'iris, lorsqu'on fait varier la lumière, cet œil ne présente rien de remarquable à l'examen extérieur. La pupille se dilate ad maximum par l'atropine.
L'ophthalmoscope indique que les milieux sont transparents : par l'éclairage de l'intérieur des yeux et par la distance où se forma l'image du fond de l'œil , il indique un haut degré de myopie et une adaptation dioptrique = V. — 6'/:,.
Le fond de cet œil droit (voy. fig. 120), à l'exception de la papille, est moins fortement éclairé et d'un jaune-rouge beaucoup plus foncé que d'habitude; le nerf optique, au contraire, a un aspect parfaitement normal, il est ovale, à grand axe vertical et a une surface située normalement; au centre, il est d'un jaune-rougeâtre clair, uniforme, à la périphérie il est faiblement rougeâtre; son anneau blanc-jaunâtre de tissu cellulaire, dont le contour externe paraît nettement marqué, surtout du côté de la macula, est parfaitement tranché dans toute la circonférence.
En dehors, la papille est entourée dans la plus grande partie de sa circonférence, par un cône qui a la forme d'un croissant à pointes mousses, dont la hauteur (dans la direction de la macula) égale la moitié du diamètre optique, et dont le bord externe paraît extrêmement bien indiqué par une bande pigmentaire rouge-brun foncé, parfois noirâtre. La surface du cône correspond parfaitement à celle de la choroïde dans la partie de cette membrane qui entoure le cône. Dans toute l'étendue du cône, le réseau vasculaire externe de la choroïde et le stroma pigmentaire situé dans les intervalles vasculaires ressortent d'une manière très-frappante. Les vaisseaux paraissent jaune-clair, parfois jaune rougeâtre, fortement éclairés et très-finement granulés; le stroma pigmentaire , au contraire , est d'une couleur rouge-brun foncé variable, granulé et nettement ponctué.
En dehors du cône et dans toute l'étendue de la choroïde, par suite de l'atrophie généralisée du pigment épithélial, la couche externe du stroma ressort d'une manière très-caractéristique et plus nettement que d'habitude (voy. description de la fig. 118); en outre, les vaisseaux paraissent, en général, plus foncés, le pigment intermédiaire semble, au contraire, plus clair qu'au niveau du cône. Dans le plus proche voisinage
du cône et du nerf optique, le réseau vasculaire externe de la choroïde est moins nettement marqué, plutôt effacé; les vaisseaux sont d'un jaune rouge moins foncé, et le stroma pigmentaire est également plus clair, plutôt gris-rouge-brun. A une distance plus considérable, au contraire, et dans l'étendue de la macula, le réseau choroïdien ressort d'une manière beaucoup plus précise; dans ces points même, les vaisseaux ont une coloration jaune-rougeâtre foncé, parfois rouge-sanguin, avec un état granulé, épais et foncé ; le stroma pigmentaire est également d'un rouge-brun plus foncé, il est grossièrement granulé avec des grains serrés.
Les vaisseaux choroïdiens qui sont en dedans du cône, peuvent tous être suivis jusqu'à leur réunion avec d'autres vaisseaux qui sont en dehors, d'où il résulte que le réseau choroïdien du reste du fond de l'œil, sans changer de situation, de trajet et de diamètres, mais seulement en prenant une teinte un peu plus claire, pénètre au niveau du cône au dessous du liséré pigmentaire et s'y étend jusqu'au bord de l'anneau du tissu cellulaire.
La rétine possède sa transparence normale. La macula ne présente rien de particulier, son centre se trouve à l^/6 de diamètre optique du bord externe du nerf, à 12/B de diamètre du sommet du cône, et presqu'à la hauteur du milieu du nerf. Le système vasculaire central n'indique pas essentiellement par son trajet la structure myopique de l'œil, et il est normal pour ce qui est de son étendue, de ses ramifications, de son diamètre et de sa couleur.
PL XXVIII. Fig. 121.
Tubercules de la choroïde dans un œil myope par suite de staphyldme postérieur.
L. F., négociant, âgé de 23 ans, de petite stature et d'un aspect cachectique, avait, dans son enfance, toujours été malade, de même que quatre de ses frères et sœurs dont trois étaient morts de tubercules pulmonaires.
Depuis sa 17"le année, il souffre presque sans interruption de blépharites glandulaires. Myope dès son enfance, il avait toujours bien vu de près. Il prétend n'avoir jamais observé d'augmentation de sa myopie; il n'a jamais porté de lunettes.
Depuis un an , sans cause connue, et sans manifestation morbide visible à l'extérieur, il remarque à l'œil droit une diminution progressive de la faculté visuelle. Vus avec cet œil, les objets lui apparurent d'abord comme enveloppés dans un nuage gris; plus tard, le nuage devint plus épais, et les objets lui parurent plus petits et plus éloignés; puis différentes parties du champ visuel manquèrent complètement, de sorte qu'il lui sembla qu'il y avait des vides dans les grands objets, ou que lui-même voyait à travers un crible irrégulier et des plus grossiers; enfin, il y a un mois, il perdit complètement la vue de cet œil.
L'examen du malade révèle dans chaque poumon une tuberculose étendue. Par leur structure et leur aspect, les yeux sont myopes, mais ils ne présentent extérieurement aucune manifestation morbide. Sur l'œil droit (V. — 5 '/4), il n'y a qu'une perception quantitative de lumière; avec l'œil gauche (V. — 6), le n» 1 est lu de 2 à 6 pouces de distance.
A l'examen opthalmoscopique, les milieux sont transparents dans les deux yeux, et leur structure fortement myopique se révèle d'une manière très-caractéristique, aussi bien par l'éclairage que par l'aspect de l'image du tond de l'œil (voy. description des fig. 111 et 112.)
Dans l'œil droit (voy. fig. 121), le nerf optique est ovale, et son grand axe vertical ; il a une grandeur et une surface, normales et dans toute la couche intrà - oculaire accessible, au regard, il paraît d'une couleur rougeâtrc uniforme (rouge hématique). L'anneau blanc-jaunâtre du tissu cellulaire n'est bien marqué qu'au bord interne du nerf optique; au bord externe, il ne se laisse pas distinguer de la couleur blancjaunâtre du fond de l'œil.
Le nerf optique, dans la plus grande partie de sa circonférence, est entouré d'un cône étendu, qui mesure en hauteur les «/4 du diamètre optique, se porte horizontalement en dehors vers la macula avec son sommet arrondi, et paraît nettement délimité à ses deux bords latéraux, par des bandes pigmentaires rouge-brun foncé de largeur variable. La surface de ce cône concorde parfaitement avec la direction de la surface choroïdienne qui l'environne dans le segment postérieur du globe. A une petite distance du bord du nerf optique, ce cône a une couleur blanc-jaunâtre, parfois tout à fait blanche, et paraît très-vivement éclairé, presque brillant comme un tendon ; dans le reste de son étendue, vers la pointe, il est plutôt d'une couleur jaunâtre et muni d'un grand nombre de taches pigmentaires extrêmement petites, mal délimitées, d'une couleur brune faiblement rougeâtre, de forme allongée et de grandeur variable, taches qui, par leur situation, leur forme et leurs dispositions réciproques, indiquent les mailles du réseau vasculaire externe de la choroïde. Sur ce fond clair blanc-jaunâtre, on voit détins vaisseaux papillaires et rétiniens dirigés en dehors, en nombre beaucoup plus considérable qu'on ne les voit à la même place dans un fond d'œil jaune-rouge à l'état normal.
Le reste du fond de l'œil montre, en général, une coloration jaune-rouge avec un état granulé grossier à grains espacés.
Sur ce fond jaune-rouge uniforme, on voit dans la région et autour de la macula, jusque vers le sommet du cône, derrière le plan de la rétine, un certain nombre de taches claires, jaunâtres, en général de forme arrondie (tubercules de la choroïde). Les plus grandes d'entre elles sont vivement éclairées, d'une couleur jaune-claire, très-nettement délimitées par la couleur jaune-rouge du fond normal de l'œil, sans contour ni agrégat pigmentaire; comme si elles étaient détachées du fond de l'œil; elles font un peu saillie sur la surface du fond jaune-rouge, paraissent avoir une surface légèrement convexe et une épaisseur considérable , et être formées d'une masse dense et résistante. Les plus petites de ces taches ont presque une couleur jaune-rougeâtre, ne sont pas si bien délimitées, elles sont moins fortement éclairées, moins saillantes que les plus grandes, elles sont légèrement granulées et rougeâtres à leur surface. Dans le voisinage du sommet du cône, sur une des plus grandes taches claires terminées en pointe par en haut, se montre une tache pigmentaire arrondie bien délimitée, très-foncée et presque noire.
La rétine a partout la transparence normale. La macula qui n'est pas trèsbien dessinée, est placée horizontalement en dehors à 2 i/s diamètres optiques du bord du nerf, à plus de l3/s diamètre optique du sommet du cône, et presqu'à la même hauteur que le milieu du nerf. Le système vasculaire central paraît normal quant à son étendue, ses ramifications, ses diamètres et sa couleur, mais il représente pourtant dans le trajet des différents vaisseaux (V03'. description des fig. 111 et 112) la structure de l'œil myope par staphylôme postérieure d'une manière trèscaractéristique.
Dans l'œil gauche, l'examen ne révèle pas une couleur si fortement rougeâtre du nerf; le cône ressemble tout à fait à celui de l'œil droit; la région et le voisinage de la macula elle-même paraissent à l'état normal; mais à la périphérie du fond de l'œil, vers l'équateur du globe, on trouve en haut et en bas, comme dans l'œil droit, des taches semblables, blanc-jaunâtre, arrondies et bien délimitées.
PI. XXVIII. Fig. 122.
Inflammation de la choroïde dans un œil myope par staplujiôme
'postérieur. (*)
J. M., cordonier, âgé de 58 ans, non vacciné, à part la variole et la rougeole, n'a jamais eu de maladies sérieuses dans son enfance. Déjà, au moment où il allait à l'école, il était myope, et depuis l'âge de 15 ans, il porta invariablement des verres négatifs de 14 pouces de foyer. Jusqu'à sa 53mtl année, il avait assidûment exercé son métier, sans éprouver du trouble du côté des yeux, lorsque, sans cause spéciale connue, il remarqua à l'œil gauche, et six mois plus tard à l'œil droit, une diminution progressive de la faculté visuelle, diminution qui atteignit bientôt un degré si élevé, qu'au bout d'un an, il fut forcé d'abandonner son travail. Pendant ce temps, il avait souffert de paresse dans les évacuations alvines, de congestions, ainsi que de maux de tête fréquents et de légers accès de vertige. Dans l'œil il n'éprouvait qu'un simple sentiment de plénitude avec photopsies qui survenaient surtout la nuit ; avec la diminution progressive de la vue il se produisit également une fatigue plus rapide des yeux en travaillant.
C'est à l'âge de 55 ans, que le malade fut, pour la première fois, examiné avec soin. Au repos de l'accommodation, on trouva à droite une adaptation = V. — 13, à gauche = V. — 12. Avec l'œil droit, les pins grands objets seulement pouvaient encore être perçus et le malade ne circulait plus dans la rue avec sécurité. Avec l'œil gauche, il ne pouvait plus que distinguer les mouvements de la main.
A l'examen extérieur, les deux yeux ne laissent apercevoir aucune manifestation morbide ; mais leur expression générale indique également une structure myopique, et un trouble fonctionnel considérable.
A l'examen ophthalmoscopique, les milieux se montrèrent parfaitement clairs de chaque côté, et la structure myopique était évidente par la manière dont l'intérieur des yeux était éclairé et par les caractères de l'image (voy. description desfig. 111 et 11 2).
Dans l'œil gauche (voy. fig. 122) le tronc du nerf optique était arrondi, de grandeur normale, de couleur rougeâtre (rouge hématique) uniforme dans toute sa masse, et sa surface était normalement située dans le plan de la rétine. Son anneau de tissu cellulaire, reconnaissable tout autour, paraissait de largeur normale, d'une couleur blanc-jaunâtre, nettement dessiné à la circonférence interne du nerf optique, où son contour externe était même limité en certains points par de légers agrégats pigmentaires; au contraire, à la circonférence externe du nerf optique, le contour externe était plutôt effacé.
(*) Voy. : Ueber die Eimlclliing des dioj/tr. Apparûtes, etc. : p. 265, pi. III, fig. 30.
Dans sa circonférence inféro-externe, le nerf optique était entouré d'un cône tronqué, qui mesurait en hauteur plus de a/5 du diamètre optique, et qui se portait obliquement en bas et en dehors. La surface de ce cône concordait parfaitement avec le plan choroïdien du segment postérieur de l'œil; dans toute son étendue, elle paraissait d'une couleur blanc-jaunâtre et pourvue de taches pigmentaires allongées, de grandeur variable, d'un rouge-brun clair ou foncé, situées dans des plans différents. Celles qui étaient plus profondément placées, d'un rouge-brun faible, paraissaient moins nettement limitées, et par leur position et leur arrangement respectif, elles caractérisaient les mailles interstitielles du stroma vasculaire externe de la choroïde; les taches pigmentaires plus foncées, nettement délimitées, étaient superficielles et placées dans le même plan que la bande pigmentaire qui entourait le cône, et elles avaient, en partie, une disposition tout à fait irrégulière, en partie, une direction, concordant avec la bande pigmentaire externe.
La bande pigmentaire qui entourait le cône était composée de grains pigmentaires rouge-brun foncé, d'une largeur variable dans différents points et étendue surtout en bas et en dehors; du côté du cône, elle avait une démarcation linéaire tranchée et une coloration des plus foncées; vers la périphérie, au contraire, elle était plus claire, plus mince, parfois même interrompue.
A y'4 de diamètre, optique du sommet du cône, dont elle était séparée par une bande du fond de l'œil normalement jaune-rouge et granulée, on voyait en bas et en dehors et renfermant la macula, une place irrégulièrement allongée, plus vivement éclairée, blanc-jaunâtre, qui mesurait en longueur 1 1/,, et en largeur, plus d'un diamètre optique. La surface concordait parfaitement par sa situation et sa concavité, avec le plan choroïdien du reste du fond de l'œil dans le segment postérieur du globe. Dans différents points, elle était plutôt blanchâtre, dans d'autres plutôt jaunâtre, paraissait avoir une surface assez unie, et. était en majeure partie couverte de stries et de taches pigmentaires très -finement granulées, d'un rouge-brun clair ou foncé et de grandeur variable. Dans toute sa circonférence, cette place claire se montrait entourée d'une bande de masses pigmentaires semblables à celles du cône, dont les unes n'avaient que la largeur d'une ligne, tandis que les autres, surtout eu haut et en dehors, avaient une largeur égalant le diamètre de plusieurs vaisseaux; elles paraissaient, en outre, très-épaisses et foncées, se délimitaient nettement du côté de la place claire, devenaient, au contraire, progressivement, plus minces et plus claires, et finalement disparaissaient dans la couleur du reste du fond de l'œil.
A une faible distance de cette place claire, en haut et en bas, on apercevait plusieurs stries rubanées, dont les courbures différentes, qui paraissaient eu partie jaunâtres, surtout vers le milieu, jaune-rougeâtres et finement granulées vers leurs extrémités, prenaient finalement une couleur plus prononcée et se dérobaient, progressivement au regard dans le fond de l'œil. Une pareille strie rubanée, émanant de la partie externe de la tache claire avec la même couleur qu'elle, se portait horizontalement, en décrivant une faible sinuosité et en prenant une couleur de plus en plus jaune-rouge, puis disparaissait également dans la couleur jaune-rouge du fond normal de l'œil. Toutes ces stries rubanées étaient bordées de stries et de masses pigmentaires plus ou moins accusées, et par leur situation, leur forme et leur disposition réciproque, elles rappelaient le caractère des plus forts vaisseaux choroïdiens.
Le reste du fond de l'œil était normalement jaune-rouge et granulé, la rétine avait sa transparence normale. Le centre de la macula, qui ne présentait rien de particulier, se trouvait à l3/4 diamètre optique du bord du nerf optique et à plus de */3 de diamètre optique du sommet du cône, ainsi qu'à '/4 de diamètre plus bas que le centre du nerf.
Sous tous les rapports, le système vasculaire se montre normal; la structure myopique de l'œil n'est que peu indiquée par le trajet des différents vaisseaux.
Dans l'œil droit, l'image ophthalmoscopique était semblable.
Actuellement (dans sa 58'"° année), le malade ne voit plus avec l'œil droit que les plus gros objets, avec des contours obscurs, et il ne peut qu'avec peine s'orienter seul dans la rue; de l'œil gauche, il est complètement aveugle. Les manifestations morbides du fond de l'œil droit ont gagné en étendue; dans l'œil gauche des plaques blanchâtres et des agrégats pigmentaires sont répandus sur toute la surface du fond de l'œil et ont rendu les signes caractéristiques du cône complètement méconnaissables. Le degré de la myopie, au contraire, est resté le même dans les deux yeux.
PI. XXVIII. - Fig. 123.
Inflammation de la choroïde dans un œil myope par staphylômê
postérieur^*)
J. 8., maître tailleur, âgé de 59 ans, de grande stature, maigre, raconte avoir été bien portant dans son enfance; mais cependant, dès l'âge de 13 ans, il a souffert de douleurs lombaires et de paresse dans l'évacuation des selles; en outre, les masses excrémentitielles dures étaient toujours accompagnées de sang; c'est pourquoi, à partir de cette époque, il fit fréquemment usage de remèdes émollients.
Depuis l'âge de 15 ans, il avait eu à se plaindre de mouches volantes, qui augmentaient ou diminuaient par intervalles; depuis l'âge de 27 ans, de bourdonnements d'oreilles, enfin depuis 10 ans, de vertige, surtout lorsqu'il se baissait, ou qu'il se fatiguait beaucoup.
La faculté visuelle des deux yeux doit toujours avoir été bonne, seulement, dès son apprentissage , le malade se trouva forcé de faire usage de verres concaves, pour ne pas trop rapprocher les ouvrages fins de ses yeux. Plus tard, lorsqu'il fut établi, il employa, dans les 4 premières années, le n» 4 concave, et depuis 16 ans, le n° 3 concave, toujours avec le même résultat.
En général, il se sentait assez fort et bien portant, et pouvait, jusqu'à il y a trois ans, répondre à toutes les exigences de son état.
A cette époque, à la suite d'un refroidissement, il fut atteint d'une affection inflammatoire du bas-ventre, à laquelle se joignirent bientôt une douleur violente dans les tempes et une sensation pénible de tiraillement et de compression au fond de l'œil droit, sans qu'il y survint de changements extérieurs apparents, ainsi que des espèces de flammes qui voltigeaient devant les yeux et une sensibilité remarquable au grand jour, mais surtout à la lumière artificielle. Sous l'influence de ces accidents, la faeulté visuelle de cet œil tomba, dans l'espace de 15 jours, au degré qui existe encore actuellement.
(3) Voy.: Beitraye zur Pathologie des Auges; p. 55, pi. XXI; et Ueber die Einstellung des dioptrischen Apparûtes, etc.; p. 2G6, pi. III, fig. 31.
L'affection inflammatoire du bas-ventre disparut bientôt, et un mois après, des symptômes semblables à ceux de l'œil droit, accompagnés également d'une pareille diminution de la faculté visuelle, se déclarèrent aussi sur l'œil gauche.
Les symptômes ci-dessus mentionnés disparurent les mois suivants, excepté la mauvaise vue, et le malade n'observa pas de changements notables dans sa faculté visuelle : depuis deux ans et neuf mois, par contre, il souffre plus souvent d'une violente douleur dans la région frontale et au sommet de la tète; depuis cette affection inflammatoire du bas-ventre, il observe aussi qu'avec des selles dures il n'a plus d'écoulement sanguin.
Actuellement la faculté visuelle est un peu moindre à droite qu'à gauche ; pourtant elle a tellement baissé dans les deux yeux que le malade peut à peine compter aujourd'hui les doigts, à 5 pouces de distance, et ne s'oriente dans la rue qu'avec la plus grande difficulté.
A cause de la diminution de la masse graisseuse rétro-bulbaire les deux globes oculaires paraissent enfoncés dans l'orbite; ils ont un axe allongé et l'aspect de mauvais yeux et d'yeux myopes, sans laisser apercevoir d'autres phénomènes morbides sur leurs parties extérieures. La courbure de la cornée est normale, ainsi que la grandeur de la chambre antérieure; la pupille a sa couleur et sa largeur habituelles, et l'iris une grande mobilité.
L'examen ophthalmoscopique montre, à une distance de 8 à 10 pouces, des pupilles faiblement et irrégulièrement éclairées, des milieux qui sont pourtant parfaitement transparents; mais en approchant l'instrument, et au moyen d'un verre négatif de 1 pouce, le fond de l'œil est plus faiblement éclairé et d'une coloration moins intense qu'on ne le trouve à l'examen d'un œil normal; en outre, l'imago droite est considérablement agrandie et beaucoup moins éloignée de l'œil observateur, mais aussi le champ visuel se montre beaucoup plus petit et les différentes parties du fond de l'œil sont moins nettement dessinées.
L'adaptation dioptrique, au repos de l'accommodation, est dans l'œil droit = V. — 3 i/k ; et dans l'œil gauche = V. — 3.
Dans l'œil droit (fig. 123; le nerf optique est de forme arrondie, de grandeur et de surface normales, pourtant il n'est pas nettement délimité. Il est uniformément rougeâtre dans la plus grande partie de son étendue, et d'une couleur rougeâtre plus claire au milieu et sur le bord. 11 est entouré d'un large anneau de tissu cellulaire blanc-jaunâtre, dont la couleur, à sa périphérie interne, se confond progressivement avec celle du tronc nerveux; dont le contour externe, au contraire, est en partie plus nettement indiqué par des agrégats pigmentaires plus ou moins prononcés.
Dans sa circonférence externe et supérieure, le tronc nerveux, outre son anneau de tissu cellulaire, est entouré d'un très-grand cône à pointe mousse et à base étendue, qui a en hauteur plus de »/t du diamètre optique, et qui se porte en dehors et en bas un peu au dessous de la macula. La surface du cône est située dans le plan de la choroïde suivant le segment postérieur de l'œil. Relativement à sa couleur, il se divise en deux parties superposées qui ont la forme d'un croissant, dont lapins grande, celle qui l'orme la base du cône, paraît faiblement jaune-rougeâtre, mais dont la plus petite, qui forme la pointe du cône, parait d'une couleur blanc-jaunâtre, et présente, dans certains points, le brillant de la soie.
Sur toute sa surface, le cône est couvert de taches et de stries pigmentaires grandes et petites, faiblement gris-brun et rouge-brun, très-minces, et à grains très-distincts; placées les unes plus profondément, les autres plus superficiellement; elles correspondent, d'une part, parleur position et leur arrangement, aux mailles interstitielles du réseau vasculaire externe de la choroïde; d'un autre côté elles marquent nettement le contour de l'anneau du tissu cellulaire, ainsi que la limite tracée entre les
deux parties du cône dont la couleur est variable. Dans sa circonférence externe, le cône est limité par un liséré pigmentaire de largeur variable et d'une couleur rouge-brun-foncé qui varie également.
Le reste du fond de l'œil est normal pour la couleur jaune-rouge et l'état granulé; pourtant dans la région de la macula et dans son segment postérieur jusqu'à Péquateur du globe, il est recouvert d'un grand nombre de stries et de taches irrégulières, blanc-jaunâtre, vivement éclairées, ainsi que de masses pigmentaires rougebrun foncé.
Les plus grandes taches plus uniformément colorées et plus arrondies sont plus superficiellement placées dans la choroïde ; les taches allongées, rubanées, au contraire, qui prennent à leurs extrémités une couleur jaune rougeâtre pour disparaître progressivement dans la couleur jaune-rouge de l'œil, et aux quelles correspond la division des plus gros vaisseaux du stroma choroïdien, sont situées plus profondément dans la choroïde.
Les masses pigmentaires plus claires et plus minces, qui, par leur forme et leur disposition réciproque, marquent, les unes les mailles interstitielles du stroma vasculaire externe de la choroïde, tandis que les autres limitent les stries claires rubanées, ainsi que plusieurs de ces masses plus foncées (plus considérables), également situées sur les bords des stries claires rubanées, sont plus profondément placées ; cependant la plus grande partie de ces dernières masses pigmentaires plus foncées, plus larges, surtout sur le bord et dans l'étendue des plus grandes taches, est située plus superficiellement dans la choroïde.
Les masses pigmentaires situées plus profondément paraissaient plus finement, les masses superficielles plus grossièrement granulées. Les dernières ont, en général, une forme irrégulière très-variable, elles ressemblent à de la mousse et ce n'est que dans quelques-unes d'entre elles qu'on trouve des dispositions à des formes plus régulières, angulaires ou étoilées.
Partout la rétine se présente avec sa transparence normale. La macula n'offre rien de particulier; son centre se trouve à deux diamètres optiques du bord du nerf, à 1 '/, diamètre du sommet du cône, et à '/3 de diamètre plus bas que le centre du nerf optique.
Le sytème vasculaire central montre, à un faible degré (voy. description de fig. 111 et 112), le caractère d'un œil à structure myopique par staphjiôme postérieur ; pourtant il semble, du reste, normal, eu égard à l'étendue, à la distribution, au diamètre et à la coloration de ses différents vaisseaux.
Il existe dans le fond de l'œil gauche des altérations semblables.
PL XXVIII. - Fig. 124.
Inflammation de la rétine et de la choroïde avec développement de pigment dans un œil myope par staphylome postérieur.
M. H., âgée de 22 ans, non mariée, d'une constitution délicate, n'avait jamais eu de maladie sérieuse, excepté aux yeux. Réglée à 19 ans, ses époques étaient venues régulièrement jusqu'à présent.
Avant l'âge de 6 ans, elle prétend qu'elle a bien vu de ses deux yeux, cependant elle était myope. A six ans, sous l'influence de violents phénomènes inflammatoires, il survint, en quelques jours, sur les deux yeux une telle réduction de la faculté visuelle , qu'il n'y avait plus qu'une perception quantitative de lumière. Plusieurs semaines après, la diminution des phénomènes inflammatoires coïncida avec une amélioration progressive dans la vision, qui augmenta pendant 9 mois consécutifs; après quoi la faculté visuelle demeura invariablement la même pendant 13 ans: avec l'œil droit, la malade était bien en état défaire de la couture grossière, quoique ce travail la fatiguât rapidement; mais avec l'œil gauche, elle ne voyait plus que les plus gros objets.
Ses yeux , du reste, n'étaient jamais immobiles ; la malade ne pouvait pas fixer directement les objets, mais elle dirigeait toujours ses lignes visuelles un peu à côté des objets, soit à droite soit à gauche, et elle devait alors clignoter. La lumière solaire directe provoquait dans ses yeux des sensations morbides.
L'œil gauche est resté le même jusqu'à présent; au contraire, dans l'œil droit, deux mois après le séjour de la malade dans une habitation humide, l'état de la vue empira de nouveau rapidement, si bien qu'elle ne pouvait plus lire même les plus grands caractères. En outre, il survint de la douleur dans la région temporale et la région frontale droite, avec un sentiment de tension et de gonflement dans les paupières, d'augmentation de volume et de projection du globe; la malade était tourmentée par des photopsies (étincelles et rayons de feu) sans qu'il existât de photophobie ni de phénomènes inflammatoires appréciables. Il semble à la malade qu'elle a devant les deux yeux un épais nuage gris qui recouvre tous les objets.
Dans l'œil gauche, il existe sur la cornée, des facettes et des opacités légères et étendues; la chambre antérieure est de grandeur normale, la pupille modérément dilatée, ne se contracte et ne se dilate que lentement, mais se dilate ad maximum par l'atropine. La fixation centrale n'existe plus; le n° 16 n'est lu qu'avec peine à 3 pouces de distance. Dans l'œil droit, la cornée est, en général, transparente, la pupille légèrement tirée en bas et en dehors par suite d'une synéchie antérieure du bord pupillaire, et, en rapport avec cette synéchie, il existe, à la périphérie de la cornée, une cicatrice cornéenne résistante de 2 lignes de long sur une ligne de large. La pupille, qui se contracte difficilement, se laisse dilater fortement par l'atropine. Sur cet œil, la vue se comporte comme une vue périphérique, et la malade ne peut plus compter les doigts avec certitude. Extérieurement, les yeux ne présentent point d'autres manifestations morbides.
A l'examen ophthalmoscopique , le cristallin et le corps vitré sont transparents dans les deux yeux, et la manière dont l'intérieur de l'œil est éclairé, aussi bien que l'aspect de l'image du fond de l'œil, démontrent un haut degré de myopie; c'est-à-dire à l'œil droit, = V. — ■ T/z, à l'œil gauche = V. — 8.
Dans l'œil droit (voy. fig. 124) par suite d'un trouble diffus de la rétine, le fond de l'œil paraît voilé au niveau de la papille et dans son voisinage. Dans la plus grande partie de son étendue , ce trouble se montre assez uniforme, (ni strié, ni nuageux) et c'est auprès du bord du nerf optique et dans son entourage qu'il est le plus épais; il s'amiucit vers la périphérie, si bien qu'à une distance de deux ou trois fois le diamètre optique, à partir du bord du nerf, la rétine devient complètement transparente. Le trouble paraît traverser toute l'épaisseur de la rétine, de sorte que, non-seulement, il couvre et rend plus ou moins confuses les parties du fond de l'œil situées plus profondément, mais qu'il recouvre encore d'un nuage uniforme le système vasculaire central. Ce dernier, dans le trajet de ses différents vaisseaux, particulièrement de ceux qui entourent la macula, manifeste d'une manière caractéristique la structure myopique de l'œil par staphylôme postérieur; mais du
reste, il ne diffère en rien de l'état physiologique, eu égard à la distribution, aux ramifications, au diamètre et à la couleur des différents vaisseaux, si ce n'est que tous les plus petits vaisseaux qui parcourent le trouble rétinien disparaissent complètement pendant ce trajet.
La macula ne présente rien de particulier; son centre est situé horizontalement en dehors, à deux diamètres optiques du bord de la papille.
Le nerf optique, qui est recouvert par le trouble de la rétine, surtout à la périphérie, ne s'aperçoit qu'indistinctement. 11 ne présente pas de contours tranchés, pourtant on reconnaît, en général, très-bien sa limite d'un côté à la couleur qu'il présente par rapport au fond jaune-rouge de l'œil, puisqu'un centre il est d'un jaunerouge plus clair, à la périphérie d'une couleur rougeâtre foncée uniforme (rouge hématique), et d'un autre côté, par suite de la couleur plus claire du cône. 11 paraît posséder une surface normale, il est de grandeur normale et de forme arrondie: pourtant on ne reconnaît pas nettement l'anneau de tissu cellulaire.
Dans sa circonférence externe , il est entouré d'un cône à pointe mousse, qui a une hauteur d'environ la moitié du diamètre optique, dont le sommet se porte en dehors et très-peu en bas; dans toute son étendue, il est d'une couleur jaune-orange foncée uniforme, il concorde parfaitement avec le plan choroïdien du segment postérieur de l'œil, et il est entouré sur ses bords d'un liséré pigmentaire rouge-brun étroit, un peu plus large vers le sommet.
Le reste du fond de l'œil, dans l'étendue de la choroïde, paraît, pour la plus grande partie, d'une couleur jaune-rouge normale avec des grains volumineux et éloignés; cependant, dans la plus grande partie de son étendue, il est recouvert d'une infiuilé de taches claires, grandes ou petites, et, dans certains points, de taches pigmentaires rouge-foncé.
Les taches claires ont presque toutes une forme arrondie ou ovale et des bords qui ne sont pas nettement dessinés; elles paraissent avoir une épaisseur assez considérable, et être formées d'une niasse homogène assez résistante. Elles sont situées, en partie profondément, en partie superficiellement dans la choroïde, et elles ont une surface inégale : dans certains points, particulièrement au milieu,' elles s'élèvent bien davantage et même au dessus de la surface choroïdienne ; dans ce point, elles sont plus claires, d'une couleur blanc-jaunâtre uniforme avec des grains très-petits qui ne sont pour ainsi dire qu'indiqués.
Les taches pigmentaires possèdent en partie une couleur claire, en partie une couleur rouge-brun foncé; elles sont, en général, nettement granulées et situées pour la plupart superficiellement, soit dans la choroïde, soit sous la rétine (derrière le plan vasculaire de la rétine), mais elles proéminent aussi beaucoup dans la rétine. Quelquesunes ont une configuration tout à fait irrégulière, et sous forme de légères stries pigmentaires , elles délimitent quelques taches claires sur un point indéterminé de leur circonférence, ou, comme dans le dessin, en bas et en dedans du nerf optique, elles se portent en masse jusque sur la surface des taches claires. Pour la plus grande partie ces taches pigmentaires ont cependant une forme très-déterminée caractéristique, soit la forme angulaire, soit la forme ramifiée ou étoilée, comme les représentent aussi fig. 77 et 78.
Au fond de l'œil yauche, on trouve des manifestations morbides semblables, mais beaucoup moins étendues et moins prononcées.
PI. III. Fig. 21
et
PL XXIX. Fig. 125.
GUOSSISSEMENT 8.
Inflammation de la choroïde avec trouble du corps vitré dans tut œil myope par staphylôme postérieur.
J. W., âgé de 45 ans, maître ferblantier, dit toujours avoir été bien portant. Dès sa jeunesse, il était fortement myope des denx yeux, et grâce à sa myopie, il fut congédié comme militaire après un service de. courte durée.
A 22 ans, il fit, pour la première fois, usage de lunettes concaves 8, pour passer progressivement jusqu'à présent. au n«G; sa vue fut toujours nette; il pouvait travailler longtemps.
Il y a cinq mois, il remarqua pour la première fois, sans aucune cause extérieure, un trouble de la vue, un voile dans les yeux ; état qui, à la vérité, disparut bientôt, pour reparaître de nouveau après un bref délai, disparaître encore et ainsi de suite. Les intervalles pendant lesquels le malade voyait bien, devinrent toujours plus courts, et les périodes d'obscurcissement de la vue se montrèrent toujours plus longues, jusqu'à ce qu'enfin le trouble devint continu.
Le nuage, qui s'étendait uniformément sur tout le champ visuel, paraissait grisfumé, et un peu moins épais et moins foncé à l'œil gauche (plutôt gris-fumé clair), il devint de plus en plus épais, et atteignit enfin le degré actuel. Tout d'abord, lorsque le nuage fut devenu constant, des changements importants se manifestèrent dans son intensité, puisque durant quelques jours, il resta le même, pour augmenter alors subitement et sans cause connue, et revenir, en quelques heures, ou, tout au plus, en 1 ou 2 jours à son épaisseur primitive. Ces oscillations devinrent peu à peu moins remarquables et enfin elles disparurent complètement, mais, le nuage en lui-même, ainsi que le trouble visuel, augmentèrent constamment. Par contre, il se produisit clans le nuage et le trouble visuel un autre changement, de plus en plus évident dans les derniers temps, lequel consiste en ce que, les yeux étant en repos, surtout le matin au réveil, le malade voit mieux, et à ce moment de la journée, le nuage qui couvre ses yeux paraît moins épais. Mais aussitôt qu'il remue rapidement les yeux, ou qu'il s'assied sur son lit, le trouble devient plus fort et la vue plus mauvaise, et il lui semble qu'un nuage de plus en plus épais descend plus ou moins rapidement et avec des mouvements oscillatoires variés de la partie supérieure à la partie inférieure du champ visuel. Pendant le jour, lorsque le corps et les yeux sont en mouvement, le nuage et la mauvaise vue restent à peu près dans le même état ; mais si le malade garde longtemps le repos, ils diminuent tous les deux progressivement; le nuage devient d'abord moins épais dans la partie inférieure du champ visuel, et diminue successivement vers le haut, comme un nuage se dissipe dans
l'air, en même temps, la faculté visuelle s'améliore au même degré. Le malade est donc forcé, dans le but de voir plus nettement les objets, de les fixer pendant quelque temps; en tenant ainsi les yeux immobiles, le nuage diminue, et la forme des objets devient plus nette.
Depuis deux mois, il n'est plus en état de continuer son travail. Pendant toute la durée de son affection oculaire, le malade n'avait jamais eu de douleurs ni de sensations morbides dans les yeux; jamais il n'y avait remarqué de rougeur, ni de sensibilité à la lumière.
L'état général était également bon, les fonctions se faisaient régulièrement; seulement dans ces derniers temps l'ouïe devint peu à peu dure de chaque côté.
Actuellement J. W. lit avec peine, de l'œil droit (V. — 6i/2), le n» 12 à 6 pouces de distance, et avec le gauche (V. — 6) seulement le n« 15 à 6 pouces, avec difficulté. L'extérieur des yeux ne montre rien de morbide, cependant il fait conclure à un haut degré de myopie ; de même la manière dont l'intérieur de l'œil est éclairé, ainsi que les particularités de l'image ophthalmoscopique (voy. description des fig. 111 et 112) indiquent le haut degré de myopie des deux yeux.
Dans les deux yeux, le système cristallinien se montre parfaitement transparent ; cependant, le corps vitré est, en grande partie, ramolli, et lorsque les yeux sont immobiles, il paraît présenter partout un trouble fumé uniforme. Par contre, si les yeux exécutent des mouvements rapides, ou s'ils sont légèrement ébranlés, le corps vitré se trouble considérablement, surtout dans l'œil droit (voy. pi. 111, fig. 21), car un véritable tourbillon de poussière composé de points (de grains) de grosseur variable, brun-foncé, ou noirâtres, qui s'agitent pêle-mêle, s'élève de la région équatoriale inférieure comme un véritable nuage; ces grains oscillent ensuite de côté et d'autre, se répandent surtout dans les régions antérieure et moyenne du corps vitré et lui communiquent une couleur foncée gris-fumé.
Si les yeux restent quelque temps immobiles, pendant qu'ils fixent un objet quelconque, les opacités les plus volumineuses descendent d'abord, les plus petites ensuite, le corps vitré devient de plus en plus clair, en commençant par en haut, et le trouble rétrograde dans son ensemble , comme un nuage qui descend progressivement à la partie inférieure, pour disparaître enfin complètement derrière le segment inférieur de l'iris (à l'exception de ce qui existait à l'origine).
Dans les deux yeux, le fond de l'œil paraît moins éclairé que d'habitude, mais cependant, au moyen de l'ophthalmoseope, et surtout à l'image droite, on peut en apercevoir toutes les particularités avec une netteté parfaite, des contours exacts et une couleur normale.
Dans l'œil (fauche (voy. fig. 125), le tronc nerveux est arrondi, de grandeur normale, et nettement entouré dans toute sa circonférence d'un anneau de tissu cellulaire blanc-jaunâtre de largeur normale. Dans la plus grande partie de sa circonférence externe, sa surface paraît normalement placée dans le plan de la rétine, et là il paraît tout entier de couleur rougeâtre; à son centre, au contraire, au niveau du point d'émergence des vaisseaux centraux, il est vivement éclairé, faiblement jaune-rougeâtre, et excavé en entonnoir dans l'étendue de </3 du diamètre optique.
Dans toute sa circonférence, la papille est entourée d'un cône circulaire de largeur inégale, ayant dans sa plus grande hauteur plus de la moitié du diamètre optique. La surface de ce cône concorde parfaitement avec celle de la choroïde environnante. Dans toute son étendue, il est presque uniformément coloré en orange-clair sale, et couvert de toutes parts, surtout en haut et dans sa partie externe qui est la plus large, de taches pigmentaires rouge-brun, claires et foncées. Les plus petites et les plus claires de ces taches pigmentaires, surtout visibles dans les segments inféro -interne
et supéro -externe, sont situées un peu plus profondément, et représentent par leur forme et leur disposition réciproque les mailles intervasculaires du réseau externe de la choroïde ; les taches pigmentaires volumineuses plus foncées, qui paraissent surtout groupées en haut et en dedans, ainsi qu'en dehors, se montrent superficielles, elles ont une forme tout à fait irrégulière et rappellent plutôt l'aspect de la mousse.
A sa circonférence externe, le cône est entouré, en grande partie, d'un liséré pigmentaire étroit rouge-brun foncé, et nettement délimité en bas par de larges masses pigmentaires presque noirâtres.
En bas et en dedans du nerf optique, dans le voisinage du bord externe du cône, ainsi que dans différents points plus ou moins éloignés du nerf optique, on voit des taches claires de grandeur variable, en partie isolées, en partie réunies en groupes, répandues dans le fond de l'œil.
Ces taches sont superficiellement placées dans la choroïde, avec laquelle elles concordent par leur face interne; elles sont bien délimitées, de forme ovale ou irrégulièrement arrondie ; elles paraissent avoir une surface assez lisse, une épaisseur considérable et une trame assez serrée (formée d'une masse dense). En général, elles réfléchissent fortement la lumière, sont d'une couleur blanc-jaunâtre uniforme ; elles sont limitées par des lisérés et des groupes pigmentaires rouge-brun foncé grossièrement granulé, et séparées çà et là de la même manière les unes des autres; elles sont également recouvertes, en grande partie, de taches pigmentaires minces ou épaisses rouge-brun clair ou foncé de forme irrégulière.
Le reste du fond de l'œil est entièrement dépouillé de la couche épithéliale pigmentaire et il montre avec une netteté exceptionnelle (voy. description de la fig. 118) Je réseau externe de la choroïde, dont les mailles interstitielles sont remplies d'un pigment rouge-brun clair ou foncé nettement granulé.
La rétine paraît partout normalement transparente. La macula ne présente rien de particulier, son centre est à deux diamètres optiques au-delà du nerf, du côté externe, presqu'à la hauteur de sa partie moyenne.
D'après leur trajet, les vaisseaux centraux rappellent très nettement les caractères anatomiques d'un œil myope par staphylôme postérieur (voy. description des fig. 111 et 112), mais ils se montrent, du reste, normaux au point de vue de leur étendue, de leurs ramifications, de leur diamètre et de leur couleur.
L'œil droit montre dans le fond des altérations semblables, mais moins développées.
PL XXIX. Fig. 126.
Inflammation de ta choroïde dans un œil myope par staphylôme
postérieur. (*)
M. Z., bourgeoise, âgée de 42 ans, très-fortement myope depuis sa jeunesse, et habituée dès l'âge de 15 ans, à l'usage de verres concaves très-forts, a toujours
(*) Voy.: Ueber die Einslelliing des dioptr. Apparûtes; pp. 82 et 267, pi. III, fig. 32.
néanmoins bien vu de près et d'une façon continue, et s'est occupée de fine broderie sur étoffes blanches. Jusqu'à sa 40me année, elle avait toujours employé des verres concaves — 6.
M. Z., à part quelques légers catarrhes, fut toujours bien portante. Réglée à 14 ans, elle mit au monde, après sa 24"lc année, et toujours à une année d'intervalle, trois enfants bien portants et encore vivants.
A 40 ans, survinrent d'abord des irrégularités dans les règles, qui cessèrent complètement 10 mois plus tard.
A celte époque, la malade remarqua, pour la première fois, qu'elle voyait plus mal de l'œil gauche et comme à travers un nuage, et qu'elle ne pouvait plus apercevoir d'aussi petits objets qu'auparavant; cependant, abstraction faite d'une légère sensibilité qui augmentait parfois dans cet œil, elle n'avait jamais eu à se plaindre de phénomènes morbides.
Trois semaines après la première apparition du trouble de la vue, la malade fut examinée par un ophthalmologiste. Les yeux présentaient l'aspect d'une myopie élevée, leur saillie était considérable, cependant, à l'œil nu, on ne découvrait point de phénomènes morbides. De chaque côté, la cornée avait, en apparence, la courbure normale, la chambre antérieure était grande, l'iris avait une mobilité normale.
Avec l'œil droit, la malade voyait bien et d'une façon continue comme auparavant; de ce côté, la myopie = V. — 5ya. Avec l'œil gauche, elle ne pouvait plus qu'avec peine déchiffrer le n" 10 à 5 pouces ; la myopie était pour cet œil = V. — 5. Le nuage gris, à travers lequel la vue avait lien, paraissait uniformément répandu sur tout le champ visuel.
Avec l'ophthalmoscope, on trouvait dans les deux yeux des milieux transparents; l'éclairage et la nature des images du fond de l'œil indiquaient la structure fortement myopique des deux yeux.
Dans l'œil droit, le nerf optique était d'une faible couleur rouge âtre uniforme, mais d'ailleurs normal sous tous les rapports; dans toute sa circonférence, il était entouré d'un cône circulaire blanc-jaunâtre, qui, dans la direction du nerf, se délimitait nettement de l'anneau du tissu cellulaire blanc-jaunâtre par un faible contour pigmenté, mais, vers le reste du fond de l'œil, dans la plus grande partie de sa circonférence, il était nettement délimité par un liséré pigmentaire rouge-brun foncé. Sa surface se montrait parsemée de légères taches pigmentaires rouge-brun.
Le reste du fond de l'œil, ainsi que la rétine et les vaisseaux centraux paraissaient à l'état normal, sinon que ces derniers, avec leur trajet caractéristique, rappelaient la structure de l'œil myope par staphylôme postérieur.
Dans l'œil gauche, le tronc nerveux, de forme arrondie, se montrait également rougeâtre dans toute sa masse, la coloration paraissait seulement un peu plus foncée que du côté droit; du reste, il était de grandeur et de surface normales, et il était nettement entouré d'un anneau complet de tissu cellulaire blanc-jaunâtre, dont le contour externe paraissait distinctement entouré de légers agrégats pigmentaires; eu outre, il était entouré d'un cône circulaire un peu plus grand et un peu plus clair de l'œil droit.
La surface de ce cône concordait parfaitement avec le plan choroïdien du segment postérieur du globe; c'est en bas et en dedans qu'il présentait sa plus faible étendue (i/4 du diamètre optique), et la plus grande en haut et en dehors (*/„ du diamètre optique). Toute sa surface était de couleur blanc-jaunâtre; cependant, dans le segment supéro- externe, près du nerf optique lui-même, il était d'une couleur plus claire, plus vivement éclairé, ayant même presqu'un reflet soyeux; il paraissait, en grande partie, pourvu de légères taches pigmentaires rouge-brun, taches qui, par leur forme et leur disposition réciproque, indiquaient les mailles interstitielles du réseau vascu-
laire externe île la choroïde; île même, dans toute sa circonférence, il était nettement délimité par un liséré pigmentaire rouge-brun foncé de largeur variable.
En dehors du nerf optique, dans la région de la macula, on voyait dans le fond de l'œil une tache blanc-jaunâtre déforme irréguliére. Cette tache, placée dans les couches superficielles de la choroïde, avait des diamètres presque égaux dans toutes les directions et la grandeur d'un quart du diamètre optique ; elle était uniformément colorée, non granulée, réfléchissait fortement la lumière, était couverte de masses pigmentaires rouge-brun foncé, irrégulières, grossièrement granulées, et nettement délimitées par des stries de même couleur et de faibles agrégats pigmentaires d'un rouge-brun plus clair.
Le reste du fond de l'œil paraissait d'une couleur parfaitement normale et grossièrement granulé; la place claire de la région de la macula était ainsi séparée du cône par une partie normale du fond de l'œil environ de la largeur du diamètre optique. La rétine se montrait partout parfaitement transparente. Le centre de la macula était situé à ls/4 diamètre optique en dehors du nerf et à '/s de diamètre plus bas que son centre.
Les vaisseaux centraux caractérisaient d'une manière exceptionnelle, par leur trajet, la structure de l'œil myope par staphylôme postérieur; du reste, ils se montraient parfaitement normaux au point de vue de leur étendue, de leurs ramifications, de leur diamètre et de leur couleur.
Quoique la malade se fut constamment soumise à un traitement médical, l'affection des yeux et le tiouble fonctionnel augmentèrent néanmoins. La tache blanc-jaunâtre de la région de la macula changea peu à peu de forme , en s'agrandissant surtout du côté du nerf optique, de telle façon que le pont jaune-rouge qui la séparait du cône, devint de plus en plus étroit. Quelque temps après, elle augmenta aussi notablement en étendue en bas et en dedans; de nouvelles masses pigmentaires se développèrent sur sa surface et sur son bord supérieur, et enfin elle se réunit immédiatement avec la périphérie externe et inféro - externe du cône.
Pendant ce temps, de nouvelles places claires mal délimitées s'étaient formées au-dessous et en-dedans du nerf optique, dans le fond de l'œil normalement coloré jusqu'à présent. Ces places blanches augmentèrent également en étendue et de légères taches pigmentaires foncées se formèrent dans leur région et dans leur voisinage ; en continuant à grandir, diverses taches se confondirent ensemble, formèrent des plaques plus grandes, qui augmentèrent encore, et qui, en se réunissant avec les autres, donnèrent lieu à des plaques encore plus considérables. De cette manière, elles se rapprochèrent du cône au bord inféro interne du nerf optique, et finalement elles se réunirent avec lui et avec la tache blanc-jaunâtre qui s'étendait à partir de sa macula, pour former une seule grande place claire, qui paraissait pigmentée sur la surface et en partie sur ses bords.
Cette grande tache s'étendit par la suite en bas et surtout en dedans du nerf optique vers l'équateur du globe, mais avant tout des changements se manifestèrent dans le cône lui-même, puisque les légères taches rouge-brun de sa surface, et principalement les bandes pigmentaires de sa périphérie interne, externe et inférieure devinrent plus claires, et disparurent enfin complètement.
De cette manière, dans l'espace de deux ans, avec la diminution progressive de la faculté visuelle et la cécité définitive de l'œil en question, l'image du fond de l'œil avait peu à peu complètement changé, le cône, surtout dans la plus grande partie de son étendue, avait perdu ses caractères distinctifs.
Deux ans après le premier examen, on fit le dessin ci-joint (vo3T. fig. 12G).
Jusqu'à cette époque (suivant l'état ophthalmoscopique et d'après les mensurations externes du globe), aucun changement n'était survenu dans le degré de myopie de cet œil gauche.
Le tronc nerveux (voy. fig. 126, œil gauche), n'avait pas changé, eu égard à ses dimensions, sa forme, sa couleur et sa surface; par contre, l'anneau de tissu cellulaire n'était plus visible, et les faibles agrégrats pigmentaires qui désignaient son contour externe s'étaient transformés en une large bande pigmentaire très mince, d'un rouge-brun faible; cette bande à bords nets entoure maintenant le nerf optique, elle devient peu à peu plus mince et moins colorée vers la périphérie, et elle présente une légère striation radiée.
Du cône, il ne reste plus actuellement que la partie supéro-externe, avec son liséré pigmentaire externe primitif, et avec de faibles indices de taches pigmentaires à sa surface; dans le reste de sa circonférence, le nerf optique est maintenant entouré par une partie du fond de l'œil, étendue, claire, plus ou moins blanc-jaunâtre, qui est nettement délimitée en haut et en dehors par des stries et des agrégats pigmentaires plus ou moins volumineux, en partie clairs, en partie rouge-brun foncé: en bas, au contraire, cette partie ne présente pas de délimitation nette, mais elle se confond là insensiblement avec la couleur du reste du fond de l'œil.
Dans la plus grande partie de sa surface, cette place claire présente un état granulé légèrement rougeâtre, qui va en augmentant vers la périphérie, surtout en bas et en dedans du nerf optique; dans sa partie externe, elle est munie de fortes masses pigmentaires, rouge brun-foncé, de forme irrégulière : dans le reste de son étendue, au contraire, elle est partout recouverte de taches pigmentaires extrêmement petites, d'un rouge-brun faible, de forme irrégulière; cependant, parmi ces taches, il en est quelques-imes de couleur plus foncée, dont la forme est également, en partie irrégulière, en partie régulière, soit conique, soit ramifiée.
Le reste du fond de l'œil entourant cette place claire, présentait comme auparavant un aspect uniformément jaune-rouge et granulé.
La rétine avait conservé sa transparence. La distance de la macula au nerf optique était restée la même, et dans le système vasculaire central, aucun changement de l'état antérieur ne paraissait s'être produit.
L'œil droit est aussi, jusqu'à présent, resté sain et il a conservé sa myopie et son acuité visuelle antérieure.
PI. III. — Fig. 23.
et
PL XXIX. - Fig. 127.
Inflammation de la choroïde et de la sclérotique avec opacités du corps vitré dans un œil myope par suite de staphylôme postérieur.
A. L., négociant, âgé de 57 ans, avait eu dans son enfance des maladies scrophuleuses. Dès l'âge de 16 ans, il lui survenait parfois des flux hémorrhoïdaux. Les digestions n'avaient jamais été très-bonnes; sujet à une constipation fréquente, il
avait, lorsqu'elle persistait, des maux de tête, du vertige, des bourdonnements d'oreilles et des éblouissements.
A plusieurs reprises, il fut atteint d'ulcères syphilitiques; des symptômes de syphilis généralisée, tels que, éruptions cutanées, chute des cheveux, exostoses et ozène, se développèrent malgré divers traitements, et quoique diminués, ils continuent encore actuellement.
Le malade avait toujours bien vu de près et d'une façon continue. Dès sa jeunesse, il était fortement myope, autant qu'il peut se rappeler le temps où il allait à l'école ; jusqu'au commencement de l'affection oculaire actuelle, il prétend n'avoir observé ni augmentation de la myopie, ni changement dans la vision.
Il y a neuf mois, dans un voyage qu'il fit à pied en Moldavie et en Valachie, par un temps froid et pluvieux, il s'était fortement refroidi, ce qui lui avait amené un violent catarrhe nasal et bronchique, accompagné de phénomènes fébriles, de maux de tête, de rougeur des yeux, de photopsies, surtout du côté gauche. N'étant pas dans la position de se soigner, ou de demander l'avis d'un médecin, il se banda l'œil gauche avec un mouchoir, et continua son voyage pendant plusieurs semaines, jusqu'à ce qu'il fut arrivé chez lui. La fièvre, le catarrhe, les maux de tête, avaient peu .à peu diminué et enfin cessé complètement, les éblouissements de l'œil droit (l'œil non bandé), ainsi que les photopsies des deux yeux, avaient aussi disparu pendant ce temps ; mais la vue de l'œil droit était peu à peu devenue si mauvaise, que le malade ne pouvait plus qu'avec peine continuer sa route.
Lorsqu'enfin rentré chez lui, il enleva le mouchoir de devant l'œil gauche, il remarqua qu'avec cet œil il pouvait à peine distinguer les doigts de sa main. Mais ce faible pouvoir visuel disparut aussi complètement les mois suivants: pendant ce temps, la vue baissait également du côté droit, mais beaucoup plus lentement, et par suite, le malade ne peut plus maintenant se conduire seul.
Actuellement, les parties extérieures des yeux ne présentent rien de morbide, seulement la pupille gauche est un peu moins mobile que la droite, et elle ne réagit pas à la lumière directe, mais bien lorsqu'on fait tomber la lumière sur l'autre œil.
L'allongement considérable de leur axe révèle la structure myopique des deux yeux. A gauche (V. — 53/4) il n'existe aucune perception lumineuse; avec l'œil droit (V. — 6), le malade ne peut distinguer les doigts qu'avec peine.
L'examen ophthalmoscopique de l'œil droit, la pupille étant dilatée ad maximum, montre le système cristallinien transparent, sauf une petite opacité corticale centrale postérieure; de plus, la partie antérieure du corps vitré est ramollie, et il s'y trouve divers flocons noirâtres volumineux. Ces flocons du corps vitré sont animés de mouvements ondulatoires dans les directions les plus différentes, lorsque l'œil se tourne rapidement de côté ou qu'il est ébranlé, et dans le repos du globe, ils descendent vers le fond et se soustraient complètement à l'œil de l'observateur.
La partie postérieure plus grande du corps vitré n'est point ramollie; elle est légèrement gris-fumé, et couverte, à sa surface limitante antérieure, d'opacités volumineuses, foncées, irrégulières, granulées.
Cette surface limitante antérieure (voy. pi. III, fig. 23, œil droit), a une forme ondulée, elle est placée obliquement sur l'axe optique, et s'étend en avant, à savoir, de la partie inféro externe du corps ciliaire, en haut et en arrière, jusqu'à la partie supéro-interne équatoriale du globe. Lorsque l'œil est en repos, on n'y aperçoit aucun mouvement; mais, lorsqu'il est ébranlé, ou qu'il se tourne rapidement d'un côté ou de l'autre, elle entre en mouvement, et, toujours suivant la manière dont l'œil se meut, ses différentes parties oscillent comme des vagues dormantes ou agitées. Dans son étendue, les opacités paraissent, en partie, placées dans son épaisseur, en partie simplement adossées; ces opacités sont les unes rouge-brun clair, les autres rouge-
brun-foncé et même noirâtres; elles paraissent les unes fines comme une poussière, les autres plus fortes, plus compactes et formant des flocons, des stries et des masses irrégulières ; dans les parties périphériques de cette membrane limitante, ces opacités sont plutôt isolées; réunies, au contraire, dans la partie moyenne, où elles sont plus volumineuses et où elles forment, dans la direction de l'axe optique, un flocon membraniforme irrégulier, de couleur et d'épaisseur variables, dont le diamètre est presque aussi grand que celui de la pupille dilatée.
Le fond de l'œil ne se laisse que faiblement éclairer, et dans ses différentes parties, il paraît confus, comme voilé; cependant, au moyen du miroir, onpeut non-seulement constater la structure myopique, mais on reconnaît encore avec assez de certitude que le nerf optique possède une couleur rougeâtre intense uniforme, et qu'à sa circonférence externe, il est entouré d'un large cône clair, pointu, dirigé en bas et en dehors; ce cône est pigmenté à sa surface, et sur le bord, il est entouré d'un liséré pigmentaire foncé; déplus, dans le reste du fond de l'œil normalement coloré, au niveau de la macula et près de la circonférence interne du nerf optique, il existe plusieurs taches claires blanc-jaunâtre, irrégulières, de grandeur variable, présentant du pigment soit à leur surface, soit sur leur bord.
En examinant l'œil gauche avec le miroir, on trouve au pôle postérieur du cristallin une petite opacité irrégulière bien délimitée, le reste du cristallin est parfaitement transparent, et le corps vitré, qui est partout ramolli, est, en général, parfaitement transparent; cependant, lorsque l'œil est ébranlé ou qu'il se meut rapidement, de flocons noirâtres, de grandeur variable, y flottent dans les directions les plus différentes.
La manière dont l'œil est éclairé, ainsi que la nature de l'image du fond (voy. description des fig. 110, 111, 112), démontrent d'une façon accusée la structure niyopique du globe.
Le tronc nerveux (voy. fig. 127, œil gauche) est arrondi, de grandeur et de surface normales; dans ses parties les plus profondes, il est d'une couleur rougeâtre uniforme, et à sa surface il présente une striation radiée extrêmement fine. Il est entouré d'un anneau blanc-jaunâtre de tissu cellulaire, dont le contour externe est nettement marqué par des stries et des taches pigmentaires rouge -brun -foncé, de grandeur variable; à la circonférence interne du nerf optique, l'anneau de tissu cellulaire a sa largeur normale , mais en dehors celle - ci est beaucoup plus considérable.
Dans la plus grande partie de sa circonférence externe, la papille est entourée d'un large cône pointu, qui se porte horizontalement en dehors et présente une hauteur d'environ z/3 du diamètre optique. Sa surface concorde avec le plan choroïdien du segment postérieur du globe.
A sa circonférence externe, elle est entourée d'un liséré pigmentaire rouge-brun de largeur variable ; en dedans, c'est-à-dire dans la direction de la surface du cône, ce liséré est bien délimité, plus foncé, plus volumineux; dans la direction opposée il parait pourtant plus clair et plutôt interrompu. Ce même liséré pigmentaire se continue encore autour de la circonférence interne du nerf optique , et il marque là le contour externe de l'anneau de tissu cellulaire.
Dans toute son étendue, le cône est vivement éclairé, d'un jaune-rouge clair, et parsemé partout de petites taches pigmentaires granulées, irrégulières, d'un rougebrun clair et foncé; par leur siège et leur disposition réciproque, ces taches indiquent les mailles interstitielles du réseau vasculaire externe de la choroïde.
Dans la région de la macula, ainsi qu'autour de la papille et du cône, on voit deux grandes taches claires, séparées l'une de l'autre par un pont jaune-rouge et granulé de tissu normal, en partie recouvertes et limitées par du pigment, ainsi que par plusieurs petites taches brillantes.
Ces taches claires ont une surface légèrement inégale, elles sont situées en partie profondément, en partie superficiellement dans la choroïde, et, dans certains points, elles proéminent même sur le plan choroïdien. Les deux grandes taches sont vivement éclairées, d'une couleur blanc-jaunâtre uniforme et en grande partie bien délimitées; les plus petites ont plutôt une couleur jaunâtre ou jaune-rougeâtre claire, ne sont pas nettement délimitées, et présentent à leur surface un état granulé légèrement rougeâtre.
Les stries et les taches pigmentaires qui recouvrent et limitent en partie ces taches claires, ont une couleur rouge-brun clair ou foncé, sont composées de grains pigmentaires grands ou petits, et elles paraissent parfois aussi légères qu'un faible souffle, mais parfois beaucoup plus considérables.
La tache claire qui se trouve dans la région et dans le voisinage de la macula a une forme irrégulièrement quadrangulaire, et une étendue de li/0àl3/4 du diamètre optique.
La seconde tache, claire, d'une circonférence plus grande, entoure complètement et cireulairement le nerf optique et le cône; c'est au sommet du cône qu'elle est le plus étroite, et, dans le reste de son étendue, elle montre une largeur de '/3 à ys du diamètre optique.
Le reste du fond de l'œil montre partout une couleur jaune-rouge normale avec des grains volumineux, uniformes et sensiblement écartés l'un de l'autre.
Partout la rétine a sa transparence normale. La macula est à 2 diamètres optiques du côté externe de la papille et </t de diamètre plus bas que le milieu du nerf.
Les vaisseaux centraux caractérisent éminemment par leur trajet la structure myopique par staphylôme postérieur ; h part cela, cependant ils se montrent normaux sous tous les rapports, sinon que, en partie sur le cône, mais surtout au niveau de deux grandes taches d'un blanc-jaunâtre, on peut poursuivre un plus grand nombre de petits vaisseaux papillaires et rétiniens plus loin qu'on ne le fait habituellement dans ces points sur le fond jaune rouge d'un œil normal.
PL III. - Fig. 22.
GROSSISSEMENT i.
Opacités du corps vitré dans un œil myope par staphylome postérieur.
et
PL XXIX. Fig. 128.
Inflammation de la rétine et de la choroïde avec opacités du corps vitré dans an œil myope par staphylome postérieur.
K. IL, âgée de 26 ans, campagnarde, avait eu, à l'âge de 5 ans, une angine membraneuse, mais à part cela, elle avait jusqu'à présent toujours été bien portante. Réglée à 14 ans, ses époques étaient venues régulièrement jusqu'au début de la maladie actuelle.
Dès l'âge de 4 ans, au dire de son entourage, elle était forcée de tenir les objets près de l'œil , et fréquemment , car déjà elle n'y voyait pas suffisamment à une faible distance, elle s'était heurtée aux objets qui se trouvaient sur son passage, ou elle était tombée sur eux.
Elle lisait et elle écrivait, pour ainsi dire, le nez sur le papier; mais, à une si courte distance, elle voyait très-nettement et elle pouvait s'occuper d'une façon continue avec les plus petits objets, à quoi elle employait de préférence l'œil gauche.
La malade croit qu'elle a toujours vu presque également bien avec les deux yeux; aussi, jusqu'au début de la maladie actuelle, prétend-elle n'avoir jamais remarqué de changement dans sa myopie ni dans l'acuité de sa vue. Elle n'avait jamais porté de lunettes.
A l'âge de 23 ans, elle eut un violent refroidissement à l'époque où ses règles apparurent; il en résulta que ces dernières s'arrêtèrent immédiatement, et elles ne reparurent pas jusqu'aujourd'hui. Depuis lors, elle est fréquemment tourmentée de maux de tête, de vertiges, d'éblouissement et parfois de bourdonnements d'oreilles; elle éprouve souvent des bouffées de chaleur, elle a un sommeil interrompu, des rêves pénibles, sa digestion n'est plus aussi active qu'auparavant et il y a parfois perte d'appétit et constipation. Elle est devenue chagrine, pesante, paresseuse, et elle ne peut plus être employée aux soins du ménage ni aux travaux des champs.
11 y a 4 mois, elle remarqua pour la première fois qu'elle ne voyait plus aussi bien que d'habitude, qu'elle ne distinguait plus les petits objets aussi bien qu'auparavant et qu'un léger nuage grisâtre les recouvrait tous. Comme ces phénomènes éprouvaient au début des variations notables, et surtout qu'ils n'étaient pas très-développés, la malade y attacha peu d'importance. En général, ils augmentèrent constamment,
mais lentement. Dans ces derniers temps, il lui sembla, à différentes reprises, que l'ombre d'un petit objet quelconque passait devant l'œil gauche, tantôt c'était un cheveu, ou une mouche qui voltigeait plus ou moins rapidement, si bien que plusieurs fois elle fut portée à saisir ces objets imaginaires. Il y a quelques jours, lorsqu'elle était plus que d'habitude tourmentée par ces ombres, elle se demanda, si, par hasard, il n'y avait pas là d'illusion ; elle cacha l'œil gauche, et elle s'aperçut qu'elle était tout-àfait aveugle de l'œil droit, au point qu'elle ne pouvait plus distinguer le jour d'avec la nuit, et que ce n'était qu'avec l'œil gauche qu'elle voyait les ombres.
Actuellement, on ne reconnaît aucun symptôme morbide sur les parties extérieures des deux yeux ; pourtant, leur expression révèle un haut degré de myopie. L'œil droit louche un peu en dedans et en bas; toute perception lumineuse y est complètement éteinte.
A gauche, le n° 3 est lu de 1 i/o à 3 '/, pouces de distance.
A l'examen ophthalmoseopique, le système lenticulaire se montre, de chaque côté, parfaitement transparent; mais aussitôt que les yeux sont ébranlés, ou qu'ils exécutent des mouvements rapides, des flocons épais (flocons du corps vitré) traversent le corps vitré ; ils sont plus nombreux à gauche qu'à droite, et ils prouvent par leur déplacement que ce milieu est ramolli.
L'intérieur des yeux paraît du reste normalement éclairé te de chaque côté le fond de l'œil peut être très-nettement aperçu dans ses différentes particularités; de plus, l'éclairage et la nature de l'image du fond de l'œil indiquent également le haut degré de la mvopie, laquelle est à l'œil droit (aveugle) = V. — 3</2, à l'œil gauche = V. — 4.
Dans l'œil gauche (voy. pi. III, fig. 22), les flocons du corps vitré apparaissent comme des corps compactes non transparents, rouge-brun foncé, presque noirs, de forme et de grandeur très-variables. Quelques-uns sont presque arrondis, et même parfaitement sphériques; d'autres sont plutôt allongés, ramifiés, filiformes, anguleux ou tout-à-fait irréguliers. Pendant que l'œil est immobile, ces corps descendent en bas ou vers la région équatoriale de l'œil et disparaissent complètement derrière l'iris; lorsque l'œil est ébranlé, ou lorsqu'il se meut rapidement, ils courent à travers le corps vitré dans les directions les plus diverses; eu outre, ils montent ou ils descendent en exécutant des mouvements ondulatoires, et souvent, lorsqu'ils ont disparu derrière l'iris dans une direction donnée, ils traversent de nouveau le champ visuel, eu partant de ce point dans une direction opposée ; pendant que l'œil devient immobile et que leurs mouvements deviennent progressivement plus lents et moins étendus, ils descendent finalement en bas et disparaissent ainsi du champ visuel.
Dans le fond de cet œil (le gauche), on voit un nerf optique de grandeur normale, arrondi, de couleur claire et uniformément rougeâtre, et entouré en haut, en dehors et en bas, d'un cône clair étendu et à pointe mousse; ce cône est muni à sa surface de taches pigmentaires d'un rouge-brun faible, et est parfaitement limité à son bord libre par un liséré pigmentaire rouge-brun foncé; la hauteur de ce cône est de plus d'un diamètre optique, et son sommet se dirige en bas et en dehors. Du reste, le fond de l'œil paraît normal, et il ne laisse apercevoir aucun phénomène morbide.
Dans l'œil droit, la plus grande partie antérieure du corps vitré est ramollie, et les corps fiotlants y sont plus volumineux, plus épais, pour la plupart irréguliers, mais moins nombreux que dans l'œil gauche.
La partie postérieure du corps vitré présente un trouble grisâtre, au niveau et dans le voisinage de l'entrée du nerf optique. Ce trouble est immédiatement au devant du plan rétinien, il ne paraît pas très-prononcé, et conserve encore un certain degré de transparence; c'est devant la papille et dans son entourage le plus proche que le trouble est le plus épais; vers la périphérie, il diminue graduelle-
ment d'épaisseur, et à i/z ou 1 diamètre optique de la papille, il se soustrait peu à peu au regard, sans limite distincte.
Le nerf optique (voy. fig. 128, œil droit) aune forme arrondie, des diamètres normaux, une couleur rougeâtre uniforme (c'est-à-dire ni ponctuée ni striée); il est plus clair au centre, plus foncé à la périphérie; ses limites ne sont pas nettes, et par suite des opacités du corps vitré, il parait, en général, trouble, effacé, comme couvert d'un nuage, et, à la périphérie, sa surface paraît s'élever un peu au-delà de la face interne de la rétine. Il est complètement entouré d'un auréole blanc-jaunâtre, plus loin , d'un cône circulaire blanc-jaunâtre et enfin d'une grande partie rougeâtre du fond de l'œil.
L'auréole blanc-jaunâtre entoure le nerf optique comme un anneau de tissu cellulaire; seulement elle est beaucoup plus large et a la forme d'une collerette. En partant de la circonférence du nerf optique, sa surface paraît avancer en faisant une légère courbure, c'est-à-dire proéminer un peu en avant, et être située dans le plan des vaisseaux rétiniens et immédiatement au devant d'eux. Il est d'une couleur blanc-jaunâtre uniforme, avec mélange qVun ton très -faiblement rougeâtre. A sa périphérie, il est partout assez nettement limité; il a là un aspect dentelé, car à sa circonférence externe, s'élèvent radiairement huit prolongements dentelés de longueur et de largeur variables qui s'éloignent de la papille dans une étendue de i/3 ou i/2 du diamètre optique.
Le cône rougeâtre qui entoure complètement le nerf optique, a dans son ensemble une forme presque ovalaire ; c'est en haut et en bas qu'il est le moins étendu et par son sommet arrondi, il se porte en bas et en dehors à 3/4 de diamètre optique de la papille. Sa surface concorde avec le plan choroïdien du segment postérieur de l'œil, et autour du nerf optique, il paraît être en partie recouvert par l'auréole en forme de collerette ci -dessus décrite. La surface visible est uniformément rougeâtre ; cependant elle est comme voilée par les corps flottants du corps vitré qui recouvrent à la façon d'un nuage les parties centrales , plus encore les parties périphériques. La circonférence est partout nettement dessinée.
La partie blanc-jaunâtre du fond de l'œil qui, avec le cône, entoure complètement le nerf optique, a une forme irrégulière, et à partir de la périphérie du cône, une largeur de s/4 à ls/4 du diamètre optique. La surface concorde généralement avec le plan choroïdien du segment postérieur de l'œil. Elle est, en grande partie, d'un blanc-jaunâtre sale, et parsemée de points (de grains) rougeâtres, fins, écartés et tout superficiels ; dans d'autres endroits, surtout sur le bord (qui forme plutôt une surbande) la couleur se présente assez uniforme, d'un ton jaunâtre plus clair etelle n'est pas granulée. Les parties claires paraissent un peu plus superficielles; par contre, les parties jaunâtres un peu plus profondes.
Dans différents points de cette partie blanc-jaunâtre du fond de l'œil, il se trouve, en outre, des agrégats pigmentaires plus ou moins épais, de couleur rougeâtre, même rouge-brunâtre, de grandeur variable. Toutes ces taches pigmentaires sont manifestement composées de divers grains ; dans les plus petites d'entre elles, les points pigmentaires sont plus clairs et plus écartés et les taches paraissent provenir de la ponctuation générale de la partie claire, si l'on considère l'épaississement des points et leur coloration plus foncée; au contraire, dans les taches pigmentaires plus foncées, les points sont plus volumineux et plus superficiels.
Cette partie blanc-jaunâtre du fond de l'œil est partout nettement limitée, et le fond de l'œil adjacent est en apparence plus foncé, plutôt rouge-brun, surtout dans les parties les plus claires de la circonférence, ce qu'il faut avant tout mettre sur le compte d'un effet de contraste.
Cette partie blanc-jaunâtre est, de près comme de loin, entourée d'un nombre considérable de taches petites, parfois plus grandes, claires, arrondies ou allongées, et qui sont isolées ou réunies en groupes. La plupart d'entre elles n'ont pas de limites nettes. Les plus petites dans toute leur étendue, les plus grandes à la périphérie, sont pour la plupart d'une couleur jaune-rougeàtre claire, plus ou moins prononcée; de même, il y a des grains rougeâtres plus ou moins nets, suivant la profondeur d'emplacement des taches dans la choroïde ; les plus grandes taches paraissent pour la plupart, soit dans toute leur étendue, soit seulement dans leur partie moyenne, plus claires, d'une couleur blanc-jaunâtre; elles ne sont pas granulées et sont superficiellement placées.
A la circonférence de la partie blanc-jaunâtre, surtout du côté interne, on observe, en outre, répandues dans le fond de l'œil, des taches pigmentaires rouge-brun de grandeur- variable ; elles sont composées de points pigmentaires petits ou volumineux, elles ont, les unes, une forme irrégulière, les autres, une forme ramifiée ou étoilée ; elles sont placées sur la choroïde , et même situées plus ou moins profondément dans la rétine ; elles paraissent même se trouver au-devant des vaisseaux rétiniens.
Partout le reste du fond de l'œil est normalement jaune-rouge et granulé; à la périphérie, la rétine paraît normalement transparente. Le centre de la macula est à 2 diamètres optiques de la papille, et à i/4 de diamètre plus bas que le centre du nerf.
On peut poursuivre partout les vaisseaux centraux en dehors du nerf optique et de son auréole en forme de collerette. Dans le voisinage du nerf, au niveau du cône et d'une portion de la partie blanc-jaunâtre, ils sont recouverts d'un léger nuage produit par le trouble du corps vitré, et se montrent plutôt gris-rougeàfres, sans contours distincts, et sans milieu clair; vers la périphérie, au contraire, ils ressortent avec une netteté parfaite, une couleur et des contours normaux.
Par leur trajet, ils caractérisent d'une manière remarquable la structure myopique du globe, liée au staphylôme postérieur; mais, du reste, pour ce qui concerne leur étendue, leurs ramifications et leur diamètre, ils se montrent parfaitement normaux ; vers le centre, et en particulier au niveau de l'auréole en collerette et du nerf optique lui-même, on peut les suivre. Ils se dérobent déjà complètement au regard, près du bord externe de l'auréole en collerette.
Tableau
indiquant
toutes les images et observations qui, dans les diverses éditions, ont été désignées sous différents numéros.
Titres des observations
Allas portatif
Contributions à la pathologie de l'œil
édition
Fond de l'œil sain et normalement constitué appartenant à un individu châtain clair
Fond d'un œil albinos ....
Épanouissement du nerf optique Épanouissement du nerf optique
Coloration bleuâtre congénitale du nerf op tique
Excavation congénitale du nerf optique
Décoloration bleuâtre du nerf optique
Atrophie du nerf optique et de la rétine
Neuro-rétinite régressive
Atrophie du nerf optique et de la rétine .
Excavation glaucomateuse du nerf optique