II. — HAPPOHT 13ES SAISONS AVEC LES OSCILLATIONS DE LA MORTALITÉ
La preuve la plus importante de la connexité entre les saisons et les maladies populaires, c'est la régularité presque fatale, sur un même théâtre, de la répartition des décès suivant les périodes de l'année. Les variations saisonnières de la mortalité, dans un pays donné, se reproduisent avec une uniformité qui n'est guère troublée aue par des circonstances tout éventuelles, une guerre, une famine, ou le passage d'une épidémie accidentelle.
En nos climats, au moins en général, c'est pendant la saison hivernale que ces décès atteignent leur maximum.
Dans la statistique de la France, je prends les tableaux de décès survenus par mois, durant les années 1869 et 1872; je choisis ces deux années parce qu'elles sont les dernières dont la statistique soit publiée; je laisse de côté les années 1870 et 1871, où le mouvement de la population a été troublé par des circonstances exceptionnelles de guerre, et qui ne nous donneraient que des résultats anormaux.
En l'année 1869, la moyenne quotidienne des décès est ainsi répartie par mois :
Janvier 2,4 l'i
Février 2,4S)5
Mars 2,660
Avril 2,613
Mai 2,175
Juin 2,137
Juillet...... 2,181
Août... 2,314
Septembre Octobre. . .
Novembre.
Décembre .
Les quatre premiers mois de Tannée, puis celui de septembre, sont, on le voit, les plus chargés de décès; la mortalité est à son maximum pendant celui de mars, à son minimum en juin et en juillet.
Pour l'année 1872, la statistique indique non pas les chiffres absolus, mais la proportion relative des décès par mois. Nous y constatons que, sur une somme ronde de 12,000 décès, il y en a eu chaque mois :
1,068 en janvier.
1,049 en février.
1,055 en mars.
1,048 en avril.
967 en mai.
923 en juin.
918 en juillet.
1,005 eu août.
1,092 en septembre.
1,002 en octobre,
9i5 en novembre.
928 en décembre.
Encore ici, on voit que la période la plus chargée. de décès correspond aux quatre premiers mois de l'année ; la mortalité est à son maximum en septembre, puis en mars, à son minimum en juin et en juillet.
lien est de même des résultats fournis par la statistique officielle de l'armée française, statistique qui, depuis douze ans^ établit invariablement que, dans nos garnisons de l'intérieur, le maximum de la mortalité correspond au premier trimestre de l'année.
Si nous consultons l'influence des saisons sur la mortalité dans la Grande-Bretagne, nous arrivons à des conclusions analogues.
Les documents statistiques établis sur le mouvement de la population de l'Angleterre pendant une période de trente-quatre ans (de 1838 à 1871 inclus) ont démontré que le minimum de la morta- ("lité correspondait au troisième trimestre de l'année , le maxi- ^ mum au premier trimestre ; quant aux deux autres trimestres, le second est un peu plus chargé de décès.
Dans son Annuaire de la mortalité de la ville de Bruxelles, pour l'année 1873, qui peut être considérée comme normale, vu l'absence de toute épidémie accidentelle, Janssens établit que sur 5,331 décès survenus en cette année, il y en eut 1,492 dans le premier trimestre, 1 ,339 dans le deuxième, 1,'293 dans le troisième, 1,2U7 dans le quatrième; en somme, mortalité prédominante, et avec un excès relativement considérable, durant le premier trimestre de Tannée.
Ces recherches confirment de tout point celles de Quetelet. Mais c'est particulièrement à deux savants médecins de Genève, Marc d'Espine et Lombard, que l'on doit les travaux les plus complets sur cette question.
En consultant les tableaux des décès du canton de Genève pendant treize ans, Marc d'Espine a établi que les saisons devaient être classées dans l'ordre suivant, d'après l'élévation du chiffce des décès afférent à chacune d'elles : hiver, printemps, été et automne. Les résultats qui attribuent le premier rang à Thiver et le dernier à l'été sont extrêmement catégoriques : en effet, durant cette période de treize ans, l'hiver a été douze fois la saison la plus meurtrière, l'été a été dix fois la saison la plus salubre. Quant aux deux saisons intermédiaires, le printemps et l'automne, leurs chiffres respectifs de mortalité se ressemblent singulièrement ; et si Tautomne figure
(i) Voy. Léon Colin, art. Saisons, in Dict. encycl. des se. méd., 3= série, t. VI, p. 223.
comme moins salubre que le printemps, c'est en raison d'une différence très-minime : sur ces treize ans, en effet, l'automne a été sept ans plus meurtrier que le printemps, qui l'a emporté, à cet égard, durant les six autres années. Les quatre mois les plus insalubres ont été : mars, janvier, avril, février. Les quatre mois les plus sains par ordre de salubrité : août, juillet, septembre, juin (1).
Lombard qui a consacré une partie de sa vie aux mêmes recherches, expose aujourd'hui les résultats de ses travaux. Il démontre que la répartition de la mortalité entre les différents mois et saisons est un fait permanent pour chaque pays, et qu'il est sous la dépendance immédiate de la fixité du climat, et par conséquent de l'uniformité des influences atmosphériques.
Il établit qu'en nos climats, et dans l'Europe en général, la mortalité atteint son maximum pendant la saison froide, et tombe à son minimum en été. Quant aux preuves fournies à cet égard par l'auteur, elles constituent par leur nombre et leur concordance, une argumentation sans réplique (2).
Il y atout lieu de croire que cette prédominance de la mortahté durant les mois les plus froids de l'année est un fait relativement fort moderne. Au siècle dernier, aussi bien en Angleterre, d'après les écrits de Sydenham et d'Huxham, qu'en France, d'après les recherches de Villermé (3), l'époque de prédilection des maladies graves et mortelles, c'était l'automne, dont la pernicieuse influence s'étendait parfois aux saisons suivantes et leur imposait la dure et longue empreinte de son passage. Sans doute, cette gravité des maladies automnales était surtout le résultat d'une intoxication plus fréquente alors en Europe, et à laquelle les progrès de l'hygiène ont imposé en tant de localités une barrière absolue : l'intoxication palustre, dont les manifestations les plus graves correspondaient à la période automnale. D'ailleurs, en même temps qu'on a supprimé,, autour de tant de villes, notamment autour de Londres, les vastes surfaces marécageuses qui autrefois y entretenaient la malaria, on a organisé, dans la plupart de ces villes aussi, des systèmes d'égouts qui réduisent singulièrement la masse des foyers typhoïgènes urbains, dont l'activité pathogénique correspond également à l'automne.
(1) Marc d'£]spine, Essai analytique et critique de statistique mortuaire comparée, p. 25, 1858.
(2) Lombard, Traité de climatologie médicale ; voy. spécialement, t. I, p. 391 et s'uiv. : De la fréquence des maladies dans les différents mois et saisons.
(3) Villermé, Des épidémies, etc., p. 22 et suiv.
Nous avons établi le tableau suivant d'après les Bulletim de siaL lique sanitaire comparée de Janssens, de Bruxelles
Il indique la mortalité, par trimestre, d'un certain nombre de grandes villes de l'ancien et du nouveau monde, pour toute l'année lo75.
DÉCÈS PENDANT -l'année I87J).