DES ÉPIZOOTIES
peinent des bœufs et des buffles qui habitent ces milieux insalubres.
Bailly indique, en outre, comme épizooties dues au miasme palustre, le sang de rate des moutons en Sologne, la clavelée en Hongrie, affections mieux connues aujourd'hui, ayant leur virus spécial et n'offrant aucun rapport avec les fièvres intermittentes.
On a cité il y a longtemps une épizootie de fièvre intermittente sur les chevaux delà cavalerie anglaise dans le Décan, contrée empestée par la malaria; ce fait, que n'a confirmé aucune observation moderne, ne saurait prévaloir contre les cinquante années d'immunité absolue des chevaux de l'armée française en Algérie. Dans les localités les plus fébrifères de l'Italie, notamment dans la campagne romaine, dans les marais Pontins, dans les maremmes toscanes, d'Orbitello à Piombino, l'élevage des cbevaux se fait sur une grande échelle et perpétue des races remarquables par leur énergie et l'ampleur de leurs formes.
D'après un cas d'endocardite végétante observée chez un porc qui provenait d'un pays marécageux, Lancereaux a émis l'opinion de l'action morbifique de la malaria sur les animaux de cette race. Je n'ai pu m'associer à cette manière de voir (1). Les porcs sont tellement réfractaires à la fièvre palustre que, dans les localités les plus insalubres d'Algérie, leur élevage constitue une source de gros bénéfices pour les colons. La rapidité de leur reproduction et de leur développement permet d'en exporter des quantités considérables. Les lièvres, les lapins abondent dans ces localités.
On a voulu reproduire artificiellement sur les chiens les symptômes de la fièvre intermittente, en leur injectant dans les veines ou en leur faisant avaler des matières putrides végétales (2). Or les chiens accompagnent impunément, à travers les marais, les bergers, les chasseurs si fréquemment atteints de toutes les formes, bénignes ou pernicieuses, de l'intoxication. Aussi devait-on prévoir que, quand même les matières employées dans ces expériences eussent contenu réellement le germe de la fièvre intermittente, on ne verrait néanmoins en résulter rien de comparable à cette affection.
En résumé, la fièvre intermittente est exclusive à l'espèce humaine, et il est peu de maladies prouvant, mieux que l'intoxication palustre, la différence de la pathologie de l'homme et de celle des animaux.
(1) Léon Colin, Discussion sur la myocardile palustre, in Bulletin de la Société médicale des hôpitaux, t. XI, et Union méd., 1874. '
(2) Binz, P/iarmakologische studien ûber Chinin (Virchow's Archiv., 18G9).
2° Fièvre typhoïde. — En soumetlanl les chiens aux émanations des égouts et des latrines, Henry Barker a vu se développer de la diarrhée et des vomissements, mais rien, suivant nous, d'analogue à la fièvre typhoïde (1). Quant aux expériences d'inoculation de cette maladie aux animaux, elles nous paraissent toutes négatives, comme l'a démontré E. Vallin (2).
3° Fièvres éruptives. — Les injections de sang varioleux ou scarlatineux dans les veines des animaux n'ont donné lieu qu'à des accidents septiques, analogues à ceux que produisait l'emploi analogue de pus altéré ou de matières organiques en décomposition (3).
4° Méningite cérébro- spinale. — Pendant les épidémies de méningite cérébro-spinale, on aurait noté également des affections analogues chez le bœuf et le cheval ; mais ces maladies, constatées en deux ou trois localités seulement, sont loin d'être limitées aux périodes d'épidémicité de la méningite humaine (4).
5° Maladies pestilentielles. — Aucune expérience moderne n'a confirmé l'assertion de Deidier qui aurait inoculé la peste aux chiens avec la bile des pestiférés de Marseille.
A chaque épidémie de choléra on a insisté sur la fréquence d'une affection analogue, chez certains animaux, notamment chez les poules ; on a même employé l'expression cAoZe'm des poules ; or l'identité de cette affection avec le choléra humain est bien douteuse. Un vétérinaire spécialement autorisé, le professeur Reynal d'Alfort, nous a dit ne voir en ces faits que des coïncidences, d'autant plus qu'avant les invasions européennes du choléra indien, de semblables épizooties avaient été observées.