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Kn Algérie les abcès du foie sont plus fréquents dans la province d’Oran que dans la province d’Alger (llaspel, Catteloup); nous avons vu déjà que les fièvres dominaient dans la province d’Alger, la dysenterie dans celle d’Oran; ici, comme tonjonrs, la géograpliie médicale des abcès du foie est la même que celle de la dysenterie. La saison dite épidémique est celle qui fournit le plus de dysenteries, et c’est alors aussi que les bépatites prennent naissance, que les abcès du foie se préparent. On observe assez souvent des abcès en hiver, mais ils ne sont alors que le dernier terme d’une alfeclion qui remonte à la saison précédente (llaspel ; op. cit.)-, il ne faut pas oublieripie l’évolution des abcès du foie est souvent lente et insidieuse. La dysenterie hépatique, dit Cambay {op. cit., p. 211), se montre le plus souvent après la cessation des chaleurs dans la saison froide et buinidc qui leur succède.
Les mois pendant lesquels Catteloup a observé les abcès du foie sont, par ordre de fréquence : septembre, aofit, juin, juillet, mai, octobre (1). M. Rouis a vu les abcès du foie survenir :
en
élc
fois.
en
auloniiic
en
hiver
au
printemps
ïdTAI,.
(Ij Mémoire sur la coincidence de l’Iiépalite et des abcès du foie avec ta diarrhée ei la dysenterie endémiques dans la province d'Oran (Recueil mem. de inedecine militaire, 18-15, t. LVilli.
(2) Recherches sur les suppurations endémiques du foie. Pruis, 1860.
Aux Indes les entrées les plus nombreuses pour liépatile ont lieu de février à mars (Moreliead, op. cil.).
Tandis que la dysenterie frappe le plus souvent les jeunes soldats arrivés depuis peu dans les pays chauds, les abcès du foie ne se rencontrent guère que chez des hommes qui ont plus d’un an de séjour (Calteloup, Rouis).
Ktioi.ogie. — Broussais pensait que l’abcès du foie était consécutif à une gastro-duodénile et que rindammation se propageait aii foie par le canal cholédoque (l); Andral partage cette opinion {i); il est vrai que l’abcès du foie coïncide souvent avec une intlammation des intestins, mais celte inflammation a son siège principal dans le gros intestin à l’opposite du canal cbolèdoque; la théorie de Broussais est aujourd’hui complètement abandonnée.
Tous les auteurs conviennent que dans un très-grand nombre de cas la dysenterie cl les abcès du foie coexistent chez les mêmes malades. Sur 05 sujets morts de dysenterie, Catleloupa trouvé vingt fois des abcès du foie; 8 fois sur 12 d’après M. llaspcl les abcès du foie surviennent chez des individus porteurs d’ulcérations dysentéimpies.
Bibes, se fondant sur cette coe.xislence si fréquente des deux alfcctions, a avancé l’iin des premiers que rinflammation du foie était secondaire, que la dysenterie provoquait une phlébite des radicules de la veine porte et consécutivement les abcès du foie. Budd a accepté cette explication, tout en attribuant tà la phlébite un rôle moins important; la pénétration dans les veines de particules provenant de l’inteslin malade est suivant lui la cause ordinaire des suppurations du foie (3).
Mais la dysenterie ne précède pas toujours l’hépatite : Gambay dit avoir observé plus de cas d’hépatite idiopathique non précédée de dysenterie que d’abcès du foie consécutifs à la dysenterie; Anneslcy, Moreliead, font la meme remarque pour les Indes. Dans 21 cas Moreliead a trouvé des abcès du foie sans lésions intestinales sur le cadavre; la dysenterie est, dit-il, tantôt primitive, tantôt consécutive, tantôt enfin riiépalile cl la dysenterie se développent simultanément. D’après M. Rouis, la dysenterie maïupicau début de riiéjiatitc 2i fois sur 100, mais elle survient en général consécutivement; sur 142 cas d’abcès du foie, cet auteur n'en a vu que 24 sans dysenterie (op. cil., p. i53).
Plusieurs observateurs, partant de ce fait que les abcès du foie
fil Uroussais, 149*' projiosilion.
(2j Clinique, I. II, p. 28!).
('3) On lhe diseaxef on the liver. London, 1851.
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l'ii)
pcuvenl se pi-odnire indépeiidainineiil de la dysenterie, ont nié tout rapport entre les deux maladies on même ont édifié une théorie tout opposée à celle de Ribcs et de lliidd; pour x\nuesley et Rouis, c’est riiépatite qui est primitive, et c’est la hile altérée qui provo(iue consécutivement la dysenterie.
Les théories de Rihes et d’Annesley sont trop exclusives; évidemment l’hépatite peut se développer primitivement dans les pays chauds, mais il n’est pas possible de nier non plus que dans hou nombre de cas l’abcès du foie succède à la dysenterie. Que disent les auteurs qui nient ce rapport? M. Camhay n’a jamais rencontré d’intlammation des veines mésentéri([ues ni de la veine porte, chez les individus qui avaient succombé à l’abcès du foie et dont le gros intestin était ulcéré; il en conclut (pie l’inliammalion ne se propage pas le longdès veines; Annesley, üutroulau. Rouis, font la même remarque. iXous ne pensons pas (|ue l’absence de phlébite doive taire rejeter l’idée d’un rapport de cause à elTet entre la dysenterie et les abcès du foie. La théorie île la piilébite est minée aujourd’hui ; Virchow a prouvé que les veines s’enflamment rarement; lorsqu’une plaie a été le point de départ de l’infection purulente et de nombreux abcès métastati(iucs, il s’en huit qu’un trouve toujours les veines voisines enllammées et pleines de pus. Les produits putrides résorbés à la surface des ulcères intestinaux, charriés par les veines mésentériques et la veine porte, peuvent évidemment donner lieu aune infection purulente locale, à des abcès métastatiques du foie, sans produire de phlébite de la veine porte ni de ses racines. On a vu des abcès du foie se développer après la cautérisation d’un cancer du rectum, après l’incision d’une fistule à l'anus (Dance), après l’opéraiion d’une hernie étranglée et la suppuration d’une partie de l’épiploon (Dance), après un taxis prolongé dans un cas .de chute du rectum (Cruveilbier), après l’extirpation d’hémorrhoïdes (JacUson), etc.; comment le même accident ne se produirait-il pas à la suite des larges ulcérations dont le gros intestin est le siège chez les dysentériques? Il y a même lieu de s’étonner qu’il survienne aussi rarement, et c’est là une des objections (jui ont été faites à la théorie ([ue nous défendons, sans vouloir l’étendre, bien entendu, à tous les cas de suppuration du foie. Comment se faitil, dit-on, que les abcès se montrent presque exclusivement dans la dysenterie des pays chauds, (pi’ils n’apparaissent pas dans la dysenterie de nos climats qui elle aussi s’accompagne d’ulcérations? Pourquoi enfin les ulcérations ty()boides et phthisiques ne donnent-elles pas lieu aux mêmes accidents?
La dysenterie grave des [>ays chauds, la dysenterie gangréneuse avec élimination de larges lambeaux de la muqueuse n’est pas com-
A. I.AVEtlAN. O
piualjle a ces deniièi'es ulcérations ([iii se ])ro(luisent leiiteiriciit; il y a eiitie ces lésions intesliiiales la inêiiie dillércnce (|n’ontre une plaie et une idcéi'alion de la peau; coiuine cliaciin sait, la plaie est souvent le |)oint de départ de l’inlection purulcnti!, tandis que l’idcéralion ne 1 entendre pres(pie jamais, les bouri^eons cliarnns l'ormeid une barrière (pie les poisons scptiipies francbissent dilTicilement dans les plaies e.xtérieuros comme dans les plaies iideslinales. Nous avons vu (pie la ré|iarlition de riiépalite à la surface du globe était la même ((UC celle de la dyseiileric; comme le fait rcmanjuer Dniroulau, ce u’est |)as avec le cliilfre absolu indi(|iiant la fré(|uence de celte dernière maladie (pie le rapport existe, mais avec le cbilfre de mortalité ituti(juant la (j)'(ivilo de la dysenterie; tel pays situé sous les lro|(i((ues, on la dysenterie est endémique, mais bénigne, n’est pas beaucoup plus fertile en abcès du l’oie (pie la France elle-même.
En second lieu, le loie liy|)éremié, jouissant d’une suractivité manifesledaiis les climats cbauds, doit réagir bien pins vivement (jiie dans nos (lays. « Quand même riié()atite ne coïnciderait jamais avec la dysen- Icricdes (lays Iroids, dit .M . Catlelouji, ce ne seraitjias une (ireuve contre cette corrélation intime observée dans les |iays cliands. En effet, (lour (|ii une hépatite se déclare dans le cours d’une dysenterie, l’existence de celle-ci ne suffit ()as pour la faire naitre, mais il est nécessaire que le foie soit dans de certaines conditions prédisposantes à rinllamniation; or, nous savons Ions (jiie pendant les grandes cbaleurs et dans les climats cbauds le foie se congestionne et que sa sécrétion augmente considérablement (I). »
iM. .1. Ferier a très-bien montré que dans la (ilupart des cas les abcès du foie étaient sons la dépendance d'un foyer de snitpuralion et particulièrement d’ulcérations dyscntériipies
Le rapport inverse admis par Annesley et Uouis entre riié|>atite et la dysenterie est bien plus liypolhétique ; l’altération de la bile n’est rien moins que démontrée, et l’on ne com|)rendrail jias en ton! cas ((ue les (iropriélés irritantes de celte sécrétion ne se manifestent (las plutôt dans l’intestin grêle ([iie dans le gros intestin.
A coté des abcès du foie, (|iii sont nue complication et une suite naturelle de la dyscnicrie des (lays cbauds, on oliserve assez souvent, aux Indes en particulier, l’Iiépalite idio|)al!ii(|ue, (jiii elle aussi (lent donner lieu à la siippnralion du foie, à la formation d’abcès ((ni jusqu’ici ont été confondus dans une même description avec les abcès
(1) Mémoire cité (Recueil mém. méd. miliUiire, tSio, t. LVIII, ji. 3i).
('2) Des ahees du foie (Recueil mém. de médecine militaire, 2® smo , 1857, t. XIX).
AiîCEs iii: FOIE. i:n
inétastaliqiies des dysentériques; il nous reste à chercher les causes de l’hépalitc proprement dite.
M. llaspel attrilnie l’hépatite des pays chamls an même miasme qui produit la dysenlerie et les lièvres; il lait jouer de plus un rôle lrès-imi)ortant à l’hypérémie du l'oie, ([ui d’après lui précéderait toujours l’hépatite (1).
D’après M. Uouis, « l’irritation (lui envahit le foie pendant la saison des chaleurs dépend de ce que cet organe estcelui auquel le sang, sous l’inlluence de la raréfaction imprimée à l’air par le haut degré de température, apporte le moins d’éléments gazeu.v (’2) (?). »
Catteloup, Dulroulau invoquent comme causes de l’hépatite : les variations atmosphériques i[ui e.xpliquent mieux la dysenterie, les mai’ches forcées, les fatigues de l jute sorte, les excès alcooliques. Du reste, Dutroulau ne fait jouer à ces circonstances que le rôle de causes prédisposantes; pour lui, la dysenterie et l’hépatite relèvent d’une même cause eiidémi(pie, d’un miasme particulier distinct du miasme palustre.
Morehead résume ainsi l’étiologie des abcès du foie : chaleur, cachexie, excès alcooliques. L’habitant des pays froids on tempérés, lorsqu’il émigre dans les pays chauds, apporte avec lui ses goûts, ses habitudes, « il conserve son régime alimentaire (pii dans son pays natal entretenait l’équilibre de l’économie animale, mais qui la trouble et la détruit au milieu des grandes chaleurs. Les boissons alcoolitpies qui soutenaient ses forces lui deviennent un poison, et s’il n’a le courage de faire l’apprentissage de la sobriété des indigènes, il devient tôt on lard la victime de son imprudence. » (Catteloup, lac. ci(., p. 44.) Mahomet s’est montré un grand hygiéniste en interdisant à ses sectateurs l’usage du vin et des alcooliipies. Aux Indes 1 hépatite est bien plus commune chez les Anglais, qui abusent en général des boissons fermentées, que chez les indigènes; au Dengale, par exemple, les troupes européennes fournissent, pour iOO hommes d’etfeclif, 5.05 entrées pour hépatite et 0.40 décès, tandis que les indigènes ne. donnent que 0. 10 entrée et 0.07 décès (Moreheatl).
Les remplaçants, généralement adonnés aux excès alcooliques, étaient, en Algérie, très-souvent atteints d’abcès du foie (Catteloup, lue. cil.).
[.a faiblesse consécutive aux fièvres est aussi une cause prédisposante très-puissante.
(1 1 A. llaspel, Mémoire sur les abcès du foie. [Recueil mém. méd. militaire, 18i-3, t. LV). — Des maladies du foie en AUjérie [même recueil, 18i5, t. L\III). .1/n/udies de l’Algérie. Paris, 1850, t. I.
(■2) Uouis, op. cil., p. 220.
maladies et éI'ii)F;mies des aiîmées
Nous avons déjà insislé à plusieurs reprises sur l’aclivilé exagérée du loie dans les pays chauds : les inaiiireslalious niorhides se portant pres(pie toujours vers les organes (lui Iravaillenl le plus, il.n’esl pas clonnant ipie les maladies du l'oie soient aussi Iréipientes dans les pays cliauils ipie celles des poumons dans les régions froides cl tempérées; il ne faut cependant pas altrihuer aux congestions, à l’Iiypérénno du foie, un rôle trop important dans la palliogénie des abcès; la rate, plus exposée à ces coiigeslioiis, s’enllammcet suppure rarement.
Les contusions de riiypocliondre droit, la pyohémie, sont aussi des causes d’abcès du foie; mais elles ne sont pas particulières aux pays chauds.
A.natomie i>atiiologiqi:e. — M. llaspcl, iiui fait jouer un rôle trèsimportant à rhy[)éréniie du foie comme lésion initiale de l’hépatite, reconnail lui- même (pie le parenchyme hépatiipic peut être parfaitement sain autour de l’abcès; quelques observateurs ii’oiit rencontré que cette dernière disposition. « En général on attribue les abcès du foie à une bypérémie antérieure; j’avoue n’en avoir jamais constaté
l’existence. Les abcès cpie j’ai observés, plus ou moins enkysl('‘s, étaient toujours creusés au milieu d’un parenchyme parfaitement normal (1 ). » On trouve dans l’ouvrage deM. llaspcl deux observations Irès-remar- (juables de suppurations dilfuses du foie; mais ipie ces cas sont rares auprès de ceux on le pus est collecté en foyers enkystés! Des médecins ipii ont observé très-longtemps dans les pays chauds comme mon père et Dulroulau, ii’ont jamais vu de suppurations dilfuses du foie.
D’après llaspcl, le parenchyme dn foie enllammé est friable, d’nn rouge bleuâtre ou brunâtre; dans d’autres cas, au contraire, pâle, décoloré; on trouve des granulations anémiées, molles et friables, dos noyaux d’induration blanchâtres (pii sont rarement uni(pies (llaspel). Cette description est conforme à ce (pie nous savons des abcès métastatiques du foie eu voie de formation. Cattcloupa toujours vu l’extrémité d’une braiicbe de la veine porte aboutir au centre des points malades; les couches intérieures étaient, dit-il, plus ramollies (|uc les couches extérieures; c’est dans le centre que se forme le pus, ([ui, en se creusant une cavité d’abord anfractueuse et inégale, finit par se constituer un foyer de forme plus régulière cilé, Recueil, 181-5,
t. LVIll, p. 17i). Freriebs a découvert une fois une branche de la veine porte oblitérée au centre d’un abcès du foie â l’état naissant (:2).
Les abcès peuvent se rencontrer dans toutes les parties du foie; s’ils siègent |)lus souvent dans le lotie droit que dans le gauche, cela
(1) L. Lavoran, art. Ai.r.i-mi-:, Dirlion. etu'ijclop. dex Sc. méd.
(2) Traité drs maladies dit foie. Ti ailiicl., |i. 3ô('i. — Atlas, jil. I, fig. 2.
Ar.cf;s DU uoïK.