‹ Traité des maladies et épidémies des armées [electronic resource]Chapitre 103 sur 127 · BIBLIOGRAPHIQUES · texte numérisé non relu

BIBLIOGRAPHIQUES

Même recueil, 3» série,

t. III, p, 369.

Eludes sur le goitre épi-

dérriique, 1873.

Recueil de Mém. de méd.

milit., 3» série, t. XI,

Même recueil, t. XI, p. 128.

Eludes sur le goitre épi-

démique, 1873.

Recueil de Mem. de méd.

milit. ,3e série, t. VI, p. 1.

Recueil de Mem. de méd.

milit., 3e série, t. VII,

Même recueil, t. XI, p. 133.

Môme recueil. Déc. 1862.

Même recueil , 3e série,"

Même recueil, t. XI, p. 465.

Même recueil, t. XII, p. 273 Même recueil, 1. X, p. 271.

Même recueil, t. XV11I,

p. 104 et t. XIX, p. 273-

Etudes sur le goitre épidémique, 1873.

Gruettemédicalede Paris, 1874, n°s 2 et 4.

Ainsi le goitre épidémique a régné de 1780 à 1873 :

à Briançon 12 fois.

à Clermont-Ferrand 8

à Colmar 3 —

à Riom 2 —

à Embrun 2 —

à Neuf-Brisach 3 —

à Saint-Étienne 2 —

à Besançon 2 —

à Mont-Daupbin I —

à Annecy 1 —

Très-certainement ce tableau est incomplet, toutes les épidémies de goitre n'ont pas été décrites pour des villes comme Briançon et Clermont, où elles se reproduisent très-fréquemment et où leur apparition n'a plus rien d'insolite, mais on peut affirmer d'autre part que si le goitre épidémique s'était montré dans une ville précédemment épargnée, son apparition aurait été notée avec soin; ainsi, les chiffres précédents, bien qu'inexacts en ce sens que les épidémies dans les

GOl't'Rt ÉPIDÉMIQUE. 59»

villes citées ont été plus nombreuses que nous ne l'indiquons, conservent cependant toute leur valeur relative et nous permettent de conclure que le goitre est une maladie particulière à quelques garnisons, fait très-important à constater et sur lequel nous aurons souvent à revenir à propos de l'étiologie.

Le goitre épidémique est rare dans les armées étrangères, si l'on en juge par le petit nombre de laits publiés; le docteur Hancke rapporte que sur 380 soldats bavarois qui étaient allés tenir garnison au fort Silberberg, 100 hommes furent atteints de goitre après moins d'un mois de séjour dans ce fort (1); en 1812 les prisonniers anglais internés à Briançon présentèrent de nombreux cas de goitre; ce fait démontre bien l'influence goîtrigène des localités, car le goitre épidémique est inconnu dans l'armée anglaise servant à l'intérieur.

Le eeitre épidémique n'est pas une maladie particulière à l'armée ; on Pa"observé dans des collèges, dans des séminaires, notamment ci Clermont-Ferrand, dans des pensionnats de jeunes filles, d'où l'on peut conclure que les conditions inhérentes à la vie militaire sont, tout au plus, des causes prédisposantes.

D'un tableau dressé par M. le docteur Goujet (2), d'après différents observateurs, il résulte que c'est au mois de septembre que le goitre s'est montré avec le plus de fréquence (118 cas), puis viennent les mois d'août (73 cas), de juillet (47 cas) et de novembre (35 cas). Dans la statistique fournie par M. Nivet (3), les meis de juin, juillet et août sont les plus chargés, mais cette coïncidence des épidémies avec les mois les plus chauds est loin d'être constante : en 1825, à Briançon, le goitre a régné surtout aux mois de septembre, octobre et novembre; en 1857 et 1860, à Briançon, au mois de septembre (Larivière, E. Collin).

Dans la population civile, ce sont surtout les jeunes gens qui sont atteints; dans l'armée les hommes de vingt-deux à vingt-cinq ans fournissent la grande majorité des malades; sur 216 cas de goitre M. le docteur Goujet a trouvé {pp. cit.) que les soldats de vingt-deux à vingt-cinq ans avaient fourni 166 cas et que par suite il ne restait pour les autres âges que 50 cas. Uue épidémie observée par M. le docteur Bresson à Saint- Élienne n'a atteint que les enfants de troupe (-4). Les officiers et les sous-officiers sont toujours épargnés.

(1) Ilufeland's Journal, 1838.

(2, Goujet, {(apport sur une épidémie de goitre aigu. (Rec. mém. méd. militaire, avril 180-2.)

[3] Études sur le. goitre épidémique, par V. Nivet. Paris, 1873. ( (i, Bresson, Épidémie de IkijroidUe aigué observée à Stùid-I'.lienne parmi les enfants de troupe du 'J« de ligne, {liée. mém. méd. militaire, octobre 18(>i.)

Plusieurs observateurs ont recherché quelle était l'influence de la constitution et du tempérament; MM. Collin, Girard, Goujet, Nivet, sont arrivés à cette conclusion que les individus doués' d'une constitution robuste étaient prédisposés au goitre. « Le goitre aigu semble attaquer de préférence parmi nos soldats les tempéraments sanguins, lymphatiques et les constitutions robustes. » (E. Collin, Rec.°mém. méd. militaire, t. VI, p. 11.) On peut conclure tout au moins'de ces" recherches que le goitre ne relève pas de causes débilitantes.

On a analysé les professions antérieures à l'incorporation, on s'est informé de la provenance des hommes atteints, afin de savoir s'ils étaient fournis par des régions goîtrigènes, ces recherches n'ont conduit qu'à des résultats négatifs (1); il fallait s'y attendre, car il est difficile d'admettre que le goitre se développe chez des hommes ayant trois ans et plus de service, sous l'influence de causes antérieures à l'incorporation; il est encore plus difficile d'expliquer l'épidémicité du goitre au moyen des antécédents professionnels ou de l'habitation antérieure de localités goîtrigènes, on ne réunit pas dans les mêmes corps les hommes appartenant aux mêmes professions, ni ceux d'un même canton.

Etiolocie. — L'étude des causes du goitre épidémique a surexcité depuis longtemps la curiosité des observateurs; il existe peu de maladies dont l'étiologie ait été plus travaillée, plus fouillée; les conclusions des nombreux mémoires publiés sur le sujet sont très-différentes, beaucoup de médecins se résignent à avouer que nous ne savons absolument rien des causes du goitre épidémique. L'inconnue pathologique se complique ici d'une inconnue physiologique, nous ignorons quelles sont à l'état normal les fonctions de la glande thyroïde et cela rend la solution du problème plus ardue. Je n'ai pas trouvé, je m'empresse de le dire, cette solution, je n'ai pas découvert quel est l'agent qui produit le goitre épidémique; mais si l'on déclarait qu'on ne sait rien des causes d'une maladie chaque fois qu'on ne peut pas saisir sa cause première, le chapitre Eliologie se réduirait le plus souvent à bien peu de chose, on pourrait le remplacer par un point d'interrogation; sans aller jusqu'au fond des choses, sans donner le nom de la substance chimique ou organique qui produit telle ou telle maladie, l'élude éliologique peut heureusement fournir des enseignements fort intéressants au point de vue théorique et fort utiles pour le traitement et la prophylaxie.

Nous avons vu plus haut : 1° que le goitre épidémique se déve-

(i) Goujet, op. cit. — Ricou, De l'étiologie du goitre. (Rec. mém. méd. militaire, juillet 1870.)

GOITRE ÊIMDÊMIQUE. 001

loppait toujours dans les mêmes garnisons (Briançon, Clermont, Kiom etc ); 8« qu'il avait été observé dans des collèges, dans des séminaires, dans des pensionnats de jeunes filles. Ces deux propositions bien démontrées suffisent à exclure de l'éliologie du goitre : 1» les causes banales, refroidissements, fatigues, elc, qui devraient agir sur toutes les garnisons; 2° les circonstances inhérentes a la vie militaire : port du sac, col militaire, marches militaires, etc.

Le soldat est nourri, habillé de la même façon, soumis aux mêmes fatigues, aux mêmes exercices, sur lous les points de la France, et le goitre ne prend naissance que dans quelques localités, toujours les mêmes, on ne saurait donc accuser des conditions communes. On a beaucoup répété que la constriction produite parle col militaire était la cause du goitre, mais on ne voit pas pourquoi le col aurait produit cet effet à Briançon et à Colmar, non à Lille ni à Bordeaux. Depuis 185V) le col a été remplacé par la cravate dans l'armée française et le çoitre n'a pas disparu.

On a accusé les efforts, l'action de monter, on a fait remarquer que dans quelques localités goîtrigènes, comme Briançon, les soldats étaient sans cesse obligés de gravir des côtes rapides. A la suite d eiforts violents comme ceux que nécessite l'accouchement, on peut observer en effet une tuméfaction de la thyroïde ; M. le docteur Guyon qui a insisté sur ce mécanisme du goitre accidentel (1), a rapporté le cas d'un malade qui après être tombé d'un lieu élevé en poussant des cris violents, fut atteint presque aussitôt d'une tuméfaction notable du lobe droit de la thyroïde, tuméfaction qui se dissipa au bout de peu de jours : il s'était fait très-probablement une hémorrhagie dans le corps thyroïde. Mais ces violents efforts sont-ils comparables à ceux qu'entraîne l'action de monter? Du reste, le goitre épidémique s'est montré dans des pays de plaine comme : Colmar, Neuf-Brisach, aussi bien que dans des pays de montagnes. Cette remarque nous dispense aussi de discuter la théorie qui a attribue le goitre épidémique à la raréfaction de l'air des montagnes.

L'attitude vicieuse dans laquelle travaillent les enfants des écoles peut donner lieu, d'après Virchow (2), à des tuméfactions de la glande thyroïde qui disparaissent pendant les vacances; les femmes de Luzarches, autrefois sujettes au goitre, n'en sont plus atteintes, paraît-il, depuis qu'elles ont renoncé à faire de la dentelle. Le militaire n'a pas de ces altitudes vicieuses, et encore une fuis on ne voit pas pour-

(1; Archive* de physiologie, 1870, nn 1, p 157.

<i, Virchow, Hygiène des écoles. Voir à ce sujet les communications faites à l'Académie des sciences, octobre 1809.

quoi les fatigues du service el les exercices étant partout les mômes le go,tre se produirait si souvent à Briançon, tandis que dans un grand nombre d'autres garnisons il n'a jamais été observé à l'étal épidémique.

M. le docteur Nivel cite parmi les causes du goitre épidémique • les exemces, la marche ascendante, le col militaire trop serré mais surtout l'ingestion de l'eau froide pendant l'été et les courants d'air (op. Cit., p. 31); M. Nivet, comme preuve de l'action de l'eau froide rapporte le fait suivant emprunté au docteur Lavort : pendant l'été de 1822 le goitre devint épidémique au collège de Clermont en quelquesjours 50 élèves furent atteints, on supposa que cette épidem.e pouvait tenir à ce que les élèves allaient boire pendant la récréation au robinet d'une fontaine « le cou tendu, la tête portée en arrière »; on ferma ce robinet, on mit à la disposition des élèves de 1 eau conservée dans des cruches et mélangée avec un peu de vinaigre, le goitre disparut. Ils est permis de croire que d'autres modifications furent apportées dans l'hygiène et dans le régime des élèves, ainsi que cela se pratique toujours en pareille circonstance.

MM. Artigues, Courcelle, Hansen, admettent avec M. Nivet l'influence de l'eau froide; quelques faits de goitre sporadique prouvent que, dans des cas très-rares, l'ingestion d'une eau glacée a pu produire une tuméfaction passagère du corps thyroïde, mais ils n'expliquent pas le goitre épidémique : est-ce seulementà Briançon, à Clermont, à Biom, à Colmar, que les collégiens et les soldats boi'vent de l'eau froide à la régalade? Les [auteurs précédemment cités insistent beaucoup sur celte dernière circonstance, je ne sais trop pourquoi; c'est une façon très-incommode de s'abreuver, voilà tout le mal qu'on en saurait dire; dans toutes les casernes, dans tous les collèges, le même fait se reproduit chaque été, on bail à la régalade, nous avons tous passé par là sans devenir goitreux; comment se fait-il que l'ingestion d'eau froide produise le goitre à Clermont, non à Paris, où les collèges sont bien plus nombreux. M. le docteur Nivet ne le dit pas. Et les jeunes filles que le goitre épidémique n'épargne pas, boiventelles aussi de l'eau fraîche à la régalade?

C'est dans des conditions inhérentes au sol, aux localités, qu'il faut rechercher les causes du goitre épidémique; c'est la seule manière de comprendre pourquoi le goitre naît loujours ici et jamais là, pourquoi il suffit aux malades de changer de localité pour se guérir.

La question du goitre épidémique se rattache intimement à celle du goitre endémique ; M. le docteur Nivel, lui-même, bien qu'il tienne beaucoup à sa théorie de l'eau froide bue à la régalade, est obligé de

GOITRE ENDÉMIQUE. m

reconnaître que le goitre est endémique à Clcrmont et à Riom, et que oènéialamenl te goitre épidémique ne se montre que sur des individus qui ont séjourné pendant quelque temps dans un pays ou le goitre est endenupte. % U est probable, écrit-il, que 'celle habitation modifie leur constitution et les rend plus sensibles a 1 action .les causes déterminantes de cette affection; malheureusement celte prédisposition n'est annoncée par aucun symptôme, par aucun caractère évident (1). » Cette prédisposition occasionnée par l'habitation des localités goîtrigèaefc joue un rôle si important dans l'éliologie du goiire que sans elle les autres causes sont impuissantes à le produire, au moins sous forme épidémique ; il nous parait donc logique, quoi qu'en dise M. le docteur Nivet, de mettre la cause principale avant l'accessoire.

M. Baillarger, dans son remarquable' rapport sur le goitre, rapproche avec raison le goitre épidémique du goîlre endémique. « Le goitre épidémique ne doit pas être distingué, dit-il, du goîlre endémique ordinaire. Le goitre épidémique n'a été observé que clans .tes, villes atteintes par l'endémie goitreuse ou très-voisines de localités où cette endémie existait déjà. Il se manifeste en général chez de jeunes sujets venant d'une contrée saine et qui vivent plus ou moins agglomérés dans les casernes ou les pensionnats (2). »

C'est Irès-probablement dans la composition particulière des eaux potables qu'il faut chercher la cause du goîlre épidémique comme celle du goitre endémique-, des faits nombreux prouvent que certaines eaux jouissent de la propriété de développer le goitre.

« Dans la Tarentaise et dans la Maurienne, dil Grange, j'ai vu des sources auxquelles on attribue la propriété de développer le goîlre en peu de temps; je connais des hommes qui, aimant mieux porter une difformité que l'habit militaire, ont pris en quelques mois un goitre assez volumineux pour se faire réformer. »

« A la Nouvelle-Grenade, dit Boussingault, on attribue généralement le goitre à l'usage de certaines eaux; un changement de localité «uffil pour guérir le goitre, et, même sans changer de localité, il suffit de changer l'eau servant à la boisson. »

Les habitants de Montmeillan s'abreuvaient d'eau fournie par des puits creusés dans les alluvions, te goîlre était épidémique parmi eux; l'eau des puits lut remplacée par de l'eau provenant d'un terrain calcaire, le goitre disparut.

(1) Goitre endémique, el épidémique. Lettre do M. lo docteur Nivet. (Gazelle hebdom., 2-1 janvier 187-4.)

(-2) Enquête sur le. qoitre el le crélinisme. (Ttec. des travaux du comité consultatif d'hygiène de France, t. II. I87H.)

fit)t MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES ARMÉES.

Au village du Puiset sur dix-huit familles, l'une est pourvue d'une citerne, les autres boivent des eaux lufeuses, et sont sujettes au goitre, tandis que la première est épargnée.

M. Duclos cite un village dans lequel le goitre se généralise et augmente de volume en été, tandis qu'il diminue en hiver. Pendant cette dernière saison on boit de l'eau qui descend de la montagne ; en été, le ruisseau se trouvant à sec, les habitants s'approvisionnent à la source voisine.

Mac Clelland au B3ngale a observé des faits analogues aux précédents; il a visité quarante villages habités par trois classes d'Indiens qui se nourrissent exactement de la même manière : les Brahmines, les Raipoots et les Dômes; « leurs croyances, dont ils sont rigoureux observateurs, leur imposent l'usage de boire de l'eau de sources et de fontaines déterminées. Dans le village de Deota on n'a que des eaux incrustantes de mauvaise qualité ; les Dômes qui s'en abreuvent ont tous le goitre. Les Brahmines, qui font usage de l'eau fournie par un aqueduc, ne présentent pas un seul cas de cette affection. Les Raipoots partageaient cette immunité, mais pendant la guerre l'aqueduc se détériora à ce point qu'il ne suffit plus pour alimenter à la fois les Brahmines et les Raipoots, et depuis que ceux-ci ont été obligés de recourir aux eaux des villages, le goitre a fait parmi eux de nombreuses victimes (1). »

Les circonstances capables de changer la nature du sol ou des eaux d'un pays à goitre peuvent du même coup faire disparaître l'endémie : autrefois le goitre était très-fréquent dans le pays de Marcigny, la rupture des digues du lac de Constance dans la vallée de la Bagne en amena momentanément l'inondation et y entraîna un mètre de terre végétale qui devint l'origine de la régénération entière de la contrée, le goitre disparut (2).

L'influence des eaux potables est si manifeste que presque tous les auteurs sont d'accord pour y voir la cause du goitre endémique, mais ils se divisent quand il s'agit de déterminer quelle est la qualité physique ou chimique des eaux qui peut les rendre goîtrigènes. M. Grange accuse les eaux magnésiennes; M. le professeur Bouchardat, les eaux séléniteuses; Boussingault, les eaux non oxygénées; M. Chalin, l'absence d'iode, etc., etc.

Il est prouvé aujourd'hui que les sels de chaux ou de magnésie existent souvent en forte proportion dans les eaux de localités épargnées par le goitre, tandis que le goitre endémique ou épidémique se

(1) Voir pour ce fait et les précédents : Ricou, De l'éliologie du goitre. (Loc. cil.).

(2) Art. Goitre, Nouv. Diclionn. de med. et de chir. pratiques.

GOITRE l'PinÈMIQUE-

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