‹ Traité des maladies et épidémies des armées [electronic resource]Chapitre 32 sur 127 · ES W · texte numérisé non relu

ES W

Malades.

Morts.

Janvier. . . .

Février. . . .

Mars

Avril

Mai

Juillet

Jl

Septembre.

Octobre . . .

Novembre .

Déce mbre.

De toutes les maladies des pays chauds, celle qui relève le plus directement de la chaleur est sans contredit l'insolation; c'est par elle que nous commencerons l'histoire de ces maladies.

Insolation. — Asphyxie solaire, beat apoplexy, anhœmatose, coup de chaleur, sun stroke, heat stroke, sonnenschlag, hitzschlag, sonnenstich, siriasis, etc.

Il ne faut pas confondre le coup de chaleur avec l'érylhème solaire; le coup de soleil ou érythème solaire n'est qu'une brûlure au pre-

1 Notice sur le climat et les maladies de l'Algérie, [par C. Bioussais, in Recueil mém.de méd. militaire, 1846, t. LX, p. 46.

(2J L. Laveran , De la mortalité des armées en campagne, loc. cit.

mier degré, un "accident sans importance; le coup de chaleur a une tout autre gravité et mérite une étude approfondie.

Le coup de chaleur a été observé dans presque tous les pays chauds et même dans les" climats tempérés sous l'influence d'étés excessifs. C'est aux Indes qu'il paraît régner avec le plus de fréquence. Longmore, Russel, Mouat, Brougham, Barclay, Taylor, ont souvent observé le beat apoplexy sur l'armée anglaise des Indes, et nous aurons plus d'une fois dans le cours de ce chapitre à faire appel à leur expérience. Certaines régions des Indes sont plus particulièrement éprouvées, tels sont le Penjab, la côte du Coromandel ; le coup de chaleur est bien plus rare dans les districts ouest, particulièrement dans la présidence de Bombay. Les faits suivants donneront une idée de la fréquence de ces accidents aux Indes :

En une seule saison il y eut 21 décès par apoplexie de chaleur au seul hôpital deBerhampore (1). Les docteurs Mouat et Hundcrson ont décrit les accidents qui frappèrent le 13e de ligne de Nudcléa à Berhampore; à la fin de la première journée de marche, la liste des malades s'élevait à 63 et celle des décès à 18 pour le seul bataillon de droite. Le docteur Milligan du 63e a décrit de semblables accidents survenus pendant une cérémonie funèbre (2). Le 71° de ligne, arrivé aux Indes au m'ois de février 1858, eut, d'après Morehead (3), du 5 mai au 15 août, quatre-vingt-neuf hommes atteints d'insolation. Pendant la guerre de Birmanie, le heat apoplexy fit de nombreuses victimes parmi les troupes indiennes (Martin).

A Maurice, le coup de chaleur est fréquent parmi les soldats anglais, tandis qu'il est rare au Cap et sur la côte ouest de l'Afrique; d'après Thevenot et Bulroulau, la maladie est à peine connue en Sénégambie.

En Algérie, le coup de chaleur a sévi plus d'une fois sur nos troupes en marche, mais sa fréquence est moins grande que dans l'armée des Indes. En 1834, un grand nombre d'hommes appartenant au 13° de ligne furent atteints de ces accidents; dans l'expédition du maréchal Bugeaud (1836), en quelques heures, 200 hommes furent frappés et onze se suicidèrent. En 1843, après la prise de la smala d'Abd-el- Kader, les Arabes fugitifs succombèrent en grand nombre, mais à ^ l'action de la chaleur se joignait celle de fatigues excessives.

En Europe, le coup de chaleur est rare; les lipothymies qui surviennent en été chez nos soldats pendant les marches ou les exercices, les revues, ne méritent pas ce titre; la fatigue, la diète prolongée, la

(1) Martin, Maladies des pays chauds.

(2) Cité par L. Laveran, De la mortalité des armées en campagne, loc. cit.

(3) Morehead, Clinical researches, on disease in India. London, 18G0, p. 61*.

longue immobilité, concourent, avec la chaleur, à produire ces accidents, qui, en général, ne présentent aucune gravité; quelques faits montrent cependant que le coup de chaleur peut se produire dans nos climats avec toute L'intensité qu'il acquiert sous l'influence du soleil des tropiques.

Le 8 juillet 1853, un régiment belge part du camp de Beverloo pour se rendre à Hesselt; pendant cette étape, les deux tiers des hommes tombent comme foudroyés sous le coup de chaleur, 150 hommes seulement peuvent arriver à Bruxelles. Un fait analogue a été observé dans l'armée du prince Henri lors d'une marche forcée de Bernbourg à Dresde (I).

En Angleterre, au mois de juillet 1855, un grand nombre de moissonneurs furent frappés d'insolation dans le Middlesex, à quelques milles de Londres, et plusieurs succombèrent; le même fait s'est produit en France en 1859, et dans le Wurtemberg à diverses époques.

Pendant la guerre d'Italie (1859), les accidents d'insolation ont été fréquemment observés dans l'armée française ; clans la journée du 4 juillet, plus de 2000 hommes appartenant à la division du général d'Autemarre tombèrent dans les rangs ; cette division, forte de 12 500 hommes, se trouvait alors à la hauteur de Valeggio, après le passage du Mincio (2).

Dans les régions tropicales de l'Amérique du Sud et dans les provinces qui s'étendent autour du golfe du Mexique, le coup de chaleur est très-commun d'après Hirsch (op. cit); cependant il n'a pas été noté souvent, que je sache, chez nos soldats lors de l'expédition du Mexique; dans le centre de l'Amérique, ainsi qu'aux Antilles, la maladie estrare.

Le coup de chaleur a été observé assez souvent en pleine mer, c'est à l'insolation qu'il faut rapporter les accidents décrits sous le nom de calenlure (3).

Ktiologie. — Comme le dit très-bien Hirsch, peu de maladies méritent mieux le nom de tropicales; il est incontestable que la chaleur joue le rôle principal dans les accidents dont nous parlons; même sous les tropiques, ils ne se montrent que pendant l'époque des plus

II) A. Hirsch, Handbuch der liistorisch. geographisch. Pathologie, t. II, p. fi04.

'2/ Cuyon, Des accidents produits par la chaleur dans l'infanterie en marche Communie, à l'Acad. des sciences (Gazette médicale de Paris, 1867).

3 Deisser (Dissertation sur la calenlure. Thèse, Paris, 1832, n» 75) a décrit sons ce nom une maladie qui serait caractérisée par un délire furieux survenant chez les marins pendant la nuit avec désir irrésistible de se jeter à la mer. Voir : Fonssagrives, Traité d'hygiène navale, p. 391, Paris, 1850;— Barailler, Nouveau Dietim. de méd. et de chir. pratiques, art. Calentuiie ; — Le Roy de Méricourt, Diction, encyclop. des se. médic., art. Calenture.

grandes chaleurs, d'avril à juillet aux Indes. Les mois des accidents, dit Morehead (loc. cit.), sont exclusivement : avril, mai, juin, surtout mai et le commencement de juin. Souvent on a noté des températures de 40° à 45°, lorsque les coups de chaleur se montraient avec une grande fréquence, et loujours le thermomètre atteignait 34" au moins.

Autrefois on croyait que l'action directe des rayons solaires était nécessaire à la production du coup de chaleur, d'où le terme insolation; il est prouvé aujourd'hui que les accidents surviennent souvent dendant la nuit; le séjour dans des logements étroits, mal aérés, où l'on se calfeutre pour éviter l'action du soleil, est même plus dangereux que la déamhulationau grand air (Crawfort, Hunderson, Mouat, cités par Hirsch) ; les gens qui restent chez eux et qui mènent une vie sédentaire sont aussi exposés que ceux qui travaillent en plein soleil (Barclay).

Après la chaleur, c^y^vuniiu^^^^ l'air qui semble avoir

le plus d'influence sur la production de la maladie; lorsque l'air est saturé de vapeur d'eau, la transpiration se fait mal et ne rafraîchit plus suffisamment le corps.

L'ag^hqmération d'un grand nombre d'hommes dans un local mal aéré, en d'autres termes l'encombrement, constitue une. condition éminemment favorable à la procluctioîTcîù coup de chaleur. Aux Indes on a remarqué que la plupart des soldats tombaient malades pendant qu'ils se trouvaient dans leurs baraques ou leurs tentes, et que c'étaient les baraques les plus encombrées qui fournissaientle plus de malades; r e même fait a été observé sur les troupes en marche en colonne lerrée, nous aurons à revenir sur ces faits à propos de la prophylaxie.

L'arrivée récente aux Indes, les excès alcooliques, les fatigues, prédisposent au coup de chaleur. Sur 27 cas observés par Morehead le séjour aux Indes était : '

Dans 10 cas de 6 mois ou au-dessous.

— 12 — de 7 à 9 mois.

— 4. — de 4 à 6 ans.

— 1 — incertain.

Relativement à l'âge, Morehead a trouvé sur 30 cas mortels :

10 ans et au-dessous - cas.

Cela prouve encore que le beat apoplexy sévit surtout sur les non-

HJdLâDiaS DES CLIMATS CHAUDS. 8g ve.uix venus, car ceux-ci sont ordinairement parmi les plus jeunes

S0LesS"iudigènes, les nègres et les acclimatés jouissent d'un immunité relative; cependant les cipayes ont été souvent frappes comme les troupes européennes. , ,

Symptomuologie. Formes.- Le coup de chaleurs annonce en gênerai par quelques symptômes prémonitoires : perle d'appétit matoise général, sensation de striction à l'épigastre, lénesme vesica urines claires et très-abondantes, sommeil agité, vertiges, maux de tele, soit

intense, peau sèche. .

\u bout d'un temps souvent très-court, le malade perd connaissance, ei cette perte de connaissance arrive parfois si brusquement, que ceux qui entourent le malade ne reconnaissent la gravité du mal qu en entendant la respiration devenir stertoreuse.

Morehead (loc. cit., p. 606) distingue trois variétés, trois formes du sun stroke; cette division a son importance, car elle cadre parfaitement avec les données de la physiologie pathologique.

•1° Variété cérébro-spinale.— Les douleurs de tête, le délire, la tendance au sommeil, l'injection de la face et des conjonctives, marquent l'invasion de la maladie. La peau est très-chaude, le pouls accélère, fort saccadé-, soif très-vive, urines rares ef chargées. Ces symptômes cèdent à un traitement approprié ou bien ils s'aggravent; alors Tassoupissement devient plus profond, les pupilles se contractent, il se produit des mouvements convulsifs. La respiration s'accélère, les battements du cœur sont tumultueux, le pouls faiblit et la chaleur augmente. Bientôt le coma survient, les pupilles se dilatent, la respiration est lente, stertoreuse; la couleur livide de la face, la faiblesse et l'irrégularité du pouls sont les signes avant-coureurs de la mort, qui se produit de 2 à 9 heures après l'invasion.

-2 Vai iétécardialgiqae.— Elle survient sans prodromes commeconséquence directe de la radiation solaire ; le malade tombe privé de sensibilité, il a quelques mouvements respiratoires rapides, puis il expire, c'estla mort par syncope. Dans d'autres cas il existe des vertiges, des troubles de la vue* de la constriction épigastrique, des nausées, des vomissements, la face est pâle, la peau froide et moite, le pouls filiforme, et la mort arrive par l'accroissement de ces symptômes, qui peuvent aussi se dissiper peu à peu.

3° Variété mixte. — Elle s'annonce par des douleurs de tête, du délire avec loquacité et rire sardonique, puis la face pâlit, le pouls faiblit et la dyspnée devient extrême, le malade succombe eu présentant • tous les symptômes de l'asphyxie.

L'un dés phénomènes les plus constants et les plus intéressants au

point de vue de la pathogénie est l'énorme augmentation de température que l'on observe toujours dans l'asphyxie de chaleur. Taylor a trouvé dans un cas que la peau au niveau du sternum marquait W° ■ \0yb après la mort, la température s'éleva à 42^2. Wood a constaté, chez (,,.Z un malade ,44° à l'abdomen; le pouls est petit, très-accéléré , 140, \ 50 pulsations par minute.

La mort peut arriver en quelques heures ou seulement au bout de plusieurs jours. Sur 27 cas observés par Morehead la mort arriva:

19 fois le jour de l'admission.

5 fois le 2° jour — 3 fois le 5° jour —

Dans un cas le jour n'est pas indiqué.

Diagnostic. Pronostic— II est facile de confondre le coup de chaleur avec un accès pernicieux comateux ou délirant si l'on observe dans un pays où la malaria règne avec intensité. L'accès pernicieux survient rarement sans être précédé de quelques accès fébriles; mais ce n'est pas là une règle sans exception, et les malades qu'on apporte à l'hôpital dans le délire ou le coma sont souvent incapables de fournir des renseignements sur le début des accidents. Dans le doute, il faut à tout hasard administrer le sulfate de quinine, qui ne saurait nuire s'il s'agit d'un coup de chaleur; on mettra en même temps en usage les moyens de traitement qui s'adressent à l'insolation.

Relativement à la mortalité du coup de chaleur, Morehead donne les chiffres suivants, empruntés a différents observateurs :

M- HilI's 504 cas 209 décès

D* Taylor's (Ghazeepore) 115 1G

M. Longmore. 19° régiment 16— 7

M. Lofthouse. 14e régiment 80 ^

Dr Simpson. 71° régiment 89 24

M. Ward 25 — 0

M. Ewing. 5e régiment GO 17

Sir Hugh Rose and Stuart 200 — » —

Field hospital 29 iq

Il y a entre ces chiffres de mortalité des différences considérables qui prouvent que, parmi les médecins anglais, les uns réservent le nom de coup de chaleur aux accidents graves, tandis que les autres y rangent des cas légers.

Anatomie pathologique.— L'autopsie des individus qui succombent au coup de chaleur fournit presque toujours les mêmes résultats, les jrinusjeineux du crâneront gorgés de sang, quelquefois la substance cérébrale est hypérémiée, mais il n'existe pas de foyers hémorrha-

lo

MALADIES DES CLIMATS CHAUDS. 87 -j™ Les puumo.isso.,lliypêrémiêsàlel point, «iuesouvcnloa croirait l existem-e d'hémorrhagies interstitielles; les bronches sont peines de <érosilé spumeuse. Dans les plèvres, dans le péricarde exsudoUonj. -^^hTs ou moins abondantes, parfois sangumoTëntes. Uç^^L droit est rempli de sang noir ^>JSg!^ t^s^ rétrâcté-Woodadécntcet état sous le nom de contraction ngide du cleuTTLe foie et la rate sont bypérémiés,les reins gorgés de sang.

Uorehead insiste sur l'état de contraction où l'on trouve souvent le unir- oel état peut expliquer, dit-il, la mort par syncope qu on observe dans certains cas, mais l'auteur anglais attribue le principal rôle aux lésions du système nerveux. • .

Patuooémk. — On n'est pas d'accord sur l'explication qu il faut donner des accidents produits par la chaleur.

Presque tous les médecins de l'Inde attribuent le beat apoplexy a une sidéralion des forces nerveuses; Lewick résume assez bien dans son mémoire cette théorie de l'insolation (1).

D'après L Hirsch, qui a analysé avec le plus grand soin tous les travauxrelatifs au coup de chaleur (loc. ciL)Jou^}e^aMmms^ cérébrales^quisejéçlarent dans le courant.de la maladie sont denalurTiécTndaire, et Ta basTuTrpj^sjûiSûr^ altérations que subit le sang. S'agit-il d'un défaut d'oxygène, d unexclsïacide carbonique ou de la rétention de quelque principe excreraeniitiel comme l'urée? Hirsch ne se prononce pas. Après cela, les altérations des poumons lui paraissent surtout importantes à considérer; ces altérations réagissent, dit-il, sur les systèmes circulatoire et nerveux, amènent tous les troubles morbides et enfin la mort, qui survient avec tous les caractères de l'asphyxie. Lindsay, cité par Hirsch, compare la mort dans l'insolation à l'asphyxie par les gaz délétères, à la submersion et à la pendaison; il semble que dans tous ces cas, dit Lindsay, la mort arrive par suffocation, car dans tous, les symptômes qui prédominent sont ceux de dyspnée, de suffocation (2).

Obernier a fait en 1867 de nombreuses expériences pour découvrir le mécanisme de la mort dans l'insolation (3) ; il a constaté sur des animaux que la mort arrivait lorsque la température, du sang s'élevait à -V 44 ' ou 45° et que la température continuait encore à s'élever quelque temps après la mort. Cet expérimentateur fait jouer àja ré lent ion de l'urée dans le sang u^ti^^grand rôle, mais les faits qu'il cite à "Tâppui de cette théorie de l'insolation par urémie sont bien loin d'être

/il, Remaria on mn »lrol;e, in The amène. Journ, of the med. se, 1859. (î) India, journ. of med. se, 1835, t. Il, p. 89. j (3, OI»ernif:r, Der llitischlaij, insolatio, coup de chaleur, etc., 1867.

souvent trouvé dans le sang des

«um aux que des proportions d urée très-minimes. Ces recherches OM ete ailes a une époque ou l'on attribuait encore à l'urée des propnetes tres.iox.ques; il a été reconnu depuis qu'elle était innocente

6116 «-ntagelesacci-

L'action de la chaleur sur les tissus a été parfaitement étudiée par Cl. Bernard (1 . Pour l'dlustre physiologiste la chaleur est un poLn des muscles, c est-a-dire qu'elle amène la mort endétruisant les propriétés de ces éléments anatomiques; une température de 45° suffit [mvtmrle muscle en coagulant le suc musculaire. Si l'on ouvre toutde suite le corps d'un animal mort dans une étuve à 80°, on constate, (W U. Bernard, « que tous ses muscles sontdans un état de rigidité cadavérique, et en plongeant le thermomètre dans le cœur, on trouve toujours le sang à 45°, à 1° près tout au plus, c'est-à-dire à latempérature que nousavons vue produire instantanément la rigidité cadavérique sur le muscle mort (2). »

Kuhne a démontré que le suc musculaire se coagulait à 40° pour lo la grenouille, à45° pour les mammifères; mais on ne saurait assimiler complètement du suc retiré d'un muscle haché et pilé au tissu musculaire d'un animal vivant (3).

M. le professeur E. Vallin a exposé des animaux en plein soleil pendant les. mois de juin, juillet et août, et malgré l'intensité modérée de la radiation solaire sous le climat de Paris (les expériences ont ete faites au Val-de- Grâce), la mort est toujours survenue au bout d une heure, de deux heures au plus tard ; les animaux étaient mainte- H nus couchés sur le dos dans une gouttière; la mort était très-difficilement obtenue lorsqu'ils étaient livrés à eux-mêmes (4).

Voici le résumé des accidents qui précèdent la mort : au bout de quelques minutes, efforts violents pour se dégager, accélération trèsconsidérable de la respiration, salivation abondante chez les chiens. 0-U La température monte deJ8^ou 39° (rectum) à 43°,5, dans un cas à44°, lo Au bout de 25 à 35 minutes la respiration se ralentit, elle est suspirieuse ou entrecoupée, la prostration succède à l'agitation de la première période, enfin les convulsions surviennent, et la mort, les suit de près. La température au moment de la mort varie de 44°,2 à 46% le plus ((U souvent elle dépasse 45°. Ces résultats sont parfaitemenUônformes à ceux obtenus par M. Cl. Bernard.

(1) Influence de lacholeur sur les animaux (Revue des cours scientifiques, 1871).

(2) Leçons sur les propriétés des tissus vivants. Paris, 1866, p. 230.

(3) Reicherl's [Archiv fur Anat.undPhyr.}, 1859.

(4.) Recherches expérimentales sur l'insolation (Archives gén. de méd., février 1870).

L'autopsie, faite immédiatement après la mort, montre les lésions suivantes : lecœur est contracté, le ventricule gauche en particulier a une diuxejajigncuse, les oreilleUeTeTjjj^Iqiierois le ventricule droit contiennent du sang noir, liquide ou quelques caillots mous, les ventTîculêTne battent pluTIpontanémenl et ils sont insensibles aux excitants de toute espèce, le diaphragme perd aussi très-rapidement son irritabilité ; au bout d'une demi-heure, la rigidité cadavérique esteomplète. Le tissu musculaire a constamment une réaction acide ;cles poumons sont hypérémiés, d'un rose vif; des taches ecchymotiques se remarquent souvent à la surface ou dans l'intérieur du parenchyme.

Des analyses du sang pris sur des animaux placés dans une étuve ont démontré qu'après la mort par la chaleur l'oxygène dissous dans le sang a presque entièrement disparu, la quantité d'acide carbonique diminue également (1).

La lésion principale, conclut M. E. Vallin, celle d'où dérivent peutêtre toutes les autres, c'est l'arrêt, la rigidité subite du ventricule gauche et du diaphragme.

Cette conclusion s'applique bien aux animaux mis en expérience par MM. Cl. Bernard et E. Vallin, mais il n'est pas possible d'en faire une théorie générale du coup de chaleur. Nous avons vu en effet que les accidents décrits sous ce nom se produisaient aussi souvent aux Indes chez des personnes qui vivent retirées au fond de leurs maisons que chez celles qui bravent le soleil en plein midi; comment comparer un homme frappé d'apoplexie de chaleur dans sa tente, pendant la nuit, à un animal attaché dans une gouttière et exposé en plein soleil.

M. E. Yallin a parfaitement compris que la rigidité du cœur et du diaphragme ne pouvait pas expliquer toujours et partout les accidents du beat apoplexy ; à la fin de son mémoire il fait intervenir les altérations du système nerveux, et dans ses conclusions il leur fait une assez large part: «Il semble, dit-il, qu'on peut désormais ranger tous les cas en deux catégories : dans les uns, réchauffement est rapide, général, la température du sang s'élève à 45° c. et la mort a lieu après quelques convulsions par la coagulation du ventricule gauche et la distension du système veineux; clans les autres, où réchauffement est plus lent et porte surtout sur les centres nerveux, la' température du sang ne s'élève que faiblement, la mort semble reconnaître pour cause un trouble profond de l'innervation et consécutivement l'arrêt du cœur dans le relâchement comme après l'excitation du nerf pneumogastrique. Ces deux modes de production d'accidents corres-

"/ Analijne* faites par Urbain. Voir mémoire de M. Vallin sur l'insolation, loc. cit.

pondent assez bien à ce que les auteurs ont décrit sous les noms de forme slhënique et de forme asthénique de l'insolation (1). »

Les troubles de l'hématose ont bien aussi leur importance, ils se traduisent pendant la vie par la dyspnée, l'anxiété vive et souvent par tous les phénomènes caractéristiques de l'asphyxie -, après la mort par la congestion pulmonaire, les hémorrhagies interstitielles, l'écume bronchique, lespétéchies sous-pleurales et sous-péricardiques. Comme Lindsay L'a fait remarquer, ces altérations ressemblent singulièrement à celles qu'on rencontre chez les asphyxiés (pendaison, submersion, asphyxie par les gaz irrespirables). Les analyses du sang faites par M. Urbain prouvent que l'oxygène du sang diminue très-notablement chez les animaux soumis à l'action de la chaleur; l'hématose ne se fait plus, soit que l'élévation extrême de la température fasse perdre à l'hémoglobine la propriété de se combiner avec l'oxygène, soit que l'épithélium pulmonaire altéré empêche les échanges gazeux de se faire comme à l'état normal.

Les poisons ne peuvent agir que sur tel ou tel élément de nos tissus ; ici sur la fibre musculaire, là sur le globule rouge ou sur la fibre nerveuse ; mais la chaleur n'est pas un poison, c'est une force qui peut désorganiser le tissu nerveux ou épithélial aussi bien que le muscle; il n'est pas contraire à une saine physiologie d'admettre que le mécanisme de la mort par la chaleur peut être différent suivant les cas. Nous dirons donc que, dans le coup de chaleur, la mort peut être produite : ,

1» Par la coagulation du suc musculaire et la rigidité consécutive du cœur et du diaphragme (forme syncopale de Morehead) ;

2° Par une altération des centres nerveux (forme cérébro-spinale);

3° Par le trouble que la chaleur apporte aux conditions del'héma tose, c'est-cà-dire par asphyxie (forme mixte de Morehead, forme asphyxique).

Prophylaxie. Traitement. — La prophylaxie du coup de chaleur est importante surtout dans les climats chauds, mais il ne faut pas la négliger dans nos régions tempérées, où, comme nousl'avons dit, des accidents très-graves d'insolation ont été observés à plusieurs reprises. Pendant l'été, les marches militaires, les exercices, doivent se faire de bonne heure; si des troupes ont une longue roule à parcourir, on les mettra en marche de façon à ce qu'elles arrivent à l'étape avant la grande chaleur; c'est pour avoir négligé cette précaution que le régiment belge dont nous avons parlé eut un si grand nombre d'hommes frappés d'insolation. L'encombrement dans les baraques ou dans les

(1) E. Vallin, Recherches expérimentales sur l'insolalion,

tentes, la m arc lie en colonne serrée par les temps très-chauds, prédisposent singulièrement au coup de chaleur et doivent être par conséquent évités. Le resserrement des rangs en plein air, sous le ciel des tropiques, est aussi dangereux, dit Taylor, que l'habitation dans des locaux encombrés ou mal ventilés, et la méthode si chère aux chefs de colonne de faire marcher leur troupe par compagnies et en colonne serrée est de tout point condamnable. Les accidents du coup de chaleur, fréquents aux Indes parmi les hommes qui font partie du gros d'une colonne, ne s'observent presque jamais parmi, ceux qui forment l'arrière-garde ou l'avant-garde, parce que ces derniers marchent en rangs séparés.

Un jour que Taylor accompagnait un régiment en marche pour Ferrozipour, les premiers symptômes du coup de chaleur commencèrent à se manifester, il pria le commandant de laisser les hommes marcher aussi écartés que possible les uns des autres, et le résultat fut si heureux, que pendant toute la route le régiment ne perdit qu'un homme de cette maladie (Hirsch, loc. cit.).

Lorsque des troupes sont en marche en colonne serrée, elles transportent avec elles une atmosphère qui est bientôt saturée de vapeur d'eau, et nous avons vu que l'humidité de l'atmosphère était une condition éminemment favorable à la production du coup de chaleur; d'autre part, l'air ne circulant plus librement autour de chaque homme n\activepIûsl'évaporation de la sueur, et le corps s'échauffe d*aTïïânT ~~

Ainsi, tandis que dans les pays froids et pour empêcher les accidents de congélation, les troupes doivent marcher en colonne serrée, dans les p;ivs chauds les marches doivent se faire en rangs aussi séparés que possible. Cela explique pourquoi les peuples du Nord et ceux du Midi ont à ce point de vue des habitudes différentes. Les Romains, dit Niebuhr, avaient reconnu que rien n'est aussi nuisible aux soldats en marche et ne les fatigue davantage que de marcher en rangs serrés, et ils évitaient autant que possible cet inconvénient. Au contraire, les soldats prussiens marchent serrés les uns contre les autres, les épaules et les coudes se touchent, les hommes ont l'air d'être soudés les uns aux autres, et le régiment s'avance tout d'une masse. Cette façon de marcher ne saurait être adoptée sans danger dans les pays chauds, ni même sous notre ciel de France pendant la saison ebaude.

D'après Morehead, la régularité des distributions d'eau et leur abondance sont les mesures préventives les meilleures.

M. le dorteurCuyon (loc. cil.) a insistésur 1' 'aggravation des accidents produits par la chaleur, dans les halles d'infanterie, par la position

92 MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES Al'.M&ES.

couchée ou horizontale. Le corps de l'homme couché tend à se mettre en équilibre de température avec le sol, souvent beaucoup plus chaud que l'air; les couches inférieures de l'atmosphère échauffées au contact du sol ont aussi une température plus élevée que les supérieures, il y a donc dans la position couchée, comme le dit M. Guyon, une cause d'aggravation des accidents; mais ce n'est pas là une raison suffisante pour demander la suppression des haltes, pendant lesquelles le soldat ôte son sac, respire à l'aise et donne à ses muscles un repos nécessaire. Quand on peut faire halte dans un lieu ombragé, la position couchée n'a pas d'inconvénients; quand on est obligé de s'arrêter dans une plaine aride et que l'élévation de la température fait craindre n'es accidents, on peut défendre aux soldats de se coucher.

i L'immunité relative dont jouissent les cavaliers démontre que les couches inférieures du sol sont particulièrement nuisibles; il faut dire aussi que le cavalier est soumis à moins de fatigues que le fantassin, il n'a pas de sac à porter, etl'équitation pour des hommes qui enont l'habitude est un exercice bien moins fatigant que la marche.

Les individus frappés de coup de chaleur seront transportés autant que possible dans un endroit frais, a l'abri des rayons du soleil (une maison, un lieu ombragé) ; on détachera toutes les pièces de l'habillement ou de l'équipement qui peuvent gêner la respiration, puis on fera des affusions froides sur tout le corps ; si le malade peut avaler, on lui fera boire une boisson fraîche; s'il existe déjà du coma, il faudra recourir aux sinapismes ou aux révulsifs que l'on aura sous la main (urtication, marteau de Mayor, etc.).

Dansu ne instruction du Conseil de santé, le traitement de l'asphyxie par la chaleur est ainsi formulé : 1° transporter l'asphyxié dans un lieu frais, mais non froid; — 2° le déshabiller; — 3° saigner s'il y a des symptômes de congestion; — 4° bains de pieds chauds à la cendre, au sel; — 5° quelques gorgées d'eau froide légèrement acidulée, lavements vinaigrés; — 6° si la maladie persiste, ventouses scarifiées à l'épigastre et aux tempes; — 7° quand l'asphyxie a été déterminée par l'action du soleil, même traitement, mais insister sur les applications froides (Recueil de mém. deméd. militaire, Ie série, t. LVI).

Maladies de la peau. Gale bédouine. — La gale bédouine (Hhabb arag, bouton de sueur des Arabes) correspond au lichen tropicusdes dermatologistes. Elle atteint principalement les hommes vigoureux doués d'un tempérament sanguin; de là vient sans doute que dans le vulgaire on la considère comme un préservatif de la lièvre (1). Précédée de sueurs, de démangeaisons, -la gale bédouine

(1) Hamel, Gazette médicale de l'Algérie, 1857.

est caractérisée par une éruption souvent très-confluente, occupant principalement les épaules, les bras, la poitrine, plus rarement le ventre et les cuisses; l'éruption est constituée par de petites élevures rouges tantôt papulcuses, tantôt vésiculeuses au sommet. La durée des papules est de trois à cinq jours, mais une suite d'éruptions successives peut prolonger la maladie pendant plusieurs semaines (1).

Boutons d'Alep, de Biskra, du Ziban, de Laghouat, etc. —

Pendant longtemps, on a décrit les boutons d'Alep et de Biskra comme deux entités morbides différentes; les auteurs les plus autorisés confondent aujourd'hui ces maladies dans une même description (-2).

Grâce à des communications plus faciles, grâce aux progrès de la géographie médicale, beaucoup d'endémies perdent le prestige qu'elles devaient autrefois à l'éloignement. Résultat imprévu, l'élude de la géographie médicale, basée par Boudin sur ce fait que les maladies comme le? niantes changent avec les climats, a pour effet de faire disparaître du cadre nosologique beaucoup de maladies qu'on croyait autrefois particulières à certains pays, à certaines localités.

L'affection de la peau dont nous parlons ne règne pas seulement à Alep et ù Biskra. Le bouton de Biskra se montre fréquemment au Maroc cl dans un grand nombre de localités de l'Algérie : aux environs de Baya, à Laghouat, h Tuggurt, dans le désert du Sahara, dans toute la'zone du Ziban, et particulièrement, il est vrai, à Biskra. En 1845 la garnison de celle ville eut -45 hommes, sur 475, atteints de clou; en 1847 la même garnison, forte de 762 hommes, compta 105 malades.

Un grand nombre de médecins militaires ont écrit des. mémoires pleins d'intérêt sur le clou de Biskra; nous citerons parmi les principaux ceux de MM. Poggioli (3), Cabasse (4), Beylot (5), Bidelot (6), Gaslaing(7), Massip (8), Quesnoy (9), Verdalle (10), G. Ricque (11),

(1) Dauvé, Rec. mém. de méd. militaire, 3° série, t. II, p. 37. — L. Laveran, art. Algérie, Diction, encijclop. des se. méd.

(î) Hirsch, Handbuch des historisch...., t. II, p. 456. — Le Roy de Méricourt, art. Bocto.n' d'Alep, Diction, encyclop. des se. méd.

(?,/ Poggioli, thèse. Paris, 1847.

(4; Thèse. Montpellier, 1848.

(5; Beylot, Recueil mém. de méd. militaire, 2e série, t. XI. (6) Didelot, même recueil, novembre 1862. rt) Même recueil, ndv. 1862.

(8) Même recueil, 2* série, t. XI.

(9) Même recueil, 2° série, t. VI.

(10) Thèse. Montpellier, 1851

Ml; Recueil de mém. de méd. militaire, août 1862

Guyon (1), Hamel (2), Armand (3), Weiss (4), A. et E.-L. Berrherand (5), Nettcr (6), Sonrier (7), Masnou (8), E. Alix (9).

Le bouton d'Alep a été bien décrit par A. Willemin (10), et par M. Le Roy de Méricourt (op. cit.).

Tous les observateurs s'accordent à reconnaître trois périodes dans la marclie de l'affection : une période d'éruption, une période 'l'ulcération, une période de réparation ou de cicatrisation.

Tout d'abord le malade accuse un léger prurit à l'endroit où va se faire l'éruption; bientôt on sent dans l'épaisseur du derme une petite nodosité arrondie qui s'entoure d'une aréole rosée; cette nodosité met quelquefois plusieurs mois à doubler de volume. Tantôt il ne se forme à la surface de cette tumeur que des lamelles épidermiques, des squames, des croûtes (forme croûteuse, Masnou) ; tantôt et le plus souvent une ulcération se produit ses bords sont irréguliers, frangés, taillés à pic, le fond est inégal, mamelonné, recouvert par une croûte grisâtre, adhérente, qui se reforme rapidement quand on l'arrache; la largeur de l'ulcère est en moyenne de 2 à 5 centimètres. Deux boutons voisins peuvent se réunir et donner lieu à une ulcération elliptique, on bien les ulcères communiquent par des trajets sous-cutanés (E. Alix).

Les croûtes, formées de stratifications successives, offrent de l'analogie avec des coquilles d'huître (Didelot); une aréole érysipélateuse entoure l'ulcère, la peau est tendue, soulevée, Pépiderme se desquame (E. Alix), les ganglions correspondants sont assez souvent engorgés et douloureux.

La période de réparation ne présente rien de bien particulier, les bords s'affaissent, l'a rougeur érysipélateuse disparaît, les croûtes tombent, les bourgeons charnus s'élèvent, et la cicatrice se forme en commençant par la périphérie. Lorsque la dernière croûte tombe, elle laisse voir une cicatrice d'un rouge brun, violacé, qui avec le temps devient tout à fait blanche. Lorsque le clou siège à la face, il

(1) Arch. gén. de méd., 1842, et Voyage d'Algérie au Ziban, 1852.

(2) Recueil mém. de méd. militaire, octobre 18*10.

(3) Méd. et hygiène des pays chauds, 1854.

(4) Gazette méd. de Strasbourg , juin 1855.

(5) A. Berlhcrand, Gazette méd. de l'Algérie, 1857. — E.-L. Berllierand, Ginette des hôpitaux, 1854

(6) De l'étiologie et de la nature de l'affection connue sous le nom de boulon de Bishra. Slrasb. , 1856.

(7) Gaz. méd. de l'Algérie, mars 1857.

(8) Gaz. méd. de l'Algérie, janvier 1859.

(9) Recueil de mém. de méd. militaire, janvier 1870.

(10) Gazette médicale de Paris, 1854, p. 200.

peut donner lieu à des cicatrices très-désagréables et même aune déformation notable des traits du visage.

Le bouton peut être unique, mais on en a observé jusqu'à 25 (K.Alix) ou aû(Hamel) cbez le même sujet, parfois même davantage. Les régions le p lus souvent atteintes sont : la face, le voisinage des artTcî>lations7ét la partie externe des membres, très-rarement le bouton se développe sur le tronc.

A Alep on a donné à la maladie le nom de boulon d'un an (Hbabb el Seneb), il s'enfautque celte durée soit toujours atteinte, mais dans tous les cas l'affection présente une marche chronique.

Étiologie. Nature. — On a incriminé longtemps les eaux potables. A Alep comme à Biskra, dit Boudin, il est probable que les boutons qui se produisent à la peau sont dus, outre l'influence climatérique, à la nature de l'eau; ceux qui boivent de l'eau de Koïk ou de ses affluents sont seuls atteints à Alep; de même à Biskra ceux qui boivent de l'eau de l'oued el Kantara.

M. A. Le Roy de Méricourl (lue. cit.) pense que les eaux potables ne sont pas la cause de cette affection : « La multiplicité des points où le bouton endémique a été signalé est un des arguments les plus puissanïs, dit-il, contre le rôle capital qu'on a voulu faire jouer aux eaux potables. Il faudrait donc qu'il y eût un principe nuisible commun à la fois à l'eau du Koïk, de l'Oronle, de l'Eupbrale, de la Salouïa, de l'oued Kantara, du Tigre, de l'Indus, et d'autres fleuves et rivières. » M. Le Roy de Méricourt pense qu'on ne saurait pas non plus invoquer la chaleur seule, car la maladie ne devient pas plus fréquente à mesure qu'on s'approche de l'équateur; en outre, il est à remarquer que le bouton se montre aussi bien en biver qu'en été.

D'après M. E. Alix, le clou de Biskra est tout simplement un ec-^y^ thyma survenant chez des individus débilités par la chaleur excessive •de Biskra, et par des sueurs profuses.

A la période d'ulcération, le clou ressemble, il est vrai, à l'eclhyma ; v mais la période d'éruption diffère très-sensiblement dans les deux maladies. Si les boutons d'Alep et de Biskra dépendaient de l'épuisement produit par la cbaleur, on devrait les rencontrer partout souS \ les tropiques, et les indigènes devraient être épargnés. Or, il n'en est rien : le clou de Biskra attaque les hommes de toutes les races, le v nègre, l'Arabe, le juif, l'Européen. — A Alep, tous les indigènes ont le boulon, il se développe toujours pendant la première enfance, ordinairement pendant les deux ou trois premières années.

i/endéimcité du boulon peut être très-restreinte, comme le prouve

(1i Traité de géographie et de statistique médicales, I. II, p. 315.

le fait suivant : le boulon endémique était connu depuis longtemps à Delhi, mais il ne régnait pas sur les troupes anglaises cantonnées à deux ou trois milles de la ville; à l'époque de la révolte des cipayes, les troupes anglaises s'établirent à Delhi, et à partir de ce moment le boulon se montra aussi fréquemment parmi elles que parmi les habitants indigènes (A. Le Roy de Méricourt, op. cit.).

C'est dans des circonstances locales et non clans des conditions générales aux climats chauds qu'il faut chercher la cause du clou d'Alep et de Biskra. Les explications qui en ont été données jusqu'ici nous paraissent peu satisfaisantes, c'est aussi l'avis de M. A. Le Roy de Méricourt. Ne pourrait-on pas accuser la piqûre de quelqu'un des insectes qui pullulent dans les climats chauds ? R est à remarquer que les boutons d'Alep et de Biskra ne surviennent guère que sur les parties du corps qui sont laissées à découvert.

Traitement. — Les émollients sont conseillés par M. E. Alix ; la thérapeutique a, du reste, peu de prise sur celte affection. Les caustiques énergiques n'ont pas donné de bons résultats, ils n'ont pour effet que d'augmenter l'étendue de l'ulcère (E. Alix).

Le docteur Asher (de Bagdad) préconise la méthode suivante : à l'aide d'un crayon de nitrale d'argent taillé en pointe, on pénètre profondément dans la tumeur, au moment de la période de ramollissement-, on renouvelle cette petite opération quatre ou cinq fois à quelques jours d'intervalle.

Colique sèche des pays chauds. — Colique végétale, névralgie du grand sympathique; colique endémique des pays chauds; colique de Poitou, de Madrid, du Devonshire, etc.

C'est à nos confrères de la marine que nous devons les principaux travaux relatifs à la colique sèche ; on trouvera en particulier dans l'excellent mémoire de M. A. Lefèvre (1) un historique complet de la question.

La colique sèche a été rarement observée dans les armées de terre ; d'après Thion delà Chaume, elle aurait régné en 1778 sur les troupes qui assiégaient Gibraltar (2); les hommes qui buvaient beaucoup d'eau-de-vie en étaient surtout atteints. Pendant la première guerre d'Espagne la colique sèche ou colique de Madrid se développa souvent dans l'armée française, notamment sur le 6e corps en Gallice (3). La plupart des observateurs se rallient aujourd'hui à l'opinion si bien défi) Recherches sur les causes de la colique sèche. Paris, 1859.

(2) Traduction de l'ouvrage de Lind sur les maladies des Européens dans les pays chauds. Paris, 1785, t. Il, p. 64.

(3) Ozanam, op. cil., t. IV, p. 197.

MALADIES DES CLIMATS Cil \UDS. 97

I fendue par M. Lefèvre, c'est-à-dire qu'ils concluent à l'identité de la colique sèche des pays chauds et de la colique saturnine.

C'est à partir de 1830 que la colique sèche est devenue fréquente à bord des bâtiments de guerre français et qu'elle a pris souvent le caractère de petites épidémies. M. Lefèvre assigne les causes suivantes à cette fréquence de la colique sèche :

1° En 1830 l'application de la vapeur à la navigation a augemnté la quantité des métaux et particulièrement celle des produits plombiques à bord des navires ;

2 En 1840 l'adoption des cuisines servant à la distillation de l'eau de mer et l'usage comme boisson de l'eau qu'elles fournissent;

;î L'usage devenu réglementaire des charniers à siphons métalliques et des pompes à eau douce avec siphons de plomb ;

4 L'emploi des conserves Appert renfermées dans des boîtes en fer-blanc fermées à la soudure plombique ;

5° Enfin l'usage de zincer les caisses à eau.

L'explication de M. Lefèvre s'applique très-bien aux petites épidémies observées à bord des bâtiments de la flotte, mais la colique sèche est-elle toujours la colique saturnine, ou bien existe-t-il dans les pays chauds une autre cause pouvant donner lieu à des symptômes analogues à ceux du saturnisme? Là est la question. On observe particulièrement au Sénégal et à Cayenne des coliques sèches avec sym ptômes nerveux graves et paralysie consécutive des extenseurs qui paraissent relever uniquement d'influences locales (1) et qu'il est bien difficile d'expliquer par un empoisonnement saturnin. M. Fonssagrives (2) admet comme Catel que la colique sèche peut être une manifestation de l'impaludisme ; M. Delioux de Savignac en fait une formc sèdiejlfiJajlvsen terie .

En 187-2 je me~~ràppelle avoir vu à l'hôpital militaire thermal do Vichy un pharmacien de la marine qui à la suite de coliques sèches contractées à Cayenne avait gardé une paralysie des extenseurs aux membres supérieurs et inférieurs. Ce malade, fort au courant de la question et très à même de rechercher le plomb, m 'assura à plusieurs reprises qu'il s'était livré vainement à des investigations de toute sorte et qu'il n'avait jamais constaté l'existence de composés plombiques dans les aliments ni dans les boissons dont il faisait usage à Cayenne. En morne temps je voyais un mécanicien de la marine qui avait pris des

I Dutroulau, Archiv. gén. de méd., dccemlira 183"); — Maladies des Européens dans les pays cliauds.

tî) Mémoire pour servir à l'hisloire de la colique nerveuse endémique des pays chauds [Archives de méil. Paris, 1852). — De la nalure el du truitcmenl de a colique nerveuse des pays chauds (Gai. hehd., 1857).

A. LAVERAN. "

coliques sèches en maniant le mastic au minium ; il était atteint de goutte chronique avec formation de tophus extrêmement volumineux, confirmant ainsi le rapport que Garrod et Charcol ont signalé entre la goutte et le saturnisme.

En somme, le rôle très-considérable que joue le plomb dans l'étiologie de la colique sèche des pays chauds ne saurait plus être nié, et c'est a M. Lefèvre que revient l'honneur d'avoir mis au jour ce fait si important au point de vue de la prophylaxie; mais il n'est pas démontré qu'au Sénégal et à Cayenne, par exemple, la colique sèche relève toujours du saturnisme. Il ne faut jamais oublier que des causes différentes peuvent donner lieu à des manifestations morbides analogues, sinon identiques.

Parmi les origines les plus fréquentes de la colique sèche saturnine, nous citerons : le mastic au minium employé par les chauffeurs (colique des chauffeurs); l'eau des cuisines distillatoircs : sur 15 échantillons M. Chevallier a trouvé 11 fois du plomb, 9 fois en proportion notable; les charniers munis de siphons en plomb; les vases en étain; le rhum distillé dans des vases en plomb; la colique sèche est très-fréquente1 en Amérique chez les personnes qui abusent de cette liqueur, deux fois toxique.

La colique sèchejle^pays chauds ressemble tellement a l'empoissonnement saturnin, qu'il est à peine besoin de la décrire et qu'on I peut renvoyer le lecteur aux ouvrages qui traitent de cette dernière 'maladie. M. Dutroulau distingue trois degrés :

1er degré, colique simple : vomissements bilieux, constipation, douleurs abdominales très -vives, brisement des membres.

2e degré, colique grave : douleurs abdominales atroces siégeant à l'épigaslre et à l'ombilic, convulsions tétaniques, paralysies. La maladie se juge souvent par des selles très-abondantes.

3e degré, accidents de paralysie alrophiquc et d'encéphalopathie pouvant amener rapidement la mort.

On a négligé souvent la recherche du liséré des gencives caractéristique de l'intoxication saturnine; depuis le travail de M. Lefèvre plusieurs observateurs ont noté l'existence de ce signe, mais il fait défaut dans un certain nombre de cas (Dutroulau).

La colique sèche se montre fréquemment chez des individus ané- Imiés, éprouvés par les fièvres palustres ou bien par la dysenterie.

Depuis la publication du mémoire de M. Lefèvre on s'est appliqué y dans la marine à faire disparaître toutes les causes du saturnisme à \ bord des navires, et ces mesures ont rendu extrêmement rare l'appaj rilion de la colique sèche. L^cjmduir^eje sels peut séjourner sans danger dans des réservoirs doublés de plomh : à Londres 500000 de

ces réservoirs n'ont jamais donné lieu à aucun accident; l'eau distillée au contraire attaquejrès-facilcmcnt le plomb, c'est pour cula que l'eau des cuisines dislillatoires se chargeait de sels plombiques. Lorsque l'eau qui circule clans des tuyaux de plomb renferme une grande quantité de sels de chaux, il se forme un carbonate double de chaux et de plomb qui incruste les tuyaux, etee revètcmentles protège contre des altérations ultérieures (1).

Le traitement de la colique sèche est le même que celui de la colique saturnine; les purgatifs, le traitement dit delà Charité ont donné de bons résultats. Les bains sulfureux, l'électricité seront employés contre les paralysies consécutives; les toniques, les ferrugineux contre l'état anémique qui accompagne souvent la colique sèche.

1 Acail. des se, séance du 9 février 1874. Communication de M. Bâtard. — Académie de médecine, séance du 3 mars 1 87 i. Rapport de M. Boudet.

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