ARTICLE II
nt
Dela Goutte aiguë de l'estomac et des intestins, qui estcompliquée d’un flux vio:
dent qui se fait par les premières voies.
Vomissement et Diarrhée de nature goutteuse. |
Lorsque la Goutte de l'estomac et des intestins est accompagnée de vomissemens ou de diarrhée, il faut aider ces évacuations autant qu'on juge quelles peuvent être salutaires.
On doit les exciter par des vomitifs doux ou des laxatifs, lorsqu'on juge insuffisantes ces évacuations , que déterminent des humeurs dépravées ou des matières indigestes que renferment les premières voies. Mais il ne faut pas les trop répéter , de crainte d’exciter ou de renouveler dangereusement les mouvemens spontanés du vomissement :
ou de la diarrhée. |
Cullen dit que lorsqu'on a assez insisté sur l'usage des boissons qui doivent faciliter le vomissement ou la diarrhée arthritiques,
il faut calmer par des narcotiques le trouble qu'elles ont causé.
Lorsque le vomissement est excessif, avec des défaillances , et du froid aux extrémités , il n’est pas douteux que l'épium ne soit indiqué sous plusieurs rapports, d’abord comme calmant, et ensuité comimé cordiäl et diaphorétique. |
Lorsque le vomissement ne cède point à l'opium , Stoll conseille de donner , outre la thériaque et le philonium , des astringens avec des aromatiques , un trait de vin de Tokai, etc. Kæmpf recommande aussi Fusage modéré d'un bon vin muscat dans lé vomissement ou la diarrhée arthritiques.
L'opium peut être donné sans succès, lorsqu'un état de foiblesse radicale domine à un très-haut degré dans l'estomac, quoiqu'il y ait des reprises convulsives de vomissement. Ainsi pour assurer alors l'utilité de l'opium contre ces mouveimens spasiiodiques , il faut le combiner avec des cordiaux', des aromatiques , et mêmié avec des astringens.
La diarrhée goutteuse , lorsqu'elle va trop loin , empêche nécessairement qu'il ne se
forme de Goutte régulière sur les articulations. Elle peut encore être promptement funeste. LUN ;
M. Quarin a très-bien observé que si dans une attaque de Goutte la diarrhée survient , il ne faut y rien faire tant que le malade va bien d’ailleurs ; mais que si les forces diminuent, ou si l'on observe d’autres mauvais symptômes , il faut arrêter aussitôt cette diarrhée, d'autant qu'elle peut tuer subitement. En effet, ces symptômes de mauvais caractère indiquent que la chute des forces radicales est jointe aux mouvemens spasmodiques de la diarrhée.
Dans les cas où l’on doit arrêter la diarrhée arthritique, il faut donner l’opium combiné avec des astringens modérés , comme il l'est dans le diascordium , du vin rouge brûlé pour soutenir les forces, et si l’on craint que la diarrhée ne tourne en dyssenterie, une émulsion avec la gomme arabique , etc.
Sydenham dit que lorsque cette diarrhée résiste à ces remèdes , la seule méthode qui puisse la guérir, est de procurer des sueurs par un régime et des remèdes sudorifiques , répétés par reprises pendant quelques jours de suite.
Lorsqu'après avoir satisfait aux indications urgentes de cette diarrhée, l’on peut se proposer de suivre l'indication d'attirer l'humeur goutteuse aux extrémités , Musgrave dit qu'il faut appliquer chaudement au-dessus des articulations des extrémités que la Goutte avoit coutume d’affecter , des phœnigmes ou des sinapismes. Il ajoute qu’en réitérant cette application , on peut y produire une tumeur, sur laquelle on établit ensuite un vésicatoire qui procure des évacuations abondantes et continuées d'humeur ichoreuse.
Mais je pense que les topiques relächans , comme les bains tièdes aux extrémités inférieures , suivis de frictions douces, sont à préférer , lorsqu'un état d'irritation domine sensiblement dans les intestins, même après que la diarrhée goutteuse a été modérée.
Après ce qui a été dit , il seroit superflu de s'arrêter au traitement du choléra-morbus de nature goutteuse (1).
(1)Je remarque en passant, qu’Arétée me paroît avoir eu en vue des cas où une Goutte articulaire avoit été consécutive du choléra-morbus , lorsqu'il a indiqué comme un des signes de la solution heureuse
278 TRAITÉ, Dyssenterie qoutteuse.
Dans la dyssenterie goutteuse , Musgrave conseille le repos ; les cordiaux donnés seulement pour soutenir les forces ; et avec beaucoup de réserve, de crainte qu'ils ne nuisent en allumant le sang ; des alimens incrassans et gélatineux , et la décoction blanche bue à petits coups et souvent.
I dit aussi que cette dyssenterie étant critique de sa nature , on doit en laisser le cours libre , lorsqu'elle est dans un degré moyen qui se fait reconnoître par l'état des forces ; que si le ventre vient à y étre trop resserré ou trop tôt, il faut le lâcher doucement ; mais que si le flux est trop considérable, il faut donner des astringens , prescrire des lavemens avec de la gelée d'amidon, etc.
Tous les préceptes généraux que Mus-
du choléra-morbus ; que la chaleur qui y survient, élève sensiblement toute l'habitude du corps , ét qu’elle offonse les extrémités : #herme de kai panta anaire , kai to acra adife, Tel me paroît être le vérilable sens. de ce passage, que l’on n’a point entendu, et dans lequel je. ne crois pas qu’on doive faire les changemens qu’a proposés Petit.
grave et les autres Auteurs ont donnés jusqu'ici sur le traitement de la diarrhée et de la dyssenterie goutteuse ; peuvent sufire lorsque ces maladies, quoique aiguës , n'ont point une marche trèsrapide, et ne présentent point des indications RO RAR EORRER et difficiles à combiner.
Mais ces préceptes sont. très-insuffisans pour traiter les cas compliqués ét les plus graves de ces maladies goutteuses. Des méthodes analytiques de traitement sont absolument nécessaires dans césicas. |
Pour. former ces méthodes, il faut considérer séparément toutes les indications qui peuvent être mélées dans ces cas, et qui sont plus ou: moins importantes à remplir , soit en même temps, soit successivement, et 1l faut y choisir et ordonner les moyens relatifs à ces diverses indications , suivant qu'elles ont différens degrés d'importance.
C'est ce que je vais développer en exposant en détail lé traitement méthodique qui convient à la dyssenterie goutteuse. Ce que jen dirai pourra être facilément appliqué aux. cas: graves de la diarrhée goutteuse , où lon ne doit point se borner aux moyens de traitement précédemment indiqués. ’
285 TRAITÉ LVIT
Les indications du traitement de la dyssonterie goutteuse , sont relatives ; r.° à l’altération grave du ton des intestins qui a lieu avec un excès ou d'atonie, ou d'irritation , et celle-ci peut être jointe à une disposition inflammatoire ;' 2.° au genre du flux dyssentérique; 3.° à la fluxion goutteuse qu'il faut déterminer sur les articulations qui ont été auparavant affectées de Goutte.
‘Premièrement. L'atonie , ou langueur dominante dans l'état des intestins attaqués de dyssenterie goutteuse, se fait reconnoître par le météorisme lâche et non douloureux du bas-ventre, parce que les tranchées ne sy font sentir que foiblement , et par l'abattement général des forces sensitives et motrices.
Entre les excitans , les topiques fortifians sont les remèdes qu'on peut employer avec le plus de sécurité dans tous les temps de Ia dyssenterie goutteuse, lorsque l'atonie ou la foiblesse y domine. Ainsi on peut y appliquer ‘utilement sur le bas-ventre des linges mis en double , imbibés d’eau de la reine d'Hongrie, chauffée , y faire des fomentations
avec une décoction semi-vineuse d'espèces aromatiques , etc. |
Lorsqu'on fait prendre des excitans diaphorétiques ou autres dans l'état de cette dyssenterie, on doit les choisir d’une activité très-modérée, de crainte qu'ils ne déterminent ou n’aggravent les engorgemens sanguins , inflammatoires ou autres , auxquels les intestins sont fréquemment sujets.
Dans les temps avancés de la maladie, lorsque la chute des forces est extrême, on recommande beaucoup la racine d'arnica, qui m'a paru en effet utile pour les relever.
Si dans les mêmes temps la débilitation générale des mouvemens du corps, et la langueur du pouls, sont jointes à des symptômes de distribution irrégulière du sang et des humeurs , tels que sont les feux au visage , et des sueurs abondantes , il faut ( ainsi que l'a conseillé Akenside dans des cas semblables de dyssenterie ) recourir au quinquina donné en décoction, où l’on ajoute de l’eau de cannelle simple, ou de la teinture de cannelle.
282! TRAITÉ LVIITL
L'excès d'irritation qui. a lieu-dans l’état des intestins attaqués de: dyssenterie goutteuse se marifeste. , mêmé hors des cas de leur inflammation décidée , par des vomissemmens quin'évacuent presque rien , ou seulement de la bile- verte. ; par la: fréquence et la force des tranchées , qui sent sans proportion avec la quantité et l'utilité des déjections , parce que le sang:qui est évacué n'ést point incorporé avec les matières excrémentitielles, parce que le ventre est tendu: ét douloureux., ete.
Il faut employer alors les épithèmes émolliens sur le bas-ventre, les boissons ‘adoucissantes , comme l’émalsion avec la gomme arabique, la gelée préparée avec. les pieds de mouton et la corne de cerf, la gelée de la racine. de: salep ou du-lichen d'Islande, etc.
L'opium est généralement indiqué dans ces cas. Il doit êtré employé d’abord extérieurement, étant joint sous la forme de lau- . danum liquide à des linimens appropriés.
On doit ensuite le faire prendre à des doses assez fortes, pourvu que la tête ne soit point ‘affectée.
L'action narcotique de l’opium est affoiblie, et ses effets peuvent être modifiés avantageusement, par sa mixtion avec le camphre et l’ipécacuanha.
Lorsqu'il y a inflammation des intestins, ou seulement disposition prochaine à leur état inflammatoire ( marquée par une douleur ou ardeur fixe, et par les autres signes connus}, il faut ordonner avec confiance des évacuations de sang, toujours proportionnées aux forces du malade. |
Ainsi, après avoir pratiqué la saignée autant qu'elle est indiquée, il peut être nécessaire d'appliquer des sangsues à l'endroit du bas-ventre qui cest affecté, et de répéter cette application suivant le soulagement sensible quelle procure.
À la suite de ces évacuations, il peut être souvent utile d'appliquer un vésicatoire sur le bas-ventre, à l'endroit où la douleur est fixe. IE faut toujours y donner des anti-phlogistiques appropriés , comme par exemple, une émulsion camphrée, où l’on peut ajouter du nitre, etc. |
Les fleurs d’arnica sont alors bien indi-
quées, surtout dans les temps avancés de cette affection inflammatoire, comme aussi toutes les fois qu'on a lieu de présumer et qu'on se propose de résoudre des engorgemens de sang dans les derniers vaisseaux et dans le tissu des intestins.
Secondement. La seconde indication est celle que présente le flux dyssentérique.
Musgrave dit que les purgatifs ne conviennent jamais, ou du moins très-rarement dans la dyssenterie arthritique ( si ce ne sont des laxatifs doux, lorsque ce flux vient à être intercepté ), tandis que les purgations, répétées plus d'une fois, sont presque toujours nécessaires pour la cure de la dyssenterie proprement dite ( c’est-à-dire simple et essentielle ). |
Mais en général les purgatifs doux conviennent d'autant plus dans la dyssenterie goutteuse ; eomme dans tout autre, nonseulement quand elle a causé une rétention de matières excrémentitielles qu'il faut évacuer, mais encore lorsqu'elle est jointe à une forte affection gastrique ou bilieuse, ou lors-
DES MALADIES GOUTTEUSES. 285 qu'elle est compliquée d’une fièvre putride des premières voies.
Cette complication n’a lieu que fort rarement dans la dyssenterie goutteuse, si ce n’est pendant qu'il règne en même temps une épidémie de semblables fièvres dyssentériques. | |
Dans ces cas il faut employer des évacuans des premières voies qui soient appropriés.
Tels peuvent être l’ipécacuanha , l'huile de ricin , la crême de tartre donnée fréquemment dans une décoction de tamarins, etc.
Il est souvent alors très-convenable de joindre, ou de faire succéder des narcotiques à ces évacuans. |
Si le flux de sang est excessif pendant qu'on emploie les moyens les plus appropriés pour remédier à la foiblesse ou à l'irritation dominante dans les intestins, il faut recourir à. des asiringens modérés; mais on doit toujours craindre l'abus des astringens , qui plus d'une fois a causé la mort à de vieux goutteux, chez qui il réprimoit trop fortement la dyssenterie.
Musgrave a bien vu qu'entre les astringens, les acides sont. ici contre-indiqués par leur. action irritante : il conseille le cachou,
286 TRAITÉ le bol, le sang-dragon, le safran de mars astringent, etc.
Mais dans les cas de flux dyssentérique où les astringens conviennent, ces remèdes conseillés par Musgrave , et autres semblables qui ont une qualité physiquement astringente, sont beaucoup moins généralement utiles que ceux qui ont une vertu astringente spécifique contre ce flux.
Entre ces derniers, le simarouba me paroît être alors particulièrement approprié dans les diarrhées et les dyssenteries goutteuses, soit aiguës, soit chroniques. L’écorce du simarouba est un amer stomachique, analogue à un degré plus foible au Bei de quassia (1).
ai vu les eifets les plus heureux du quas-
dans un dévoiement goutteux chronique qui étoit devenu comme lientérique.
Le baume de Locatelli, la térébenthine et les baumes naturels, conviennent ( comme a dit Musgrave ) dans l’ulcère des intestins que forme l'ouverture de l'abcès venant à la suite de la dyssenterie arthritique. Je ne
(x) Les arbres qui donnent le quassia et le simarouba, sont très-probablement du mème genre.
m'arrête point à exposer le traitement de cet ulcère des intestins , qui doit être analogue à celui des autres ulcères internes.