‹ Traité des maladies mentaleChapitre 160 sur 500 · FOLIES 1DIOFATHIQUES. — PARALYSIE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

FOLIES 1DIOFATHIQUES. — PARALYSIE GÉNÉRALE

la deuxième classe se reconnaît surtout à cette transformation singulière qui fait que les malades semblent se préoccuper bien moins des intérêts de leur santé matérielle que des intérêts d'un ordre plus élevé, comprenant leur honneur, leur réputation et tout ce qui se rattache aux avantages les plus précieux de l'existence. Les délirants par persécution forment une classe très nombreuse du cadre nosologique des maladies mentales, et la gravité des actes auxquels se livrent ces aliénés est en rapport avec le pénible état de souffrance qu'ils endurent.

C'est dans le délire des persécutions que vous observez une variété spéciale de suicides et homicides et de délirants systématiques de la catégorie la plus dangereuse. On a vu quelques-uns de ces malades, ayant toutes les apparences de la raison, commettre des actes incroyables, tels que le vol, l'incendie, l'homicide, dans le seul but d'attirer sur eux l'attention publique et de se faire rendre une justice que, dans leurs idées systématiques délirantes, ils prétendent leur être refusée.

Troisième variété. — Ultérieurement enfin, lorsque la maladie tend vers une terminaison fatale, il surviendra une transformation non moins extraordinaire dans les idées et les sentiments du délirant par persécution, et qui formera une troisième variété, ou, si l'on préfère, une sousvariété dans cette forme d'aliénation. J'en ai parlé dans le chapitre précédent, à propos de ces malades qui, après avoir passé par toutes les péripéties du délire des persécutions, se croient maintenant, sous l'influence de nouvelles modifications organiques, appelés à de grandes destinées et à jouer un rôle qui n'est le plus ordinairement en rapport ni avec leur éducation, ni avec les moyens intellectuels qu'ils possèdent réellement. J'ai dit que ces phénomènes indiquaient une terminaison fatale, mais ce pronostic n'est pas absolu. Le caractère de la folie hypochondriaque est de faire parcourir aux malades un cercle de phénomènes pathologiques qui s'engendrent et se commandent successivement, cercle dont les points de circonférence sont marqués par des périodes de l'émission et par des phases maladives qui se renouvellent avec une persistance désespérante.

he groupe. — Aliénation idiopathique.

Je n'ai pas à revenir sur l'intervention du cerveau dans la manifestation des troubles de l'intelligence, j'ai suffisamment exposé ma profession de foi à ce sujet. Seulement il faut bien reconnaître que le cerveau peut être compromis directement par des affections qui lui sont propres (congestions périodiques, hémorrhayies, méningite, ramollissement cérébral, atrophie cérébrale, lésions traumatiques , coups, chutes, etc.), ou bien l'organe peut être lésé sympathiquement, ainsi que nous l'avons vu dans l'énumération

des nombreuses causes physiques ou morales dont nous avons étudié l'action : maladies des appareils circulatoire, digestif, respiratoire; troubles dans les fonctions physiologiques : menstruation, grossesse, accouchement -, lactation, chagrins, passions, etc.

Pour ce qui regarde les aliénations idiopatbiques proprement dites, nous établissons deux classes principales.

Première classe. — Affaiblissement progressif ou abolition des facultés intellectuelles à la suite des maladies chroniques du cerveau ou de ses enveloppes. — Si des affections telles que les congestions périodiques , les hémorrhagies et autres lésions que nous avons citées, peuvent déterminer des délires aigus, il arrive aussi le plus ordinairement que la chronicité du mal amène un état de démence qui n'offre à l'observation la prédominance d'aucun délire systématique. Ce que l'on remarque alors, c'est un affaiblissement progressif de l'intelligence, c'est la perte des souvenirs, des affections ; c'est, en un mot, la suprématie de la vie végétative sur la vie de relation. Mais c'est à tort que quelques nosologistes ont voulu soustraire tous ces états à la classification des maladies mentales, par la raison qu'il y avait, dans ces cas, absence de divagation de l'esprit et de toutes les manifestations impulsives que l'on rencontre dans l'aliénation mentale avec délire systématisé ou prédominant. C'est là, je pense, une mauvaise manière de considérer la question. L'état de démence, si profond qu'on le suppose, si dénué qu'il soit de toute virtualité délirante, a été parfois précédé d'un état aigu avec trouble des facultés intellectuelles et, en bonne classification, on ne doit pas séparer la forme terminative d'une maladie de sa forme primitive.

Deuxième classe. — Paralysie générale, folie paralytique avec prédominunce du délire systématique des grandeurs. — Les causes déterminantes de cette affection sont, ainsi que le fait justement observer M. Parchappe, au nombre de celles qui provoquent une surexcitation forte et prolongée du cerveau : les excès sensuels, et notamment l'abus des boissons alcooliques, delà bonne chère, des plaisirs vénériens et les excès intellectuels représentés surtout par des veilles prolongées el par les préoccupations d' af/aires, d'entreprises, de travaux.... Mais pour se faire une juste idée de cette maladie si caractéristique par la nature du délire ambitieux, il faut de toute nécessité, après avoir étudié les relations intimes qui existent entre la forme de la folie et la nature de la cause, faire intervenir l'élément de la lésion cérébrale. Dans la folie paralytique, la lésion, qui n'est rien moins que le ramollissement inflammatoire de la couche corticale des deux hémisphères cérébraux, imprime à la maladie le caractère qui lui est propre, et qui en fait certainement une des espèces morbides les plus

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distinctes que l'on rencontre dans le cadre nosologique des maladies mentales.

«N'est-ce pas en effet, dit M. le docteur Parchappe, une espèce morbide distincte de toutes les autres, qu'une maladie qui se produit sous l'influence de causes entraînant la surexcitation du cerveau, principalement chez l'homme et dans L'âgé de la virilité, et dont les symptômes se résument en une lésion générale et simultanée de l'intelligence, du mouvement volontaire et de la sensibilité? N'est-ce pas une maladie spéciale, celle qui a pour siège la couche corticale des deux hémisphères cérébraux, qui a pour caractère anatomo-pathologique constant un ramollissement inflammatoire de la couche corticale cérébrale dans les deux hémisphères, qui, à travers des congestions cérébrales plus ou moins répétées, entraînant de jour en jour un affaiblissement plus prononcé de l'intelligence, du mouvement volontaire et de la sensibilité, aboutit fatalement à la mort par la congestion ou par le marasme cérébral ? »

5e groupe. — Folies sympathiques.

Lorsque dans une pleurésie ou dans une pneumonie, ainsi que l'enseignaient les anciens, il survient du délire, personne ne dira qu'il dépend d'un état morbide de la plèvre ou du poumon.... Tous les médecins s'accordent à croire qu'alors cette partie dans laquelle réside la faculté de penser est affectée par sympathie ; tous au contraire reconnaissent que dans la léthargie et dans la frénésie cet organe n'est pas pris par consensus, mais par affectation première.

Je n'entrerai pas dans des considérations plus 'détaillées sur ce qu'il faut entendre par folies sympathiques, et je m'en tiens provisoirement à la manière dont les anciens concevaient les affections sympathiques du cerveau. Lorsque dans la partie étiologique de mon œuvre j'ai parlé des troubles cérébraux qui survenaient après les maladies des voies respiratoires et digestives, lorsque j'ai signalé les'délires qui éclataient à la suite des affections vermineuses, ou de la répercussion d'exanthèmes du cuir chevelu, de l'arrêt subit de la menstruation, ou de tout autre trouble ou lésion de l'organisme, je n'ai jamais mis en doute le rôle du cerveau dans les manifestations délirantes offertes à l'observation. Je pense toujours d'une manière invariable que le cerveau est constamment le siège de la folie, mais je ne pense pas qu'il soit invariablement le siège de la cause. Je classe toutes les aliénations qui sont la conséquence de troubles ou de lésions spéciales et primitives de l'organisme dans la classe des folies sympathiques. A ces folies je rattacherai les vésanies désignées sous les noms à'èrotomanie, nymphomanie, et dans lesquelles on peut établir que la dé-

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pravation des instincts est due à une affection spéciale des organes de la génération. 11 n'est pas besoin d'insister sur la différence qu'il y a entre ces sortes d'aberrations morales et la folie amoureuse proprement dite, qui est le fait primitif d'un amour contrarié ou malheureux. Le simple bon sens médical, réduit à lui seul, suffit pour établir une distinction entre l'érotomanie et la folie amoureuse. Mais l'observation plus approfondie des faits, la loi des rapports entre telle forme de folie et la cause, jettent une clarté plus vive encore dans la classification, lorsque nous voyons qu'il ne faut pas confondre la folie amoureuse ou religieuse résultant d'un sentiment exalté, d'une passion, avec ces folies amoureuse ou religieuse qui sont le résultat des transformations bypocliondriaques.

J'ai donné les raisons qui m'engageaient à ne pas désigner les différents délires sympathiques sous les noms de folies pneumonique, cardiaque, hépatique, vermineuse, exanthémateuse, etc. (1). A ces raisons j'en ajoute une autre que je réservais pour ce paragraphe.

Les anciens avaient dit : Si, à l'occasion d'une fluxion de poitrine ou de toute autre maladie, il survient un délire constant, pensez que la tète est devenue le siège d'une affection tellement propre, quelle peut survivre à la guérison d'une maladie de poitrine. Ceci veut dire, en d'autres termes, que toute folie qui est due à une cause sympathique, et qui n'est pas jugée par la disparition de cette cause, rentre de plein droit dans un des genres de la classification générale, selon que l'observation démontre que la persistance des phénomènes maladifs dépend d'une de ces causes radicales essentielles que j'ai désignées sous les noms de prédisposition héré-

(1) Je suis loin de prétendre que la classification que je propose, exclut à jamais d'autres formes spéciales de la folie. Je crois, au contraire, qu'une fois entré dans cette voie de coordination des phénomènes pathologiques , on trouvera encore d'autres causes de folie qui impriment à tous ceux qui en sont atteints des caractères communs. Si, pour le moment, j'étais tenté de faire une exception, ce serait, dans la sphère physiologique, en faveur de la folie suite de couches (manie puerpérale) , et dans la sphère morale , en faveur de la folie par amour, par religion. Toutefois, pour ce qui regarde la folie suite de couches, l'observation nous a déjà appris que les troubles cérébraux qui en sont la conséquence n'ont pas, chez tous les individus, des caractères identiquement les mêmes, ni dans la période de début, ni surtout dans la période de terminaison. Le pronostic varie excessivement, selon les prédispositions des malades. J'en pourrais dire autant à propos de la folie religieuse et de la folie amoureuse, quoique l'amour et la religion, ces deux sentiments qui mettent en jeu les intérêts les plus puissants de notre âme , soient de nature , lorsque ces deux mobiles agissent dans l'indépendance absolue de leur action , à produire des genres de folie on ne peut mieux caractérisés. Mais, encore une fois, la voie étant ouverte, je serai le premier à applaudir aux efforts qui seront tentés pour l'élargir, et j'accepterai de grand cœur les variétés nouvelles de folie que l'observation aura jugées dignes de figurer dans la classification.

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