CONSÉQUENCES FATALES DES HALLUCINATIONS DE L'OUÏE
ditaire était en jeu et imprimait une activité spéciale aux causes déterminantes du moment : un des frères du malade était mort aliéné.
Mais, si telle était la part des causes physiques dans l'enchaînement et la dépendance réciproque des phénomènes pathologiques qui vont se dérouler sous nos yeux, certaines causes morales n'agissaient pas avec une activité moindre. Devenu jaloux sans motif, notre malade éprouvait bien des tourments inconnus pour lui. Des nuits sans sommeil, des jours sans repos furent désormais le partage d'un homme dont l'existence jusque-là s'était écoulée dans le calme et la tranquillité. Je n'essayerai pas de décrire une existence de quatre années qui fut une suite, pour ainsi dire, non interrompue d'impressions douloureuses et pénibles et d'interprétations maladives dans le genre de celles que j'ai décrites chez le malade de la première observation , jusqu'alors enfin qu'il entendit une voix qui lui ordonnait de tuer su femme, s'il ne voulait pas qu'elle fût privée à jamais, ainsi que toute sa famille, du bonheur éternel. A une injonction aussi terrible, accompagnée de la défense non moins formidable de rien révéler, il s'enfuit, interdit, du toit conjugal. Il se réfugia chez des amis et connaissances; il alla faire des retraites dans des maisons religieuses, mais la terrible voix le poursuivait partout. Dieu lui apparut un jour sous la forme d'une lumière éclatante qui inondait sa chambre et illuminait d'une vive clarté le crucifix devant lequel agenouillé, et priant avec ferveur, il se déclarait indigne d'accomplir la mission dont le chargeait la volonté divine, et demandait qu'un autre en lut investi. Mais l'ordre était impérieux, il fallait l'exécuter sans retard; et c'est après avoir tué sa femme, l'avoir coupée en morceaux et jeté ses restes dans un puits, qu'il alla, avec la tranquillité d'àme la plus parfaite, et comme s'il avait accompli le plus saint des devoirs, se remettre entre les mains des magistrats.
J'ai suivi l'existence de cet aliéné pendant quatre ans, et je n'ai remarqué chez lui aucune hallucination ultérieure. Il arrive que, dans les cas aigus de ce genre, l'accomplissement de l'acte ordonné par une voix su- ! périeure termine la crise et fasse cesser le phénomène hallucinatoire, qui ne trouve plus désormais aucun aliment clans la sédation générale du système nerveux. Dans quelques circonstances, le drame se déroule avec une rapidité effrayante. Un aliéné capable de se rendre parfaitement compte des sensations qu'il avait éprouvées m'a avoué n'avoir entendu qu'une seule fois la voix qui lui avait intimé de tuer sa femme, ses enfants et de se détruire ensuite lui-même. Ce malheureux, pour des causes indépendantes de sa volonté, n'avait exécuté que sur sa personne cet acte épouvantable, et n'avait réussi qu'à se faire une blessure affreuse.
Le plus ordinairement, les aliénés #ux hallucinations de l'ouïe et des