MARIAGE, RAPPORTS SEXUELS
drothéi'apie, à propos de l'hystérie et d'autres affections nerveuses. Le caractère éminemment périodique de ces maladies fait souvent croire à uneguérison radicale, alors qu'il n'existe qu'une simple rémission, et le tempérament de ces malades les porte à quitter un moyen curatif avec le même empressement qu'elles ont mis à l'adopter.
D'un autre côté, l'expérience nous apprend que ces sortes de malades, les hystériques et les épileptiques surtout, ne sont jamais si près d'avoir un accès que lorsqu'ils accusent un bien-être excessif et qu'ils se croient à jamais débarrassés de leur triste infirmité. 11 n'est pas rare qu'ils fassent partager leur illusion aux médecins qui les soignent. Pour moi, j'ai souvent vu les crises hystériques et épileptiques reparaître inopinément au milieu de la santé la plus florissante.
Mariage . rapports sexuels. — L'idée bien plus nette qu'il est permis de se faire aujourd'hui de l'hystérie et des causes de cette névrose si complexe, permet déjuger à quel point les anciens étaient dans Terreur, lorsqu'ils faisaient du mariage et des rapports sexuels en général la panacée de l'hystérie. Nous avons vu cette névrose, avec ou sans complication de folie, se développer chez des filles non nubiles, chez des femmes mariées, chez d'autres qui avaient passé l'âge de retour. Les tableaux statistiques de M. Briquet nous apprennent en outre que , toute comparaison gardée, l'hystérie est bien plus fréquente chez les filles publiques que dans toute autre catégorie sociale. Il y a cependant parmi les gens du monde, et même parmi beaucoup de médecins, dit M. Sandras, une sorte d'article de foi qui fait regarder le mariage comme un bon remède contre l'hystérie. On sait avec quelle crudité d'expressions les anciens conseillaient non-seulement le mariage, mais toutes sortes de frictions qui ne pouvaient qu'irriter les organes génitaux et provoquer des désirs que la maladie par elle-même ne développe pas. Nous avons vu, en effet, que la manifestation des tendances érotiques est chose rare chez les hystériques.
« Tout ce que je puis dire à ce sujet, ajoute M. Sandras, c'est que j'ai vu au contraire quelques cas d'hystérie provoqués et entretenus par le coït chez les femmes qui n'y étaient d'ailleurs pas sujettes. Je n'ai jamais rencontré un cas dans lequel l'usage, ou même l'abus des plaisirs vénériens ait amené ou la diminution ou la guérison de l'hystérie. Il résulte de mon expérience et des confidences que j'ai reçues, dit toujours cet excellent praticien, que les femmes hystériques ne sont pas plus disposées que les autres à prendre une part active dans les rapports sexuels ; que le contraire serait plutôt rai, et que l'hystérie, quand elle préexiste, n'est pas modifiée par l'emploi de ce remède. Il est vrai de dire, néan-
73/i TRAITEMENT DE L'HYSTÉRIE.
moins, pour quelques femmes, que des désirs non satisfaits leur occasionnent quelquefois des affections nerveuses plus ou moins graves. » [Sandras, ouvr. cit., t. I, p. 193 (1).]
Cette grave question du mariage à conseiller dans quelques cas de névrose hystérique est toujours embarrassante pour le médecin ; elle peut même amener des conséquences dont peut avoir à souffrir sa moralité. C'est là un souvenir très vif qui m'est resté d'une excellente leçon clinique de Chomel sur ce sujet. 11 s'agissait d'une jeune fille de vingt ans, dont l'état hystérique, avec toutes ses complications, avait été attribué à une vive impression morale, à une frayeur très grande. « Nous lui avons demandé, dit Chomel, si elle avait eu des rapports sexuels. Nous avons été conduit à faire cette question par l'opinion qui domine chez le peuple, et même chez quelques médecins, que les rapprochements des sexes sont salutaires dans ces sortes d'affections. Elle nous a répondu affirmativement, ajoutant qu'elle l'avait fait d'après le conseil d'un médecin. Nous ne voulons pas discuter ici la question de moralité dans ces sortes de conseils, quoique cette question soit d'une haute gravité ; nous nous bornerons à dire que ces conseils sont absurdes et souvent préjudiciables sous le rapport physique comme sous le rapport moral. En effet, dès qu'on a conseillé à une jeune femme de se livrer aux rapprochements sexuels dans l'intérêt de sa santé, qui est-ce qui peut prévoir où l'entraînera cette pratique qu'elle croira d'abord salutaire? D'un autre côté, combien n'y a-t-il pas de femmes auxquelles ces rapprochements sont plus nuisibles qu'utiles? Aussi jamais un médecin qui se respecte ne devra donner de pareils conseils,» (Clinique de Chomel, Gazette des hôpitaux, 23 février 1843.)
Aux considérations que j'ai déjà émises sur les indications prophylactiques fournies par le mariage (page 631 de cet ouvrage) j'ajouterai les suivantes, spécialement applicables aux hystériques.
Lorsque j'ai été consulté sur l'utilité du mariage chez de jeunes hystériques, j'ai toujours répondu négativement, lorsque la situation névropa-
(I) Voyez, dans la partie étiologique de cet ouvrage, Pertes séminales, excès vénériens, continence forcée, leur influence sur la production des troubles cérébraux, p. 180 et suiv. — Influence de l'amour, folie amoureuse, p. 218 et suiv. — Attentat à lapudeur, etc., p. 341. On peut encore ajouter aux considérations ci-dessus émises ce que la statistique nous enseigne du développement moins considérable de l'hystérie chez les classes vouées au célibat, chez les religieuses, par exemple. Je suis néanmoins de l'avis de M. Sandras, que des désirs non satisfaits occasionnent parfois des affections plus ou moins graves. D'un autre côté, j'ai déjà exprimé mon opinion sur l'incontestable avantage prophylactique du mariage fait dans de bonnes conditions.