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CHAPITRE VIII

DE LA MANIÈRE d’interpréter LE PHÉNOMÈNE CAUSE. ESSAI DE CLASSIFICATION DES MALADIES MENTALES.

Nos recherches étiologiques nous ont suffisamment démontré que si les causes prédisposantes et déterminantes de la folie n’amènent pas les mênies conséquences chez tous les individus, il est néanmoins impossible de nier leurs effets chez ceux qui, sous l’influence de ces causes, deviennent J, aliénés.

Nous avons vu, dans une foule de circonstances, que des affections telles que la méningite, la phthisie, la pneumonie, la fièvre typhoïde, les hypertrophies du cœur, etc., que des impressions morales telles que la crainte, l’amour, l’exaltation du sentiment religieux, que toutes les passions, en un mot, peuvent occasionner la folie. Mais, encore une fois, il ne s’en suit pas nécessairement que tous ceux qui sont soumis à ces causes deviennent aliénés, ou soient même menacés de folie. La raison en est évidente. Les causes que nous avons généralement désignées sous, le nom de causes déterminantes o\x occasionnelles ne provoquent pas la folie d’une manière absolue ou nécessaire. Les causes dites spécifiques, quelques affections cérébrales idiopathiques , comme celle qui constitue la paralysie progressive, ont seules le pouvoir de produire nécessairement le trouble permanent des facultés intellectuelles dans quelques circonstances déterminées.

Quant à ce qui regarde l’action des autres causes, il est en outre indis-

(1) Recherches sur la foVJè pénitentiaire [Annales médico-psychologiques, t. XXI, p. 28), parM. le docteur Sauze, médecin-adioint de l’asile des aliénés de Marseille, médecin de la prison cellulaire de cette ville.

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pensable, avons-nous dit, que l’individu offre une prédispodtion qui permette à la cause particulière d’agir d’une manière spéciale. Il est nécessaire que divers éléments qui participent également delà nature physique et de la nature morale de l’homme soient mis en jeu sous l’influence de la prédisposition, et concourent avec la cause occasionnelle à la formation d’wn maladif nouveau, à’une forme particulière d' aliénation cpii imprime à tous les aliénés qui se rattachent à cette forme des caractères communs.

Ces caractères se reconnaissent au genre de délire dont sont affectés les individus, à la nature des actes qu’ils sont irrésistiblement portés à commettre, et l’on peut ajouter, aux troubles particuliers des fonctions nerveuses ainsi qu’aux lésions spéciales de l’organisme.

Bien mieux, en rentrant dans la piarche que l’on suit dans toutes les parties de l’histoire naturelle, où l’on s’attache à bien définir les caractères des familles appartenant à tel genre ou à telle espèce, on arrive à un résultat non moins satisfaisant pour ce qui regarde ces études. On parvient, en appliquant cette méthode à la classification des aliénés, à déterminer la nature du tempérament particulier aux malades de telle ou telle catégorie, et à signaler certaines anomalies ou défectuosités de l’organisme propres à telle ou telle autre variété. Ces caractères s’observent dans les aliénations chroniques, dans les folies héréditaires surtout.

Ces anomalies ou défectuosités, que l’on peut appeler les signes exté-* rieurs de la folie, se reconnaissent aux formes anormales ou pathologiques de la tête, au développement incomplet des organes reproducteurs delà génération, ou à telles autres déviations de ce que j’ai appelé le type normal de ï humanité, ou si l’on préfère, le type capable de transmettre à la génération qui suit les principes d’une bonne santé physique, intellectuelle et morale. Lors donc que j’ai formulé la loi dlune relation intime, nécessaire entre la forme de l'aliénation et la nature de la cause, je n’ai pas voulu dire que cette relation s’établissait sous l’influence de la moindre cause qui, en faisant naître les éléments du délire, peut conduire ultérieurement à l’aliénation. Pour moi, la cause ne peut se séparer ni de la prédisposition chez l’individu, ni du trouble fonctionnel ou de la lésion que cette cause détermine dans l’organisme.

Dans la pensée de classification qui m’anime, trois éléments sont nécessaires à la réalisation d’une forme particulière d’aliénation : la prédisposition, la cause occasionnelle, le trouble fonctionnel ou la lésion.

Si la prédisposition n’existe pas, la cause .occasionnelle peut bien amener un trouble des fonctions intellectuelles, un délire général ou systématisé, durable ou transitoire, une folie en un mot, mais rarement

ce délire aura-t-il le caractère de celui que l’on observe dans les formes particulières ou essentielles d’aliénation. Aussi le pronostic sera-t-il d’autant plus favorable qu’il n’existera pas de prédisposition, et que l’état du malade nous représentera généralement des conditions d’acuité.

Si la cause ne laisse dans l’organisme qu’une impression passagère, ^e délire qui peut en être la conséquence est passager et fugace .^Ge n’est qu’à la condition de susciter un trouble durable dans l’organisme, de déterminer une lésion spéciale des centres nerveux, que le délire, transitoire d’abord et éphémère, s’élève bientôt à des proportions qui lui donnent un tout autre caractère et qui constitue une forme spéciale de folie.

Il est alors permanent ou durable, général ou systématique. Il s’organise d’après des lois fixes et invariables ; il puise lés éléments de son activité, de son mode de production, et dans la nature de la cause, et dans la spontanéité de l’intelligence , et dans la gravité et les progrès du trouble fonctionnel ou de la lésion organique ; il entraîne à des déterminations insensées, à des actes d’une nature fatale, irrésistible. 11 est enfin l’indice de la folie,- autrement dit, de cet état qui, au point de vue psychologique, est non-seulement l’expression des souffrances générales de l’organisme, mais de telle ou telle soufifance en rapport avec la nature de la cause et celle de la lésion. C’est à ce point de vue seul que j’ai pu dire qu’il s’établissait des relations intimes, nécessaires, entre la nature de la cause et telle ou telle forme d’aliénation.

S’il en était autrement, si les formes de la folie s’organisaient d’une manière invariable sous l’influence de la moindre cause déterminante ou occasionnelle, ces formes seraient innombrables, et toute tentative de classification deviendrait impossible en présence de cette multitude de causes qui auraient le fatal privilège de créer des formes d’aliénation eh rapport avec la spécificité de leur action.

Il ne resterait plus alors qu’à désigner la forme de folie sous le nom de sa cause déterminante ou occasionnelle, et l’on voit immédiatement à combien d’erreurs de diagnostic et de pronostic on serait entraîné. L’expérience ne nous prouve-t-elle pas journellement que l’on est presque invariablement porté à faire jouer à la cause finale le rôle de cause ééterminante, et à négliger ainsi le point de départ réel du mal ; en d’autres termes, le point de départ réel de cette cause qui donne à la folie sa forme particulière, qui ne permet pas de confondre une variété d’aliénation avec une autre variété, et les aliénés appartenant à telle classe avec les aliénés appartenant à telle autre classe?

Il est donc indispensable que la cause qui conduit à la folie, à cet état exceptionnel qui fait que l’homme est si différent de lui-même, il est in-

Manière d’interpréter le phénomène cau»e.

dispensable, dis-je, que cette cause puise les éléments de son activité dans un ordre de faits ou de phénomènes qui s’engendrent et se commandent de telle sorte, que si rien ne s’oppose à cette génération et à cette dépendance réciproques, il en résultera des effets déterminés, fixes, invariables, qui produiront de toute nécessité, non-seulement la folie avec toutes ses conséquences, mais telle variété de folie plutôt que telle autre.

Sortons un moment de la donnée théorique, et voyons ce que nous apprend l’observation des faits sur lesquels toute théorie est invariablement assise, et en l’absence desquels toute théorie n’est qu’un jeu brillant de l’imagination, une donnée stérile qui ne peut éclairer ni le diagnostic, ni le pronostic, ni fournir, à plus forte raison, une base solide au traitement.

A. La folie que je vais désigner dans un instant sous le nom de folie héréditaire a ses caractères essentiels, et les aliénés qui appartiennent à cette variété se reconnaissent à des signes certains. Ils se divisent même en plusieurs classes, et à chaque classe revient sa part de signes intérieurs et ex.térieurs. Ces signes caractérisent les individus compris dans cette variété, et ceux-ci sont soumis à des troubles cérébraux qui stéréotypent leur délire et qui déterminent la nature de leurs actes.

Que maintenant une foule de causes intercurrentes de l’ordre physique ou de l’ordre moral {excès vénériens ou bachiques, troubles des fonctions circulatoires ou digestives, suites de couches, influences climatériques et autres, amour contrarié, chagrins de toute espèce), qu’une foule de causes intercurrentes, dis-je, viennent hâter l’évolution des prédispositions délirantes chez les individus classés dans cette catégorie, précipiter ou compliquer la marche de l’affection, ceci est un fait incontestable. Mais ces mêmes causes intercurrentes, déterminantes même, si l’on veut, n’enlèvent pas aux aliénés héréditaires le triste privilège de délirer dans le sens de leurs prédispositions spéciales ; elles ne détruisent pas le mode d’agir de la prédisposition. Aussi la forme de leur folie, sa marche, sa terminaison, ont un caractère irréfragable qui dénote l’origine de la maladie, et justifie entons points la théorie qui établit un genre d’aliénation que l’on peut désigner sous le nom de folie héréditaire.

B. Ce que je dis de la folie héréditaire peut s’appliquer aussi aux variétés que je distingue sous les dénominations de folies hystérique, épileptique, hypochondriaque, que la plupart des auteurs ont bien à tort regardées comme des complications èe cette entité abstraite qu’ils ont désignée sous le nom de folie, plutôt que comme les générateurs d’une variété particulière d’aliénation.

Je ne connais pas en pathologie mentale un ordre de causes qui nous

représente, mieux que les névroses en question, la génération et la dépendance réciproque des phénomènes pathologiques. Or, nous savons déjà que de cette génération et de cette dépendance surgit le phénomène de l’aliénation avec sa forme particulière ; aussi n’hésitons-nous pas à faire une variété des folies hystérique, épileptique, hypochondriaque ; é.oni les caractères sont si franchement accusés.

Je suis bien loin de nier, et cet aveu que j’ai déjà fait pour la folie héréditaire, s’applique à toutes mes autres variétés, je suis bien loin, dis-je, de nier qu’une foule de causes intercurrentes peuvent venir encore ici compliquer la marche des vésanies dues aux névroses précitées ; mais ceci, encore une fois, ne leur enlèvera pas le caractère qui leur est propre, et les aliénés hystériques, épileptiques, hypochondriaques, se reconnaîtront toujours à des signes intérieurs et extérieurs communs. A l’appui de cette manière de voir, et au risque d’anticiper sur ce que j’ai à dire ultérieurement dans la description de la folie hypochondriaque, je citerai un phénomène d’une importance très grande, et que l’on observe dans cette variété de vésanie.

Dans les différentes transformations pathologiques que l’on remarque chez l’hypochondriaque, il en est une qui place le malade vis-à-vis d’une situation mentale nouvelle, et qu’il n’avait jamais subie antérieurement. Sa dépression habituelle, ses terreurs exagérées, ses idées de persécution s’évanouissent, un sentiment général de bien-être semble succéder à l’état habituel de langueur et de souffrance. Les traits du visage s’animent, et l’expression de la face reflète un bonheur inaccoutumé, line énergie insolite imprime à tous ses mouvements une activité nouvelle, et lorsque l’observateur se met en présence de cette situation anormale, il découvre qu’un délire d’un genre différent s’est substitué aux idées maladives préexistantes de l’individu. 11 ne trouve plus chez lui cet état de pusillanimité et de faiblesse qui le faisait trembler au seul souvenir de ses craintes; c’est un homme transformé qui se présente à ses regards, et qui se croit appelé à des destinées surhumaines qu’il n’avait pas soupçonnées, et qui souvent provoquent chez lui un étonnement naïf. Il est prophète, investi d’une mission divine ; il possède des talents et une science toute d’intuition ; il a trouvé moyen de se faire aimer d’une dame haut placée à laquelle il n'avait jamais parlé ; il est destiné, comme me disait un malheureux malade de cette catégorie dont j’avais à exposer l’état mental devant les assises, il est destiné à devenir l’appui du trône et à sauver la nation; il se trouve avoir des aptitudes pour des sciences qu’il n'avait jamais cultivées.

Si donc le seul fait du trouble des fonctions nerveuses et d’un certain

MANIÈRE d’interpréter LE PHÉNOMÈNE CAUSE.

ordre de fonctions nerveuses, dans une maladie déterminée,, peut amener forcément de telles conceptions délirantes^ n’avons-nous pas raison de dire qu’^7 est certaines catégories d’aliénés que l’on doit rattacher à des formes particulières, par la raison que ces aliénés possèdent des caraéièrés communs? Encore ùne fois, ces caractères se reconnaissent au genre de délire dont sont affectés les individus, à la nature des actes qu’ils sont irrésistiblement portés à commettre, et ajoutons, aux troublés particuliers des fonctions nerveuses, et aux lésions spéciales de l’organisme (1).

G. Dans les troubles intellectuels si caractéristiques qui sont dus aux diverses substances ébriantes ou toxiques, et qui forment pour nous là classe si importante des aliénations ou des folieé par intoxication, nous remarquons,.plus que dans toute autre variété de folie, la manifestation de ces relations intimes qui existent entre la nature de la cause et le trouble fonctionnel ou la lésion de l’organe. Nous constatons ces faits à leur origine ; ils se révèlent pâr des symptômes qui leur sont propres, ils produisent invariablement dans la sphère des fonctions physiologiques et intellectuelles des désordres et des troubles qui sont idëntw quement les mêmes chez tous des indiv idus soumis à ces câüses;

Cette proposition sera mise hors de douté dans la descriptidh des diverses folies et états dégénératifs dus aux intoxications par l’àlcool, l’opium, le plomb et autres agents employés dans l’industrie, ainsi qu’aux miasmes paludéens et à la constitution géologique du sol. Pareillement, les lésions dues à la nourriture insuffisante ou altérée font sürgir chez

(1) A ce point de vue, le langage médical est parfois aussi incorrect que celui du \'ulgaire, quoiqu’il soit cependant l’expression de cette méthode qui noüs porte à rattacher les effets à leurs causes. Seulement, ici, la véritable cause est méconnue et le langage manque dé base scientifique. C’ëst âiiisi que nous avons l’habitude de désigner soüs les riohis de délire réligieUXi délire armuréux-, déliré ambitieux , des états intellectuels qui n’ont pour point de départ ni l’exagération des sentiments religieux ou affectifs, ni le culte des idées ambitieuses, ni la soif immodérée des grandeurs. Chez beaucoup de malades, ces causes n’ont pas existé, et la systématisation délirante est exclusivement le fait de la forme particulière d’aliénation dont ils sont atteints, ou, pour parler plus médicalement , le résultat dés divers éléments pathologiqùes de l’ordçe physique et dé l’ordre moral qui concourent égâlèihént à la formation d’ün type spécidl de folié. Un autre fait, déduit des données les plus certaines de l’anatomie pathologiqüé, nous prouvé èncorë à quel point on serait sujet à se tromper, si l’on voulait établir exclusivement une classification sur le genre du délire ou la nature des idées délirantes. Dans la paralysie générale, il y a invariablement aussi , à telle ou télle période de l’affection, un délire des grandeurs, un délire ambitieux ; mais quéîle différence dans le mode de manifestation de ce délire, sa durée, ses cOriséquènces ! Aussi le point de départ du trouble fonctionnel et la nature de la lésion de l’organe sont-ils tout à fait différents chez les hypochondriaque’s au délire systématique et chez les paralysés progressifs.

tous les individus soumis à cet ordre de causes les mêmes phénomènes pathologiques. Ici encore, les Causes générales d’aliénation, la misère, les chagrins, les peines morales, peuvent, sans aucun doute, cohipliquer la situation, mais elles n’enlèveront pas aux aliénés de ces diverses catégories les caractères spéciaux qui les rattachent à la mêmé variété pathologique. Elles ne détruiront pas chez eux ces signes extérieurs et intérieurs qui se révèlent à l’observateur par des lésions spéciales du système nerveux, paralysie, hyperesthésie, anesthésie, par des hallucinations d’une nature terrifiante dans un caSj d’une nature gaie et expansive dans un autre, par des troubles particuliers du systèmncirculàtoire et digestif. Bien mieux, si nous poursuivons l’action de la cause jusque chez les enfants nés dans les conditions pathologiques que font à leurs parents ces diverses intoxications^ nous verrons que les relations intimes qui existent entre telle variété de folie et la nature de la cause se reflètent jusque dans l’organisation défectueuse de ces enfants, jusque dans le genre des perversions intellectuelles et affectives que l’on remarque chez eux.

D. Voulons-nous examiner maintenant la classe si importante des aliénations dans leurs rapports avec les lésions idiopathiques du cerveau, nous verrons la même loi peser de toute son autorité dans la production et la manifestation des délires spéciaux dus à cet ordre de causes. Entre toutes les affections cérébrales idiopathiques, si nous cherchons celle qui mérite si bien d’occuper une place distincte, la paralysie progressive des aliénés-, que remarquons-nous? Un ensemble de phénomènes identiques chez tous les individus. La paralysie est toujours accompagnée à son début d’un embarras de la parole ; elle est progressive, et cependant n’enlève jamais complètement aux individus, même dans le degré le plus avancé delà maladie, la faculté de remuer les bras et les jambes ; elle a Ses périodes de rémittence; elle est enfin caractérisée au point de vue intellectuel par le délire le plus franc et le plus invariable qu’il soit possible d’obsërver. Je veux parler du délire des grandeurs;

Si nous consultons les auteurs sur les causes de la forme d’aliénation si bien désignée sous le nom de folie paralytique, nous voyons figurer une foule de causes propres à déterminer aussi d’autres troubles intellectuels qui ne sont pas la folie paralytique. Ce sont les excès bachiques, vénériens^ les grandes préoccupations de l’esprit, les abus de travaux intellectuels et autres. Nous voyons aussi la paralysie progressive atteindre des individus qui n’ont été exposés à aucune de ces causes ; la maladie s’est pour ainsi dire développée chez eux spontanément , et n’en produit pas moins son délire spécial, caractéristique, qui ne peut se confondre avec le délire d’aucune autre variété d’aliénation. Ceci nous indique

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encore que ce ne sont pas les seules causes intercurrentes précitées qui produisent la forme de folie en question. Elles activent son évolution, elles la compliquent ; mais, encore une fois, ce qui constitue la paralysie générale dans son essence, ce qui en fait une forme particulière d’aliénation, une entité distincte, ce sont les relations intimes qui existent entre cette forme de vésanie et les trois éléments essentiels que j’ai signalés ; prédisposition, came occasionnelle, lésion spéciale du cerveau.

E. Enfin, dans la classe si nombreuse des folies sympathiques déterminées par des affections ou des causes maladives physiques ou morales, dont le siège n’est pas primitivement dans le cerveau , nous ne verrons l’aliénation se constituer d’une manière durable, permanente, et former une entité pathologique distincte, qu’à une seule condition : c’est que l’individu soit prédisposé par la nature de son tempérament ; cela veüt dire , en d’autres termes , qu’il y ait chez lui une disposition spéciale pour que le phénomène pathologique, une fois produit, soit le point de départ d’une série d’autres phénomènes qui se commandent et s’engendrent successivement, et que, dans la marche ultérieure de la maladie, ces phénomènes ne puissent se séparer du trouble fonctionnel où de la lésion <pxe la cause primitive a déterminée dans l’organisme.

Lors donc que l’individu n’est prédisposé ni par l’hérédité, ni par aucun de ces éléments pathologiques qui sont souvent préparés de longue main, et qui deviennent le point de départ des phénomènes qui se commandent et s’engendrent successivement, il peut bien devenir aliéné; mais rarement, ainsi que je l’ai dit, son délire aura-t-il les caractères de celui que l’on remarque dans les formes que je suis tenté d’appeler les formes essentielles l’aliénation. C’est, il est vrai, une pneumonie, une fièvre typhoïde, une maladie du foie, une répercussion d’exanthèmes, qui déterminent les troubles cérébraux ; mais, quoique dans ces circonstances, le délire ait un caractère d’autant plus significatif qu’il est plus aigu , ainsi que nous l’avons vu en étiologie, rien ne nous autorise à créer des formes de folie que nous désignerions sous les noms de folie pneumonique, folie typhoïdique , exanthémateuse.

Voilà ce que j’avais à dire sur la manière d’interpréter le phénomène cause ; mais avant d’indiquer dans ses détails la classification que je me suis faite, il est bon de répondi'e en peu de mots à deux objections principales qui surgissent naturellement de ce qui précède.

Premièrement, on peut dire ; Mais si les formes spéciales ou essentielles de la folie se rapportent à un nombre aussi limité de causes qui, dans leurs modes d’action intimes , déterminent les mêmes idées délirantes, les mêmes actes insensés chez tous les individus exposés à ces causes ,

pourquoi avoir fait dans l’étiologie une aussi large part à une foule d’autres causes qui cependant ont été considérées, elles aussi, comme pouvant déterminer le délire et la folie, c’est-à-dire des troubles intellectuels transitoires ou permanents?

Deuxièmement : Ce que vous dites des folies sympathiques, et de l’intervention si utile de la médecine dans ce cas, ne porte-t-il pas à pénser que vos formes d’aliénation impliquent la chronicité , et dans la plupart des cas l’incurabilité, ce qui limite singulièrement l’action médicale?

Je répondrai à ces deux objections par un seul argument. De ce que les formes essentielles d’aliénation peuvent se rapporter à un nombre déterminé, limité même, si l’on veut, de causes qui sont en relation intime avec la nature de la maladie, qui la caractérisent, qui empêchent de confondre telle variété avec telle autre variété, qui suffisent pour rattacher à ces formes une foule d’actes, tels que lé suicide, V homicide, le vol, Y incendie, que l’école moderne a considérés comme des entités pathologiques distinctes , s’ensuit-il de là que j’aie eu tort de faire une aussi large part à l’action générale des causes? Mais, je l’ai répété à satiété, ces causes, qui jouent le rôle de causes déterminantes dans un si grand nombre d’occasions, activent le plus ordinairement l’évolution d’un mal qui peut-être serait resté à l’état latent sans l’intervention de ces causes ; il est donc utile de les connaître, afin de pouvoir combattre leur action dans les cas où un individu est prédisposé par son tempérament à contracter la folie. Ceci ne demande pas, pour le moment, d’autre explication.

Quant à ce qui regarde les formes chroniques et aiguës , je ne nie pas que toutes les variétés d’aliénation ne puissent, sous ce rapport, se partager en deux grandes classes qui offrent l’ane et l’autre des chances inégales de guérison. Mais de ce qu’il y a en aliénation une classe où règne l’élément chronique, de ce qu’il y a des variétés vouées congénitalement à l’incurabilité, s’en suit-il qu’en présence de ces cas malheureux il ne soit plus réservé au médecin d’autre rôle que.celui de l’inaction ? Personne ne le pense, et jé n’insisterai pas sur ce point, qui, s’il était vrai, serait la négation dé toute thérapeutique physique et morale , le rejet absolu de toute prophylaxie.

Un autre enseignement ressort de ce que j’ai dit dans ce chapitre, c’est qu’en étudiant l’évolution de la folie dans la nature de la cause et dans celle du trouble fonctionnel ou de la lésion, il reste démontré qu’au médecin seul appartient le traitement de la folie, et qu’à lui seul en est réservé le diagnostic. La raison est que la folie est une maladie qui ne peut exister en dehors du trouble des fonctions ou de la lésion de nos organes.

Que maintenant il soit souvent difficile de bien apprécier l’action des

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causes et les relations intimes de tel ou tel genre de folie, avec la nature de la cause et celle de la lésion ; qu’il ne le soit pas moins de formuler toujours avec précision et sûreté les indications curatives , ceci est une chose incontestable. Je n’ai certes pas éü la prétention de dévoiler tous les mystères de l’aliénation , je suis loin de penser que la classification que je donne soit le dernier degré de la perfection ; biais il n’en restera pas moins démontré qu’au milieu des perplexités, des doutes, des incertitudes qui naissent forcément dans l’étude et le traitement des maladies mentales, le médecin, ce véritable interprète des phénomènes morbides, peut seul intervenir d’une manière utile pour classer CeS phénobiènes : c’est lui qui les rapporte à leur véritable origine et qui fixé leur véritable caractère; c’est lui qui établit les règles du traitement et qui donne aü pronostic sa véritable base. A lui seul, en un mot, il appartient de faire rentrer chaque individuàlilé délirante dans la classe ou dans là variété à laquelle cette individualité appartient, en raison des relations intimes, néces^ saires, qui existent entre la forme de V aliénation et la natune de là cause,

C’èst d’après ces principes qUe je vais essayer de donner une classifica-^ tion des maladies mentales où ces affections ne sont plus caractérisées par le plus ou moins d’exaltation ou de dépression dans le délirej ainsi que cela se voit dans les états désignés sous les noms de manie, rnélan^ eolie, monomanie, stupidité. Ces phénomènes sont des symptômes que l’on retrouve dans toutes lés Variétés de la folie. Mon but est de rechercher dans chaque forme les caractères qui la distinguent d’une autre forme; de sorte que, une fois donnés œs caractères fondamentaux, on puisse reconnaître à quelle variété nosologique en aliénation appartient l’indP vidu qui se révèle à vous parle délire des idées ou des actes, et par les diverses lésions ou troubles des fonctions nerveuses.

Classifîcàtion dés inalaâies mëntâlés dàias leurs rapports avec lès rèlàtitins îuiimes,

nécëssaifëSj qui existent entré la formé de la folie et la naturè dë la éaUse.

1" GROUPE. — Aliénations héréditaires.

Les individus dont la folie se rattache à l’hérédité peuvent se diviser en plusieurs classes.

Prëmière ëiassë. La première classe comprend ceux chez lesquels le tènipérament nerveux est un fait congénital, eh vertu de transmissions héréditaires excessivement Variées. Ils sont plus aptes qüe d’aütres à contracter la folie ; ils délirent aVec facilité sous des influences diverses , et les conditions névropathiques que crée l’hérédité font que les causes les plus futiles en apparence peuvent déterminer la folie. Dans le traitement

ALIÉNATIONS HÉRÉDITAIKES. — CATÉGORIES.

et la prophylaxie des affections nerveuses, les médecins ont le plus grand intérêt à connaître les individualités maladives qui forment cette première catégorie. Les considérations qui se déduisent de ces mêmes iii-^ fluences héréditaires ne sont pas moins profitables aux parents et aux maîtres de la jeunesse.

Deuxième classe^ — Dans cette deuxième classe^ je place les individus chez lesquels l’hérédité se révèle par la manifestation de phénomènes de l’ordre intellectuel, physique et moral, qui rapproéhé les aliénés de cette catégorie d’un type que l’on peut reconnaître aux caractères suivants :

Dans le Cours de leur existence , la folie sé signale bien plus chez eux par le délire des actes que par le délire des paroles. Ils se distinguent par leurs excentricitésj par l’incohérénce, l’irrégularité,- et souvent même par la profonde immoralité de leurs actions; Certaines qualités intellectuelles remarquables ne rachètent pas chez eux l’impossibilité dé diriger simul-^ taiiément leurs facultés vers un but sage et utile. Leurs créations sont rares, et le plus ordinairement ils ne parviennent pas à féconder leurs inventions. Ce sont des génies partiels, et malgré Certaines manifestations brillantes, ils sont frappés de stérilité intellectuelle et parfois même de stérilité physique;

Dans cette classe sont relégués une foule d’individus à projets chimé-^ riques, de réformateurs de l’espèce humaine, d’utopistes en tous genres, d’inventeurs dont les découvertes sont impossibles à appliquer, ou qui poursuivent la vérifieation de problèmes insolubles {moriomünies de cer^ tains auteurs);

Les actes dangereux qü’ils commettent dans les paroxysmes de leur folie, leurs tendances instinctivement mauvaises, nécessitent souvent l’intervem lion de l’autorité, qui ordonne leur séquestration. Leurs accès de manie sont de Courte durée, et dans lés rémissions ils se présentent à l’observation avec les caractères essentiels de leur maladie : délire systématique, avec tendance orgueilleuse sans paralysie générale. Ils étonnent ceux qui ne les observent que superficiellement par la lucidité apparente de leur xû&oïi [nianie raisonnante des auteurs, moral insünity des Anglais).

Quant à ce qui regarde les fonctions physiologiques, on remarque chez cès aliénés des anomalies non moins caractéristiques. Le tempérament nerveux prédomine le plus ordinairement d’une manière excessive. A l’irritabilité la plus grande, à la facilité de tomber, pour la moindre cause, dans des paroxysmes de manie , ou au moins à souffrir dans la sphère de leurs fonctions nerveUsëS, ils joignent une aptitude spéciak pour commettre des excès en tous genres : tels que veilles exagérées ..

Cr.ASSlFICATîON DES MALADIES MENTALES.

privations de nourriture, rapports sexuels effrénés.... Le plus ordinairement les signes de la dégénérescence , chez ces malades , se révèlent déjà par la forme de la tête, par des anomalies dans les fonctions génératrices.... On a pu constater que parfois ils étaient stériles, et que, dans tous les cas , leur descendance n’était pas douée d’une grande viabilité. Dans quelques circonstances , ils semblent racheter leur impuissance génésiaque en affichant des passions impossibles à réaliser, et souvent aussi en se signalant par la dépravation des instincts. Ils se distinguent en outre par la périodicité de leurs accès. La périodicité est^ du reste, un phénomène remarquable dans l’évolution des affections nerveuses, et nous aurons occasion de l’observer dans toutes les formes de la folie.

Troisième classe. — Cette troisième classe forme la transition entre les individus de la deuxième catégorie et ceux qui sont placés au dernier échelon des dégénérescences dans l’espèce humaine , et qui sont vulgairement appelés simples d’esprit, imbéciles et idiots.

Chez les aliénés de cette troisième classe , les signes des transmissions héréditaires de mauvaise nature se montrent, dès l’àge le plus, tendre, par l’inertie intellectuelle et par la dépravation excessive des tendances morales. Ils apprennent avec difficulté et oublient rapidement. J’ai déjà fait ressortir, dans mes dégénérescences , que les individus classés dans cette catégorie d’aliénation héréditaire avaient une existence intellectuelle limitée, et qu’ils tombaient rapidement en démence. Quelquefois cependant on remarque chez eux des dispositions spéciales pour les arts, mais ils manquent de toute puissance coordinatrice dans leurs idées. ... Leurs tendances innées pour le mal me les ont fait désigner, au point de vue médico-légal, sous le nom de maniaques instinctifs. L’incendie, le vol, le vagabondage, les propensions jirécoces pour des débauches de toutes sortes, forment le triste bilan de leur existence morale, et ces malheureux, qui le plus ordinairement nont été fécondés, ni au point de vue du bien moral, ni au point de vue du bien physique dans l’humanité., et qui sont en conséquence les représentants les plus directs de transmissions héréditaires de mauvaise nature , peuplent dans de grandes proportions les prisons et les institutions pénitentiaires pour la première enfance.

Les signes de dégénérescence physique , tels que la vicieuse conformation de la tête, la petitesse de la taille, la stérilité, ou au moins, dans la presque généralité des cas, la difficulté de propager leur race, se retrouvent d’une manière bien plus saillante chez les individus de cette catégorie que chez ceux de la classe précédente.

4[|natrième classe. ■ — Simples d’esprit , imbéciles , idiots. — On est déjà généralement accoutumé à comprendre sous ce nom des êtres infé-

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