‹ Traité des maladies mentalesChapitre 184 sur 306 · CARACTÈRES GÉNÉRAUX ET SPÉCIAUX DES FOLIES HÉRÉDITAIRES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES GÉNÉRAUX ET SPÉCIAUX DES FOLIES HÉRÉDITAIRES

Caractères généraïuc. — Les caractères généraux des folies liéréditaires ne sont autres que ceux qui appartiennent à toutes les variétés d’aliénation mentale et que j’ai décrits dans la Pathologie générale (anesthésie, hyperesthésie, hallucinations, illusions, troubles des fonctions sensoriales; phénomènes de périodicité, d’alternance, de rémittence; périodes d’excitation, de dépression et de stupeur). Tout ce qui regarde les troubles des fonctions physiologiques, les crises, l’influence des maladies intercurrentes et les lésions pathologiques , est également applicable aux diverses classes des folies héréditaires, avec cette différence que dans certaines de ces classes, ces caractères généraux seront plus apparents que dans d’autres.

Caractères spéciaux. — Les Caractères spéciaux qui distinguent les folies héréditaires des autres variétés d’aliénation sont une explosion plus subite, plus instantanée du délire, sous l’influence de la moindre cause déterminante. Les périodes d’alternance et de rémittence sont mieux mar-

pesant, intellectuellement parlant, mais capable encore de propager son espèce; un ïecond oifrantdes caractères dégénératifs plus . graves ; un troisième sourd et idiot; un quatrième goitreux, sourd, animé dès plus mauvais instincts ; et finalement deux petites crétines parfaites dans leur genre , stériles ouimproductives, et dont le type est bien défini . Dans ce cas, la succession décroissante est naturelle. Elle est en rapport avec l’état d’épuisement progressif des parents, qui sont eux-mèmes placés à un degré irrémédiable, et qui ne nous offrent plus ces phases d’intermittence , de rémittençe, de périodicité que l’on observe chez les individus en pleine activité d’une maladie nerveuse. Celle-ci se transmettra chez les descendants avec les évolutions variées qu’elle a subies chez les ascendants.

Ces dernières conditions sont en rapport, ainsi que je l,e dis plus haut, avec la marche aiguë des affections nerveuses chez les individus. Des parents dotés du funeste privilège de transmettre une disposition héréditaire de mauvaise nature ne, sont pas toujours dans la même situation pathologique. Ils éprouvent des alternances et des réniittences dans l’évolution de leur propre mal. Ils sont tantôt dans une phase d’excitation, tantôt dans une phase de dépression. Sous l’influence de leur propre maladie, ils se livreronÇà des excès spéciaux, à la, boisson- par exemple, et cela d’une maniéré intermittente. Ces suppositions ne sont pas factices, elles sont bien réelles; je les ai longuement exposées dans la symptomatologie èt la pathologie générale des affections nerveuses.

Qu’y a-t'il donc d’ étonnant à cé que les enfants d’un même lit, issus dans ces conditions maladives différentes, soient en même temps différents les uns des autres, et qu’ils nous représéntent dés types d’affections nervèuses qui ne sont pas, les unes vis-à-vis des autres, en corrélation hiérarchique, quoique provenant d’un même élément héréditaire f Mais, ainsi que jel’ai suffisamment établi, cet élément lui-même est variable de sa nature. Ses manifestations sont différentes selon les différentes phases de la maladie nerveuse des parents. Bien mieux, la transmission héréditaire ne s’observe pas toujours chez lés enfants. Chez quelques-uns elle restera à l’état latent, et l’hérédité, comme on dit vulgairement, sautera une génération pour revêtir parfois telle ou telle forme névropathique différente chez les descendants.

520 r-ÉmoDiciTÉ, idées systématiques, délire des actes quées. La cessation subite des phénomènes délirants est en rapport avec leur instantanéité. Dans d’autres circonstances, la fixité des idées délirantes sur un même point, le üatu quo d’une situation maladive immodifiable, dépassent quelquefois par leur durée et par leur persistance tout ce que l’on observe dans les autres variétés. Dans nulle autre forme on ne remarque chez les malades une tendance aussi grande à la systématisation de leurs idées délirantes et à la manifestation d’actes instinctivement mauvais, avec conservation apparente des facultés intellectuelles. La manie raisonnante, folie morale, la folie sans délire, les, mononianies des auteurs trouvent dans la folie héréditaire leurs candidats les plus nombreux.

On observe chez les malades de cette catégorie des aptitudes spéciales, surtout pour les arts d’imagination. La prédominance de telle ou telle disposition artistique, ou de telle ou telle faculté intellectuelle au milieu du désordre général des idées et des sentiments, est un phénomène remarquable que l’on retrouve jusque dans les variétés les plus dégénérées des folies héréditaires ; dans l’imbécillité, par exemple.

Tout ce que nous avons dit sur le trouble des fonctions intérieures et assimilatrices, sur les lésions pathologiques, sur l’influence exercée par les maladies incidentes, s’applique égalementaux folies héréditaires. Plus rarement, toutefois, observe-t-on dans cette forme ces lésions idiopathiques cérébrales qui sont si souvent en rapport avec des idées prédominantes de grandeur. Ce n’est pas que chez les aliénés héréditaires il ne se rencontre des délires orgueilleux systématiques très caractérisés, ainsi que cela se voit chez les paralysés généraux ; mais ces sortes de conceptions maladives présentent , chez ces derniers malades, une signification bien différente; elles ne sont pas en rapport avec la même cause génératrice, et le pronostic n’est pas le même.

Il est un autre côté de la situation pathologique qui ouvre un vaste champ aux recherches des médecins et des physiologistes. Je veux parler de ces déviations maladives du type normal de l’humanité qui, chez les aliénés appartenant aux variétés héréditaires, se traduisent par les formes vicieuses de la tête, par le rabougrissement de la taille, par ces anomalies profondes dans les fonctions génératrices qui amènent souvent la stérilité des individus et diminuent dans tous les cas les chances de viabilité chez les enfants. Si l’on ajoute à ces conditions pathologiques les éléments dégénératifs de Tordre intellectuel et moral, on verra que j’ai eu raison de fixer aux différentes variétés des folies héréditaires une place importante dans les dégénérescences de l’espèce humaine, et de prétendre que la fécondation de ces êtres malheureux s’était opérée sous la

(folie morale), symptômes de dégénérescence, etc. 521 double influence du mal physique et du mal moral dans l’humanité (1).

Ces considérations posées, je vais entrer dans le détail des faits, et examiner les caractères propres à chacune des quatre classes principales dans lesquelles j’ai placé les aliénés héréditaires.

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