‹ Traité des maladies mentalesChapitre 204 sur 306 · AVEC LES DIVERSES CLASSES DES FOLIES HÉRÉDITAIRES · texte numérisé non relu

AVEC LES DIVERSES CLASSES DES FOLIES HÉRÉDITAIRES

est instantanée, tantôt elle est le résultat de phénomènes pathologiques qui s’engendrent successivement, se commandent et se transmettent d’une génération à une autre.

Cette transmission successive et progressive (lorsque rien n’a été fait pour arrêter la marche des phénomènes pathologiques dépendant de l’hérédité) m’a engagé à établir, ainsi qu’on l’a vu, plusieurs classes de folies héréditaires. Cette classification ne repose pas sur le simple besoin de coordination des faits maladifs, elle est en rapport avec ce que nous apprend l’observation.

Nous avons étudié les folies héréditaires provenant tantôt delà simple exagération du tempérament nerveux des parents, tantôt de ietir folie confirmée. Les résultats pour les descendants peuvent se maintenir dans les bornes de ce que l’on est convenu d’appeler originalités, eoccentricités^ idées fixes. Dans d’autres circonstances la transmission est constituée par des actes similaire ; mais le plus ordinairement, grâce à l’enchaîne* ment forcé des phénomènes propres aux maladies du système nerveux, la transmission se révèle par des états délirants à évolution progressive ; aussi cette situation pathologique nouvelle implique*t-elle une aliénation plus grave, plus complexe que celle qui a été observée chez les parents.

Dans une deuxième classe nous voyons les phénomènes de transmis* sion héréditaire se dessiner sous une forme plus concrète, et se rapprocher d’un type dont les caractères congénitaux se révèlent dès la première enfance ; c’est la classe des individus où prédomine le délire des actes, et dont les folies - systématiques se coordonnent, se perfectionnent, si je puis m’exprimer ainsi. Jusqu’à la fin de l’existence. La démence n’est pas, il s’en faut, la terminaison rigoureuse, nécessaire, de ces sortes de folies héréditaires, et l’on voit les aliénés de cette catégorie mourir dans toute l’activité de leurs idées délirantes.

La troisième classe nous offre des dispositions instinctives et précoces pour le mal, et nous rend témoins de la transition à l’idiotisme le plus irrémédiable soiis l’influence des moindres causes déterminantes.

Enfin, comme je le disais (p. 516), la progression allant toujours croissant, il nous est possible de suivre la succession et l’enchaînement des faits de transmission héréditaire jusque dans leurs dernières ramifications pathologiques; tant au point de vue des dégénérescences de l’ordre in* tellectuel et moral que des dégénérescences de l’ordre physiologique. Dans l’ordre intellectuel, nous voyons la faiblesse où l’absence congénitale des facultés, ou tout au moins l’existence limitée de la vie intellectuelle ; dans l’ordre physique, nous observons la surdi-mutité, et des infirmités de toutes sortes, telles que strabisme, hernies, pieds bots, exagération du

576 IDIOTIE, IMBÉCILLITÉ, CRÉTINISME, ET AUTRES VARIÉTÉS DÉGÉNÉRÉES, tempérament lymphatique et scrofuleux, rachitisme, stérilité, ou du moins viabilité amoindrie chez les enfants.

Les individus de cette quatrième classe sont vulgairement connus sous lès noms à! imbéciles, à'idiots, de crétins. J’ai fait, à l’égard de ces tristes représentants des transmissions héréditaires, mes réserves particulières. J’accepte la dénomination 6!idioiie, en tant que l’on rattachera à ce terme l’idée d’une dégénérescence de l'espèce humaine; en tant que l’étude delà génération des individus désignés sous les nomsd’môécî’Zes, à’ idiots, nous amènera à constituer des variétés maladives ayant leur type spécial, leurs caractères généraux et leurs caractères spéciaux. Quant à ces variétés elles-mêmes, je pense que leurs catégories différentes doivent être élargies, afin de mettre les nombreux individus qui les composent en corrélation, d’une part avec les causes héréditaires dont ils subissent les influences les plus directes, de l’autre avec les causes générales ou spé-. ciales qui les constituent ce qu’ils sont en réalité, c’est-à-dire des êtres dégénérés.

Je vais terminer ce que j’ai à dire sur les folies héréditaires par l’exposé de quelques causes dégénératrices générales ou particulières, qui, se combinant avec l’hérédité, amènent la formation de diverses variétés maladives.

2 II. — Des rapports qui existent entre les differentes variétés désignées sous les noms dtenfants arriérés, d’imbéciles, d’idiots et de crétins, et leurs causes génératrices. Klécessité d’augmenter les catégories de ces êtres dégradés et de leur donner un nom générique.

Enfants arriérés. — Dcs enfants à Organisation physique défectueuse ne peuvent suivre leurs camarades d’études dans leurs progrès. Ils sont petits, malingres ; ils ont marché tard ; ils n’ont appris à parler et à écrire qu’à un certain âge; ils ont été retardés dans leur évolution par des convulsions du jeune âge, par des maladies propres à cette époque de la vie. Ils se distinguent par l’exagération de leur tempérament lymphatique, par le peu d’activité de leur circulation, l’étroitesse de la poitrine, le développement tardif de la puberté. Les uns ont la tête petite, l’ossification s’est faite prématurément ; les autres offrent un développement énorme de cet organe, ils ont été affectés d’hydrocéphalie. Ces enfants ne sont pas seulement lymphatiques, ils sont parfois scrofuleux et ont de la tendance à devenir rachitiques. Les appareils sensoriaux sont imparfaits; on observe chez eux le strabisme, la surdi-mutité à différents degrés. Généralement, leur éducation intellectuelle, physique et morale est des plus difficiles ; ils sont quinteux, irritables, et l’évolution

RAPPORTS DE CES VARIÉTÉS AVEC LEURS CAUSES GÉNÉRATRICES. 577 des facultés dont ils peuvent disposer ne se fait que grâce à une incubation incessante de soins de toutes sortes, à une hygiène ainsi qu’à une éducation spéciales.

« La compréhension de l’enfant arriéré, dit M. Séguin, est juste, mais limitée et s’embarrasse singulièrement quand on lui présente plusieurs objets de comparaison. Il perçoit bien un fait simple, comprend une idée simple, mais il ne peut comparer deux, trois, quatre choses ou idées entre elles ; donc il perçoit mieux qu’il ne raisonne, comprend mieux qu’il ne compare. Du reste, il est d’ordinaire imitateur, a de la mémoire, delà gaieté, delà timidité, delà grâce, delà malice; souvent son entêtement ne dure pas. » Ce ne sont là ni des imbéciles ni des idiots proprement dits, quoiqu’ils aient avec ces derniers des caractères communs de dégénérescence. On les désigne sous le nom ÿ enfants arriérés. La coordination des causes génératrices, chez un grand nombre d’enfants de cette catégorie soumis à mon observation, se déduit des mariages consanguins des parents , d’unions sexuelles prématurées chez de jeunes filles qui sont à peine formées, des frayeurs, des émotions morales vives ou d’autres accidents éprouvés par la mère pendant la gestation. Dans d’autres circonstances, la faiblesse intellectuelle, congénitale des parents s’est continuée chez leurs enfants [hérédité à évolution similaire).

De l’idiotie dans ses rapports avec des maladies de l’enfance et avec des causes dégénératrices spéciales. — Depuis Cet état OÙ, d’après Esquirol, les individus sont bien conformés, où leur organisation diffère peu de l’organisation normale, jusqu’à cette autre situation où l’on retrouve à peine quelques traces des facultés instinctives de l’huma-' nité, et que les auteurs désignent ordinairement sous les noms d’imbécillité, d’idiotie, de crétinisme, les intermédiaires sont nombreux.

Les êtres dégénérés qui répondent à ces intermédiaires forment tous, il est vrai, une même famille pathologique ; mais s’il est important de rechercher dans l’intimité des phénomènes appartenant à l’étude des transmissions héréditaires les raisons des diversités de l’ordre intellectuel physique et moral que l’on observe dans ces variétés maladives, il est d’autres causes, dont les unes atteignent l’évolution du foetus dans la vie intra-utérine, et dont les autres sont postérieures à la naissance, qui déterminent également des états pathologiques désignés ordinairement sous les noms à! imbécillité et d’idiotie. Parmi les premières, on compte les frayeurs et les émotions morales éprouvées par la mère pendant la grossesse; j’en ai parlé dans la partie étiologique. Parmi les secondes, on allègue certaines maladies du jeune âge, telles que les convulsions, l’épilepsie, étlQS, diffé7'entes mcdadies du cerveau, \e^ chutes sur cet orgcme, les

578 IDIOTIE PRODUITE PAR LES MALADIES DE l’ENFANCE.

mauvais traitements subis dans l’enfance. Ce peuvent être là des causes d’idiotie indépendantes de l’hérédité. L’évolution des phéponaênes dégénératifs dans leurs rapports avec les transmissions héréditaires ne peut non plus se séparer des mauvaises conditions faites à la mère et à l’enfant par V insuffisance et Y altération des raatieres alimeataires, par Yinr toxication alcoolique des parents, et finalement par l’influence qu’exercent certaines constitutions géologiques du sol, certains états professionnçU.

Toutes ces différentes causes produisept fies variétés maladives dont la génération doit être étudiée au double point de vue des transmissions héréditaires et des conditions dégénératives directes déterminées par les maladies du jeune âge, par les milieux où se passe l’existence des enfants, par certaines professions qui anrêtent le développement normal de l’espèce et qui idiotisent ou crétinisent les individus. C’est là ce qui m’a porté à augmenter les catégories de ces variétés maladives. Elles se ressembleiit, il est vrai, par des caractères communs, mais elles offrent aussi des caracr tères spéciaux qui permettent de les différencier et de remonter aux causes de leur formation. Les êtres dégénérés qui les composent ont, comme on dit vulgairement, un air de famille qui se transmet par l’hérédité, lorsque la dégénérescence n’a pas atteint ses limites extrêmes. Je me contente d’indiquer les différents rapports qui existent entre les causes et les effefs chez ces êtres dégénérés. Je ne puis, pour l’étude plus complète de faits d’anthropologie morbide, que renvoyer à m^s travaux antérieurs.

1“ Caractères différentiels de l’idiotie accidentelle produite par les maladies de l’enfance, épilepsie, convulsions, etc. — Les maladies propres à l’enfance, les convulsions, et particulièrement Tépilepsie, différentes autres affections du cerveau qui elles-mêmes doivent souvent leur fféquence à des prédispositions héréditaires, peuvent enrayer le développement ultérieur du système nerveux cérébral, et constituer des états désignés sous les noms d’imbécillité et d’idiotie. Il est rare qu’en dehors même des commémoratifs donnés par les parents, ces jeunes malades ne révèlent pas dans l’expression typique de leur tête les causes d’un arrêt de développement intellectuel postérieur à la naissance^ En effet, l’idiotie la plus profonde peut exister alors avec une conformation normale de la tête et avec des traits en apparence intelligents. Mais l’éducabilité et je traitement de ces idiots dont l’état se rattache, ainsi que je l'ai dit, à des causes consécutives et accidentelles, offrent une difficulté plus grande; ils n’ont aucune des dispositions instinctives que nous avons signalées dans les variétés héréditaires proprement dites qui forment race (1). L’épi-

(1) L’atlas de mes Dégénérescenpes dans l’espèce humaine fait ressortir cette vérité. La planche I représente les types de deux individus tombés dans un idiotisme irrémé-

CONSÉQUENCES HÉRÉDITAIRES DE l’aLCOOLISME CHEZ LES PARENTS. 579 lepsie, dans le jeune âge, amène aussi un arrêt de développement intellectuel et certaines anomalies dans la sphère des sentiments dont j’auçai occasion de parler à propos de la folie épileptique-

2° Çoméqueïices héréditaires des tendances alcooliques des 'parents, — L’idiotie qui se relie par ses causes héréditaires aux tendances alcooliques des parents, offre pareillement un sujet d’étude des plus vastes et des plus complexes. Mes recherches sous ce rapport coïncident avec celles des auteurs qui pnt fait la remarque que la dégénérescence de l’espèce était plus fréquente dans les pays où les parents se livraient à l’ivrognerie chronique (1). J’ai rattaché à la même cause certains états instinctifs d’individus irrémédiablement frappés dans l’évolution de leurs facultés intellectuelles et affectives, et qui, sans pouvoir être assimilés aux idiots proprement dits sous le rapport physique et moral, apportaient en naissant des dispositions innées pour le mal. (Voyez Troisième classe, folies héréditaires à existence limitée; tendances précoces pour le mal, transition à V idiotisme le plus irrémédiable.)

3“ Débilités intellectuelles et types de dégénérescence que l’on rencontre daw l6s centres industriels. — C’est dans le milieu des populations indiiçtrielles des grandes villes qu’il faudra rechercher ces types do débilité intellectuelle et de dégénérescence qui se révèlent au physique par le rabougrissement de la taille, l’insuffisance du crâne, le développement trop précoce de la puberté dans quelques cas, ce qui produit le peu de

diable, par suite de transmissions héréditaires dues à Tivrognerie des ascendants. Ils n’ont pas tous les caractères typiques propres à l’imbécillité et à l’idiotie congénitales trans-. mises par des parents appartenant aux mêmes catégories. L’idiotie, ai-je dit. peut exister avec une conformation normale de la tête et des traits en apparence intelligents : c’est ce qu’on peut voir d’une manière frappante dans la planche X, n° 1. Édouard**’', âgé de onse ans, a les traits réguliers, la tête bien conformée, l'expression du visage est des plus ouvertes ; mais les convulsions qu’il a éprouvées à l’âge de sept ans l’ont fr appé d’une idiotie irrémédiable. Il est moins éducable que les idiots de naissance, qui ont certaines aptitudes instinctives, par la raison qu’i7s forment race. La même réflexion s’applique aux sourds-muets et aveugles consécutifs. Ils sont moins éducables que ceux qui apportent cès infirmités en naissant, et qui eux aussi forment race.

(1) Dans sa statistique des causes de la folie pour l’ancien royaume de Westphalie, M. le docteur Ruer a fait ressortir que l’idiotie était fréquente dans la population des ouvriers mineurs Les rapprochements sexuels des ouvriers, qui vivent séparés de leurs femmes pendant la semaine entière, s’opèrent ordinairement dans les jours de repos, où les libations Alcooliques sont partagées par les deux sexes. J’ai fait la môme remarque pour d’autres pays en France où l’ivrognerie est également commune aux deux sexes, et où les enfants sont fécondés, ainsi que je le disais, sous la double influence du mal physique et da mai moral dans l’humanité. Dans le nord de l’Europe, Ces causes ont exercé tant de ravages, qu’elles ont attiré la juste sollicitude des gouvernements.

Page 1