‹ Traité des maladies mentalesChapitre 230 sur 306 · ÉDUCATION INTELLECTUELLE. — TRAVAUX MANUELS · texte numérisé non relu

ÉDUCATION INTELLECTUELLE. — TRAVAUX MANUELS

cette matière, M. le docteur Delasiauve (1), Féducatioii de l’idiot, vue d’ensemble, doit être tout émotion, tout action. Stimuler sans cesse par des sensations et des œuvres en rapport avec sa sensibilité morale, par l’attention, les comparaisons, le 4ésir, le goût, est l’unique moyen de faire éclore en lui l’idée. Plus le progrès est tardif, moins il faut risquer de le compromettre par une précipitation maladroite et des soins avortés. La lecture, l’écriture, le calcul, petits talents, ne sont véritablement, pour l’être privé d’intellect, que des outils défectueux entre des mains incapables. »

Ce n’est pas que M. Delasiauve rejette les initiations intellectuelles, lorsque surtout il existe chez ces êtres dégénérés de ces aptitudes originelles spéciales dont j’ai parlé; mais il est des indications plus positives et qui sont en rapport avec ces natures défectueuses. Je veux pai’ler du développement de la sensibilité morale au moyen des soins affectueux dont on les entoure, et de l’application du plus grand nombre à des travaux manuels et à des exercices réguliers qui leur apprennent à coordonner leurs mouvements et à se rendre utiles et serviables. Plusieurs ont été trouvés capables d’apprendre un métier et d’exercer quelques-uns de ces états où l’homme n’a besoin que d’employer des mouvements automatiques (2). Il ne faut pas oublier non plus que les résultats du

(1) Dans un excellent travail publié dans la Gazette hebdomadaire, 18 mars, l®'' et 13 avril 1855, M. le docteur Delasiauve a fait le résumé critique de tous les essais tentés pour l’éducation des enfants arriérés, imbéciles, idiots; il a en même temps posé les règles qui doivent guider l’éducation dans des essais difficiles. « C’est dans une thèse remarquable soutenue en 1824 par M. Belhomme, qu’apparurent, dit M. Delasiauve, les premiers aperçus intéressants sur le point qui nous occupe. L’auteur en conçut l’idée aux leçons d’Esquirol, à propos des Jeunes idiots dans l’entendement desquels on était parvenu à faire pénétrer quelques rayons. Ces exemples frappèrent d’autant plus notre confrère qu’ils concordaient logiquement avec les principes psychologiques qu’il professe sur l’indépendance réciproque et la culture partielle des facultés. Reconnaissant d’ailleurs parmi les idiots des nuances infinies, il en déduisit la nécessité de diversifier individuellement les procédés éducateurs. — M. Voisin, dans un mémoire en 1830, et ultérieurement dans d’autres écrits, fut peut-être plus formel encore, ajoute M. Delasiauve. « Il n’y a pas, dit » M. Voisin, identité entre les pouvoirs fondamentaux de la tête humaine. Les facultés » intellectuelles ne sont pas les facultés morales, ni celles-ci les mêmes que les facultés » affectives ou intellectuelles, et réciproquement. Chaque virtualité a ses qualités particu- «dières, son mode d’action spécial, et obéit à des mobiles divers. La perte de Tun n’entraîne » pas forcément la destruction de l’autre. »M. Voisin pense, par suite, qu’on ne doit Jamais entreprendre l’œuvre de perfectionnement d’un idiot qu'après avoir fait sur sa personne une enquête sérieuse , approfondi ses manifestations psychiques, ses penchants, ses expressions sentimentales, fait, en un mot, le tour de sa constitution, afin de choisir dans le monde extérieur les leviers qui puissent agir sur lui. » (Delasiauve, Mémoire cité.)

(2) Dans mes Études cliniques, Je suis entré dans des détails sur les indications théra-

GhU ÉDUCATION MORALE. — RÉVEIL DES SENTIMENTS,

traitement intellectuel physique et moral dans ces cas ne doivent pas tendre à amener une comparaison entre ces êtres congénitalement frappés dans leurs facultés et les individus nés intelligents. Il s’agit de les comparer à ce qu’ils seraient si on les avait laissés dans l’état d’abjection et de dégradation où les avait placés la maladie.

En parlant des sentiments qui peuvent encore exister chez ces êtres dégénérés, M. le docteur Delasiauve dit, avec beaucoup de justesse, dans son livre sur l’épilepsie et son traitement': « Il n’est pas impossible, même chez l’idiot, de féconder tous ces germes dans une certaine mesure, d’agrandir la sphère restreinte de son intelligence, en multipliant autour de lui des impressions extérieures, de développer en lui quelques sentiments de sociabilité, de l’initier par l’imitation et l’usage à la pratique des diverses professions manuelles sous une direction indispensable. La gymnastique, ajoute le même auteur, qui augmente la vigueur de la constitution, en même temps qu’elle imprime à l’attitude de la grâce, aux mouvements de la rectitude, détruit ou modifie ces tics si disgracieux, ces balancements si choquants pour la vue. La constante activité à laquelle on l’oblige, amortit la violence de ses penchants brutaux, corrige les appétits déréglés, les habitudes vicieuses, qui parfois contribuent à augmenter l’infirmité de son esprit. Une communication permanente avec le monde qui l’entoure, les récompenses qu’il obtient, les châtiments qu’on lui inflige, tout cela suscite dans cette imagination inerte, en apparence, une notion confuse du bien et du mal, du plaisir et de la peine, soulève des sensations affectueuses, avive l’amour-propre. La pitié se fraye un chemin dans son âme; il vivait dans la fange, objet de dégoût, la propreté et la décence lui sont devenues plus familières. C’était, en un mot, un fardeau pénible, embarrassant ; l’éducation en a fait un être supportable, et parfois même un serviteur utile. » (Delasiauve, Traitement de V épilepsie.)

Il m’est impossible d’entrer dans tous les détails de cette éducation des imbéciles et des idiots, éducation des plus cojnplexes où il s’agit nonseulement de raviver les sens engourdis en multipliant, comme le dit M. le docteur Delasiauve, les impressions extérieures, mais de stimuler, par une bienveillance sans bornes, ce qui peut encore exister de sentiment chez ces êtres infirmes et dégénérés (1). Il suffit qu’en rattachant

peutiques que nous fournit la possibilité du réveil du développement de la sensibilité morale chez les êtres dégénérés ; je faisais surtout allusion à la méthode d’éducation employée à l’égard des sourds-muets par M. Piroux, le zélé et savant directeur de l’école de Nancy ..(Études cliniques, 1. 1, p. 97 à 122.)

(1) Dans le mémoire de M. le docteur ^Delasiauve, ce savant médecin cite plusieurs

OBSERVATIONS

leur situation aux folies héréditaires, j’aie posé les principes d’un traitement pédagogique, qui sera l’éternel honneur des médecins qui ont eu le^ courage de l’entreprendre. Car il est inutile d’insister sur les difficultés, les obstacles et les dégoûts qu’il s’agit de surmonter. Le peu que j’en ai dit fait assez entrevoir les immenses services que notre science est appelée à rendre à l’humanité souffrante.

L’étude des folies héréditaires à laquelle, vu son importance, j’ai donné plus de développement qu’il ne me sera possible d’en consacrer aux autres formes de la folie, fait ressortir cette vérité.

exemples très consolants des résultats que l’on peut obtenir en poursuivant avec zèle, intelligence, et surtout avec une grande persévérance, l’éducation intellectuelle, physique et morale de ces malheureux enfants arriérés ou imbéciles. J’ai moi-même cité dans mes Études cliniques un exemple que Je reproduis ici.

« Joséphine G... était une pauvre infirme d’une constitution rachitique et dont les tendances mauvaises avaient besoin d’être incessamment combattues. Sa figure portait les traces des nombreuses cicatrices qu’elle s’était faites en se déchirant avec ses ongles. Ceci est une tendance commune à beaucoup d’imbéciles. Un rire stupide et parfois convulsif était la seule réponse aux encouragements qu’on lui adressait. Cependant cette enfant, douée d’une mémoire extraordinaire, pouvait répéter mot pour mot une fable ou une histoire dont elle venait d’entendre la lecture, mais il lui était impossible de fixer son attention, et la première impression une fois passée, il ne lui restait plus aucun souvenir de ce qu’elle avait récité. Toutefois lorsque, grâce à l’attachement que lui portait la sœur de son quartier, il fut possible, au moyen de soins incessants et de procédés ingénieux, de faire surgir dans son cœur l’élément delà sensibilité, il nous fut donné d’assister à l’admirable spectacle d’une rénovation intellectuelle chez cet être infirme et dégradé. Son attention se fixa insensiblement sur une foule de choses; elle apprit à lire, à écrire, à travailler. Autrefois elle voyait sans regarder; elle entendait sans écouter, ses instincts étaient pervertis. Maintenant, ses gestes, ses actes, ses paroles et son maintien annonr cent le réveil des facultés. Les lettres qu’elle écrit à ses parents sont remplies de ces douces expressions de tendresse enfantine, apanage ordinaire des enfants intelligents de six à sept ans. Il est vrai qu’elle en a quinze, mais il faut remarquer qu’elle ne vit intellectuellement que depuis peu de temps. S’il ne nous est pas donné, ajoutai-je, d’en faire une intelligence supérieure, nous aurons au moins la consolation de l’avoir arrachée aux conséquences déplorables d’un arrêt de développement intellectuel congénital, jj {Études cliniques, 1. 1, p. 116.)

Je pourrais citer également plusieurs autres exemples où une pédagogie spéciale, basée sur des soins hygiéniques, sur un traitement dirigé contre la prédominance du tempérament scrofuleux, rachitique, chlorotique, sur la bonne direction imprimée à ce qui reste à ces enfants d’aptitudes intellectuelles ou de facultés instinctives particulières, fut couronnée d’un plein succès chez de jeunes filles de Saint-You. J’insiste d’autant plus sur ces faits, que ces enfants nous venaient des maisons de correction, et que dans ces milieux on est trop disposé à négliger cette pédagogie qui n’amène des résultats favorables que lorsqu’elle atteint son triple but régénérateur : amélioration de la santé physique, instruction appropriée à l’état d’infirmité intellectuelle de ces enfants, éducation morale en rapport avec ce qui reste à ces jeunes imbéciles de facultés affectives.

DÉDUCTIONS GÉNÉllALES.

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J’ai suivi les conséquences des transmissions héréditaires depuis leurs manifestations les plus simples jusque dans leurs transformations les plus complètes. L’idiotie, en d’autres termes la dégénérescence sous toutes ses formes, est le dernier degré de ces transformations pathologiques qui s’enchaînent et se commandent successivement chez les individus dont les ascendants sont soumis à des troubles ou à des lésions du système nerveux.

Selon que la transmission est similaire ou progressive, j’ai dû établir plusieurs classes d’aliénations héréditaires, qui se relient toutes entre elles par des caractères généraux, et qui se distinguent aussi par des caractères spéciaux.

A mesure que l’on descend dans l’intimité des phénomènes pathologiques propres à ces diverses classes , on voit que les individus qui les composent se montrent de plus en plus réfractaires à tous les modificateurs de leur état intellectuel, physique et moral.

Ils restent toute leur vie, lorsqu’ils sont laissés à eux-mêmes, ce que les a faits leur naissance, des êtres congénitalement frappés dans l’évolution normale de leurs fonctions nerveuses. Ils forment de véritables variétés maladives dans l’espèce humaine, des races à part, tantôt capables de se propager, et, tantôt, grâce à une heureuse prévision de la nature, frappées de complète stérilité.

Il n’est pas à dire pour cela que l’intervention médicale ne puisse agir d’une manière heureuse aü point de vue du traitement, de la prophylaxie et de l’hygiène.

J’ai prouvé que la folie héréditaire n’est pas incurable. Si je suis entré dans des détails aussi nombreux, à propos de la thérapeutique spéciale des aliénés de cette catégorie, c’est que l’influence héréditaire, lorsqu’elle existe, se fait sentir jusque dans l’action qu’exercent les maladies incidentes sur les fonctions cérébrales des individus nés de parents aliénés ou simplement névropathiques.

Lès individus prédisposés par l’hérédité sont donc plus exposés que les autres â la folie; ceci est incontestable. Mais si le traitement offre dans ces cas des indications précises, l’hygiène et la prophylaxie sont destinées à intervenir aussi d’une manière non moins utile dans la situation.

J’ai parlé des précautions avec lesquelles doivent être contractés les mariages chez les individus prédisposés; j’ai fixé l’attention sur les soins hygiéniques dont il faut entourer les enfants nés dans ces conditions malheureuses; j’ai posé les principes de l’éducation spéciale qui leur convient-

J’ai démontré, en un mot, que s’il ne nous est pas toujours possible de

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