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ACCÈS DE FÜKEDR. — MANIFESTATIONS HOMICIDES

Depuis l’époque où j ’ai traité de la folie épileptique dans mes Études cliniques, je n’ai rien à changer à ma manière de voir sur le délire spécial, caractéristique, qui est la conséquence de la névrose épileptique. Je vais résumer le plus brièvement possible les considérations très nombreuses que J’ai émises sur cette forme particulière d’aliénation. J’ai assigné à la marche des phénomènes maladifs de cette vésanie trois périodes distinctes, et je vais conserver cette division qui servira à faire ressortir les côtés saillants sous lesquels on peut observer cette maladie.

Première période de la folie épileptique. — Les troubles intellectuels qui accompagnent l’épilepsie ont d’autant moins lieu de nous étonner, que lès observations les plus incontestables des auteurs modernes ont, dans un grand nombre de cas, rattaché cêtte névrose à dés affections très graves des ascendants, parmi lesquelles l’aliénation tient une place importante (1) . Or, nous savons maintenant les conséquences des transmissions héréditaires, et nous n’aurons pas lieu de nous étonner si nous voyons Fépilepsie se compliquer de fureur et de tendances spontanées à des actes nuisibles, et d’autant, plus dangereux, qu’ils sont inattendus et que souvent rien ne pouvait les faire prévoir.

Un malade soumis à des accès d’épilepsie n’avait présenté aucun trouble apparent dans ses facultés. Il était sobre par tempérament et d’un caractère plein de douceur. Tout ce que l’on avait remarqué chez lui, dit M. le docteur Burrows auquel j’emprunte ce fait, était une tendance plus grande à la dévotion. Un jour qu’il était tranquillement occupé à lire la Bible, il reçut la visite d’une femme du voisinage, et, avant de savoir le sujet qui l’amenait, il se lève comme transporté d’une fureur soudaine, se saisit d’un couteau et se précipite sur cette malheureuse. L’épouse de ce furieux et sa fille étaient accourues au secours de la victime, il cherche à les égorger, et si d’autres personnes n’étaient intervenues, il réalisait ses tentatives de trancher la tête à ces infortunées. Un accès de manie suivit cet acte de fureur homicide. Le malade guérit, mais il ne conserva pas la mémoire de ces faits déplorables. Neuf ans se sont écoulés depuis sans que l’épilepsie ait reparu.

Un jeune homme de vingt-deux ans, condamné à cinq ans de réclusion par une cour d’assises pour avoir porté sans provocation, à un de

(1) Dans son Traité du pronostic et du traitement curatif dè V épilepsie, M. le docteur Herpin fait des réflexions très justes sur la manière d’envisager les influences héréditaires dans l’épilepsie, qui se rattache très souvent, soit à une affection similaire des ascendants, soit à un état névropathique, tel que l’hystérie, la folie, etc Sur 170 épileptiques , M . le docteur Musset a trouvé les conditions suivantes : 3 pères aliénés , 27 parents aliénés, 17 mères aliénées, 23 mères hystériques, 2 mères choréiques.

696 INFLUENCE DE l’ÉPILEPSIE SÜK LES FONCTIONS INTELLECTUELLES, ses meilleurs amis^ un coup dont celui-ci avait failli mourir, était sujet à des accès d’épilepsie pendant son sommeil. J’ai pu vérifier ce fait dans la prison où était renfermé ce malheureux, qui descendait d’une famille où l’on comptait des épileptiques, des aliénés et des individus morts d’hémorrhagie cérébrale. Il ne conservait du fait pour lequel il était incriminé aucun souvenir précis, il n’en témoignait pas le moindre regi’et, et cette insensibilité apparente, conséquence de la maladie, ne contribua pas peu à le faire condamner (1).

Des dispositions intellectuelles remarquables ont parfois signalé le début de l’existence active chez quelques jeunes épileptiques. Une merveilleuse aptitude à concevoir vivement les choses, à les examiner sous leurs aspects les plus brillants et les plus poétiques, a été l’apanage de plusieurs d’entre eux. L’histoire nous a transmis le nom de plusieurs grands génies qui ont été épileptiques ; mais, comme le fait observer M. le docteur Burrows, ces mêmes individus ont été les victimes des passions les plus tyranniques (2). La conservation pleine et entière des facultés, la possibilité de les appliquer d’une manière continue à l’exécution de desseins remarquables par leur grandeur et leur continuité, sont des faits excessivement rares. Si l’on peut citer, dit M. Sandras, quelques hommes exceptionnels, comme César, Mahomet et Pétrarque, que cette infirmité n’a pas condamnés à une obscurité misérable, on est forcé de reconnaître que la presque universalité des épileptiques est vouée au malheur et à la honte (3).

(1) Plusieurs fois- déjà cet individu s’était laissé aller à frapper ses amis sans provocation. 11 était d’un naturel sombre et hypochondriaque. Je ne mets pas en doute, et je le prouverai dans la médecine légale, que beaucoup d’actes attribués à la folie instantanée de quelques auteurs ne soient le résultat d’une épilepsie ou de telle autre névrose méconnue. Plusieurs de ces faits qui ne paraissent pas avoir d’autre cause sont relatés dans le travail de M. Boileau de Castelnau, De la folie instantanée considérée au point de vue médico-judiciaire (Paris, 1841). — Le même auteur a abordé plus spécialement ce sujet dans son mémoire De l'épilepsie dans ses rapports avec l’aliénation mentale au point de vue médico-judiciaire (Paris, 1852). — Les actes homicides de beaucoup d’épileptiques se produisent au milieu d’exacerbations furieuses qui dépassent tout ce que Ton peut imaginer. Le nommé Roegiers, condamné à la peine de mort en 1844 par la cour d’assises du Brabant, était un épileptique. Il poursuivit sa victime, dit l’instruction, et se rua sur elle comme un tigre. Il lui fit une profonde entaille à la gorge, et y enfonça ses ongles pour l’agrandir. Dans d’autres circonstances, l’épileptique semble de sangfroid et comme poussé par un motif qu’il ne saurait justifier. C’est sous les coups d’un semblable épileptique que succomba, il y a deux ans, notre malheureux collègue, M. le docteur Jeoffroy, médecin en chef de l’asile des aliénés, à Avignon.

(2) « Persons of eminent genius hâve heen epileplie ; but they are aH subject to fils of ungovernable passions. » (Burrows, Commentaries, p. 155.)

(3) Sandras, Traité des maladies nerveuses, t. I, p- 195.

COMPLIC/VTION d’iIYPOCIIONDRIE, DE SUICIDE. — TROÜliLES PHYSIOLOG. 697

Les premiers cliangements qu’on remarque dans le caractère des épileptiques menacés d’aliénation, est une irritabilité très grande qui se traduit au dehors, et à la moindre coniradiction, sous les formes les plus diverses et parfois les plus compromettantes. Dans les premiers temps de leur affection, il est naturel de voir les préoccupations maladives des épileptiques avoir un point d’appui dans les éléments qui constituent la grande diversité des tempéraments et des caractères. L’hypochondrie et l’hystérie ont une incontestable action sur les délires qui commencent à se systématiser dans l’esprit des malades. Des préoccupations au sujet de lepr santé, des plaintes injustes, des récriminations sans fondement, des tendances vénériennes prononcées, sont les faits qui commencent à éveiller la juste sollicitude des familles. Nous n’avons rien à ajouter, sous ce rapport, à la description que nous avons faite des troubles intellectuels qui accompagnent ces névroses. Seulement, chez l’épileptique, ces phénomènes perturbateurs empruntent à l’élément primitif un caractère singulièrement dangereux. La nature des troubles physiologiques est plus saisissante; les désordres de la digestion et delà circulation se présentent avec une intensité plus grande (1), et il n’est pas rare de voir apparaître dans cette période des hallucinations sensoriales très intenses, et surgir les tendances au suicide, à l’homicide et à l’incendie.

Deuxième période de la folie épileptique. — Les malades de Cette seconde catégorie sont précisément ceux qui sont confiés-à nos soins dans les asiles. Rarement avons- nous l’occasion d’observer les épileptiques au début de leur affection, c’est-à-dire, quand leur délire est restreint et ne vient pas se fondre dans des phénomènes pathologiques d’un ordre multiple (2).

(1) « Chez un jeune homme âgé de trente ans, dit M. Burrows, le sang était poussé avec une telle impétuosité dans les dernières ramifications des vaisseaux, que ce liquide transsudait à travers les pores. Il arrivait parfois que la superficie du cuir chevelu était imbibée de sang. L’intelligence de ce malade avait souffert une cruelle atteinte à la suite de ses accès. Il mourut dans le paroxysme d’une attaque, et l’autopsie montra une grande effusion de sang à la surface du cerveau. »

(2) Cet état de chosès se comprend facilement. Les épileptiques de la classe indigente ne sont considérés comme des aliénés que quand l’affection dont ils souffrent ramène une irritabilité toujours plus grande, et les pousse enfin à des actes dangereux, soit pour euxmêmes, soit pour les autres. Les épileptiques de la classe aisée sont soignés dans leurs familles jusqu’à l’époque où leurs parents acquièrent la triste conviction qu’il faut nécessairement isoler leur malade. Dans l’un et l’autre cas, malheureusement , on perd un temps précieux, et les aliénés épileptiques auraient plus de chances de guérir s’ils étaient mis plus tôt dans un milieu où ils trouveraient le calme et le repos si nécessaires à l’excessive irritabilité de leur .système nerveux. En tout cas, ils auraient cessé d’être dangereux.

698 ACTES Dangereux en rapport avec l’épilepsîe.

Parmi ceS épileptiques, nous comptons des imbéciles ou des idiots, soit que cet état mental soit primitif, soit qu’il ait été amené par la maladie incidente. Ils se sont signalés, avant leur entrée à l’asile, par des tendances dangereuses entées sur des délires systématiques bien caractérisés. L’un a voulu, sous l’influence de ses préoccupations hypochondriaques, détruire tous les ennemis de son bonheur, et l’on a été obligé de faire lé siège en règle de sa maison, dans laquelle il s’était barricadé avec des armes. Un autre, après avoir présenté une manie des plus dangereuses, manie qui avait eu pour période d’incubation des excès vénériens et ■ bachiques, est tombé dans une lypémanie religieuse des plus prononcées.

Des 70 épileptiques de l’un et l’autre sexe que nous possédons, il n’en est aucun dont l’isolement ne soit complètement justifié par le résumé des motifs qui suit, et qui n’est que l’analyse des enquêtes qui ont été ordonnées par l’autorité administrative.

Ils étaient devenus dangereux en portant du feu dans toutes les parties de la maison et en menaçant de l’incendier. Quelques-uns ont mis leurs menaces à exécution. Ils avaient si peu de discernement, qu’ils commettaient des délits, des vols dans les campagnes et coupaient du bois dans les forêts; l’un d’eux a blessé mortellement un garde forestier qui voulait l’arrêter. Leurs accès étaient si violents et si instantanés, qu’ils tombaient dans le feu ; quelques-uns portent encore les traces d’horribles brûlures. Ils inquiétaient les populations par leurs propos étranges, incohérents; ils entraient dans les maisons et dans les cabarets, et demandaient impérieusement à boire ; ils tombaient dans les rues et effrayaient les femmes et les enfants par le hideux et désolant spectacle de leur épouvantable infirmité. Quelques-uns avaient déjà fait plusieurs tentatives de suicide et d’homicide; la pauvreté des familles les obligeait à garrotter leurs malades, à les enchaîner même quand on les laissait seuls à la maison. Il devenait impossible de confier leur surveillance à une femme ou à un enfant ; ils étaient d’une méchanceté extrême, surtout avant les moments de leurs accès, et il fallait souvent plusieurs hommes pour les maintenir. Ils ont frappé leurs femmes enceintes, porté la démoralisation dans leurs familles par la perversité de leur langage et l’immoralité de leurs actes. Les femmes ont présenté peut-être plus de dangers encore que les hommes ; leurs tendances ont été poussées jusqu’à l’érotisme et la nymphomanie; elles se. sont livrées au premier \ enu. Il s’est enfin trouvé des individus assez pervers pour abuser de la malheureuse position de quelques épileptiques, imbéciles, idiotes, repoussantes même au physique, et ils les ont rendues enceintes.

On conçoit qu’une population composée d’éléments si divers doit offrir

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