BAINS. — INDICATIONS, CONTRE-INDICATIONS
Dans tous les cas, et je suis parfaitement de l’avis de M. le docteur Guislain, il y a des considérations qui militent pour et contre l’emploi de ces agents tant ordinaires que prolongés.
« Les indications favorables sont : le jeune âge, une explosion prompte de la manie, une manie aiguë avec association à la mélancolie, une grande activité corporelle, la netteté dans les idées, un état continu de fureur, d’agitation, un cas récent, de fortes passions.
)) Les contre-indications sont ; l’âge avancé, l’état cachectique, un corps affaibli par la misère, une incohérence d’idées sans agitation, un affaiblissement progressif de l’intelligence, des symptômes paralytiformes, épileptiformes, des gesticulations, un état chronique, des retours réguliers de la maladie, de la pâleur, de la maigreur, un pouls filiforme, des pertes utérines, la leucorrhée, l’absence d’agitation, delà contraction, un état comateux, un affaiblissement général.» [Leçons orales^ t. III, p. 109.)
J’ajouterai, à propos de l’emploi des bains prolongés, que les grandes agitations des maniaques ne sont pas toujours l’indice d’une force de résistance corrélative dans les dispositions organiques. Après un bain prolongé, on voit souvent ces malades pâlir, s’affaisser sur eux-mêmes, et montrer des tendances congestives ; des fluxions peuvent s’établir aussi vers d’autres organes, et notamment vers les poumons. Je suis cependant loin de blâmer l’emploi des bains prolongés. J’ai cité les indications et contre-indications ; je me suis généralement bien trouvé d’employer un terme moyen, et de ne pas prolonger ces bains au delà de cinq à six heures.
Quant aux bains froids, j’ai peu de chose à ajouter, à ce que j’ai dit à propos des indications de l’hydrothérapie dans les états de surexcitation nerveuse, dans l’hystérie et l’hypochondrie ; cependant il est des situations où, en dehors de ces états névropathiques proprement dits, l’immersion des malades dans un bain frais, et cela pendant un temps déterminé, peut amener une grande sédation ; mais pour se rendre compte de ce résultat, il est utile de se faire une idée exacte de l’effet physiologique de l’eau froide.
« L’action de l’eau froide est complexe, ainsi que me l’écrivait M. le docteur Gillebert d’Hercourt, avec lequel j’ai entretenu de fréquentes relations pour bien me pénétrer de la méthode qui a eu de si heureux résultats entre les mains de ce savant et habile praticien. Par exemple : de -[- 6" à -f- 15° centigrades, l’eau exerce une action tonique par excellence, dont la répétition produit en particulier sur l’hématose une impulsion très favorable, et indiquant, suivant l’expression de MM. Bégin et Fournier, un surcroît d’activité dans l’appareil à sang rouge ; en un
ACTION PHYSIOLOGIQUE DE l’Eâü FUOIDE.
mot, une reconstitution du sang artériel. La peau, qui est le siège de ces applicatioqs, recouvre bientôt l’exercice de ses fonctions, ou les exerce d’une manière plus parfaite; la circulation capillaire y devient plus active, la caloricité y est plus grande, l’absorption et l’exhalation cutanée deviennent également plus promptes et plus complètes. Mais, grâce au consensus général, on ne peut tonifier un organe aussi important et aussi . étendu que la peau^ sans que cet effet s’étende bientôt à toute l’économie; la tonicité ainsi produite devient donc générale.
» Pour obtenir ces effets, on ne doit pas faire durer l’application de l’eau froide au delà de quelques minutes, quatre ou cinq par exemple, autrement les effets toniques disparaîtraient graduellement; et si le contact du froid se prolongeait suffisamment au degré indiqué, ils seraient remplacés par les effets opposés. L’économie, épuisée par une trop grande soustraction de calorique, cesserait de réagir, la circulation se ralentirait, la vitalité deviendrait de plus en plus faible, et la sensibilité diminuerait ou même s’éteindrait tout à fait dans les parties refroidies; il y aurait alors sédation, comme dit Cabanis, par suffocation des mouvements vitaux. Comme les précédents, et en vertu de la même cause, ces effets pourraient devenir plus ou moins généraux et s’étendre plus ou moins aux organes profonds. »
Ces considérations physiologiques établissent à quel point un bain froid prolongé au delà de quelques minutes peut déterminer un effet sédatif, Son effet est incontestable dans les grandes exacerbations, au début de quelques aliénations mentales avec manifestation d’irritabilité extrême, ainsi que cela se voit dans l’intoxication alcoolique, par exemple(l). Je renvoie, pour les contre-indications, à ce que j’ai dit plus
(1) Appelé, un jour, pour un jeune villageois âgé de dix-neuf ans, devenu maniaque sans autre cause connue que d’avoir fait peut-être quelques libations exagérées il y avait quelques jours déjà , j’obtins une sédation immédiate en laissant le malade pendant une heure dans un bain frais ; on avait le soin de lui faire de temps à autre une affusion fraîche sur la tête avec une pomme d’arrosoir. La sédation fut immédiate. Le malade, en sortant du bain, de furieux qu’il était en entrant, se montrait d’une douceur extrême ; il dormit profondément, et le lendemain il ne délirait plus ni en idées ni en actes. Tout était prêt cependant pour le mener à l’asile voisin. Dans une autre circonstance, ne pouvant organiser un bain pour une pauvre villageoise en proie à un grand délire maniaque trentecinq jours après ses couches , je la fis envelopper de draps mouillés pendant une demiheure, ayant soin d’entretenir l’humidité par des aspersions d’eau fraîche. En sortant cette femme de ses enveloppes, j’avais soin de la frictionner pendant quelques minutes avec un drap sec, car la prostration était extrême et la réaction à la peau aurait trop lardé à s’établir. Ces bains frais d’une demi-heure à trois quarts d’heure, continués pendant huit Jours, amenèrent une sédation complète. Le même moyen me réussit admirablement dans une chorée aiguë, suite d’un accouchement difficile, et que rien n’avait pu calmer. Dans