PRÉPARATIONS FERRUGINEUSES. — EAUX MINÉRALES
pellerai que le bromure de potassium a été employé par le docteur Thielmann contre le satyriasisme, le priapisme avec pollutions nocturnes.
Dans V Union médicale àu 3 janvier 1858, M. Binet, interne de M. Pidoux, cite un cas de spermatorrhée invétérée guérie par le bromure de potassium. Voici les formules de M. Thielmann ;
Bromure de potassium . . 1 à 2 grammes.
Sucre eu poudre . 6 —
Mêlez et divisez en douze paquets égaux, à prendre toutes les deux heures.
On peut, avec M. Binet, administrer le bromure de potassium dans
un julep :
Bromure de potassium . 1 gramme.
Julep gommeux . 120 —
A prendre dans la journée ou en solution :
Bromure de potassium . 20 grammes.
Eau distillée. . . 300 —
Une cuillerée à bouche dans un verre d’eau sucrée.
Les préparations ferrugineusesr sont très nombreuses. Les lactates, citrate et carbonates de fer ont leurs avantages incontestables, et lorsque je puis recourir aux eaux ferrugineuses naturelles, je ne manque pas de les employer (1). -
(1) Il existe aussi quelques eaux minérales où l’on. envoie avec avantage lès malades hypochondriaques ou mélancoliques de la classe riche qui souffrent de dyspepsiê et de constipations opiniâtres. « Il ne faut, dit Fr. Hoffmann, les prendre ni trop longtemps, ni en trop grande quantité. « Il est, en effet, des eaux qui par leur composition chimique sont éminemment purgatives : telles sont les eaux de Niederbronn, dans le Bas -Rhin, et celles de Luxeuil (Haute-Saône). Celles de Seltz et de Spa ont d’incontestables avantages dans les états compliqués de dyspepsie et de flatuosités. Plombières et Aix en Savoie sont aussi des eaux que j’ai conseillées avec avantage à certains hypochondriaques, quoique, en règle générale, les institutions hydrothérapiques conviennent mieux à ces sortes de malades ; mais il peut y avoir des contre-indications, vu certaines affections organiques du cœur, des poumons, de la moelle épinière et d’autres organes encore.
Pour les hystériques dont l’état nerveux se complique d’anémie et de chlorose, on choisira dés eaux ferrugineuses. Il eh est qui contiennent des proportions énormes dé fer. Celles de Passy renferment de 36 à 40 centigrammes.de protosulfate de fer par litre ; celles de Cransac (Aveyron), 56. Viennent ensuite, par ordre de richesse minéralogique, d’après M. Briquet, Aumale, Hombourg, Rennes, Pyrmont (Saxe), Spa, Rouen, Forges, Saint-Alban, Luxeuil. Ces eaux contiennent des carbonates et bicarbonates de fer. Les eaux de Bussang et de Contrexéville sont également conseillées pour les hystériques, ainsi que les eaux gazeuses froides de Pougues, Bourbon-l’Archambault ; les eaux ferrugineuses chaudes de Vichy, les eaux gazeuses thermales du Mont-Dore, Plombières, Spa, etc.
ISli ACTION THÉUAPEUTIQÜE DU PHOSPHATE DE FER,
Dans le numéro du 29 mai de la Gazette hebdomadaire, M. le docteur Baume a fait une communication très intéressante sur le pyrophosphate de fer et de soude. « Déjà en 1849, dit M. Baume, M. Leras, docteur ès sciences, avait présenté un travail à l’Académie des sciences sous ce titre : Action du suc gastrique sur les préparations martiales employées en tMrapeutique. En 1855, il présenta à l’Académie de médecine un mémoire dans lequel il croit pouvoir conclure ;
» 1" Que les préparations ferrugineuses employées en thérapeutique sont toutes plus ou moins précipitées ou transformées en oxyde ferrique dans l’estomac ;
» 2° Que le pyrophosphate de fer et de soude fait, exception ;
» 3® Que ce sel semble destiné à prendre rang parmi les préparations les plus efficaces de la médication ferrugineuse. »
Outre les observations qu’il a consignées dans la Gazette hebdomadaire sur l’emploi àu pyrophosphate de fer (1), M. Baume a bien voulu me communiquer les faits suivants, qui offrent un grand intérêt pratique : ils indiquent que cet agent thérapeutique a une grande puissance dans les états diarrhéiques et le marasme nerveux, si commun chez les aliénés. Il peut aussi avoir un bon résultat dans les folies suite de couche, et dans tous les troubles de l’esprit qui ont été occasionnés par de gTandes hémorrhagies utérines et autres qui ont épuisé les malades et les ont plongés dans le marasme.
« Un artilleur de marine, nommé Klein, abîmé dans les colonies par les fièvres intermittentes, nous était amené, dit M. Baume, au commencement de 1857 dans un état de lypémanie stupide, coïncidant avec une cachexie paludéenne que la quinine avait été impuissante à combattre. Soumis au pyrophosphate pendant une quinzaine de jours, il reprenait bien vite une coloration nouvelle des tissus, et au bout de trois mois il était radicalement guéri de son affection mentale, et sortait de l’asile,
» Un maniaque chronique, le Bot, alité l’année dernière pour un ictère opiniâtre qui, par suite d’infiltrations séreuses, nous faisait croire à l’existence d’une cirrhose, guérissait presque à vue d’œil sous l’influence du pyrophosphate de fer; il est actuellement bien portant : du reste, aucun changement au moral .
(l) Le pyrophosphate de fer soluble se prend par deux ou trois cuillerées à bouche par jour. On peut aussi, vu le goût styptique très prononcé de ce médicament, que certains malades prendraient avec répugnance, l’associer au chocolat ou au potage de ces malades. Il existe aussi en pharmacie le sirop de pyrophosphate de fer de M. Robiquet. qui est très agréable au goût, et peut se donner pur, à la dose de trois ou quatre cuillerées par jour.
DES SliLS lODURÉS DANS LE TRAITEMENT DES GOÎTRES.
» Je pourrais citer d’autres exemples semblables ou analogues ; mais c’est surtout pendant une épidémie de dysenterie, à la tin de 1857, que nous avons pu constater la valeur de ce puissant analeptique. Cette épidémie avait atteint 140 malades. J’extrais de mon rapport médical de 1858 le passage suivant :
« Entin^ quand il s’est agi de reconforter et de reconstituer cette foule » de malades amaigris et décharnés par vingt jours de souffrances atroces,
» d’insomnies et de déperditions incessantes, nous avons retiré le plus » heureux effet du pyrophosphate de fer et de soude, dontM. Leras a bien » voulu nous préparer une trentaine de litres. Ce médicament, soit seul,
» soit associé au chocolat, a contribué puissamment à modifier les selles » dans la dernière période de la dysenterie, et à relever rapidement des » constitutions épuisées. Les exemples abonderaient sous notre plume,
» si nous n’étions arrêté par le cadre de ce travail ; nous nous bornerons » à constater de nouveau que le pyrophosphate de fer nous paraît être,
» de toutes les préparations ferrugineuses, la plus efficace, la plus facile M à supporter par des estomacs débilités, et aussi la plus facile à admi- » nistrer à des malades indojciles. »
J’ai déjà cité et tous les médecins connaissent les propriétés toniques et réparatrices de l’iode et de ses composés. La légitime importance qui, après les belles recherches de M. le professeur Chatin, s’attache à la présence ou à l’absence de l’iode dans les eaux et dans les airs, m’engage à dire un mot de la médication applicable aux goitreux. Le rapport qui existe entre le goitre et le crétinisme est incontestable, et la première de ces infirmités est si commune, les causes qui l’engendrent sont, si actives dans certains de nos départements, que les médecins me sauront gré de leur donner la formule d’une médication qui a été employée avec avantage dans ces derniers temps. M. le docteur Vingtrinier (de Rouen), qui s’occupe avec tant de zèle de la guérison du goitre, administre avec succès les préparations suivantes, dont j’ai été à même, de mcTn côté, de constater l’efficacité :
Liquem iodurée (1 ) .
lodure de potassium . . . 20 grammes.
Iode cristallisé. . . . . 45 —
Dans alcool à .TA® . . 1 litre.
Prendre de trois à six gouttes matin et soir dans un verre d’eau sucrée ou dans une tasse de lait.
(1 ) Les remèdes indiqués ont été employés avec succès à Rosière-aux-Salines, sous la philanthropique impulsion de M. Perrot, qui s’occupe avec zèle de , l’extinction du goitre et du crétinisme dans cette localité. Ces heureux effets obtenus m’ont été attestés par
786 MÉDICA-MENIS STUPÉFIANTS, — OPIUM,
Pommade iodurée pour appliquer sur les tumeurs goitreuses.
Axonge . 150 grammes.
lodure de potassium . 8 —
Eau de rose . . . . q. s.
Frotter la tumeur matin et soir avec 2 à 3 grammes de cette pommade, et porter une ■cravate de flanelle ou de taffetas gommé.
Opium, digitale, stramoine, j usqniame , etc. % médication stupéfiante
— Je terminerai cette revue thérapeutique générale par quelques consi- ■ dérations sur l’emploi des narcotiques. J’ai déjà parlé des opiacés dans le stade méloyicolique (page 628) , ainsi que de l’emploi de ce médicament dans le delirium tremens. Quant à ce qui regarde l’usage, dans l’état maniaque, de ce médicament héroïque que Van Swieten et Boerhaave appelaient magnus spirituum tumultuantium domitor, je ne puis que me conformer à la pratique des plus célèbres médecins anglais, allemands et français, qui sont généralement partisans de l’opium. Mais encore est-il bon de bien préciser les indications dans l’état d’agitation maniaque.
« Il est une condition, dit Gnislain, chez l’aliéné maniaque, que j’ai toujours considérée comme favorable à l’emploi de ce narcotique: c’est une certaine débilité dans le système de la circulation, dans le système nerveux, un état qui s’annonce par l’affaiblissement du pouls et une décoloration cachectique de la peau, une grande débilité.. . Dans ces derniers temps, j’ai pu souvent soumettre à l’opium, et toujours avec avantage, nombre de malades jeunes, mais dont la constitution s’étaU fortement détériorée sous l’influence de longues privations et d’inquiè-
l’honorable docteur Barrey de Saint-Nicolas, qui a bien voulu accepter la mission de donner des soins médicaux aux habitants pauvres de ce pays.
Monseigneur Billiet, archevêque de Chambéry, dont les recherches scientifiques sur la production du goître et du crétinisme sont si connues des savants , préconise le remède suivant :
Pyrosulfite de soude. . . 50 grammes.
Bicarbonate de soude . 20 —
Eau distillée . 1000 —
Teinture de brou de noix verte . 20 —
(Formule de M. Calloud,, pharmacien à Chambéry.)
On fait dissoudre les sels alcalins dans l’eau distillée ; lorsque la dissolution est complète, on ajoute la teinture de brou de noix verte. On prefid une cuillerée à bouche matin et soir dans un demi-verre d’eau. Dans les pays où le goître est endémique et où il s’agit d’opérer sur une vaste échelle, on peut remplacer l’eau distillée par l’eau de pluie de bonne qualité. Il serait bien à désirer aussi que les eaux trop fraîches ou trop sédimenteuses de ces mêmes pays pussent être remplacées par l’eau de pluie’bien conservée. La bonne qualité des eaux usuelles est la première condition d’hygiène pour les habitants de. ces contrées.
BELLADUNE, JUSQUIAME, DATUllA, MANDRAGORE.
tudes continuelles. J’attribue plusieurs guérisons remarquables, et obtenues en peu de temps, à l’administration de cet agent, donné à la dose de 10 à 15 centigrammes par jour, avec toutes les précautions requises. Grâce à ce médicament, le pouls se relève, la chaleur revient à la peau, le moral gagne en énergie; il y a plus de rectitude dans le jugement, plus d’à-propos dans les réponses et plus d’animation dans la physionomie (1). L’opium est surtout efficace dans les cas récents de manie tranquille, chez les sujets vifs, impressionnables, d’une constitution lymphatique, chlorotique, cachectique.. . Mais si l’on remarque la moindre hésitation dans la parole ; si le malade porte souvent sa main à la tête et la dirige vers un endroit spécial ; s’il y a rougeur à la face, chaleur au crâne ; s’il y a des apparences de paralysie, l’emploi de ces agents serait extrêmement nuisible , il ne pourrait qu’accélérer la mai'che rapide de la maladie. » [Leçons orales, t. III, p. 133.)
De tous les médecins français, M. le docteur Michéa est celui qui a employé avec le plus de constance et de hardiesse la médication stupéfiante dans le traitement de l’aliénation mentale. Voici les conclusions finales de l’important travail de M. le docteur Michéa (2).
1® Les principaux narcotiques, opium et ses jusquiame, da-
tur a stramonium, belladone et mandragore, considérés en masse, guérissent environ la moitié des individus atteints de folie curable, et se bornent à produire une guérison passagère ou une simple amélioration dans lè quart à peu près des cas ;
2® L’opium et ses principes sont les substances narcotiques qui, comparativement, ont le plus de puissance curative ; elles guérissent dans les deux tiers des cas environ, et dans un sixième elles produisent de l’amélioration ou une guérison passagère.
Il) MM. Bucknil et Tuke, dans leur ouvrage intitulé A Manual of Physiological Medicine (London, 1858), font, ainsi que la plupart des médecins anglais, Philips, Beverly, Thurnam, Casson, Holland, Tyerman, etc,, un grand éloge de la médication narcotique et stupéfiante. Nos collègues d’outre-Manche font un emploi plus fréquent que nous de la belladone, de la jusquiame et d’autres narcotiques. M. Sutherland, à Saint-Luc, emploie l’aeétate de morphine en solution dans l’eau distillée. Il donne le chlorhydrate de morphine associé à l’acide chlorhydrique affaibli. Le docteur Wintle préconise la jusquiame et l’opium. Il donne ces médicaments dans la bière et le café des malades. M. le docteur Holland dit que sans l’opium et la jusquiame il se trouverait désarmé. Le docteur Oilivier n’emploie pas l’opium dans la première période de l’état maniaque, mais la teinture de jusquiame à hautes doses (voyez Berlée, Du traitement de l’aliénation dans les asiles anglais, dans Annales médioo^psychoiogiques, t. XIII, p. 54 et 224).
(2) Recherches expérimentales sur l’emploi comparé des principaux agents de la médication stupéfiante dans le traitement de l'aliénation mentale, par le docteur Michéa (2® édition, Paris, 1857).