SPIRITUALISME ET MATÉRIALISME, PAR M. FOVILLE
l’homme quand la doctrineque nous adoptons est la seule conciliable avec l’existence d’un principe immatériel et inaltérable (1). »
Tels sont les principes qui nous guident nous-même dans la manière d'apprécier les rapports réciproques du corps et de l’âme dans l’état de maladie. Nous espérons être parfaitement compris quand nous parlerons des troubles de l’intelligence et des perturbations de la pensée. Le mot lésion que nous employons souvent encore dans la description des phénomènes anormaux que nous présente le désordre de nos facultés dans l’état de délire sera pris dans sa véritable signification, puisque nous établissons une fois pour toutes que le principe immatériel ne peut être altéré.
Quelle sera maintenant la méthode que nous suivrons dans l’étude des aberrations intellectuelles ? Cette méthode devra être très simple, et se déduire, pour ainsi dire, de notre profession de foi touchant le siège des maladies mentales.
§ I^*^. — Se la méthode à suivre dans cette étude.
Nous avons dit que si le cerveau était le siège des maladies mentales, il n’était pas toujours le siège de la cause de ces affections.
1° En effet, il n’existe pas, à notre connaissance, une seule lésion de l’organisme qui ne puisse réagir sympathiquement sur les fonctions cérébrales et amener en définitive un obstacle plus ou moins radical, plus ou moins permanent, au libre exercice des facultés intellectuelles. L’étude des causes ou Y étiologie devra donc précéder l’exposé des symptômes.
2° Tous les changements appréciables aux sens, survenus dans un organe ou dans quelques fonctions, et liés à l’existence de la maladie, sont considérés par nous comme un symptôme. Si la folie n’était pas une maladie, elle n’aurait pas de symptômes, mais nous avons suffisamment établi que l’aliénation mentale prise dans son acception la plus générale n’est que l’expression des conditions pathologiques qui s’établissent entre l’organisme malade et l’intelligence. Comment, encore une fois, serait-il possible de connaître ces conditions pathologiques, de les étudier, si elles ne se jévélaient pas à notre observation sous forme de changements appréciables aux sens (2). La symptomatologie de la folie, peut donc être faite au même point de vue que celle de toute autre maladie. Qu’il nous suffise
(1) Foville, omr. cil,. Introduction.
(2) <f Le symptôme est perçu par le sens, dit Chomel dans sa Pathologie générale; il ne devient signe que par une opération particulière de l’esprit. L’un appartient par conséquent au jugement et l’autre au sens. Le symptôme est appréciable pour tout le monde ; le médecin seul découvre des signes dans les symptômes. »
76 MÉTHODE A SUIVRE DANS l’ÉTUDE DE LA FOLIE,
de laisser entrevoir qu’elle offre une difficulté plus grande en ce sens qu’il ne s’agit pas seulement de tenir compte des changements pathologiques qui s’opèrent dans les fonctions corporelles, mais qu’il faut encore faire la part des changements non moins importants qui se passent dans la sphère des facultés intellectuelles et affectives.
S** Lorsqu’une cause déterminée a produit une lésion dans l’organisme, une perturbation dans nos fonctions, et que celte lésion et cette perturbation se sont révélées par des symptômes, le rôle du médecin ne fait que commencer lorsqu’il a constaté ces faits. Il se trouve en présence d’une maladie qui a son mode d’évolution , de développement, de déclin ou de terminaison. Il assiste à une succession non interrompue de troubles de l’ordre intellectuel, moral et physique qui constituent la maladie, et de symptômes qui la signalent.
L’affection se montre alors comme une entité pathologique spéciale avec ses caractères typiques. Tantôt le type est continu; dans d’autres circonstances, périodique ou intermittent ; enfin il peut être rémittent. Ces phénomènes s’observent dans le cours et la marche des maladies en général, y compris l’aliénation, qu’il ne faut en aucune façon distraire du cadre nosologique. La folie a pareillement sa marche aiguë ou chronique, et il existe une foule de circonstances qui modifient son cours ou le compliquent, qui rendent son délire général ou partiel, qui tantôt livrent le malade à l’exaltation et tantôt le plongent dans la dépression. Elle peut se terminer d’une manière heureuse ou fatale, et la théorie des crises lui est parfaitement applicable.
k° Quoique, dans un grand nombre de cas, la folie ne soit que la transformation d’une maladie ordinaire telle que la fièvre typhoïde, la méningite, etc., ou d’une névrose telle que l’hystérie, l’épilepsie ou l’hypochondrie, elle n’en existe pas moins avec un type qui lui est propre et qu’il est important de ne pas confondre avec un autre. En d’autres, le diagnostic de la folie est assis sur une base aussi solide que celle de toute autre affection de l’organisme, et son pronostic suscite les mêmes espérances et réveille les mêmes craintes. En outre, cette maladie a sa place incontestée dans le cadre nosologique, puisqu’il est possible de la guérir et de la prévenir, et que, dans le cas de terminaison fatale, elle se révèle encore par des lésions appréciables à nos sens.
La pathologie générale de la folie est renfermée dans le plan que nous venons de tracer. Nous aurons à nous occuper àQY étiologie de cette affection et de sa symptomatologie. V inimsion de la maladie, sa marche, les caractères divers qu’elle revêt, ses terminaisons, seront exposés par nous de manière que les médecins puissent se faire une idée des types prin-
Manière de considérer les causes.
clpaux de la folie, asseoir leur diagnostic et leur pronostic, et juger les relations qui existent entre cette affection et les lésions qu’on trouve après la mort. Nous réservons à la pathologie spéciale la description des diverses formes de la folie et l’indication des remèdes à employer. Ce que nous dirons du traitement général de la folie sera plutôt un exposé de la méthode qui doit nous guider dans le traitement d’une affection aussi difficile, que la prescription de remèdes particuliers. On comprend sans peine que les indications thérapeutiques spéciales trouveront leur place plus naturelle au lieu que nous avons indiqué. Quant à ce qui regarde le traitement général, ou, si l’on veut, l’exposé raisonné des différents agents de la thérapeutique physique et morale, nous comptons en faire le couronnement de notre œuvre. Ce que nous pourrons dire à ce sujet sera d’autant mieux compris et utilisé, que le lecteur sera plus familiarisé avec l’idée qu’il est possible de se faire de la nature des maladies mentales, de leurs formes diverses et de leur traitement spécial.