CHAPITRE IV
MALADIES DES SYSTÈMES CIRCULATOIRE, RESPIRATOIRE ET DIGESTIF, CONSIDÉRÉES COMME CAUSE D^ ALIÉNATION. DIATHÈSE SYPHILITIQUE , SCROFULEUSE , TUBER¬ CULEUSE , ALTÉRATIONS GÉNÉRALES DU SANG EXAMINÉES AU MÊME POINT DE VUE. PERTES SÉMINALES, ONANISME, EXCÈS VÉNÉRIENS, MALADIES SPÉCIALES de l’utérus et DE SES ANNEXES.
§ I*>^. — Considération.^ générales sur la manière d’interpréter l’action de ces causes.
11 est inutile d’insister sur l’inaportance étiologique des états maladifs dont nous venons de faire l’énumération,. mais il est bon de rattacher à quelques principes généraux l’étude dès phénomènes pathologiques issus de tant de causes diverses..
Il est incontestable qu’il n’est aucune des causes précitées qui ne puisse produire une maladie cérébrale à évolution complexe. J’entends par ces mots que le délire transitoire de quelques affections inflammatoires ou ataxiques, telles que pneumonie , phthisie, fièvre typhoïde, peut, sous certaines influences déterminées , se continuer avec les caractères d’une véritable aliénation mentale. Ôn observe dans ces cas une situation pathologique nouvelle qui nous offre, au point de vue du trouble des fonc-
(1) L’étude de l’élément rhumatismal dans ses rapports avec les maladies du cœur et les affections nerveuses prend un intérêt tout particulier dans les travaux des médecins modernes. Tout le monde connaît les travaux qui nnt été faits dans cette direction par le docteur Sée, à propos de l’étiologie de la chorée.
152 ÉTIOLOGIE. — MALADIES DES SYSTÈMES ClUCULATOIRlî, lUîSPIKATOlHE, ETC. tioiis nerveuses, ses périodes d’exacerbalioii et de rémittence, et, eu un mot, le cortège de tous les phénomènes qui accompagnent le désordre chronique et continu de la pensée ; délire systématique, hallucinations, tendances instinctives anormales , lésions des sentiments , altération profonde des grandes fonctions de l’économie.
Mais il ne suffit pas de dire que, sous certaines influences déterminées, le délire de la pneumonie, de la phthisie ou de toute autre affection, peut se constituer avec les caractères qui sont l’expression symptomatique d’une véritable aliénation mentale. Il s’agit de préciser ces influences et de les étudier dans leurs connexions avec la maladie qu’elles compliquent et qu’elles transforment , car le pronostic et le traitement de l’affection nouvelle ne nous offriraient , en dehors de cette manière d’observer, qu’incertitude ou déceptions. Quelques exemples vont démontrer la justesse de cette remarque.
Si l’on poursuit avec attention l’enchainement progressif et fatal de tous les phénomènes pathologiques qui , en dernière analyse , déterminent l’aliénation mentale, on voit qu’il est rare que telle ou telle cause de l’orch’e physique ou moral agisse dans [‘indépendance de son action. Sans doute, il n’est pas de règles sans exception. J’ai vu, pour ma part, et j’en ai cité des exemples, j’ai vu des accès de fièvre intermittente, des rhumatismes articulaires, des pneumonies et des fièvres typhoïdes bien franches et indépendantes de toute autre influence, causer la folie; mais encore une fois , l’évolution progressive des phénomènes pathologiques tient le plus ordinairement à un ordre de faits complexes sur lesquels il est important d’insister.
Un officier d’administration que distinguaient d’éminentes facultés intellectuelles , avait contracté en Algérie une de ces dysentéries si communes dans ce pays, et que complique ordinairement un délire des plus intenses. Après avoir échappé au danger d’une mort imminente, ce militaire, malgré l’état de marasme où l’avait plongé sa maladie, fut pris d’un délire furieux que l’on ne parvint à apaiser que grâce à l’emploi de l’opium à doses progressives. Toutefois, malgré la sédation cjui suivit ce traitement, l’intelligence ne s’exerçait plus avec rectitude, et la faiblesse notoire des facultés, chez ce militaire, nécessita un congé; l’officier fut ramené en France et confié à mes soins. Les actes anormaux du malade avaient alors un caractère spécial et qui se rattachait au délire propre aux hypochondriaques. Il était poursuivi par de sombres préoccupations, et avait pris en mésaffection une femme qui s’était dévouée pour lui et un enfant qu’il adorait avant sa funeste maladie. A des refus obstinés démanger, basés sur des craintes d’empoisonnement , succédaient une
CONSI ÜÉliATiaNS GÉNÉtULES. — MANIÈRE u’iNTEIIFUÉTER LES CAUSES. 153 voracité dégoûtante et des écarts de régime qui ramenaient la diarrhée et les accidents dysentériques. Tantôt cet aliéné, sous l’influence d’un changement subit de sentiments, déplorait son état et se laissait aller avec effusion de larmes à des retours de tendresse qui ramenaient l’espoir dans le cœur de son épouse ; tantôt , transporté d’une fureur soudaine , il se livrait envers cette malheureuse aux actes de la plus déplorable violence; sa vie fut plusieurs fois exposée aux plus grands dangers, car dans sa folie, cet insensé ne se séparait pas de ses armes, et sa chambre était transformée en un véritable arsenal. Il n’y avait donc plus à hésiter sur l’opportunité dé l’isolement, et le malade fut transporté dans l’asile dont j’avais la direction médicale.
Au moment où je le vis pour la première fois, je fus frappé de l’excessive irritabilité qui dominait les actes, de ce malade. La dysentérie et les accidents consécutifs avaient exagéré les dispositions d’un tempérament nerveux à l’excès. M, X... ne supportait aucune observation ; il était bref et impérieux dans ses réponses^ souvent il refusait de parler, et ce n’est qu’à grand’peine qu’il se soumettait à l’ordre et à la discipline qui font la base du traitement moral dans les asiles d’aliénés. Poussé néanmoins dans ses derniers retranchements , il dut céder aux exigences de sa nouvelle position , et la nature hypochondriaque de la maladie se dessina bientôt sous son véritable jour. Tantôt M. X... ne voulait plus parler, l’état de souffrance de son larynx en était la cause ; une autre fois, les extrémités inférieures lui refusaient tout service, et quand nous insistions pour lui faire prendre un exercice nécessaire, il s’obstinait à marcher sur ses talons en nous reprochant notre dureté à son égard.
Je n’entrerai pas dans des détails plus intimes sur les variations d’une existence hypochondriaque dont nous aurons à énumérer ultérieurement les caractères protéiformes, à propos du délire spécial des individus affectés de cette névrose. Qu’il nous suffise de dire que chez ce malade se trouvaient réunis tous les symptômes de cette affection nerveuse lorsqu’elle dégénéra en folie systématique. Arrivé au point d’évolution que je décris, l’état de M. X... n’avait plus avec la dysentérie primitive que des rapports très éloignés. Sans doute, la dysentérie contractée en Afrique était la cause déterminante de l’àffection nerveuse que nous avons sous les yeux, mais si maintenant' nous voulons marcher avec plus de sûreté dans la voie du diagnostic, du pronostic et du traitement, il est nécessaire que nous tenions compte de cet ensemble ù’ influences déterminées que j’ai signalées ci-dessus, et que nous pouvons désigner sous le nom de omises mixtes. Je vais dire comment , dans la circonstance présente ,
154 ÉTIOLOGIE. — MALADIES DES SYSTÈMES CIRCULATOIUE, UESPIRATOIRE, ETC. nous avons été amené à poser un pronostic fatal qui s’est malheureusement vérifié dans toutes ses parties.
M. X...., avons-nous dit, était doué de grandes facultés intellectuelles, il avait fait de brillantes études, et sa carrière militaire s’ouvrait sous les plus heureux auspices. Toutefois, lorsque nous apprîmes les circonstances qui imprimaient à la maladie un cachet si particulier, nous dûmes être singulièrement réservé sur le pronostic. Né d’une mère excentrique et bizarre, ce malade, dès l’âge le plus tendre, avait présenté les attributs du tempérament nerveux poussé àl’extrême. Il avait de violents emportements et délirait sous Y influence de la moindre maladie. Arrivé à l’âge adulte, son caractère,- loin de se réformer, se présentait sous un jour de plus en plus fâcheux. Susceptible au delà de toute expression, M. X.... se croyait en butte à des vexations imaginaires, et il avait, dans ses habitudes privées, le tempérament propre aux aliénés affligés du délire des persécutions. 11 était en outre excessivement préoccupé des soins de sa santé, et son état hypochondriaque était un fait connu de tous ses camarades. Il eut dans sa vie de nombreux duels, et l’on dut un jour lui faire l’extraction d’une balle implantée dans la cuisse... M. X... fut, à cette occasion, atteint d’une fièvre de longue durée, que l’on désigna sous le nom de fièvre nerveuse; mais lorsque l’on connaît le soin avec lequel les familles cachent les accès antérieurs de folie chez leurs parents, on ne peut se méprendre sur la signification réelle de ce mot.
En résumé, dans l’observation que je viens de présenter avec quelques détails, il est évident que la dysentérie n’était pas la cause unique de l’ali^ nation. Il existait chez ce malade des prédispositions antérieures et un véritable état d’incubation de la folie. Pour se présenter avec l’ensemble et la complexité de ses symptômes, il n’était besoin que d’une cause occasionnelle quelconque. Or, nous voyons que la dysentérie a provoqué une série de troubles intellectuels qui auraient pu être déterminés par une toute autre cause, soit de l’ordre physique, soit de l’ordre moral, et c’est précisément la connaissance acquise des antécédents de ce malade qui nous fit porter un pronostic des plus défavorables.
Les réflexions que fait naître cette observation peuvent s’appliquer à une foule de situations mentales qui sont le résultat incontestable de plusieurs causes réunies, quoique d’ordinaire on ne signale que celle qui a dominé la situation finale et provoqué l’isolement dans une maison de santé ou dans un asile d’aliénés. Il est vrai de dire que c’est ordinairement cette cause ultime qui a provoqué la folie qui existait à l’état latent, mais il n’en est pas moins incontestable que la valeur du pronostic se déduit des antécédents du malade et des circonstances variées qui le ren-
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. — MANIÈRE d’iNTERPRÉïER LES CAUSES, 155 dent plus apte à délirer que tout autre individu. On peut se convaincre de la vérité de ces assertions en lisant l’ouvrage du médecin qui a le plus contribué pour sa part à faire ressortir les rapports qui existent entre la folie et les maladies de l’organisme, je veux parler du savant docteur Jacobi. Que l’on analyse successivement les observations que renferme son Traité des formes principales de la folie, et l’on sera convaincu que, loin d’offrir la prédominance d’une cause spéciale, chacun des grands faits pathologiques que l’auteur expose dans tous leurs développements nous présente au contraire un ensemble de causes qui s’engendrent et se commandent successivement, et déterminent une maladie aux formes les plus complexes. Nous voyons dans ces intéressantes études ùn autre phénomène dont les pathologistes comprendront la valeur, je veux parler des diverses périodes délirantes que l’on remarque dans l’existence d’un individu, et dont les caractères fortement tranchés font ressortir l’influence de telle cause plutôt que de telle autre.
A. Il s’agit d’abord d’une femme maniaque âgée de trente-six ans, qui, à l’âge de quinze ans, fut affectée d’une fièvre typhoïde qui lui laissa, ainsi que cela se voit assez souvent, un affaiblissement notable des facultés. A. l’âge de trente-six ans elle accouche, et trois jours après il se déclare une pleurésie avec complication d’un délire, un véritable accès maniaque de longue durée. Dans la période chronique de cette situation mentale , elle redevient enceinte , et la grossesse juge l’état maniaque. La femme guérit. Quelques jours après ses nouvelles couches, cette femme fait un excès de boisson pour fêter sa délivrance ; nouvel accès de manie qui cette fois offre des péripéties diverses et des complications en rapport, d’une part avec l’hypertrophie du ventricule gauche du cœur, et de l’autre avec une irritabilité excessive de la matrice, le tout compliqué de chloro-anémie et d’aménorrhée. Après avôir parcouru des phases diverses avec des exacerbations et des rémissions, cette femme n’entre en voie de guérison que du moment où, grâce à un régime tonique et réparateur, elle récupère toute l’activité de ses fonctions nutritives.
B. C’est un individu âgé de vingt-huit ans, et dans la famille duquel il y a des ascendants et des collatéraux aliénés. 11 présente de bonne heure des bizarreries dans le caractère et peu de solidité du jugement. Après des discussions d’intérêt avec les siens, il s’engage dans l’état militaire et fait des excès bachiques et vénériens.. . . Il souffre d’un premier accès d’hypochondrie avec l’idée fixe qu’il a une intoxication syphilitique. Plus tard, il a un procès avec son père et il manque un mariage. Les tendances à l’excitation maniaque se formulent de jour en jour avec plus d’intensité, et une crise très violente se produit. Le traitement offre des
i56 ÉTIOLOGIE. -T- MALADIES DES SYSTÈMES ClRCÜLATOmE, RESPIRATOIRE, Eïc. difficultés extrêraes à cause de l’érétliisme des fonctions génitales et des habitudes onanistiques effrénées de ce malade. Les exacerbations maniaques font place à des états dépressifs avec affaiblissement très grand des facultés et symptômes de démence. Les indications thérapeutiques sont toutes dirigées dans le sens d’une régénération des fonctions nutritives, et ce n’est qu’après deux ans d’un traitement méthodique que l’on constate une amélioration notable.
C. Chez une fille de vingt-cinq ans, d’une intelligence distinguée et remarquable par ses qualités morales, on constate un tempérament phthisique. La menstruation est irrégulière depuis l’âge de seize ans et l’invasion d’une fièvre typhoïde vers cette époque la laisse sujette pendant longtemps à des douleurs abdominales et à des dérangements marqués du côté des fonctions digestives. Elle a des dispositions aux catarrhes et aux crachements de sang. A vingt-cinq ans, elle fut prise d’une fièvre catarrhale qui nécessita des sangsues coup sur coup. Ce n’est que plus tard, après un refroidissement qui arrêta le flux menstruel, que l’on constata une grande exaltation avec délire. La première période de cette affection nerveuse présente les caractères du sommeil magnétique naturel, et la malade étonne les assistants par ses observations sur les absents qu’elle évoque devant elle, ainsi que par ses pressentiments. Mais à cette situation succéda un véritable accès de manie avec trouble général dans les idées et désordre extrême dans les actes. Cet accès fut suivi d’une dépression extraordinaire avec symptômes de- démence, et les excitants les plus énergiques restèrent sans résultat. La guérison s’opéra plus tard, grâce à une médication qui rétablit les fonctions de la peau (1).
Ces observations préliminaires suffisent pour démontrer la vérité de ce que nous disions sur la manière dont il faut considérer l’action des causes. Étudiées dans leur isolement, elles ne nous dévoilent qu’un des côtés de la situation pathologique ; considérées dans leur enchaînement successif, elles nous démontrent que l’aliénation mentale n’est pas un phénomène pathologique isolé, un de ces états maladifs temporaires qui se dissipent toujours avec la cause qui l’a déterminé. C’est de longue main que se préparent les éléments qui vont imprimer à telle ou telle cause, soit de l’ordre physique, soit de l’ordre moral, le caractère déterminant de son activité. Il ne suffit pas de citer telle ou telle cause physique ou morale qui aurait agi dans le sens d’une manifestation délirante quelconque, il faut encore se rendre compte des dispositions de l’individu à contracter la folie sous l’influence de telle ou telle cause.
(I) .lacobi, Hauptformen, etc., observ. 4, 24 et 28.
ALTÉRATIONS DU SANG.— TROUBLES DE LA CIRCULATION. Iâ7
En dehors de cette manière de voir, ainsi que nous l’avons déjà dit , le pronostic et le traitement des affections mentales seraient enveloppés d’une grande incertitude , et un empirisme aveugle dominerait la situation. Nous allons entrer maintenant dans quelques détails sur l’action des causes isolées ; mais, encore une fois, ce que nous aurons à dire pour les cas particuliers doit se rattacher à l’esprit qui a dicté ces considérations générales.
§ II. — Alterations du sang. Troubles de la circulation artérielle ou veineuse.
Bu sang. — Les différentes altérations du sang, les dyscrasies, ainsi que les appelle le docteur Griesinger, doivent incontestablement être regardées comme cause d’aliénation mentale. L’alimentation exclusive ou insuffisante, les intoxications par l’alcool, par les miasmes paludéens, par le virus syphilitique et par une foule d’agents employés dans l’industrie, peuvent amener des troubles sensoriaux divers, des hallucinations spéciales , dont l’explication ne saurait être trouvée que dans les influences délétères exercées sur le sang et consécutivement sur le système nerveux. A quel autre ordre de causes serait-il piossible de rattacher les troubles nerveux que l’on observe dans la chloro-anémie et dans les différentes diathèses tuberculeuse, scorbutique, scrofuleuse, -cancéreuse et autres ?
Dans un travail intitulé : Influences des altérations du sang et des modificalions de la circulation sur le système nerveux, M! Félix Boureau, interne des hôpitaux de Paris, s’attache à prouver que, chez les hallucinés, les troubles dans la constitution physico-chimique du sang se mêlent souvent à l’altération sensoriale. « Les uns, dit ce jeune médecin , sont chlorotiques ou anémiques ; d’autres présentent tous les symptômes de la pléthore, tandis que certains joignent au délire une maladie organique. Dans ces différents cas , ce serait se tromper que de mettre l’altération du sang sous la dépendance de l’affection nerveuse , car les désordres nerveux sont presque toujours produits , comme le prouve l’observation , par la lésion du liquide circulatoire.. ... C’est en effet par l’observation, ditM. Boureau, et grâce à l’autorité des faits, que j’ai été amené à conclure que le sang est toujours un puissant modificateur du système nerveux ; Sanguis frenat nervos, disait Hippocrate. Le délire sensorial peut tenir d’abord à la composition anormale du liquide sanguin , ou bien à des modifications apportées à son cours , en même temps qu’à des conditions physiologiques. Au premier de ces deux états se rattachent la chlorose , l’anémie , la chloro-anémie, et toutes les affec-
ÉTIOLOGIE. — Maladies du coeur.
lions où l’on trouve une augmentation ou une diminution dans les globules du sang; et, dans le second cas, viennent se grouper les affections inflammatoires aiguës ou chroniques, et toutes celles où le cours du sang est perverti , et dans lesquelles on rencontre une augmentation de la
fibrine . Quant à savoir dans quelle partie du système nerveux la
diminution ou l’augmentation des globules du sang amène ainsi des troubles, la physiologie expérimentale peut seule l’apprendre (1) . »
Ces considérations, appuyées sur l’observation d’un grand nombre d’individus dont la folie se compliquait d’hallucinations de la vue et de l’ouïe, amènent M. Boureau à catégoriser les cas dans lesquels on observe ce dernier phénomène maladif.
1° Il existe, dit-il, des hallucinations ayant pour cause une augmentation des globules du sang au delà de la limite de l’état physiologique; pléthore, congestions qui se rapportent à la pléthore.
2° Il en est d’autres qui ont leur origine dans l’abaissement des globules du sang: anémie, chlorose, chloro-anémie, chloro-hystérie, tubercules à l'état de crudité, hémorrhagies passives, amaigrissement anémique, palpitations, dyspepsies.
3“ L’introduction des substances toxiques dans le sang , avec diminution des globules dans ce liquide , produit une autre variété d’hallucinations.
k° Les changements brusques opérés dans l’économie (âge critique), les inflammations aiguës avec augmentation dans la fibrine et diminution dans les globules du sang (tubercules ramollis), peuvent être aussi une cause de troubles dans les fonctions nerveuses.
Enfin , personne ne peut mettre en doute que , dans la manifestation des maladies nerveuses , il est une cause qui doit être prise en sérieuse considération , je veux parler des troubles de la circulation qui résultent d’une lésion chronique du cœur (rétrécissement aortique, hypertrophie).
§ ZIZ. — Maladies du cœur.
La grande quantité d’affections du système circulatoire central quej’ai rencontrées chez les malades aliénés de nos asiles m’a fait penser, à juste titre, que les maladies du cœur entraient pour une large part dans l’étiologie des affections mentales.
Chez un de nos aliénés, sujet à des exacerbations maniaques avec prédominance de l’idée qu’il avait dans la poitrine un animal qui lui rongeait le cœur, existait, ainsi que l’autopsie l’a démontré, une hyper-
(1) Annales médico-psychologiques, t. XVIII, p, 555.
DES DÉLIRES. — RAPPORT AVEC LES AFFECTIONS DU CŒUR. 159 tropliie de cet oi’gane avec une insuffisance de l’orifice auriculo-ventriculaire.
On comprend la périodicité dans les exacerbations de nos malades affligés de maladies du cœur ; hypertrophie^ insuffisance de Vorifice aurieuloventriculaire. Ces accès périodiques sont toujours en rapport avec une diffi,culté plus grande de respirer, un état d’œdème ou d’infiltration des membres inférieurs, une inquiétude et parfois une irritabilité indicible. J’ai remarqué chez ces mêmes malades le retour périodique d’idées systématiques bizarres, des tendances hypochondriaques, et souvent j’ai constaté des hallucinations spéciales qui surgissaient avec l’augmentation del’obstacle à la circulation et avec la congestion cérébrale qui en était la suite. Ces hallucinations sont ordinairement d’une nature terrifiante, et cela ne doit pas étonner. On sait, dit M. Saucerotte, quelle forte secousse le battement des artères occasionne dans la masse encéphalique, et l’on conçoit, à priori, quel trouble doit résulter dans le travail de l’intelligence de chocs violents, répétés avec une fréquence anormale sur l’organe dans lequel s’élaborent nos idées. Ajoutez à cela la perturbation que doit produire dans la stimulation physiologique et la nutrition de cet organe, un sang qui ne peut être ainsi précipité dans son cours sans avoir subi de profondes modifications dans sa constitution intime, . .
Il est incontestable que lorsque la symptomatologie des maladies physiques sera étudiée à un point de vue qui comprendra non-seulement les troubles des fonctions physiologiques, mais encore les influences que ces maladies exercent sur l’intelligence et les sentiments, on ne soit frappé du rôle qu’exercent les maladies du cœur dans la pathogénie des affections mentales. Parmi les auteurs qui se sont occupés dans ces derniers temps des rapports des maladies du cœur avec les troubles de la pensée, M. le docteur Saucerotte remarque avec justesse à quel point les individus sujets à une affection aussi grave s’irritent et s’impressionnent avec facilité, se laissent aisément emporter à la fougue d’une première impulsion, d’une colère irréfléchie, et s’émeuvent au point de trembler dans des circonstances où d’autres garderaient leur sang-froid (1).
' « On pourrait objecter, dit M. le docteur Saucerotte, que le cerveau, en
(1) De l’influence des maladies du cœur sur les facultés intellecluelles et morales de l’homme, T^a-v Saucerotte (Annales médico-psychologiques, t. IV, p. 172). On peut consulter sur ce sujet la plupart des médecins aliénistes, et surtout le Journal de Nasse, année 1811, p. 49. Un excellent article de Lippich se trouve dans le recueil intitulé : Oestreichische Jahrhücher, 1842, juillet, p. 32, et l’auteur veut que ces maladies soient surtout très fréquentes en Italie. Il existe aussi un travail sur cet important sujet, par Burrows ; Influence des maladies aiguës du cœur sur les affections du cerveau et de la moelle (voyez Gazette médicale, 1843, n® 50).
ÉTIOLOGIE. — maladies DU COEUR. — HYPERTROPHIE,
réagissant violemment sur le cœur, en provoquant des palpitations fréquentes, (les troubles variés dans la circulation, a fini par développer chez ces individus une surexcitation morbide de l’organe central de la circulation, et par suite le genre de lésions que nous signalons ici... Cette explication serait assez spécieuse, dit cet auteur, si elle n’était démentie par le fait de l'existence congénitale de cette hypertrophie. . . »
Je pense toutefois que l’opinion de ce médecin souffre de nombreuses exceptions; il a cité, pour ce qui le regarde, des faits fort intéressants de troubles des facultés intellectuelles avec hypertrophie du cœur (1), mais je
(1, Je résumerai ici les principales observations de M. SauceroUe, pour démontrer à quel point les idées délirantes des malades, leurs actes excentriques, leurs idées maladives, et tout ce qui les constitue en un mot comme êtres souffrants au moral, sont en rapport avec telle ou telle lésion de l’organisme.
a. Un ancien militaire, que j’ai connu d’une manière intime, souffrait d’une hypertrophie du cœur avec dilatation des ventricules. 11 eut, quelques années avant sa mort, des exacerbations violentes avec un dérangement singulier des facultés mentales. Il avait des révélations et se croyait destiné à sauver la France. Un jour, il eut une vision. Une voix d’en haut lui enjoignait de déposer entre les mains d’un prince de la famille royale une huile sainte qui devait assurer le bonheur de la dynastie et celui de la France.
b. Ce sont deux frères dont la mère est morte d’une maladie du cœur, mais avec la conservation parfaite de son intelligence, lis ont l’un et l’autre des visions et des hallucinations d’une nature effrayante. L’un d’eux tombe dans une sombre mélancolie avec prédominance d’idées de persécution, et il finit par le suicide. A l’autopsie, pas d’autres symptômes qu’une hypertrophie du cœur et un rétrécissement des orifices à un degré peu avancé.
c. Profonde tristesse, chez un individu; ennemis acharnés à sa perte; passe des journées la tête appuyée dans les mains ; meurt dans un état de consomption morale. Le fils de cet individu souffre de la même affection : hypertrophie du cœur gauche ; est tourmenté par des cauchemars et poursuivi par des apparitions et par des terreurs fatigantes.
d. Une tante de ce jeune homme, du côté paternel, est également atteinte, à l’âge de retour, des symptômes d’une hypertrophie assez avancée du ventricule gauche — Inquiétudes continuelles ; croit que ses enfants la ruinent ; qu’elle est en butte à des dangers et à des persécutions qui ne sont qu’imaginaires.
e. Chez une dame de quatre-vingts ans, atteinte depuis plus de vingt années d’une hypertrophie assez considérable du cœur gauche : dérangement intermittent des facultés correspondant aux exacerbations de la maladie et à la suite desquelles son caractère est devenu très irritable, son humeur sombre. Terreurs continuelles, défiance inaccoutumée envers ceux qui l’entourent ; se croit menacée par les voleurs ; a des apparitions nocturnes qui troublent son repos.
Je pourrais citer d’autres observations, mais on voit, quelle singulière coïncidence existe entre les maladies du cœur et les affections d’une nature triste et les hallucinations d’un caractère terrifiant, certaines idées systématiques, bizarres Beaucoup de
suicides ne reconnaissent pas d’autres causes, et surtout de ces suicides instantanés, subits, imprévus, qui pourraient jeter des doutes sur la moralité antérieure des malades, qui ne sont autres que les plus malheureux de tous les êtres souffrants.
P.NEUAlONtE. — DÉLIUE. — ALIÉNATION*.
ne mets pas en doute que sous rinfluence des atfections morales et en dehors de toute maladie organique antérieure, on ne rencontre souvent l’hypertrophie du cœur avec dilatation des ventricules comme conséquence des émotions et des souffrances d’un ordre exclusivement moral, et auxquelles on donne généralement le nom de 'peines de cœur.
§ IV. — Pneumonie.
Parmi les accidents cérébraux qui peuvent compliquer la pneumonie, dit M. Grisolle, le délire est assurément un des plus fréquents et un des plus graves. Ce phénomène, ajoute ce savant professeur, offre de l’importance non-seulement parce qu’il est dû à des causes diverses, qui présentent souvent des indications opposées, mais encore parce qu’il peut, dans certains cas, donner le change sur la maladie et faire croire à une affection cérébrale là où existe une pneumonie (1 ) .
Chez une femme de soixante-cinq ans, affectée d’une pneumonie du lobe gauche du poumon, M. Grisolle eut occasion d’observer un délire maniaque des plus furieux. Cette femme vociférait et faisait des mouvements tellement désordonnés, qu’on fut obligé de la mettre dans une chambre de force. Quoique le délire n’eût duré que deux fois quarante-huit heures et qu’il eût cédé à la médication contro-stimulante, cette observation n’en est pas moins remarquable en ce qu’elle présente à la fois un exemple de pneumonie latente par exagération des phénomènes sympathiques et de délire maniaque compliquant la pneumonie. Ce délire en effet était porté à un si haut degré, que, lors de l’entrée de cette femme à l’hôpital, il fit croire à une manie aiguë, et que le matin, lors de la visite, le mouvement fébrile qui existait fut le seul phénomène qui fit insister M. Grisolle pour un examen complet delà malade, examen qui ne tarda pas à faire découvrir la pneumonie. De là résulte la nécessité constante d’une exploration sérieuse des organes dans tous les cas de délire survenant chez les personnes âgées, nécessité d’autant plus marquée, qu’il n’est pas rare de voir transporter dans des asiles d’aliénés des individus qui ne sont affectés que d’une folie passagère, développée pendant la période aiguë ou pendant la résolution d’une pneumonie qui se dissipe rapidement (Thore et Aubanel, Maladies incidentes des aliénés).
11 est bon de faire remarquer que le délire compliqué de pneumonie n’est pas toujours un fait isolé, et qu’il a encore une autre cause comme chez les individus atteints d’intoxication alcoolique. Dans les hôpitaux
, (1) rju délire dans la pneumonie : Leçons cliniques de M. Grisolle {Union médicale, 20 janvier 1848).
162 ÉTIOLOGIE.— PHTHISIE.— 1-TÈVftE TYPHOÏDE.— CHOLÉRA,
des grandes villes surtout, on peut compter qu’un tiers des pneumoniques atteints de délire sont des ivrognes, et sur douze malades dont M. Briquet a rapporté les observations, quatre faisaient abus de liqueurs alcooliques.
L’observation n’a pas confirmé que les pneumonies du sommet fussent plus souvent compliquées de délire que les pneumonies de la base et des lobes moyens ; mais ce qui est certain, c’est que les pneumonies doubles et étendues sont plus souvent accompagnées de délire que celles qui sont simples et limitées. Il faut encore, dans l’intérêt du pronostic et du traitement, faire la part d’autres conditions pathologiques qui peuvent compliquer le délire de la pneumonie. Nous avons parlé de l’intoxication alcoolique, mais des causes morales préexistantes peuvent influer sur la nature du délire, ainsi que cela se voit dans les suites découches et dans d’autres affections somatiques. Le délire dans les affections du poumon s’observe plus chez l’homme que chez la femme dans les proportions de 21 à 6. On le rencontre en général dans un âge avancé, entre cinquante et soixante ans. Sur 26 malades du service de M. Grisolle, 3 seulement étaient au-dessous de quarante ans. MM. Hourmann et Dechambre rapportent que chez les vieilles femmes de la Salpêtrière, le délire accompagne ordinairement la pneumonie. Ce délire offre des formes assez variables : tantôt c’est un délire tranquille marqué par un peu de divagation et d’incohérence dans les idées ; on peut encore fixer l’attention des malades et obtenir des réponses sensées. D’autres fois il y a un délire furieux, des vociférations et une agitation extrême. Quand le délire de la pneumonie n’est pas le résultat de complications diverses, il peut, grâce à une médication rationnelle , se juger du sixième au septième jour; mais il arrive souvent que le délire prend un type chronique avec systématisation délirante, et qu’il est alors nécessaire de conduire les malades dans un asile d’aliénés (1).
§ V. — Phthiiie. Fièvre typhoïde. Choléra.
Phthisie. — Les différentes périodes d’évolution de la phthisie pulmonaire peuvehtamener certaines perturbations intellectuelles dont le carac-
(1) La pneumonie complique souvent l’état mental des aliénés dans les asiles, et la plupart du temps cette affection est un phénomène terminal de l’existence de ces malades. J’ai vu cependant la pneumonie servir de crise et amener la cessation d’un délire hystérique des plus graves , puisqu’il y avait érotomanie chez la malade. M. Jacobi rapporte beaucoup de cas de complication de troubles intellectuels avec pneumonie. Dans Vünion médicale du 5 août 1 856, M. le docteur Rouyer rapporte un cas très remarquable de délire furieux dans la pneumonie, qui, après avoir été traité pendant six jours sans succès par les saignées et l’émétique, céda à l’emploi de la vératrine.
PHTHISIE.— DÉLIRÉ.— aliénation. 163
tère est ordinairement en rapport avec le degré plus ou moins avancé de la maladie. Ihi’est pas étonnant que certaines bizarreries, certaines tristesses passagères , chez des individus victimes d’une diathèse tuberculeuse, passent inaperçues. Ce n’est souvent que dans la dernière période de l’affection tuberculeuse, et lorsquele malade est épuisé par des épistaxis, des hémoptysies et des hémorrhagies, que le délire éclate, et souvent alors avec une violence extrême.
On lit dans les Annales de la Société médicale de la Flandre occidentale (novembre 1847) que, deux jours avant sa mort, un jeune homme de vingt-neuf ans, arrivé au dernier degré de la phthisie, fut tout à coup pris de délire furieux. A l’autopsie, on trouva, au tiers supérieur et antérieur du poumon gauche, un abcès unique du volume d’un œuf de pigeon, et dont l’ouverture donna lieu à l’écoulement d’un pus épais et verdâtre. Autour du foyer existaient des signes non équivoques d’un travail inflammatoire local. Ms qu’adhérences et fausses membranes.
j’ai cité ce fait comme un exemple de délire aigu dans les derniers jours des phthisiques, et il n’est pas de médecin qui n’en ait observé de pareils. Toutefois il est bon que l’attention des médecins praticiens soit portée sur certains états névropathiquës compliqués de tristesse, de morosité, de bizarreries dans le caractère, et pour lesquels ils peuvent être consultés.
Chez une femme âgée de trente-deux à trente-trois ans, mère de huit enfants, on attribuait à l’épuisementoausé par des accouchements Successifs et par des fausses couches un état de prostration des forces intellectuélles. L’état mental s’expliquait d’autant mieux, que de sérieuses préoccupations d’avenir compliquaient la situation, et pouvaient rendre compte de cette tristesse anormale. Lorsque cette malade fut confiée à mes soins, elle avait une toux sèche et sans expectoration ; mais comme elle disait avoir craché du sang et qu’elle était épuisée par des transpirations nocturnes, j’explorai avec soin les organes de la respiration. Unè légère matité à la partie supérieure du poumon et un peu plus de rudesse dans le souffle bronchique furent les seuls symptômes appréciables du moment. Je dois avouer qu’une amélioration notable produite par Fiodure de potassium, par le repos et les soins hygiéniques, me fit porter, après quelques semaines de traitement, un pronostic plus favorable que celui que m’avait dicté la première inspection de la malade. La gaieté était revenue avec la réapparition des forces, la disparition de la toux et des sueurs nocturnes. D’un autre côté, un revirement très heureux opéré dans la fortune de cette aliénée avait dissipé les noirs pressentiments qui la tourmentaient. Après trois mois de traitement, je renvoyai notre malade dans des conditions qui pouvaient me faire espérer une guérison complète ; mais mon
164 ÉTIOLOGIE. — Ou DÉLIRE D.\NS LA PHTHL'IE.
espérance devait être cruellement déçue. Neuf mois environ après sa sortie, cette femme me fut ramenée dans un état désespéré. La tuberculisation que je n’avais observée que dans sa phase initiale, et que je croyais enrayée dans sa marche, avait fait des progrès effrayants ; il existait une caverne à la partie supérieure du poumon droit, et l’état mental de la malade était en rapport avec le degré avancé de l’affection .
Ce n’était plus maintenant une mélancolie à forme douce et tranquille que nous avions sous les yeux, mais l’exacerbation la plus furieuse sans prédominance d’un délire spécial caractérisait l’état actuel de cette malheureuse aliénée. Elle vécut trois mois encore dans cette déplorable situation ; il y eut quelques moments de rémission, mais après chaque nouvelle hémoptysie, et il y en eut de fréquentes, le délire général, avec agitation excessive et vociférations incessantes, était le spectacle que nous avions sous les yeux. La malade mourut dans le marasme le plus complet, et l’autopsie nous révéla tous les signes de la phthisie arrivée à son dernier degré, sans qu’il fût possible de constater dans le cerveau autre chose qu’une injection plus forte des membranes et une légère hypérémie de la surface de cet organe.
Si je parcours les observations que renferment les ouvrages des aliénistes, et si je recueille mes propres souvenirs, je vois que si la mélancolie est la compagne à peu près inséparable de la tuberculisation commençante, l’exacerbation maniaque caractérise ordinairement les dernières phases de l’existence chez les aliénés phthisiques (1 ).
On peut jusqu’à un certain point se rendre compte de ces phénoniènes, en songeant aux désordres que doit amener dans la circulation du cerveau et dans la nutrition de cet organe la difficulté plus ou moins grande de la respiration. Dans d’autres circonstances, il n’est pas douteux, l’anatomie pathologique le prouve, du reste, suffisamment, que l’excitation ne dépende parfois d’une méningite tuberculeuse à forme très insidieuse.
«(1) Les observations xxv et xxvi de l’ouvrage de M. le docteur Jacobi nous en offrent deux exemples remarquables.
Une jeune fille offre, à vingt et un ans, les premiers symptômes d’une affection pulmonaire. A vingt-trois ans, après un violent chagrin , elle eût un accès de manie. Sept mois après, elle est reçue à l’asile, dans la troisième péridde de son affection tuberculeuse, et meurt après quelques jours, en proie à un délire bruyant et continu, sans prédominance d’idées systématiques spéciales.
Un jeune homme, arrivé à l’âge de vingt-deux ans, avait déjà eu de fréquentes épistaxis et des hémoptysies. Il avait été épuisé par de fréquentes saignées, et son caractère était bizarre, morose, triste’ et fantasque. L’absence de sommeil et une excitation particulière furent les symptômes précurseurs d’un violent accès de manie pour lequel on le transporta à l’asile de Siegbourg , et il mourut pareillement dans le marasme et le délire.