‹ Traité des maladies mentalesChapitre 72 sur 306 · ÉTIOLOGIE.— FIÈVRE TYPHOÏDE.— DÉLIRE , ETC · texte numérisé non relu

ÉTIOLOGIE.— FIÈVRE TYPHOÏDE.— DÉLIRE , ETC

ses dents ; toutefois, jamais il ne refusa de lioire, et jamais l’aspect de l’eau n’augmenta son agitation et ses convulsions. Il y avait chez ce jeune malade de fréquents retours de délire furieux ; il ne ménageait personne, et ses parents et voisins étaient l’objet de ses plus violentes injures ; plusieurs fois il chercha à les mordre, et de sa bouche coulait une salive écumeuse. On fut obligé souvent de l’attacher; ses accès de délire étaient suivis d’abattement et de calme, et souvent même de quelques heures de sommeil. Il lui arriva, dans ses moments de rémission, de demander pardon aux personnes qu’il avait injuriées ou menacées. Cependant les accidents ordinaires de la fièvre typhoïde continuaient ; le pouls battait 110 à 120 pulsatiops; la langue était sèche; il y avait du dévoiement et du ballonnement du ventre. Les applications de sangsues derrière les oreilles, le sulfate de quinine à l’intérieur et les potions éthérées, ne modifièrent en rien le délire, et le médecin dut se borner à diriger l’alimentation et à donner quelques toniques. Ce n’est que le vingt-sixième jour, et alors que l’état du malade était des plus alarmants, qu’il y eut un peu de rémission dans le délire ; la convalescence s’établit péniblement, mais enfin le jeune honmie finit par guérir, et sa raison demeura intacte.

C’est là, je l’avoue, un exemple assez rare de complication de la fièvre typhoïde; j’ai vu souvent le délire des typhoïdiques tantôt calme {subdélire), tantôt agité, exalté et poussé même jusqu’à la fureur, mais je n’ai jamais observé cet état convulsif qui me paraît se rapprocher de l’épilepsie. La complication d’un délire furieux et continu est souvent une chose fâcheuse, et M. le docteur Baillarger, sous le titre de Fièvre typhoïde simulant l'aliénation mentale, en cite deux exemples remarquables (1).

(1) Annales médico-psychologiques, t. II, p. 147. Quoique la maladie n’ait duré que vingt jours dans le premier cas, et sept dans le second, je ne vois pas quelle différence il serait possible d’établir entre ces sortes de délires et celui que l’on observe dans quelques cas de folie aiguë. La première de ces malades a un délire continu. Elle dit qu’elle va mourir, qu’elle a déshonoré sa famille ; elle s’accuse d’avoir volé — ; il y a de l’insomnie, de l’agitation.... Notons encore qu’elle a été précédemment dans la maison de santé de M. Dubois, et l’on remarquait déjà chez elle des tendances mélancoliques. Chez la

deuxième , il y a un délire général furieux, incohérent Quelques mots recueillis au

milieu du désordre général des idées se rapportent à son amant — La malade refuse de manger, et meurt dans le dernier degré du marasme typhoïdique. Chez l’une et l’autre existaient la rougeur et l’ulcération des plaques de Peyer ; mais le cerveau, qui dans le premier cas ne présentait rien d’anormal, m’offrait dans le second qu’un engorgement très considérable de la pie-mère ; les vaisseaux étaient injectés dans plusieurs endroits de la convexité du cerveau, et cette membrane offrait même l’altération connue sous le nom

d’apoplexie vténingée Dans les endroits correspondants , le cerveau avait une

teinte rosée très prononcée.... La substance cérébrale était, du reste, d’une consistance ferme, mais elle offrait un piqueté vasculaire général.... Quoi qu’il en soit, l’absence de

FlÈyRK TYPHOÏDE. — DÉLIUK. — TROUBLES INTELLECTUELS.

Délire systématique arrivant pendant la période de convalescence de la fièvre typhoïde . — Je vais insister d’une manière tout à fait spéeiale sur ce genre de délire consécutif à la fièvre typhoïde, car l’étude de cette sorte de vésanie nous démontrera d’une manière péremptoire que la nature du délire, ainsi que je m’efforce de le faire ressortir dans ces considérations étiologiques, est toujours en rapport avec certaines dispositions maladives spéciales de l’organisme.

Dans son ouvrage sur les maladies mentales, Escpirol avait dit que le délire qui succède aux fièvres de mauvais caractère ne doit pas être confondu avec l’aliénation mentale, mais qiéil prédispose à celte maladie les individus qui en ont été atteints (1). Il est très vrai de dire que les convalescents de ces sortes de fièvres conservent souvent, pendant un temps plus ou moins long, une faiblesse intellectuelle très, grande, et qu’ils sont plus aptes à délirer ultérieurement sous l’influence d’une nouvelle cause intercurrente, soit physique, soit morale. J’ai vu même, pour ma parti l’imbécillité et une sorte d’idiotisme incurable être la conséquence de, la fièvre typhoïde chez de jeunes sujets. Dans une famille composée de huit enfants, et chez' lesquels il est vrai de dire qu’il existait quelques prédispositions héréditaires, la fièvre typhoïde atteignit successivement chacun de ces enfants. Quatre d’entre eux sont restés complètement sourds avec un grand affaiblissement des facultés intellectuelles. Chez les quatre autres, il y eut des délires consécutifs bizarres avec alternative de stupidité et d’excitation. Une jeune fille de cette famille nous fut envoyée à l’âge de quatorze ans dans un état de stupeur profonde arrivée dans la période de convalescence de la fièvre typhoïde. Je la soumis à un traitement hydrothérapique dont je n’eus qu’à me louer, et je la renvoyai parfaitement guérie en apparence au bout de sept à huit mois. Elle resta pendant un an très bien portante, et nous fut ensuite renvoyée pour un état mental des plus bizarres. 11 se produit, chez cette jeune fille, des explosions soudaines de manie avec tendances à des actes malfaisants. Un jour elle emporte un enfant de son village dans ses bras, et veut, dit-

désordres plus graves dans le cerveau n’implique pas que ces sortes de délires ne doivent pas rentrer dans la catégorie des désordres intellectuels qui sé rattachent à l’aliénation. Il peut se faire aussi, comme l’ont dit quelques médecins, que dans les hôpitaux ordinaires on se hâte trop de diriger ces sortes de malades sur les asiles d’aliénés, mais ilest souvent difficile de faire autrement ; et lorsque la mort ne termine pas des situations aussi perplexes, le délire peut se prolonger, ou bien, après avoir perdu son caractère d’acuité , se convertir en un délire subsidiaire chronique et systématique qui ne laisse souvent d’autre perspective que l’isolement dans une maison de santé. Noüs en citerons des exemples.

(1) Esquirol, ouvr, cil., t. I, p. 73.

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