‹ Traité des maladies vénériennesChapitre 5 sur 76 · PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION. VII

descendre sur le terrain de rexpérimentation, et le système fut attaqué par les procédés et, pour ainsi dire, avec les instruments qui lavaient édifié. On se mit enfin à inoculer. Les expériences furent plus variées, autrement dirigées. Il en est qui prouvèrent que le chancre n'était pas seul inoculable, que les accidents consécutifs pouvaient se transmettre aussi: or, comme le système reposait essentiellement sur Tinoculabilité exclusive du chancre, ce premier fait expérimental fut pour lui un rude coup, puisqu'il portait sur sa base; il compromit gravement la classification qui en dépendait, car la seule différence admise entre le chancre et les autres accidents syphilitiques s'était évanouie. D'autres expériences établirent, ensuite, que le véritable chancre, qu'un pus très-virulent, trèssyphilitique, ne pouvaient rien contre certains individus, parce qu'ils étaient naturellement ou accidentellement réfractaires : or, comme le système avait promis au diagnostic l'infaillibilité de l'inoculation chancreuse, il se trouva en défaut en présence de sa principale application pratique. Ainsi les lois immuables de rexpérimentation proclamées par M. Ricord furent abrogées par l'expérimentation même et la certitude promise devint incertaine *. Quelques notions de philosophie médicale et un peu de réflexion sur les différences des résultats de l'expérimentation, selon qu'elle opère dans l'ordre tout à fait physique ou dans l'ordre pathologique, pouvaient faire prévoir cela. Vinrent ensuite les observations qui prouvèrent que l'accident secondaire pouvait survenir après le tertiaire, et vice versa. L'ordonnance du système fut donc aussi compromise. Que restait-il? On verra, dans le corps de l'ouvrage, les preuves de tout ce que j'avance ici. Cependant

* Voyea dans les Notions prélimiii aires^ aux articles Inoculation et Syp^Motton, quelle lueur Véloquence de M. Malgaigne a jetée sur les énormes brèches d'un système auquel ce professeur s'était rallié dans un temps^ et qui avait pour chef un ami de vingt ans !

Ylll PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION.

je serai réservé et bref sur ce point, car c'est pour recueillir les vérités pratiques sorties de Tobservation et celles que les systèmes laissent en tombant, que ce livre est écrit, et non dans un autre but. Seulement, comme, selon moi, rien n est plus dangereux, pour les études et pour la pratique, que de revêtir des formes de la certitude et d'appeler certitude ce qui peut n'être que probable ou très-incertain, j'ai dû prémunir les élèves et les jeunes praticiens contre des mécomptes et des regrets.

Après les deux principales divisions [maladies vénérien-' nés primitives et maladies vénériennes consécutives) viendra la section des maladies vénériennes des nouveau-nés , la syphilis infantile. Là se trouveront agitées les questions d'hérédité, de contagion de l'enfant à la nourrice, de la nourrice à l'enfant. On comprend l'importance de cette section, car ici la famille, la justice, la société entière se trouvent intéressées, et cependant la plupart des livres français sont très-incomplets à cet endroit !

La quatrième section renfermera la prophylaxie des maladies vénériennes. Il y aura ici une prophylaxie générale, une prophylaxie privée et des règles sur la police médicale.

Sous le titre de Notions préliminaires, et après quelques mots sur la synonymie, on trouvera un aperçu historique des maladies vénériennes, une idée du virus syphilitique et de ses principaux effets, on montrera les causes d'erreur dans l'observation, l'expérimentation sera appréciée à sa juste valeur, les procédés d'inoculation seront indiqués, la syphilisation sera jugée. Je terminerai cette introduction par des généralités sur la transmissibilité des accidents secondaires.

Ouand j'ai dit, en commençant, que je me proposais de résumer les faits, les idées, les pratiques qui composent la syphiliographie, j'ai dû faire comprendre que j'emprunterais beaucoup à mes prédécesseurs. Tous seront cités

préface: de I.\ PHEMIËRE ÉDITION. ' IX

avec reconnaissance. Je soumettrai au lecteur ce que lexpérience m*a appris à Lourcine, dans le service des femmes, et pendant plus de dix années, à Thôpital du Midi, depuis que j*ai succédé à Guilerier, Thomme honnête, le praticien sage.

Sur un si vaste théâtre je ne pouvais rester indifférent aux questions scientifiques. J'ai osé traiter une des plus importantes, celle de la transmissibilité de laccident secondaire. Je crois l'avoir résolue par l'expérimentation dans le sens des contagionistes. Mes expériences ont été répétées en France et en Allemagne; toutes ont servi à une brillante discussion dans le sein de l'Académie de médecine. MM. Velpeau, Lagneau, Gibert, Gerdy et Roux * ont soutenu, avec le talent qu'on leur connaît, la transmissibilité de r accident secondaire^ et, chose peut-être inouïe dans h*s fastes de l'Académie de médecine, l'opinion contraire n'a eu qu'un défenseur. Si de la France on passe à l'étranger, on trouve que l'opinion des savants académiciens est généralement partagée. On peut voir, surtout dans la presse allemande, avet quelle supériorité elle a été soutenue par Waller, Simon, Droste.

Pour faciliter l'étude des formes syphilitiques les plus importantes à connaître, je les ai représentées par des gravures coloriées et d'après des dessins que je. puis me dispenser de louer, puisqu'ils sont dus à M. Bion. La nécessité de ces représentations coloriées sera surtout reconnue au chapitre des affections cutanées, car on sait l'importance de la teinte des syphilides dans le diagnostic, et les difficultés que rencontre l'élève qui désire un tableau des principales variétés. Il le trouvera ici tout fait et d'après nature.

Dans ces derniers temps, quelques syphiliographes arrêtés

^ On remarquera que parmi ces orateurs se trouvent deux syphiliographes distingués et trois professeurs de la Faculté de Pdris. Lisez leurs discoiursdans le Bulletin de V Académie de médecine (Paris, i852,.t. XVII, p. S79 et 8ui?.)> où ils se trouvent exactement reproduits.

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